jeudi 18 juin 2026

Ces canicules qui nous laissent froids

Combien de périodes de canicule faudra-t-il encore ? Combien d'incendies, d'inondations, de typhons, combien de drames, combien de morts chez nous, en Afrique, en Asie, partout dans le monde, avant que - enfin - nous décidions de changer radicalement notre mode de vie ?
Nous l'avons fait, contraints et forcés, pour sauver nos vies et celles des autres lors de l'épidémie de Covid-19. Mais nous sommes incapables de prendre moins la voiture ou l'avion, de rouler moins vite, de consommer moins, d'abandonner le pétrole et le gaz. Au contraire, le trafic aérien mondial n'a jamais été aussi important. Nos gouvernements nous rappellent que nous devons économiser l'eau, penser à nous hydrater et appellent les écoles à déplacer les horaires d'examens à des périodes moins torrides. Et les communes se disputent pour accueillir des data centers très gourmands en eau, en énergie et en terres agricoles. Les vraies mesures à prendre, on les connaît, mais elles restent dans les placards des ministères (1). Qui en voudrait ? 

Ici, dans le Centre de la France, les incendies dans les champs se multiplient en cette période de moissons. Et des céréaliers se désespèrent : leurs productions sont de plus en plus faibles du fait de la sècheresse. C'est toute la société qui vacille avec ces canicules exceptionnelles (comme les désignent à chaque fois les médias) et les plus fragiles sont ceux qui en paient le plus grand prix. En 2025, la part de mortalité attribuable aux fortes chaleurs était plus importante dans les départements où le taux de pauvreté était le plus élevé, relève Oxfam dans un rapport publié aujourd'hui.  "La France fait face à une urgence sanitaire, mais la plupart des gens regardent ailleurs", souligne, dans Le Monde (2), Robin Ehl, chargé de plaidoyer pour Oxfam France. Un paradoxe, alors que « les impacts du changement climatique concernent tout le monde". L'an dernier, la part de mortalité attribuable aux fortes chaleurs était 31 % plus élevée dans les 10 départements présentant le taux de pauvreté le plus élevé par rapport aux 10 départements ayant le taux de pauvreté le plus faible. "Le climat rend (...) la population de plus en plus malade, à un moment où le système de santé français est déjà mis à mal", constate Le Monde
Mais qu'on se rassure : à la prochaine canicule exceptionnelle, on change tout.

(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/18/l-impact-du-changement-climatique-sur-la-sante-est-plus-lourd-pour-les-populations-les-plus-pauvres-denonce-l-ong-oxfam_6704490_3244.html

mardi 16 juin 2026

Fiascoman

Donald le Sourd déteste les Européens. Plus encore depuis qu'ils avaient refusé de le suivre dans sa guerre insensée contre l'Iran. Il aurait voulu que l'OTAN l'accompagne dans cette folie (une de plus) dans laquelle il s'était lancé inconsidérément. S'ils les avaient écoutés, il n'en serait pas où il en est aujourd'hui : face à une défaite. A quoi a servi cette guerre ? A fermer le détroit d'Ormuz, à faire grimper partout dans le monde le coût du pétrole, à fragiliser l'économie mondiale, à causer des milliers de morts, essentiellement des civils, et à renforcer le régime totalitaire des mollahs (1). Don le Prétentieux, tout comme son ami Poutine en Ukraine, a totalement sous-estimé son adversaire : il allait n'en faire qu'une bouchée et il s'est cassé les dents.

Toute cette folie pour revenir onze ans en arrière, à un accord que Trump vomissait : "il faut d’abord constater, écrit Dorothée Schmid, chercheuse à l’Institut français des relations internationales (2), que l’accord annoncé le 14 juin explore les mêmes voies que l’accord intérimaire obtenu en 2015 par les efforts conjoints de Barack Obama et de ses homologues russe, chinois et européens (Allemagne, France, Royaume-Uni). Donald Trump a cassé ce qu’il qualifiait de « pire deal de l’histoire » en 2018, en plongeant les Européens dans l’inconnu ; les relations n’ont cessé par la suite de se tendre avec la Russie et la Chine, rendant très difficile tout retour en arrière."
Et il y a eu cette guerre menée contre l'Iran conjointement par les Etats-Unis et Israël dont voilà le résultat : nul. "Mais si chacun des trois régimes se croit vainqueur, les vrais vaincus sont pour le moment les Iraniens victimes à la fois de l’impitoyable répression du régime et des bombardements américains, le million de civils chassés de leurs terres au Liban sud, dont les villages sont réduits en cendre par l’armée israélienne, et les dizaines de milliers de morts causés par les opérations israéliennes à Gaza. C’est le premier enseignement important : alors que les sociétés du Moyen-Orient expriment clairement depuis des années leur fatigue de la guerre, les civils subissent en premier, durablement, et sans aucune contrepartie humanitaire décente, les retombées des conflits."

