samedi 10 octobre 2026

Festi'Num Epakeu en Brenne du 19 au 24 octobre

Bonjour à toutes et tous,

La MFR de la Brenne se permet de vous informer de deux actions en direction des jeunes : 

  • Une nouvelle "Année Verte" démarre ce mois d'octobre, il s'agit d'un dispositif expérimental en direction des décrocheurs scolaires de 16 à 25 ans de l'Indre.
    D'octobre à juillet, l'Année Verte accueille 3 jours par semaine les jeunes pour reprendre confiance en eux et dans le groupe, découvrir les métiers et enjeux de la transition écologique et construire leur parcours social et professionnel.
    N'hésitez pas à contacter Tiphaine au 06 30 01 29 34 pour toutes questions ou demander une rencontre. Le Flyer en PJ.

  • Le FESTI'NUM EPAKEU est un événement itinérant du 19 au 24 octobre sur 5 communes de la Brenne ouvert à tous les jeunes de 11 à 25 ans. Au programme : concours de fléchette électronique, vidéo, escalade, mur digital, jeux vidéo, ... organisé notamment avec le RBIJ, Radio Dynamo, la Mission Locale et bien d'autres.
    Plus d'info : 06 41 04 53 44 



La conjuration des crapules

Il était une fois deux vieilles crapules qui s'entendaient comme larrons en foire. Chacun d'eux était bouffi de prétention, convaincu d'être le meilleur stratège et de tout savoir et comprendre mieux que les autres. Ils ne supportaient que les gens qui leur mangeaient dans la main et n'avaient cependant que mépris pour eux. Tous deux détestaient la démocratie. Cette forme de gouvernement qui oblige à écouter les autres et à tenir compte de leur avis était incompatible avec leur ego.

Le premier, prénommé Vladimir, avait entrepris d'envahir le territoire de son voisin, convaincu qu'il n'en ferait qu'une bouchée en quelques heures. En quatre ans, sa guerre avait fait plus de deux millions de victimes des deux côtés, morts, blessés et disparus. Mais Vladimir ne voulait pas entrer dans des calculs sordides et insensés et estimait que plus il y avait de morts dans son camp, plus il devait y en avoir dans l'autre. 

Le second, prénommé Donald, avait annoncé qu'en vingt-quatre heures il mettrait fin à ce conflit. Ce dont il s'avéra rapidement incapable. Il renonça d'ailleurs très vite à tenter de le faire. La complexité est une notion qui lui était totalement étrangère et la difficulté le rebutait. Ou les situations étaient simples ou elles n'existaient pas. Lui-même à son tour avait voulu sa guerre personnelle. Et celle-ci serait expéditive. Son adversaire fut pourtant, lui aussi, plus coriace qu'il ne l'avait pensé et il n'en vint pas à bout.

A cause de leurs deux guerres ratées, les prix du pétrole s'envolèrent, ce qui fâcha leurs populations. Alors l'un des deux proposa à l'autre de lui en vendre (1). Le premier gagnerait ainsi de l'argent qui lui permettrait de financer sa guerre sans issue et le second satisferait son peuple qui voterait pour ses troupes aux prochaines élections (du moins l'espérait-il). 
Ces deux hommes reportaient sur les victimes de leurs guerres la responsabilité de leurs erreurs et de toutes les défaillances de leur Etat. On les appelait les vieux irresponsables.

Ils ne se marièrent pas, chacun vécut chez soi, régnant sur son pré carré, mais ils eurent beaucoup d'enfants. Qui s'appelèrent Bolsonaro, Millei, Babis, Orban, Meloni, Le Pen, Rhamon, Weidel, Netanyahou, Erdogan, Saïed et tant d'autres nationalistes qui haïssent qui n'est pas comme eux.
Tous les contes ne peuvent avoir une fin heureuse. Mais, quand elle arrivera, la mort de chacune de ces deux vieilles crapules sera vue comme heureuse pour l'avenir du monde.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/10/10/un-accord-sur-le-gazole-entre-trump-et-poutine-au-grand-dam-de-l-ukraine-et-de-ses-allies_6790903_3210.html

mercredi 7 octobre 2026

Trois ans après

Nous voilà en des temps malodorants. Des temps qui voient la démocratie vaciller, les populistes triompher, le racisme, l'antisémitisme et le sexisme revenir en force et se banaliser. Le monde dégage une odeur d'égout.
Vers la fin du XXe siècle, on pouvait croire qu'on avançait vers un monde apaisé. Le rideau de fer s'était effondré rongé par la rouille, l'apartheid avait été aboli en Afrique du sud et les Accords d'Oslo laissaient espérer enfin une issue positive au conflit israélo-palestinien. Naïvement, on pensait l'être humain plus mûr, plus respectueux de la démocratie et des autres, au-delà de nos différences. 
Aujourd'hui, on recule, on s'invective, on se fait la guerre, on rêve de la disparition du voisin, on fait la chasse à ceux qui sont différents.
Le racisme, l'antisémitisme, le sexisme, l'homophobie deviennent des opinions parmi d'autres.

