mercredi 8 juillet 2026

Et alors ?

Le Rassemblement national a changé de slogan. C'est désormais "Tête haute, mains sales". Voilà la fille à papa condamnée par la Cour d'appel pour détournement de fonds publics et complicité de ce délit. Au total, ils sont vingt-cinq membres du RN - le plus souvent élus et dirigeants - à avoir été condamnés : douze rejugés hier en appel et treize autres qui avaient aussi été condamnés en première instance mais n'avaient pas fait appel (1).
Même si les peines sont finalement relativement légères, estime Le Monde (2), "l’arrêt de la cour est (...) sévère, il insiste sur « la violation de la confiance que les électeurs sont fondés à placer dans chacun de leurs représentants » ; Marine Le Pen, présidente du parti à partir de 2011, avait, de ce fait, « une obligation de probité particulièrement exigeante » ; et si son père, Jean-Marie Le Pen, a été « l’instigateur » d’« une organisation » qui a permis de détourner 2,8 millions d’euros du Parlement européen, sa fille « y a adhéré et l’a perpétué »".

Elle est condamnée et alors ? La confirmation de sa condamnation en appel ne l'empêche pas de réaffirmer sa candidature à l'élection présidentielle. Et donc d'imaginer pouvoir, sans honte, diriger la république en ayant été condamnée pour avoir détourné de l'argent public. On a connu candidats plus probes. "Quelle crédibilité accorder à son discours sur la loi, l’ordre et la morale, si sa condamnation dans une affaire de détournement de fonds publics devait être définitive ?", interroge El Païs (3). "Les Français auront le dernier mot", affirme-t-elle en fière populiste. Comprenez : pas la justice. Comme le disait  un journaliste, quand il y a eu un cambriolage, le cambrioleur est condamnée par la justice et tout le monde applaudit, le RN en premier ; quand il y a eu des faits de terrorisme, la justice a raison de condamner les terroristes ; mais si le RN est condamné pour détournement de fonds, c'est tout à coup la justice qui a tort et qui rend un jugement politique. Marine Le Pen a régulièrement affirmé que toute personne condamnée par la justice devrait être interdite d'élection. Toute personne sauf elle qui est au-dessus des lois. Comment imaginer la France dirigée par une présidente aussi trumpiste ?

Se pourvoyant en cassation, les peines sont suspendues, elle ne fera donc pas campagne sous bracelet électronique. Du moins au début. La Cour de cassation annonce sa décision pour janvier 2027. "Le risque, constate Le Monde (2), est évidemment que la Cour de cassation, qui ne juge que le droit, confirme la condamnation. Il resterait, dans ce cas, à Marine Le Pen à purger un an de bracelet électronique, une peine qui courrait jusqu’en 2028." Sa campagne s'interromprait brutalement. Elle sait qu'elle prend un risque, mais sa prétention est la plus forte. Elle fonce ainsi dans le brouillard pleins feux, s'exposant aux critiques de ses adversaires qui auront beau jeu de dénoncer en elle une délinquante. La Le Pen prend le risque de s'aveugler (si ce n'est déjà fait) et d'entrer dans un mur. On n'en portera pas le deuil ici (4).

Post-scriptum : 
La candidature de la fille à papa va de soi : qu'il s'appelle Front national ou Rassemblement national, ce parti est l'affaire de la famille Le Pen. Fin de la semaine dernière, le RN a choisi sa directrice de la communication pour la présidentielle : Nolwenn Olivier. Elle est la fille du conseiller de MLP Philippe Olivier et de sa sœur Marie-Caroline et l'ex-compagne de Jordan Bardella. Comme l'écrit Franc-Tireur (5), "Marine Le Pen place une proche au cœur du réacteur de campagne, gardant ainsi la main sur le récit, le programme et l’organigramme. (...) Bardella est averti : le business et le pouvoir restent en famille."

(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/07/07/proces-en-appel-de-marine-le-pen-retrouvez-les-peines-prononcees-contre-tous-les-prevenus-dans-l-affaire-des-assistants-parlementaires-du-fn_6721484_4355770.html
(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/08/jugement-en-appel-de-marine-le-pen-des-faits-graves-des-peines-legeres_6721556_823448.html
(3) https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-l-etranger-marine-le-pen-annonce-maintenir-sa-candidature-a-l-election-presidentielle-2027_247371
(4) A (re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2022/04/ets-le-pen-magouilles-en-tout-genre.html
(5) Franc-Tireur, L'œil de Sire, 8.7.2026.




mardi 7 juillet 2026

Mollesse de l'urgence

La politique, un peu partout, est lamentable. La planète se réchauffe à une vitesse ahurissante, les êtres humains suffoquent, certains meurent, mais personne ne semble vouloir remettre fondamentalement en cause l'économie et la croissance, nos habitudes et notre confort, responsables de ce réchauffement désormais incontrôlable. La vie - humaine, animale, végétale - compte beaucoup moins que les cours de la bourse. La biodiversité s'appauvrit chaque jour. En France, 11.000 hectares ont déjà brûlé cette année et on ne parle que de moyens de lutte contre les incendies et adaptation au réchauffement. On cherche des moyens d'amoindrir les conséquences, pas de supprimer les causes.
Le dérèglement climatique contribuera à 700 000 morts prématurées dans le monde d'ici à 2030, prévoyait une étude publiée en mai 2022, citée par The Christian Science Monitor (1). Les morts devraient être plus nombreux encore : cette étude, qui date donc de quatre ans, n'imaginait sans doute une telle accélération de la catastrophe en cours. Catastrophe mondiale : "ce que vit la France est une réalité bien connue dans de nombreuses régions du monde, en particulier dans le Sud global."

La France est en feu et les candidats à l'élection présidentielle se bousculent sans que, jusqu'à présent, aucun ne mette en priorité absolue la lutte contre le réchauffement climatique et donc la sauvegarde de l'humanité et de la biodiversité. Le Rassemblement national a longtemps critiqué et mis en doute les rapports du GIEC et ses appels à changer de logiciel. S'il reconnaît quelques maladresses, il affirme à présent - comment faire autrement sans se moquer du monde ? - que le réchauffement climatique est une réalité. Mais il a la solution : la climatisation. "La croisade de Marine Le Pen pour la climatisation est grossière et illogique, constate The Local (2). Elle s'empare d'un sujet sur lequel l'extrême droite fait preuve de confusion et de lâcheté, et elle le retourne contre la gauche et les élites."
Plutôt que de réaffirmer qu'ils ont vu clair depuis leurs débuts et qu'il n'y a maintenant plus d'autre alternative que de sortir de toute urgence des énergies fossiles, une partie des Verts ne trouvent rien d'autre à faire que des courbettes indécentes devant le lider maximo. Mélenchon sera candidat, donc il faut le soutenir, malgré toutes les casseroles que traîne le personnage, malgré le rejet qu'il suscite et l'intérêt peu évident que son mouvement gazeux porte à l'environnement. Tous derrière le pire de la gauche puisqu'il affirme qu'il est le meilleur. Il ne faut pas diviser la gauche, affirme Sandrine Rousseau qui de ce fait soutient le PDG de La France Insoumise qui a multiplié les invectives, les insultes et les phrases assassines à l'égard du reste de la gauche.
Evidemment, il n'y aura pas de sauveur, ni en France, ni ailleurs. C'est collectivement et au niveau international que doivent être prises des décisions radicales. Au niveau de l'Union européenne, de l'Union africaine, de l'ONU et de toutes ses instances.
"S'il y a des solutions immédiates à mettre en place, écrit encore The Christian Science Monitor, (en particulier pour permettre aux populations de se rafraîchir,  il y a surtout de grandes actions de longue haleine à lancer, comme la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles. Peut-être est-ce ainsi, au pied du mur (de chaleur), quand même les politiques les plus indifférents dégoulinent de sueur, que les pays trouvent l'élan pour agir ?". Jusqu'à présent, il semble que la canicule les rendent plus mous encore.

(1) Colette Davidson, "Dans la fournaise, ma semaine de doutes", The Christian Science Monitor, 24.6.2026, in Courrier international, 2.7.2026.
(2) Shania Mintchev, "Nous ne devons pas laisser la clim à la droite", Courrier international, 2.7.2026.

lundi 6 juillet 2026

No rules

Le Père Ubu américain a-t-il décidé que l'équipe étatsunienne allait gagner la Coupe du Monde de football ? Il fait en tout cas changer les règles pour la favoriser. Les règles du foot (comme du reste), c'est lui qui les édicte. Un joueur américain, suite à un carton rouge, était empêché de jouer son prochain match. Mais le Donald ne l'entend pas de cette oreille (de l'autre non plus, il n'entend rien) : il a demandé au président de la FIFA de l'autoriser à jouer (1). Gianni Infantino, dont on ne compte plus les courbettes devant Dingo Ier, a obéi, le petit doigt sur la couture du pantalon.
Peut-être, s'ils devaient se qualifier, les joueurs américains seront-ils ensuite autorisés à marquer un but de la main. Et s'ils accèdent à la finale, elle sera arbitrée par le Père Ubu. Après tout, voilà longtemps qu'il a compris que le ridicule ne tue pas. 

Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît. (Michel Audiard)

(1) https://www.lemonde.fr/sport/article/2026/07/05/la-suspension-de-l-attaquant-folarin-balogun-levee-par-la-fifa-a-la-veille-du-huitieme-de-finale-des-etats-unis-donald-trump-applaudit_6720916_3242.html

samedi 4 juillet 2026

Encore une victime de la canicule

On ne sait plus à qui faire confiance. Les fausses nouvelles sont partout. Fake news ! Fake news ! Fake news !, répond le Père Ubu américain à tous ceux qui critiquent si promptement le meilleur président que les Etats-Unis aient jamais eu la chance d'avoir. Cet envoyé de Dieu transforme en or tout ce qu'il touche.
Et voilà que même les thermomètres mentent. Ces deux derniers jours, ils seraient montés à quasiment 40 °C à New York, Philadelphie et Washington et la nuit ils ne descendraient pas en-dessous de 29°C.
"Si de forts orages étaient attendus dans l’Etat de New York, vendredi soir, écrit Le Monde (1), les températures devraient rester très élevées, plus au sud, tout au long du week-end. Les autorités ont ainsi décalé le début des festivités à Washington, pour les 250 ans de la Déclaration d’indépendance. Le public était incité à l’origine à venir dès 13 heures, afin de participer à la grande foire sur le National Mall, censée représenter les cinquante Etats américains (avec un succès mitigé pour le moment). Mais les portes n’ouvriront finalement qu’à 17 heures, pour éviter les coups de chaud, sur cette immense esplanade peu ombragée : la météo prévoyait 38 °C et des orages en fin d’après midi. Un autre événement, prévu jeudi, à Philadelphie, la ville où fut signée la Déclaration en 1776, a été annulé à cause de la canicule."
Décidément, les ennemis du Donald ne reculent devant rien pour faire échouer ce qu'il entreprend avec tant de talent. Et ils n'ont aucun respect : ils s'attaquent même aux magnifiques festivités que ce magnifique président organise pour célébrer la meilleure période de ces deux cinquante ans : celle où il préside ces Etats-Unis qui décidément ne le méritent pas. Ses opposants ont même déréglé la météo.
Si j'aurais su, j'aurais pas venu, a-t-il déclaré.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/04/aux-etats-unis-une-canicule-exceptionnelle-perturbe-les-250-ans-de-l-independance-et-la-coupe-du-monde-de-football_6720594_3244.html

vendredi 3 juillet 2026

Incompréhensible

Voilà dix ans qu'il vit en France, au Blanc dans l'Indre, qu'il y travaille sept jours sur sept dans le restaurant qu'il a racheté à son oncle et dans lequel il emploie une personne pour le seconder. En 2020, il a introduit une demande de carte de séjour . Elle lui a été refusée cinq ans plus tard par le tribunal administratif de Limoges. L'Etat vient de lui remettre un ordre de quitter le territoire français (OQTF) complété d'un billet d'avion : le 11 juillet, il est sommé de rentrer au Vietnam, son pays d'origine.
Personne ne comprend les raisons de cette expulsion.
"C’est la générosité faite homme, dit de lui sa serveuse dans La Nouvelle République (1). Il ne fait rien de mal, il travaille énormément, participe à la vie économique de la commune, a toujours un mot gentil."
Hier, nous étions trois cent cinquante à soutenir Trung Hieu Nguyen Hoang dans les rues du Blanc. Il a été très longuement applaudi et a remercié, en pleurant, tous ses soutiens.
Mais la préfète est inflexible : "je suis sereine par rapport à cette décision, que j’assume totalement", a-t-elle déclaré à la NR.
Voilà donc un homme parfaitement intégré en France que l'Etat va envoyer dans une dictature où le moindre opposant est emprisonné et torturé et qui figure, selon Amnesty International, parmi les principaux pays au monde à exécuter les condamnés. Et l'Etat français, qui se targue d'être le pays des droits de l'homme, ne cesse d'exhorter ses habitants à créer de l'activité économique. Cherchez l'erreur. Ou la bêtise.

Les discours excluants de l'extrême droite gagnent la droite : il faut absolument renvoyer les étrangers sous OQTF, montrer sa détermination, faire du chiffre. "C'est un sujet qui permet de cliver très fort, et c'est exactement ce qui attire les politiciens", estime l'historien Patrick Weil (2). "Il y a, dit-il encore, un certain nombre de gens qui ne reçoivent pas de titre de séjour, pour tout un tas de raisons, et qui restent ici en situation irrégulière - j'estime ce chiffre autour des 100 000, même si c'est, par définition, difficile à mesurer. Ça fait moins de 0,1% de toutes les personnes entrées en France qui restent illégalement, on est quand même loin du raz de marée !"
Patrick Weil indique que sur les 124 000 OQTF délivrées en 2024, "il y en a approximativement 110 000 qui concernent des gens qui ne présentent aucun danger. L'immense majorité de ces gens travaillent. Quand ils reçoivent une OQTF, leur patron - qui a besoin d'eux - va les aider à faire un recours, payer un avocat, ce qui va encombrer les tribunaux et multiplier les procédures. Et face à ça, la préfecture n'a même pas les moyens d'envoyer quelqu'un en justice pour défendre sa propre OQTF ! Résultat, personne n'a  la capacité ni le temps d'essayer d'expulser les quelques milliers de personnes réellement dangereuses."
Pour son malheur, Trung Hieu Nguyen Hoang est son propre patron. Il n'a que ses clients pour le défendre.
Sa cuisine thaïe et vietnamienne menace-t-elle la gastronomie française ?

mardi 30 juin 2026

Encore un petit effort

Quelques (fausses) questions, en passant : 

On arrête quand cette fuite en avant assassine ? A peine sortis d'une canicule et avant de plonger dans une autre, on apprend que le Conseil d’Etat a validé, ce 29 juin, l’autorisation environnementale de l’A69 entre Toulouse et Castres, qui avait été contestée notamment par des écologistes (1). Les lobbies de la bagnole, de la politique populiste et de la finance l'emportent. Rien ne peut se mettre en travers de la voiture. Pas même la fin programmée de l'humanité. On imagine maintenant des voitures autonomes roulant sur des autoroutes traversant des paysages consumés dont a disparu l'humanité.. 
Greenpeace s'inquiète : "après la mobilisation historique contre la loi Duplomb l’année dernière, l’acétamipride revient aujourd’hui dans la loi d’urgence agricole, aux côtés du flupyradifurone, sous la forme de dérogations. Le vocabulaire change, mais la manœuvre reste la même : contourner la décision du Conseil constitutionnel et rouvrir la porte à des pesticides de la famille des néonicotinoïdes, pourtant interdits ou strictement encadrés en France. Plutôt que d’aider réellement les agriculteurs et les agricultrices à sortir de leur dépendance aux pesticides, les responsables politiques préfèrent prolonger un modèle qui expose les paysan·nes, les riverain·es et la population à des substances dangereuses, tout en contaminant les sols, l’eau et la biodiversité."
De son côté, la FNSEA, qui s'est donné pour objectif suprême de soutenir un modèle ultra-productiviste, au mépris de la vie de ses adhérents et de la nature, continue à défendre des pratiques d'une autre âge et augmente son emprise sur la rédaction des lois qui régissent le monde agricole. En ce moment en particulier, dans le domaine de l'eau (2).

Y a-t-il encore une seule personne qui regarde la chaîne climatosceptique CNews qui a sombré dans le ridicule le plus total avec ses analyses de Café du Commerce sur le réchauffement climatique ?
Les pseudo journalistes de cette chaîne osent-ils encore mettre en doute ce dernier ?
Quel est l'intérêt de ses piliers de comptoir à nier, jour après jour, le réchauffement climatique ?
La disparition de cette chaîne (et de tant d'autres semblables à travers la planète) serait-elle bénéfique pour la planète ?

Mais qui donc savait et s'est tu ? Ici, là et un peu partout, on pare au plus pressé. Comme si cette canicule était inattendue et nous était tombée sur le dos sans prévenir. C'est sauve-qui-peut. Un chroniqueur économique de BFMTV reproche maintenant aux climatologues et autres experts sur le climat de ne pas avoir été "très convaincants" sur les risques liés au RC. Pauvre chroniqueur qui aimait tant croire que tout s'arrangerait. "Le changement climatique est probablement l’un des phénomènes les plus documentés par les scientifiques. A ce stade, l’ignorance est un choix", lui répond Sébastien Billard dans Le Nouvel Obs (4). Mais que ce chroniqueur économique se rassure : ce sera business as usual. Il s'agit juste d'adapter l'être humain au réchauffement climatique. Certainement pas de lutter contre les causes du RC. L'économie aux sévices de l'homme.

Pourra-t-on un jour faire condamner pour négationnisme tous les médias (y compris ces sites complotistes qui pullulent) qui ont contesté le RC et pour crimes contre l'humanité tous ces (ir)responsables politiques qui ont supprimé lois, règles et organismes qui avaient précisément pour but de lutter contre le RC ?
Les candidats à l'élection présidentielle de 2027 mettront-ils en priorité absolue la lutte contre le RC ? "Tous les candidats à la présidentielle de 2027 qui joueront la carte du fatalisme, minimiseront l’urgence de la situation contre l’avis des scientifiques, ou refuseront de faire de la résistance climatique une colonne vertébrale de leurs programmes devront apparaître pour ce qu’ils sont : les complices criminels d’une évidente défaite", écrit Grégoire Leménager dans Le Nouvel Obs (3).
Et les électeurs feront-ils leur choix en fonction de cette priorité ?

George Sand est morte en 1876. Il y a cent cinquante ans donc. Quelques années avant sa mort, elle écrivait ceci :
Si on n'y prend garde, l'arbre disparaîtra et la fin de la planète viendra par dessèchement sans cataclysme nécessaire, par la faute de l'homme. N'en riez pas, ceux qui ont étudié la question n'y songent pas sans épouvante. Il est temps d'y songer, la nature s'en va.

Les bouffons de CNews, de BFMTV et tous les complotistes seraient bien inspirés de lire plutôt que de s'écouter.

