Faut-il croire que tout le monde s'en fait déjà une raison ? On nous l'annonce de plus en plus comme une certitude : le Rassemblement national arrivera au pouvoir en France en 2027. Comme s'il s'agissait là d'une évolution inéluctable. Comme si rien ne pouvait l'empêcher. Comme si sa fascination pour Trump et Poutine, deux des pires personnages de l'Histoire contemporaine, n'était pas rédhibitoire. Comme si son amitié avec Orban ne devait pas nous amener à le rejeter. Comme si ses casseroles judiciaires ne comptaient pas. Comme si l'odeur de renfermé et de moisi qu'il dégage ne nous faisait pas tourner de l'œil.
Certains s'adaptent déjà. Ou en tout cas préparent le terrain.
"Le 7 avril, au restaurant Drouant, raconte Jean-Mathieu Pernin dans Franc-Tireur (1), elle (Marine Le Pen) était l’invitée du club Entreprise et Cité, une réunion sélecte du CAC 40. Le temps d’une soirée, elle a pu fréquenter la crème de l’économie française, un milieu dont les portes lui sont longtemps restées fermées. Parmi les patrons présents, Patrick Pouyanné, dirigeant de TotalEnergies, Cyrille Bolloré, troisième fils du milliardaire, ou encore Bernard Arnault, P-DG de LVMH, qui, jusqu’ici, avait toujours fait connaître son refus de recevoir des membres du RN. Tous ont écouté avec attention le discours de Marine Le Pen, sans caméras, ni micros présents. (...) Du papier glacé racheté par ses alliés, aux multinationales, en passant par l’aristocratie, le RN n’est plus seulement le chouchou des classes populaires, il se banalise chez les élites."
Hier, les dirigeants du Medef recevait à déjeuner le président du RN, Jordan Bardella, le petit gars qui vient du peuple et roucoule avec une aristo.
"Cela ne veut pas dire, estime Françoise Fressoz dans Le Monde (2), que tout le patronat a cédé aux sirènes du RN, qui apparaît aujourd’hui comme le grand favori pour l’élection présidentielle de 2027. Cela veut clairement dire, en revanche, qu’une digue a sauté, comme le notait, dimanche 19 avril, Marylise Léon, sur France Inter : au nom de la seule défense de ses intérêts économiques, une partie du monde patronal n’hésite pas à frayer avec un parti qui fait de la préférence nationale le pilier de sa politique et qui nourrit à l’égard des syndicats une méfiance ayant de quoi les alerter. "
Ces rencontres entre grand capital et parti du peuple n'ont rien d'étonnant. Après tout, l'argent n'a pas d'odeur et le RN, parti affairiste, aime l'argent. Quel intérêt le RN a-t-il pour le peuple naïf et grugé ? Aucun, sinon capter ses voix. Quel intérêt le grand patronat porte-t-il au RN ? Il sait que ce n'est pas ce parti qui l'empêchera de faire plus d'argent encore. On ne peut dire que les uns et les autres sont sans foi ni loi. Ils ont foi en l'argent et leur loi est celle du plus fort.
Dans "Ici sont les dragons - 2e époque" du Théâtre du Soleil, on les voit, ces hommes d'affaires serviles qui discutent de la montée du nazisme en se frottant les mains : ce Hitler, ils vont le soutenir, convaincus qu'il ne sera entre leurs mains qu'une marionnette qui leur permettra de faire de meilleures affaires encore.
(1) https://www.franc-tireur.fr/rassemblement-national-princesse-et-patrons
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html
1 commentaire:
Ce qui sidère c'est que des gens semblent prêts à donner les clefs de la baraque à un parti qui collectionne les condamnations et les procédures judiciaires depuis l'ère JMLP de sinistre mémoire.
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