mercredi 20 mai 2026

Un rêveur israélien avec un passeport palestinien

Un homme de paix vient de disparaître. Il faisait partie de ces trop rares personnes capables d'être dans deux camps opposés. Non par indécision ou par lâcheté, mais par conviction.
Ofer Bronchtein vient de mourir. Il était, écrit Le Monde (1), "selon ses propres mots, un éternel « amoureux ». Un amoureux du peuple d’Israël, sa terre natale, mais aussi un amoureux du peuple palestinien dont il disait partager la souffrance". Militant de la paix au Proche-Orient, il défendait inlassablement la solution à deux Etats et était également critique vis-à-vis du gouvernement Netanyahou et du Hamas. Malgré les massacres du 7-octobre, malgré la guerre de destruction que mène Israël à Gaza, et malgré sa maladie, il a poursuivi son combat. Toujours dans Le Monde, Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), affirme que  Ofer Bronchtein "n’a jamais fait son deuil d’Oslo. Ofer incarnera pour toujours cette période des années 1990 où la paix semblait à portée de main". Emmanuel Macron, dont il fut un conseiller officieux, l'avait chargé d'une mission : "aller à la rencontre des acteurs et personnalités des sociétés civiles israéliennes et palestiniennes (…) afin de les interroger sur les conditions de la relance des processus de paix". C'est lui qui poussera le président français à reconnaître l'Etat palestinien en septembre 2025.

Il accusait le gouvernement Netanyahou, qui lui "faisait honte", de diviser le peuple juif. Et il fustigeait aussi le Hamas. On pouvait entendre sa voix sur France Inter ce matin (2) : "Le jour où il y aura la paix entre Israéliens et Palestiniens, c'est le jour où il y aura des leaders assez courageux, assez forts pour demander pardon. Il y a des injustices terribles qui ont été et qui sont faites par les Israéliens vis-à-vis des Palestiniens et il y a des choses que les Palestiniens ont faites qui sont absolument difficiles à pardonner. Mais il va falloir se pardonner. Le Hamas est l'ennemi du peuple palestinien. Le Hamas savait très bien qu'après l'attentat du 7-octobre la riposte israélienne serait terrible. Il le savait. Il y a des milliers d'enfants qui sont orphelins. Pas orphelins d'une mère et d'un père. Orphelins de tout, qui se baladent dans les rues détruites de Gaza. Ces orphelins-là, il vont vouloir de la vengeance, il faut leur donner l'espoir. Ça va prendre du temps. La plupart des Palestiniens et la plupart des Israéliens malgré le deuil, malgré la souffrance veulent la paix."

Menacé en France où il vivait depuis la fin des années '90, il avait refusé toute protection, ne voulant pas laisser croire aux antisémites qu'ils ont gagné.
Dans Le Monde encore, la rabbine Delphine Horvilleur parle de lui comme quelqu'un de "très aimant et très aimé" : "Ofer a pu être considéré comme un traître par des gens de son propre camp en Israël. Mais il cultivait cet art juif du désaccord, la “mahloket’’, une bénédiction dans notre monde où l’on a tant de mal à parler avec des gens qui ne sont pas d’accord avec vous".
Le quotidien israélien Haaretz décrivait Ofer Bronchtein comme "un rêveur israélien avec un passeport palestinien". 

(1) https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2026/05/18/la-mort-d-ofer-bronchtein-le-reveur-israelien-qui-avait-un-passeport-palestinien-infatigable-militant-de-la-paix-au-proche-orient_6691016_3382.html
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-journal-de-8h/le-journal-de-08h00-du-mardi-19-mai-2026-8730839

lundi 18 mai 2026

Artifices

L'intelligence artificielle est parfois assez bête. Notamment parce qu'elle est très gaspilleuse. En tout. En énergie, en eau et en espaces nécessaires à ses centres de données et à son fonctionnement (1). Elle fait tout le contraire de ce qu'il faudrait faire pour protéger l'avenir de plus en plus incertain de cette planète. 
A se rendre indispensable, elle risque de (dé)former des générations de crétins qui ne sauront ni que penser ni que faire le jour où, à cause d'un grand bug, d'une guerre, d'une catastrophe naturelle, cette intelligence venue d'ailleurs que de nous viendrait à cesser de fonctionner. Et nous avec elle.
Lors des récentes élections municipales en France, 35% des 18-24 ans ont consulté un outil d'intelligence artificielle pour arrêter leur choix de vote. "La question clé ne sera pas le recours à l'IA, mais qui la conçoit, comment est hiérarchisée l'information et avec quels garde-fous", estime Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique & Opinion de Toluna France qui a mené l'enquête qui a révélé ce chiffre (et d'autres) (2). Au-delà de la démocratie élective, d'autres questions se posent : l'intelligence artificielle nous dépossède-t-elle de nous-mêmes ? Sommes-nous, serons-nous soumis à des machines ? L'IA va-t-elle nous rendre moins humains ?

Artifice : procédé ingénieux, habile pour tromper ; ruse (Larousse)

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/ce-qui-nous-mobilise-c-est-que-la-question-ne-nous-est-pas-posee-un-collectif-se-leve-contre-le-projet-de-data-center-google-dans-l-indre-1778685333
(2) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/elections-municipales-un-francais-sur-six-a-consulte-l-ia-pour-voter-20260518
A lire sur Routes et dérouteshttps://geoculture.blog/2025/08/30/croquer-la-pomme-de-lia-i/

vendredi 15 mai 2026

Blaireau toi-même !

Pourquoi un tel acharnement contre les blaireaux ? On se le demande.
Le tribunal administratif de Limoges a annulé l’autorisation de période complémentaire de chasse au blaireau par déterrage, une pratique particulièrement - et inutilement - cruelle. Cette décision avait été confirmée le 24 février dernier par un arrêt de la cour administrative d’appel de Bordeaux. Et voilà que le Ministère de la Transition écologique fait appel de cet arrêt (1). On se pince pour y croire. On regarde le calendrier : le 1er avril est loin déjà derrière nous. On se demande à quelle transition nous prépare ce ministère. A un retour à des temps préhistoriques ? Quelle idée se fait-il de l'écologie, de la biodiversité ? 
Selon Jacques Lucbert d'Indre Nature, "la France est isolée en Europe sur ce sujet. Dans beaucoup d’autres pays comme l’Espagne ou la Slovaquie, les blaireaux sont protégés". La chasse au blaireau devrait être totalement proscrite, tout comme celle de tous ces animaux classés jusqu'il y a peu comme nuisibles (terme désormais remplacé par un euphémisme). S'il fallait détruire tous les nuisibles, il ne resterait plus aucun être humain. Qui l'est plus que lui ? Qui sont les blaireaux (2) ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/chasse-au-blaireau-dans-l-indre-le-ministere-de-la-transition-ecologique-porte-l-affaire-devant-le-conseil-d-etat-1778762019
(2) Blaireau : Individu antipathique, conformiste et borné (fam.), selon Larousse.

lundi 11 mai 2026

Le bolchevisme du RN

L'extrême droite n'aime pas la culture et hait les artistes. Sauf celles et ceux qu'elle peut contrôler.
A peine au pouvoir dans une série de communes, le Rassemblement national (qui porte bien mal son nom) divise : il distingue la culture élitiste et la culture populaire et veut favoriser cette dernière. 
Elitistes : le jazz, le cinéma politique, le street art, les animations socioculturelles. Populaires : les combats de MMA et de catch. Avec le RN, on n'est jamais déçu : on est d'emblée dans les clichés les plus gros. Les édiles lepénistes, écrit Le Monde (1), "critiquent (...) la programmation jugée « élitiste » de certaines manifestations, d’ores et déjà menacées, annulées ou dont les subventions seront réduites : Jazz à Vauvert (Gard), Festival international du film politique à Carcassonne, centre socioculturel à La Flèche (Sarthe), festival de street art à La Seyne-sur-Mer… Le nouveau maire de la ville varoise, Dorian Munoz, préfère « les combats de MMA ou de catch » et aimerait attirer des sports extrêmes sponsorisés par la marque Red Bull". La culture du combat, tout un programme...
L'extrême droite rêve de privatiser le service public de l'audiovisuel. Un de ses jeunes servants aux dents longues, Charles Alloncle, est parti en guerre contre Radio France et France Télévision. Rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, il propose notamment (2) de supprimer la chaîne jeunesse France 4, de fusionner France 5 avec France 2 et Franceinfo avec France 24, de réduire d’un tiers le budget des sports du groupe France Télévision et de réduire de trois quarts le budget de ses jeux et divertissements. Avec l'extrême droite, fini de rire et de s'amuser. En avant, marche ! Toutes les missions abandonnées par le service public seraient évidemment reprises par les chaînes privées qui pourront aller plus loin encore dans leur grande entreprise de crétinisation. 
Dans le même temps, Vincent Bolloré a mis à sa botte autoritaire des médias, des maisons de la presse et des maisons d'édition pour imposer sa vision d'un monde fermé dirigé par les puissants. Les auteurs des éditions Grasset ont quitté en masse leur maison pour protester contre le limogeage d'Olivier Nora, PDG respecté de Grasset (3). Bolloré se retrouve avec une coquille vide désormais dirigée par un de ses proches sans aucune compétence dans le domaine de l'édition. Mais on peut l'imaginer ricaner en s'imaginant que nombre de ces auteurs qui l'ont quitté ne retrouveront pas de si tôt un éditeur quand lui édite désormais toutes les voix d'extrême droite, même sans idée ni talent. 

