mercredi 4 mars 2026

Un homme ivre

L'ivrogne qu'est devenu le gourou de La France insoumise devrait suivre une cure de désintoxication. Mais comment faire ? Il est ivre de lui-même. Jean-Donald Mélenchon se saoule de ses propres discours, se permet toutes les outrances, sachant que ses disciples riront de la moindre de ses saillies, même les plus abjectes.
C'est le Trump français : il s'aime, se considère comme le meilleur et n'a jamais tort. Au contraire des autres. De tous les autres. Il a raison et on ne discute pas. Il est grand et visionnaire, les autres sont insignifiants.
Son grand jeu aujourd'hui consiste à jouer avec la prononciation des noms juifs. Ce fut d'abord Epstein (1), puis à présent Glucksmann (2). Sous la pression de ses proches, il a quand même esquissé quelques excuses pour ce dernier dérapage qu'il présente comme un accident.

En vrai gourou, Mélenchon se voit comme le messie : il rêve de se retrouver au second tour de la présidentielle face au candidat du RN et il est convaincu qu'il sauvera la France du risque de la voir tomber aux mains de l'extrême droite. Démoniaque, il joue avec le feu. Il est aujourd'hui tellement clivant qu'il est plus rejeté que la fille à papa Le Pen. 

"La ligne du parti doit rester infailliblement radicale et conflictuelle, sur la forme et le discours en particulier, faute de quoi LFI prendrait le risque de s’aliéner sa base électorale." C'est ce qu'affirme le politiste Rémi Lefebvre (3). "C’est la « stratégie du socle » : Jean-Luc Mélenchon repose sur un noyau dur d’électeurs de 8 % ou 9 %, attaché à la radicalité du parti. Le problème, c’est que cette stratégie constitue aussi un plafond de verre pour le mouvement : les postures radicales du leader « insoumis » nourrissent un rejet croissant, voire une détestation à son égard, que certains médias cultivent aussi. Or, dans l’optique d’une présidentielle, Jean-Luc Mélenchon doit aussi élargir sa base et capter le vote utile d’électeurs à gauche plus modérés."

Sous une allure très ouverte, LFI - que Mélenchon présente toujours comme un "mouvement gazeux" - est le parti d'un homme : Lui. Est-ce bien un parti d'ailleurs ? "Il n’a pas envie, constate encore Rémi Lefebvre,  que l’organisation soit figée. Il y a un grand flou sur les règles du jeu internes, alors que les partis politiques français sont généralement structurés de manière bureaucratique – au Parti socialiste (PS), il y a des fédérations, des conseils nationaux, des bureaux nationaux, des secrétariats nationaux… A l’inverse, LFI est un parti où le cadre organisationnel est minimal. N’importe qui peut adhérer au mouvement en quelques clics, sans avoir à payer de cotisation ; n’importe qui peut créer un groupe d’action au niveau local. Certes, depuis fin 2022, il existe des structures départementales, mais elles ont peu de pouvoir. Par ailleurs, il n’y a pas de congrès pour trancher entre différentes lignes politiques. De même, les positions hiérarchiques sont mal définies : Jean-Luc Mélenchon dirige le parti, mais n’a aucun titre, si ce n’est celui de coprésident de l’Institut La Boétie ; Manuel Bompard, lui, est « coordinateur », un statut vague. Fin 2022, LFI a mis en place une forme de direction, la « coordination des espaces », mais le processus de nomination des membres de cette coordination reste opaque."

LFI fonctionne de manière très verticale. Comme en Belgique le PTB. Un de ses députés wallons, un de plus, vient de le quitter (4). Il dénonce notamment le fonctionnement vertical du parti qui lui dicte, par exemple, "les amitiés politiques à avoir". Ou encore les positions du parti en matière de politique internationale qu'il qualifie "d'indignations sélectives". On sait ces partis très tolérants à l'égard du régime de Poutine tout comme du régime théocratique iranien. 
Comment imaginer que ces partis si peu démocratiques dans leur fonctionnement puissent, une fois au pouvoir, assurer la démocratie ? Figés dans leur fonctionnement stalinien, ils s'en méfient et n'en ont aucune pratique.

Son ivresse permanente ne permet pas à Mélenchon de voir qu'il est devenu un social-traître : il a trahi l'universalisme, la laïcité, la lutte contre l'antisémitisme, la démocratie.

