lundi 11 mai 2026

Le bolchevisme du RN

L'extrême droite n'aime pas la culture et hait les artistes. Sauf celles et ceux qu'elle peut contrôler.
A peine au pouvoir dans une série de communes, le Rassemblement national (qui porte bien mal son nom) divise : il distingue la culture élitiste et la culture populaire et veut favoriser cette dernière. 
Elitistes : le jazz, le cinéma politique, le street art, les animations socioculturelles. Populaires : les combats de MMA et de catch. Avec le RN, on n'est jamais déçu : on est d'emblée dans les clichés les plus gros. Les édiles lepénistes, écrit Le Monde (1), "critiquent (...) la programmation jugée « élitiste » de certaines manifestations, d’ores et déjà menacées, annulées ou dont les subventions seront réduites : Jazz à Vauvert (Gard), Festival international du film politique à Carcassonne, centre socioculturel à La Flèche (Sarthe), festival de street art à La Seyne-sur-Mer… Le nouveau maire de la ville varoise, Dorian Munoz, préfère « les combats de MMA ou de catch » et aimerait attirer des sports extrêmes sponsorisés par la marque Red Bull". La culture du combat, tout un programme...
L'extrême droite rêve de privatiser le service public de l'audiovisuel. Un de ses jeunes servants aux dents longues, Charles Alloncle, est parti en guerre contre Radio France et France Télévision. Rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, il propose notamment (2) de supprimer la chaîne jeunesse France 4, de fusionner France 5 avec France 2 et Franceinfo avec France 24, de réduire d’un tiers le budget des sports du groupe France Télévision et de réduire de trois quarts le budget de ses jeux et divertissements. Avec l'extrême droite, fini de rire et de s'amuser. En avant, marche ! Toutes les missions abandonnées par le service public seraient évidemment reprises par les chaînes privées qui pourront aller plus loin encore dans leur grande entreprise de crétinisation. 
Dans le même temps, Vincent Bolloré a mis à sa botte autoritaire des médias, des maisons de la presse et des maisons d'édition pour imposer sa vision d'un monde fermé dirigé par les puissants. Les auteurs des éditions Grasset ont quitté en masse leur maison pour protester contre le limogeage d'Olivier Nora, PDG respecté de Grasset (3). Bolloré se retrouve avec une coquille vide désormais dirigée par un de ses proches sans aucune compétence dans le domaine de l'édition. Mais on peut l'imaginer ricaner en s'imaginant que nombre de ces auteurs qui l'ont quitté ne retrouveront pas de si tôt un éditeur quand lui édite désormais toutes les voix d'extrême droite, même sans idée ni talent. 

Poutine est dans la même logique destructrice de la culture, beaucoup plus brutale évidemment. Son armée s'attaque aux bibliothèques, aux musées, aux théâtres ukrainiens. "La destruction de la culture est une composante du génocide, écrivent Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko dans "La vie à la lisière" (4). Pour détruire une communauté, il faut détruire sa mémoire, ses mécanismes de transmission des pensées et des sentiments. Reprogrammer ceux qui vivent dans ces territoires. S'introduire dans leurs esprits et dans leurs cœurs, pour y laisser uniquement ce qui les rendra utiles." (...) "Le monde russe n'est pas l'avènement de la grande culture russe, mais la destruction de toute culture, la réduction au plus petit dénominateur commun. Telle était la conception du bolchevisme : l'intellect n'est plus nécessaire. L'éducation, un luxe bourgeois. Celle-ci ne doit être qu'élémentaire, afin que les masses travaillent, comprennent les ordres, sans poser de questions." 
Le RN et ses petits soldats sont très bolcheviques. Bolloré aussi.

"La culture est la colonne vertébrale de l'existence et de la vie", écrivent encore Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko. "La culture suppose le soin. La victoire des forces créatrices sur les forces destructrices."