Poutine est dans la même logique destructrice de la culture, beaucoup plus brutale évidemment. Son armée s'attaque aux bibliothèques, aux musées, aux théâtres ukrainiens. "La destruction de la culture est une composante du génocide, écrivent Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko dans "La vie à la lisière" (4). Pour détruire une communauté, il faut détruire sa mémoire, ses mécanismes de transmission des pensées et des sentiments. Reprogrammer ceux qui vivent dans ces territoires. S'introduire dans leurs esprits et dans leurs cœurs, pour y laisser uniquement ce qui les rendra utiles." (...) "Le monde russe n'est pas l'avènement de la grande culture russe, mais la destruction de toute culture, la réduction au plus petit dénominateur commun. Telle était la conception du bolchevisme : l'intellect n'est plus nécessaire. L'éducation, un luxe bourgeois. Celle-ci ne doit être qu'élémentaire, afin que les masses travaillent, comprennent les ordres, sans poser de questions." 
Le RN et ses petits soldats sont très bolcheviques. Bolloré aussi.

"La culture est la colonne vertébrale de l'existence et de la vie", écrivent encore Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko. "La culture suppose le soin. La victoire des forces créatrices sur les forces destructrices."

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/10/au-rassemblement-national-les-nouveaux-maires-ciblent-l-europe-la-culture-et-les-syndicats-ils-y-vont-plus-franchement_6687664_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2026/04/24/charles-alloncle-preconise-des-mesures-d-austerite-pour-l-audiovisuel-public-dans-son-rapport-fusion-de-chaines-moins-de-jeux-et-de-divertissement_6683120_3236.html?search-type=classic&ise_click_rank=4
https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/27/le-rapport-alloncle-sur-l-audiovisuel-public-soumis-au-vote-crucial-de-deputes_6683622_823449.html
(3) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-apres-le-limogeage-d-olivier-nora-la-prestigieuse-maison-d-edition-confrontee-a-l-hemorragie-de-ses-auteurs_6680457_3234.html
(4) Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko, "La vie à la lisière - Etre Ukrainien aujourd'hui", Gallimard (Témoins), 2026.

lundi 4 mai 2026

Dégouts

On a tant de raisons d'être dégouté.
On l'est quand on voit l'état de santé de Narges Mohammadi, Prix Nobel de la Paix 2023 : elle a été transférée en urgence dans un hôpital du nord-ouest de l’Iran après une "détérioration catastrophique" de son état de santé, a annoncé sa fondation (1). Emprisonnée, une nouvelle fois, depuis décembre dernier pour avoir eu l'audace de défendre le respect des droits humains, elle aurait été victime d'une crise cardiaque fin mars et, depuis, aurait perdu connaissance par deux fois au moins. Voilà des semaines que sa famille réclame son transfert dans un hôpital approprié. On est plus dégouté encore quand on entend le silence assourdissant des défenseurs des droits humains dans nos pays par rapport à elle et à tous les détenus politiques de cette dictature théocratique qu'est l'Iran. Il est vrai que, comme le soulignait il y a quelques semaines l'hebdomadaire Marianne (2), certains considèrent comme islamophobes les critiques de ce régime. Ainsi, sur un réseau (anti)social s'est-il trouvé des gens en France pour considérer comme tel le film Persepolis de Marjane Satrapi, adaptation de sa bande dessinée éponyme qui raconte ce qu'elle a vécu en Iran, notamment ses démêlés avec les Gardiennes de la Révolution, cette police politique, qui font la chasse aux femmes et même aux jeunes filles qui portent mal le voile, qui les fouettent, les emprisonnent. Le respect de la religion, même dans ses excès les plus abjects, surpassent aujourd'hui, pour certains, celui des droits humains.

On est dégouté aussi d'apprendre (3) que le ministre de la sécurité intérieure du gouvernement Netanyahou a fêté publiquement ses cinquante ans avec un gâteau d'anniversaire sur lequel trônait un nœud coulant pour célébrer la loi sur la peine de mort que le suprémaciste Itamar Ben-Gvir a lui-même initiée. "Parfois les rêves deviennent réalité" était-il écrit sur ce même gâteau. Certains ont des rêves qui tiennent du cauchemar, mais ils s'en rengorgent.

On est tout autant écœuré de voir le serpent Poutine embrasser une petite danseuse de dix ans pour tenter de redresser une popularité en berne (4) tandis qu'il envoie à la mort sans aucun état d'âme des dizaines de milliers de ses jeunes compatriotes et qu'il fait bombarder des écoles ukrainiennes. 

Je cherche un homme, disait Diogène.

- L'enseignante : Depuis que la république islamique a été instaurée, nous n'avons plus de prisonniers politiques.
- Marjane Satrapi : Madame ! Mon oncle a été emprisonné sous le régime du chah, par contre, c'est le régime islamique qui a ordonné son exécution ! Vous prétendez qu'on n'a plus de prisonniers politiques. Or de trois mille détenus sous le chah on est en fait passé à trois cent mille avec votre régime. Comment osez-vous nous mentir comme ça ?
- Les autres élèves : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !
Marjane Satrapi, Persepolis, éd. L'Association, 2007.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/02/narges-mohammadi-prix-nobel-de-la-paix-iranienne-hospitalisee-apres-une-deterioration-catastrophique-de-sa-sante-en-prison_6684856_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
(2) https://www.marianne.net/culture/television/le-film-persepolis-juge-islamophobe-le-x-gauchiste-idiot-utile-des-mollahs
(Re)lire sur ce blog https://moeursethumeurs.blogspot.com/2011/11/renvoi-de-censeurs.html
(3) France Inter, Journal de 13h, 4.5.2026.
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/03/la-baisse-de-la-popularite-de-vladimir-poutine-en-russie-inquiete-le-kremlin-a-cinq-mois-des-elections-legislatives_6684998_3210.html

samedi 2 mai 2026

Auto-suffisants

Tout automobiliste devrait être aussi cycliste. L'obtention du permis voiture devrait être conditionnée à la pratique préalable du vélo. Sans doute, sûrement, y aurait-il moins d'attitudes agressives des automobilistes vis-à-vis des cyclistes. Tout cycliste régulier a, un jour ou l'autre, été confronté à des comportements malveillants ou des insultes de conducteurs de voitures qui ne supportent pas de devoir ralentir ou patienter à cause d'un vélo. Parfois, la confrontation vire au drame. Ce fut encore le cas hier du côté de Châteauroux où un jeune conducteur a tué un cycliste qui lui reprochait d'avoir grillé un stop. Le cycliste a été traîné sur plusieurs dizaines de mètres par la voiture. Il est mort des suites de ses blessures (1).
A Paris en octobre 2024, un automobiliste avait « percuté volontairement avec son véhicule » Paul Varry, un cycliste de 27 ans, « en lui roulant sur le corps et en l’écrasant à l’aide de son véhicule ». Il devrait être jugé pour meurtre aux assises (2).
Plus encore que les hommes, les femmes cyclistes sont victimes, en sus, de propos sexistes, grossiers, méprisants (3).
Qui sont-ils donc ces hommes que leur voiture rend aussi stupides qu'agressifs ? Il se voient puissants, ne sont que des êtres vulgaires. De vulgaires possesseurs d'une voiture. L'obtention du permis de conduire une voiture devrait aussi être conditionnée à des cours de respect et de sociabilité.

(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/28/mort-du-cycliste-paul-varry-a-paris-en-2024-proces-requis-pour-meurtre-contre-l-automobiliste_6683973_3224.html?search-type=classic&ise_click_rank=2
(3) https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/05/02/il-m-a-empoignee-par-le-cou-ces-violences-faites-aux-femmes-cyclistes_6684838_4497916.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

lundi 27 avril 2026

Banalité de la violence

La tentative d'agression par arme à feu de membres de l'administration Trump et sans doute du président lui-même à Washington samedi est-elle réellement un évènement ? Les attaques armées sont quotidiennes aux Etats-Unis où n'importe qui peut acheter n'importe quoi. L'agresseur s'était procuré tout-à-fait légalement un fusil à pompe, un pistolet et des couteaux et les avait tranquillement emportés dans une chambre de l'hôtel qui accueillait le lendemain le dîner des correspondants de la Maison blanche.

En 2024, un rapport (1) présenté par le Surgeon General des États-Unis constatait que la majorité des Américains ou des membres de leur famille ont été confrontés à des incidents de violence armée. Selon Vivek Murthy, la violence par arme à feu constitue "une crise de santé publique aux États-Unis".
En 2020, la violence armée était la principale cause de décès chez les enfants et les adolescents âgés de 1 à 19 ans. Pour 1 million de personnes de cette tranche d'âge, il y a 36,4 décès par an par arme à feu aux États-Unis, 0,5 au Royaume-Uni et 0,3 au Japon. Le taux de mortalité par arme à feu est 11,4 fois plus élevé aux États-Unis que dans 28 autres pays à revenu élevé. Bien que les États-Unis ne représentent que 31 % de la population totale des 29 pays étudiés, ils comptent pour 83,7 % de tous les décès liés aux armes à feu dans ces pays. La violence armée aux Etats-Unis, constate encore le rapport, a touché indirectement ou directement plus de la moitié de la population. La crise affecte alors non seulement les victimes, mais aussi la communauté environnante. L'une des principales conséquences est une dégradation de la santé mentale.