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/02/raphael-glucksmann-estime-que-jean-luc-melenchon-qui-a-plaisante-sur-la-prononciation-de-son-nom-joue-avec-les-pires-codes-de-l-extreme-droite-et-de-l-antisemitisme_6669208_823448.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/28/remi-lefebvre-politiste-la-strategie-de-lfi-peut-fonctionner-au-premier-tour-de-la-presidentielle-mais-pas-au-second_6668656_823448.html
(4) https://www.lesoir.be/731993/article/2026-03-02/le-depute-wallon-jori-dupont-claque-la-porte-du-ptb-frappe-par-un-troisieme-gros

dimanche 1 mars 2026

L'humour du Kremlin

Voilà donc les Iraniens débarrassés de ce Guide suprême qui ne les avaient menés qu'à la dictature et à la répression suprêmes. Bien sûr, comme d'habitude, les Etats-Unis - malgré les grandes déclarations de Trump qui se voit en grand pacificateur, guide suprême de son Conseil de la paix - jouent les gendarmes du monde. Bien sûr, les règles du droit international sont bafouées. Comme elles le sont un peu partout ces derniers temps avec une ONU de plus en plus sans autorité et sans moyens. Le régime iranien, lui, n'a jamais eu que mépris pour les règles internationales. On ne pleurera pas la disparition du Boucher de Téhéran et de ses gros bras. Au contraire.

De nombreux pays appellent à la désescalade, mais deux seulement condamnent clairement les attaques américaines et israéliennes : le Pakistan et la Russie (1). Cette dernière avec cet humour à présent habituel qui nous désarçonne toujours  : "La Russie, signale Le Monde (2), a dénoncé, samedi, une « agression armée préméditée et non provoquée » des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, le ministère des affaires étrangères russe affirme que « l’ampleur et la nature des préparatifs politico-militaires et de propagande » ayant précédé ces frappes, notamment le déploiement d’un important contingent militaire américain dans la région, « ne laissent aucun doute » sur le caractère planifié de l’opération. Moscou estime qu’il s’agit d’une violation des « principes fondamentaux et normes du droit international » à l’encontre d’un État souverain membre de l’ONU."
Remplacez "Etats-Unis et Israël" par "Russie" et "Iran" par "Ukraine" et la Russie se condamnerait elle-même. "La diplomatie russe, écrit encore Le Monde, condamne également le fait que ces attaques aient été menées alors qu’un processus de négociation venait de reprendre, censé favoriser une normalisation durable autour de la République islamique. Elle affirme que ces frappes contredisent les assurances transmises à la partie russe quant à l’absence d’intérêt d’Israël pour une confrontation militaire avec l’Iran."

En attendant, les risques provoqués par cette opération militaire sont aussi nombreux que les questions qu'elle suscite : mènera-t-elle à une guerre civile en Iran, à un embrasement de toute la région ? Conduira-t-elle à la démocratie et au respect des droits humains en Iran ? Quels sont les objectifs des Etats-Unis (pas sûr qu'ils soient clairs dans la tête de celui qui est censé les présider) ? Qui sera le prochain pays sur la liste de Trump ?

(1) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/28/iran-carte-reactions-guerre/
(2) https://www.lemonde.fr/international/live/2026/02/28/en-direct-israel-annonce-avoir-lance-une-frappe-preventive-contre-l-iran-des-explosions-retentissent-a-teheran_6668663_3210.html



mardi 24 février 2026

Admirables Ukrainiens trop délaissés

Voilà quatre ans que le monstre du Kremlin a débuté sa sale guerre. Quatre ans qu'il sème la mort, la terreur, la torture, la misère, la destruction, la répression, le chagrin. Sacré bilan !
Côté ukrainien, l'analyste Iouriy Boutoussov évoque 70 000 tués et 35 000 disparus. L'ONU estime le nombre de civils ukrainiens tués à 15 000. Il faut y ajouter les pertes dans les zones occupées. Rien qu'à Marioupol, on parle de 27 000 à 88 000 civils tués. De l'autre côté, selon le Ministère britannique de la Défense, début novembre 2025, la Russie comptait 1 140 000 tués et blessés dans ses rangs.
Toutes ces pertes pour un gain de territoire finalement assez ridicule pour la grande et puissante armée russe : après la contre-offensive ukrainienne durant l'année 2022, l'armée russe contrôlait 17,4 % du territoire russe. Trois ans plus tard, 19,5%. (1)