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/10/au-rassemblement-national-les-nouveaux-maires-ciblent-l-europe-la-culture-et-les-syndicats-ils-y-vont-plus-franchement_6687664_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2026/04/24/charles-alloncle-preconise-des-mesures-d-austerite-pour-l-audiovisuel-public-dans-son-rapport-fusion-de-chaines-moins-de-jeux-et-de-divertissement_6683120_3236.html?search-type=classic&ise_click_rank=4
https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/27/le-rapport-alloncle-sur-l-audiovisuel-public-soumis-au-vote-crucial-de-deputes_6683622_823449.html
(3) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-apres-le-limogeage-d-olivier-nora-la-prestigieuse-maison-d-edition-confrontee-a-l-hemorragie-de-ses-auteurs_6680457_3234.html
(4) Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko, "La vie à la lisière - Etre Ukrainien aujourd'hui", Gallimard (Témoins), 2026.

lundi 4 mai 2026

Dégouts

On a tant de raisons d'être dégouté.
On l'est quand on voit l'état de santé de Narges Mohammadi, Prix Nobel de la Paix 2023 : elle a été transférée en urgence dans un hôpital du nord-ouest de l’Iran après une "détérioration catastrophique" de son état de santé, a annoncé sa fondation (1). Emprisonnée, une nouvelle fois, depuis décembre dernier pour avoir eu l'audace de défendre le respect des droits humains, elle aurait été victime d'une crise cardiaque fin mars et, depuis, aurait perdu connaissance par deux fois au moins. Voilà des semaines que sa famille réclame son transfert dans un hôpital approprié. On est plus dégouté encore quand on entend le silence assourdissant des défenseurs des droits humains dans nos pays par rapport à elle et à tous les détenus politiques de cette dictature théocratique qu'est l'Iran. Il est vrai que, comme le soulignait il y a quelques semaines l'hebdomadaire Marianne (2), certains considèrent comme islamophobes les critiques de ce régime. Ainsi, sur un réseau (anti)social s'est-il trouvé des gens en France pour considérer comme tel le film Persepolis de Marjane Satrapi, adaptation de sa bande dessinée éponyme qui raconte ce qu'elle a vécu en Iran, notamment ses démêlés avec les Gardiennes de la Révolution, cette police politique, qui font la chasse aux femmes et même aux jeunes filles qui portent mal le voile, qui les fouettent, les emprisonnent. Le respect de la religion, même dans ses excès les plus abjects, surpassent aujourd'hui, pour certains, celui des droits humains.

On est dégouté aussi d'apprendre (3) que le ministre de la sécurité intérieure du gouvernement Netanyahou a fêté publiquement ses cinquante ans avec un gâteau d'anniversaire sur lequel trônait un nœud coulant pour célébrer la loi sur la peine de mort que le suprémaciste Itamar Ben-Gvir a lui-même initiée. "Parfois les rêves deviennent réalité" était-il écrit sur ce même gâteau. Certains ont des rêves qui tiennent du cauchemar, mais ils s'en rengorgent.

On est tout autant écœuré de voir le serpent Poutine embrasser une petite danseuse de dix ans pour tenter de redresser une popularité en berne (4) tandis qu'il envoie à la mort sans aucun état d'âme des dizaines de milliers de ses jeunes compatriotes et qu'il fait bombarder des écoles ukrainiennes. 

Je cherche un homme, disait Diogène.

- L'enseignante : Depuis que la république islamique a été instaurée, nous n'avons plus de prisonniers politiques.
- Marjane Satrapi : Madame ! Mon oncle a été emprisonné sous le régime du chah, par contre, c'est le régime islamique qui a ordonné son exécution ! Vous prétendez qu'on n'a plus de prisonniers politiques. Or de trois mille détenus sous le chah on est en fait passé à trois cent mille avec votre régime. Comment osez-vous nous mentir comme ça ?
- Les autres élèves : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !
Marjane Satrapi, Persepolis, éd. L'Association, 2007.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/02/narges-mohammadi-prix-nobel-de-la-paix-iranienne-hospitalisee-apres-une-deterioration-catastrophique-de-sa-sante-en-prison_6684856_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
(2) https://www.marianne.net/culture/television/le-film-persepolis-juge-islamophobe-le-x-gauchiste-idiot-utile-des-mollahs
(Re)lire sur ce blog https://moeursethumeurs.blogspot.com/2011/11/renvoi-de-censeurs.html
(3) France Inter, Journal de 13h, 4.5.2026.
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/03/la-baisse-de-la-popularite-de-vladimir-poutine-en-russie-inquiete-le-kremlin-a-cinq-mois-des-elections-legislatives_6684998_3210.html