Comment dit-on fiasco en américain ? Le Père Ubu devrait faire profil bas au G7. Mais on peut parier qu'il va, comme d'habitude, jouer les fiers-à-bras. Il réussit tout ce qu'il entreprend. A l'exception de tout ce qu'il rate.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/15/guerre-en-iran-le-prix-de-l-aveuglement-de-donald-trump_6703186_3232.html
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/16/accord-etats-unis-iran-au-moyen-orient-les-parametres-bougent-de-facon-spectaculaire_6703533_3232.html
P.S. : A lire : 
https://www.courrierinternational.com/article/opinion-le-president-trump-a-perdu-la-guerre-en-iran-l-editorial-du-new-york-times_245261

dimanche 14 juin 2026

La fête à Neu-Neu

Enfin, c'est la fête ! Dans ce monde traumatisant qui marche sur la tête, on en avait bien besoin. Le football est à la fête. Donc le monde entier aussi.
La FIFA qui organise la coupe du monde de football nous offre un festival de délires avec Dingo Ier en King de la fête. Son président, Gianni Infantino, lui a remis, il y a plusieurs mois, un prix de la paix de la FIFA créé spécialement pour le si gentil président des Etats-Unis. C'est la fête. Le récipiendaire de  ce prix de la paix a encouragé l'Iran à ne pas participer à cette compétition : la vie et la sécurité des joueurs iraniens pourraient être menacées, a-t-il affirmé. 

Le prix des billets les moins chers dans les stades est de 200 $. Le plus cher, pour la finale, se monte à quasiment 11.000 $, sept fois plus qu'au Qatar. Les transports publics devaient être gratuits pour les détenteurs de billets. A New York, leur prix avait d'abord augmenté de 1.000 % avant d'être ramené à 660 % face aux réactions indignées. La fête n'a pas de prix et le FIFA le sait : un vrai fan est prêt à hypothéquer sa vie pour supporter son équipe. "Quand on est mordu, on ne regarde pas à la dépense. On ne réfléchit plus de manière rationnelle", reconnaît un supporteur argentin. Des pauses dites "de rafraîchissement" sont prévues au milieu de chaque mi-temps de tous les matchs, peu importe la météo, histoire de diffuser un peu plus de publicité encore. La FIFA devrait empocher 10 milliards de dollars de revenus. C'est la fête.

Vu le nombre d'équipes en compétition et dès lors le nombre de matchs, vu les énormes distances entre les stades (4.500 km entre Vancouver et Miami, par exemple), vu la climatisation installée dans les stades pour lutter contre une chaleur dangereuse pour la santé des joueurs et des supporteurs, cette coupe s'annonce comme la plus polluante jamais organisée : 9 millions de tonnes de CO2, le double de la moyenne des quatre précédentes éditions. L'équivalent de ce qu'émettent plus de 6 millions de voitures en une année en Grande-Bretagne. C'est la fête.

Les ressortissants de 39 pays étaient encore soumis, début juin, à des interdictions totales ou partielles de voyager aux Etats-Unis, imposées par l'équipe du Père Ubu américain. Pour 19 de ces pays la délivrance de tous les visas est suspendue. L'arbitre somalien Abdulkadir Artan, considéré comme le meilleur d'Afrique, a été refoulé à son arrivée aux Etats-Unis. Les supporteurs qui ont eu droit à un visa mais ne sont pas blancs - il y en a tant ! - craignent d'être arrêtés et tabassés par une ICE qui a pris l'habitude d'arrêter et de tabasser des gens au faciès. C'est la fête. Celle du capitalisme et du cynisme.