Hier sur France Inter (1), Sophia Aram rappelait que l'antisémitisme avéré (et condamné) du père Le Pen ne l'avait pas empêché de se qualifier pour la présidentielle de 2002, que celui de Jean-Luc Mélenchon ne lui avait pas fait perdre un seul point de sondage après "ses jeux de mots pourris sur les patronymes juifs" (qu'aurait appréciés Le Pen père). L'humoriste en arrive à se demander "si par calcul l'antisémitisme ne serait pas devenu un argument électoral. Je ne sais pas si on en est là, mais je pense que l'explosion de la haine des juifs depuis le 7-octobre est malheureusement un sujet bien plus large que les déclarations de Bardella et l'amnésie de Marine Le Pen". 

Aujourd'hui, Franc-Tireur nous apprend (2) que l'antisémitisme est désormais au programme des Verts britanniques. "À Brighton, lors de leur congrès annuel, ils ont adopté la motion «Le sionisme est un racisme », qui appelle, à terme, à la disparition d’Israël en tant qu’État juif. Ils ont aussi rejeté un amendement proposant de protéger à l’avenir les militants fréquentant des synagogues ou des organisations «sionistes», et une salle sécurisée a dû être aménagée pour les participants juifs au congrès qui se sentaient menacés." Certains militants juifs, "en larmes" ont annoncé quitter le parti. Que faire d'autre ? Ce texte a été imposé par une base radicalisée menée par un des leaders du parti, islamiste et pro-Hamas.

Le Parlement européen accueille en ce moment une exposition consacrée au 7-octobre. La grande admiratrice du Hamas qu'est l'eurodéputée Rima Hassan est accusée de l'avoir dégradée après avoir retiré un drapeau israélien faisant tomber, accidentellement, dit-elle, celui de l'Union européenne (3).
Hassan est depuis longtemps devenue une icône pour certains. Icône de l'antisémitisme ? "Son sport préféré, écrivait Franc-Tireur en 2025 (4), consistant à placer des cibles dans le dos de personnalités juives ou assimilées pour les livrer au cyberharcèlement de sa meute. Mi-août (2025), elle est passée aux listes sur X et y a inscrit trois noms. L’artiste tunisien Balti et la journaliste Nesrine Slaoui étaient cochés (des traîtres à la cause, selon elle). Le troisième, Hassen Chalghoumi, était accompagné d’un réveil semblant indiquer que son heure approche. À croire que les menaces de mort contre l’imam de Drancy, surnommé «l’imam des Juifs» par la sphère islamiste, ne lui suffisent pas. Peu après, la défourailleuse s’en est prise à son avocat : « L’avocat de Chalghoumi n’est autre que Me David-Olivier Kaminski, membre du bureau exécutif du Crif. » Une façon ingénieuse de souligner qu’il est juif. Des méthodes qui ne choquent pas ses fans. Les mêmes dégainent pourtant le « pas d’amalgame » dès que survient un attentat terroriste, pour ne pas jeter l’anathème sur l’ensemble des musulmans. L’amalgame ne pose plus problème s’il s’agit d’assimiler les Juifs ou leurs alliés aux Israéliens." 

L'hypocrisie se porte bien. Tous ces amalgameurs refusent l'étiquette d'antisémites, mais se définissent comme antisionistes. 
Dans "Que faire des juifs ?" (5), le dessinateur Joann Sfar demande au spécialiste en géopolitique Frédéric Encel une définition du sionisme. "En fait, c'est simple, répond ce dernier, c'est le droit  pour les Juifs de se représenter comme un peuple." (...) "De deux choses l'une, dit-il encore : soit on accorde aux Juifs, comme à tous les autres peuples, le droit de se représenter eux-mêmes. Tout peuple a droit à l'autodétermination. On l'accorde à l'Italie, au Togo, aux Inuits, aux Cheyennes et bien entendu aux Palestiniens. Donc soit on accorde aussi ce droit aux Juifs... soit pas ! Et dans ce cas, c'est de la ségrégation et, oui, de l'antisémitisme. Derrière le mot antisionisme, c'est ça que je comprends."