samedi 2 mai 2026

Auto-suffisants

Tout automobiliste devrait être aussi cycliste. L'obtention du permis voiture devrait être conditionnée à la pratique préalable du vélo. Sans doute, sûrement, y aurait-il moins d'attitudes agressives des automobilistes vis-à-vis des cyclistes. Tout cycliste régulier a, un jour ou l'autre, été confronté à des comportements malveillants ou des insultes de conducteurs de voitures qui ne supportent pas de devoir ralentir ou patienter à cause d'un vélo. Parfois, la confrontation vire au drame. Ce fut encore le cas hier du côté de Châteauroux où un jeune conducteur a tué un cycliste qui lui reprochait d'avoir grillé un stop. Le cycliste a été traîné sur plusieurs dizaines de mètres par la voiture. Il est mort des suites de ses blessures (1).
A Paris en octobre 2024, un automobiliste avait « percuté volontairement avec son véhicule » Paul Varry, un cycliste de 27 ans, « en lui roulant sur le corps et en l’écrasant à l’aide de son véhicule ». Il devrait être jugé pour meurtre aux assises (2).
Plus encore que les hommes, les femmes cyclistes sont victimes, en sus, de propos sexistes, grossiers, méprisants (3).
Qui sont-ils donc ces hommes que leur voiture rend aussi stupides qu'agressifs ? Il se voient puissants, ne sont que des êtres vulgaires. De vulgaires possesseurs d'une voiture. L'obtention du permis de conduire une voiture devrait aussi être conditionnée à des cours de respect et de sociabilité.

(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/28/mort-du-cycliste-paul-varry-a-paris-en-2024-proces-requis-pour-meurtre-contre-l-automobiliste_6683973_3224.html?search-type=classic&ise_click_rank=2
(3) https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/05/02/il-m-a-empoignee-par-le-cou-ces-violences-faites-aux-femmes-cyclistes_6684838_4497916.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

lundi 27 avril 2026

Banalité de la violence

La tentative d'agression par arme à feu de membres de l'administration Trump et sans doute du président lui-même à Washington samedi est-elle réellement un évènement ? Les attaques armées sont quotidiennes aux Etats-Unis où n'importe qui peut acheter n'importe quoi. L'agresseur s'était procuré tout-à-fait légalement un fusil à pompe, un pistolet et des couteaux et les avait tranquillement emportés dans une chambre de l'hôtel qui accueillait le lendemain le dîner des correspondants de la Maison blanche.

En 2024, un rapport (1) présenté par le Surgeon General des États-Unis constatait que la majorité des Américains ou des membres de leur famille ont été confrontés à des incidents de violence armée. Selon Vivek Murthy, la violence par arme à feu constitue "une crise de santé publique aux États-Unis".
En 2020, la violence armée était la principale cause de décès chez les enfants et les adolescents âgés de 1 à 19 ans. Pour 1 million de personnes de cette tranche d'âge, il y a 36,4 décès par an par arme à feu aux États-Unis, 0,5 au Royaume-Uni et 0,3 au Japon. Le taux de mortalité par arme à feu est 11,4 fois plus élevé aux États-Unis que dans 28 autres pays à revenu élevé. Bien que les États-Unis ne représentent que 31 % de la population totale des 29 pays étudiés, ils comptent pour 83,7 % de tous les décès liés aux armes à feu dans ces pays. La violence armée aux Etats-Unis, constate encore le rapport, a touché indirectement ou directement plus de la moitié de la population. La crise affecte alors non seulement les victimes, mais aussi la communauté environnante. L'une des principales conséquences est une dégradation de la santé mentale.

Si l'on ajoute à cela un président et son équipe dont la santé mentale semble également dégradée et qui multiplient les insultes et les déclarations agressives, refusent de règlementer les ventes d'armes et poussent sans cesse leur police à plus de violence, on ne peut que considérer que ce qui s'est passé à Washington samedi n'est aucun cas un évènement. Juste un fait quotidien. Banal.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/27/a-washington-l-homme-ayant-planifie-une-fusillade-au-gala-de-la-presse-visait-les-membres-de-l-administration-trump-selon-les-autorites_6683603_3210.html

mardi 21 avril 2026

De bonnes affaires

Faut-il croire que tout le monde s'en fait déjà une raison ? On nous l'annonce de plus en plus comme une certitude : le Rassemblement national arrivera au pouvoir en France en 2027. Comme s'il s'agissait là d'une évolution inéluctable. Comme si rien ne pouvait l'empêcher. Comme si sa fascination pour Trump et Poutine, deux des pires personnages de l'Histoire contemporaine, n'était pas rédhibitoire. Comme si son amitié avec Orban ne devait pas nous amener à le rejeter. Comme si ses casseroles judiciaires ne comptaient pas. Comme si l'odeur de renfermé et de moisi qu'il dégage ne nous faisait pas tourner de l'œil.
Certains s'adaptent déjà. Ou en tout cas préparent le terrain.
"Le 7 avril, au restaurant Drouant, raconte Jean-Mathieu Pernin dans Franc-Tireur (1), elle (Marine Le Pen) était l’invitée du club Entreprise et Cité, une réunion sélecte du CAC 40. Le temps d’une soirée, elle a pu fréquenter la crème de l’économie française, un milieu dont les portes lui sont longtemps restées fermées. Parmi les patrons présents, Patrick Pouyanné, dirigeant de TotalEnergies, Cyrille Bolloré, troisième fils du milliardaire, ou encore Bernard Arnault, P-DG de LVMH, qui, jusqu’ici, avait toujours fait connaître son refus de recevoir des membres du RN. Tous ont écouté avec attention le discours de Marine Le Pen, sans caméras, ni micros présents. (...) Du papier glacé racheté par ses alliés, aux multinationales, en passant par l’aristocratie, le RN n’est plus seulement le chouchou des classes populaires, il se banalise chez les élites."
Hier, les dirigeants du Medef recevait à déjeuner le président du RN, Jordan Bardella, le petit gars qui vient du peuple et roucoule avec une aristo. 
"Cela ne veut pas dire, estime Françoise Fressoz dans Le Monde (2), que tout le patronat a cédé aux sirènes du RN, qui apparaît aujourd’hui comme le grand favori pour l’élection présidentielle de 2027. Cela veut clairement dire, en revanche, qu’une digue a sauté, comme le notait, dimanche 19 avril, Marylise Léon, sur France Inter : au nom de la seule défense de ses intérêts économiques, une partie du monde patronal n’hésite pas à frayer avec un parti qui fait de la préférence nationale le pilier de sa politique et qui nourrit à l’égard des syndicats une méfiance ayant de quoi les alerter. "

Ces rencontres entre grand capital et parti du peuple n'ont rien d'étonnant. Après tout, l'argent n'a pas d'odeur et le RN, parti affairiste, aime l'argent. Quel intérêt le RN a-t-il pour le peuple naïf et grugé ? Aucun, sinon capter ses voix. Quel intérêt le grand patronat porte-t-il au RN ? Il sait que ce n'est pas ce parti qui l'empêchera de faire plus d'argent encore. On ne peut dire que les uns et les autres sont sans foi ni loi. Ils ont foi en l'argent et leur loi est celle du plus fort.

Dans "Ici sont les dragons - 2e époque" du Théâtre du Soleil, on les voit, ces hommes d'affaires serviles qui discutent de la montée du nazisme en se frottant les mains : ce Hitler, ils vont le soutenir, convaincus qu'il ne sera entre leurs mains qu'une marionnette qui leur permettra de faire de meilleures affaires encore. 

