mercredi 7 octobre 2026

Trois ans après

Nous voilà en des temps malodorants. Des temps qui voient la démocratie vaciller, les populistes triompher, le racisme, l'antisémitisme et le sexisme revenir en force et se banaliser. Le monde dégage une odeur d'égout.
Vers la fin du XXe siècle, on pouvait croire qu'on avançait vers un monde apaisé. Le rideau de fer s'était effondré rongé par la rouille, l'apartheid avait été aboli en Afrique du sud et les Accords d'Oslo laissaient espérer enfin une issue positive au conflit israélo-palestinien. Naïvement, on pensait l'être humain plus mûr, plus respectueux de la démocratie et des autres, au-delà de nos différences. 
Aujourd'hui, on recule, on s'invective, on se fait la guerre, on rêve de la disparition du voisin, on fait la chasse à ceux qui sont différents.
Le racisme, l'antisémitisme, le sexisme, l'homophobie deviennent des opinions parmi d'autres.

Hier sur France Inter (1), Sophia Aram rappelait que l'antisémitisme avéré (et condamné) du père Le Pen ne l'avait pas empêché de se qualifier pour la présidentielle de 2002, que celui de Jean-Luc Mélenchon ne lui avait pas fait perdre un seul point de sondage après "ses jeux de mots pourris sur les patronymes juifs" (qu'aurait appréciés Le Pen père). L'humoriste en arrive à se demander "si par calcul l'antisémitisme ne serait pas devenu un argument électoral. Je ne sais pas si on en est là, mais je pense que l'explosion de la haine des juifs depuis le 7-octobre est malheureusement un sujet bien plus large que les déclarations de Bardella et l'amnésie de Marine Le Pen". 

Aujourd'hui, Franc-Tireur nous apprend (2) que l'antisémitisme est désormais au programme des Verts britanniques. "À Brighton, lors de leur congrès annuel, ils ont adopté la motion «Le sionisme est un racisme », qui appelle, à terme, à la disparition d’Israël en tant qu’État juif. Ils ont aussi rejeté un amendement proposant de protéger à l’avenir les militants fréquentant des synagogues ou des organisations «sionistes», et une salle sécurisée a dû être aménagée pour les participants juifs au congrès qui se sentaient menacés." Certains militants juifs, "en larmes" ont annoncé quitter le parti. Que faire d'autre ? Ce texte a été imposé par une base radicalisée menée par un des leaders du parti, islamiste et pro-Hamas.

Le Parlement européen accueille en ce moment une exposition consacrée au 7-octobre. La grande admiratrice du Hamas qu'est l'eurodéputée Rima Hassan est accusée de l'avoir dégradée après avoir retiré un drapeau israélien faisant tomber, accidentellement, dit-elle, celui de l'Union européenne (3).
Hassan est depuis longtemps devenue une icône pour certains. Icône de l'antisémitisme ? "Son sport préféré, écrivait Franc-Tireur en 2025 (4), consistant à placer des cibles dans le dos de personnalités juives ou assimilées pour les livrer au cyberharcèlement de sa meute. Mi-août (2025), elle est passée aux listes sur X et y a inscrit trois noms. L’artiste tunisien Balti et la journaliste Nesrine Slaoui étaient cochés (des traîtres à la cause, selon elle). Le troisième, Hassen Chalghoumi, était accompagné d’un réveil semblant indiquer que son heure approche. À croire que les menaces de mort contre l’imam de Drancy, surnommé «l’imam des Juifs» par la sphère islamiste, ne lui suffisent pas. Peu après, la défourailleuse s’en est prise à son avocat : « L’avocat de Chalghoumi n’est autre que Me David-Olivier Kaminski, membre du bureau exécutif du Crif. » Une façon ingénieuse de souligner qu’il est juif. Des méthodes qui ne choquent pas ses fans. Les mêmes dégainent pourtant le « pas d’amalgame » dès que survient un attentat terroriste, pour ne pas jeter l’anathème sur l’ensemble des musulmans. L’amalgame ne pose plus problème s’il s’agit d’assimiler les Juifs ou leurs alliés aux Israéliens." 

L'hypocrisie se porte bien. Tous ces amalgameurs refusent l'étiquette d'antisémites, mais se définissent comme antisionistes. 
Dans "Que faire des juifs ?" (5), le dessinateur Joann Sfar demande au spécialiste en géopolitique Frédéric Encel une définition du sionisme. "En fait, c'est simple, répond ce dernier, c'est le droit  pour les Juifs de se représenter comme un peuple." (...) "De deux choses l'une, dit-il encore : soit on accorde aux Juifs, comme à tous les autres peuples, le droit de se représenter eux-mêmes. Tout peuple a droit à l'autodétermination. On l'accorde à l'Italie, au Togo, aux Inuits, aux Cheyennes et bien entendu aux Palestiniens. Donc soit on accorde aussi ce droit aux Juifs... soit pas ! Et dans ce cas, c'est de la ségrégation et, oui, de l'antisémitisme. Derrière le mot antisionisme, c'est ça que je comprends."

On peut, on doit évidement condamner clairement l'actuel gouvernement israélien, sa guerre interminable, les crimes de guerre et les exactions qui y sont commis, la liberté qu'il laisse aux colons de faire la loi et la chasse aux Palestiniens en Cisjordanie. Mais se ranger du côté de l'antisionisme, c'est aussi faire le choix de la guerre, c'est choisir de rayer un Etat de la carte du monde et de supprimer un peuple. Pourquoi choisir un peuple contre un autre ? Quel sens cela a-t-il ? Tous ces militants sont-ils à ce point fanatiques qu'ils voient limitée leur capacité de recul et de réflexion ? 
Dans "Que faire des Juifs ?" encore, l'avocat Arié Alimi estime que "le combat pour l'égalité doit concerner toutes les minorités, et les Juifs sont une minorité. Tout comme le racisme et l'homophobie, l'antisémitisme est pluriel. Les haines se cumulent et proviennent de champs divers. Il faut toutes les combattre. Choisir de combattre l'une ou l'autre, c'est déjà renoncer. Il faut déconstruire. On parle à des Français. Moi, je fais le boulot sur la France. Bon. La nouvelle génération est fédérée par la Palestine. Très bien. Mais elle se nourrit de slogans dangereux. Bien entendu que Dieudonné et Soral ont empoisonné les esprits. Et Houria avec ses Indigènes de la République qui ne sont pas de gauche. Ces gens sont des racistes. Des Maurassiens. Un jour, on va les retrouver avec Le Pen. Tout est politique. Tout est sémantique. On livre une guerre des mots. Dès que tu prononces le mot sioniste, tout s'enflamme." 
"Moi, c'est dès que je parle de complexité, intervient Joann Sfar. "Oui !, réplique Arié Alimi.  Si tu dis complexe, on t'accuse de vouloir embourber la cause. Mais c'est complexe."

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/dans-la-bouche-de-sophia-aram/dans-la-bouche-de-sophia-aram-du-mardi-06-octobre-2026-2147562
(2) https://www.franc-tireur.fr/antisemitisme-langleterre-a-la-derive
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/10/06/rima-hassan-accusee-de-degradation-d-une-exposition-sur-le-7-octobre-au-parlement-europeen_6788993_3210.html
(4) https://www.franc-tireur.fr/les-amalgames-de-rima-hassan
(5) Editions Les Arènes BD, 2025.

lundi 5 octobre 2026

Celle qui n'ose pas dire les choses

Comment pourrait-on élire comme présidente ou président quelqu'un qui s'avère incapable d'appeler un chat un chat et une dictature une dictature ? Ce matin sur France Inter (1), Ségolène Royal a refusé de qualifier le régime d'Alger. A peine venait-elle de dire que "si on n'ose pas dire les choses, ce n'est pas de la politique" qu'elle n'osait parler d'autoritarisme à propos du régime algérien : "ce n'est pas à moi de qualifier un pays".  Surprise de son intervieweur : "Vous ne pouvez pas dire qu'un régime qui a enfermé un écrivain, Boualem Sansal, qui aujourd'hui détient dans ses geôles un journaliste français, Christophe Gleizes, vous ne pouvez pas dire que c'est un régime autoritaire ?" Réponse royale : "Non, je ne peux pas le dire. Je pense qu'il y a un certain nombre de problèmes en Algérie, mais la France n'a pas un certain nombre de problèmes ?".
Ségolène Royale est la candidate du relativisme. Puisque tout n'est pas parfait en France, on ne peut rien reprocher aux autres. Rappel de Benjamin Duhamel, le journaliste : "en 2020, vous disiez que la France est un régime autoritaire, et là vous refusez de dire que l'Algérie est un régime autoritaire...". Il est l'heure du journal, on n'en saura pas plus. On comprend que pour Ségolène Royal puisque la démocratie n'est pas parfaite ici on ne peut critiquer les régimes forts. Et tant pis pour celles et ceux qui les subissent. 
On attend d'un ou une candidat à la présidence de la République qu'il défende la démocratie. Ici comme partout ailleurs. Et donc de la clarté par rapport à un soutien à l'Ukraine et une opposition dure au tueur en série qu'est Poutine. Un soutien aux Ukrainiens et au peuple russe. Un soutien aux populations iranienne et afghane par rapport aux régimes islamistes qui les répriment. Un soutien aux Palestiniens qui souffrent de la vengeance sans fin du gouvernement Netanyahou et de la brutalité du Hamas. On n'attend pas de quelqu'un qui vise le poste présidentiel qu'il se taise ou qu'il nous dise qu'il faut comprendre, voire excuser les dictateurs et les crapules. 
Cette attente concerne également le RN et LFI si ambigus dans leur rapport à Trump et Poutine pour le premier, à Poutine pour la seconde.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-05-octobre-2026-6131111

mercredi 30 septembre 2026

Sans voile

Ainsi donc le président du RN aurait tenu des propos antisémites ? Qui l'eût cru ? Le parti auto-proclamé "bouclier des juifs" serait présidé par un crypto-antisémite ?
Depuis que le Front s'est transformé en Rassemblement, le parti de la famille Le Pen est devenu celui des bisounours. Il a tué le patriarche (condamné pour antisémitisme) et a abandonné tout racisme et tout antisémitisme. Il s'est dédiabolisé. S'il nous le dit, c'est que c'est vrai. Même si à chaque élection, nombre de candidats du RN se laissent aller à des propos orduriers ou agressifs, antisémites ou racistes, ou les deux (1). Dans son édition d'aujourd'hui, Franc-Tireur rapporte qu'aux élections sénatoriales de dimanche dernier un certain Éric Miné, deuxième sur la liste RN des Français établis hors de France, "a été récemment épinglé par Le Canard enchaîné pour avoir tenu une librairie qui vendait des ouvrages néonazis et antisémites". 