La fin de cette boucherie n'est hélas pas pour demain. Le tueur en série qu'est Poutine ne négociera jamais.
"Les formules évolutives – « mettre l’Ukraine en position de force pour négocier », « amener Poutine à la table » – supposent que la négociation est un but en soi, estime Pierre Raiman, docteur en Histoire, spécialiste des totalitarismes et cofondateur de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! (2). Or, dans une guerre où l’un des camps nie l’existence même de l’autre, la table des négociations devient instrument tactique : gagner du temps, diviser les alliés, figer des conquêtes. Les accords de Minsk l’ont démontré. Tant que les buts de guerre ne seront formulés que par des négations et des horizons flous, la stratégie restera absente. Et ce vide sera comblé – non par nos intentions, mais par la logique de l’adversaire."
Pierre Raiman appelle l'Union européenne à cesser de danser d'un pied sur l'autre et à changer de logiciel. "Cette errance exprime une dérive européenne plus profonde : l’abandon du politique au profit du procédural. Le politique, pour Aron, c’est l’intelligence de l’État qui apprécie la nature de la situation avant de fixer les fins. Mais l’Europe a inversé l’ordre clausewitzien : la crainte militaire – l’escalade, le chantage nucléaire – dictent les buts politiques, au lieu que la politique fixe les fins et calibre ensuite les moyens. Quand la coalition des volontaires propose d’envoyer des troupes après un hypothétique cessez-le-feu plutôt qu’avant, elle révèle cette inversion fatale. Reporter à un « après » incertain les engagements que l’urgence exige maintenant, c’est encore une fois laisser l’adversaire fixer le tempo."
Derrière l'Ukraine, c'est l'Europe qui est visée. Pierre Raiman appelle à renverser le point de vue : "retourner le refrain en pacte stratégique. « Vous nous avez, et nous vous avons », au sens clausewitzien : nos destins de sécurité sont liés. L’Ukraine tient une partie du front européen ; l’Europe doit tenir l’Ukraine par des moyens à l’échelle. Il ne s’agit plus de se soutenir comme on se console, mais de se lier comme on s’engage : fixer une fin politique intelligible – que l’agresseur soit défait, que les troupes russes soient chassées d’Ukraine – puis ordonner à cette fin l’ensemble des moyens, afin que la répétition des sommets et des promesses cesse d’être un rituel et devienne la cadence d’une stratégie. Alors seulement, le refrain ne sonnera plus comme un déni : il deviendra la formule d’une solidarité qui ne se dit pas, mais qui se prouve." (...)
"Cette guerre n’est pas conflit territorial mais guerre totale menée par un régime néo-totalitaire. Elle ne se résoudra pas par un compromis territorial mais par la défaite stratégique de la Russie. Elle n’oppose pas des intérêts négociables mais deux visions du monde inconciliables. Accepter cette vérité constitue le préalable à toute politique adéquate." 

Ce à quoi il faut arriver selon Raiman : "retrait des forces russes hors du territoire ukrainien dans ses frontières internationalement reconnues, retour des enfants déportés, intégration de l’Ukraine dans les architectures de sécurité atlantiques et européennes. C’est la seule traduction politique cohérente du diagnostic : face à un régime qui nie l’existence de sa victime, tout ce qui n’est pas la défaite de l’agresseur n’est qu’un répit qu’il mettra à profit – la leçon de Minsk, répétée sans fin.
Dès lors, les dimensions cessent de flotter séparément pour s’aligner. L’arraisonnement de la flotte fantôme et la confiscation des avoirs de la Banque centrale russe frappent l’économie de guerre dans ses deux artères vitales – revenus pétroliers et réserves financières. Cette hémorragie retourne le facteur temps : c’est désormais Moscou qui verrait le sablier se retourner – ses ressources s’épuisant grain à grain sous une contrainte temporelle qu’elle ne maîtrise plus. Simultanément, la fourniture à l’Ukraine de capacités de frappe en profondeur rétablit la réciprocité de l’espace : la logistique, les bases et l’industrie militaire russes cessent d’être des sanctuaires intouchables. Et la protection du ciel ukrainien – par un bouclier aérien européen – soustrait les populations civiles de l’Ukraine libre à la stratégie de terreur, principal levier de pression russe." Il faut "non pas convaincre le régime, mais lui retirer les moyens de poursuivre son agression".