Si l'on ajoute à cela un président et son équipe dont la santé mentale semble également dégradée et qui multiplient les insultes et les déclarations agressives, refusent de règlementer les ventes d'armes et poussent sans cesse leur police à plus de violence, on ne peut que considérer que ce qui s'est passé à Washington samedi n'est aucun cas un évènement. Juste un fait quotidien. Banal.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/27/a-washington-l-homme-ayant-planifie-une-fusillade-au-gala-de-la-presse-visait-les-membres-de-l-administration-trump-selon-les-autorites_6683603_3210.html

mardi 21 avril 2026

De bonnes affaires

Faut-il croire que tout le monde s'en fait déjà une raison ? On nous l'annonce de plus en plus comme une certitude : le Rassemblement national arrivera au pouvoir en France en 2027. Comme s'il s'agissait là d'une évolution inéluctable. Comme si rien ne pouvait l'empêcher. Comme si sa fascination pour Trump et Poutine, deux des pires personnages de l'Histoire contemporaine, n'était pas rédhibitoire. Comme si son amitié avec Orban ne devait pas nous amener à le rejeter. Comme si ses casseroles judiciaires ne comptaient pas. Comme si l'odeur de renfermé et de moisi qu'il dégage ne nous faisait pas tourner de l'œil.
Certains s'adaptent déjà. Ou en tout cas préparent le terrain.
"Le 7 avril, au restaurant Drouant, raconte Jean-Mathieu Pernin dans Franc-Tireur (1), elle (Marine Le Pen) était l’invitée du club Entreprise et Cité, une réunion sélecte du CAC 40. Le temps d’une soirée, elle a pu fréquenter la crème de l’économie française, un milieu dont les portes lui sont longtemps restées fermées. Parmi les patrons présents, Patrick Pouyanné, dirigeant de TotalEnergies, Cyrille Bolloré, troisième fils du milliardaire, ou encore Bernard Arnault, P-DG de LVMH, qui, jusqu’ici, avait toujours fait connaître son refus de recevoir des membres du RN. Tous ont écouté avec attention le discours de Marine Le Pen, sans caméras, ni micros présents. (...) Du papier glacé racheté par ses alliés, aux multinationales, en passant par l’aristocratie, le RN n’est plus seulement le chouchou des classes populaires, il se banalise chez les élites."
Hier, les dirigeants du Medef recevait à déjeuner le président du RN, Jordan Bardella, le petit gars qui vient du peuple et roucoule avec une aristo. 
"Cela ne veut pas dire, estime Françoise Fressoz dans Le Monde (2), que tout le patronat a cédé aux sirènes du RN, qui apparaît aujourd’hui comme le grand favori pour l’élection présidentielle de 2027. Cela veut clairement dire, en revanche, qu’une digue a sauté, comme le notait, dimanche 19 avril, Marylise Léon, sur France Inter : au nom de la seule défense de ses intérêts économiques, une partie du monde patronal n’hésite pas à frayer avec un parti qui fait de la préférence nationale le pilier de sa politique et qui nourrit à l’égard des syndicats une méfiance ayant de quoi les alerter. "

Ces rencontres entre grand capital et parti du peuple n'ont rien d'étonnant. Après tout, l'argent n'a pas d'odeur et le RN, parti affairiste, aime l'argent. Quel intérêt le RN a-t-il pour le peuple naïf et grugé ? Aucun, sinon capter ses voix. Quel intérêt le grand patronat porte-t-il au RN ? Il sait que ce n'est pas ce parti qui l'empêchera de faire plus d'argent encore. On ne peut dire que les uns et les autres sont sans foi ni loi. Ils ont foi en l'argent et leur loi est celle du plus fort.

Dans "Ici sont les dragons - 2e époque" du Théâtre du Soleil, on les voit, ces hommes d'affaires serviles qui discutent de la montée du nazisme en se frottant les mains : ce Hitler, ils vont le soutenir, convaincus qu'il ne sera entre leurs mains qu'une marionnette qui leur permettra de faire de meilleures affaires encore. 

(1) https://www.franc-tireur.fr/rassemblement-national-princesse-et-patrons
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html




vendredi 17 avril 2026

Qui va à la chasse perd sa classe

On a parfois une image erronée des gens. Ainsi, par exemple, on pensait que le maire de Châteauroux, Gil Avérous, 51 ans, était un homme de son temps. Et voilà qu'on le découvre en homme des cavernes, en défenseur acharné et militant de la chasse.
Il est courroucé. Une entreprise de matériel de bureau, dont un siège se situe à côté de sa ville, a retiré son soutien au salon de la chasse qui vient de se tenir à Châteauroux. "Un non-évènement", pour le président de la Fédération départementale des chasseurs de l’Indre. Mais le maire de Châteauroux, lui, voit rouge : "la décision de l’entreprise Lyreco France de se retirer de cet événement sous la pression de groupes militants constitue un signal grave, tonne le maire. Elle illustre une stratégie désormais bien connue : exercer des pressions ciblées sur des entreprises pour imposer une vision idéologique, en s’attaquant à des activités parfaitement légales, encadrées et profondément enracinées dans nos territoires. » (1) Le signal est à ce point grave qu'il vient d'annoncer que la Ville de Châteauroux, Châteauroux Métropole et le CCAS cesseront, à compter du 1er janvier 2027, toute relation commerciale avec Lyreco. "C’est un choix politique assumé. Un choix de cohérence. Un choix de respect envers nos territoires et ceux qui les font vivre". Visiblement, l'entreprise Lyreco ne fait pas vivre son territoire.
Pour lui, "la chasse fait partie intégrante de la ruralité française, participe à l’équilibre des écosystèmes, à la gestion des espaces naturels et à la vitalité économique et sociale de nos territoires".
Avérous est mal informé. Il devrait écouter Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs : "T'as rien compris à la chasse ! J'vais t'expliquer ce que t'as pas compris. Toi, tu penses qu'on est là pour réguler ? Mais t'as pas compris ?  T'as pas compris que nous c'est une passion ? T'as pas compris qu'on prend du plaisir dans l'acte d'chasse. T'as compris ça ? Tu crois qu'on va dev'nir, nous, les p'tites mains de la régulation ? Moi, mon métier, c'est pas chasser. J'en ai rien à fout' de réguler ! Je vais à la chasse parce que c'est une transition extraordinaire dans ma passion et j'y prends du plaisir." C'est ce que Schraen, avec la délicatesse qui le caractérise, disait à une opposante sur RMC en novembre 2021 (2). 
Avérous sait-il qu'en défendant de manière aussi inconditionnelle la chasse il se heurte à l'opinion d'une majorité de ses compatriotes ? "La part des Français qui se déclarent opposés à la chasse atteint son plus haut niveau (53 %, dont 25 % qui se disent tout à fait opposés à la chasse). Cette proportion est en hausse de cinq points par rapport à 2022. (...) Pour la première fois, cette opposition à la chasse devient majoritaire chez les personnes vivant dans une commune rurale (51 %, +3 points)." (...) "Sept Français sur dix l’associent à une pratique cruelle (+5 points en un an)."
Qu'est-ce qui explique une réaction aussi virulente du maire de Châteauroux ? La Nouvelle République émet une hypothèse : "à en croire que l’édile castelroussin a une idée derrière la tête : une candidature pour les prochaines sénatoriales (...) ?" Le sénat français serait-il le vrai salon de la chasse ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/face-a-ce-qu-il-nomme-un-signal-grave-le-maire-de-chateauroux-boycotte-une-entreprise-pour-son-retrait-du-salon-de-la-chasse-1776349654
(2) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2021/11/un-chasseur-sachant.html
(3) Sondage One Voice, octobre 2023
https://www.ipsos.com/fr-fr/pour-89-des-francais-la-chasse-est-percue-comme-posant-des-problemes-de-securite-pour-les


mercredi 15 avril 2026

La Maison flanche

On l'a déjà écrit ici : Trump est un génie. Pour débloquer le détroit d'Ormuz, il organise son blocus. Qui d'autre que lui pouvait y avoir une idée aussi lumineuse ?
Le 5 avril, il éructait sur son réseau dit social à l'adresse du gouvernement iranien : "Ouvrez le putain de détroit, bande de bâtards cinglés, ou vous allez vivre en enfer". Deux jours plus tard, il n'était pas calmé : "Une civilisation entière mourra ce soir pour ne plus jamais renaître". (1)
Entretemps, le 6 avril, sur X (2), il annonçait ses projets au Venezuela : "Aucun problème à apprendre l'espagnol rapidement. Cela ne me prendra pas beaucoup de temps. J'ai des facilités pour les langues et j'irai au Venezuela. Je me présenterai à la présidence". 
Plus récemment, le Père Ubu a publié une image artificielle de lui en Christ apposant ses mains sur un malade, entouré de personnes l'admirant et survolé d'avions de chasse et de parachutistes. Face au tollé venant de sa base, il s'est défendu, tout en supprimant l'image :  "Ce n’était pas une représentation (de moi en Christ), mais je pensais qu’il s’agissait de moi en tant que médecin. Et cela avait trait à la Croix-Rouge – en tant que bénévole de la Croix-Rouge, une organisation que nous soutenons ; il n’y a que les fake news pour inventer une histoire pareille." (3) Les fake news, c'est lui qui les produit (comme chaque jour), en laissant entendre qu'il serait médecin, bénévole de la Croix-Rouge ou que ce va-t-en-guerre aurait pour objectif de soigner qui que ce soit. De qui s'est-il jamais soucié ? De combien de morts est-t-il déjà responsable ?
Le pape Léon XIV l'a appelé à changer son fusil d'épaule : "Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie." (...) "Il est temps de faire la paix ! Asseyez-vous à la table du dialogue et de la médiation, et non à la table où se planifie le réarmement et où se décident des actions meurtrières !" 
Ubu ne pouvait évidemment pas laisser passer un tel message : il estime que le pape est "faible face au crime et désastreux en politique étrangère". Le pape n'a pas le droit de le critiquer, mais l'inverse n'est évidemment pas vrai. "Je ne veux pas d’un pape qui juge acceptable que l’Iran détienne l’arme nucléaire. Je ne veux pas d’un pape qui s’indigne que l’Amérique ait attaqué le Venezuela (…). Et je ne veux pas d’un pape qui se permette de critiquer le président des Etats-Unis." (...) "Il est grand temps que Léon reprenne ses esprits en tant que pape, qu’il fasse preuve de bon sens, qu’il cesse de courtiser la gauche radicale et qu’il se consacre à sa véritable vocation : être un grand pape, et non un politicien."
Ce grand catholique qu'est le vice-président Vance estime que le pape doit se préoccuper uniquement de morale et pas de politique. Faut-il en conclure que la politique n'a rien à voir avec la morale ?
Les appels à la destitution de Trump se multiplient. Y a-t-il un psychiatre à la Maison blanche ?