Mais voilà maintenant que ce ne sont pas d'obscurs troisièmes lignes du parti d'extrême droite qui sont pointés du doigt, mais son président lui-même. Mediapart rapporte des conversations "dans lesquelles Jordan Bardella aurait fait preuve d’un antisémitisme exacerbé et compulsif", écrit Le Monde (2).  Mediapart s’appuie sur des "dizaines de conversations écrites ", authentifiées "de manière indépendante" et qui ont débuté à l’été 2013, alors que Bardella avait près de dix-huit ans. "Toutes les banques sont détenues par des juifs", selon lui. "Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur. En France, deux beaux exemples sont BHL ou Attali. Et c’est ce qu’ils veulent, un nouvel ordre mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale." Bardella était alors proche d'Alain Soral. Ce dernier a sévi au FN jusqu'en 2009. "Mais, à la base, il est admiré, malgré son complotisme antisémite de plus en plus pathologique", écrit encore Le Monde (3) qui constate que son influence auprès du Front national de la jeunesse a persisté après son départ du parti. 

Le gendre idéal dément évidemment les propos antisémites qu'on lui attribue et a annoncé déposer plainte contre Mediapart (qui a annoncé la suite des révélations) pour diffamation et faux et usage de faux si des éléments écrits sont publiés. La fille à papa défend son protégé en se dévoilant : Marine Le Pen a conseillé à Mediapart "d’enfiler son costard en Kevlar parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent" (4). En d'autres termes, elle leur conseille d'enfiler un gilet pare-balles. Si ce n'est pas une menace de mort, qu'est-ce ? "Il y a une partie de moi qui, avec la rédaction, est sidérée de voir que quelqu’un qui veut présider à la destinée de la nation s’adresse ainsi aux journalistes", a réagi Fabrice Arfi, coresponsable du pôle enquêtes de Mediapart. 

P.S. : A écouter (et regarder) : François Morel à ce sujet ce vendredi sur France Inter :

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/28/mediapart-rapporte-des-propos-antisemites-de-jordan-bardella-qui-denonce-des-faux-grossiers_6785064_823448.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/30/jordan-bardella-une-jeunesse-au-fn-sous-l-influence-ideologique-d-alain-soral_6786026_823448.html
(4) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/30/enquete-de-mediapart-sur-jordan-bardella-la-violence-verbale-du-rn-ne-nous-impressionne-pas-reagit-fabrice-arfi_6786024_823448.html


mardi 29 septembre 2026

Les culs-bénits

Les religions mènent la danse en ce moment dans ce grand pays laïc qu'est la France.
Le président Macron a finalement succombé à la Léonmania qui secoue son pays et a assisté à une messe que le pape a célébrée. Il avait d'abord décidé de n'assister à aucun office avant de changer d'avis. " En n'assistant pas aux messes du pape, Emmanuel Macron dégrade l'image de notre pays", avait déclaré un député RN. Amusant de la part d'un parti qui se présente comme le défenseur de la laïcité. Une photo montre la mère Le Pen en conversation chaleureuse avec une religieuse solidement voilée. Lui parle-t-elle de sa volonté de faire interdire le voile dans l'espace public ? 
De l'autre côté du jeu politique, Mélenchon a effectué un virage à 180°. Après avoir déclaré en 2010 que le voile islamique était un "signe de soumission patriarcale" et que le porter était comme "s’infliger un stigmate", il affirmait en 2015 que "le voile est un signe de soumission" et qu'il ne voyait pas "où Dieu s’intéresserait à un chiffon sur la tête". (1) Mais voilà, souvent homme (politique) varie : le père Jean-Luc bat sa coulpe. Le voile, c'est la soumission à Dieu et pas à l'homme, dit-il maintenant. Donc, circulez, il n'y a rien à voir. Que n'est-on amené à dire pour gagner des voix ? Pense-t-il que les femmes iraniennes ou afghanes sont voilées par soumission volontaire à Dieu et qu'il n'y a là aucune intervention patriarcale ?

(1) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/soumission-a-dieu-quand-jean-luc-melenchon-assume-avoir-change-son-regard-sur-le-voile-islamique-20250629

samedi 26 septembre 2026

C'est où la gauche ?

Il y a toujours eu gauche et gauche. Une gauche démocrate, respectueuse des institutions et (plus ou moins) de principes moraux et une gauche radicale qui au nom de la révolution est prête à écraser ceux qui ne pesnent pas excactement comme elle et reste fascinée par les régimes forts.
La gauche française est aujourd'hui en triste état. Elle n'a actuellement aucune chance de remporter l'élection présidentielle de 2027 et s'enferre dans une guerre d'ego et de chapelles. 
La primaire du PS est mal emmanchée avec un premier secrétaire, Olivier Faure, qui apparaît comme téléguidé par Mélenchon, une Ségolène Royal hargneuse et de plus en plus complotiste et un Raphaël Glucksmann qui doit chaque jour se demander ce qu'il est allé faire dans cette galère qui dérive de plus en plus. 
De l'autre côté, le père Jean-Luc, après avoir copieusement insulté toute la gauche non LFI et s'être laissé aller à des sorties qui frisaient l'antisémitisme, essaie de se calmer pour tenter de donner de lui une image un peu plus rassembleuse. Mais il n'y arrive pas et dérape régulièrement. 
Même s'il a condamné l'invasion russe de l'Ukraine, il a cependant trouvé normal que la Russie ait conquis la Crimée pour avoir un accès à la Mer noire. Et il donne toujours l'impression de cultiver une certaine admiration pour l'homme fort qu'est Poutine. 
Le voilà maintenant qui invite à "peut-être se demander" si l’intensification de la menace russe en Europe ne serait pas liée aux "tirs en profondeur que fait l’Ukraine" sur le territoire russe (1). "Ce n’est pas pour excuser la Russie, a-t-il déclaré, puisque dès qu’on dit une parole de bon sens et de raison, on se voit accuser d’être des déserteurs du combat. Mais tout de même, qui peut imaginer qu’un pays laisse sa propre capitale être attaquée et n’apporte aucune réponse à une situation pareille ? Ça n’existe pas. Même si la Russie est l’envahisseur de l’Ukraine". Avec la perversité qui le caractérise, il retourne donc la situation : son "bon sens" et sa "raison" lui font oublier que l'Ukraine ne peut laisser sa capitale être attaquée sans apporter de réponse. Bref, si l'Europe est aujourd'hui menacée, c'est de la faute de l'Ukraine. L'agressé est coupable de ne pas courber l'échine. Et il est normal que l'agresseur se montre plus encore agressif.
Certains de celles et ceux qui s'étaient jusqu'à présent montrés patients avec lui commencent à s'énerver (2).

Le petit père des peuples français s'en est déjà souvent pris aux journalistes, à celles et ceux qui ne lui posent pas les bonnes questions. Il a même été jusqu'à appeler ses troupes à "pourrir la vie" de journalistes et menace maintenant de mettre au pas certains d'entre eux s'il arrive au pouvoir. Des élus de son mouvement viennent de déclarer qu’ils se rendraient volontiers sur BFMTV mais qu’au nom de la lutte "contre la dérive de plus en plus manifeste de la ligne éditoriale cette chaîne vers l’extrême droite", ils refusent a priori de participer aux émissions de Sonia Mabrouk, de Robert Ménard ou Raphaël Enthoven. "Les Insoumis ont développé une logique totalitaire", estime ce dernier dans Franc-Tireur (3). Selon lui, "les Insoumis prétendent déterminer les conditions éditoriales auxquelles ils consentent à apparaître, quels journalistes sont fréquentables et quels interlocuteurs, à l’inverse, disqualifient une émission par leur seule présence. Dans la logique qui est la leur, le contradicteur n’est plus quelqu’un à qui l’on répond : c’est quelqu’un dont la présence suffit à rendre le dialogue légitime ou non. On ne réfute plus la parole adverse, on ne la combat même plus ; on conteste au média le choix de la mettre en présence de la sienne."
Quelle différence à ce sujet entre LFI et Trump qui excluait ces mêmes jours de la Maison blanche des médias qu'il considère comme trop critiques à son égard ? "Le problème démocratique, écrit encore Enthoven, n’est pas le refus de parler, mais la tentative de déterminer quelles paroles sont tolérables. Refuser un débat ? Pas de problème, chacun sa route. Refuser a priori un débat et contrôler le contradictoire ? Danger."

Autre parti de la gauche radicale, Die Linke a remporté la victoire aux élections législatives régionales de Berlin dimanche dernier. "La clé de ce succès, analyse Guillaume Beringer, maître de conférences en études germaniques à Paris-Nanterre (4), réside dans la capacité de Die Linke à reconnecter avec les préoccupations matérielles immédiates des Berlinois", en particulier le dossier sensible du logement.
"Pour l’observateur français, la victoire de Die Linke offre un contraste saisissant avec la dynamique de La France insoumise. Si les deux partis partagent une volonté de rupture avec le néolibéralisme, leurs méthodes et leur culture politique divergent fondamentalement. Là où le parti français reste structuré autour d’une figure tutélaire forte et d’une rhétorique de la confrontation permanente, Die Linke a fait le choix d’une direction collégiale et d’un ton apaisé." (...)
"L’une des figures de proue de ce renouveau, Heidi Reichinnek, incarne cette nouvelle approche. Loin de la verticalité du chef, elle se présente comme une « coordinatrice » au sein d’un collectif. Sa communication, virale sur les réseaux sociaux, mise sur l’humour, la proximité et la pédagogie plutôt que sur l’invective et la polarisation. La « joyeuse révolution », comme le qualifient les journaux allemands, n’est pas un renoncement à la radicalité, mais une stratégie d’hégémonie culturelle. Il s’agit de rendre la gauche désirable, et non seulement nécessaire."

Qui peut trouver aujourd'hui la gauche française désirable en dehors du noyau dur de LFI qui adule son gourou clivant et agressif ?
Et pendant ce temps, la famille Le Pen avance, de son pas martial et glaçant, au son de toutes les casseroles qu'elle traîne derrière elle et qui pour certains résonnent comme un hymne triomphal.

