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mardi 21 avril 2026

De bonnes affaires

Faut-il croire que tout le monde s'en fait déjà une raison ? On nous l'annonce de plus en plus comme une certitude : le Rassemblement national arrivera au pouvoir en France en 2027. Comme s'il s'agissait là d'une évolution inéluctable. Comme si rien ne pouvait l'empêcher. Comme si sa fascination pour Trump et Poutine, deux des pires personnages de l'Histoire contemporaine, n'était pas rédhibitoire. Comme si son amitié avec Orban ne devait pas nous amener à le rejeter. Comme si ses casseroles judiciaires ne comptaient pas. Comme si l'odeur de renfermé et de moisi qu'il dégage ne nous faisait pas tourner de l'œil.
Certains s'adaptent déjà. Ou en tout cas préparent le terrain.
"Le 7 avril, au restaurant Drouant, raconte Jean-Mathieu Pernin dans Franc-Tireur (1), elle (Marine Le Pen) était l’invitée du club Entreprise et Cité, une réunion sélecte du CAC 40. Le temps d’une soirée, elle a pu fréquenter la crème de l’économie française, un milieu dont les portes lui sont longtemps restées fermées. Parmi les patrons présents, Patrick Pouyanné, dirigeant de TotalEnergies, Cyrille Bolloré, troisième fils du milliardaire, ou encore Bernard Arnault, P-DG de LVMH, qui, jusqu’ici, avait toujours fait connaître son refus de recevoir des membres du RN. Tous ont écouté avec attention le discours de Marine Le Pen, sans caméras, ni micros présents. (...) Du papier glacé racheté par ses alliés, aux multinationales, en passant par l’aristocratie, le RN n’est plus seulement le chouchou des classes populaires, il se banalise chez les élites."
Hier, les dirigeants du Medef recevait à déjeuner le président du RN, Jordan Bardella, le petit gars qui vient du peuple et roucoule avec une aristo. 
"Cela ne veut pas dire, estime Françoise Fressoz dans Le Monde (2), que tout le patronat a cédé aux sirènes du RN, qui apparaît aujourd’hui comme le grand favori pour l’élection présidentielle de 2027. Cela veut clairement dire, en revanche, qu’une digue a sauté, comme le notait, dimanche 19 avril, Marylise Léon, sur France Inter : au nom de la seule défense de ses intérêts économiques, une partie du monde patronal n’hésite pas à frayer avec un parti qui fait de la préférence nationale le pilier de sa politique et qui nourrit à l’égard des syndicats une méfiance ayant de quoi les alerter. "

Ces rencontres entre grand capital et parti du peuple n'ont rien d'étonnant. Après tout, l'argent n'a pas d'odeur et le RN, parti affairiste, aime l'argent. Quel intérêt le RN a-t-il pour le peuple naïf et grugé ? Aucun, sinon capter ses voix. Quel intérêt le grand patronat porte-t-il au RN ? Il sait que ce n'est pas ce parti qui l'empêchera de faire plus d'argent encore. On ne peut dire que les uns et les autres sont sans foi ni loi. Ils ont foi en l'argent et leur loi est celle du plus fort.

Dans "Ici sont les dragons - 2e époque" du Théâtre du Soleil, on les voit, ces hommes d'affaires serviles qui discutent de la montée du nazisme en se frottant les mains : ce Hitler, ils vont le soutenir, convaincus qu'il ne sera entre leurs mains qu'une marionnette qui leur permettra de faire de meilleures affaires encore. 

(1) https://www.franc-tireur.fr/rassemblement-national-princesse-et-patrons
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/21/une-partie-des-patrons-n-hesitent-pas-a-frayer-avec-le-rn-qui-nourrit-a-l-egard-des-syndicats-une-mefiance-ayant-de-quoi-les-alerter_6681956_3232.html




jeudi 18 octobre 2018

Grands désespérés

Le climat change et les catastrophes se succèdent et se succèderont. Mais qui s'en soucie?
Pas les élus et les chefs d'entreprise de Saint-Etienne chez qui l'annonce de l'abandon de la construction d'un tronçon d'autoroute entre leur ville et Lyon suscite un "grand désespoir". Ces élus et ces chefs d'entreprise nous désespèrent. Ils sont "furax", nous dit la journaliste de France Inter (1), d'apprendre que cette voie de 47 km ne se fera pas. Jugé peu compatible "avec la tragédie écologique", ce projet d'A45 a été enterré par la Ministre des Transports. Aussi délicat qu'un Mélenchon face à des policiers qui le perquisitionnent, un cadre du Medef a déclaré: "qu'ils aillent se faire foutre". C'est précisément ce qui nous arrive et nous arrivera à tous: se faire foutre par le dérèglement climatique entretenu par le Medef et tous ses correspondants et leurs soutiens à travers le monde. "Une erreur historique", disent les pro-A45, sans penser une seconde que c'est l'inverse, la création de l'autoroute, qui serait aujourd'hui une erreur historique.
A Limoges s'est créé un "Comité de salut climatique", référence au Comité de salut public, premier organe du gouvernement révolutionnaire mis en place en 1793 par la Convention pour faire face aux dangers qui menaçaient alors la République. Lors d'une récente conférence, ce Comité rappelait qu'il faut s'attendre en Limousin, comme ailleurs, à une rareté de l'eau, à la sècheresse, à des canicules fréquentes, à un impact majeur sur la faune et la flore. "Quand ça va devenir difficile chez nous, c'est que ce sera carrément invivable ailleurs", selon Jean-Jacques Rabache, le directeur de Limousin Nature Environnement. Jean-Louis Pagès qui anime ce Comité estime que "à force de dire qu'il y a des solutions, on finit par oublier qu'il y a des problèmes à régler. La léthargie collective doit cesser". Il est urgent d'agir, renchérit Nicolas Thierry, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine en charge de la biodiversité: "le citoyen a principalement deux cartes entre les mains: la première, c'est sa carte de crédit pour faire des choix éclairés en tant que consommateur. L'autre, c'est sa carte d'électeur." 
Mais ils sont nombreux en politique et plus encore dans les milieux économiques ceux qui pensent vivre encore dans les années '60, ceux qui croient encore que les voitures et les autoroutes sont facteurs d'un développement dont ils ne veulent pas voir la fin, ceux qui n'ont fait que multiplier les "erreurs historiques". Au risque de voir l'histoire s'arrêter. 
Disons-le tranquillement: qu'ils aillent se faire foutre.