(D'après le dossier de Courrier international, "La Coupe du monde de tous les excès", 11.6.2026)

mercredi 10 juin 2026

La vie des saints

Il fut un grand intellectuel, un résistant durant la Seconde guerre mondiale, un militant communiste viré du PCF pour avoir été trop critique vis-à-vis de l'URSS et de l'antisémitisme et de la terreur qui  y régnaient. Edgar Morin est mort à près de 105 ans. Penseur, chercheur, sociologue, il s'intéressait à tout, à la politique, à l'éthique, à l'Europe, à l'adolescence, au phénomène yéyé, au sport, il fut l'un des premiers, dans les années '70,  à réfléchir à la nécessité de l'écologie. "La révélation foudroyante des bouleversements est que tout ce qui semblait séparé est relié, puisqu'une catastrophe sanitaire catastrophise en chaîne la totalité de tout de ce qui est humain", écrivait-il encore en 2020 en plein confinement (1).
On le présente comme le théoricien de la complexité, le penseur de la totalité. Un peu partout, on a applaudi "la cohérence de cette vision globalisante de l'humanité et de son avenir". Certains détracteurs cependant lui ont reproché "un fragile et acrobatique bricolage intellectuel" (1).
Cette complexité qui fut son socle, il l'a parfois piétinée. Par exemple, rappelle Caroline Fourest (2), quand il prenait le parti de son ami Tariq Ramadan, avec qui il a écrit deux livres, mettant en doute les accusations d'agression sexuelle qui concernaient le prédicateur : « A-t-il violé trois femmes ou ont-elles violé trois fois la vérité ?». Ou quand il servait de caution intellectuelle aux élucubrations de Didier Raoult. Dans ses mémoires, rappelle encore Caroline Fourest, Edgar Morin "revendique fièrement avoir été (durant son adolescence) un agresseur sexuel, qui adorait se frotter contre les femmes dans le métro".
On voit par là qu'il ne faut sanctifier personne.

(1) Pierre Lepape et Juliette Cerf, "Penseur sans frontières", Télérama, 10.6.2026.
(2) Caroline Fourest, "Sacré Edgar", Franc-Tireur, 3.6.2026.

mardi 2 juin 2026

Petit homme

On l'a vu à cheval torse nu, un poignard de chasse au côté, on l'a vu pêcher dans la même tenue, on l'a vu neutraliser un tigre, on l'a vu lutter contre les feux de forêt. Comment dit-on superman en russe ? Vladimir est un mec, un vrai, qui aime montrer ses muscles, au propre comme au figuré, exhiber sa mécanique et ses exploits physiques. C'était hier.
Aujourd'hui, Poutine est un petit monsieur angoissé qui n'ose plus ou si peu mettre le nez dehors. Le bravache raserait presque les murs. Celui qui aime jouer les chefs de guerre intrépides vit dans des bunkers, sans téléphone portable de peur de se faire repérer. Ses conseillers n'ont pas le droit d'en utiliser. Selon un récent document du Kremlin transmis à la presse par un service de renseignement européen (1), les membres de son personnel sont sous surveillance permanente même à leur domicile et n'ont pas le droit d'utiliser les transports en commun. "Les membres de sa famille et lui, révèle Foreign Policy (1), ne vivent plus dans leurs résidences habituelles. Au lieu de cela, ils restent cantonnés dans des lieux secrets, sous protection renforcée. Le document affirme que Poutine ne travaille plus désormais que dans des bunkers éparpillés dans le sud de la Russie."

Il y a quelques jours, Poutine a quand même bravé le danger : il était en visite à Astana, capitale du Kazakhstan. Mais, rapporte Le Monde (2), "un véhicule doté d’une tourelle de mitrailleuse ainsi que d’un système mobile de brouillage antidrone figurait dans l’impressionnant cortège présidentiel : 20 voitures, 14 motards, un hélicoptère de surveillance sillonnant la ville, préalablement vidée de ses passants". C'est qu'il craint les drones ukrainiens, lui qui dirige une des plus puissantes armées du monde. Cet héritier de Staline a envoyé sans état d'âme à la mort des dizaines de milliers de ses compatriotes, le voilà plus paranoïaque  que jamais, vivant en permanence dans la peur de se faire tuer. La mort des autres l'indiffère, voire le réjouit, et il tremble pour sa vie.
On voit par là que les grands hommes sont parfois très petits.