(1) https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-les-menaces-apocalyptiques-de-trump-suscitent-un-tolle-et-des-appels-a-le-demettre_242696
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/07/le-president-des-etats-unis-est-un-fou-l-escalade-verbale-de-donald-trump-alimente-les-interrogations-sur-sa-sante-mentale_6677941_3210.html
(2) Cité par Charlie Hebdo, 15.4.2026.
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/14/attaques-contre-le-pape-photomontage-en-christ-donald-trump-ouvre-une-crise-avec-les-catholiques-americains-et-choque-sa-base_6679871_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=2
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/13/le-pape-leon-xiv-premier-opposant-a-la-guerre-de-donald-trump_6679662_3210.html
A lire aussi :
https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-donald-trump-est-il-definitivement-fou_242905

lundi 13 avril 2026

La lumière hongroise

Les Hongrois ont rallumé la lumière. Il faisait tellement sombre ces derniers temps. Viktor Orban vient de subir une cuisante défaite. Voilà les Hongrois, comme ils le disent eux-mêmes, de retour en Europe. Qui représente pour eux la démocratie, la solidarité, le respect des droits humains, la liberté de la presse, l'ouverture d'esprit. Tout ce que Orban avait piétiné avec la délicatesse qu'on lui connaît.
Peter Magyar n'est sans doute pas un grand progressiste, mais c'est un Européen convaincu qui devrait faire respecter l'Etat de droit. Sa victoire et la défaite d'Orban sont une bonne nouvelle pour la Hongrie, pour l'Union européenne, pour la démocratie et pour l'Ukraine sur laquelle crachait Orban, en chien fidèle de Poutine. Et, a contrario, une mauvaise nouvelle pour Poutine, Trump, les illibéraux et l'extrême droite qui en avaient fait leur champion. Une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui ont soutenu Orban, telle Marine Le Pen ou Benjamin Nétanyahou, tous ceux dont le principal objectif est de diviser et affaiblir l'U.E. et la démocratie.
Merci, les Hongrois !

A lire ou écouter :
https://www.courrierinternational.com/article/legislatives-une-journee-historique-les-hongrois-tournent-la-page-de-l-ere-orban_242831
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-lundi-13-avril-2026-2119523
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-lundi-13-avril-2026-7867152

dimanche 12 avril 2026

L'Histoire la plus sombre

Le Théâtre du Soleil poursuit, de manière magistrale, sa fresque immense et terrifiante "Ici sont les dragons" qui, pour soutenir l'Ukraine et essayer de comprendre pourquoi la Russie veut en faire à tout prix sa chose, retrace la naissance et la conquête du pouvoir des deux grands totalitarisme du XXe siècle, le communisme et le nazisme. La première partie (qui se situait en 1917) était intitulée "La victoire était entre nos mains" (1). La deuxième (1918 - 1933) a pour titre : "Choc et mensonges".
C'était il y a un siècle, mais c'est aussi aujourd'hui. On sait combien les autocrates actuels savent, plus que jamais grâce aux nouveaux outils de communication, répandre le mensonge pour installer leur pouvoir, asservir leur peuple et justifier leurs guerres injustifiables.

"Tous les jours nous prononçons leurs noms avec effroi et stupéfaction, écrit Hélène Cixous, dans sa note d'intention (2). Tous des Personnages hurleurs, sous leurs noms de masques, ces orateurs diaboliques s'enivrent de leurs propres paroles incendiaires. Dictateurs, chefs, tyrans totalitaires, mangeurs d'humains, cyclopes aveugles, peintres ratés, faux poètes, grands seulement par leur ambition illimitée, ils ont les armes, champions olympiques dans la pratique du Mensonge. Aujourd'hui nous les appelons l'un Poutine, ou l'autre Dragon là-bas, vous savez, Trump ? Ah, Trump oui, et celui-là ? C'est Hitler. Crois-tu vraiment, Shakespeare, qu'ils ne nous tuent que pour s'amuser. Ils veulent nous exterminer. Nous effacer de la Terre et de la mémoire. Car ces monstres sanguinaires, ce sont des hommes, c'est incroyable."
On les voit, on les entend, il nous glace le sang, ces Lénine, ces Staline, Hitler, Goebbels, Hiroshi, Djerzinski, Göring, Ford, ces banquiers et ces hommes d'affaires sans état d'âme. Les humains autour d'eux seront écrasés sous leurs bottes inhumaines au nom de leur idéologie et de leurs intérêts personnels. 

Les acteurs jouent masqués et sont, la plupart du temps, doublés parce que chaque personnage s'exprime dans sa propre langue : allemand, russe, français, anglais, japonais. Ils apparaissent telles des marionnettes qui ne seraient jouées que par elles-mêmes et se joueraient de nous.
"Le spectacle est un aller simple pour le cauchemar, constate Joëlle Gayot dans Le Monde (3). Un des moments les plus ténébreux qu’il ait été donné de vivre au « Soleil ». Mais aussi un des plus nécessaires et des plus salutaires, tant Ariane Mnouchkine parvient, des rives du siècle précédent, à éclairer un présent dont les dérives tétanisent les capacités d’analyse et les possibilités de résistance."
Face à ces rouleaux compresseurs, à l'embrigadement forcé, aux massacres de ceux qui tentent de se rebeller, restent quelques voix qui essaient de résister, celles de poètes, d'écrivains, de journalistes, ces voix que tous les totalitarismes ont toujours voulu mettre à leur service ou à défaut briser. Il y eut Mikhaïl Boulgakov pour qui "La peur ne sert à rien". Il y eut Fritz Gerlitz pour qui "Ce que l’on peut faire de pire contre Herr Hitler, pire que tout, serait de ne rien faire". Il y eut aussi des politiques visionnaires comme Léon Blum ou Winston Churchill.
"Des prophéties et des prémonitions, la représentation en regorge, écrit encore Joëlle Gayot. Ces cris d’alarme n’ont pas su empêcher le carnage. L’histoire est un éternel recommencement dont les leçons restent lettre morte. D’une érudition permanente, puisant ses sources à même le réel (il n’y a presque pas une ligne de fiction dans le texte), alternant dialogues, monologues, discours, harangues, confidences, apartés, le spectacle met à nu la machinerie machiavélique qui a permis le stalinisme et le nazisme. Ce qui est décrit de l’hier vaut, à la virgule près, pour l’aujourd’hui : soutien et compromission des grands patrons, propagande et censure, tractations entre pays dominants, mensonges d’Etat et manipulation des peuples, trahison des valeurs. Le hasard n’est décidément pour rien dans l’accession des dictateurs au pouvoir."

Les trente-sept scènes de ces trois heures de spectacle se jouent quasiment toutes dans une ambiance sombre - il ne pourrait en être autrement. Il faut attendre les salutations, longuement applaudies, pour avoir droit au plein feu. Mais il ne dure pas : dès qu'on rallume son téléphone pour se rebrancher sur l'actualité l'obscurité revient.

(1) (Re)lire sur ce blog https://moeursethumeurs.blogspot.com/2025/03/culture-et-barbaries.html
(2) https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/notre-theatre/les-spectacles/ici-sont-les-dragons-2024-2470
(3) ttps://www.lemonde.fr/culture/article/2026/03/19/au-theatre-du-soleil-ariane-mnouchkine-et-sa-troupe-saisissent-le-mal-a-la-racine-dans-un-spectacle-de-haute-volee_6672369_3246.html?search-type=classic&ise_click_rank=1


mardi 7 avril 2026

Les désespérants

Les attaques contre les maires noirs nouvellement élus sont intolérables, totalement inacceptables. Stupidité et méchanceté s'additionnent pour exprimer le racisme. Et toutes les institutions et tous les citoyens se doivent de réagir et de lutter contre ce rejet agressif de l'autre qui s'exprime à nouveau ouvertement et visiblement sans honte .
Mais LFI reprend dans la figure le boomerang qu'il a lui-même lancé : le mouvement insoumis entend donner toute sa (toute la) place à ce qu'il appelle la Nouvelle France, la France de ceux qu'il sied à présent de désigner comme racisés, au détriment de l'autre, la vieille France, la blanche, la rurale, la réac (1). Mélenchon assume la formule du grand remplacement chère à l'extrême droite. Celle-ci craint que les blancs chrétiens soient remplacés par les noirs et arabes musulmans et celui-là affirme que c'est ainsi que la situation doit évoluer. En outre, pour défendre sa grande cause, celle de la Palestine, il souffle violemment, et lui aussi sans honte, sur les braises de l'antisémitisme. LFI a  allumé l'incendie dont il se plaint d'être victime. Il clive la société et tempête quand les siens sont victimes de clivage. 
La France n'est pas divisée entre blancs et noirs, entre bons et méchants. Une telle analyse relève du simplisme, voire de la stupidité. Et le MélenChe n'est pas stupide. Juste cynique, calculateur et électoraliste. Il joue un jeu dangereux. Il a choisi les banlieues. La Vieille France, il l'abandonne. Au RN.