(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/30/avec-la-loi-d-urgence-agricole-le-gouvernement-depasse-par-l-offensive-sur-l-eau-d-une-partie-du-monde-agricole_6717277_3244.html
(3) https://www.nouvelobs.com/ecologie/20260625.OBS116118/les-candidats-a-la-presidentielle-qui-minimiseront-l-urgence-climatique-seront-les-complices-criminels-d-une-desastreuse-defaite.html
(4) https://www.nouvelobs.com/medias/20260628.OBS116214/vous-n-avez-pas-ete-tres-convaincants-l-attaque-lunaire-d-un-chroniqueur-de-bfmtv-contre-un-climatologue.html


dimanche 28 juin 2026

Woman is the nigger of the world

Le masculinisme est à la mode. Des hommes gonflent leurs biceps et leurs pectoraux et manient des armes pour tenter de s'affirmer, pour prendre toute la place. Les femmes en ont trop, gémissent-ils, trop de pouvoir, trop d'autorité. Allo, maman, bobo. Ils sont à la fois pathétiques et inquiétants. 
Parmi ces masculinistes, les pires sont sans doute les talibans. Ils ont établi en Afghanistan un véritable régime d'apartheid sexiste : les femmes n'ont plus aucun droit, eux les ont tous.
Elles sont obligées de cacher entièrement leur corps, de s'enfermer chez elles sans qu'on puisse les voir de l'extérieur, interdites d'exercer de très nombreuses professions. Les filles ne peuvent plus aller à l'école secondaire, elles sont mariées de force. De nombreuses femmes sont emprisonnées, violentées, exécutées. Et tout cela dans une quasi indifférence au niveau international. L'Express (1) rappelle toutefois que "le 23 janvier 2025, la Cour pénale internationale a déposé deux mandats d’arrêt contre le chef suprême des talibans et le président de la Cour suprême de "l’émirat islamique d’Afghanistan", deux hauts dirigeants mis en cause pour crimes contre l’humanité pour la persécution de femmes et de filles".

Et voilà que mardi dernier, comme le signale la RTBF (2), "des représentants du gouvernement taliban sont arrivés à Bruxelles pour parler avec l'Union européenne du possible retour de migrants afghans dans leur pays d'origine. (...) Des pays européens voudraient renvoyer en Afghanistan des "personnes représentant une menace pour la sécurité et des criminels ayant commis des infractions graves", selon un porte-parole de la Commission, Markus Lammert. La Commission européenne estime qu'elle n'a "pas d'autre option" que de discuter avec les autorités talibanes sur les questions migratoires, pour permettre des renvois en Afghanistan réclamés par une série d'Etats membres."
Aurait-on pu imaginer qu'en son temps la CEE négocie avec le crapuleux régime d'apartheid d'Afrique du Sud ? La seule chose que l'UE devrait négocier avec les talibans, c'est le départ de leur pays de toutes les femmes afghanes de leur pays. Leur présence gêne ces masculinistes de talibans. Laissons-les entre eux. Laissons-les, elles, vivre librement.

(2) https://www.lexpress.fr/monde/europe/talibans-a-bruxelles-une-rencontre-avec-la-commission-europeenne-qui-fait-polemique-PANAK53IABFZNOKJCRZAPJPN5U/?cmp_redirect=true

vendredi 26 juin 2026

Idées peu fraîches

Ayons confiance. Ça ira mieux demain. C'est-à-dire dans un an. Quand le gamin bling-bling qui n'a jamais travaillé ou la fille à papa qui n'est pas non plus une grande bosseuse sera à l'Elysée.
Il y aura toujours des canicules. De plus en plus nombreuses et de plus en plus chaudes. Mais ce ne sera pas grave parce que tous les bâtiments seront climatisés. C'est la solution du RN (1) : un grand plan de climatisation avec un système de prêt à taux à zéro (et une budgétisation des plus floues, mais on ne peut leur en vouloir :  leurs bureaux ne sont pas climatisés, ils ont du mal à se concentrer). La climatisation rendra la vie plus facile à 40°C. Peut-on espérer des rues climatisées, des champs climatisés, des chantiers, tous les espaces publics ? Et que fait-on pour diminuer cette courbe dangereuse des températures ?
Le RN n'a jamais aimé les scientifiques, nombre de ses élus ont longtemps critiqué ou moqué les rapports d'un GIEC qui perd son temps à faire peur aux braves gens et à les empêcher de vivre librement. Mais désormais il compte sur eux pour trouver des solutions. Sur eux, sur le génie français, sur l'immense capacité à la résilience des Français. Marine Le Pen et Jean-Philippe Tanguy. l'ont encore répété récemment. Des solutions, on en trouvera. D'ailleurs, c'est ce que le RN dit depuis toujours : on trouvera des solutions techniques. Dormez en paix, braves gens. Mais plus personne ne dort en paix.

Pour le reste, rien. Ou plutôt une politique à la Trump : casser les outils. "Aussi limité et nébuleux soit-il, écrit Le Monde, le « plan climatisation » – et le prêt à taux zéro dont il ferait partie – constitue l’unique effort consenti par le RN dans la lutte contre le réchauffement climatique. Bien plus précises sont les saignées promises en la matière, énumérées et chiffrées lors du contre-budget établi à l’automne 2025. Au menu, notamment : 10 milliards d’économies dans la rénovation énergétique avec la fin de MaPrimeRénov’ et l’affectation au budget général des certificats d’économie d’énergie ; marges de manœuvre des collectivités ratiboisée par la suppression du fonds vert (« hors dépenses pour inondations et feux de forêts ») et la baisse radicale de leurs dotations par l’Etat ; coupe d’un tiers des subventions des associations environnementales ; disparition d’opérateurs et d’agences de l’Etat comme les agences de l’eau, l’Ademe ou l’Office français de la biodiversité."

De plus en plus de départements manquent d'eau. Et nous ne sommes qu'en juin. Où trouvera-t-on de l'eau ? La climatisation, même si elle est désormais indispensable pour survivre dans de trop nombreux logements, va augmenter un peu plus encore les consommations d'eau. Le génie français sera-t-il capable de dessaler l'eau de mer à moindre coût ? De transformer en eau l'air chaud ou la terre ou le sable ? 

Il ne se passera rien pour lutter fermement contre le réchauffement climatique. Dès la fin de cette période-ci de canicule, on passera à autre chose. On attend d'un candidat de gauche qu'il prenne des positions courageuses, qu'il propose un programme radical et audacieux capable de bouleverser du tout au tout notre mode vie et pas avec des mesurettes qui se contentent de rendre la situation à peine moins insupportable. Mais la majorité des électeurs n'acceptera jamais que soient remis en question leur confort et leurs habitudes. Ont-ils des enfants, des petits-enfants, ces électeurs ?

"Je suis dans le constat d'un suicide, déclarait récemment (2) le jardinier et paysagiste Gilles Deleuze (c'était peu avant la période caniculaire actuelle), bizarrement non partagé par l'humanité, mais fabriqué, organisé par elle, sous la pression des lobbies. Du fric ou rien. Il faut faire de l'argent, donc on fait. Tant pis si on meurt à cause de ça. Et on le fait. Tout le monde le fait." Les dirigeants ne sont pas là, dit-il encore pour améliorer la vie, mais le pouvoir d'achat. 

Post-scriptum : l'analyse lucide et glaçante de Jean-Marc Jancovici :
https://www.youtube.com/watch?v=MoCpLYi2v60

(2) https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/gilles-clement-jardinier-pour-le-livre-un-jardin-pour-l-eternite-9952684

mardi 23 juin 2026

Peuple de sourds

En 1962, Rachel Carson publiait "Le Printemps silencieux", un livre considéré par certains comme fondateur de l’écologie moderne. Elle y dénonçait cette chimie des champs tueuse de vie, les pesticides et en particulier le DDT.
En 1972, était publié le rapport Meadows sur les limites à la croissance : il pointait les risques pour la planète et l'humanité liés à l’épuisement des ressources naturelles, à la pollution et à la surpopulation.
La même année, Pierre Fournier, qui depuis plusieurs années consacrait ses pages de Charlie Hebdo à la nécessité du combat écologiste, créait le mensuel La Gueule ouverte, le journal qui annonce la fin du monde.
En 1974, René Dumont, premier candidat écologiste à l'élection présidentielle française, faisait sensation : portant devant la caméra un verre d'eau à ses lèvres, il disait : « Nous allons bientôt manquer de l'eau, et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. » La grande majorité des spectateurs a ri.
En 1992, il y eut le Sommet de la Terre à Rio, puis celui de Kyoto, des sommets, des COP, des conférences, dont celle de Paris en 2015. Le climat devait être sauvé de toute urgence. Il allait l'être. C'était comme si c'était fait.
Sans être majoritaires, les partis verts commençaient à s'imposer dans l'opinion publique et à co-gérer de nombreux niveaux de pouvoir un peu partout.
Depuis trente ans, des scientifiques du monde entier regroupés dans le GIEC, groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, regroupe des scientifiques du monde entier tirent sans relâche la sonnette d'alarme. Dans le désert.
Puis les partis écologistes se sont effondrés un peu partout, parfois minés de l'intérieur par les ambitions personnelles ou par l'engagement dans trop de combats annexes, parfois rejetés comme des prophètes de mauvais augure.
En 2006, Yves Paccalet publiait " L'humanité disparaîtra, bon débarras !".

Et nous y voilà. Nous en sommes là. Les solutions sont sur la table depuis bien des années, mais elles ont glissé dans des tiroirs. L'écologie serait punitive. Alors que c'est le capitalisme et nos modes de vie consommateurs, dépensiers, pollueurs et gaspilleurs qui, destructeurs de vie, nous punissent chaque jour. Nous voilà la tête enfoncée dans le sable, refusant de voir et d'entendre, alors que le feu nous brûle les fesses. Nous, c'est-à-dire les gouvernements et les (ir)responables politiques, du communal à l'international, les lobbies, les entreprises, la majorité des citoyens. Nous ne voulons pas toucher à notre confort, changer nos habitudes, alors qu'elles changent à toute vitesse et que la vie est menacée partout.
Et pendant ce temps, de sinistres et stupides commentateurs, continuent à ânonner, depuis leurs studios climatisés, que le changement climatique est un bobard. Méprisant toutes celles et tous ceux qui vivent et travaillent dans des conditions de plus en plus infernales. 