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/26/presidentielle-2027-le-chemin-de-crete-de-jean-luc-melenchon-sur-l-ukraine_6783102_823448.html
(3) https://www.franc-tireur.fr/vaine-censure-ledito-de-raphael-enthoven
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/22/a-berlin-la-victoire-du-parti-de-gauche-radicale-die-linke-offre-un-contraste-saisissant-avec-la-dynamique-de-la-france-insoumise_6780206_3232.html


lundi 21 septembre 2026

Relever la tête

L'être humain est insatiable. Il a toujours besoin de plus. Plus de tout et de n'importe quoi. 
Les centres de données nous sont devenus indispensables, nous serinent certains (i)responsables politiques. Et pour leur permettre de se développer on a le droit de s'asseoir sur des règles qu'on venait soi-même d'édicter. Le gouvernement français voulait interdire l'artificialisation des sols. C'est ou plutôt c'était la règle "zéro artificialisation nette". Elle a vécu avant même d'être appliquée.
A Etrechet dans l'Indre, à proximité de Châteauroux, Google veut installer des milliers de serveurs dans huit à dix bâtiments qui s'étaleraient sur deux cents hectares. Oui, 200. Leur consommation électrique représenterait celle d'un réacteur nucléaire classique : entre 880 mégawatts et 1,1 gigawatt (1). Aux oubliettes, les économies d'énergie, de terres, d'eau. Gil Avérous, président de la communauté d’agglomération Châteauroux Métropole et très éphémère ministre de Macron, y voit "une opportunité historique de développement, de créations d’emplois [directs et indirects, estimés à près d’un millier] et d’activité pour notre département". La maire d'Etrechet, trois de ses adjoints et une conseillère municipale ont démissionné, exprimant leur "sentiment d’impuissance, alors que la commune n’a aucun pouvoir décisionnel sur un projet hors norme comme celui-ci qui s’implante sur [leur] territoire". Et se posent cette question : "qui s’inquiète de la nuisance visuelle, de l’impact sur la ressource en eau d’un data center ou des tensions que cela crée sur le réseau électrique ?".  Oui qui ? Pas un gouvernement qui persiste dans une perspective radicalement capitaliste et productiviste. A l'inverse des politiques courageuses (et indispensables) à mener aujourd'hui. 

Aux Pennes-Mirabeau, au nord de Marseille, un autre data center est en projet avec plusieurs centaines de serveurs, trente-six groupes électrogènes et l'équivalent d'une piscine olympique de combustible (2). Les opposants dénoncent l'absence, dans le dossier, d'étude d'impact sur la "chaleur fatale" que dégagera ce centre : celle qui est dégagée vers l'extérieur et qui serait de l'ordre de 70 MW. D'autres data centers sont déjà installés à Marseille : "ces cubes noirs qui ronronnent jour et nuit, protégés par des portails surmontés de barbelés. Plus d'ouvriers. Quelques vigiles, des machines et, derrière, une industrie qui n'a presque plus besoin d'hommes." A Etrechet, Google promet un millier d'emplois. Qui y croit ? 

Les data centers sont les outils du grand rouleau compresseur qui fait baisser la tête à tant de gens dont une des occupations principales aujourd'hui est de scroller. C'est-à-dire de gaspiller son temps à ne rien voir ni faire. Récemment, sur une place de Blois, j'ai croisé un groupe de six ou sept ados, garçons et filles. Pas un mot échangé. Tous avaient le pouce et le nez sur leur téléphone. Ailleurs, sur une voie verte, une jeune fille trainait sa trottinette entre ses pieds, le nez sur son téléphone, aveugle aux cyclistes qui arrivaient en face.

Génération Tête Baissée / Génération Où est ton poing levé ? 
Génération Tête Baissée / Relève la tête
Génération Tête Baissée / Comment savoir si t'as de beaux yeux
Camille (sur son nouveau et superbe album "The Sound of milk"

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/09/16/dans-l-indre-la-maire-et-les-adjoints-d-un-village-demissionnent-pour-contester-le-projet-de-data-center-de-google_6775245_3234.html 
(2) Etienne Le Page, "Data centres - Ce projet qui échauffe les Marseillais", Charlie Hebdo, 2.9.2026.

jeudi 17 septembre 2026

Beaufs

Bruno Retailleau est un grand humoriste. Peut-être le meilleur actuellement. Son humour est un peu surprenant. Un humour à la Trump. Il faut deux secondes pour rire de ses déclarations, tant elles sont provocatrices. Le voilà qui accuse "l''écologie dogmatique" d'avoir empêché l'agriculture de s'adapter au changement climatique (1). Avec cet humour, Retailleau se met hors jeu pour l'élection présidentielle. 
Ils sont nombreux sur la ligne de départ. On s'y bouscule. Mais ceux qui n'affichent pas comme priorité absolue la lutte contre le réchauffement climatique (et non l'adaptation) se ridiculisent. Ils ne sont que des imbéciles sourds et aveugles, dont l'ego boursouflé les empêche de voir la réalité et de l'affronter.
Ils ne sont guère différents de Macron le Petit qui s'étonnait cet été des canicules que personne, selon lui, n'aurait pu prédire (à l'exception de tous les climatologues de la planète, qu'il a refusé d'écouter). Après s'être amusé en jetski, le président a enfin un grand projet : créer aux portes de Paris trois parcs d'attraction basés sur l'univers de Dragon Ball Z.  Il a monté ce projet avec un autre grand enfant, son ami l'autoritaire et sanguinaire Ben Salmane. Il a d'autres idées aussi : par exemple, implanter des data centers un peu partout en France.
Sur quelle planète vivent ces hommes ? Quel lien ont-ils avec la réalité ? Quel souci ont-ils de l'avenir ? 

(1) https://www.lemonde.fr/politique/live/2026/09/17/en-direct-presidentielle-2027-suivez-les-derniers-developpements-de-la-campagne_6776151_823448.html
A lire : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/13/l-ecoanxiete-n-est-pas-que-le-fruit-de-la-crise-environnementale-elle-est-aussi-provoquee-par-l-inaction-politique-devant-le-desastre_6772400_3232.html

lundi 14 septembre 2026

Le tocsin

En cette période où le pire nous menace, où les forces non pas de construction mais de destruction sont à l'œuvre partout dans le monde, où les propos les plus simplistes veulent nous faire croire qu'il faut être radical et sans nuance, relisons l'Histoire. Et il n'est pas que les livres pour nous y aider. Le théâtre aussi peut réveiller les mémoires et ouvrir les consciences.
Ici sont les dragons du Théâtre du Soleil revient sur la montée des deux totalitarismes qui ont semé la mort au XXe siècle. Allez voir ce double spectacle, emmenez-y vos enfants, vos classes, vos groupes, tous ceux et toutes celles qui se laissent séduire par les populistes de tous bords (1).

Ci-dessous la lettre que vient de diffuser Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil. 

" Lettre au public

Au lendemain d’une très douloureuse crise, propre au Théâtre du Soleil, qui m’a demandé à moi, Ariane, un implacable examen de mon manque de vigilance, et, à nous tous, une importante révision de notre fonctionnement, jamais, je crois, depuis soixante-deux ans, jamais une lettre à notre public n’a été écrite en de telles circonstances.

Circonstances mondiales, européennes, nationales, climatiques, politiques, culturelles, sociétales, professionnelles aussi bien que strictement personnelles.

Jamais depuis la seconde guerre mondiale et ses désastres, le monde n’a connu de moment aussi dangereux, effrayant et apeuré.
Jamais notre pays, la France, n’a été au bord d’un basculement de régime aussi inquiétant.
Jamais notre responsabilité de citoyens n’a été aussi grande. Responsabilité des erreurs, dénis, fautes du passé. Responsabilité dans l’avenir de leur aggravation. Ou de leur réparation.

En cette époque, à nouveau biblique, qui voit toutes les plaies d’Égypte s’abattre sur elle, en cette époque où nous voyons nos arbres amis et protecteurs se tordre comme du métal en fusion, hurlant et vomissant des torrents d’étincelles incendiaires, où nous voyons nos pompiers, asphyxiés, s’épuiser à faire reculer des océans de flammes tandis que le feu de tourbe chemine traîtreusement sous leurs pieds, sous la terre, en cette époque où les neiges éternelles sont devenues une légende pour enfants, où l'Himalaya, devenu noir, voit un de ses plus hauts sommets s’ effondrer et lancer le glacier devant lui tel un châtiment apocalyptique à l’assaut de créatures microscopiques semblables à des fourmis qui ne sont pas des fourmis, mais nos semblables, des femmes, des hommes, des enfants, des animaux — en cette époque-là, vous annoncer joyeusement la reprise des deux premières époques de notre spectacle “Ici sont les Dragons”, vous dire que de votre présence nombreuse, pour ne pas dire multitudineuse, dépend la création de la troisième époque et donc l’avenir du minuscule Théâtre du Soleil, peut apparaître futile et très égocentrique. 
Et pourtant. Il s’agit aussi de cela. Une troupe de théâtre. Quatre-vingts artistes et artisans pratiquant un art, le théâtre, qui, c’est de notoriété publique, ne rapporte rien. Un modèle économique périmé. Une égalité de salaire connue depuis soixante-deux ans mais qui paraît obsolète aujourd’hui. Obsolète ? Oui, illégale, même, nous dit-on. Pire, ridicule. Donc une troupe, hors norme, hors dogme idéologique.

Cela doit cesser, pensent furieusement certains. Pourvu que cela dure, pensent d’autres. Je suis de celles et ceux qui pensent que cela doit durer.
Et pour que cela dure, au moins jusqu’aux prochaines élections, et que d’ici là nous ayons créé la troisième époque, il faut que, dès le 30 septembre et jusqu’au 24 décembre au moins, notre salle soit pleine.

Cela dépend, en partie, de vous. De la “propagande active” que déploieront celles et ceux d’entre vous qui ont déjà vu et aimé nos deux premiers Dragons et de la mobilisation de ceux qui ne les ont pas encore vus. Car, s’ils veulent que notre, leur, votre, théâtre, traverse victorieusement cette période incompréhensible où l’épanouissement physique, mental, intellectuel de nos enfants n’est plus une priorité politique alors qu’elle devrait être LA priorité des priorités, ils doivent venir en nombre, avec parents, amis, élèves, partager avec nous ce moment d’exploration de notre histoire.

Cette lettre n’est pas un glas, c’est un tocsin. Comme beaucoup d’entre vous, nous sommes secoués mais vivants.

Nous sommes au service du public. Nous sommes au service de l’art. Nous recevons pour cela l’argent des contribuables.
Cet argent, votre argent, nous entendons l’employer entièrement à la priorité des priorités : la musculation harmonieuse de la mémoire et des incommensurables facultés imaginatives de nos enfants. Là est le trésor.

