Les titres se téléscopent dans la presse régionale, apparemment sans que ça ne pose question. Sans que soient pointées du doigt certaines de nos aberrations, toutes ces activités insensées qui devraient appartenir au passé. Au milieu de nombreux articles relatant des incendies, on lit qu'un rallyecross de voitures a eu lieu ce dimanche, devant 5 000 spectateurs. "Sur une piste mi-terre mi-asphalte rapidement asséchée par la chaleur, la poussière voltigeait, les moteurs chauffaient et les pilotes suffoquaient", constate la Nouvelle république (1). Une semaine auparavant, on avait appris qu'une course de dragsters avait dû être annulée en dernière minute à cause d'un incendie à proximité. Le dragster est "la machine la plus violente jamais créée pour rouler sur quatre roues", aux accélérations fulgurantes qui dégage "des flammes géantes, des vibrations monstrueuses, avec des pneus qui se déforment totalement ; chaque départ ressemble à une explosion contrôlée" (2).
On continue à jouer comme si la situation était normale, on continue à consommer allègrement de l'essence, à polluer, à participer à l'augmentation du réchauffement climatique comme s'il n'existait pas.
"On a toujours fait comme ça" est la phrase que j'ai le plus souvent entendue dans ma brève expérience de conseiller municipal et communautaire. Devrait-on changer nos habitudes et nos pratiques parce que le climat change ? On ne peut imaginer prendre moins sa voiture, on l'a toujours utilisée plusieurs fois par jour pour le moindre déplacement. On a toujours fait comme ça. On ne va quand même pas cesser de prendre l'avion une, deux ou trois fois par an, parce que, tu comprends, on a besoin de soleil. On a toujours fait comme ça. On doit pouvoir désormais prendre l'avion régulièrement pour aller vers le nord parce que, tu comprends, on a besoin d'air frais. On ne va quand même pas cesser de commander des produits chinois de mauvaise qualité transportés à travers les mers dans des centaines de milliers de conteneurs. Parce que, tu comprends, on n'en trouve pas à des prix pareils chez nous. On a toujours fait comme ça.
Mais le climat, lui, n'a jamais fait comme ça. Donc, l'intelligence humaine (la naturelle, pas l'artificielle) voudrait qu'on change. Tout. Nos modes de pensée, nos modes de production, de consommation, de déplacement, de logement. Mais la résistance au changement est lourde. Et puis sommes-nous intelligents ? Avons-nous le souci du bien commun ? De l'avenir ? Bien sûr, il faut prendre de toute urgence des mesures pour s'adapter à ce climat brûlant. Mais il faut aussi - et enfin - changer radicalement nos pratiques pour empêcher que ce réchauffement climatique (que nous avons refusé de combattre) cesse d'augmenter plus encore.
On s'est bien amusé, on a beaucoup joué. Il serait temps que l'être humain accepte de devenir enfin adulte, envisage l'avenir, le sien, mais surtout celui des générations suivantes qui va être infernal.
Mais les (ir)responsable politiques aiment que leurs électeurs restent des enfants, qu'ils continuent à s'amuser. Pas question de les priver de leurs jouets.
"Au-delà des polémiques sur la climatisation ou sur le bilan des morts, écrit le journaliste Stéphane Foucart dans Le Monde (3), le débat politique semble se tenir dans un monde parallèle. La simple mise en regard des conséquences de la canicule avec les projets structurants de l’exécutif liés au climat produit un choc de sidération et d’irréalité. Nous ne sommes plus seulement coincés dans une dystopie climatique, mais aussi dans un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne."
Des centaines de milliers de personnes, des millions sans doute, souffrent de la canicule dans leur logement de location. Et que fait le gouvernement ? Le 24 juin dernier, il a déposé "un projet de loi qui doit remettre 700 000 passoires thermiques sur le marché locatif".
