vendredi 3 juillet 2026

Incompréhensible

Voilà dix ans qu'il vit en France, au Blanc dans l'Indre, qu'il y travaille sept jours sur sept dans le restaurant qu'il a racheté à son oncle et dans lequel il emploie une personne pour le seconder. En 2020, il a introduit une demande de carte de séjour . Elle lui a été refusée cinq ans plus tard par le tribunal administratif de Limoges. L'Etat vient de lui remettre un ordre de quitter le territoire français (OQTF) complété d'un billet d'avion : le 11 juillet, il est sommé de rentrer au Vietnam, son pays d'origine.
Personne ne comprend les raisons de cette expulsion.
"C’est la générosité faite homme, dit de lui sa serveuse dans La Nouvelle République (1). Il ne fait rien de mal, il travaille énormément, participe à la vie économique de la commune, a toujours un mot gentil."
Hier, nous étions deux cents à deux cent cinquante à soutenir Trung Hieu Nguyen Hoang dans les rues du Blanc. Il a été très longuement applaudi et a remercié, en pleurant, tous ses soutiens.
Mais la préfète est inflexible : "je suis sereine par rapport à cette décision, que j’assume totalement", a-t-elle déclaré à la NR.
Voilà donc un homme parfaitement intégré en France que l'Etat va envoyer dans une dictature où le moindre opposant est emprisonné et torturé et qui figure, selon Amnesty International, parmi les principaux pays au monde à exécuter les condamnés. Et l'Etat français, qui se targue d'être le pays des droits de l'homme, ne cesse d'exhorter ses habitants à créer de l'activité économique. Cherchez l'erreur. Ou la bêtise.

Les discours excluants de l'extrême droite gagnent la droite : il faut absolument renvoyer les étrangers sous OQTF, montrer sa détermination, faire du chiffre. "C'est un sujet qui permet de cliver très fort, et c'est exactement ce qui attire les politiciens", estime l'historien Patrick Weil (2). "Il y a, dit-il encore, un certain nombre de gens qui ne reçoivent pas de titre de séjour, pour tout un tas de raisons, et qui restent ici en situation irrégulière - j'estime ce chiffre autour des 100 000, même si c'est, par définition, difficile à mesurer. Ça fait moins de 0,1% de toutes les personnes entrées en France qui restent illégalement, on est quand même loin du raz de marée !"
Patrick Weil indique que sur les 124 000 OQTF délivrées en 2024, "il y en a approximativement 110 000 qui concernent des gens qui ne présentent aucun danger. L'immense majorité de ces gens travaillent. Quand ils reçoivent une OQTF, leur patron - qui a besoin d'eux - va les aider à faire un recours, payer un avocat, ce qui va encombrer les tribunaux et multiplier les procédures. Et face à ça, la préfecture n'a même pas les moyens d'envoyer quelqu'un en justice pour défendre sa propre OQTF ! Résultat, personne n'a  la capacité ni le temps d'essayer d'expulser les quelques milliers de personnes réellement dangereuses."
Pour son malheur, Trung Hieu Nguyen Hoang est son propre patron. Il n'a que ses clients pour le défendre.
Sa cuisine thaïe et vietnamienne menace-t-elle la gastronomie française ?