De son côté, à quelques jours des élections en Hongrie, la fille à papa Le Pen est allée soutenir son camarade Orban, soutien indéfectible de Poutine et cheval de Troie du Kremlin dans l'Union européenne. Le vice-président américain a fait de même. La Le Pen a choisi son camp. Soutenir Orban, c'est soutenir ces joyeux va-t-en-guerre de Poutine et Trump. Et les nouveaux maires RN affichent leur priorité : retirer le drapeau européen des façades de leurs mairies (ce qui ne les empêchera évidemment pas d'aller chercher des subventions auprès de l'UE). Anti-UE et pro-Trump et Poutine, voilà le grand parti nationaliste français. Qu'on s'en souvienne.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/01/la-nouvelle-france-une-expression-banale-transformee-en-grenade-degoupillee_6675827_3232.html

jeudi 2 avril 2026

Lumière et obscurité

Lee Miller a eu une vie hors normes. De mannequin, elle est devenue photographe de presse, puis reporter de guerre. Elle a voulu rendre compte de la violence de la seconde mondiale, de la peur, de la souffrance, des drames, des atrocités qu'elle a engendrés. Alors que le front était interdit aux femmes, elle s'y est imposée. Elle a témoigné de l'horreur. Elle fut parmi les premiers photographes qui révélèrent les camps de concentration. Ses images de ces hommes et de ces femmes à peine vivants, hagards et décharnés, de ces monceaux de cadavres ont secoué le monde. Le film qui retrace sa vie (1) indique à la fois sa volonté de témoigner de l'indicible et les traumatismes qu'ils ont suscités en elle. Vous regardez ce film et ce personnage, intensément incarné par Kate Winslett, et vous pensez à ces négationnistes, à tous ceux qui arrivent à penser que tout cela est faux et qui osent le proclamer. Vous pensez à ceux qui y croient mais s'en réjouissent, regrettent que Hitler n'ait pas fini le travail comme ils disent. 
Et puis, vous voyez et entendez Lili Keller-Rosenberg (2), qui a aujourd'hui 93 ans et qui témoigne de ce qu'elle a vécu dans les camps de concentration. Juive, elle vivait à Roubaix avec ses parents et ses deux jeunes frères. Elle avait 11 ans en 1943 quand toute la famille fut déportée. Le père à Buchenwald d'où il ne revint jamais, les autres à Ravensbruck, puis à Bergen-Belsen. Libérée avec sa mère et ses frères, en 1945, elle en est revenue, comme beaucoup, mutique d'abord, vivant avec ses cauchemars et sa peur des chiens et du noir. "Il reste des traumatismes, mais on peut vivre." C'est quand elle a entendu le négationniste Faurisson qu'elle s'est dit ""Il me faut réagir, je ne pouvais laisser dire de tels mensonges". Alors, depuis cinquante ans, elle a rencontré des milliers de collégiens et de lycéens pour raconter ce qu'elle a vécu, toujours debout avec son rouge à lèvres et bien coiffée. Sa mère le lui a enseigné : toujours garder sa dignité. "Ils sont tellement à l'écoute. Je suis utile. Contre la haine. C'est la haine à notre époque encore qui amène les guerres, l'antisémitisme, le racisme. Nous sommes tous faits de la même façon." Elle dit encore que la diversité est une richesse. Elle s'est engagée à témoigner jusqu'à ses cent ans.
Vous l'écoutez cette dame toute simple, directe, souriante, lumineuse même et en même temps vous voyez ressurgir, un peu partout comme un phénomène naturel, l'antisémitisme, notamment alimenté par des gens qui défendant, à raison, les Palestiniens estiment qu'il est dès lors normal de fustiger les Juifs, de rêver de leur disparition, de semer la haine pour défendre un peuple.
Et puis vous voyez le racisme s'exprimer comme naturellement contre les maires noirs fraichement élus en France.
Et alors que vous venez de voir le biopic de Lee Miller, d'écouter  Lili Keller-Rosenberg, vous apprenez que le parlement israélien fait régresser toute sa société en réinstaurant la peine de mort, pour les terroristes, palestiniens, forcément palestiniens, pas pour les colons malgré leur grande violence (3).
Et le même jour encore, à l'occasion de la commémoration du massacre de Boutcha en Ukraine, vous revoyez des images qui datent de quatre ans (4) mais que Lee Miller aurait pu photographier il y a quatre-vingt ans.
Alors, vous vous dites que les hyènes doivent être plus humaines que certains hommes, qu'il est des hommes sans mémoire ni compassion qui ne vivent que de la haine. Et vous ne comprenez ni pourquoi, ni ce qui les fait vivre. Si c'est cela vivre. 

(1) Le film "Lee Miller", par Ellen Kuras, 2023.
Exposition des photos de Lee Miller du 10 avril au 2 août, au Musée d'Art moderne de Paris.
(2) https://www.arte.tv/fr/videos/125544-156-A/28-minutes/
La vie de Lili Keller-Rosenberg a été racontée en BD  : "Lili toujours debout jusqu'au bout" (éd. Glénat), scénario d'elle-même et dessins de Boris Golzio.
(3) Arte, Journal, 31.3.2026.
(4) https://www.france24.com/fr/europe/20260331-en-ukraine-des-responsables-europ%C3%A9ens-comm%C3%A9morent-le-massacre-de-boutcha

lundi 30 mars 2026

Voie sans issue

Comment le Père Ubu va-t-il se sortir de cette guerre qu'il a voulue - entraîné, estiment certains, par son compère Netanyahou - et dont il ne sait comment se dépêtrer ? 
Il a quatre scénarios qu'envisage Le Courrier international (1). Ils sont tous mauvais.
Il y a le dialogue. C'est ce que Trump dit avoir entamé sans qu'on sache avec qui. Mais on sait que ni lui ni ses sbires ne savent ce qu'est une négociation. Ils entendent imposer leurs conditions et refusent celles de l'adversaire.
Il y a le retrait. C'est l'option "la plus trumpienne", selon The Economist. Pour (tenter de) sauver les élections de novembre, le va-t-en-guerre pourrait affirmer péremptoirement (comme il sait si bien le faire) que ses objectifs sont atteints. Comme il est resté flou sur ceux-ci depuis le début de ce conflit, il pourrait "faire passer une campagne sans issue pour une victoire décisive". Mais un arrêt immédiat de la guerre sans avoir mis en échec le régime iranien "consacrerait une victoire stratégique majeure pour Téhéran", écrit L'Orient-Le Jour.
Il y a le maintien du cap. Tant que le détroit d'Ormuz ne sera pas libéré, les Etats-Unis et Israël pourraient poursuivre leurs frappes. C'est apparemment l'option soutenue par Nétanyahou et certains à Washington.
Enfin, il y a l'escalade. Trump pourrait faire frapper les centrales électriques iraniennes et lancer des opérations commandos notamment sur l'île de Kharg. Mais qui dit escalade dit... escalade en face. Bien malin qui peut parier sur l'issue d'une fuite en avant.
Finalement, il est possible que "aucune de ces options ne permette de mettre fin à la guerre", pense The Economist. Tant que le détroit d'Ormuz restera fermé, Trump aura perdu. Faut-il le rouvrir par la force ou laisser la situation économique mondiale se dégrader plus encore par sa faute ? Voilà le dilemme qu'il n'avait pas prévu de devoir trancher, analyse The Daily Telegraph.

Même si les Etats-Unis et Israël trouvaient une issue à ce conflit, ils ne parviendront pas à mettre fin à la mainmise sur l'Iran des Gardiens de la révolution, constate Dawn Mena (2). "Les stratèges de Tel-Aviv et Washington sont en train de comprendre qu'ils se sont engagés, de fait, dans une guerre contre une milice dotée d'un Etat". 
Selon le site d'information arabe basé à Washington, "les Gardiens de la révolution se préparent depuis près de cinquante ans à une guerre d’usure contre un ennemi technologiquement supérieur, et ils ont complètement intégré l’état d’esprit, la mentalité et l’organisation propres à un mouvement d’insurrection. Avec les pasdarans, Israël et les États-Unis sont aujourd’hui en guerre contre la plus grande milice du monde – un réseau de réseaux pensé pour résister indéfiniment à une guerre d’usure."
Les Gardiens de la révolution forment "un État parallèle, qui fonctionne comme le réseau le plus important au sein d’un système en étoile. Autrement dit, le système combine la forme circulaire de l’organisation centralisée, chargée de transmettre l’intention stratégique, à la structure en maillage, très résiliente, qui permet aux noyaux régionaux d’agir de façon autonome". Ils ont mis en place une structure horizontale avec des cellules régionales qui disposent d'une grande liberté d'action et d'initiative, sans supervision d'un commandement central. Et les entreprises liées aux Gardiens de la révolution contrôlent la moitié de l'économie iranienne. Ils "peuvent puiser dans la manne pétrolière nationale pour financer leurs opérations de déstabilisation".
"Outre ses quelque 200 000 hommes en uniforme, le corps des Gardiens de la révolution a aussi pénétré la société civile, avec un million d’hommes et de femmes intégrés dans ce réseau paramilitaire qu’est le Bassidj sa branche chargée de la sécurité intérieure. Les Gardiens de la révolution sont un État dans l’État, avec les bassidjis comme relais répressifs disséminés dans une société iranienne hostile et en colère."
Selon Dawn Mena, même si Israël et les États-Unis poursuivaient leurs attaques pendant des mois et parvenaient à décapiter l’État iranien, "le réseau ne ferait probablement que se morceler – dans le meilleur des cas – en unités de taille plus modeste continuant à opérer dans l’ombre. Solidement ancrées dans des réseaux transnationaux, ces dernières survivraient même aux bouleversements sociopolitiques du pays – si tant est que les Iraniens descendaient à nouveau dans les rues et parvenaient à faire chuter la République islamique. Un tel scénario déboucherait hélas sur une interminable et sanglante guerre civile, à laquelle participeraient ces formations réduites, jusqu’à se rassembler officiellement dans une nouvelle structure émergente."

Bref, les Etats-Unis et Israël sont loin d'en avoir fini avec cette guerre sans doute, mais aussi et surtout avec les Gardiens de la révolution. La population iranienne aussi. Hélas. Mais Israël et les Etats-Unis se soucient-ils de celle-ci ?