(1) https://www.franc-tireur.fr/rassemblement-national-princesse-et-patrons
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html




vendredi 17 avril 2026

Qui va à la chasse perd sa classe

On a parfois une image erronée des gens. Ainsi, par exemple, on pensait que le maire de Châteauroux, Gil Avérous, 51 ans, était un homme de son temps. Et voilà qu'on le découvre en homme des cavernes, en défenseur acharné et militant de la chasse.
Il est courroucé. Une entreprise de matériel de bureau, dont un siège se situe à côté de sa ville, a retiré son soutien au salon de la chasse qui vient de se tenir à Châteauroux. "Un non-évènement", pour le président de la Fédération départementale des chasseurs de l’Indre. Mais le maire de Châteauroux, lui, voit rouge : "la décision de l’entreprise Lyreco France de se retirer de cet événement sous la pression de groupes militants constitue un signal grave, tonne le maire. Elle illustre une stratégie désormais bien connue : exercer des pressions ciblées sur des entreprises pour imposer une vision idéologique, en s’attaquant à des activités parfaitement légales, encadrées et profondément enracinées dans nos territoires. » (1) Le signal est à ce point grave qu'il vient d'annoncer que la Ville de Châteauroux, Châteauroux Métropole et le CCAS cesseront, à compter du 1er janvier 2027, toute relation commerciale avec Lyreco. "C’est un choix politique assumé. Un choix de cohérence. Un choix de respect envers nos territoires et ceux qui les font vivre". Visiblement, l'entreprise Lyreco ne fait pas vivre son territoire.
Pour lui, "la chasse fait partie intégrante de la ruralité française, participe à l’équilibre des écosystèmes, à la gestion des espaces naturels et à la vitalité économique et sociale de nos territoires".
Avérous est mal informé. Il devrait écouter Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs : "T'as rien compris à la chasse ! J'vais t'expliquer ce que t'as pas compris. Toi, tu penses qu'on est là pour réguler ? Mais t'as pas compris ?  T'as pas compris que nous c'est une passion ? T'as pas compris qu'on prend du plaisir dans l'acte d'chasse. T'as compris ça ? Tu crois qu'on va dev'nir, nous, les p'tites mains de la régulation ? Moi, mon métier, c'est pas chasser. J'en ai rien à fout' de réguler ! Je vais à la chasse parce que c'est une transition extraordinaire dans ma passion et j'y prends du plaisir." C'est ce que Schraen, avec la délicatesse qui le caractérise, disait à une opposante sur RMC en novembre 2021 (2). 
Avérous sait-il qu'en défendant de manière aussi inconditionnelle la chasse il se heurte à l'opinion d'une majorité de ses compatriotes ? "La part des Français qui se déclarent opposés à la chasse atteint son plus haut niveau (53 %, dont 25 % qui se disent tout à fait opposés à la chasse). Cette proportion est en hausse de cinq points par rapport à 2022. (...) Pour la première fois, cette opposition à la chasse devient majoritaire chez les personnes vivant dans une commune rurale (51 %, +3 points)." (...) "Sept Français sur dix l’associent à une pratique cruelle (+5 points en un an)."
Qu'est-ce qui explique une réaction aussi virulente du maire de Châteauroux ? La Nouvelle République émet une hypothèse : "à en croire que l’édile castelroussin a une idée derrière la tête : une candidature pour les prochaines sénatoriales (...) ?" Le sénat français serait-il le vrai salon de la chasse ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/face-a-ce-qu-il-nomme-un-signal-grave-le-maire-de-chateauroux-boycotte-une-entreprise-pour-son-retrait-du-salon-de-la-chasse-1776349654
(2) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2021/11/un-chasseur-sachant.html
(3) Sondage One Voice, octobre 2023
https://www.ipsos.com/fr-fr/pour-89-des-francais-la-chasse-est-percue-comme-posant-des-problemes-de-securite-pour-les