En attendant, même sans terme actuellement imaginable à cette guerre infâme, la détermination des Ukrainiens reste intacte. Plutôt morts que russes, disent nombre d'entre eux dans divers reportages entendus ces derniers jours. Les Ukrainiens sont "un peuple de marmottes tenaces", estime le traducteur ukrainien Iouriy Dourkot dans Die Welt (1) : chaque jour ils se remettent au travail comme le feraient des marmottes une fois leur terrier détruit. Ils reconstruisent, ils réparent, même s'ils savent qu'ils devront recommencer la semaine suivante. Même si "un régime criminel terrorise  les civils" et que les prétendus "efforts de paix" de Donald Trump sont risibles, "les marmottes n'abandonnent jamais". 

(1) Courrier international, 19.2.2026.
(2) https://desk-russie.eu/2026/02/15/errer-des-jours-sans-fin-avec-macron-ou-penser-la-guerre-en-ukraine-avec-aron.html

dimanche 22 février 2026

Tristes temps

En même temps qu'elle, c'est tout espoir d'une solution à deux Etats qu'on enterre.
Leïla Shahid vient de mourir. Elle avait représenté la Palestine en France, puis à Bruxelles auprès de l'Union européenne.
Elle fut "l’ambassadrice des jours d’espoir", dit d'elle Pierre Haski (1). "Au sein de la nébuleuse palestinienne, Leïla Shahid avait été proche du courant favorable à ce qu’on appelait alors « la paix des braves », avec Yasser Arafat, une reconnaissance mutuelle entre les deux peuples et un partage de cette terre doublement promise."

"Partisan du compromis historique d’Oslo, elle espérait que le processus conduirait à la naissance d’un État palestinien, même si le mot « État » ne figurait pas dans l’Accord. Trente ans après, cet espoir est encore plus mince."
"En apprenant sa mort, rapporte encore Pierre Haski, j’ai repensé à une scène qui résumait la personnalité exceptionnelle de Leïla Shahid. A l’occasion du départ d’un ambassadeur d’Israël en France, l’intellectuel Elie Barnavi, le ministère français des Affaires étrangères avait organisé un déjeuner d’adieu avec de nombreux invités. Elie Barnavi avait fait son entrée dans la salle à manger du Quai d’Orsay en tenant par la main Leila Shahid : difficile d’imaginer une telle image aujourd’hui. Signe des temps qui changent, et pas pour le meilleur, après le 7 octobre 2023, la matinale de France Inter avait réuni au téléphone les deux protagonistes de tant de débats des années 90. Mais le dialogue fut impossible entre Elie Barnavi et Leïla Shahid, tant les émotions et la colère s’étaient immiscés dans leur complicité d’autrefois. Même si, sur le fond, ils n’étaient sans doute pas si éloignés, tant vis-à-vis du massacre commis par le Hamas en Israël, que du gouvernement israélien et ses ministres d’extrême-droite."

Au moment où disparaît Leïla Shahid, Trump, en maître du monde, inaugurait son prétendu Conseil de la Paix, conçu au départ pour mettre un terme à la guerre à Gaza, mais auquel les Palestiniens n'ont pas été conviés. Avec ce Conseil, il ne veut pas seulement concurrencer l'ONU, mais, mieux, la "superviser". Et le gouvernement israélien  a plus que jamais les mains libres pour poursuivre sa politique de colonisation de la Cisjordanie, refusant clairement de voir créé un Etat palestinien. Il ne reste rien des Accords d'Oslo. Pas la moindre lueur d'espoir. 

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-jeudi-19-fevrier-2026-2745887

mercredi 18 février 2026

Fasciste toi-même

Qu'est-ce qu'être antifasciste sinon défendre la démocratie et s'opposer à ceux qui veulent imposer leur pouvoir par la violence et briser la liberté de réunion et d'expression ?
Aujourd'hui, on s'y perd. Voilà qu'à Lyon on tue au nom de l'antifascisme. Quel est l'intérêt et la crédibilité d'un antifa qui est pro-violence, qui tue au nom d'un combat qui du même coup perd tout son sens ? Le voilà aussi fasciste que celui qu'il prétend combattre. Un totalitaire de gauche ne sera jamais plus séduisant qu'un totalitaire de droite. Il est tout autant abject et repoussant.

"Celui ou ceux qui ont tué (le militant d'extrême droite), écrit Le Monde (1), n’ont pas seulement commis un meurtre, ils ont, en recourant aux méthodes des fascistes qu’ils prétendent combattre, sali les combats progressistes et humanistes, et offert un martyr à leurs adversaires. Leur geste scandaleux, commis au nom d’idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence, sa marque de fabrique, et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République." (...)
"Recourir à la violence, c’est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence."

La Jeune Garde, cette milice d'extrême gauche soutenue par Mélenchon, est aujourd'hui pointée du doigt par la Justice pour son rôle actif dans ce meurtre en meute d'un homme à terre. L'homme du bruit et de la fureur, comme d'habitude, joue les irresponsables, jurant la main sur le cœur qu'il a toujours rejeté toute violence. En faisant d'un militant d'extrême droite un martyr, l'extrême gauche aide un peu plus le RN à se dédiabloliser.
Même si ce parti est constitué de personnages rebutants, tel ce septuagénaire qui, hier à Châteauroux, a tiré sur les gendarmes et leur a balancé des grenades (2). L'homme qui possédait chez lui un véritable arsenal était connu comme un "militant très engagé" du RN. Et puis, il y eut tous ces militants de gauche tués par d'autres d'extrême droite. On pense notamment à Clément Méric, mort à 18 ans en 2013 suite à un passage à tabac par des skinheads.

La vie politique s'est hystérisée ces dernières années. "La haine politique en France a tué, écrit à Le Quotidien luxembourgeois (3). Mais est-ce vraiment une surprise ? Le pays s’embourbe dans les excès depuis des mois maintenant, et aujourd’hui les mots sont éclipsés par les actes. Il suffit de regarder comment se déroulent les séances publiques à l’Assemblée nationale : les partis s’invectivent sans cesse, l’actualité brûlante alimente les débats et chacun cherche à contester la légitimité de l’autre." (...)
"L’autre n’est plus un adversaire, mais un ennemi à abattre. Un venin mortel s’infiltre dans toutes les composantes de la République et personne n’est là pour dire stop, pour remettre la dignité au programme. La politique française a perdu pied. Et la faute est collective. Chacun essaie de servir sa cause et de détruire le camp d’en face."

Comme l'écrit Caroline Fourest (4), la violence "peut changer de nom, s’appeler « révolutionnaire» ou «identitaire», fasciste ou antifasciste, elle n’est qu’un masque pour habiller d’un drapeau une passion bien plus primaire et très souvent masculine. Un besoin de se défouler, d’écraser l’autre sous ses pieds, qu’on revendique fièrement en usant de slogans périmés".

(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/un-veritable-arsenal-qui-est-ce-retraite-de-78-ans-qui-a-tire-sur-la-police-avec-des-grenades-a-chateauroux-1771361045
(3) https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-luxembourg-meurtre-de-quentin-deranque-la-haine-politique-en-france-a-tue_240720
(4) https://www.franc-tireur.fr/lextreme-tue-le-franc-parler-de-caroline-fourest

dimanche 15 février 2026

Super Don

On a tort de critiquer Donald Trump. Il est bien plus qu'un président : un ange gardien. Le 5 février, il déclarait (sur X) : "Je ne dors pas dans les avions. Jamais. Je n'aime pas dormir dans les avions. J'aime regarder par le hublot pour voir si jamais il y a des missiles et des ennemis". Cet homme est admirable, il nous protège des méchants. S'il en voyait un, il lui ferait les gros yeux et le méchant, terrorisé, ferait demi-tour aussitôt avec son avion.
On s'interroge : quel âge a donc ce super-héros qui nous défend des méchants ?

(cité par Charlie Hebdo, 11.2.2026)

mardi 10 février 2026

Irresponsable

L'homme qui dirige les Etats-Unis ne pourrait même pas être candidat aux élections municipales sous l'étiquette du Rassemblement national. Trop raciste. Le parti de la famille Le Pen évite de placer sur ses listes des candidats racistes, antisémites et/ou homophobes. La (tentative de) dédiabolisation est à ce prix. En Indre, une seule liste a obtenu le label RN. De nombreux aspirants à la candidature ont été recalés pour leurs propos et leurs écrits indignes et agressifs (1). Le RN veut se donner une image angélique. Comme son président, un tout jeune homme qui n'a jamais travaillé et qui préside un parti dont le programme se résume aux propos d'un vieux croûton.  : c'était mieux avant, faut se méfier des autres, restons entre nous.
Ce garçon sans expérience court la campagne pour dédicacer son livre creux. Il "ne parle pas" (2), se contente de serrer des mains, de signer des autographes et de se faire photographier en compagnie de ses admirateurs qui lui apportent les bonbons qu'il dit aimer (3). Des admiratrices le demandent en mariage. La politique au niveau zéro.