À bientôt, donc. Et, à tant d’entre vous, merci de cette longue et fidèle amitié,

Ariane Mnouchkine
3 septembre 2026 "



mercredi 2 septembre 2026

Pause

Il n'y aura pas de nouvelle publication sur ce blog avant la mi-septembre.
En attendant, si je peux me permettre un conseil, n'hésitez à lire celui de Bernard De Backer :
Routes et Déroutes à l'adresse geoculture.blog
Et notamment son dernier texte à ce jour : "Fini de rire" consacré au réchauffement climatique et à l'analyse de Jean-Marc Jancovici : https://geoculture.blog/2026/08/26/fini-de-rire/#more-27109

mardi 25 août 2026

Traditions criminelles

Cet été, écrit Tristane Banon dans Franc-Tireur (1), "l’État (français) a relancé sa campagne « L’excision ne doit jamais faire partie du voyage ». Plus de 1 000 Abribus sont mobilisés jusqu’au 2 septembre. La lutte contre l’envoi de petites filles dans leur pays d’origine pour y être mutilées sur le temps des vacances est aussi diffusée dans les écoles, les PMI, les consulats et sur les réseaux sociaux. Il faudrait s’en excuser ? On finirait par le croire, à voir certaines réactions du courant se réclamant du féminisme mais que l’indigénisme, assimilant la situation des minorités au statut des indigènes de l’Empire colonial, définit plus justement. Ces militantes expliquent doctement que l’excision peut être dénoncée en France, mais qu’il y aurait un « caractère colonial » à vouloir l’interdire ailleurs. Elles vilipendent la « panique morale » de ceux qui s’inquiètent que des femmes ne puissent plus « jouir ». Voilà où mène le relativisme culturel... Il ne nie plus systématiquement la violence de l’acte, il lui offre un passeport de respectabilité. Il classe les douleurs. Crime ici, tradition là-bas."
Nous y voilà. Le décolonialisme a atteint son niveau de stupidité et surtout de racisme. Sous prétexte de respect de prétendues traditions non critiquables, on abandonne à leur sort plus de quatre millions de filles (chiffre de l'Unicef) qui sont excisées chaque année. Donc mutilées. Avec ce que cela entraîne : "des hémorragies, des infections, des complications obstétricales, sans compter leurs conséquences psychologiques sur le long terme. Ce ne sont donc pas des « coutumes » à regarder avec l’air obséquieux d’un ethnologue d’opérette. Ce sont des violences massives."

Le décolonialisme, s'il a par ailleurs du sens, peut aussi devenir totalement réactionnaire quand il est en roue libre et incapable de perspectives sociologiques et historiques. Quand il est brutal et sans nuance. On se souvient que certaines personnes ont condamné Persepolis de Marjane Satrapi parce que ce livre et ce film seraient islamophobes, dans la mesure où l'autrice y dénonçait les violences exercées sur les Iraniennes par le pouvoir théocratique iranien. Iraniennes qui sont d'ailleurs abandonnées à leur triste (et le mot est faible) sort par une grande partie de la gauche occidentale. Ceci ne nous regarde pas, semble-t-elle dire, par peur précisément de se faire traiter de cet adjectif devenu infamant et qui vous classe aussitôt à l'extrême droite : islamophobe. 

Il y a un mois, à Gand, la chanteuse néerlandaise Sophie Straat, a demandé aux «hommes blancs» de reculer afin de laisser les premiers rangs à d’autres spectateurs : « Tous les hommes blancs à l’arrière ! C’est l’heure des filles, des queers, des personnes de couleur. Plus de temps pour la nuance : il est déjà trop tard, bien trop tard pour la nuance. Tous les hommes blancs au fond ! ». Effectivement, on chercherait là en vain toute trace de nuance. De quoi seraient donc coupables tous ces hommes blancs ? De s'être opposés à l'excision peut-être ? Et tous les hommes dits de couleur seraient donc des victimes ? Les mollahs iraniens le seraient ? Les talibans aussi ? 

Voilà cinq ans que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan. Cinq ans que les femmes afghanes subissent la charia exercée avec une violence inouïe par ces fous de Dieu : interdiction de travailler, d'étudier, de sortir seules, de se montrer, de vivre libres. Cinq ans que la gauche bien-pensante se tait dans toutes les langues. Cinq ans que les féminicides se multiplient en toute impunité. "C’est le stade ultime de l’apartheid de genre imposé par les talibans depuis leur retour au pouvoir à Kaboul, le 15 août 2021 : les meurtres de femmes par leur mari se multiplient, favorisés par leur exclusion du corps social et une impunité quasi absolue pour les auteurs de violences, révèle le média afghan en exil Zan Times." (2)
" Les talibans ne tiennent aucun registre du nombre de femmes tuées chaque année dans le pays, écrivent Khadija Haïdary, Zahra Nader, Hura Omar et Atousa Azar. Le bureau du procureur général chargé de cette tâche a été supprimé par décret en 2023. Afin de pallier ce manquement de l’État, nous avons relevé les meurtres de femmes dans 10 des 34 provinces d’Afghanistan depuis la prise de pouvoir des talibans, en août 2021. On décompte 174 cas rapportés par des médias afghans locaux, auxquels s’ajoutent 57 autres qui n’ont pas été signalés, mais qui ont pu être analysés directement par nos journalistes. Sur ces 231 cas, 53 ont été déclarés comme des suicides. Les victimes sont de fillettes d’à peine 5 ans jusqu’à des femmes de 65 ans. Sept victimes sur dix étaient des femmes au foyer ne disposant pas ni de revenus propres ni du statut social leur permettant d’engager une procédure pour violences conjugales. Dans l’immense majorité des cas, les faits se sont produits au sein du foyer de la victime. Le suicide a été officiellement déclaré pour plus d’une femme sur cinq, parfois en contradiction totale avec les preuves évidentes d’acte criminel. Seul un quart des décès a conduit à une arrestation et, même dans ces cas-là, le suspect a été quasiment toujours relâché, parfois dès le lendemain. Plusieurs décès provoqués par des violences conjugales attestées par les proches de la victime ou des témoins ont pourtant été officiellement enregistrés comme des suicides."
Si des proches des victimes tentent d'intervenir, ils risquent leur vie. Une jeune fille de 14 ans mariée de force à un homme plus âgé a été tuée par lui. Son petit frère qui voulait la défendre l'a été aussi. Le mari n'a pas été inquiété. L'homme a tous les droits. "Sous le nouveau Code pénal taliban, la sanction d’un mari qui bat sa femme au point de provoquer des blessures visibles, comme des fractures ou des plaies, est plafonnée à quinze jours d’emprisonnement, dénoncent encore Khadija Haïdary, Zahra Nader, Hura Omar et Atousa Azar. En revanche, si une femme retourne chez sa famille sans la permission de son mari, et que la famille refuse de la faire revenir chez son époux, la femme et sa famille s’exposent alors à trois mois de prison. Dans ce cadre légal, fuir les violences domestiques est donc passible d’une sanction bien plus sévère que la violence elle-même."

Qu'en pensent les féministes indigénistes qui défendent l'excision comme une tradition ? Le mariage forcé, la polygamie, les violence exercées sur les femmes, les féminicides seraient-elles inacceptables chez nous mais une tradition à respecter ailleurs ? Les masculinistes devraient être combattus dans nos pays mais tolérés ailleurs ? Cet obscurantisme tombe dans le racisme...

« Le multiculturalisme d’aujourd’hui signifie réguler les gens en fonction de leur communauté, de leur religion et de leur culture. Très bien. Mais que fait-on des individus ? Les gays, les femmes, les enfants ? Ceux qui ne veulent pas suivre les lois de la communauté ? Ce système est un cauchemar pour les femmes comme moi qui se sont enfuies de pays où le système les subordonne aux hommes et qui viennent dans cette société pour être égales. Soudainement, les multiculturalistes vous rappellent à l’ordre et vous disent non pas vous ! Vous, vous devez rester avec votre communauté et écouter votre père, votre frère, votre mari. On ne vous aidera pas… C’est ça l’égalité ? Quand on y réfléchit, le multiculturalisme est un système purement raciste. »
Ayaan Hirsi Ali, ex-députée néerlandaise, citée par Caroline Fourest, in « La tentation obscurantiste ».

(1) Tristane Banon, "Néoféminisme barbare", Franc-Tireur, 19.8.2026
(2) Khadija Haïdary, Zahra Nader, Hura Omar et Atousa Azar, "Cinq ans de féminicides étouffés", Zan Times, in Courrier international, 20.8.2026.

samedi 22 août 2026

Maudits poètes

Les chasseurs français connaissent bien la nature. Bien mieux que les écologistes et les environnementalistes qui ne sont que des usurpateurs. Les chasseurs français connaissent l'intérêt des réserves naturelles. De celle des marais d'Harchies par exemple où ont été recensées plus de 220 espèces d'oiseaux. Ils sont classés zone Ramsar, du nom de cette convention internationale qui protège les zones humides d'importance internationale, particulièrement parce qu'elles constituent l'habitat d'oiseaux d'eau. Les chasseurs français sont ravis qu'existe cette réserve naturelle. Chaque année, le jour d'ouverture de la chasse, ils se postent à proximité immédiate des marais et, après avoir appâté les canards, tirent sur tout ce qui vole. Jusqu'à cinq cents canards protégés côté belge ont ainsi été tués en une seule soirée à cinquante mètres de la frontière par des chasseurs français. L'an dernier, en une heure de chasse, 1375 coups de feu ont été enregistrés. Des 560 canards identifiés avant la chasse il n'en restait que 68 le lendemain (1). 
Début août de cette année, plus de six cents oiseaux ont été repérés dans les marais. Avec cette chasse qui tient du massacre, ceux qui restent, indique Jean-François Buslain, président de la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux, se dépêchent, affolés, de partir en migration, même s'ils n'y sont pas préparés.
La Convention de Ramsar a été adoptée depuis longtemps par la Belgique mais aussi par la France qui, en laissant la bride sur le cou à ses chasseurs frénétiques, se place en infraction. Courageusement, le préfet du Nord ne répond pas aux courriers qui lui ont été envoyés tant par la LRPO que par la Ministre wallonne de l'agriculture, de la ruralité et de la chasse. Le Gouvernement wallon a déjà investi 1,4 million d'euros dans cette réserve naturelle. Les chasseurs français, rois de l'écologie, en sont très heureux. "La chasse, c'est une communion avec la nature, un contact avec Dame Nature, affirment les chasseurs de galinettes cendrées. Faut être poète pour être chasseur." (2) Ces chasseurs français ont les mêmes positions que l'extrême droite : les règles internationales ne les concernent pas. "On est chez nous", semblent-ils dire. La nature a déjà payé un lourd tribut aux vagues de canicules qui ont asséché cet été. La logique et le respect de la nature voudraient qu'on interdise la chasse cette année pour laisser les populations animales se revigorer. Mais la logique n'entre pas en compte pour cette armée de massacreurs qui a "toujours fait comme ça". Sur quoi ou qui tireront-ils quand ils auront tué jusqu'au dernier canard ?  Quel président de la République, quel gouvernement osera enfin s'attaquer aux règles si laxistes de la chasse en France ?