mercredi 15 avril 2026

La Maison flanche

On l'a déjà écrit ici : Trump est un génie. Pour débloquer le détroit d'Ormuz, il organise son blocus. Qui d'autre que lui pouvait y avoir une idée aussi lumineuse ?
Le 5 avril, il éructait sur son réseau dit social à l'adresse du gouvernement iranien : "Ouvrez le putain de détroit, bande de bâtards cinglés, ou vous allez vivre en enfer". Deux jours plus tard, il n'était pas calmé : "Une civilisation entière mourra ce soir pour ne plus jamais renaître". (1)
Entretemps, le 6 avril, sur X (2), il annonçait ses projets au Venezuela : "Aucun problème à apprendre l'espagnol rapidement. Cela ne me prendra pas beaucoup de temps. J'ai des facilités pour les langues et j'irai au Venezuela. Je me présenterai à la présidence". 
Plus récemment, le Père Ubu a publié une image artificielle de lui en Christ apposant ses mains sur un malade, entouré de personnes l'admirant et survolé d'avions de chasse et de parachutistes. Face au tollé venant de sa base, il s'est défendu, tout en supprimant l'image :  "Ce n’était pas une représentation (de moi en Christ), mais je pensais qu’il s’agissait de moi en tant que médecin. Et cela avait trait à la Croix-Rouge – en tant que bénévole de la Croix-Rouge, une organisation que nous soutenons ; il n’y a que les fake news pour inventer une histoire pareille." (3) Les fake news, c'est lui qui les produit (comme chaque jour), en laissant entendre qu'il serait médecin, bénévole de la Croix-Rouge ou que ce va-t-en-guerre aurait pour objectif de soigner qui que ce soit. De qui s'est-il jamais soucié ? De combien de morts est-t-il déjà responsable ?
Le pape Léon XIV l'a appelé à changer son fusil d'épaule : "Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie." (...) "Il est temps de faire la paix ! Asseyez-vous à la table du dialogue et de la médiation, et non à la table où se planifie le réarmement et où se décident des actions meurtrières !" 
Ubu ne pouvait évidemment pas laisser passer un tel message : il estime que le pape est "faible face au crime et désastreux en politique étrangère". Le pape n'a pas le droit de le critiquer, mais l'inverse n'est évidemment pas vrai. "Je ne veux pas d’un pape qui juge acceptable que l’Iran détienne l’arme nucléaire. Je ne veux pas d’un pape qui s’indigne que l’Amérique ait attaqué le Venezuela (…). Et je ne veux pas d’un pape qui se permette de critiquer le président des Etats-Unis." (...) "Il est grand temps que Léon reprenne ses esprits en tant que pape, qu’il fasse preuve de bon sens, qu’il cesse de courtiser la gauche radicale et qu’il se consacre à sa véritable vocation : être un grand pape, et non un politicien."
Ce grand catholique qu'est le vice-président Vance estime que le pape doit se préoccuper uniquement de morale et pas de politique. Faut-il en conclure que la politique n'a rien à voir avec la morale ?
Les appels à la destitution de Trump se multiplient. Y a-t-il un psychiatre à la Maison blanche ?

(1) https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-les-menaces-apocalyptiques-de-trump-suscitent-un-tolle-et-des-appels-a-le-demettre_242696
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/07/le-president-des-etats-unis-est-un-fou-l-escalade-verbale-de-donald-trump-alimente-les-interrogations-sur-sa-sante-mentale_6677941_3210.html
(2) Cité par Charlie Hebdo, 15.4.2026.
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/14/attaques-contre-le-pape-photomontage-en-christ-donald-trump-ouvre-une-crise-avec-les-catholiques-americains-et-choque-sa-base_6679871_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=2
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/13/le-pape-leon-xiv-premier-opposant-a-la-guerre-de-donald-trump_6679662_3210.html
A lire aussi :
https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-donald-trump-est-il-definitivement-fou_242905

lundi 13 avril 2026

La lumière hongroise

Les Hongrois ont rallumé la lumière. Il faisait tellement sombre ces derniers temps. Viktor Orban vient de subir une cuisante défaite. Voilà les Hongrois, comme ils le disent eux-mêmes, de retour en Europe. Qui représente pour eux la démocratie, la solidarité, le respect des droits humains, la liberté de la presse, l'ouverture d'esprit. Tout ce que Orban avait piétiné avec la délicatesse qu'on lui connaît.
Peter Magyar n'est sans doute pas un grand progressiste, mais c'est un Européen convaincu qui devrait faire respecter l'Etat de droit. Sa victoire et la défaite d'Orban sont une bonne nouvelle pour la Hongrie, pour l'Union européenne, pour la démocratie et pour l'Ukraine sur laquelle crachait Orban, en chien fidèle de Poutine. Et, a contrario, une mauvaise nouvelle pour Poutine, Trump, les illibéraux et l'extrême droite qui en avaient fait leur champion. Une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui ont soutenu Orban, telle Marine Le Pen ou Benjamin Nétanyahou, tous ceux dont le principal objectif est de diviser et affaiblir l'U.E. et la démocratie.
Merci, les Hongrois !