(1) Christian Caryl, "Guerre en Ukraine - A quoi joue Vladimir Poutine ?", Foreign Policy, 7.5.2026, in Courrier international, 21.5.2026.
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/02/vladimir-poutine-essuie-une-serie-de-revers-qui-alimentent-le-mecontentement-en-russie-et-interrogent-sa-strategie_6696294_3210.html

samedi 30 mai 2026

Pas très catholiques

Pourquoi des gens croient-ils en un dieu ?  Que représente pour eux cette foi ? Que gardent-ils du message de l'Evangile, du Coran, de la Torah ? Pourquoi leur croyance les referme-t-elle ?

On se pose ces questions en pensant notamment à ces milliardaires d'extrême droite que sont Vincent Bolloré et Pierre-Edouard Stérin. Tous deux se présentent comme catholiques. Tous deux dépensent une part importante de leur immense fortune à soutenir des médias, des candidats politiques et des organisations qui prônent le rejet de l'autre, le nationalisme et le repli sur soi et considèrent tout étranger comme dangereux. Vincent Bolloré se rend régulièrement en pèlerinage à Lourdes, nous dit-on (1). On suppose qu'il va à la messe. Mais visiblement le message de l'Evangile,  "Aimez-vous les uns les autres", lui a échappé. Lui, il aime les uns mais pas les autres. L'hebdomadaire allemand Die Zeit rappelle (1) que Bolloré, "né avec une cuillère en argent dans la bouche", a hérité des papeteries familiales avant d'investir dans des chemins de fer, des plantations de palmiers et des ports en Afrique. "Ses partenaires en Afrique jugent ses méthodes en affaires agressives et pas très catholiques".

Hagai Levi, réalisateur de la série Etty, constate (2) que "90% des Juifs religieux sont pour Netanyahou. Les ultra-orthodoxes n'ont pas levé le petit doigt pour nous aider avec les otages, parce qu'ils n'étaient pas des leurs. Quant aux sionistes religieux, ils étaient délibérément prêts à les sacrifier." 

Côté musulman, ils sont nombreux à assassiner qui ne pense pas comme eux, à asservir les femmes, à pendre des homosexuels, à couper les mains de voleurs au nom d'Allah dont on peine à comprendre en quoi il serait grand ainsi célébré.

Résumons-nous : il est grand le mystère de la foi.

(1) Matthias Krupa, "Les grenouilles de bénitier à l'assaut de l'Hexagone", Die Zeit, 4.5.2026, in Courrier international, 28.5.2026.
(2) Télérama, 6.5.2026.

jeudi 28 mai 2026

Vantards et méprisants

Poutine et Trump sont à la fois très différents et très semblables. Le froid serpent russe et l'imprévisible bouffon américain ont bien des points communs. Dont celui de prendre leurs compatriotes pour des cons. Tous deux n'entendent que ce qu'ils exigent qu'on leur dise. Ils veulent entendre et faire entendre que les guerres qu'ils ont entreprises sont des victoires malgré leurs échecs.

Le média russe Dos’e a révélé un plan élaboré en février par l’Administration présidentielle russe (1) : une série d’arguments pour donner à la population russe une image positive de la « victoire » au cas où  un accord de paix serait conclu avec l’Ukraine.
"La paix obtenue par Poutine est une immense victoire", peut-on lire dans ce document. "Poutine a fait plier l’Occident. Nous avons fait échouer les plans occidentaux destinés à étendre et prolonger le conflit. Une victoire sur qui  ? Sur l’impérialisme international et le globalisme. Ce n’est pas le nationalisme ukrainien que nous avons vaincu, mais un adversaire autrement important, rusé et puissant  : le front occidental. Une victoire pour quoi  ? Pour la défense de nos compatriotes  : le peuple russe du Donbass. C’est un résultat remarquable : la Russie a défendu les Russes ; elle a démontré qu’elle n’abandonnait pas les siens. Elle a forgé un bouclier pour mettre à l’abri les russophones de toute l’Ukraine. La Russie est vainqueure ; sa victoire lui rapporte." Cette prétendue victoire lui rapporterait des territoires, des populations et des ressources naturelles, charbon, terres rares, terres agricoles, ainsi qu'un accès terrestre à la Crimée. "La Russie a ainsi conquis le littoral de la mer d’Azov dans sa totalité, ce qui représente de nouvelles stations balnéaires et espaces de loisir pour des millions de Russes." Une guerre pour de nouvelles stations balnéaires, voilà qui valait bien des centaines de milliers de morts et de blessés ! Et tout ceci grâce à l’armée russe, "la plus opérationnelle du monde".
En réalité, analyse Guillaume Lancereau dans Le Grand continent (1), ce document "confirme d’abord que les responsables du Kremlin sont conscients de la position russe actuelle. Les exigences territoriales sont revues à la baisse  : elles ne concernent plus que les régions de Donetsk et Louhansk ainsi que les territoires de Kherson et Zaporijjia jusqu’à la ligne de front ; les troupes russes se retireraient même des régions de Soumy et de Kharkiv. Les auteurs de cette présentation expliquent qu’« il faut savoir s’arrêter à temps », autrement dit, avant que les fissures qu’ils constatent dans les sphères économique et sociale du pays ne conduisent à son effondrement. La poursuite d’une guerre d’usure coûterait en effet énormément à la Russie pour un gain assez maigre. La présentation évoque même une « victoire à la Pyrrhus » en cas d’entêtement militaire."