On peut, on doit évidement condamner clairement l'actuel gouvernement israélien, sa guerre interminable, les crimes de guerre et les exactions qui y sont commis, la liberté qu'il laisse aux colons de faire la loi et la chasse aux Palestiniens en Cisjordanie. Mais se ranger du côté de l'antisionisme, c'est aussi faire le choix de la guerre, c'est choisir de rayer un Etat de la carte du monde et de supprimer un peuple. Pourquoi choisir un peuple contre un autre ? Quel sens cela a-t-il ? Tous ces militants sont-ils à ce point fanatiques qu'ils voient limitée leur capacité de recul et de réflexion ? 
Dans "Que faire des Juifs ?" encore, l'avocat Arié Alimi estime que "le combat pour l'égalité doit concerner toutes les minorités, et les Juifs sont une minorité. Tout comme le racisme et l'homophobie, l'antisémitisme est pluriel. Les haines se cumulent et proviennent de champs divers. Il faut toutes les combattre. Choisir de combattre l'une ou l'autre, c'est déjà renoncer. Il faut déconstruire. On parle à des Français. Moi, je fais le boulot sur la France. Bon. La nouvelle génération est fédérée par la Palestine. Très bien. Mais elle se nourrit de slogans dangereux. Bien entendu que Dieudonné et Soral ont empoisonné les esprits. Et Houria avec ses Indigènes de la République qui ne sont pas de gauche. Ces gens sont des racistes. Des Maurassiens. Un jour, on va les retrouver avec Le Pen. Tout est politique. Tout est sémantique. On livre une guerre des mots. Dès que tu prononces le mot sioniste, tout s'enflamme." 
"Moi, c'est dès que je parle de complexité, intervient Joann Sfar. "Oui !, réplique Arié Alimi.  Si tu dis complexe, on t'accuse de vouloir embourber la cause. Mais c'est complexe."

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/dans-la-bouche-de-sophia-aram/dans-la-bouche-de-sophia-aram-du-mardi-06-octobre-2026-2147562
(2) https://www.franc-tireur.fr/antisemitisme-langleterre-a-la-derive
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/10/06/rima-hassan-accusee-de-degradation-d-une-exposition-sur-le-7-octobre-au-parlement-europeen_6788993_3210.html
(4) https://www.franc-tireur.fr/les-amalgames-de-rima-hassan
(5) Editions Les Arènes BD, 2025.

lundi 5 octobre 2026

Celle qui n'ose pas dire les choses

Comment pourrait-on élire comme présidente ou président quelqu'un qui s'avère incapable d'appeler un chat un chat et une dictature une dictature ? Ce matin sur France Inter (1), Ségolène Royal a refusé de qualifier le régime d'Alger. A peine venait-elle de dire que "si on n'ose pas dire les choses, ce n'est pas de la politique" qu'elle n'osait parler d'autoritarisme à propos du régime algérien : "ce n'est pas à moi de qualifier un pays".  Surprise de son intervieweur : "Vous ne pouvez pas dire qu'un régime qui a enfermé un écrivain, Boualem Sansal, qui aujourd'hui détient dans ses geôles un journaliste français, Christophe Gleizes, vous ne pouvez pas dire que c'est un régime autoritaire ?" Réponse royale : "Non, je ne peux pas le dire. Je pense qu'il y a un certain nombre de problèmes en Algérie, mais la France n'a pas un certain nombre de problèmes ?".
Ségolène Royale est la candidate du relativisme. Puisque tout n'est pas parfait en France, on ne peut rien reprocher aux autres. Rappel de Benjamin Duhamel, le journaliste : "en 2020, vous disiez que la France est un régime autoritaire, et là vous refusez de dire que l'Algérie est un régime autoritaire...". Il est l'heure du journal, on n'en saura pas plus. On comprend que pour Ségolène Royal puisque la démocratie n'est pas parfaite ici on ne peut critiquer les régimes forts. Et tant pis pour celles et ceux qui les subissent. 
On attend d'un ou une candidat à la présidence de la République qu'il défende la démocratie. Ici comme partout ailleurs. Et donc de la clarté par rapport à un soutien à l'Ukraine et une opposition dure au tueur en série qu'est Poutine. Un soutien aux Ukrainiens et au peuple russe. Un soutien aux populations iranienne et afghane par rapport aux régimes islamistes qui les répriment. Un soutien aux Palestiniens qui souffrent de la vengeance sans fin du gouvernement Netanyahou et de la brutalité du Hamas. On n'attend pas de quelqu'un qui vise le poste présidentiel qu'il se taise ou qu'il nous dise qu'il faut comprendre, voire excuser les dictateurs et les crapules. 
Cette attente concerne également le RN et LFI si ambigus dans leur rapport à Trump et Poutine pour le premier, à Poutine pour la seconde.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-05-octobre-2026-6131111