(1) https://www.notele.be/it61-media167077-bernissart-pres-de-700-personnes-et-des-centaines-de-canards-en-cartons-pour-denoncer-la-chasse-aux-oiseaux-d-eau-en-france.html
(2) https://www.youtube.com/watch?v=QuGcoOJKXT8

mercredi 19 août 2026

Repartir de zéro

On rêve d'un reset de l'humanité, de tout remettre à zéro. D'être débarrassé à jamais de Poutine, de Kim Jong-un, de Trump, des Talibans, des Houtis, du Hamas et du Hezbollah, de Netanyahou, de sa clique et des colons israéliens, des généraux birmans, des ayatollahs iraniens, de Xi Jinping, des chefs de guerre soudanais, congolais, colombiens, des maffieux, de l'extrême droite, des chefs d'entreprises d'énergie fossile. Bref, de tous ces nuisibles qu'on ne peut appeler responsables politiques ou économiques tant ils agissent en irresponsables en envoyant le monde entier dans le mur, en multipliant des guerres interminables (qu'il ne font d'ailleurs que perdre, quoi qu'ils disent) et en augmentant cyniquement le réchauffement climatique. Même s'ils devront (devraient) un jour répondre de leurs responsabilités. Le monde se porterait tellement mieux sans tous ces gens convaincus d'être indispensables. Mais on rêve. Tous ces gens ne sont qu'humains. Trop humains et si peu à la fois.

lundi 17 août 2026

Lutte contre le cancer

"Les Frère russes", intéressant édito de Raphaël Enthoven dans Franc-Tireur du 12 août dernier.
"Il est fascinant, écrit-il, de voir comme les Frères musulmans et l’État russe abusent du même ressort pour faire de l’entrisme en France. Les premiers présentent le blasphème comme un racisme et la défense du voile comme un féminisme, interprètent de simples mesures administratives comme des atteintes aux libertés fondamentales, brandissent la «tolérance» chaque fois qu’un imam sanguinaire est renvoyé dans son pays et, grâce à leur alliance tactique avec la gauche des crétins, se victimisent à outrance en faisant passer toute lutte contre l’islamisme pour de « l’islamophobie d’État ». Les seconds envoient des espionnes séduire des milliardaires et mettre la main sur leur groupe de presse, mènent des campagnes d’ingérence en créant des réseaux de désinformation pour discréditer élus et candidats (comme Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann ou Gabriel Attal), présentent toute mesure contre l’espionnage comme de la censure et, grâce à leur alliance tactique avec la droite des abrutis, font passer toute lutte contre l’espionnage russe pour de la « russophobie d’État »".
L'Etat russe a, selon toute probabilité, réussi son coup aux Etats-Unis en intervenant sournoisement, comme il peut le faire, dans la dernière campagne électorale. On connaît le résultat avec ce pantin autocrate de Trump qui détricote un peu plus chaque jour le système démocratique américain. Et on voit ce même Etat russe diffuser de fausses informations sur les candidats démocrates dans différents pays d'Europe. Les candidats populistes n'ont rien à craindre de lui (1). 

Les islamistes comme l'Etat russe ont un ennemi : la démocratie, et un objectif : imposer leurs règles de type totalitaire. Ils avancent leurs pions en usant et abusant des règles de la démocratie et hurlent dès que celle-ci fixe des limites à la liberté d'expression. Ils savent qu'ils peuvent compter, pour les soutenir dans les démocraties, sur des élus et des partis lâches, effrayés et/ou électoralistes. Des idiots utiles qui retournent les arguments : s'ils prennent des mesures de contrôle, de limitation ou d'interdiction, les gouvernements démocratiques se voient traités de fascistes tandis que les dictateurs et les intégristes sont si pas célébrés, au moins compris et respectés.
"En vérité, constate  Raphaël Enthoven, les Russes et les Frères partagent une utilisation stratégique des normes libérales qui consiste, au nom de la tolérance, à diffuser l’intolérable en vertu d’une méthode décrite par Karl Popper dès 1945 dans La Société ouverte et ses ennemis (« le paradoxe de la tolérance »). La thèse de Popper est que la tolérance ne peut pas être absolue, car une tolérance sans limites s'autodétruit en cédant le passage aux idées qui la haïssent."
Les totalitaires misent sur la tolérance de la démocratie, vue comme une faiblesse. Pour survivre, celle-ci n'a d'autre choix que s'attaquer aux cancers qui la rongent. "L’intégrisme islamique et l’illibéralisme poutinien ne sont pas des opinions, mais des cancers politiques qui brandissent la liberté pour qu’on les laisse diffuser leurs métastases."

mercredi 12 août 2026

Les désespérants

Les anti-écolos sont très inflammables. Vous prononcez le mot écologie et ils s'allument comme des torches. Voilà qu'à leurs yeux les écologistes sont responsables des incendies de forêts. Ils défendent les arbres dont sont faits les forêts. Or les forêts brûlent. Donc, c'est de leur faute. Magnifique exemple de syllogisme absurde. Et aussi de bêtise et de mauvaise foi totale.
"Les écologistes, une fois que tous les incendies auront été maîtrisés, devront rendre des comptes à la nation et pas seulement ONF qui a aussi sa pleine responsabilité." C'est ce qu'a déclaré (1), apparemment sans rire, Noëlle Lenoir, ancienne ministre de Jacques Chirac, celui qui a déclaré "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Elle, Noëlle Lenoir, continue à regarder ailleurs. Comme l'écrit Charlie Hebdo, "fusillons tous ces irresponsables qui laissent pousser des arbres dans une forêt". 
Un chroniqueur de CNews, un certain Gilles-William Goldnadel, fustige aussi les écologistes (2) : "Voilà où nous a menés la folie des pseudos écologistes. Parce qu'ils se sont toujours opposés à sacrifier quelques arbres pour soi-disant sauver la faune et la flore, aujourd'hui nous n'avons plus de flore et de nombreux animaux sont morts. Cela au nom d'une idéologie". Bref, supprimons les forêts, elles ne brûleront plus. Et de la terre faisons table rase. Plus rien ne brûlera.
Ils sont nombreux celles et ceux qui transforment en coupables les lanceurs d'alerte. Et en seuls coupables. Les négationnistes du réchauffement climatique veulent à toute force ignorer que l'activité humaine est la cause de la montée inexorable des thermomètres et que 90% des incendies sont d'origine humaine. Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et les anti-écologistes reprochent à présent aux écologistes leur propre surdité et leur propre aveuglement.

Et pourtant... Il y a exactement cent trente ans, en 1896, le Suédois Svante Arrhenius publiait un article sur l'influence de l'acide carbonique dans l'air. Il prévoyait, indique Fabrice Nicolino (3), "qu'en cas de doublement de la concentration de cet acide - le CO2 bien sûr -, la température du globe pourrait augmenter en moyenne de 5°C. C'est tout proche des prévisions du GIEC un siècle plus tard".
Fabrice Nicolino cite aussi un rapport qui a été adressé en 1965 au président américain Johnson : "il dit tout : le climat peut basculer à cause de l'augmentation de CO2 dans l'atmosphère entraînant la fonte de la banquise arctique, l'élévation du niveau des mers, l'augmentation de la température de ces dernières". 
Dans une émission de la télévision française en 1979 (4), le vulcanologue Haroun Tazieff expliquait qu'il ne fallait pas craindre que les volcans fassent fondre la banquise et monter le niveau des mers. "Ce qui peut le faire, c'est la pollution industrielle. Elle dégage des quantités de produits chimiques de toutes natures, dont une énorme quantité de gaz carbonique." 20 milliards de tonnes de CO2 par an, c'est la quantité que l'homme rejette à la suite de ses activités, précisait un autre intervenant. "Cette quantité de CO2 risque de faire de l'atmosphère une espèce de serre", annonçait Haroun Tazieff. Il appelait dès lors à cesser de détruire les forêts de France, d'Amazonie, de Bornéo, de Sumatra, d'Afrique centrale. "Mais on ne le fait pas : pour faire des profits colossaux, on massacre nos forêts." Il prédisait un réchauffement de 2 ou 3°C de la température de l'atmosphère, la fonte des glaces, la montée des eaux, la noyade de toutes les côtes basses. "Vous êtes en train de paniquer les populations", lui dit le présentateur.
Mais personne n'a paniqué, puisque personne ne voulait ni savoir ni modifier son mode de vie. Quand sont apparus évidents l'échec du communisme et les horreurs du stalinisme, certains à gauche se sont tus volontairement : il ne fallait "pas désespérer Billancourt" (entendez : les travailleurs de Renault). Aujourd'hui, ce sont la droite et l'extrême droite qui ne veulent pas désespérer les automobilistes, les voyageurs, les consommateurs, les productivistes. Jusqu'au moment où il n'y aura plus le moindre espoir.

(1) sur X le 27.7.2026, cité dans Le Crétinisier de la semaine, Charlie Hebdo, 5.8.2026.
(2) sur X le 28.7.2026, cité dans Le Crétinisier de la semaine, Charlie Hebdo, 5.8.2026.
(3) Fabrice Nicolino, "Ces tristes connards qui n'ont rien fait", Charlie Hebdo, 5.8.2026.
(4) https://www.youtube.com/watch?v=tPjHLRYZiHM
A lire : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/11/yannick-jadot-climatosceptiques-et-climato-arrangeants-sont-des-capitulards-qui-nous-condamnent-au-pire_6743755_3232.html

lundi 10 août 2026

Un parti laxiste

Le RN connaît le peuple, il a le souci constant de son bien-être et de sa protection. Tous les faits divers le scandalisent et ses élus ne cessent de seriner que le justice est trop laxiste.
Ils avaient une occasion de le prouver récemment. Encore raté. Le 21 juillet, l'Assemblée nationale a voté une proposition de loi qui entend protéger les mineurs des risques auxquels ils s'exposent en utilisant les réseaux sociaux. Cette loi interdit les réseaux sociaux aux moins de quinze ans et cherche à empêcher l'anonymat. "Le parti à la flamme s'est montré constamment hostile à la levée du pseudonymat sur les réseaux, rappelle Jean-Yves Camus dans Charlie Hebdo (1), et se dresse en ce moment contre la proposition de loi Lafon sur les ingérences intérieures. Mais comment s'opposer à la protection des mineurs face au harponnage sexuel ? Impossible. Donc, le RN s'est abstenu, et seuls deux de ses élus ont voté contre."
Cette position a fâché de nombreux soutiens du RN. Non pas parce que les députés RN n'ont pas soutenu la loi. Au contraire : parce qu'ils ne s'y sont pas opposés. L'extrême droite a bien compris combien ces réseaux prétendument sociaux étaient des canaux de diffusion de mensonges et des outils de manipulation. 
"Dès les résultats du scrutin, la fachosphère s’emballe, rapporte Jean-Mathieu Pernin dans Franc-Tireur (2). Pierre Sautarel, fondateur de « Français de souche », blog très à droite aux milliers de followers, dénonce le non-engagement des élus RN contre ce texte, écrivant qu’il s’agit d’« une trahison impardonnable ». Des influenceurs menacent même de mener campagne contre eux. L’idée de présenter son identité avant de s’inscrire sur un réseau social est un concept très impopulaire chez de nombreux internautes d’extrême droite. Erik Tégner, fondateur de Frontières, évoque ainsi une loi faite pour « censurer la prochaine présidentielle »." (...) "L’ancien parti à la flamme a propagé un incendie chez ses soutiens qu’il a du mal à stopper." De l'autre côté, les électeurs du RN se rendent-ils compte que ce parti ne fait rien dans ce domaine pour protéger leurs enfants et se contente de mettre, une fois de plus, la tête dans le sable ? 