(1) Journal de 8h, ce 18 octobre 2018.
(2) "La fin d'un monde et l'espoir d'un autre", Le Populaire du Centre, 17.10.2018.



mardi 29 octobre 2013

Fort minables

Qui sort gagnant, qui sort grandi de la décision du gouvernement français de report des "écotaxes" ? A ce jeu-là, tout le monde a perdu. Et seule l'extrême droite et l'ultra libéralisme risquent de gagner une fois encore.  Les agriculteurs français, et bretons en particulier, sont perdants, quoi qu'ils croient, autant que les politiques, de gauche comme de droite qui, hors le ridicule et le consternant, n'ont rien gagné. 
Le P.S. et le gouvernement, avec cette xième reculade face à l'obstacle, font le jeu de la droite et surtout de sa nuisible extrémité. 
L'U.M.P., qui est elle-même à l'origine de ces écotaxes (une des décisions d'un "Grenelle de l'environnement" qui en prit si peu), se couvre de ridicule, en reprochant au gouvernement à la fois l'application et la non-application de cet "impôt Borloo".
Les écologistes ne devraient plus avoir d'autre choix que de quitter ce gouvernement sans gouvernail.
On trouve d'autres gagnants du côté du MEDEF et de la FNSEA. Ce ne sont pas les agriculteurs, bretons ou autres, qui ont été entendus, mais le secteur agro-alimentaire, un des fleurons de ce capitalisme absurde et destructeur qui fait circuler des porcs, du maïs et des tomates d'un bout à l'autre de l'Europe. Les écotaxes avaient pour ambition d'essayer de changer, un peu, la tendance, d'aider à un transfert modal de la route vers la voie d'eau et le chemin de fer, d'éviter les déplacements idiots et inutiles, de relocaliser l'activité agro-alimentaire.
"Trop de marchandises transitent par camion en France", rappelait voici quelques jours Pascal Riché, directeur de la rédaction du Rue89 (1): "c'est polluant, cela émet des gaz à effet de serre, cela congestionne les routes. L'idée de l'écotaxe est de remédier à ces problèmes, en favorisant le fret ferroviaire, le fret fluvial et en favorisant, par de nouveaux investissements, une relocalisation de l'économie: est-il logique qu'un porc breton parte en Allemagne pour revenir sous forme de tranches de jambon dans les grandes surfaces? Ne serait-il pas plus malin d'investir localement dans la salaisonnerie?"
Défendant cet "impôt intelligent", Pascal Riché constate que "l'écotaxe doit conduire à une majoration moyenne de l'ordre de 4,1% du coût du transport. Pour un camembert, cela représente un centime".
Les Bretons allaient devoir payer des écotaxes "aménagées" en fonction de leur position excentrée. Mais c'était toujours trop pour le puissant secteur de l'agro-alimentaire.  "Avec cinq fois plus de cochons que de Bretons, conclut Pascal Riché, la région est bien avancée. Du porc bas de gamme, des poulets bas de gamme et des flots de lisier qui viennent polluer la nappe phréatique et bloquent le développement du tourisme: est-ce là le modèle de développement que désirent les Bretons?"
En attendant, ces Bretons ont eu raison, pour un temps ou pour longtemps, des écotaxes.

A ce jeu fort minable, personne n'est formidable. Sinon au sens étymologique du mot : "qui inspire ou est de nature à inspirer une grande crainte" (2). On éprouve effectivement une grande crainte pour la politique et l'environnement. Que nous disent les politiques de tous bords (les écologistes mis à part, du moins José Bové (3) et Noël Mamère (4))? Ne changeons surtout rien à nos pratiques et ne nous mettons personne à dos, les voix à gagner aux prochaines municipales le valent bien. Et allons donc tous dans le mur. Pas en chantant, mais en pleurnichant.

(1) www.rue89.com/2013/10/27/bretagne-pourquoi-hollande-doit-tenir-bon-lecotaxe-246971
(2) le petit Robert
(3) Journal de France Inter, 28 octobre 2013, 13h.
(4) Journal de France Inter, 29 octobre 2013, 13h.