mercredi 30 septembre 2026

Sans voile

Ainsi donc le président du RN aurait tenu des propos antisémites ? Qui l'eût cru ? Le parti auto-proclamé "bouclier des juifs" serait présidé par un crypto-antisémite ?
Depuis que le Front s'est transformé en Rassemblement, le parti de la famille Le Pen est devenu celui des bisounours. Il a tué le patriarche (condamné pour antisémitisme) et a abandonné tout racisme et tout antisémitisme. Il s'est dédiabolisé. S'il nous le dit, c'est que c'est vrai. Même si à chaque élection, nombre de candidats du RN se laissent aller à des propos orduriers ou agressifs, antisémites ou racistes, ou les deux (1). Dans son édition d'aujourd'hui, Franc-Tireur rapporte qu'aux élections sénatoriales de dimanche dernier un certain Éric Miné, deuxième sur la liste RN des Français établis hors de France, "a été récemment épinglé par Le Canard enchaîné pour avoir tenu une librairie qui vendait des ouvrages néonazis et antisémites". 

Mais voilà maintenant que ce ne sont pas d'obscurs troisièmes lignes du parti d'extrême droite qui sont pointés du doigt, mais son président lui-même. Mediapart rapporte des conversations "dans lesquelles Jordan Bardella aurait fait preuve d’un antisémitisme exacerbé et compulsif", écrit Le Monde (2).  Mediapart s’appuie sur des "dizaines de conversations écrites ", authentifiées "de manière indépendante" et qui ont débuté à l’été 2013, alors que Bardella avait près de dix-huit ans. "Toutes les banques sont détenues par des juifs", selon lui. "Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur. En France, deux beaux exemples sont BHL ou Attali. Et c’est ce qu’ils veulent, un nouvel ordre mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale." Bardella était alors proche d'Alain Soral. Ce dernier a sévi au FN jusqu'en 2009. "Mais, à la base, il est admiré, malgré son complotisme antisémite de plus en plus pathologique", écrit encore Le Monde (3) qui constate que son influence auprès du Front national de la jeunesse a persisté après son départ du parti. 

Le gendre idéal dément évidemment les propos antisémites qu'on lui attribue et a annoncé déposer plainte contre Mediapart (qui a annoncé la suite des révélations) pour diffamation et faux et usage de faux si des éléments écrits sont publiés. La fille à papa défend son protégé en se dévoilant : Marine Le Pen a conseillé à Mediapart "d’enfiler son costard en Kevlar parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent" (4). En d'autres termes, elle leur conseille d'enfiler un gilet pare-balles. Si ce n'est pas une menace de mort, qu'est-ce ? "Il y a une partie de moi qui, avec la rédaction, est sidérée de voir que quelqu’un qui veut présider à la destinée de la nation s’adresse ainsi aux journalistes", a réagi Fabrice Arfi, coresponsable du pôle enquêtes de Mediapart. 

P.S. : A écouter (et regarder) : François Morel à ce sujet ce vendredi sur France Inter :

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/28/mediapart-rapporte-des-propos-antisemites-de-jordan-bardella-qui-denonce-des-faux-grossiers_6785064_823448.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/30/jordan-bardella-une-jeunesse-au-fn-sous-l-influence-ideologique-d-alain-soral_6786026_823448.html
(4) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/30/enquete-de-mediapart-sur-jordan-bardella-la-violence-verbale-du-rn-ne-nous-impressionne-pas-reagit-fabrice-arfi_6786024_823448.html