(1) Jean-Yves Camus, "RN - L'écran de fumée du pluralisme interne", Charlie Hebdo, 29.7.2026.
(2) Jean-Mathieu Pernin, "Extrême droite : Le RN trahit sa clique", Franc-Tireur, 5.8.2026.

samedi 8 août 2026

Un saint homme

Drôle de foutoir que ce mouvement de plus en plus gazeux (et vaseux) qu'est la France qui se dit insoumise. Après avoir défendu la laïcité, le voilà qui se soumet aux religions.
Depuis longtemps maintenant, le MélenChe et ses troupes ont retourné casaque et hurlent régulièrement à l'islamophobie : on ne peut critiquer l'islam, ses règles, ses obligations sous peine d'être accusé de racisme. 
Décidément transformé en parti de culs-bénits, LFI entend à présent défendre les chrétiens. Au Conseil de Paris, le 16 juillet dernier, la députée LFI  Sophia Chikirou a fait adopter un vœu (1) contre la «christianophobie». En fait, il s'agit ici de cibler Israël, comme l'explique Yann Barte dans Franc-Tireur (2) : "Car ces actes de «christianophobie» concernent la Palestine et le Liban et sont imputés à l’État hébreu. En volant au secours des chrétiens d’Orient avec ce terme, LFI fait coup double : draguer la gauche propalestinienne et consolider au passage le terme jumeau, tout aussi contestable, d’«islamophobie». Deux mots confusionnistes qui se tiennent par la main".
Yann Barte rappelle que ce terme de christianophobie vient d’une "chapelle très à droite" : l’Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne) de Bernard Antony (catho traditionnel et ancien eurodéputé du FN) l'a popularisé dans les années '80 "en multipliant les recours contre ce qui heurte les «sensibilités catholiques» : les dessins de Charlie Hebdo, une pièce de théâtre jugée blasphématoire, ou La Dernière Tentation du Christ de Scorsese". Il s'agissait de réhabiliter le délit de blasphème. Et voilà LFI qui utilise ce même terme équivoque piqué à l'extrême droite.

Mélenchon va-t-il voler à présent au secours des Ouïghours chinois ? "De nombreux organismes de défense des droits de l'homme estiment, rapporte la BBC (3), que la Chine a détenu plus d'un million d'entre eux contre leur gré au cours des dernières années dans un vaste réseau de ce que l'État appelle des "camps de rééducation", et en a condamné des centaines de milliers à des peines de prison."
On doute que Jean-Luc l'Œcuménique aille jusqu'à réclamer leur libération et le respect de leurs droits. Dans son programme pour la présidentielle, il veut "renforcer la coopération avec la Chine". On sait que ce pays constitue pour lui un modèle séduisant. Un lecteur de Charlie Hebdo, Vincent F., rappelait récemment (4) que "la Chine constitue cet idéal indépassable pour les ultracapitalistes, où le totalitarisme est au service d'une économe de marché sans barrières". Il s'étonne que "un anticapitaliste autoproclamé appelle à collaborer avec l'empire du Milieu, premier émetteur de gaz à effet de serre, qui plus est..." Et il en conclut que "l'anticapitalisme et l'écologie ne sont au final que des appâte-couillons chez le boss de LFI (...), porte-flingue du libéralisme économique, doublé d'un destructeur de la planète en puissance". On peut ajouter à ce tableau  qu'il n’y a pas, selon Human Rights Watch (5), "de société civile indépendante en Chine, ni de liberté d’expression, d’association, de réunion ou de religion, et les défenseurs des droits humains et autres personnes perçues comme critiques sont persécutés par le gouvernement" et que les conditions de travail des travailleurs chinois sont loin d'être idéales. Saint Jean-Luc, priez pour eux !

(1) un vœu en politique française est une demande non exécutoire d'une assemblée.
(2) Yann Barte, "Sophia Chikirou - Christianophobie, la pirouette de LFI", Franc-Tireur, 5.8.2026.
(3) https://www.bbc.com/afrique/monde-61583982
(4) "On a reçu ça", Charlie Hebdo, 29.7.2026.
(5) https://www.hrw.org/fr/world-report/2025/country-chapters/china

lundi 3 août 2026

Pollueurs non payeurs

Les fleuves souffrent, eux aussi, du réchauffement climatique. Le Rhin vient d'atteindre son niveau le plus bas, du jamais vu (1). Le plus long fleuve d'Europe, le Danube, a lui aussi atteint la côte d'alerte. En juillet, son niveau a chuté des deux tiers, avec des conséquences catastrophiques. La Hongrie a dû fermer son unique réacteur nucléaire faute de pouvoir le refroidir. Il fournit 40% de la production d'électricité hongroise. Des usines ont dû réduire leur production, à cause d'un manque d'électricité. En Roumanie, une centrale nucléaire a été partiellement arrêtée. En Bulgarie, à certains endroits, le lit du Danube est totalement à sec. Le transport fluvial est évidemment mis à mal, voire impossible sur certains tronçons.

Le chemin de fer souffre également : des rails se déforment à cause des chaleurs excessives, des voies sont fermées à cause des incendies.
Comment faire de la marche ou du vélo quand les températures oscillent entre 30 et 40°C, voire plus ?
En fait, les moyens de transport les moins polluants souffrent d'un réchauffement de la planète provoqués notamment par ceux qui le sont le plus et qui, eux, continuent à fonctionner comme d'habitude. C'est le principe du pollueur non payeur et l'inverse. Les bouchons sont toujours aussi importants à l'entrée et la sortie des villes et sur la route des vacances. Et les avions toujours plus nombreux à voler. Une des nombreuses propositions issues de la Convention citoyenne sur le climat, mise sur pied par le président Macron, consistait à fixer à 110 km/h la vitesse maximale sur les autoroutes. Macron l'a balayée aussitôt. Dans les années '60, le lobby automobile avait lancé le slogan "Ma voiture, ma liberté". Il ajoute à présent : "Et après nous, les mouches". 

(1) https://www.arte.tv/fr/videos/129044-062-A/arte-journal-02-08-2026/

jeudi 30 juillet 2026

Libérer Libération - Soutien à Jean Quatremer

C'est un journaliste qui a toujours défendu l'Union européenne, même de manière critique - c'est son rôle. 
Et qui défend la liberté de penser et la nuance et refuse de hurler avec la meute. Mais la meute l'a poussé à jeter l'éponge. Harcelé pour son indépendance d'esprit, pour ne pas penser ce qu'il faut penser quand on est prétendument de gauche, Jean Quatremer vient de démissionner de l'équipe de Libération. 
Ce n'est pas dans mes habitudes ici de citer d'aussi longs textes. Mais je ne résiste pas à publier l'intégralité de sa lettre. Pour soutenir Jean Quatremer et parce que je partage totalement ce qu'il y écrit.

"Adieu Libé !

Chers amis de Libération,

Je le confesse, je suis un libertaire et comme tout libertaire, un provocateur. Ni dieu ni maître. C'est même pour cela que j'ai choisi Libé en 1984. Un journal libre, foutraque, dissident, anticonformiste, celui que Serge July avait recréé en mai 1981, Libé II. "Au commencement de Libération, il y avait le chaos",comme il l'a très justement écrit, un chaos des origines qui a longtemps marqué ce journal. Des gens improbables et passionnés y cohabitaient, des gens qui passaient leur temps à s'engueuler en public, ce qui aurait été impossible dans les autres titres compassés et institutionnels, et ensuite se réconciliaient autour d'un verre ou d'un repas. On n'avait peur de rien et surtout pas de ceux qui ne pensaient pas comme nous, avec qui, au contraire, on cherchait la confrontation. Jamais nous n'aurions censuré qui que ce soit ou quoi que ce soit (à quelques exceptions près, il faut bien le reconnaître). Il était interdit d'interdire, un héritage de Mai 1968 dont on pouvait être fier, même s'il y a parfois eu des dérapages que Libé a eu le courage de reconnaître, contrairement à bien d'autres journaux. Et tout à fait accepté de casser la vaisselle et de mettre les pieds sur la table.

Mais les meilleures choses ont une fin. Je tire ma révérence.

Je remercie les directions de la rédaction successives qui m'ont longtemps permis d'exercer en toute indépendance mon métier au sein du journal, mais aussi sur d'autres plateformes, la majorité de mes collègues avec qui j'ai toujours eu des relations cordiales au fil du temps, et les différents actionnaires qui nous ont plus que généreusement financés sans jamais intervenir dans la rédaction, je peux en témoigner.

Si je pars, ce n'est pas à cause de l'Europe, le sujet auquel j'ai consacré avec passion une très large part de mon activité professionnelle. J'appartiens à cette gauche sociale-démocrate qui combat l'obscurantisme religieux quel qu'il soit, le racisme, l'antisémitisme, les discriminations, la haine des musulmans, le sexisme, l'homophobie, l'injustice sociale, les régimes autoritaires, etc. Celle qui juge sacrées les libertés individuelles et collectives, la liberté d'expression en particulier, celle qui ne transige pas avec l'État de droit et la République.

Je ne peux hélas que constater qu'elle est désormais minoritaire, voire en voie de disparition. De crainte d'être accusée "d'islamophobie" ou de néocolonialisme ou, plus cyniquement, pour chercher à s'attacher un vote communautaire, une partie de la gauche politique et médiatique tolère en son sein les discours homophobe, misogyne, transphobe, anti-laïcité, anti-liberté d'expression et le cléricalisme avec qui elle s'allie. Elle a, depuis le pogrom du 7 Octobre, transformé l'hostilité au gouvernement Netanyahou que je partage totalement et le soutien légitime à la cause palestinienne en un antisionisme virulent, le masque d'un antisémitisme débridé comme l'avait très bien compris Vladimir Jankélévitch, qui est la négation des valeurs non seulement de la gauche, mais de la République. On manifeste devant des synagogues, on agresse des Juifs, on hurle "Heil Hitler "dans des manifestations, on interdit de parole des intellectuels, des artistes, des scientifiques, des journalistes parce qu'ils sont juifs et donc sionistes et donc "génocidaires ". On traite de fasciste quiconque, juif ou non, n'est pas dans cette ligne, en vertu d'un antifascisme d'un nouveau genre qui ressemble comme un frère jumeau par sa violence – parfois mortelle – à ce qu'il prétend combattre.