Les gens qui font de la politique ne comprennent pas que la terre, l'eau et l'air ont une volonté à eux. Moi, je le comprends parce que je travaille avec les éléments tous les jours. Notre gagne-pain en dépend. S'il pleut, on arrête de travailler. S'il fait 38°C dehors, nos ouvriers souffrent. Quand le sol est gelé, on ne peut pas poser de canalisations. Si nous ne nous adaptons pas à l'environnement, notre société fait faillite. (Il promena son regard sur la vaste étendue d'eau que les cristaux de sel faisaient scintiller.) C'est sûr que ce lac a une volonté bien à lui, mais il se moque complètement de la nôtre.
John Henry Tempest, entrepreneur en travaux publics, in "Refuge", Terry Tempest Williams (éd. Gallmeister, 2022)
 

jeudi 18 juin 2026

Ces canicules qui nous laissent froids

Combien de périodes de canicule faudra-t-il encore ? Combien d'incendies, d'inondations, de typhons, combien de drames, combien de morts chez nous, en Afrique, en Asie, partout dans le monde, avant que - enfin - nous décidions de changer radicalement notre mode de vie ?
Nous l'avons fait, contraints et forcés, pour sauver nos vies et celles des autres lors de l'épidémie de Covid-19. Mais nous sommes incapables de prendre moins la voiture ou l'avion, de rouler moins vite, de consommer moins, d'abandonner le pétrole et le gaz. Au contraire, le trafic aérien mondial n'a jamais été aussi important. Nos gouvernements nous rappellent que nous devons économiser l'eau, penser à nous hydrater et appellent les écoles à déplacer les horaires d'examens à des périodes moins torrides. Et les communes se disputent pour accueillir des data centers très gourmands en eau, en énergie et en terres agricoles. Les vraies mesures à prendre, on les connaît, mais elles restent dans les placards des ministères (1). Qui en voudrait ? 

Ici, dans le Centre de la France, les incendies dans les champs se multiplient en cette période de moissons. Et des céréaliers se désespèrent : leurs productions sont de plus en plus faibles du fait de la sècheresse. C'est toute la société qui vacille avec ces canicules exceptionnelles (comme les désignent à chaque fois les médias) et les plus fragiles sont ceux qui en paient le plus grand prix. En 2025, la part de mortalité attribuable aux fortes chaleurs était plus importante dans les départements où le taux de pauvreté était le plus élevé, relève Oxfam dans un rapport publié aujourd'hui.  "La France fait face à une urgence sanitaire, mais la plupart des gens regardent ailleurs", souligne, dans Le Monde (2), Robin Ehl, chargé de plaidoyer pour Oxfam France. Un paradoxe, alors que « les impacts du changement climatique concernent tout le monde". L'an dernier, la part de mortalité attribuable aux fortes chaleurs était 31 % plus élevée dans les 10 départements présentant le taux de pauvreté le plus élevé par rapport aux 10 départements ayant le taux de pauvreté le plus faible. "Le climat rend (...) la population de plus en plus malade, à un moment où le système de santé français est déjà mis à mal", constate Le Monde
Mais qu'on se rassure : à la prochaine canicule exceptionnelle, on change tout.

(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/18/l-impact-du-changement-climatique-sur-la-sante-est-plus-lourd-pour-les-populations-les-plus-pauvres-denonce-l-ong-oxfam_6704490_3244.html

mardi 16 juin 2026

Fiascoman

Donald le Sourd déteste les Européens. Plus encore depuis qu'ils avaient refusé de le suivre dans sa guerre insensée contre l'Iran. Il aurait voulu que l'OTAN l'accompagne dans cette folie (une de plus) dans laquelle il s'était lancé inconsidérément. S'ils les avaient écoutés, il n'en serait pas où il en est aujourd'hui : face à une défaite. A quoi a servi cette guerre ? A fermer le détroit d'Ormuz, à faire grimper partout dans le monde le coût du pétrole, à fragiliser l'économie mondiale, à causer des milliers de morts, essentiellement des civils, et à renforcer le régime totalitaire des mollahs (1). Don le Prétentieux, tout comme son ami Poutine en Ukraine, a totalement sous-estimé son adversaire : il allait n'en faire qu'une bouchée et il s'est cassé les dents.

Toute cette folie pour revenir onze ans en arrière, à un accord que Trump vomissait : "il faut d’abord constater, écrit Dorothée Schmid, chercheuse à l’Institut français des relations internationales (2), que l’accord annoncé le 14 juin explore les mêmes voies que l’accord intérimaire obtenu en 2015 par les efforts conjoints de Barack Obama et de ses homologues russe, chinois et européens (Allemagne, France, Royaume-Uni). Donald Trump a cassé ce qu’il qualifiait de « pire deal de l’histoire » en 2018, en plongeant les Européens dans l’inconnu ; les relations n’ont cessé par la suite de se tendre avec la Russie et la Chine, rendant très difficile tout retour en arrière."
Et il y a eu cette guerre menée contre l'Iran conjointement par les Etats-Unis et Israël dont voilà le résultat : nul. "Mais si chacun des trois régimes se croit vainqueur, les vrais vaincus sont pour le moment les Iraniens victimes à la fois de l’impitoyable répression du régime et des bombardements américains, le million de civils chassés de leurs terres au Liban sud, dont les villages sont réduits en cendre par l’armée israélienne, et les dizaines de milliers de morts causés par les opérations israéliennes à Gaza. C’est le premier enseignement important : alors que les sociétés du Moyen-Orient expriment clairement depuis des années leur fatigue de la guerre, les civils subissent en premier, durablement, et sans aucune contrepartie humanitaire décente, les retombées des conflits."

Comment dit-on fiasco en américain ? Le Père Ubu devrait faire profil bas au G7. Mais on peut parier qu'il va, comme d'habitude, jouer les fiers-à-bras. Il réussit tout ce qu'il entreprend. A l'exception de tout ce qu'il rate.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/15/guerre-en-iran-le-prix-de-l-aveuglement-de-donald-trump_6703186_3232.html
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/16/accord-etats-unis-iran-au-moyen-orient-les-parametres-bougent-de-facon-spectaculaire_6703533_3232.html
P.S. : A lire : 
https://www.courrierinternational.com/article/opinion-le-president-trump-a-perdu-la-guerre-en-iran-l-editorial-du-new-york-times_245261

dimanche 14 juin 2026

La fête à Neu-Neu

Enfin, c'est la fête ! Dans ce monde traumatisant qui marche sur la tête, on en avait bien besoin. Le football est à la fête. Donc le monde entier aussi.
La FIFA qui organise la coupe du monde de football nous offre un festival de délires avec Dingo Ier en King de la fête. Son président, Gianni Infantino, lui a remis, il y a plusieurs mois, un prix de la paix de la FIFA créé spécialement pour le si gentil président des Etats-Unis. C'est la fête. Le récipiendaire de  ce prix de la paix a encouragé l'Iran à ne pas participer à cette compétition : la vie et la sécurité des joueurs iraniens pourraient être menacées, a-t-il affirmé. 

Le prix des billets les moins chers dans les stades est de 200 $. Le plus cher, pour la finale, se monte à quasiment 11.000 $, sept fois plus qu'au Qatar. Les transports publics devaient être gratuits pour les détenteurs de billets. A New York, leur prix avait d'abord augmenté de 1.000 % avant d'être ramené à 660 % face aux réactions indignées. La fête n'a pas de prix et le FIFA le sait : un vrai fan est prêt à hypothéquer sa vie pour supporter son équipe. "Quand on est mordu, on ne regarde pas à la dépense. On ne réfléchit plus de manière rationnelle", reconnaît un supporteur argentin. Des pauses dites "de rafraîchissement" sont prévues au milieu de chaque mi-temps de tous les matchs, peu importe la météo, histoire de diffuser un peu plus de publicité encore. La FIFA devrait empocher 10 milliards de dollars de revenus. C'est la fête.

Vu le nombre d'équipes en compétition et dès lors le nombre de matchs, vu les énormes distances entre les stades (4.500 km entre Vancouver et Miami, par exemple), vu la climatisation installée dans les stades pour lutter contre une chaleur dangereuse pour la santé des joueurs et des supporteurs, cette coupe s'annonce comme la plus polluante jamais organisée : 9 millions de tonnes de CO2, le double de la moyenne des quatre précédentes éditions. L'équivalent de ce qu'émettent plus de 6 millions de voitures en une année en Grande-Bretagne. C'est la fête.

Les ressortissants de 39 pays étaient encore soumis, début juin, à des interdictions totales ou partielles de voyager aux Etats-Unis, imposées par l'équipe du Père Ubu américain. Pour 19 de ces pays la délivrance de tous les visas est suspendue. L'arbitre somalien Abdulkadir Artan, considéré comme le meilleur d'Afrique, a été refoulé à son arrivée aux Etats-Unis. Les supporteurs qui ont eu droit à un visa mais ne sont pas blancs - il y en a tant ! - craignent d'être arrêtés et tabassés par une ICE qui a pris l'habitude d'arrêter et de tabasser des gens au faciès. C'est la fête. Celle du capitalisme et du cynisme.

(D'après le dossier de Courrier international, "La Coupe du monde de tous les excès", 11.6.2026)

mercredi 10 juin 2026

La vie des saints

Il fut un grand intellectuel, un résistant durant la Seconde guerre mondiale, un militant communiste viré du PCF pour avoir été trop critique vis-à-vis de l'URSS et de l'antisémitisme et de la terreur qui  y régnaient. Edgar Morin est mort à près de 105 ans. Penseur, chercheur, sociologue, il s'intéressait à tout, à la politique, à l'éthique, à l'Europe, à l'adolescence, au phénomène yéyé, au sport, il fut l'un des premiers, dans les années '70,  à réfléchir à la nécessité de l'écologie. "La révélation foudroyante des bouleversements est que tout ce qui semblait séparé est relié, puisqu'une catastrophe sanitaire catastrophise en chaîne la totalité de tout de ce qui est humain", écrivait-il encore en 2020 en plein confinement (1).
On le présente comme le théoricien de la complexité, le penseur de la totalité. Un peu partout, on a applaudi "la cohérence de cette vision globalisante de l'humanité et de son avenir". Certains détracteurs cependant lui ont reproché "un fragile et acrobatique bricolage intellectuel" (1).
Cette complexité qui fut son socle, il l'a parfois piétinée. Par exemple, rappelle Caroline Fourest (2), quand il prenait le parti de son ami Tariq Ramadan, avec qui il a écrit deux livres, mettant en doute les accusations d'agression sexuelle qui concernaient le prédicateur : « A-t-il violé trois femmes ou ont-elles violé trois fois la vérité ?». Ou quand il servait de caution intellectuelle aux élucubrations de Didier Raoult. Dans ses mémoires, rappelle encore Caroline Fourest, Edgar Morin "revendique fièrement avoir été (durant son adolescence) un agresseur sexuel, qui adorait se frotter contre les femmes dans le métro".
On voit par là qu'il ne faut sanctifier personne.