(1) "Pour Donald Trump, quatre (mauvais) scénarios, Le Courrier international, 26.3.2026.
(2) Andreas Krieg, "Les pasdarans, une milice dotée d'un Etat", Dawn Mena, 18.3.2026, in Le Courrier international, 26.3.2026.
(Dawn Mena : Democracy for the Arab World Now, Middle East et North Africa, promeut les doits humains)

vendredi 27 mars 2026

Gens de rien

Il est bien loin le temps où les états majors militaires osaient parler de frappes chirurgicales. Comme si une frappe n'était pas par essence violente et comme si la chirurgie pouvait être destructrice.
On voit dans quel état est la bande de Gaza. Les frappes de l'armée israélienne qui visaient les combattants du Hamas ont tué des dizaines de milliers de civils et le territoire est détruit dans sa majeure partie.
La guerre que mènent Israël et les Etats-Unis au régime dictatorial iranien a de sanglantes retombées sur une population iranienne à présent prise en tenailles entre ce régime répressif et les bombes et missiles qui visent la fin de ce dernier (bien que les motivations de cette guerre restent floues).
Le Liban se retrouve entraîné dans cette guerre, une de plus, à cause du Hezbollah et des réactions tout aussi destructrices de l'armée israélienne. Comme toujours, comme ailleurs, ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd.

Et pendant qu'Israël mène cette guerre, les colons en profitent pour s'attaquer à des villages de Cisjordanie : agression d'habitants, incendies d'habitations et de voitures, jets de pierres.
"Depuis le début de la guerre avec l’Iran, rapporte Le Monde (1), les colons les plus extrémistes, qui bénéficient d’une impunité de fait depuis des mois, ont multiplié les assauts, tuant six Palestiniens en trois semaines. Cette dégradation a conduit des anciens généraux israéliens à rendre publique, le 16 mars, une lettre ouverte adressée à la hiérarchie militaire afin de dénoncer ce qu’ils qualifient de « pogroms » et de « terrorisme juif »." Dimanche dernier, indique encore Le Monde, le ministre israélien des finances, chargé des colonies, "a déclaré viser « l’effondrement » de l’Autorité palestinienne et l’annexion complète de la Cisjordanie. Le candidat de gauche, Yaïr Golan, a dénoncé le soutien du gouvernement au « terrorisme juif » alors que l’armée opère sur deux fronts, en Iran et au Liban."
"La guerre lancée par l’Etat hébreu avec les Etats-Unis contre l’Iran a déplacé l’attention médiatique et politique, constatent les Palestiniens (2). « La bande de Gaza et la Cisjordanie sont en quelque sorte reléguées au second plan parce que tous les regards sont tournés vers un problème régional plus grand », souligne la ministre, en poste depuis 2025. « Dans le même temps, nous assistons à une recrudescence sans précédent des actes terroristes perpétrés par les colons illégaux sur l’ensemble du territoire palestinien », s’alarme-t-elle, en dénonçant le rôle joué par des membres influents du gouvernement israélien dans la défense du mouvement de colonisation."

Dans la guerre sans merci que mène le boucher de Moscou à l'Ukraine, les pertes côté russe (morts et blessés) seraient de 40 000 par mois (3). Et combien de morts en Ukraine ?
Mais toutes ces morts, tous ces drames, ces gens mutilés, ces familles endeuillées, ces villages et ces villes détruites, rien de tout cela n'a d'importance face à la volonté de conquête et de pouvoir de ces extrémistes. Les gens n'existent pas.

Chacun défend ses intérêts, et dans le calcul froid des pertes et des profits, le sang humain n’a aucune importance. (...)
J'ai en moi une question : quand le monde décidera-t-il que la vie d’un enfant à Gaza, à Téhéran ou au Koweït a plus de valeur que tous les détroits et tous les gisements pétroliers ?
Taleb Alrefai, écrivain koweïtien (4)

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/23/en-cisjordanie-une-serie-d-attaques-coordonnees-commises-par-des-colons-juifs-contre-des-villages-palestiniens_6673876_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/26/l-autorite-palestinienne-alerte-sur-le-terrorisme-des-colons_6674405_3210.html
(3) https://www.marianne.net/societe/defense/dronification-comment-l-ukraine-a-inflige-6-000-pertes-a-la-russie-en-quatre-jours
(4) https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/03/20/pour-l-ecrivain-libanais-charif-majdalani-le-liban-se-trouve-bel-et-bien-entraine-a-son-corps-defendant-dans-de-nouvelles-calamites_6672741_3260.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

mardi 24 mars 2026

Drôle de bazar

La démocratie est un drôle de bazar.
Vous vous démenez pendant des années, vous ne comptez ni votre temps ni votre énergie, et hop, vous vous faites éjecter sans parfois comprendre pourquoi et vous voilà remplacé par quelqu'un sorti de nulle part ou par un ancien maire qui avait dû jeter l'éponge il y a des années parce qu'il n'avait plus d'équipe mais qui veut absolument être remaire et se fait réélire malgré son teint et ses idées grises. Allez comprendre. La vie politique est souvent cruelle.
Et puis vous voyez ce maire que son grand âge - 85 ans - a mené depuis cinq mois à l'hôpital d'où il a mené sa campagne pour un neuvième mandat et qui a été réélu (1). Bien qu'il fasse l’objet d’une enquête préliminaire, suite à des plaintes déposées à son encontre par deux anciens collaborateurs pour "agression sexuelle, harcèlement moral et sexuel" (2).
Et vous voyez aussi cet autre calife, 83 ans, maire depuis quarante-neuf ans durant lesquels - tout le monde s'accorde à le dire - il a métamorphosé sa ville, mais qui s'est cru indispensable et voulait absolument, lui aussi, effectuer un neuvième mandat. Il a mal vécu sa défaite et lui et ses supporteurs ont hué son successeur. Beau bilan mais triste fin (3).
Vous gagnez et vous vous faites huer par les supporteurs d'en face. Vous perdez, vous vous faites aussi huer. La vie politique est souvent cruelle.
Et puis vous voyez d'heureuses surprises. Comme la victoire de Demba Traoré au Blanc-Mesnil en région parisienne. Non encarté, à la tête d'une coalition de gauche, il a remporté l'élection après les douze ans de règne d’une droite proche du parti de Zemmour. Demba Traoré, rapporte Le Monde (4), "est ancien capitaine de l’équipe de football et acteur associatif de la ville, jusqu’alors manageur spécialiste de lutte contre le blanchiment chez BNP Paribas. Il a été propulsé, en deux petits mois, chef de file d’une liste citoyenne de centre gauche, sans parti, a supplanté l’opposition communiste au premier tour, puis s’est imposé comme le leader de la coalition avant de remporter l’élection avec 51,49 % des voix".
Et puis vous constatez que la participation "n’a atteint, indique Le Monde, que 57,82 % au second tour des municipales. Elle recule de plus de 4 points par rapport à 2014. Jamais les Français n’avaient autant boudé une élection de ce type, hors crise sanitaire". 42,18% des électeurs n'ont pas été voter. Autant d'électeurs qui auraient pu changer le résultat (5).
Enfin, vous lisez (6) que ce même 22 mars "l’Assemblée populaire suprême de la RPDC [République populaire démocratique de Corée] a réélu le camarade Kim Jong-un président des affaires d’Etat de la République populaire démocratique de Corée lors de la première session, première activité d’Etat de sa 15e législature". L’agence officielle nord-coréenne KCNA précise que la décision d’élire Kim Jong-un au "poste suprême" de l’Etat nord-coréen reflète "la volonté et le désir unanimes de tout le peuple coréen". Les 687 députés de la nouvelle assemblée législative avaient été élus le 15 mars, avec un taux de participation de 99,9 %.
Alors, vous vous dites que, oui, la démocratie est un drôle de bazar, mais qu'elle reste quand même préférable à tous les autres systèmes. 

(2) https://www.ladepeche.fr/2026/02/06/municipales-2026-malade-et-accuse-dagressions-sexuelles-andre-santini-85-ans-brigue-un-8e-mandat-a-issy-les-moulineaux-13211445.php
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/issoudun/adule-pour-son-bilan-a-issoudun-mais-critique-pour-son-entetement-la-fin-de-regne-douce-amere-du-maire-andre-laignel-1774287071
(4) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/23/au-blanc-mesnil-la-victoire-surprise-de-demba-traore-face-a-l-extreme-droite-de-thierry-meignen_6673956_823448.html
(5) https://www.lanouvellerepublique.fr/le-blanc/une-abstention-qui-laisse-un-gout-amer-ces-centaines-d-electeurs-qui-auraient-pu-changer-le-resultat-au-blanc-1774268586?utm_source=newsletter-quotidienne36&utm_medium=email&utm_campaign=mailing-2026-03-23&m_i=tQdusxOgwnUWK49blzoV7bxZjkypAh84ET8n2HRasCAT0q1Q_TeNEb6kiuKmL%2BPhAO7aZkeBr4p7sHCkD6f1T_WDyf77LCJ7g0&M_BT=10218566641
(6) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/23/kim-jong-un-reelu-a-la-tete-de-la-coree-du-nord-par-l-assemblee-populaire_6673835_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1



