lundi 21 septembre 2026

Relever la tête

L'être humain est insatiable. Il a toujours besoin de plus. Plus de tout et de n'importe quoi. 
Les centres de données nous sont devenus indispensables, nous serinent certains (i)responsables politiques. Et pour leur permettre de se développer on a le droit de s'asseoir sur des règles qu'on venait soi-même d'édicter. Le gouvernement français voulait interdire l'artificialisation des sols. C'est ou plutôt c'était la règle "zéro artificialisation nette". Elle a vécu avant même d'être appliquée.
A Etrechet dans l'Indre, à proximité de Châteauroux, Google veut installer des milliers de serveurs dans huit à dix bâtiments qui s'étaleraient sur deux cents hectares. Oui, 200. Leur consommation électrique représenterait celle d'un réacteur nucléaire classique : entre 880 mégawatts et 1,1 gigawatt (1). Aux oubliettes, les économies d'énergie, de terres, d'eau. Gil Avérous, président de la communauté d’agglomération Châteauroux Métropole et très éphémère ministre de Macron, y voit "une opportunité historique de développement, de créations d’emplois [directs et indirects, estimés à près d’un millier] et d’activité pour notre département". La maire d'Etrechet, trois de ses adjoints et une conseillère municipale ont démissionné, exprimant leur "sentiment d’impuissance, alors que la commune n’a aucun pouvoir décisionnel sur un projet hors norme comme celui-ci qui s’implante sur [leur] territoire". Et se posent cette question : "qui s’inquiète de la nuisance visuelle, de l’impact sur la ressource en eau d’un data center ou des tensions que cela crée sur le réseau électrique ?".  Oui qui ? Pas un gouvernement qui persiste dans une perspective radicalement capitaliste et productiviste. A l'inverse des politiques courageuses (et indispensables) à mener aujourd'hui. 

Aux Pennes-Mirabeau, au nord de Marseille, un autre data center est en projet avec plusieurs centaines de serveurs, trente-six groupes électrogènes et l'équivalent d'une piscine olympique de combustible (2). Les opposants dénoncent l'absence, dans le dossier, d'étude d'impact sur la "chaleur fatale" que dégagera ce centre : celle qui est dégagée vers l'extérieur et qui serait de l'ordre de 70 MW. D'autres data centers sont déjà installés à Marseille : "ces cubes noirs qui ronronnent jour et nuit, protégés par des portails surmontés de barbelés. Plus d'ouvriers. Quelques vigiles, des machines et, derrière, une industrie qui n'a presque plus besoin d'hommes." A Etrechet, Google promet un millier d'emplois. Qui y croit ? 

Les data centers sont les outils du grand rouleau compresseur qui fait baisser la tête à tant de gens dont une des occupations principales aujourd'hui est de scroller. C'est-à-dire de gaspiller son temps à ne rien voir ni faire. Récemment, sur une place de Blois, j'ai croisé un groupe de six ou sept ados, garçons et filles. Pas un mot échangé. Tous avaient le pouce et le nez sur leur téléphone. Ailleurs, sur une voie verte, une jeune fille trainait sa trottinette entre ses pieds, le nez sur son téléphone, aveugle aux cyclistes qui arrivaient en face.

Génération Tête Baissée / Génération Où est ton poing levé ? 
Génération Tête Baissée / Relève la tête
Génération Tête Baissée / Comment savoir si t'as de beaux yeux
Camille (sur son nouveau et superbe album "The Sound of milk"

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/09/16/dans-l-indre-la-maire-et-les-adjoints-d-un-village-demissionnent-pour-contester-le-projet-de-data-center-de-google_6775245_3234.html 
(2) Etienne Le Page, "Data centres - Ce projet qui échauffe les Marseillais", Charlie Hebdo, 2.9.2026.

Aucun commentaire: