Comment le Père Ubu va-t-il se sortir de cette guerre qu'il a voulue - entraîné, estiment certains, par son compère Netanyahou - et dont il ne sait comment se dépêtrer ?
Il a quatre scénarios qu'envisage Le Courrier international (1). Ils sont tous mauvais.
Il y a le dialogue. C'est ce que Trump dit avoir entamé sans qu'on sache avec qui. Mais on sait que ni lui ni ses sbires ne savent ce qu'est une négociation. Ils entendent imposer leurs conditions et refusent celles de l'adversaire.
Il y a le retrait. C'est l'option "la plus trumpienne", selon The Economist. Pour (tenter de) sauver les élections de novembre, le va-t-en-guerre pourrait affirmer péremptoirement (comme il sait si bien le faire) que ses objectifs sont atteints. Comme il est resté flou sur ceux-ci depuis le début de ce conflit, il pourrait "faire passer une campagne sans issue pour une victoire décisive". Mais un arrêt immédiat de la guerre sans avoir mis en échec le régime iranien "consacrerait une victoire stratégique majeure pour Téhéran", écrit L'Orient-Le Jour.
Il y a le maintien du cap. Tant que le détroit d'Ormuz ne sera pas libéré, les Etats-Unis et Israël pourraient poursuivre leurs frappes. C'est apparemment l'option soutenue par Nétanyahou et certains à Washington.
Enfin, il y a l'escalade. Trump pourrait faire frapper les centrales électriques iraniennes et lancer des opérations commandos notamment sur l'île de Kharg. Mais qui dit escalade dit... escalade en face. Bien malin qui peut parier sur l'issue d'une fuite en avant.
Finalement, il est possible que "aucune de ces options ne permette de mettre fin à la guerre", pense The Economist. Tant que le détroit d'Ormuz restera fermé, Trump aura perdu. Faut-il le rouvrir par la force ou laisser la situation économique mondiale se dégrader plus encore par sa faute ? Voilà le dilemme qu'il n'avait pas prévu de devoir trancher, analyse The Daily Telegraph.
Même si les Etats-Unis et Israël trouvaient une issue à ce conflit, ils ne parviendront pas à mettre fin à la mainmise sur l'Iran des Gardiens de la révolution, constate Dawn Mena (2). "Les stratèges de Tel-Aviv et Washington sont en train de comprendre qu'ils se sont engagés, de fait, dans une guerre contre une milice dotée d'un Etat".
Selon le site d'information arabe basé à Washington, "les Gardiens de la révolution se préparent depuis près de cinquante ans à une guerre d’usure contre un ennemi technologiquement supérieur, et ils ont complètement intégré l’état d’esprit, la mentalité et l’organisation propres à un mouvement d’insurrection. Avec les pasdarans, Israël et les États-Unis sont aujourd’hui en guerre contre la plus grande milice du monde – un réseau de réseaux pensé pour résister indéfiniment à une guerre d’usure."
Les Gardiens de la révolution forment "un État parallèle, qui fonctionne comme le réseau le plus important au sein d’un système en étoile. Autrement dit, le système combine la forme circulaire de l’organisation centralisée, chargée de transmettre l’intention stratégique, à la structure en maillage, très résiliente, qui permet aux noyaux régionaux d’agir de façon autonome". Ils ont mis en place une structure horizontale avec des cellules régionales qui disposent d'une grande liberté d'action et d'initiative, sans supervision d'un commandement central. Et les entreprises liées aux Gardiens de la révolution contrôlent la moitié de l'économie iranienne. Ils "peuvent puiser dans la manne pétrolière nationale pour financer leurs opérations de déstabilisation".
"Outre ses quelque 200 000 hommes en uniforme, le corps des Gardiens de la révolution a aussi pénétré la société civile, avec un million d’hommes et de femmes intégrés dans ce réseau paramilitaire qu’est le Bassidj sa branche chargée de la sécurité intérieure. Les Gardiens de la révolution sont un État dans l’État, avec les bassidjis comme relais répressifs disséminés dans une société iranienne hostile et en colère."
Selon Dawn Mena, même si Israël et les États-Unis poursuivaient leurs attaques pendant des mois et parvenaient à décapiter l’État iranien, "le réseau ne ferait probablement que se morceler – dans le meilleur des cas – en unités de taille plus modeste continuant à opérer dans l’ombre. Solidement ancrées dans des réseaux transnationaux, ces dernières survivraient même aux bouleversements sociopolitiques du pays – si tant est que les Iraniens descendaient à nouveau dans les rues et parvenaient à faire chuter la République islamique. Un tel scénario déboucherait hélas sur une interminable et sanglante guerre civile, à laquelle participeraient ces formations réduites, jusqu’à se rassembler officiellement dans une nouvelle structure émergente."
Bref, les Etats-Unis et Israël sont loin d'en avoir fini avec cette guerre sans doute, mais aussi et surtout avec les Gardiens de la révolution. La population iranienne aussi. Hélas. Mais Israël et les Etats-Unis se soucient-ils de celle-ci ?
(1) "Pour Donald Trump, quatre (mauvais) scénarios, Le Courrier international, 26.3.2026.
(2) Andreas Krieg, "Les pasdarans, une milice dotée d'un Etat", Dawn Mena, 18.3.2026, in Le Courrier international, 26.3.2026.
(Dawn Mena : Democracy for the Arab World Now, Middle East et North Africa, promeut les doits humains)