A lire ou écouter :
https://www.courrierinternational.com/article/legislatives-une-journee-historique-les-hongrois-tournent-la-page-de-l-ere-orban_242831
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-lundi-13-avril-2026-2119523
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-lundi-13-avril-2026-7867152

dimanche 12 avril 2026

L'Histoire la plus sombre

Le Théâtre du Soleil poursuit, de manière magistrale, sa fresque immense et terrifiante "Ici sont les dragons" qui, pour soutenir l'Ukraine et essayer de comprendre pourquoi la Russie veut en faire à tout prix sa chose, retrace la naissance et la conquête du pouvoir des deux grands totalitarisme du XXe siècle, le communisme et le nazisme. La première partie (qui se situait en 1917) était intitulée "La victoire était entre nos mains" (1). La deuxième (1918 - 1933) a pour titre : "Choc et mensonges".
C'était il y a un siècle, mais c'est aussi aujourd'hui. On sait combien les autocrates actuels savent, plus que jamais grâce aux nouveaux outils de communication, répandre le mensonge pour installer leur pouvoir, asservir leur peuple et justifier leurs guerres injustifiables.

"Tous les jours nous prononçons leurs noms avec effroi et stupéfaction, écrit Hélène Cixous, dans sa note d'intention (2). Tous des Personnages hurleurs, sous leurs noms de masques, ces orateurs diaboliques s'enivrent de leurs propres paroles incendiaires. Dictateurs, chefs, tyrans totalitaires, mangeurs d'humains, cyclopes aveugles, peintres ratés, faux poètes, grands seulement par leur ambition illimitée, ils ont les armes, champions olympiques dans la pratique du Mensonge. Aujourd'hui nous les appelons l'un Poutine, ou l'autre Dragon là-bas, vous savez, Trump ? Ah, Trump oui, et celui-là ? C'est Hitler. Crois-tu vraiment, Shakespeare, qu'ils ne nous tuent que pour s'amuser. Ils veulent nous exterminer. Nous effacer de la Terre et de la mémoire. Car ces monstres sanguinaires, ce sont des hommes, c'est incroyable."
On les voit, on les entend, il nous glace le sang, ces Lénine, ces Staline, Hitler, Goebbels, Hiroshi, Djerzinski, Göring, Ford, ces banquiers et ces hommes d'affaires sans état d'âme. Les humains autour d'eux seront écrasés sous leurs bottes inhumaines au nom de leur idéologie et de leurs intérêts personnels. 

Les acteurs jouent masqués et sont, la plupart du temps, doublés parce que chaque personnage s'exprime dans sa propre langue : allemand, russe, français, anglais, japonais. Ils apparaissent telles des marionnettes qui ne seraient jouées que par elles-mêmes et se joueraient de nous.
"Le spectacle est un aller simple pour le cauchemar, constate Joëlle Gayot dans Le Monde (3). Un des moments les plus ténébreux qu’il ait été donné de vivre au « Soleil ». Mais aussi un des plus nécessaires et des plus salutaires, tant Ariane Mnouchkine parvient, des rives du siècle précédent, à éclairer un présent dont les dérives tétanisent les capacités d’analyse et les possibilités de résistance."
Face à ces rouleaux compresseurs, à l'embrigadement forcé, aux massacres de ceux qui tentent de se rebeller, restent quelques voix qui essaient de résister, celles de poètes, d'écrivains, de journalistes, ces voix que tous les totalitarismes ont toujours voulu mettre à leur service ou à défaut briser. Il y eut Mikhaïl Boulgakov pour qui "La peur ne sert à rien". Il y eut Fritz Gerlitz pour qui "Ce que l’on peut faire de pire contre Herr Hitler, pire que tout, serait de ne rien faire". Il y eut aussi des politiques visionnaires comme Léon Blum ou Winston Churchill.
"Des prophéties et des prémonitions, la représentation en regorge, écrit encore Joëlle Gayot. Ces cris d’alarme n’ont pas su empêcher le carnage. L’histoire est un éternel recommencement dont les leçons restent lettre morte. D’une érudition permanente, puisant ses sources à même le réel (il n’y a presque pas une ligne de fiction dans le texte), alternant dialogues, monologues, discours, harangues, confidences, apartés, le spectacle met à nu la machinerie machiavélique qui a permis le stalinisme et le nazisme. Ce qui est décrit de l’hier vaut, à la virgule près, pour l’aujourd’hui : soutien et compromission des grands patrons, propagande et censure, tractations entre pays dominants, mensonges d’Etat et manipulation des peuples, trahison des valeurs. Le hasard n’est décidément pour rien dans l’accession des dictateurs au pouvoir."