mardi 29 septembre 2026

Les culs-bénits

Les religions mènent la danse en ce moment dans ce grand pays laïc qu'est la France.
Le président Macron a finalement succombé à la Léonmania qui secoue son pays et a assisté à une messe que le pape a célébrée. Il avait d'abord décidé de n'assister à aucun office avant de changer d'avis. " En n'assistant pas aux messes du pape, Emmanuel Macron dégrade l'image de notre pays", avait déclaré un député RN. Amusant de la part d'un parti qui se présente comme le défenseur de la laïcité. Une photo montre la mère Le Pen en conversation chaleureuse avec une religieuse solidement voilée. Lui parle-t-elle de sa volonté de faire interdire le voile dans l'espace public ? 
De l'autre côté du jeu politique, Mélenchon a effectué un virage à 180°. Après avoir déclaré en 2010 que le voile islamique était un "signe de soumission patriarcale" et que le porter était comme "s’infliger un stigmate", il affirmait en 2015 que "le voile est un signe de soumission" et qu'il ne voyait pas "où Dieu s’intéresserait à un chiffon sur la tête". (1) Mais voilà, souvent homme (politique) varie : le père Jean-Luc bat sa coulpe. Le voile, c'est la soumission à Dieu et pas à l'homme, dit-il maintenant. Donc, circulez, il n'y a rien à voir. Que n'est-on amené à dire pour gagner des voix ? Pense-t-il que les femmes iraniennes ou afghanes sont voilées par soumission volontaire à Dieu et qu'il n'y a là aucune intervention patriarcale ?

(1) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/soumission-a-dieu-quand-jean-luc-melenchon-assume-avoir-change-son-regard-sur-le-voile-islamique-20250629

samedi 26 septembre 2026

C'est où la gauche ?

Il y a toujours eu gauche et gauche. Une gauche démocrate, respectueuse des institutions et (plus ou moins) de principes moraux et une gauche radicale qui au nom de la révolution est prête à écraser ceux qui ne pesnent pas excactement comme elle et reste fascinée par les régimes forts.
La gauche française est aujourd'hui en triste état. Elle n'a actuellement aucune chance de remporter l'élection présidentielle de 2027 et s'enferre dans une guerre d'ego et de chapelles. 
La primaire du PS est mal emmanchée avec un premier secrétaire, Olivier Faure, qui apparaît comme téléguidé par Mélenchon, une Ségolène Royal hargneuse et de plus en plus complotiste et un Raphaël Glucksmann qui doit chaque jour se demander ce qu'il est allé faire dans cette galère qui dérive de plus en plus. 
De l'autre côté, le père Jean-Luc, après avoir copieusement insulté toute la gauche non LFI et s'être laissé aller à des sorties qui frisaient l'antisémitisme, essaie de se calmer pour tenter de donner de lui une image un peu plus rassembleuse. Mais il n'y arrive pas et dérape régulièrement. 
Même s'il a condamné l'invasion russe de l'Ukraine, il a cependant trouvé normal que la Russie ait conquis la Crimée pour avoir un accès à la Mer noire. Et il donne toujours l'impression de cultiver une certaine admiration pour l'homme fort qu'est Poutine. 
Le voilà maintenant qui invite à "peut-être se demander" si l’intensification de la menace russe en Europe ne serait pas liée aux "tirs en profondeur que fait l’Ukraine" sur le territoire russe (1). "Ce n’est pas pour excuser la Russie, a-t-il déclaré, puisque dès qu’on dit une parole de bon sens et de raison, on se voit accuser d’être des déserteurs du combat. Mais tout de même, qui peut imaginer qu’un pays laisse sa propre capitale être attaquée et n’apporte aucune réponse à une situation pareille ? Ça n’existe pas. Même si la Russie est l’envahisseur de l’Ukraine". Avec la perversité qui le caractérise, il retourne donc la situation : son "bon sens" et sa "raison" lui font oublier que l'Ukraine ne peut laisser sa capitale être attaquée sans apporter de réponse. Bref, si l'Europe est aujourd'hui menacée, c'est de la faute de l'Ukraine. L'agressé est coupable de ne pas courber l'échine. Et il est normal que l'agresseur se montre plus encore agressif.
Certains de celles et ceux qui s'étaient jusqu'à présent montrés patients avec lui commencent à s'énerver (2).

Le petit père des peuples français s'en est déjà souvent pris aux journalistes, à celles et ceux qui ne lui posent pas les bonnes questions. Il a même été jusqu'à appeler ses troupes à "pourrir la vie" de journalistes et menace maintenant de mettre au pas certains d'entre eux s'il arrive au pouvoir. Des élus de son mouvement viennent de déclarer qu’ils se rendraient volontiers sur BFMTV mais qu’au nom de la lutte "contre la dérive de plus en plus manifeste de la ligne éditoriale cette chaîne vers l’extrême droite", ils refusent a priori de participer aux émissions de Sonia Mabrouk, de Robert Ménard ou Raphaël Enthoven. "Les Insoumis ont développé une logique totalitaire", estime ce dernier dans Franc-Tireur (3). Selon lui, "les Insoumis prétendent déterminer les conditions éditoriales auxquelles ils consentent à apparaître, quels journalistes sont fréquentables et quels interlocuteurs, à l’inverse, disqualifient une émission par leur seule présence. Dans la logique qui est la leur, le contradicteur n’est plus quelqu’un à qui l’on répond : c’est quelqu’un dont la présence suffit à rendre le dialogue légitime ou non. On ne réfute plus la parole adverse, on ne la combat même plus ; on conteste au média le choix de la mettre en présence de la sienne."
Quelle différence à ce sujet entre LFI et Trump qui excluait ces mêmes jours de la Maison blanche des médias qu'il considère comme trop critiques à son égard ? "Le problème démocratique, écrit encore Enthoven, n’est pas le refus de parler, mais la tentative de déterminer quelles paroles sont tolérables. Refuser un débat ? Pas de problème, chacun sa route. Refuser a priori un débat et contrôler le contradictoire ? Danger."