Revenons à l'homme méprisant qui divise plus qu'il ne préside les Etats-Unis. Il  n'hésite jamais à se mettre au niveau d’un vulgaire et grossier militant raciste de MAGA ou du RN. Récemment, il a republié un clip video dans lequel on peut voir Barak et Michelle Obama en singes (4). Mais ce n'est pas lui qui l'a diffusé, se défend-il, c'est quelqu'un de son équipe. Lui, il est irresponsable. Et d'ailleurs, il n'avait pas regardé ce clip jusqu'au bout. Demain, après avoir envoyé un missile nucléaire, il nous dira que c'est par mégarde, qu'il n'avait pas lu le protocole jusqu'au bout.
Suffisant Ier a l'habitude de clips vulgaires et agressifs. Il y a quelques mois, il en avait diffusé un dans lequel depuis un avion il déversait des excréments sur des manifestants qui contestaient sa politique. Que nous disait-il avec ce clip ? Je produis de la merde. Je suis un merdeux.

Il y a un an, le jeune paon qui préside le RN déclarait : "L’élection de Trump est une bonne chose pour les Américains et je me réjouis qu’ils aient fait ce choix". N'est-il pas là en train d'applaudir un raciste ?

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/07/de-l-aude-a-l-herault-jordan-bardella-lance-la-campagne-municipale-du-rn-au-milieu-de-ses-fans-il-devrait-etre-candidat-meme-si-marine-est-eligible_6665829_823448.html
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/coings/marine-le-pen-et-moi-main-dans-la-main-jordan-bardella-bat-la-campagne-a-coings-dans-l-indre-1769880392
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/06/barack-et-michelle-obama-representes-en-singes-dans-un-montage-raciste-diffuse-par-donald-trump_6665661_3210.html

vendredi 6 février 2026

Pollueurs provocateurs

Les agriculteurs de la Coordination rurale, ce syndicat agricole d'extrême droite, ont besoin d'être en colère. Ils viennent de s'en trouver un nouveau motif. Ils ne veulent pas de la nouvelle directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB), chargée de "la mobilisation de la société". Cette nomination est, pour eux, une "provocation", du fait de "son parcours de militante écologiste extrémiste".
Eux détestent l'extrémisme. C'est pour le dire qu'après avoir pollué il y a peu les façades et les abords d'Indre Nature et de la MSA, ils ont, mardi dernier, déchargé des dizaines de bottes de paille devant l’entrée des bureaux de l'OFB à Châteauroux et les véhicules stationnés devant. "Ils ont balancé du fumier sur les fenêtres du bâtiment et déversé de la paille sur plusieurs voitures de l’OFB", rapporte La Nouvelle République (1). Selon eux et les chasseurs qui les accompagnaient, le gendarme de l'environnement qu'est l'OFB est trop répressif. Le préfet de l'Indre leur a rappelé que le nombre d’infractions d’agriculteurs relevé par l’OFB en 2025 était "inférieur à cinq ". C'est toujours trop pour eux. Les militants d'extrême droite passe leur temps à réclamer plus de sécurité mais jamais quand ça les concerne. Il faut les laisser tranquilles, eux qui ne supportent pas qu'on évoque le terme écologie. Il est synonyme pour eux de radicalité. Eux ne sont pas radicaux. Ils détestent ça. C'est pourquoi hier ils ont remis le couvert à Poitiers.
"Des dizaines de bennes de déchets ont été déversées devant la préfecture et l’Office français de la biodiversité (OFB) en soirée (2)" : fumier, paille, pneus de tracteurs, plastiques, etc. C'est devenu une habitude chez eux de se débarrasser de leurs déchets sur la voie publique. On ne compte plus les ronds-points où été brûlés ces types de déchets par ces gens que la radicalité indispose. Ailleurs, ils ont aussi empêché - sans qu'on comprenne le lien - des radars de fonctionner, ici en les emballant ou en les entourant de pneus de tracteurs, là en déversant par-dessus des débris de macadam. C'est le cas du côté de Lussac-les-Châteaux (86), là où un radar jouait un rôle bienvenu de ralentissement dans une courbe étroite en pleine agglomération. La sécurité routière est sans doute trop radicale pour eux. Et la sécurité des riverains n'est pas leur souci.