Les trente-sept scènes de ces trois heures de spectacle se jouent quasiment toutes dans une ambiance sombre - il ne pourrait en être autrement. Il faut attendre les salutations, longuement applaudies, pour avoir droit au plein feu. Mais il ne dure pas : dès qu'on rallume son téléphone pour se rebrancher sur l'actualité l'obscurité revient.

(1) (Re)lire sur ce blog https://moeursethumeurs.blogspot.com/2025/03/culture-et-barbaries.html
(2) https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/notre-theatre/les-spectacles/ici-sont-les-dragons-2024-2470
(3) ttps://www.lemonde.fr/culture/article/2026/03/19/au-theatre-du-soleil-ariane-mnouchkine-et-sa-troupe-saisissent-le-mal-a-la-racine-dans-un-spectacle-de-haute-volee_6672369_3246.html?search-type=classic&ise_click_rank=1


mardi 7 avril 2026

Les désespérants

Les attaques contre les maires noirs nouvellement élus sont intolérables, totalement inacceptables. Stupidité et méchanceté s'additionnent pour exprimer le racisme. Et toutes les institutions et tous les citoyens se doivent de réagir et de lutter contre ce rejet agressif de l'autre qui s'exprime à nouveau ouvertement et visiblement sans honte .
Mais LFI reprend dans la figure le boomerang qu'il a lui-même lancé : le mouvement insoumis entend donner toute sa (toute la) place à ce qu'il appelle la Nouvelle France, la France de ceux qu'il sied à présent de désigner comme racisés, au détriment de l'autre, la vieille France, la blanche, la rurale, la réac (1). Mélenchon assume la formule du grand remplacement chère à l'extrême droite. Celle-ci craint que les blancs chrétiens soient remplacés par les noirs et arabes musulmans et celui-là affirme que c'est ainsi que la situation doit évoluer. En outre, pour défendre sa grande cause, celle de la Palestine, il souffle violemment, et lui aussi sans honte, sur les braises de l'antisémitisme. LFI a  allumé l'incendie dont il se plaint d'être victime. Il clive la société et tempête quand les siens sont victimes de clivage. 
La France n'est pas divisée entre blancs et noirs, entre bons et méchants. Une telle analyse relève du simplisme, voire de la stupidité. Et le MélenChe n'est pas stupide. Juste cynique, calculateur et électoraliste. Il joue un jeu dangereux. Il a choisi les banlieues. La Vieille France, il l'abandonne. Au RN.

De son côté, à quelques jours des élections en Hongrie, la fille à papa Le Pen est allée soutenir son camarade Orban, soutien indéfectible de Poutine et cheval de Troie du Kremlin dans l'Union européenne. Le vice-président américain a fait de même. La Le Pen a choisi son camp. Soutenir Orban, c'est soutenir ces joyeux va-t-en-guerre de Poutine et Trump. Et les nouveaux maires RN affichent leur priorité : retirer le drapeau européen des façades de leurs mairies (ce qui ne les empêchera évidemment pas d'aller chercher des subventions auprès de l'UE). Anti-UE et pro-Trump et Poutine, voilà le grand parti nationaliste français. Qu'on s'en souvienne.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/01/la-nouvelle-france-une-expression-banale-transformee-en-grenade-degoupillee_6675827_3232.html