Pendant ce temps, Trump fait ce qu'il fait le mieux : se vanter. Dans un document qui décrit la stratégie de contre-terrorisme de son administration, le Père Ubu américain, écrit Jean-Yves Camus (2), "s'attribue la gloire d'avoir terminé la guerre à Gaza, où il aurait ramené la prospérité et la sécurité en commençant à démanteler le Hamas". Trump assure aussi "avoir porté des coups à l'Iran qui vont l'empêcher d'obtenir l'arme nucléaire". En avant-propos de ce document, le Donald "se présente en sauveur qui, en un an, a transformé l'Amérique faible, en faillite, défaite et humiliée en nation forte aux frontières sûres, respectée partout dans le monde".  
La vantardise de ces (ir)responsables politiques est sans limite. Leur mépris pour leurs compatriotes l'est tout autant.

(2) Jean-Yves Camus, "Contre-terrorisme - La nouvelle bouillie stratégique américaine", Charlie Hebdo, 20.5.2026.

mercredi 20 mai 2026

Un rêveur israélien avec un passeport palestinien

Un homme de paix vient de disparaître. Il faisait partie de ces trop rares personnes capables d'être dans deux camps opposés. Non par indécision ou par lâcheté, mais par conviction.
Ofer Bronchtein vient de mourir. Il était, écrit Le Monde (1), "selon ses propres mots, un éternel « amoureux ». Un amoureux du peuple d’Israël, sa terre natale, mais aussi un amoureux du peuple palestinien dont il disait partager la souffrance". Militant de la paix au Proche-Orient, il défendait inlassablement la solution à deux Etats et était également critique vis-à-vis du gouvernement Netanyahou et du Hamas. Malgré les massacres du 7-octobre, malgré la guerre de destruction que mène Israël à Gaza, et malgré sa maladie, il a poursuivi son combat. Toujours dans Le Monde, Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), affirme que  Ofer Bronchtein "n’a jamais fait son deuil d’Oslo. Ofer incarnera pour toujours cette période des années 1990 où la paix semblait à portée de main". Emmanuel Macron, dont il fut un conseiller officieux, l'avait chargé d'une mission : "aller à la rencontre des acteurs et personnalités des sociétés civiles israéliennes et palestiniennes (…) afin de les interroger sur les conditions de la relance des processus de paix". C'est lui qui poussera le président français à reconnaître l'Etat palestinien en septembre 2025.

Il accusait le gouvernement Netanyahou, qui lui "faisait honte", de diviser le peuple juif. Et il fustigeait aussi le Hamas. On pouvait entendre sa voix sur France Inter ce matin (2) : "Le jour où il y aura la paix entre Israéliens et Palestiniens, c'est le jour où il y aura des leaders assez courageux, assez forts pour demander pardon. Il y a des injustices terribles qui ont été et qui sont faites par les Israéliens vis-à-vis des Palestiniens et il y a des choses que les Palestiniens ont faites qui sont absolument difficiles à pardonner. Mais il va falloir se pardonner. Le Hamas est l'ennemi du peuple palestinien. Le Hamas savait très bien qu'après l'attentat du 7-octobre la riposte israélienne serait terrible. Il le savait. Il y a des milliers d'enfants qui sont orphelins. Pas orphelins d'une mère et d'un père. Orphelins de tout, qui se baladent dans les rues détruites de Gaza. Ces orphelins-là, il vont vouloir de la vengeance, il faut leur donner l'espoir. Ça va prendre du temps. La plupart des Palestiniens et la plupart des Israéliens malgré le deuil, malgré la souffrance veulent la paix."

