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vendredi 14 janvier 2022

Toi même !

L'insulte se porte bien. La menace et la haine aussi. Voici le temps où il est normal de haïr les élus, surtout ceux de la majorité. Ils sont responsables de l'état de la société, du passe sanitaire, du vaccin, du virus sans doute. Il n'est donc que normal de les insulter, de les menacer - même de mort, même de les découper en morceaux -, normal de les bousculer, d'assiéger leur domicile, de les agresser, de leur jeter des algues et des pierres, de leur arracher leur masque. Il est devenu normal aussi de s'en prendre aux soignants qui travaillent dans des centres de vaccination. Ceux qui essaient de sauver des vies sont menacés de mort. Voici le temps des hyènes vociférantes, celui des ensauvagés si sûrs d'eux-mêmes, qui entendent non seulement faire ce qu'il leur plaît, mais surtout empêcher une politique de santé publique cohérente. 
L'Assemblée nationale a décidé de déposer plainte systématiquement pour toute menace contre les élus de la nation.
Comme beaucoup d'autres, Jean-Luc Mélenchon en a été victime et à raison s'en est plaint. Sauf que le MélenChe avait lui-même traité, en 2018, des journalistes de France Info de menteurs, de tricheurs et d’abrutis. "Pourrissez-les partout où vous pouvez”, s'était-il écrié. Il vient d'être condamné pour injure publique et diffamation envers Radio France (1). Le leader maximo a une conception de la presse très particulière et des indignations à géométrie variable. Les menaces qu'il a lancées hier lui reviennent aujourd'hui en boomerang. Il s'en offusque.

Zemmour, lui, a bâti sa réputation sur l'agression. Journaliste chroniqueur, il s'est fait connaître en conspuant un système qui l'a fabriqué, en crachant sur les migrants, sur les femmes, sur les journalistes, sur tous ceux qui ne sont pas et ne pensent pas comme lui. "J’étais l’un d’entre vous, dit-il en s'adressant aux journalistes (2), mais j’étais différent aussi. Pour trois raisons : j’étais de droite ; ensuite, je parlais, j’écrivais le français, alors que votre langue maternelle est le politiquement correct ; enfin, j’étais populaire », alors que les journalistes, poursuit-il, seraient les hommes et les femmes « les plus détestés de France ». Si on arrive à le suivre, on doit donc comprendre qu'il est  en France le seul journaliste populaire et de droite, au contraire de tous les autres. Il n'imagine pas une seconde que s'il est effectivement populaire auprès de certains, il a surtout réussi à se faire haïr de beaucoup d'autres. Il est sûr que demain, quand il trônera à l'Elysée, les journalistes s’adresseront à lui "avec respect, admiration, sollicitude et même un brin d’hypocrisie ". Visiblement, cet homme exceptionnel qui incarne à la fois la prétention et l'abjection a un modèle: l'ex-président américain Trump. On l'appellera dès lors Suffisant II.

L'animateur Laurent Ruquier, lui, s'en est pris samedi dernier dans son émission "On est en direct" (France 2) aux médecins. " C'est pas en attirant l'attention sur les non-vaccinés qu’on va me faire oublier ceux que moi j'ai vraiment envie d'emmerder: c'est tous les médecins qui au lieu d'être dans les hôpitaux sont sur les plateaux depuis deux ans à nous raconter connerie sur connerie." (3) C'est un spécialiste qui nous le dit: la connerie est affaire de professionnels. Ruquier n'aime pas qu'on marche sur ses platebandes. La connerie est réservée à ces chroniqueurs qui sur les plateaux télé parlent de tout pour dire n'importe quoi, ont un avis tranché sur tous les sujets et sont à mille lieues d'imaginer qu'un expert, qu'il soit médecin ou autre, puisse informer sur un sujet complexe ou faire de la pédagogie.  

Résumons-nous: la nuance et la complexité ne sont pas à la mode.

Post-scriptum : les meutes de chiens se multiplient : https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/01/15/c-est-l-afp-niquez-les-ces-fils-de-pute-une-equipe-de-l-agence-france-presse-agressee-a-paris-lors-de-la-manifestation-anti-passe_6109655_3224.html

(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/melenchon-condamne-pour-injure-publique-et-diffamation-envers-radio-france_fr_61dd89d7e4b0bcd219649fb2 
(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/01/10/presidentielle-2022-eric-zemmour-critique-les-journalistes-professionnels-les-plus-detestes-de-france_6108932_823448.html 
(3) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-10-janvier-2022


lundi 21 juin 2010

Presse citron

Ah, la presse! Le quatrième pouvoir, dit-on. Espace de défouloir, parfois. Ces derniers jours, elle m'a sensiblement agacé.
Les déclarations sans intérêt de Jean-Michel Javaux concernant sa vie privée étaient des réponses à des questions stupides posées par des journalistes. Ces réponses sont aussitôt exploitées par d'autres journalistes pour le condamner. Selon certains (la Libre Belgique notamment), c'était là ce qu'il fallait retenir de sa campagne. Je me souviens qu'étant candidat, j'avais été sollicité pour répondre à des questions tout aussi idiotes: vin ou bière? moules ou frites? slip ou caleçon? brune ou blonde?). J'avais manifesté auprès de la journaliste mon peu d'intérêt pour ce genre de question. mais elles étaient posées à tous les autres candidats et ils y avaient tous répondu, m'avait-elle dit. Il s'agissait juste de donner un petit côté sympa au portrait. Alors, pour ne pas paraître bégueule ou pudibond, j'avais accepté...
Je me souviens qu'un de mes amis, qui fut brièvement secrétaire fédéral Ecolo, avait été sollicité, ainsi que ses collègues, pour poser pour des photos mises en scène. Tous trois étaient plus que réticents. Ils avaient fini par accepter, à la condition qu'ils donnent leur accord au moment de la publication et que les photos soient pertinentes par rapport à la thématique abordée dans l'article. Ils n'en ont plus entendu parler. Mais, quelques années plus tard, ils ont retrouvé ces photos dans un article dénonçant les mises en scène auxquelles se livrent les politiques...
Sur le site d'un quotidien belge francophone (j'ai oublié lequel) défilaient le 13 juin au soir les messages twitter d'élus. Karine Lallieux nous faisait savoir qu'elle quittait le plateau de RTL. Puis, qu'elle se rendait sur celui de la RTBF. Voilà ce qu'on appelle une information passionnante.
Le site du journal Le Soir nous invitait à voter pour l'événement majeur de la campagne.
Et voilà que l'Avenir-Courrier de l'Escaut, se substituant à l'enquête publique, lance un référendum pour savoir si nous souhaitons ou non qu'Holcim ouvre une nouvelle carrière.
Au JT de France2, une caméra s'attarde sur des femmes en pleurs qui prient pour leurs disparus dans une église du Var. Elles sont filmées de dos, de profil et - enfin! - de face.
Nord Eclair fait très fort: il publie une lettre anonyme critiquant l'échevin tournaisien de la Mobilité, Michel Leclercq, pour le nouveau plan de mobilité de la ville. Le courrier en question, selon LLB du 19 juin, évoque des menaces d'ordre matériel sur le véhicule de l'échevin. La lettre est signée par le MAL: Mouvement anti-Leclercq. Quand les corbeaux picorent dans le caniveau...
J'arrête là. Je sens que je vais encore me faire des amis parmi les journalistes...