Autre parti de la gauche radicale, Die Linke a remporté la victoire aux élections législatives régionales de Berlin dimanche dernier. "La clé de ce succès, analyse Guillaume Beringer, maître de conférences en études germaniques à Paris-Nanterre (4), réside dans la capacité de Die Linke à reconnecter avec les préoccupations matérielles immédiates des Berlinois", en particulier le dossier sensible du logement.
"Pour l’observateur français, la victoire de Die Linke offre un contraste saisissant avec la dynamique de La France insoumise. Si les deux partis partagent une volonté de rupture avec le néolibéralisme, leurs méthodes et leur culture politique divergent fondamentalement. Là où le parti français reste structuré autour d’une figure tutélaire forte et d’une rhétorique de la confrontation permanente, Die Linke a fait le choix d’une direction collégiale et d’un ton apaisé." (...)
"L’une des figures de proue de ce renouveau, Heidi Reichinnek, incarne cette nouvelle approche. Loin de la verticalité du chef, elle se présente comme une « coordinatrice » au sein d’un collectif. Sa communication, virale sur les réseaux sociaux, mise sur l’humour, la proximité et la pédagogie plutôt que sur l’invective et la polarisation. La « joyeuse révolution », comme le qualifient les journaux allemands, n’est pas un renoncement à la radicalité, mais une stratégie d’hégémonie culturelle. Il s’agit de rendre la gauche désirable, et non seulement nécessaire."

Qui peut trouver aujourd'hui la gauche française désirable en dehors du noyau dur de LFI qui adule son gourou clivant et agressif ?
Et pendant ce temps, la famille Le Pen avance, de son pas martial et glaçant, au son de toutes les casseroles qu'elle traîne derrière elle et qui pour certains résonnent comme un hymne triomphal.

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/26/presidentielle-2027-le-chemin-de-crete-de-jean-luc-melenchon-sur-l-ukraine_6783102_823448.html
(3) https://www.franc-tireur.fr/vaine-censure-ledito-de-raphael-enthoven
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/22/a-berlin-la-victoire-du-parti-de-gauche-radicale-die-linke-offre-un-contraste-saisissant-avec-la-dynamique-de-la-france-insoumise_6780206_3232.html


lundi 21 septembre 2026

Relever la tête

L'être humain est insatiable. Il a toujours besoin de plus. Plus de tout et de n'importe quoi. 
Les centres de données nous sont devenus indispensables, nous serinent certains (i)responsables politiques. Et pour leur permettre de se développer on a le droit de s'asseoir sur des règles qu'on venait soi-même d'édicter. Le gouvernement français voulait interdire l'artificialisation des sols. C'est ou plutôt c'était la règle "zéro artificialisation nette". Elle a vécu avant même d'être appliquée.
A Etrechet dans l'Indre, à proximité de Châteauroux, Google veut installer des milliers de serveurs dans huit à dix bâtiments qui s'étaleraient sur deux cents hectares. Oui, 200. Leur consommation électrique représenterait celle d'un réacteur nucléaire classique : entre 880 mégawatts et 1,1 gigawatt (1). Aux oubliettes, les économies d'énergie, de terres, d'eau. Gil Avérous, président de la communauté d’agglomération Châteauroux Métropole et très éphémère ministre de Macron, y voit "une opportunité historique de développement, de créations d’emplois [directs et indirects, estimés à près d’un millier] et d’activité pour notre département". La maire d'Etrechet, trois de ses adjoints et une conseillère municipale ont démissionné, exprimant leur "sentiment d’impuissance, alors que la commune n’a aucun pouvoir décisionnel sur un projet hors norme comme celui-ci qui s’implante sur [leur] territoire". Et se posent cette question : "qui s’inquiète de la nuisance visuelle, de l’impact sur la ressource en eau d’un data center ou des tensions que cela crée sur le réseau électrique ?".  Oui qui ? Pas un gouvernement qui persiste dans une perspective radicalement capitaliste et productiviste. A l'inverse des politiques courageuses (et indispensables) à mener aujourd'hui. 