(1) Pierre Lepape et Juliette Cerf, "Penseur sans frontières", Télérama, 10.6.2026.
(2) Caroline Fourest, "Sacré Edgar", Franc-Tireur, 3.6.2026.

mardi 2 juin 2026

Petit homme

On l'a vu à cheval torse nu, un poignard de chasse au côté, on l'a vu pêcher dans la même tenue, on l'a vu neutraliser un tigre, on l'a vu lutter contre les feux de forêt. Comment dit-on superman en russe ? Vladimir est un mec, un vrai, qui aime montrer ses muscles, au propre comme au figuré, exhiber sa mécanique et ses exploits physiques. C'était hier.
Aujourd'hui, Poutine est un petit monsieur angoissé qui n'ose plus ou si peu mettre le nez dehors. Le bravache raserait presque les murs. Celui qui aime jouer les chefs de guerre intrépides vit dans des bunkers, sans téléphone portable de peur de se faire repérer. Ses conseillers n'ont pas le droit d'en utiliser. Selon un récent document du Kremlin transmis à la presse par un service de renseignement européen (1), les membres de son personnel sont sous surveillance permanente même à leur domicile et n'ont pas le droit d'utiliser les transports en commun. "Les membres de sa famille et lui, révèle Foreign Policy (1), ne vivent plus dans leurs résidences habituelles. Au lieu de cela, ils restent cantonnés dans des lieux secrets, sous protection renforcée. Le document affirme que Poutine ne travaille plus désormais que dans des bunkers éparpillés dans le sud de la Russie."

Il y a quelques jours, Poutine a quand même bravé le danger : il était en visite à Astana, capitale du Kazakhstan. Mais, rapporte Le Monde (2), "un véhicule doté d’une tourelle de mitrailleuse ainsi que d’un système mobile de brouillage antidrone figurait dans l’impressionnant cortège présidentiel : 20 voitures, 14 motards, un hélicoptère de surveillance sillonnant la ville, préalablement vidée de ses passants". C'est qu'il craint les drones ukrainiens, lui qui dirige une des plus puissantes armées du monde. Cet héritier de Staline a envoyé sans état d'âme à la mort des dizaines de milliers de ses compatriotes, le voilà plus paranoïaque  que jamais, vivant en permanence dans la peur de se faire tuer. La mort des autres l'indiffère, voire le réjouit, et il tremble pour sa vie.
On voit par là que les grands hommes sont parfois très petits.

(1) Christian Caryl, "Guerre en Ukraine - A quoi joue Vladimir Poutine ?", Foreign Policy, 7.5.2026, in Courrier international, 21.5.2026.
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/02/vladimir-poutine-essuie-une-serie-de-revers-qui-alimentent-le-mecontentement-en-russie-et-interrogent-sa-strategie_6696294_3210.html

samedi 30 mai 2026

Pas très catholiques

Pourquoi des gens croient-ils en un dieu ?  Que représente pour eux cette foi ? Que gardent-ils du message de l'Evangile, du Coran, de la Torah ? Pourquoi leur croyance les referme-t-elle ?

On se pose ces questions en pensant notamment à ces milliardaires d'extrême droite que sont Vincent Bolloré et Pierre-Edouard Stérin. Tous deux se présentent comme catholiques. Tous deux dépensent une part importante de leur immense fortune à soutenir des médias, des candidats politiques et des organisations qui prônent le rejet de l'autre, le nationalisme et le repli sur soi et considèrent tout étranger comme dangereux. Vincent Bolloré se rend régulièrement en pèlerinage à Lourdes, nous dit-on (1). On suppose qu'il va à la messe. Mais visiblement le message de l'Evangile,  "Aimez-vous les uns les autres", lui a échappé. Lui, il aime les uns mais pas les autres. L'hebdomadaire allemand Die Zeit rappelle (1) que Bolloré, "né avec une cuillère en argent dans la bouche", a hérité des papeteries familiales avant d'investir dans des chemins de fer, des plantations de palmiers et des ports en Afrique. "Ses partenaires en Afrique jugent ses méthodes en affaires agressives et pas très catholiques".

Hagai Levi, réalisateur de la série Etty, constate (2) que "90% des Juifs religieux sont pour Netanyahou. Les ultra-orthodoxes n'ont pas levé le petit doigt pour nous aider avec les otages, parce qu'ils n'étaient pas des leurs. Quant aux sionistes religieux, ils étaient délibérément prêts à les sacrifier." 

Côté musulman, ils sont nombreux à assassiner qui ne pense pas comme eux, à asservir les femmes, à pendre des homosexuels, à couper les mains de voleurs au nom d'Allah dont on peine à comprendre en quoi il serait grand ainsi célébré.

Résumons-nous : il est grand le mystère de la foi.

(1) Matthias Krupa, "Les grenouilles de bénitier à l'assaut de l'Hexagone", Die Zeit, 4.5.2026, in Courrier international, 28.5.2026.
(2) Télérama, 6.5.2026.

jeudi 28 mai 2026

Vantards et méprisants

Poutine et Trump sont à la fois très différents et très semblables. Le froid serpent russe et l'imprévisible bouffon américain ont bien des points communs. Dont celui de prendre leurs compatriotes pour des cons. Tous deux n'entendent que ce qu'ils exigent qu'on leur dise. Ils veulent entendre et faire entendre que les guerres qu'ils ont entreprises sont des victoires malgré leurs échecs.

Le média russe Dos’e a révélé un plan élaboré en février par l’Administration présidentielle russe (1) : une série d’arguments pour donner à la population russe une image positive de la « victoire » au cas où  un accord de paix serait conclu avec l’Ukraine.
"La paix obtenue par Poutine est une immense victoire", peut-on lire dans ce document. "Poutine a fait plier l’Occident. Nous avons fait échouer les plans occidentaux destinés à étendre et prolonger le conflit. Une victoire sur qui  ? Sur l’impérialisme international et le globalisme. Ce n’est pas le nationalisme ukrainien que nous avons vaincu, mais un adversaire autrement important, rusé et puissant  : le front occidental. Une victoire pour quoi  ? Pour la défense de nos compatriotes  : le peuple russe du Donbass. C’est un résultat remarquable : la Russie a défendu les Russes ; elle a démontré qu’elle n’abandonnait pas les siens. Elle a forgé un bouclier pour mettre à l’abri les russophones de toute l’Ukraine. La Russie est vainqueure ; sa victoire lui rapporte." Cette prétendue victoire lui rapporterait des territoires, des populations et des ressources naturelles, charbon, terres rares, terres agricoles, ainsi qu'un accès terrestre à la Crimée. "La Russie a ainsi conquis le littoral de la mer d’Azov dans sa totalité, ce qui représente de nouvelles stations balnéaires et espaces de loisir pour des millions de Russes." Une guerre pour de nouvelles stations balnéaires, voilà qui valait bien des centaines de milliers de morts et de blessés ! Et tout ceci grâce à l’armée russe, "la plus opérationnelle du monde".
En réalité, analyse Guillaume Lancereau dans Le Grand continent (1), ce document "confirme d’abord que les responsables du Kremlin sont conscients de la position russe actuelle. Les exigences territoriales sont revues à la baisse  : elles ne concernent plus que les régions de Donetsk et Louhansk ainsi que les territoires de Kherson et Zaporijjia jusqu’à la ligne de front ; les troupes russes se retireraient même des régions de Soumy et de Kharkiv. Les auteurs de cette présentation expliquent qu’« il faut savoir s’arrêter à temps », autrement dit, avant que les fissures qu’ils constatent dans les sphères économique et sociale du pays ne conduisent à son effondrement. La poursuite d’une guerre d’usure coûterait en effet énormément à la Russie pour un gain assez maigre. La présentation évoque même une « victoire à la Pyrrhus » en cas d’entêtement militaire."

Pendant ce temps, Trump fait ce qu'il fait le mieux : se vanter. Dans un document qui décrit la stratégie de contre-terrorisme de son administration, le Père Ubu américain, écrit Jean-Yves Camus (2), "s'attribue la gloire d'avoir terminé la guerre à Gaza, où il aurait ramené la prospérité et la sécurité en commençant à démanteler le Hamas". Trump assure aussi "avoir porté des coups à l'Iran qui vont l'empêcher d'obtenir l'arme nucléaire". En avant-propos de ce document, le Donald "se présente en sauveur qui, en un an, a transformé l'Amérique faible, en faillite, défaite et humiliée en nation forte aux frontières sûres, respectée partout dans le monde".  
La vantardise de ces (ir)responsables politiques est sans limite. Leur mépris pour leurs compatriotes l'est tout autant.