Tour à tour, la Confédération paysanne (autre syndicat agricole), Indre Nature, la Fédération des pêcheurs de l'Indre, les Ecologistes, d'autres encore ont fustigé ces attitudes agressives, ces intimidations et ces pollutions. Et déplorent "l’absence de réaction de la puissance publique".  Les Ecologistes constatent que "aucune demande de remboursement pour les remises en état, aucune plainte pour trouble à l’ordre public [n’a été faite]. Cette situation traduit pour nous une sorte d’immunité de certaines mobilisations agricoles, énième expression du “ deux poids deux mesures ” […] Nous refusons la banalisation de la violence à l’encontre des acteurs institutionnels et associatifs de la protection de l’environnement" (3).
Pour ces agriculteurs très trumpistes, la nomination d’Anne Le Strat n’est qu’un prétexte. "L’objectif réel est bien de remettre en cause le principe même d’une police de l’environnement. Inacceptable !"
En novembre dernier, le président de la Coordination rurale avait affirmé : "Les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau". 
Qui est provocateur sinon ces agriculteurs qui menacent les écolos et balancent sans être inquiétés leurs déchets polluants en affirmant être de pauvres victimes ? 

Post-scriptum :
"Le philosophe slovène Slavoj Zizek observe que la déliquescence de l’Etat de droit passe souvent par des situations où la loi n’est plus guère qu’une façade symbolique, où l’Etat garantit, sans le dire, à certains groupes sociaux un régime d’exception et où, les concernant, la règle de droit est comme « suspendue ». Toutes proportions gardées, c’est une autre analogie entre le MAGA de Donald Trump et le « Make Agriculture Great Again » tricolore."
Stéphane Foucart, Le Monde,

mercredi 4 février 2026

Liberté pour Iouri Dmitriev !

Il est l'un des 4600 prisonniers politiques du tsar Poutine qui veut pouvoir réécrire l'histoire de son pays sans être contredit. L'historien Iouri Dmitriev a été arrêté en décembre 2016 sur la base d’accusations fallacieuses et est l’un des premiers et des plus anciens prisonniers politiques de la vague actuelle de répression menée par Poutine. Selon le dernier verdict, cet homme qui a eu 70 ans il y a quelques jours, gravement malade et laissé sans soin, en a encore pour six ans de prison.
Son crime, écrit un collectif dans une tribune récente (1): "c’est son travail de recherche sur l’histoire de la terreur stalinienne en Carélie, dans le nord de la Russie, et sa volonté de préserver la mémoire de ces crimes. Iouri Dmitriev dirigeait la section carélienne de l’association russe Memorial. Trente années durant, il a recherché les lieux de sépulture des victimes de la Grande Terreur et reconstitué, à partir de patientes recherches dans les archives, le destin des personnes assassinées".
En 2014, il s'était rendu coupable d'un autre crime : il avait condamné les actions de l'armée russe dans l’est de l’Ukraine. 

Sans doute atteint d’un cancer, "Dmitriev se voit refuser tout diagnostic et tout soin approprié depuis trois ans, déplore le collectif qui le soutient et qui appelle à la libération de tous les prisonniers politiques. Selon le verdict, il doit rester en détention pendant encore six ans. Cependant, tout retard dans la fourniture de soins médicaux appropriés pourrait rapidement s’avérer fatal."

Le collectif demande "aux responsables politiques des Etats-Unis, des pays européens et du Royaume-Uni, ainsi qu’aux représentants des organisations internationales, de mettre en œuvre tous les moyens diplomatiques et juridiques à leur disposition pour que Iouri Dmitriev soit libéré dès que possible. Son 70e anniversaire, célébré en détention, est une occasion importante de rappeler ses mérites et cette réalité : seule sa libération immédiate permettrait encore à Iouri de revoir ses proches".
Une pétition de soutien peut être signée sur le site de Mémorial France :
https://memorial-france.org/free-yuri-dmitriev/#add-sign