vendredi 20 mars 2026

L'homme du chaos

On le savait, mais on en a maintenant la démonstration éclatante : les locataires de la Maison blanche sont une bande d'amateurs, d'incompétents, de bas du front. Pas le moindre stratège dans cette équipe, juste des mecs, des vrais, tellement sûrs d'eux-mêmes qu'ils se lancent tête baissée dans des guerres hasardeuses sans réflexion.
Piotr Smolar, correspondant du Monde à Washington, rappelle (1) que "le 13 mai 2025, lors de sa tournée dans le Golfe, le président américain, Donald Trump, prononçait un discours à Riyad dans lequel il promettait « un futur dans lequel le Moyen-Orient est défini par le commerce, et non le chaos »". Il a généré le chaos.
Visiblement le Père Ubu, en lançant sa guerre avec son compère Netanyahou, n'avait pas imaginé que l'armée iranienne résisterait autant et si longtemps, il n'avait pas pensé que le détroit d'Ormuz pourrait être bloqué par l'Iran, il n'avait pas envisagé que les pays du Golfe seraient attaqués, que les prix du pétrole et du gaz partiraient à la hausse faisant grimper l'inflation, que l'économie mondiale déraillerait, que des milliers de travailleurs par le monde seraient en difficulté, faute de carburant, d'engrais ou de plastique. Cet homme ne pense pas. Il fanfaronne. 
Le seul à tirer parti de cette guerre, c'est le tueur en série du Kremlin qui peut recommencer à vendre son pétrole et donc à financer sa guerre à lui, contre l'Ukraine. Pour le président du Conseil européen, Antonio Costa, « jusqu’à présent, il n’y [avait] qu’un seul vainqueur dans cette guerre : la Russie » (2).
"Le président américain, écrit encore Piotr Smolar, a poussé le Moyen-Orient dans un précipice à la profondeur inconnue, portant atteinte à la crédibilité de son propre pays. On ne sait quand ni sous quelle forme la guerre contre l’Iran se conclura. L’épuisement des moyens de disruption du régime pourrait changer la lecture des événements. Mais en sens inverse, le recours au terrorisme représente aussi une escalade possible, si Téhéran le décidait, en activant des cellules dormantes ou bien des sous-traitants. Le comble de l’illusion, pour Washington, consiste à croire que Donald Trump peut siffler seul la fin des hostilités, par un simple message sur Truth Social."
Voilà celui se voyait couronné du Prix Nobel de la Paix piégé par sa propre guerre. Trump comme son camarade Poutine est victime de sa prétention. Ces hommes sont tellement vaniteux qu'ils se lancent dans des guerres qu'ils pensent gagner en trois jours, sans imaginer que leur adversaire puisse leur résister.
Ils méritent le Prix Nobel du chaos.

(2) https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2026/03/15/poutine-est-a-ce-stade-le-grand-gagnant-de-la-guerre-de-trump-et-de-netanyahou-contre-l-iran_6671261_6116995.html
A écouter :
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/le-grand-entretien-du-dimanche-15-mars-2026-9392502
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-vendredi-20-mars-2026-7360255

mercredi 18 mars 2026

Du courage en politique

Le premier tour des élections municipales a eu, comme toujours, son lot de surprises.
Il en est de tristes. Comme celle de l'élimination, à neuf voix près, du maire de Bélâbre, en Indre. Laurent Laroche paie cher le courage qu'il a eu de se lancer dans un projet de centre d'accueil pour demandeurs d'asile (1). L'extrême droite et quantité d'esprits chagrins et rabougris ont manifesté bruyamment leur opposition à cette ouverture de leur village à des gens en quête d'asile. Les arguments les plus stupides se sont mêlés à des insultes et même à des menaces de mort. Pour différentes raisons, le projet n'a pas abouti. Mais certains Bélâbrais en ont gardé une haine féroce contre leur maire qui se voit remplacé par un homme venu de nulle part. Le Parc naturel régional de la Brenne y perd aussi son président, qui ne fut jamais avare de son enthousiasme et de son énergie pour faire avancer cet organisme dynamique. La vie politique est cruelle et souvent injuste.

Triste destin pour Roubaix qui, selon toute vraisemblance, sera dirigé par le LFI et islamisto-compatible David Guiraud. Parachuté de sa Seine-Saint-Denis, il a mené, selon Franc-Tireur, "une campagne Gazaislamophobie qui parle de tout sauf des problèmes du coin". Sa stratégie communautariste l'a mené à 46,64% des voix. Le roublard gagne (2). Il en est un autre qui, lui ,remplie : David Rachline, exclu du RN mais toujours d'extrême droite garde la mairie de Fréjus malgré toutes ses casseroles.

Le deuxième tour se prépare avec ses alliances, mais aussi ses refus d'alliances. 
A Marseille, le candidat LFI a obtenu un score (un peu moins de 12%) loin de ses ambitions. Le maire sortant et candidat de la gauche a refusé de s'allier avec lui. Et bien lui a en a pris. Delogu a finalement jeté l'éponge. A Paris aussi, le candidat de la gauche a refusé de s'allier avec le parti du gourou Mélenchon, mais la candidate LFI se maintient. Il n'en va pas de même dans d'autres villes où la gauche et LFI s'allient pour éviter l'extrême droite. Choisir entre la peste et le choléra. Entre un parti qui tente (difficilement) de faire croire qu'il s'est dédiabolisé (3) et un mouvement qui s'est autodiabolisé. 

Le deuxième tour se prépare aussi via des débats entre les deux ou trois candidats qui restent en lice. Mais nombre d'entre eux se défilent. Je ne parle qu'à mes concitoyens, affirme un maire sortant qui refuse de débattre avec son adversaire (4). La politique exige pourtant du courage. Au moins un peu. Mais il n'est pas toujours payant. L'heure est aux populistes.

(1) (Re)lire sur ce blog :
https://www.blogger.com/blog/post/edit/7279672397566866750/1391330304466317445
https://www.blogger.com/blog/post/edit/7279672397566866750/2791239720598971445
(2) https://www.franc-tireur.fr/legislatives-david-guiraud-un-roublard-a-roubaix
(3) "Selon une enquête de Conspiracy Watch, plus de 50 têtes de liste RN affichent des penchants conspirationnistes. 26 des 30 députés RN engagés comme têtes de liste ont relayé des propos douteux. Au total, près de 200 personnes sont exposées. Il ne s'agit pas d'accidents, c'est une manière d'être." Franc-Tireur, 18.3.2026.
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/le-blanc/c-est-absolument-hors-de-question-gilles-lherpiniere-refuse-le-debat-avant-le-second-tour-au-blanc-1773672984



dimanche 15 mars 2026

Tu aimeras ton prochain

Le parlement sénégalais en a décidé ainsi d'une seule voix : Toute personne qui aura commis un acte contre-nature sera puni d'une peine d'emprisonnement de cinq à dix ans. Par acte contre-nature, il faut entendre homosexualité. On ne sait en quoi l'homosexualité serait contre-nature. Les exemples de couples homosexuels abondent dans la nature. Mais pour les députés sénégalais, l'homosexualité serait une pratique occidentale, la tolérer serait soutenir le colonialisme, la combattre serait lutter contre ce dernier. Idiot ? Oui. Stupide et ignoble.
"Le texte interdit aussi la promotion de l’homosexualité... et de la zoophilie!, constate sur France Inter le journaliste Claude Askolovitch (1).  Il est passé à l’unanimité moins trois abstentions. Il prolonge la peur dans laquelle vivent les homosexuels sénégalais depuis des années - on les accuse de propager le sida, on les bat, on les emprisonne, et des mouvements religieux musulmans attisent la haine - ici reportage sur France culture en 2020 : En tant que religieux, je demande qu'au Sénégal, on corrige les homosexuels, pas forcément qu'on les lynche dans la rue, mais qu'on les moleste du matin au soir."
Un député a affirmé que "les valeurs LGBTQ constituent, à travers des télés, à travers des ambassades, un poison culturel savamment inoculé dans notre peuple".
En 2016, le président ougandais Yoweri Museveni déclarait que, selon lui, les homosexuels "sont dégoûtants".
En 2015, des pasteurs chrétiens au Kenya disaient, à propos de Barak Obama : "Nous ne voulons pas qu'il vienne nous parler d'homosexualité au Kenya et qu'il nous pousse à accepter ce qui est contraire à notre religion et à notre culture".
En 2017, le président iranien Ahmadinejad affirmait : En Iran, nous n'avons pas d'homosexuels. En effet, le régime les tue.

On nous dit que les religions prônent l'amour. Elles le condamnent violemment. Et il faudrait respecter les religions ? Mais qui respectent-elles ? 

C'est un parfait échanson
qui nous sert la boisson
un dépravé, un roué perspicace,
habile dans sa grâce
à remplir la coupe. 

O Echanson, 
dont les yeux ont une lueur
qui exhale la langueur
et dont les boucles naissantes
des temps l'ambre sentent !

O bel échanson !
Ta plantureuse croupe,
Ta brune délicatesse, ta finesse
de jeune garçon
surpassent à nos yeux
de la chamelle l'amble !