Menacé en France où il vivait depuis la fin des années '90, il avait refusé toute protection, ne voulant pas laisser croire aux antisémites qu'ils ont gagné.
Dans Le Monde encore, la rabbine Delphine Horvilleur parle de lui comme quelqu'un de "très aimant et très aimé" : "Ofer a pu être considéré comme un traître par des gens de son propre camp en Israël. Mais il cultivait cet art juif du désaccord, la “mahloket’’, une bénédiction dans notre monde où l’on a tant de mal à parler avec des gens qui ne sont pas d’accord avec vous".
Le quotidien israélien Haaretz décrivait Ofer Bronchtein comme "un rêveur israélien avec un passeport palestinien". 

(1) https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2026/05/18/la-mort-d-ofer-bronchtein-le-reveur-israelien-qui-avait-un-passeport-palestinien-infatigable-militant-de-la-paix-au-proche-orient_6691016_3382.html
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-journal-de-8h/le-journal-de-08h00-du-mardi-19-mai-2026-8730839

lundi 18 mai 2026

Artifices

L'intelligence artificielle est parfois assez bête. Notamment parce qu'elle est très gaspilleuse. En tout. En énergie, en eau et en espaces nécessaires à ses centres de données et à son fonctionnement (1). Elle fait tout le contraire de ce qu'il faudrait faire pour protéger l'avenir de plus en plus incertain de cette planète. 
A se rendre indispensable, elle risque de (dé)former des générations de crétins qui ne sauront ni que penser ni que faire le jour où, à cause d'un grand bug, d'une guerre, d'une catastrophe naturelle, cette intelligence venue d'ailleurs que de nous viendrait à cesser de fonctionner. Et nous avec elle.
Lors des récentes élections municipales en France, 35% des 18-24 ans ont consulté un outil d'intelligence artificielle pour arrêter leur choix de vote. "La question clé ne sera pas le recours à l'IA, mais qui la conçoit, comment est hiérarchisée l'information et avec quels garde-fous", estime Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique & Opinion de Toluna France qui a mené l'enquête qui a révélé ce chiffre (et d'autres) (2). Au-delà de la démocratie élective, d'autres questions se posent : l'intelligence artificielle nous dépossède-t-elle de nous-mêmes ? Sommes-nous, serons-nous soumis à des machines ? L'IA va-t-elle nous rendre moins humains ?

Artifice : procédé ingénieux, habile pour tromper ; ruse (Larousse)

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/ce-qui-nous-mobilise-c-est-que-la-question-ne-nous-est-pas-posee-un-collectif-se-leve-contre-le-projet-de-data-center-google-dans-l-indre-1778685333
(2) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/elections-municipales-un-francais-sur-six-a-consulte-l-ia-pour-voter-20260518
A lire sur Routes et dérouteshttps://geoculture.blog/2025/08/30/croquer-la-pomme-de-lia-i/

vendredi 15 mai 2026

Blaireau toi-même !

Pourquoi un tel acharnement contre les blaireaux ? On se le demande.
Le tribunal administratif de Limoges a annulé l’autorisation de période complémentaire de chasse au blaireau par déterrage, une pratique particulièrement - et inutilement - cruelle. Cette décision avait été confirmée le 24 février dernier par un arrêt de la cour administrative d’appel de Bordeaux. Et voilà que le Ministère de la Transition écologique fait appel de cet arrêt (1). On se pince pour y croire. On regarde le calendrier : le 1er avril est loin déjà derrière nous. On se demande à quelle transition nous prépare ce ministère. A un retour à des temps préhistoriques ? Quelle idée se fait-il de l'écologie, de la biodiversité ? 
Selon Jacques Lucbert d'Indre Nature, "la France est isolée en Europe sur ce sujet. Dans beaucoup d’autres pays comme l’Espagne ou la Slovaquie, les blaireaux sont protégés". La chasse au blaireau devrait être totalement proscrite, tout comme celle de tous ces animaux classés jusqu'il y a peu comme nuisibles (terme désormais remplacé par un euphémisme). S'il fallait détruire tous les nuisibles, il ne resterait plus aucun être humain. Qui l'est plus que lui ? Qui sont les blaireaux (2) ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/chasse-au-blaireau-dans-l-indre-le-ministere-de-la-transition-ecologique-porte-l-affaire-devant-le-conseil-d-etat-1778762019
(2) Blaireau : Individu antipathique, conformiste et borné (fam.), selon Larousse.