Comme au plus beau temps de l'URSS et du Komintern, la police de la pensée fait régner une terreur idéologique à coups d'anathèmes, de dénonciations calomnieuses et de culture de l'annulation. On nazifie les Juifs, on accuse Israël et les Juifs de la planète d'être génocidaires, comme hier on les accusait de déicide, on nie le droit à l'existence d'Israël ce qui n'est le cas d'aucun autre pays, on considère qu'au fond l'antisémitisme est une opinion comme une autre et non plus une valeur sur laquelle on ne transige pas… Oui, tout cela est permis. Mais dénoncer l'antisémitisme et l'antisionisme, défendre le droit d'Israël à exister, remettre en cause l'affirmation que ce pays commet un génocide ou organise une famine, pointer l'utilisation comme bouclier humain des populations civiles par les terroristes du Hamas, s'interroger sur l'instrumentalisation de l'Unrwa ou de l'ONU par les islamistes, ah, ça non !

Pourtant, je vous le dis, moi qui ne suis pas juif : l'antisémitisme sous toutes ses formes, même sournoises, est le marqueur incontestable de la haine de la République, des libertés, de l'État de droit, de l'égalité, de l'humanisme. Il prédit le totalitarisme.

Cette nouvelle gauche qui se vautre dans l'antisémitisme défend la liberté d'exprimer… la même opinion qu'elle. Elle trie entre les bonnes et les mauvaises victimes au lieu de défendre l'humanité tout entière. Elle injurie et diffame ceux qui ne sont pas au garde-à-vous de sa propagande, de ses mensonges et de sa haine. Ainsi, contrairement à ce qu'ont affirmé depuis le 7 Octobre les tenants de cette gauche qui n'a plus de gauche que le nom, je n'ai jamais confondu les musulmans avec l'islamisme, ni les Palestiniens avec le Hamas et ses thuriféraires. Qui m'accuse de racisme, d'islamophobie, une accusation qui ne tue que ceux qui en sont accusés, et de fascisme est un con ou un salaud ou les deux.

Je l'admets, je ne me reconnais pas dans cette gauche-là qui est la négation même des principes qui ont fondé Libé. Certes ils sont très loin d'être majoritaires dans le journal et a fortiori dans sa direction, mais selon des méthodes de harcèlement éprouvées à l'extrême gauche, ils parviennent à me rendre l'air irrespirable. Je tire donc ma révérence. Je reprends ma liberté, car elle est mon bien le plus précieux. Je n'ai pas l'intention d'en abandonner la moindre parcelle, ni de me plier à quelque discipline que ce soit, ni de consacrer mon temps à me justifier devant des groupuscules dans des procès de Moscou-sur-Seine. J'ai passé l'âge de céder aux intimidations des "offensés" à géométrie variable. J'aurais pu dire comme Pialat : "Vous ne m'aimez pas ? Je ne vous aime pas non plus." Mais ce serait faux. J'ai aimé et j'aime beaucoup d'entre vous. Mais plus qu'à vous, je tiens à ma liberté. Les vrais insoumis ne sont pas ceux qu'on croit.

Je quitte certes Libération, mais pas ses lecteurs, ceux qui m'ont lu, entendu et aimé tout au long de ces années, ceux pour qui la diversité d'opinions au sein de la gauche est un trésor précieux. Comme le disait Jean-Paul Sartre en 1973 à propos de Libération dont il était le cofondateur avec Serge July, c'est "un journal qui n'est pas celui d'un parti et où les journalistes, tous de gauche, n'ont pas nécessairement la même opinion". À tous ces lecteurs, je donne rendez-vous sur d'autres plateformes où je continuerai à faire entendre ma voix et à défendre les valeurs et le journalisme auxquels je crois.

J'espère que la majorité d'entre vous continuera, comme j'ai tenté de le faire ces dernières années, à défendre Libération contre ceux qui voudraient le prendre en otage au nom d'une idéologie contraire à ses valeurs. À ceux qui se battront pour "libérer Libération", pour reprendre, encore, une expression de Serge July datant de 1981, je souhaite bonne route, comme je souhaite bonne route à Sonia Delesalle-Stolper, sa nouvelle directrice de la rédaction. N'oubliez pas qu'on reconnaît la liberté au bruit qu'elle fait en s'en allant.

Jean Quatremer"

mercredi 29 juillet 2026

Homme grenouille

C'était ce lundi. On traverse le sud-ouest de la France en diagonale. L'autoroute A63 en direction de Bordeaux est fermée à la circulation en raison des incendies. On prend, comme à l'aller, les routes secondaires. Tranquillement. Mais on est parmi les rares à rouler en réduisant volontairement sa vitesse pour tenter de diminuer sa consommation d'essence et donc la pollution inhérente. On se fait dépasser sans cesse ou menacer par des camions terroristes. Personne ne roule assez vite. Un accès à l'autoroute est signalé et un panneau électronique annonce que les vitesses sont réduites de 20 km/h pour cause de pollution. "Obligatoire", est-il précisé. Mais qui s'en soucie ?
Dans les Landes, alors que les odeurs des incendies s'immiscent dans la voiture aux fenêtres fermées, on voit de nombreux arrosages de maïs. Et, dans deux villages, des arrosages de terrains de football. On se demande sur quelle planète vivent ces gens qui gaspillent inconsidérément une eau si précieuse alors qu'à deux pas de chez eux des pompiers ne savent plus où en trouver pour combattre des feux dantesques. C'est que le foot n'a pas le même charme s'il se joue sur des terrains jaunis. Le Süddeutsche Zeitung rapporte (1) que "lors de la première grande canicule de l'été, la ministre française de la Transition écologique s'est prudemment interrogée sur l'avenir du défilé du 14 juillet et même du Tour de France par ce type de températures extrêmes : elle s'est fait étriller. Tout doit continuer comme avant".

Dans Charlie Hebdo (2), Riss rappelle que, lors du premier choc pétrolier - c'était en décembre 1973 - le président Pompidou, qui n'avait rien d'un écologiste, avait fait appel "à l'esprit d'économie du peuple français" : "Economisons l'essence, économisons l'électricité, économisons le chauffage... et cela suffira à diminuer notre consommation". Mais le peuple français, tout comme l'humanité, est comme la grenouille indifférente à l'eau qui chauffe progressivement et finira par la brûler, comme la grenouille de la fable de La Fontaine, celle qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf. Plus est son maître-mot. Plus de production, plus de consommation, plus de vitesse, plus de déplacements, plus de dépenses d'énergie, plus de gaspillage. Comme la grenouille, l'humanité finira par éclater. Par prétention, par bêtise, par égoïsme. Elle n'aura même plus la possibilité de se demander ce qui lui est arrivé. Elle se sera réduite elle-même en miettes.  

Dans Le Monde (3), le sociologue Benoît Giry estime que notre monde n'est pas durable, mais que "ce ne sont pas les désastres eux-mêmes qui trancheront car il n’y a pas d’effet mécanique univoque des catastrophes sur le monde social. Les conséquences sociales des catastrophes dépendent des modes de production et d’échange, des inégalités et de la stratification sociale, des processus électoraux, des mouvements sociaux et des mobilisations, des organisations, des instruments d’action publique, des pratiques individuelles et collectives, des catégories de l’entendement des acteurs et des cadres qui les organisent, bref des institutions sociales qui structurent nos vies. Ces institutions ne se modifient qu’au prix d’un travail politique long et difficile. Ne comptons pas sur les seules vertus providentielles des catastrophes. Elles ne nous sauveront pas."

L'anthropologue Elise Boutié considère que "il n’y a pas de conscience écologique qui se réveille au cœur des flammes". Elle a mené une étude à partir du méga feu qui a ravagé la Californie en novembre 2018. "Malgré le caractère exceptionnel de l'incendie, dit-elle (4), celui-ci n'entraîne ni une prise de conscience écologique, ni une classe écologique". Au contraire, elle a constaté "l'exacerbation d'une violence de classe qui provient notamment d'une peur du déclassement" des classes moyennes et qui se traduit par une alliance transpartisane : des démocrates se sont alliés avec des trumpistes plutôt qu'avec des démocrates pauvres pour préserver leur mode de vie.
Préserver son mode vie, ne rien changer dans un climat qui change à une vitesse que nous ne contrôlons plus et qui nous menace chaque jour, voilà l'ambition de ce triste animal qu'est l'être humain. 

(1) Nils Minkmar, "Canicule - Le silence politique est assourdissant", Süddeutsche Zeitung, 15.7.2026, in Courrier international, 23.7.2026.
(2) Riss, "La grande punition", Charlie Hebdo, 29.7.2026.
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/29/les-catastrophes-climatiques-ne-produisent-pas-mecaniquement-plus-de-prevenance-a-l-egard-du-monde_6736008_3232.html
(4) https://pathways.futureearth.org/videos/rencontres-2025-elise-boutie-les-etats-unis-lincendie-loubli-et-le-deni/
A lire aussi : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/26/incendies-en-gironde-et-dans-les-landes-ce-qui-brule-aujourd-hui-n-est-pas-seulement-une-foret-mais-une-maniere-d-habiter-le-territoire-qui-n-est-plus-possible_6733287_3232.html

jeudi 23 juillet 2026

La peur des purs

Ils font peur, tellement sûrs d'être du bon côté de l'Histoire, dans le droit chemin, dans le juste, dans la pureté. Ils se permettent toutes les outrances, les insultes, les pires agressions vis-à-vis de ceux qui sont de l'autre côté. Du mauvais. La pureté n'a pas de prix. Elle exige des sacrifices, des exécutions publiques.
Pour eux, tous les Juifs sont comptables des actes du gouvernement Netanyahou. Ils sont les premiers à hurler à l'amalgame s'ils entendent qu'on demande aux musulmans de condamner les actes criminels commis au nom de leur dieu, mais eux ont le droit de pratiquer tous les amalgames, même les plus simplistes et plus répugnants.