(2) Jean-Yves Camus, "Contre-terrorisme - La nouvelle bouillie stratégique américaine", Charlie Hebdo, 20.5.2026.

mercredi 20 mai 2026

Un rêveur israélien avec un passeport palestinien

Un homme de paix vient de disparaître. Il faisait partie de ces trop rares personnes capables d'être dans deux camps opposés. Non par indécision ou par lâcheté, mais par conviction.
Ofer Bronchtein vient de mourir. Il était, écrit Le Monde (1), "selon ses propres mots, un éternel « amoureux ». Un amoureux du peuple d’Israël, sa terre natale, mais aussi un amoureux du peuple palestinien dont il disait partager la souffrance". Militant de la paix au Proche-Orient, il défendait inlassablement la solution à deux Etats et était également critique vis-à-vis du gouvernement Netanyahou et du Hamas. Malgré les massacres du 7-octobre, malgré la guerre de destruction que mène Israël à Gaza, et malgré sa maladie, il a poursuivi son combat. Toujours dans Le Monde, Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), affirme que  Ofer Bronchtein "n’a jamais fait son deuil d’Oslo. Ofer incarnera pour toujours cette période des années 1990 où la paix semblait à portée de main". Emmanuel Macron, dont il fut un conseiller officieux, l'avait chargé d'une mission : "aller à la rencontre des acteurs et personnalités des sociétés civiles israéliennes et palestiniennes (…) afin de les interroger sur les conditions de la relance des processus de paix". C'est lui qui poussera le président français à reconnaître l'Etat palestinien en septembre 2025.

Il accusait le gouvernement Netanyahou, qui lui "faisait honte", de diviser le peuple juif. Et il fustigeait aussi le Hamas. On pouvait entendre sa voix sur France Inter ce matin (2) : "Le jour où il y aura la paix entre Israéliens et Palestiniens, c'est le jour où il y aura des leaders assez courageux, assez forts pour demander pardon. Il y a des injustices terribles qui ont été et qui sont faites par les Israéliens vis-à-vis des Palestiniens et il y a des choses que les Palestiniens ont faites qui sont absolument difficiles à pardonner. Mais il va falloir se pardonner. Le Hamas est l'ennemi du peuple palestinien. Le Hamas savait très bien qu'après l'attentat du 7-octobre la riposte israélienne serait terrible. Il le savait. Il y a des milliers d'enfants qui sont orphelins. Pas orphelins d'une mère et d'un père. Orphelins de tout, qui se baladent dans les rues détruites de Gaza. Ces orphelins-là, il vont vouloir de la vengeance, il faut leur donner l'espoir. Ça va prendre du temps. La plupart des Palestiniens et la plupart des Israéliens malgré le deuil, malgré la souffrance veulent la paix."

Menacé en France où il vivait depuis la fin des années '90, il avait refusé toute protection, ne voulant pas laisser croire aux antisémites qu'ils ont gagné.
Dans Le Monde encore, la rabbine Delphine Horvilleur parle de lui comme quelqu'un de "très aimant et très aimé" : "Ofer a pu être considéré comme un traître par des gens de son propre camp en Israël. Mais il cultivait cet art juif du désaccord, la “mahloket’’, une bénédiction dans notre monde où l’on a tant de mal à parler avec des gens qui ne sont pas d’accord avec vous".
Le quotidien israélien Haaretz décrivait Ofer Bronchtein comme "un rêveur israélien avec un passeport palestinien". 

(1) https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2026/05/18/la-mort-d-ofer-bronchtein-le-reveur-israelien-qui-avait-un-passeport-palestinien-infatigable-militant-de-la-paix-au-proche-orient_6691016_3382.html
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-journal-de-8h/le-journal-de-08h00-du-mardi-19-mai-2026-8730839

lundi 18 mai 2026

Artifices

L'intelligence artificielle est parfois assez bête. Notamment parce qu'elle est très gaspilleuse. En tout. En énergie, en eau et en espaces nécessaires à ses centres de données et à son fonctionnement (1). Elle fait tout le contraire de ce qu'il faudrait faire pour protéger l'avenir de plus en plus incertain de cette planète. 
A se rendre indispensable, elle risque de (dé)former des générations de crétins qui ne sauront ni que penser ni que faire le jour où, à cause d'un grand bug, d'une guerre, d'une catastrophe naturelle, cette intelligence venue d'ailleurs que de nous viendrait à cesser de fonctionner. Et nous avec elle.
Lors des récentes élections municipales en France, 35% des 18-24 ans ont consulté un outil d'intelligence artificielle pour arrêter leur choix de vote. "La question clé ne sera pas le recours à l'IA, mais qui la conçoit, comment est hiérarchisée l'information et avec quels garde-fous", estime Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique & Opinion de Toluna France qui a mené l'enquête qui a révélé ce chiffre (et d'autres) (2). Au-delà de la démocratie élective, d'autres questions se posent : l'intelligence artificielle nous dépossède-t-elle de nous-mêmes ? Sommes-nous, serons-nous soumis à des machines ? L'IA va-t-elle nous rendre moins humains ?

Artifice : procédé ingénieux, habile pour tromper ; ruse (Larousse)

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/ce-qui-nous-mobilise-c-est-que-la-question-ne-nous-est-pas-posee-un-collectif-se-leve-contre-le-projet-de-data-center-google-dans-l-indre-1778685333
(2) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/elections-municipales-un-francais-sur-six-a-consulte-l-ia-pour-voter-20260518
A lire sur Routes et dérouteshttps://geoculture.blog/2025/08/30/croquer-la-pomme-de-lia-i/

vendredi 15 mai 2026

Blaireau toi-même !

Pourquoi un tel acharnement contre les blaireaux ? On se le demande.
Le tribunal administratif de Limoges a annulé l’autorisation de période complémentaire de chasse au blaireau par déterrage, une pratique particulièrement - et inutilement - cruelle. Cette décision avait été confirmée le 24 février dernier par un arrêt de la cour administrative d’appel de Bordeaux. Et voilà que le Ministère de la Transition écologique fait appel de cet arrêt (1). On se pince pour y croire. On regarde le calendrier : le 1er avril est loin déjà derrière nous. On se demande à quelle transition nous prépare ce ministère. A un retour à des temps préhistoriques ? Quelle idée se fait-il de l'écologie, de la biodiversité ? 
Selon Jacques Lucbert d'Indre Nature, "la France est isolée en Europe sur ce sujet. Dans beaucoup d’autres pays comme l’Espagne ou la Slovaquie, les blaireaux sont protégés". La chasse au blaireau devrait être totalement proscrite, tout comme celle de tous ces animaux classés jusqu'il y a peu comme nuisibles (terme désormais remplacé par un euphémisme). S'il fallait détruire tous les nuisibles, il ne resterait plus aucun être humain. Qui l'est plus que lui ? Qui sont les blaireaux (2) ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/chasse-au-blaireau-dans-l-indre-le-ministere-de-la-transition-ecologique-porte-l-affaire-devant-le-conseil-d-etat-1778762019
(2) Blaireau : Individu antipathique, conformiste et borné (fam.), selon Larousse.

lundi 11 mai 2026

Le bolchevisme du RN

L'extrême droite n'aime pas la culture et hait les artistes. Sauf celles et ceux qu'elle peut contrôler.
A peine au pouvoir dans une série de communes, le Rassemblement national (qui porte bien mal son nom) divise : il distingue la culture élitiste et la culture populaire et veut favoriser cette dernière. 
Elitistes : le jazz, le cinéma politique, le street art, les animations socioculturelles. Populaires : les combats de MMA et de catch. Avec le RN, on n'est jamais déçu : on est d'emblée dans les clichés les plus gros. Les édiles lepénistes, écrit Le Monde (1), "critiquent (...) la programmation jugée « élitiste » de certaines manifestations, d’ores et déjà menacées, annulées ou dont les subventions seront réduites : Jazz à Vauvert (Gard), Festival international du film politique à Carcassonne, centre socioculturel à La Flèche (Sarthe), festival de street art à La Seyne-sur-Mer… Le nouveau maire de la ville varoise, Dorian Munoz, préfère « les combats de MMA ou de catch » et aimerait attirer des sports extrêmes sponsorisés par la marque Red Bull". La culture du combat, tout un programme...
L'extrême droite rêve de privatiser le service public de l'audiovisuel. Un de ses jeunes servants aux dents longues, Charles Alloncle, est parti en guerre contre Radio France et France Télévision. Rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, il propose notamment (2) de supprimer la chaîne jeunesse France 4, de fusionner France 5 avec France 2 et Franceinfo avec France 24, de réduire d’un tiers le budget des sports du groupe France Télévision et de réduire de trois quarts le budget de ses jeux et divertissements. Avec l'extrême droite, fini de rire et de s'amuser. En avant, marche ! Toutes les missions abandonnées par le service public seraient évidemment reprises par les chaînes privées qui pourront aller plus loin encore dans leur grande entreprise de crétinisation. 
Dans le même temps, Vincent Bolloré a mis à sa botte autoritaire des médias, des maisons de la presse et des maisons d'édition pour imposer sa vision d'un monde fermé dirigé par les puissants. Les auteurs des éditions Grasset ont quitté en masse leur maison pour protester contre le limogeage d'Olivier Nora, PDG respecté de Grasset (3). Bolloré se retrouve avec une coquille vide désormais dirigée par un de ses proches sans aucune compétence dans le domaine de l'édition. Mais on peut l'imaginer ricaner en s'imaginant que nombre de ces auteurs qui l'ont quitté ne retrouveront pas de si tôt un éditeur quand lui édite désormais toutes les voix d'extrême droite, même sans idée ni talent. 

Poutine est dans la même logique destructrice de la culture, beaucoup plus brutale évidemment. Son armée s'attaque aux bibliothèques, aux musées, aux théâtres ukrainiens. "La destruction de la culture est une composante du génocide, écrivent Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko dans "La vie à la lisière" (4). Pour détruire une communauté, il faut détruire sa mémoire, ses mécanismes de transmission des pensées et des sentiments. Reprogrammer ceux qui vivent dans ces territoires. S'introduire dans leurs esprits et dans leurs cœurs, pour y laisser uniquement ce qui les rendra utiles." (...) "Le monde russe n'est pas l'avènement de la grande culture russe, mais la destruction de toute culture, la réduction au plus petit dénominateur commun. Telle était la conception du bolchevisme : l'intellect n'est plus nécessaire. L'éducation, un luxe bourgeois. Celle-ci ne doit être qu'élémentaire, afin que les masses travaillent, comprennent les ordres, sans poser de questions." 
Le RN et ses petits soldats sont très bolcheviques. Bolloré aussi.