On attend des architectes et des urbanistes qu'ils adaptent le bâti, les villes et les territoires à un climat qui s'affole. Et que fait le gouvernement ? Il dissout le groupement d’intérêt public Europe des projets architecturaux et urbains, chargé de piloter plus de 200 projets de recherche dans ces domaines.
Le fonds vert, destiné à financer l’adaptation des collectivités territoriales, a été amputé des deux tiers.
En 2022, le président Macron a lancé un ambitieux plan de reboisement : « Planter 1 milliard d’arbres en dix ans » et, pour ce faire, il subventionne les coupes rases sur de vieilles forêts diversifiées et leur remplacement par des quasi-monocultures de résineux, hautement inflammables. "Un peu partout en France, de l’argent public contribue à vulnérabiliser les territoires au risque d’incendie", écrit encore Stéphane Foucart. Et, chaque année, malgré les grands discours, 20 000 kilomètres de haies sont rasés.
Les élevages hors-sol continuent à être favorisés et connaissent une surmortalité telle que les équarisseurs n'arrivent plus à suivre. L'agriculture biologique, elle, est loin de connaître le même soutien. Au contraire. Les surfaces cultivées en bio sont en diminution en France et "Paris s’oppose à la Commission européenne pour que les aides à l’agriculture biologique ne soient pas inscrites dans la prochaine politique agricole commune".
Et le sénat participe de la même politique hors-sol : "devant le constat d’une pénurie rampante de la ressource hydrique, ses élus ont ainsi voté sans trembler, le 3 juillet, la destruction pure et simple des principes qui fondent les instances de la démocratie locale de l’eau, au bénéfice de quelques irrigants".
Voilà donc un gouvernement, un président et un sénat qui nous mènent, de manière totalement consciente, d'une situation extrêmement grave à une situation désespérée. Les lobbies l'emportent sur le sort de la population et de la nature. Difficile pour tous ces (ir)responsables d'affirmer qu'ils gèrent le pays en bons pères de familles. Quel père de famille sacrifierait ainsi ses enfants ? Les experts annoncent que les dégâts que causera ce climat devenu fou se chiffreront en milliards d'euros chaque année.
Yamina Saheb, autrice du GIEC, adresse une lettre au président Macron, répercutée par Avaaz (à signer - 4 ) : "Cette canicule n'est pas une fatalité météorologique. Elle est la conséquence directe et mesurée de votre décision de nous enfermer dans le capital fossile. Nous l'avions écrit, noir sur blanc, dans les rapports du GIEC (IPCC). Vous le saviez. Nous le savions tous. Ce qui nous accable aujourd'hui n'est pas une surprise : c'est un rendez-vous que vous, avec d'autres responsables politiques, avez choisi de ne pas honorer. Et que proposez-vous face à cela ? De nous adapter à une France devenue fournaise, comme si l'on pouvait s'adapter sans fin à un monde que vous vous obstinez à rendre invivable. (...) Je vous demande d'agir enfin à la hauteur des enjeux, à commencer par mettre un terme à toutes les subventions publiques directes ou indirectes aux énergies fossiles dans notre pays. Demain, il sera déjà trop tard."
(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/commune/pont-de-ruan/rallycross-de-touraine-davy-jeanney-triomphe-devant-julien-febreau-deception-pour-damien-meunier-1783887513
(2) https://cultureauto.fr/dragster/
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/12/nous-sommes-coinces-dans-une-dystopie-climatique-un-scenario-de-comedie-noire-ou-le-grotesque-le-dispute-a-la-farce-orwellienne_6722848_3232.html
(4) https://secure.avaaz.org/campaign/fr/arretez_les_subventions_aux_energies_fossiles_loc/?baluBfb&v=175517&cl=22782269031&_checksum=fb2197f394450a9e42dc626f7b8012d18c6a8f588e5959cc27a7dc2b47101ece&utm_source=email&utm_medium=blast_email&utm_campaign=175517&email_id=019f54e9c90871d98f04b9dd727fbf13