Récemment, c'est la DJ Barbara Butch qui a été leur cible. Au sens propre : alors qu'elle se produisait en concert à Grenoble, des militants pro-palestiniens lui ont balancé du gravier, des cartons, des plastiques, des liquides et même des bouteilles en verre (1). On ne sait en quoi le sort des Palestiniens pourrait être amélioré par de tels actes. Mais qu'importe. Ils sont du côté du bon droit. Le droit d'être bêtes, violents et contre-productifs par rapport à leur combat pourtant partagé par ceux qu'ils agressent. Barbara Butch, pour eux, n'est qu'une "sale sioniste" qui a eu le grand tort de soutenir la loi Yadan qui entendait "lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme".
Les purs ne sont pas antisémites, ils sont anti-sionistes, affirment ces Tartuffe la main sur le cœur.
"Lorsque « sioniste » ne désigne plus une doctrine qu’on discute mais une personne, qu’il devient même une injure, « sale sioniste », le mot n’est plus un argument : il est un stigmate, affirment Barbara Butch et son avocate Audrey Msellati. Lorsque le visage d’une femme juive est barré d’une croix ou maculé de sang, devant un drapeau arc-en-ciel frappé de l’étoile de David, on ne conteste plus : on essentialise. On ne débat plus ce qu’elle pense – ou ce qu’on lui prête ; on décrète ce qu’elle est : comptable et coupable d’une guerre, comme si être juive obligeait à en répondre."
De nombreux artistes ont affirmé leur soutien à Barbara Butch dans une tribune titrée « Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine » (2) : "Barbara Butch n’est pas attaquée pour ses œuvres, ses prises de parole ou ses actes. Elle est visée à travers des imaginaires antisémites et LGBTphobes dont l’histoire est ancienne. (...) La défense des droits du peuple palestinien est un combat urgent, légitime et nécessaire. Mais elle ne saurait justifier la diffusion d’accusations infondées visant une personne en raison de son identité ou de supposées appartenances, ou même de ses opinions."

Tous les Juifs sont critiquables selon les purs. Même ceux qui critiquent vertement le gouvernement Netanyahou et soutiennent la création d'un Etat palestinien sont condamnables. Parce que coupables d'être Juifs. Choisis ton camp, celui du bien, des justes, des purs. 
"Malgré des positions très équilibrées sur le conflit Hamas-Israël", le dessinateur Johann Sfar a été, lui aussi récemment, victime de ces gens de bien si agressifs, rapporte Franc-Tireur (3). "Invité du festival littéraire Oh les beaux jours! pour une lecture de Terre de sang, le temps du désespoir (Les Arènes), récit nourri de rencontres en Israël et en Palestine, il est visé par une affiche pondue par Cultures en lutte 13 sous ce titre : « Sionistes hors de notre ville ». L’auteur, qui dessine les fractures juives, arabes, françaises, méditerranéennes, du Chat du rabbin aux colères d’après le 7-Octobre, est réduit à une étiquette bonne pour le bannissement." Seuls ceux qui sont dans le camp du bien ont droit aux beaux jours. 

Des musiciens classiques israéliens ont également été boycottés, de même que le cinéaste israélien Nadav Lapid empêché de participer, en juin dernier, au jury du Festival de cinéma international de Marseille, à cause de pressions, de menaces de retrait, d'appels au boycott venant d’activistes anti-israéliens (4). "Que le plus grand artiste dissident israélien, œuvrant inlassablement à dénoncer les dérives fascistes et colonialistes de son gouvernement, ses faillites morales criminelles, dans des films primés dans le monde entier, soit amené à se retirer d’un festival français doit nous alerter et nous mobiliser au-delà de cette aberration, déplorent de nombreux artistes qui l'ont soutenu. Face à ce boycott, ils dénoncent une faillite intellectuelle, "une impasse intellectuelle qu’il faut arriver à dépasser collectivement".
Les purs sont demandeurs de pureté. Chacun doit rester dans son camp et ne peut en soutenir deux à la fois, sinon le monde est incompréhensible pour eux. 

En juin aussi, le journaliste de Libération Jean Quatremer a, lui, été victime de cyberharcèlement pour avoir publié une fresque de l’artiste italien AleXsandro Palombo représentant Hitler avec un keffieh et un brassard « HATE » pour dénoncer l’antisémitisme. Les justes n'ont pas réussi à la comprendre. Ou ont fait semblant de comprendre l'inverse de ce qu'elle voulait dire. Jean Quatremer a dû leur expliquer (5) que ce dessin ne dénonçait pas les Palestiniens, "mais ceux qui instrumentalisent leurs souffrances pour afficher leur haine des Juifs, israéliens ou non". Mais ces harcèlements portent toujours leurs fruits véreux : "prenant prétexte de cette polémique, rapporte-t-il, une fonctionnaire du ministère de la Transition écologique, dont dépend le « cycle supérieur du développement durable », a annulé ma conférence du 9 juin, par crainte que ma présence ne cause des troubles. Elle portait pourtant sur la résistance de l’administration communautaire à la remise en cause du « Green Deal »... Motivée par mon combat contre l’antisémitisme, cette décision a été prise par une administration tétanisée par la violence des LFistes et la peur des polémiques ! "

L'écrivain italien Erri De Luca a osé le pire (3) :  "une distinction devenue presque impossible à gauche : se dire « sioniste », pour lui, ce n’est pas adouber Nétanyahou, ni justifier Gaza, c’est reconnaître « le droit d’Israël à exister ». Il a même ajouté : « Le sionisme n’est pas l’expansionnisme qui le trahit.» Dans le même mouvement, il déclare refuser le mot « génocide », car il tient aux définitions précises." Résultat : voilà cet homme profondément ancré à gauche excommunié par une partie de la gauche italienne pour avoir blasphémé. Les purs sont très religieux, ils ont fixé l'orthodoxie de leurs opinions et ceux qui y dérogent ont droit à l'Inquisition.

Ils hurlent à la moindre censure, mais l'imposent contre ceux qui ne pensent pas ou ne sont pas comme eux. Cette censure-là est noble, ils la revendiquent, sont convaincus qu'elle les grandit. Alors qu'elle en fait en réalité de petits êtres rabougris et agressifs, qui préfèrent les menaces et l'exclusion à un débat qu'ils sont incapables de mener et les obligerait à développer des nuances qui leur échappent totalement .
La censure et l'exclusion sont affaire de pureté. Les purs adorent épurer. Ils sont là pour cela. 
On voit par là que l'impureté et le métissage ne manquent pas de vertu.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/20/barbara-butch-et-son-avocate-l-antisionisme-invoque-n-a-ete-a-grenoble-que-le-vetement-de-l-antisemitisme_6727479_3232.html
(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/07/22/concert-interrompu-de-barbara-butch-300-personnalites-dont-alain-chabat-et-les-freres-dardenne-signent-une-tribune-de-soutien-a-la-dj_6729446_3224.html?search-type=classic&ise_click_rank=3
(3) David Medioni, "Sioniste”, le mot-bûcher", Franc-Tireur, 3.6.2026.
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/09/le-boycott-culturel-du-realisateur-israelien-nadav-lapid-est-une-faillite-intellectuelle_6700117_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/08/inviter-un-artiste-dans-un-festival-n-est-pas-l-eriger-en-ambassadeur-culturel-plus-de-350-personnalites-en-soutien-au-cineaste-israelien-nadav-lapid_6699625_3232.html
(5) Michaël Prazan, "Bloqué, attaqué, annulé": entretien avec Jean Quatremer, Franc-Tireur, 17.6.2026.

lundi 20 juillet 2026

Conséquences de la canicule

Le réchauffement climatique n'est qu'une vaste blague, a toujours clamé le bouffon qui se prend pour le roi des Amériques et du Groenland. Des incendies occasionnés par des canicules de plus en plus fréquentes et élevées et des sécheresses de plus en plus longues se multiplient partout à travers la planète. Les fumées des incendies qui ravagent les forêts canadiennes rendent la vie suffocante et même dangereuse pour des centaines de milliers, voire des millions de personnes, notamment les New-Yorkais. Impossible d'échapper à leurs conséquences et donc de les ignorer. Seul Dingo Ier peut le faire. Il tourne en boucle : il revient encore et toujours sur l'élection présidentielle de 2020 qui lui aurait été volée. Le voilà à présent qui accuse la Chine de l'avoir fait perdre et d'avoir fait gagner Joe Biden. Il n'apporte évidemment aucune preuve, comme chaque fois qu'il porte une accusation. Il n'a évoqué ni le réchauffement climatique (il n'existe pas), ni le pouvoir d'achat qui s'effondre, ni la guerre d'Iran dans laquelle il s'empêtre. Il en revient encore et toujours à cette défaite qui lui reste à ce point en travers de la gorge qu'il ne peut parler d'autre chose. Sauf d'une modification du système électoral qui lui garantirait, à lui et au Parti républicain de remporter toutes les élections (1). 
Le Père Ubu ne veut voir qu'une seule tête : la sienne. Il a raison : il n'en est de meilleure.
Récemment, il vantait les mérites du porte-avions Abraham Lincoln ("parmi les plus beaux du monde") qui a abattu les 111 missiles qui le visaient et qui avaient été tirés "par la république islamique du Japon". Il ferait bien de s'inquiéter du réchauffement climatique : elle a des effets perturbants sur les capacités cognitives du grand homme. 

(1) Dans le HuffPost, 8.7.2026, cité par Charlie Hebdo, 15.7.2026.

vendredi 17 juillet 2026

Démission d'homme

On aurait dû écouter George Sand.

La forêt de Fontainebleau n'est pas seulement belle par sa végétation ; le terrain y a des mouvements d'une grâce ou d'une élégance extrêmes. Ses entassement de roches offrent à chaque pas un décor magnifique, austère ou délicieux. Mais ces ravissantes clairières, ces chaos surprenants, ces sables mélancoliques deviendraient navrants, peut-être vulgaires s'ils étaient dénudés. Les sciences naturelles aussi ont le droit de protester contre la destruction des plantes basses que ferait bientôt disparaître le dessèchement de l'atmosphère avec la chute des grands végétaux. (...)
Il y a un grand péril en la demeure, c'est que les appétits de l'homme sont devenus des besoins impérieux que rien n'enchaîne, et que si ces besoins ne s'imposent pas, dans un temps donné, une certaine limite, il n'y aura plus de proportion entre la demande de l'homme et la production de la planète. (...)
En attendant que l'humanité s'éclaire et se ravise, gardons nos forêts, respectons nos grands arbres. (...)  Quand la terre sera dévastée et mutilée, nos productions et nos idées seront à l'avenant des choses pauvres et laides qui frapperont nos yeux à toute heure. Les idées rétrécies réfléchissent sur les sentiments qui s'appauvrissent et se faussent. L'homme a besoin de l'Eden pour horizon. Je sais bien que beaucoup disent : "Après nous la fin du monde !" C'est le plus hideux et le plus funeste blasphème que l'homme puisse proférer. C'est la formule de sa démission d'homme, car c'est la rupture du lien qui unit les générations et qui les rend solidaires les unes des autres.

George Sand, "Impressions et souvenirs", paru dans Le Temps, 13.11.1872, texte publié en soutien à ses amis artistes qui s'étaient mobilisés pour défendre la forêt de Fontainebleau. L'Etat français voulait alors supprimer  13298 chênes et 4828 hêtres centenaires pour y substituer l’exploitation du pin jugé plus rentable.
(in "Sand - Ecrits sur la nature - présentation par Patrick Scheyder", éd. Le Pommier, 2022)

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