Il fut un grand intellectuel, un résistant durant la Seconde guerre mondiale, un militant communiste viré du PCF pour avoir été trop critique vis-à-vis de l'URSS et de l'antisémitisme et de la terreur qui y régnaient. Edgar Morin est mort à près de 105 ans. Penseur, chercheur, sociologue, il s'intéressait à tout, à la politique, à l'éthique, à l'Europe, à l'adolescence, au phénomène yéyé, au sport, il fut l'un des premiers, dans les années '70, à réfléchir à la nécessité de l'écologie. "La révélation foudroyante des bouleversements est que tout ce qui semblait séparé est relié, puisqu'une catastrophe sanitaire catastrophise en chaîne la totalité de tout de ce qui est humain", écrivait-il encore en 2020 en plein confinement (1).
On le présente comme le théoricien de la complexité, le penseur de la totalité. Un peu partout, on a applaudi "la cohérence de cette vision globalisante de l'humanité et de son avenir". Certains détracteurs cependant lui ont reproché "un fragile et acrobatique bricolage intellectuel" (1).
Cette complexité qui fut son socle, il l'a parfois piétinée. Par exemple, rappelle Caroline Fourest (2), quand il prenait le parti de son ami Tariq Ramadan, avec qui il a écrit deux livres, mettant en doute les accusations d'agression sexuelle qui concernaient le prédicateur : « A-t-il violé trois femmes ou ont-elles violé trois fois la vérité ?». Ou quand il servait de caution intellectuelle aux élucubrations de Didier Raoult. Dans ses mémoires, rappelle encore Caroline Fourest, Edgar Morin "revendique fièrement avoir été (durant son adolescence) un agresseur sexuel, qui adorait se frotter contre les femmes dans le métro".
On voit par là qu'il ne faut sanctifier personne.
(1) Pierre Lepape et Juliette Cerf, "Penseur sans frontières", Télérama, 10.6.2026.
(2) Caroline Fourest, "Sacré Edgar", Franc-Tireur, 3.6.2026.
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