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/28/la-liberation-de-l-historien-iouri-dmitriev-est-particulierement-urgente-c-est-une-question-de-survie_6664421_3232.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

dimanche 1 février 2026

Vladimir le Panphobe

Les négociations pour un cessez-le-feu entre la Russie et l'Ukraine se poursuivent. Mais qui peut faire confiance au tueur pathologique qu'est Poutine ? Qui peut sérieusement penser une seule seconde qu'il veut la paix ? Il ne vit que dans la guerre, qu'avec la guerre. Sa panphobie le veut ainsi (du grec pan, tout et phobos peur, horreur), elle qui provoque chez lui et son clan mafieux "un état de haine dévorante, une détestation du monde".
"La panphobie, écrit dans un texte effrayant le philosophe russo-américain Mikhaïl Epstein (1), se manifeste par une propagande en faveur de la guerre et de la violence en tant que moyens d’expansion géopolitique. Le pays est encerclé par l’ennemi de tous les côtés, disait déjà en 2014 le Premier ministre (et ancien président) Dmitri Medvedev, après l’invasion de la Crimée. C’était un record inégalé : en quelques mois à peine, le plus grand pays de la planète parvenait à s’entourer d’ennemis. Voilà la projection à laquelle mène la haine totale à l’égard du monde. Dans sa charte, l’Union de la jeunesse eurasienne, dirigée par l’idéologue Alexandre Douguine, énonce son objectif : la domination de l’humanité entière. Nous sommes un parti totalitaire de type intellectuel, orienté vers la conquête eschatologique du pouvoir planétaire. Une conquête rusée et cruelle… Car nous sommes les maîtres de la terre, nous sommes les enfants et les petits-enfants des maîtres de la terre. Des peuples et des pays nous ont vénérés, notre main s’est étendue sur la moitié du monde, et nos semelles ont foulé les montagnes et les vallées de tous les continents du globe. Nous réinstaurerons tout cela."
Le régime russe prétend combattre la nazification de l'Ukraine, mais c'est lui-même qui prend des positions délirantes et tient des propos incendiaires et suprémacistes dignes d'un Hitler.
"La panphobie, écrit encore Mikhaïl Epstein, est plus dangereuse encore que le fascisme ou le communisme. Elle est aux formes idéologiques totalitaires du XXe siècle ce que les armes nucléaires sont aux armes conventionnelles, puisqu’elle répand une haine totale – et non une haine dirigée contre une certaine classe, nation ou race –, une haine du monde en tant que tel. Elle est une soif de suprématie absolue sur le monde, une volonté d’y dicter sa loi ou bien de l’anéantir complètement. Le communisme soviétique, avec sa lutte des classes et sa haine des ennemis du peuple, n’était qu’un prologue à cette panphobie, laquelle s’est mise à croître au XXIe siècle, nourrie au terreau du ressentiment et du revanchisme."

"Il manque, selon Epstein, dans la langue politico-philosophique contemporaine le concept d’ontocide (du grec ancien on, ontos : être + cide, meurtre) – la destruction totale de tout ce qui existe, la guerre contre l’être en tant que tel. Le génocide, le zoocide, l’écocide ne sont que des manifestations partielles de l’ontocide. La haine de l’existence en tant que telle est à la base d’un certain nombre de mouvements religieux et politiques, tels que l’orthodoxie des vieux-croyants, du moins en partie, le gnosticisme, l’eurasisme, le fascisme, le ruscisme… Le monde est fondamentalement mauvais ou a été envahi par Satan et doit donc être détruit. Dans son discours au Kremlin annonçant l’annexion de quatre régions ukrainiennes, Poutine a accusé l’Occident tout entier de satanisme : la répression de la liberté prend les traits d’une “religion inversée”, d’un satanisme flagrant. À sa suite, le Conseil de sécurité russe et toute la propagande ont proclamé que l’objectif principal de l’opération spéciale n’était plus seulement la dénazification et la démilitarisation, mais aussi la désatanisation de l’Ukraine. Et cela signifiait lutter non plus contre une idéologie ou une armée, mais contre l’existence même de ce pays. L’ontocide, c’est concrètement la tactique de la terre brûlée."
Mikhaïl Epstein cite Ivan Bounine qui, en 1910 dans Le Village, posait cette question :  Y a-t-il un peuple plus féroce que le nôtre ?

L'Union européenne n'est pas à la hauteur des promesses faites, les Ukrainiens sont abandonnés à leur sort. Zelensy a eu raison de se fâcher récemment. Trump ménage son camarade Poutine pour qui il a tant d'admiration et l'armée russe n'en finit pas de bombarder l'Ukraine, y compris des objectifs civils, tout en feignant vouloir la paix. Vladimir le Panphobe, réincarnation d'Ivan le Terrible, fait planer une menace sur l'ensemble de l'Europe et nous sommeillons.