Abu Nuwas, Les voiles de la nuit (Poèmes bachiques et libertins, éd. Verticales, 2002, traduction : Omar Merzoug)
Abu Nuwas est né vers le milieu du VIIIe siècle dans le sud-ouest de l'Iran.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/les-mots-d-asko/les-mots-d-asko-du-samedi-14-mars-2026-6293490

jeudi 12 mars 2026

Animal sans mémoire

La résistance au changement altère-t-elle la mémoire ? Si on compte bien, voilà cinquante-trois ans qu'a eu lieu la première crise pétrolière. Depuis, on ne cesse de se dire qu'il faut se libérer des énergies fossiles, sortir de la dépendance au pétrole et aux pays qui en produisent, vivre de manière plus sobre. Le dérèglement climatique en augmente un peu plus chaque jour la nécessité. Mais l'Homme est un animal paresseux et sans mémoire.
Ces dernières années est apparue l'expression sortir de sa zone de confort. Elle est souvent injonction : il faut sortir de sa zone de confort. Changer de travail, modifier ses habitudes, multiplier les expériences. Mais la dépendance au pétrole y échappe. Chacun veut continuer à pouvoir prendre sa voiture quand il le veut et rouler vite, voyager en avion pour pouvoir se déconnecter (de la nécessité de ne plus le faire), acheter de mauvais produits chinois dont il n'a pas vraiment besoin. 
La guerre du tandem Trump - Netanyahou fait grimper le prix du pétrole et donc de l'essence. Et voilà les automobilistes qui se précipitent aux pompes. Verra-t-on les gilets jaunes s'afficher à nouveau ?
A chaque crise pétrolière, on redécouvre l'eau chaude. Le covoiturage se réorganise. Les appels se répètent, à modifier son comportement d'automobiliste, en utilisant sa voiture de manière moins fréquente et plus rationnelle, en roulant moins vite et plus souplement, en ressortant son vélo.
Mais si on veut rester dans sa zone de confort, on peut faire comme cette automobiliste, entendue dans un micro-trottoir lors d'une crise pétrolière précédente : "moi, l'augmentation, je m'en fiche, je ne mets toujours que pour 20 € d'essence dans mon réservoir. Donc, ça ne change rien pour moi".

dimanche 8 mars 2026

Des nouvelles de la France profonde

Elections municipales dans une semaine en France. On ne s'en rend pas compte dans les campagnes. Pas d'affiches, pas de tractage, aucun document dans les boîtes aux lettres. Morne campagne.

Souvent maintenant, la campagne se mène sur les réseaux qu'on dit sociaux.
A Issoudun dans l'Indre, trois candidats d'opposition se sont fait photographier devant une tombe fleurie. Fleurie par eux, précisent-ils, et non par la Commune qui s'était engagé à le faire tous les ans. Mais ce n'était pas le cas le 25 février, date officielle du fleurissement de cette tombe. Heureusement, soulignent-ils, qu'ils sont là pour honorer cette morte. Qui, elle, se trouve entraînée, à son corps défendant, dans un débat "au ras des pâquerettes", comme l'exprime La Nouvelle République (1).
Le maire d'Issoudun précisément, 83 ans, vise un neuvième mandat à la mairie. André Laignel l'avait annoncé il y a un mois dans une déclaration solennelle à la presse sans que celle-ci puisse l'interroger : "Compte tenu de la difficulté des temps, de l’ampleur des enjeux pour l’avenir d’Issoudun, de la nécessaire continuité de l’action, je ne saurais me dérober". Il est l'homme indispensable qui, face au "chaos général que connaît le pays",  "assure et (...) rassure grâce à deux atouts, l’expérience et la compétence". Face à lui, trois listes se présentent, mais "aucune n'est à la hauteur des défis", assure-t-il. (2)

Au Blanc, trois listes s'affronteront et non quatre comme prévu. Celle de Jean-François Barnaba a été recalée à cause de problèmes administratifs concernant un de ses candidats. L'homme, qui s'était en son temps auto-proclamé porte-parole des Gilets jaunes, est amer : "franchement, aujourd’hui, je ne vois rien dans les programmes proposés qui soit susceptible de donner à la ville l’élan indispensable dont elle a besoin pour s’en sortir. Le Blanc, vous le verrez, va continuer à perdre des habitants et probablement, à la clé, son statut de sous-préfecture…" (3). L'administration a-t-elle bien conscience qu'elle prive Le Blanc d'un sauveur ?  

Dans de nombreuses petites communes, une seule liste se présente. Dite "sans étiquette". Souvent, elle rassemble en réalité des candidats de diverses sensibilités politiques. Même si les conservateurs, voire les réactionnaires, y sont nombreux dans ces campagnes. Les électeurs n'ont donc pas de vrai choix. Auparavant, dans les communes de moins de mille habitants, ils pouvaient biffer des noms sur la liste de leur choix. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. On accepte l'ensemble de la liste ou non. Comment faire quand un seule liste est proposée et qu'on ne veut pas soutenir des candidats qu'on sait incompétents et agressifs et qui, en six ans, n'ont proposé aucune idée novatrice ou, pire, se sont farouchement opposés à tout projet, à toute réflexion et à la participation citoyenne ? Ne reste que la triste perspective du vote blanc ou de l'abstention. Triste, oui.

Voilà des nouvelles de la France profonde. Mais comment appelle-t-on l'autre France ? La France légère, la France de surface, la France superficielle ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/retard-a-l-affichage-querelles-autour-d-une-tombe-l-ia-en-porte-parole-les-echos-de-campagne-des-municipales-dans-l-indre-1772731251
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/issoudun/je-ne-saurais-me-derober-andre-laignel-brigue-un-9e-mandat-a-la-mairie-d-issoudun-1770312955
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/le-blanc/le-blanc-va-continuer-a-perdre-des-habitants-son-amer-constat-apres-l-invalidation-de-sa-liste-aux-municipales-1772806441
https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/jean-francois-barnaba-toujours-en-jaune
https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/direct-gilets-jaunes-jean-francois-barnaba-est-arrive-au-blanc

mercredi 4 mars 2026

Un homme ivre

L'ivrogne qu'est devenu le gourou de La France insoumise devrait suivre une cure de désintoxication. Mais comment faire ? Il est ivre de lui-même. Jean-Donald Mélenchon se saoule de ses propres discours, se permet toutes les outrances, sachant que ses disciples riront de la moindre de ses saillies, même les plus abjectes.
C'est le Trump français : il s'aime, se considère comme le meilleur et n'a jamais tort. Au contraire des autres. De tous les autres. Il a raison et on ne discute pas. Il est grand et visionnaire, les autres sont insignifiants.
Son grand jeu aujourd'hui consiste à jouer avec la prononciation des noms juifs. Ce fut d'abord Epstein (1), puis à présent Glucksmann (2). Sous la pression de ses proches, il a quand même esquissé quelques excuses pour ce dernier dérapage qu'il présente comme un accident.

En vrai gourou, Mélenchon se voit comme le messie : il rêve de se retrouver au second tour de la présidentielle face au candidat du RN et il est convaincu qu'il sauvera la France du risque de la voir tomber aux mains de l'extrême droite. Démoniaque, il joue avec le feu. Il est aujourd'hui tellement clivant qu'il est plus rejeté que la fille à papa Le Pen. 

"La ligne du parti doit rester infailliblement radicale et conflictuelle, sur la forme et le discours en particulier, faute de quoi LFI prendrait le risque de s’aliéner sa base électorale." C'est ce qu'affirme le politiste Rémi Lefebvre (3). "C’est la « stratégie du socle » : Jean-Luc Mélenchon repose sur un noyau dur d’électeurs de 8 % ou 9 %, attaché à la radicalité du parti. Le problème, c’est que cette stratégie constitue aussi un plafond de verre pour le mouvement : les postures radicales du leader « insoumis » nourrissent un rejet croissant, voire une détestation à son égard, que certains médias cultivent aussi. Or, dans l’optique d’une présidentielle, Jean-Luc Mélenchon doit aussi élargir sa base et capter le vote utile d’électeurs à gauche plus modérés."

Sous une allure très ouverte, LFI - que Mélenchon présente toujours comme un "mouvement gazeux" - est le parti d'un homme : Lui. Est-ce bien un parti d'ailleurs ? "Il n’a pas envie, constate encore Rémi Lefebvre,  que l’organisation soit figée. Il y a un grand flou sur les règles du jeu internes, alors que les partis politiques français sont généralement structurés de manière bureaucratique – au Parti socialiste (PS), il y a des fédérations, des conseils nationaux, des bureaux nationaux, des secrétariats nationaux… A l’inverse, LFI est un parti où le cadre organisationnel est minimal. N’importe qui peut adhérer au mouvement en quelques clics, sans avoir à payer de cotisation ; n’importe qui peut créer un groupe d’action au niveau local. Certes, depuis fin 2022, il existe des structures départementales, mais elles ont peu de pouvoir. Par ailleurs, il n’y a pas de congrès pour trancher entre différentes lignes politiques. De même, les positions hiérarchiques sont mal définies : Jean-Luc Mélenchon dirige le parti, mais n’a aucun titre, si ce n’est celui de coprésident de l’Institut La Boétie ; Manuel Bompard, lui, est « coordinateur », un statut vague. Fin 2022, LFI a mis en place une forme de direction, la « coordination des espaces », mais le processus de nomination des membres de cette coordination reste opaque."

LFI fonctionne de manière très verticale. Comme en Belgique le PTB. Un de ses députés wallons, un de plus, vient de le quitter (4). Il dénonce notamment le fonctionnement vertical du parti qui lui dicte, par exemple, "les amitiés politiques à avoir". Ou encore les positions du parti en matière de politique internationale qu'il qualifie "d'indignations sélectives". On sait ces partis très tolérants à l'égard du régime de Poutine tout comme du régime théocratique iranien. 
Comment imaginer que ces partis si peu démocratiques dans leur fonctionnement puissent, une fois au pouvoir, assurer la démocratie ? Figés dans leur fonctionnement stalinien, ils s'en méfient et n'en ont aucune pratique.

Son ivresse permanente ne permet pas à Mélenchon de voir qu'il est devenu un social-traître : il a trahi l'universalisme, la laïcité, la lutte contre l'antisémitisme, la démocratie.

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/02/raphael-glucksmann-estime-que-jean-luc-melenchon-qui-a-plaisante-sur-la-prononciation-de-son-nom-joue-avec-les-pires-codes-de-l-extreme-droite-et-de-l-antisemitisme_6669208_823448.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/28/remi-lefebvre-politiste-la-strategie-de-lfi-peut-fonctionner-au-premier-tour-de-la-presidentielle-mais-pas-au-second_6668656_823448.html
(4) https://www.lesoir.be/731993/article/2026-03-02/le-depute-wallon-jori-dupont-claque-la-porte-du-ptb-frappe-par-un-troisieme-gros