"La culture est la colonne vertébrale de l'existence et de la vie", écrivent encore Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko. "La culture suppose le soin. La victoire des forces créatrices sur les forces destructrices."

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/10/au-rassemblement-national-les-nouveaux-maires-ciblent-l-europe-la-culture-et-les-syndicats-ils-y-vont-plus-franchement_6687664_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2026/04/24/charles-alloncle-preconise-des-mesures-d-austerite-pour-l-audiovisuel-public-dans-son-rapport-fusion-de-chaines-moins-de-jeux-et-de-divertissement_6683120_3236.html?search-type=classic&ise_click_rank=4
https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/27/le-rapport-alloncle-sur-l-audiovisuel-public-soumis-au-vote-crucial-de-deputes_6683622_823449.html
(3) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-apres-le-limogeage-d-olivier-nora-la-prestigieuse-maison-d-edition-confrontee-a-l-hemorragie-de-ses-auteurs_6680457_3234.html
(4) Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko, "La vie à la lisière - Etre Ukrainien aujourd'hui", Gallimard (Témoins), 2026.

lundi 4 mai 2026

Dégouts

On a tant de raisons d'être dégouté.
On l'est quand on voit l'état de santé de Narges Mohammadi, Prix Nobel de la Paix 2023 : elle a été transférée en urgence dans un hôpital du nord-ouest de l’Iran après une "détérioration catastrophique" de son état de santé, a annoncé sa fondation (1). Emprisonnée, une nouvelle fois, depuis décembre dernier pour avoir eu l'audace de défendre le respect des droits humains, elle aurait été victime d'une crise cardiaque fin mars et, depuis, aurait perdu connaissance par deux fois au moins. Voilà des semaines que sa famille réclame son transfert dans un hôpital approprié. On est plus dégouté encore quand on entend le silence assourdissant des défenseurs des droits humains dans nos pays par rapport à elle et à tous les détenus politiques de cette dictature théocratique qu'est l'Iran. Il est vrai que, comme le soulignait il y a quelques semaines l'hebdomadaire Marianne (2), certains considèrent comme islamophobes les critiques de ce régime. Ainsi, sur un réseau (anti)social s'est-il trouvé des gens en France pour considérer comme tel le film Persepolis de Marjane Satrapi, adaptation de sa bande dessinée éponyme qui raconte ce qu'elle a vécu en Iran, notamment ses démêlés avec les Gardiennes de la Révolution, cette police politique, qui font la chasse aux femmes et même aux jeunes filles qui portent mal le voile, qui les fouettent, les emprisonnent. Le respect de la religion, même dans ses excès les plus abjects, surpasse aujourd'hui, pour certains, celui des droits humains.

On est dégouté aussi d'apprendre (3) que le ministre de la sécurité intérieure du gouvernement Netanyahou a fêté publiquement ses cinquante ans avec un gâteau d'anniversaire sur lequel trônait un nœud coulant pour célébrer la loi sur la peine de mort que le suprémaciste Itamar Ben-Gvir a lui-même initiée. "Parfois les rêves deviennent réalité" était-il écrit sur ce même gâteau. Certains ont des rêves qui tiennent du cauchemar, mais ils s'en rengorgent.

On est tout autant écœuré de voir le serpent Poutine embrasser une petite danseuse de dix ans pour tenter de redresser une popularité en berne (4) tandis qu'il envoie à la mort sans aucun état d'âme des dizaines de milliers de ses jeunes compatriotes et qu'il fait bombarder des écoles ukrainiennes. 

Je cherche un homme, disait Diogène.

- L'enseignante : Depuis que la république islamique a été instaurée, nous n'avons plus de prisonniers politiques.
- Marjane Satrapi : Madame ! Mon oncle a été emprisonné sous le régime du chah, par contre, c'est le régime islamique qui a ordonné son exécution ! Vous prétendez qu'on n'a plus de prisonniers politiques. Or de trois mille détenus sous le chah on est en fait passé à trois cent mille avec votre régime. Comment osez-vous nous mentir comme ça ?
- Les autres élèves : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !
Marjane Satrapi, Persepolis, éd. L'Association, 2007.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/02/narges-mohammadi-prix-nobel-de-la-paix-iranienne-hospitalisee-apres-une-deterioration-catastrophique-de-sa-sante-en-prison_6684856_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
(2) https://www.marianne.net/culture/television/le-film-persepolis-juge-islamophobe-le-x-gauchiste-idiot-utile-des-mollahs
(Re)lire sur ce blog https://moeursethumeurs.blogspot.com/2011/11/renvoi-de-censeurs.html
(3) France Inter, Journal de 13h, 4.5.2026.
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/03/la-baisse-de-la-popularite-de-vladimir-poutine-en-russie-inquiete-le-kremlin-a-cinq-mois-des-elections-legislatives_6684998_3210.html

samedi 2 mai 2026

Auto-suffisants

Tout automobiliste devrait être aussi cycliste. L'obtention du permis voiture devrait être conditionnée à la pratique préalable du vélo. Sans doute, sûrement, y aurait-il moins d'attitudes agressives des automobilistes vis-à-vis des cyclistes. Tout cycliste régulier a, un jour ou l'autre, été confronté à des comportements malveillants ou des insultes de conducteurs de voitures qui ne supportent pas de devoir ralentir ou patienter à cause d'un vélo. Parfois, la confrontation vire au drame. Ce fut encore le cas hier du côté de Châteauroux où un jeune conducteur a tué un cycliste qui lui reprochait d'avoir grillé un stop. Le cycliste a été traîné sur plusieurs dizaines de mètres par la voiture. Il est mort des suites de ses blessures (1).
A Paris en octobre 2024, un automobiliste avait « percuté volontairement avec son véhicule » Paul Varry, un cycliste de 27 ans, « en lui roulant sur le corps et en l’écrasant à l’aide de son véhicule ». Il devrait être jugé pour meurtre aux assises (2).
Plus encore que les hommes, les femmes cyclistes sont victimes, en sus, de propos sexistes, grossiers, méprisants (3).
Qui sont-ils donc ces hommes que leur voiture rend aussi stupides qu'agressifs ? Il se voient puissants, ne sont que des êtres vulgaires. De vulgaires possesseurs d'une voiture. L'obtention du permis de conduire une voiture devrait aussi être conditionnée à des cours de respect et de sociabilité.

(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/28/mort-du-cycliste-paul-varry-a-paris-en-2024-proces-requis-pour-meurtre-contre-l-automobiliste_6683973_3224.html?search-type=classic&ise_click_rank=2
(3) https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/05/02/il-m-a-empoignee-par-le-cou-ces-violences-faites-aux-femmes-cyclistes_6684838_4497916.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

lundi 27 avril 2026

Banalité de la violence

La tentative d'agression par arme à feu de membres de l'administration Trump et sans doute du président lui-même à Washington samedi est-elle réellement un évènement ? Les attaques armées sont quotidiennes aux Etats-Unis où n'importe qui peut acheter n'importe quoi. L'agresseur s'était procuré tout-à-fait légalement un fusil à pompe, un pistolet et des couteaux et les avait tranquillement emportés dans une chambre de l'hôtel qui accueillait le lendemain le dîner des correspondants de la Maison blanche.

En 2024, un rapport (1) présenté par le Surgeon General des États-Unis constatait que la majorité des Américains ou des membres de leur famille ont été confrontés à des incidents de violence armée. Selon Vivek Murthy, la violence par arme à feu constitue "une crise de santé publique aux États-Unis".
En 2020, la violence armée était la principale cause de décès chez les enfants et les adolescents âgés de 1 à 19 ans. Pour 1 million de personnes de cette tranche d'âge, il y a 36,4 décès par an par arme à feu aux États-Unis, 0,5 au Royaume-Uni et 0,3 au Japon. Le taux de mortalité par arme à feu est 11,4 fois plus élevé aux États-Unis que dans 28 autres pays à revenu élevé. Bien que les États-Unis ne représentent que 31 % de la population totale des 29 pays étudiés, ils comptent pour 83,7 % de tous les décès liés aux armes à feu dans ces pays. La violence armée aux Etats-Unis, constate encore le rapport, a touché indirectement ou directement plus de la moitié de la population. La crise affecte alors non seulement les victimes, mais aussi la communauté environnante. L'une des principales conséquences est une dégradation de la santé mentale.

Si l'on ajoute à cela un président et son équipe dont la santé mentale semble également dégradée et qui multiplient les insultes et les déclarations agressives, refusent de règlementer les ventes d'armes et poussent sans cesse leur police à plus de violence, on ne peut que considérer que ce qui s'est passé à Washington samedi n'est aucun cas un évènement. Juste un fait quotidien. Banal.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/27/a-washington-l-homme-ayant-planifie-une-fusillade-au-gala-de-la-presse-visait-les-membres-de-l-administration-trump-selon-les-autorites_6683603_3210.html

mardi 21 avril 2026

De bonnes affaires

Faut-il croire que tout le monde s'en fait déjà une raison ? On nous l'annonce de plus en plus comme une certitude : le Rassemblement national arrivera au pouvoir en France en 2027. Comme s'il s'agissait là d'une évolution inéluctable. Comme si rien ne pouvait l'empêcher. Comme si sa fascination pour Trump et Poutine, deux des pires personnages de l'Histoire contemporaine, n'était pas rédhibitoire. Comme si son amitié avec Orban ne devait pas nous amener à le rejeter. Comme si ses casseroles judiciaires ne comptaient pas. Comme si l'odeur de renfermé et de moisi qu'il dégage ne nous faisait pas tourner de l'œil.
Certains s'adaptent déjà. Ou en tout cas préparent le terrain.
"Le 7 avril, au restaurant Drouant, raconte Jean-Mathieu Pernin dans Franc-Tireur (1), elle (Marine Le Pen) était l’invitée du club Entreprise et Cité, une réunion sélecte du CAC 40. Le temps d’une soirée, elle a pu fréquenter la crème de l’économie française, un milieu dont les portes lui sont longtemps restées fermées. Parmi les patrons présents, Patrick Pouyanné, dirigeant de TotalEnergies, Cyrille Bolloré, troisième fils du milliardaire, ou encore Bernard Arnault, P-DG de LVMH, qui, jusqu’ici, avait toujours fait connaître son refus de recevoir des membres du RN. Tous ont écouté avec attention le discours de Marine Le Pen, sans caméras, ni micros présents. (...) Du papier glacé racheté par ses alliés, aux multinationales, en passant par l’aristocratie, le RN n’est plus seulement le chouchou des classes populaires, il se banalise chez les élites."
Hier, les dirigeants du Medef recevait à déjeuner le président du RN, Jordan Bardella, le petit gars qui vient du peuple et roucoule avec une aristo. 
"Cela ne veut pas dire, estime Françoise Fressoz dans Le Monde (2), que tout le patronat a cédé aux sirènes du RN, qui apparaît aujourd’hui comme le grand favori pour l’élection présidentielle de 2027. Cela veut clairement dire, en revanche, qu’une digue a sauté, comme le notait, dimanche 19 avril, Marylise Léon, sur France Inter : au nom de la seule défense de ses intérêts économiques, une partie du monde patronal n’hésite pas à frayer avec un parti qui fait de la préférence nationale le pilier de sa politique et qui nourrit à l’égard des syndicats une méfiance ayant de quoi les alerter. "