Aux Pennes-Mirabeau, au nord de Marseille, un autre data center est en projet avec plusieurs centaines de serveurs, trente-six groupes électrogènes et l'équivalent d'une piscine olympique de combustible (2). Les opposants dénoncent l'absence, dans le dossier, d'étude d'impact sur la "chaleur fatale" que dégagera ce centre : celle qui est dégagée vers l'extérieur et qui serait de l'ordre de 70 MW. D'autres data centers sont déjà installés à Marseille : "ces cubes noirs qui ronronnent jour et nuit, protégés par des portails surmontés de barbelés. Plus d'ouvriers. Quelques vigiles, des machines et, derrière, une industrie qui n'a presque plus besoin d'hommes." A Etrechet, Google promet un millier d'emplois. Qui y croit ? 

Les data centers sont les outils du grand rouleau compresseur qui fait baisser la tête à tant de gens dont une des occupations principales aujourd'hui est de scroller. C'est-à-dire de gaspiller son temps à ne rien voir ni faire. Récemment, sur une place de Blois, j'ai croisé un groupe de six ou sept ados, garçons et filles. Pas un mot échangé. Tous avaient le pouce et le nez sur leur téléphone. Ailleurs, sur une voie verte, une jeune fille trainait sa trottinette entre ses pieds, le nez sur son téléphone, aveugle aux cyclistes qui arrivaient en face.

Génération Tête Baissée / Génération Où est ton poing levé ? 
Génération Tête Baissée / Relève la tête
Génération Tête Baissée / Comment savoir si t'as de beaux yeux
Camille (sur son nouveau et superbe album "The Sound of milk"

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/09/16/dans-l-indre-la-maire-et-les-adjoints-d-un-village-demissionnent-pour-contester-le-projet-de-data-center-de-google_6775245_3234.html 
(2) Etienne Le Page, "Data centres - Ce projet qui échauffe les Marseillais", Charlie Hebdo, 2.9.2026.

jeudi 17 septembre 2026

Beaufs

Bruno Retailleau est un grand humoriste. Peut-être le meilleur actuellement. Son humour est un peu surprenant. Un humour à la Trump. Il faut deux secondes pour rire de ses déclarations, tant elles sont provocatrices. Le voilà qui accuse "l''écologie dogmatique" d'avoir empêché l'agriculture de s'adapter au changement climatique (1). Avec cet humour, Retailleau se met hors jeu pour l'élection présidentielle. 
Ils sont nombreux sur la ligne de départ. On s'y bouscule. Mais ceux qui n'affichent pas comme priorité absolue la lutte contre le réchauffement climatique (et non l'adaptation) se ridiculisent. Ils ne sont que des imbéciles sourds et aveugles, dont l'ego boursouflé les empêche de voir la réalité et de l'affronter.
Ils ne sont guère différents de Macron le Petit qui s'étonnait cet été des canicules que personne, selon lui, n'aurait pu prédire (à l'exception de tous les climatologues de la planète, qu'il a refusé d'écouter). Après s'être amusé en jetski, le président a enfin un grand projet : créer aux portes de Paris trois parcs d'attraction basés sur l'univers de Dragon Ball Z.  Il a monté ce projet avec un autre grand enfant, son ami l'autoritaire et sanguinaire Ben Salmane. Il a d'autres idées aussi : par exemple, implanter des data centers un peu partout en France.
Sur quelle planète vivent ces hommes ? Quel lien ont-ils avec la réalité ? Quel souci ont-ils de l'avenir ? 

(1) https://www.lemonde.fr/politique/live/2026/09/17/en-direct-presidentielle-2027-suivez-les-derniers-developpements-de-la-campagne_6776151_823448.html
A lire : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/13/l-ecoanxiete-n-est-pas-que-le-fruit-de-la-crise-environnementale-elle-est-aussi-provoquee-par-l-inaction-politique-devant-le-desastre_6772400_3232.html

lundi 14 septembre 2026

Le tocsin

En cette période où le pire nous menace, où les forces non pas de construction mais de destruction sont à l'œuvre partout dans le monde, où les propos les plus simplistes veulent nous faire croire qu'il faut être radical et sans nuance, relisons l'Histoire. Et il n'est pas que les livres pour nous y aider. Le théâtre aussi peut réveiller les mémoires et ouvrir les consciences.
Ici sont les dragons du Théâtre du Soleil revient sur la montée des deux totalitarismes qui ont semé la mort au XXe siècle. Allez voir ce double spectacle, emmenez-y vos enfants, vos classes, vos groupes, tous ceux et toutes celles qui se laissent séduire par les populistes de tous bords (1).

