En vrai gourou, Mélenchon se voit comme le messie : il rêve de se retrouver au second tour de la présidentielle face au candidat du RN et il est convaincu qu'il sauvera la France du risque de la voir tomber aux mains de l'extrême droite. Démoniaque, il joue avec le feu. Il est aujourd'hui tellement clivant qu'il est plus rejeté que la fille à papa Le Pen.
"La ligne du parti doit rester infailliblement radicale et conflictuelle, sur la forme et le discours en particulier, faute de quoi LFI prendrait le risque de s’aliéner sa base électorale." C'est ce qu'affirme le politiste Rémi Lefebvre (3). "C’est la « stratégie du socle » : Jean-Luc Mélenchon repose sur un noyau dur d’électeurs de 8 % ou 9 %, attaché à la radicalité du parti. Le problème, c’est que cette stratégie constitue aussi un plafond de verre pour le mouvement : les postures radicales du leader « insoumis » nourrissent un rejet croissant, voire une détestation à son égard, que certains médias cultivent aussi. Or, dans l’optique d’une présidentielle, Jean-Luc Mélenchon doit aussi élargir sa base et capter le vote utile d’électeurs à gauche plus modérés."
Sous une allure très ouverte, LFI - que Mélenchon présente toujours comme un "mouvement gazeux" - est le parti d'un homme : Lui. Est-ce bien un parti d'ailleurs ? "Il n’a pas envie, constate encore Rémi Lefebvre, que l’organisation soit figée. Il y a un grand flou sur les règles du jeu internes, alors que les partis politiques français sont généralement structurés de manière bureaucratique – au Parti socialiste (PS), il y a des fédérations, des conseils nationaux, des bureaux nationaux, des secrétariats nationaux… A l’inverse, LFI est un parti où le cadre organisationnel est minimal. N’importe qui peut adhérer au mouvement en quelques clics, sans avoir à payer de cotisation ; n’importe qui peut créer un groupe d’action au niveau local. Certes, depuis fin 2022, il existe des structures départementales, mais elles ont peu de pouvoir. Par ailleurs, il n’y a pas de congrès pour trancher entre différentes lignes politiques. De même, les positions hiérarchiques sont mal définies : Jean-Luc Mélenchon dirige le parti, mais n’a aucun titre, si ce n’est celui de coprésident de l’Institut La Boétie ; Manuel Bompard, lui, est « coordinateur », un statut vague. Fin 2022, LFI a mis en place une forme de direction, la « coordination des espaces », mais le processus de nomination des membres de cette coordination reste opaque."
à lire à ce sujet : https://www.telos-eu.com/fr/la-gauche-et-le-chasse-croise-lfi-rn.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/28/remi-lefebvre-politiste-la-strategie-de-lfi-peut-fonctionner-au-premier-tour-de-la-presidentielle-mais-pas-au-second_6668656_823448.html
(4) https://www.lesoir.be/731993/article/2026-03-02/le-depute-wallon-jori-dupont-claque-la-porte-du-ptb-frappe-par-un-troisieme-gros
3 commentaires:
Il est juste devenu grotesque ces dernières années. Et contribue à l'ouverture de très grands boulevards à l'extrême-droite.
Eh oui, Gabrielle : il est convaincu qu'il fera à lui seul barrage à l'extrême droite, mais avec ses excès il ne fait que rendre acceptable le RN. Pendant ce temps, Le Pen et Bardella se taisent. Bardella sourit, serre des mains et se prête aux selfies. Ça lui suffit !
Bien évidemment, si je puis dire, le cas Mélenchon dépasse largement le gourou de la Meute lui-même. La grande question à mes yeux est celle de la montée aux extrêmes qui fait brandir par certains (Marcel Gauchet en fait partie) le spectre de la "guerre civile" en 2027 pour la France. Mais elle n'est pas la seule dans le cas, la situation aux USA étant à mes yeux bien plus inquiétante pour ce pays et pour le monde. Comment en sommes-nous arrivés là ? C'est la grande question. Je ne vais pas tenter d'y répondre sur un timbre poste, mais je pose l'hypothèse que la raison principale de cette "Basse période" (titre d'un livre de Charles Dantzig) est la mondialisation, d'un côté, et les défis internes à la démocratie, de l'autre. Et les deux se téléscopent. J'ai développé cela dans l'article en lien. C'est extrêmement inquiétant, mais nous n'avons pas le droit de céder au défaitisme en tant qu'Européens. Et ne pas céder non plus aux solutions binaires.
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