Ces rencontres entre grand capital et parti du peuple n'ont rien d'étonnant. Après tout, l'argent n'a pas d'odeur et le RN, parti affairiste, aime l'argent. Quel intérêt le RN a-t-il pour le peuple naïf et grugé ? Aucun, sinon capter ses voix. Quel intérêt le grand patronat porte-t-il au RN ? Il sait que ce n'est pas ce parti qui l'empêchera de faire plus d'argent encore. On ne peut dire que les uns et les autres sont sans foi ni loi. Ils ont foi en l'argent et leur loi est celle du plus fort.

Dans "Ici sont les dragons - 2e époque" du Théâtre du Soleil, on les voit, ces hommes d'affaires serviles qui discutent de la montée du nazisme en se frottant les mains : ce Hitler, ils vont le soutenir, convaincus qu'il ne sera entre leurs mains qu'une marionnette qui leur permettra de faire de meilleures affaires encore. 

(1) https://www.franc-tireur.fr/rassemblement-national-princesse-et-patrons
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html




vendredi 17 avril 2026

Qui va à la chasse perd sa classe

On a parfois une image erronée des gens. Ainsi, par exemple, on pensait que le maire de Châteauroux, Gil Avérous, 51 ans, était un homme de son temps. Et voilà qu'on le découvre en homme des cavernes, en défenseur acharné et militant de la chasse.
Il est courroucé. Une entreprise de matériel de bureau, dont un siège se situe à côté de sa ville, a retiré son soutien au salon de la chasse qui vient de se tenir à Châteauroux. "Un non-évènement", pour le président de la Fédération départementale des chasseurs de l’Indre. Mais le maire de Châteauroux, lui, voit rouge : "la décision de l’entreprise Lyreco France de se retirer de cet événement sous la pression de groupes militants constitue un signal grave, tonne le maire. Elle illustre une stratégie désormais bien connue : exercer des pressions ciblées sur des entreprises pour imposer une vision idéologique, en s’attaquant à des activités parfaitement légales, encadrées et profondément enracinées dans nos territoires. » (1) Le signal est à ce point grave qu'il vient d'annoncer que la Ville de Châteauroux, Châteauroux Métropole et le CCAS cesseront, à compter du 1er janvier 2027, toute relation commerciale avec Lyreco. "C’est un choix politique assumé. Un choix de cohérence. Un choix de respect envers nos territoires et ceux qui les font vivre". Visiblement, l'entreprise Lyreco ne fait pas vivre son territoire.
Pour lui, "la chasse fait partie intégrante de la ruralité française, participe à l’équilibre des écosystèmes, à la gestion des espaces naturels et à la vitalité économique et sociale de nos territoires".
Avérous est mal informé. Il devrait écouter Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs : "T'as rien compris à la chasse ! J'vais t'expliquer ce que t'as pas compris. Toi, tu penses qu'on est là pour réguler ? Mais t'as pas compris ?  T'as pas compris que nous c'est une passion ? T'as pas compris qu'on prend du plaisir dans l'acte d'chasse. T'as compris ça ? Tu crois qu'on va dev'nir, nous, les p'tites mains de la régulation ? Moi, mon métier, c'est pas chasser. J'en ai rien à fout' de réguler ! Je vais à la chasse parce que c'est une transition extraordinaire dans ma passion et j'y prends du plaisir." C'est ce que Schraen, avec la délicatesse qui le caractérise, disait à une opposante sur RMC en novembre 2021 (2). 
Avérous sait-il qu'en défendant de manière aussi inconditionnelle la chasse il se heurte à l'opinion d'une majorité de ses compatriotes ? "La part des Français qui se déclarent opposés à la chasse atteint son plus haut niveau (53 %, dont 25 % qui se disent tout à fait opposés à la chasse). Cette proportion est en hausse de cinq points par rapport à 2022. (...) Pour la première fois, cette opposition à la chasse devient majoritaire chez les personnes vivant dans une commune rurale (51 %, +3 points)." (...) "Sept Français sur dix l’associent à une pratique cruelle (+5 points en un an)."
Qu'est-ce qui explique une réaction aussi virulente du maire de Châteauroux ? La Nouvelle République émet une hypothèse : "à en croire que l’édile castelroussin a une idée derrière la tête : une candidature pour les prochaines sénatoriales (...) ?" Le sénat français serait-il le vrai salon de la chasse ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/face-a-ce-qu-il-nomme-un-signal-grave-le-maire-de-chateauroux-boycotte-une-entreprise-pour-son-retrait-du-salon-de-la-chasse-1776349654
(2) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2021/11/un-chasseur-sachant.html
(3) Sondage One Voice, octobre 2023
https://www.ipsos.com/fr-fr/pour-89-des-francais-la-chasse-est-percue-comme-posant-des-problemes-de-securite-pour-les


mercredi 15 avril 2026

La Maison flanche

On l'a déjà écrit ici : Trump est un génie. Pour débloquer le détroit d'Ormuz, il organise son blocus. Qui d'autre que lui pouvait y avoir une idée aussi lumineuse ?
Le 5 avril, il éructait sur son réseau dit social à l'adresse du gouvernement iranien : "Ouvrez le putain de détroit, bande de bâtards cinglés, ou vous allez vivre en enfer". Deux jours plus tard, il n'était pas calmé : "Une civilisation entière mourra ce soir pour ne plus jamais renaître". (1)
Entretemps, le 6 avril, sur X (2), il annonçait ses projets au Venezuela : "Aucun problème à apprendre l'espagnol rapidement. Cela ne me prendra pas beaucoup de temps. J'ai des facilités pour les langues et j'irai au Venezuela. Je me présenterai à la présidence". 
Plus récemment, le Père Ubu a publié une image artificielle de lui en Christ apposant ses mains sur un malade, entouré de personnes l'admirant et survolé d'avions de chasse et de parachutistes. Face au tollé venant de sa base, il s'est défendu, tout en supprimant l'image :  "Ce n’était pas une représentation (de moi en Christ), mais je pensais qu’il s’agissait de moi en tant que médecin. Et cela avait trait à la Croix-Rouge – en tant que bénévole de la Croix-Rouge, une organisation que nous soutenons ; il n’y a que les fake news pour inventer une histoire pareille." (3) Les fake news, c'est lui qui les produit (comme chaque jour), en laissant entendre qu'il serait médecin, bénévole de la Croix-Rouge ou que ce va-t-en-guerre aurait pour objectif de soigner qui que ce soit. De qui s'est-il jamais soucié ? De combien de morts est-t-il déjà responsable ?
Le pape Léon XIV l'a appelé à changer son fusil d'épaule : "Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie." (...) "Il est temps de faire la paix ! Asseyez-vous à la table du dialogue et de la médiation, et non à la table où se planifie le réarmement et où se décident des actions meurtrières !" 
Ubu ne pouvait évidemment pas laisser passer un tel message : il estime que le pape est "faible face au crime et désastreux en politique étrangère". Le pape n'a pas le droit de le critiquer, mais l'inverse n'est évidemment pas vrai. "Je ne veux pas d’un pape qui juge acceptable que l’Iran détienne l’arme nucléaire. Je ne veux pas d’un pape qui s’indigne que l’Amérique ait attaqué le Venezuela (…). Et je ne veux pas d’un pape qui se permette de critiquer le président des Etats-Unis." (...) "Il est grand temps que Léon reprenne ses esprits en tant que pape, qu’il fasse preuve de bon sens, qu’il cesse de courtiser la gauche radicale et qu’il se consacre à sa véritable vocation : être un grand pape, et non un politicien."
Ce grand catholique qu'est le vice-président Vance estime que le pape doit se préoccuper uniquement de morale et pas de politique. Faut-il en conclure que la politique n'a rien à voir avec la morale ?
Les appels à la destitution de Trump se multiplient. Y a-t-il un psychiatre à la Maison blanche ?

(1) https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-les-menaces-apocalyptiques-de-trump-suscitent-un-tolle-et-des-appels-a-le-demettre_242696
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/07/le-president-des-etats-unis-est-un-fou-l-escalade-verbale-de-donald-trump-alimente-les-interrogations-sur-sa-sante-mentale_6677941_3210.html
(2) Cité par Charlie Hebdo, 15.4.2026.
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/14/attaques-contre-le-pape-photomontage-en-christ-donald-trump-ouvre-une-crise-avec-les-catholiques-americains-et-choque-sa-base_6679871_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=2
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/13/le-pape-leon-xiv-premier-opposant-a-la-guerre-de-donald-trump_6679662_3210.html
A lire aussi :
https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-donald-trump-est-il-definitivement-fou_242905