Ci-dessous la lettre que vient de diffuser Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil. 

" Lettre au public

Au lendemain d’une très douloureuse crise, propre au Théâtre du Soleil, qui m’a demandé à moi, Ariane, un implacable examen de mon manque de vigilance, et, à nous tous, une importante révision de notre fonctionnement, jamais, je crois, depuis soixante-deux ans, jamais une lettre à notre public n’a été écrite en de telles circonstances.

Circonstances mondiales, européennes, nationales, climatiques, politiques, culturelles, sociétales, professionnelles aussi bien que strictement personnelles.

Jamais depuis la seconde guerre mondiale et ses désastres, le monde n’a connu de moment aussi dangereux, effrayant et apeuré.
Jamais notre pays, la France, n’a été au bord d’un basculement de régime aussi inquiétant.
Jamais notre responsabilité de citoyens n’a été aussi grande. Responsabilité des erreurs, dénis, fautes du passé. Responsabilité dans l’avenir de leur aggravation. Ou de leur réparation.

En cette époque, à nouveau biblique, qui voit toutes les plaies d’Égypte s’abattre sur elle, en cette époque où nous voyons nos arbres amis et protecteurs se tordre comme du métal en fusion, hurlant et vomissant des torrents d’étincelles incendiaires, où nous voyons nos pompiers, asphyxiés, s’épuiser à faire reculer des océans de flammes tandis que le feu de tourbe chemine traîtreusement sous leurs pieds, sous la terre, en cette époque où les neiges éternelles sont devenues une légende pour enfants, où l'Himalaya, devenu noir, voit un de ses plus hauts sommets s’ effondrer et lancer le glacier devant lui tel un châtiment apocalyptique à l’assaut de créatures microscopiques semblables à des fourmis qui ne sont pas des fourmis, mais nos semblables, des femmes, des hommes, des enfants, des animaux — en cette époque-là, vous annoncer joyeusement la reprise des deux premières époques de notre spectacle “Ici sont les Dragons”, vous dire que de votre présence nombreuse, pour ne pas dire multitudineuse, dépend la création de la troisième époque et donc l’avenir du minuscule Théâtre du Soleil, peut apparaître futile et très égocentrique. 
Et pourtant. Il s’agit aussi de cela. Une troupe de théâtre. Quatre-vingts artistes et artisans pratiquant un art, le théâtre, qui, c’est de notoriété publique, ne rapporte rien. Un modèle économique périmé. Une égalité de salaire connue depuis soixante-deux ans mais qui paraît obsolète aujourd’hui. Obsolète ? Oui, illégale, même, nous dit-on. Pire, ridicule. Donc une troupe, hors norme, hors dogme idéologique.

Cela doit cesser, pensent furieusement certains. Pourvu que cela dure, pensent d’autres. Je suis de celles et ceux qui pensent que cela doit durer.
Et pour que cela dure, au moins jusqu’aux prochaines élections, et que d’ici là nous ayons créé la troisième époque, il faut que, dès le 30 septembre et jusqu’au 24 décembre au moins, notre salle soit pleine.

Cela dépend, en partie, de vous. De la “propagande active” que déploieront celles et ceux d’entre vous qui ont déjà vu et aimé nos deux premiers Dragons et de la mobilisation de ceux qui ne les ont pas encore vus. Car, s’ils veulent que notre, leur, votre, théâtre, traverse victorieusement cette période incompréhensible où l’épanouissement physique, mental, intellectuel de nos enfants n’est plus une priorité politique alors qu’elle devrait être LA priorité des priorités, ils doivent venir en nombre, avec parents, amis, élèves, partager avec nous ce moment d’exploration de notre histoire.

Cette lettre n’est pas un glas, c’est un tocsin. Comme beaucoup d’entre vous, nous sommes secoués mais vivants.

Nous sommes au service du public. Nous sommes au service de l’art. Nous recevons pour cela l’argent des contribuables.
Cet argent, votre argent, nous entendons l’employer entièrement à la priorité des priorités : la musculation harmonieuse de la mémoire et des incommensurables facultés imaginatives de nos enfants. Là est le trésor.

À bientôt, donc. Et, à tant d’entre vous, merci de cette longue et fidèle amitié,

Ariane Mnouchkine
3 septembre 2026 "