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vendredi 6 février 2026

Pollueurs provocateurs

Les agriculteurs de la Coordination rurale, ce syndicat agricole d'extrême droite, ont besoin d'être en colère. Ils viennent de s'en trouver un nouveau motif. Ils ne veulent pas de la nouvelle directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB), chargée de "la mobilisation de la société". Cette nomination est, pour eux, une "provocation", du fait de "son parcours de militante écologiste extrémiste".
Eux détestent l'extrémisme. C'est pour le dire qu'après avoir pollué il y a peu les façades et les abords d'Indre Nature et de la MSA, ils ont, mardi dernier, déchargé des dizaines de bottes de paille devant l’entrée des bureaux de l'OFB à Châteauroux et les véhicules stationnés devant. "Ils ont balancé du fumier sur les fenêtres du bâtiment et déversé de la paille sur plusieurs voitures de l’OFB", rapporte La Nouvelle République (1). Selon eux et les chasseurs qui les accompagnaient, le gendarme de l'environnement qu'est l'OFB est trop répressif. Le préfet de l'Indre leur a rappelé que le nombre d’infractions d’agriculteurs relevé par l’OFB en 2025 était "inférieur à cinq ". C'est toujours trop pour eux. Les militants d'extrême droite passe leur temps à réclamer plus de sécurité mais jamais quand ça les concerne. Il faut les laisser tranquilles, eux qui ne supportent pas qu'on évoque le terme écologie. Il est synonyme pour eux de radicalité. Eux ne sont pas radicaux. Ils détestent ça. C'est pourquoi hier ils ont remis le couvert à Poitiers.
"Des dizaines de bennes de déchets ont été déversées devant la préfecture et l’Office français de la biodiversité (OFB) en soirée (2)" : fumier, paille, pneus de tracteurs, plastiques, etc. C'est devenu une habitude chez eux de se débarrasser de leurs déchets sur la voie publique. On ne compte plus les ronds-points où été brûlés ces types de déchets par ces gens que la radicalité indispose. Ailleurs, ils ont aussi empêché - sans qu'on comprenne le lien - des radars de fonctionner, ici en les emballant ou en les entourant de pneus de tracteurs, là en déversant par-dessus des débris de macadam. C'est le cas du côté de Lussac-les-Châteaux (86), là où un radar jouait un rôle bienvenu de ralentissement dans une courbe étroite en pleine agglomération. La sécurité routière est sans doute trop radicale pour eux. Et la sécurité des riverains n'est pas leur souci.

Tour à tour, la Confédération paysanne (autre syndicat agricole), Indre Nature, la Fédération des pêcheurs de l'Indre, les Ecologistes, d'autres encore ont fustigé ces attitudes agressives, ces intimidations et ces pollutions. Et déplorent "l’absence de réaction de la puissance publique".  Les Ecologistes constatent que "aucune demande de remboursement pour les remises en état, aucune plainte pour trouble à l’ordre public [n’a été faite]. Cette situation traduit pour nous une sorte d’immunité de certaines mobilisations agricoles, énième expression du “ deux poids deux mesures ” […] Nous refusons la banalisation de la violence à l’encontre des acteurs institutionnels et associatifs de la protection de l’environnement" (3).
Pour ces agriculteurs très trumpistes, la nomination d’Anne Le Strat n’est qu’un prétexte. "L’objectif réel est bien de remettre en cause le principe même d’une police de l’environnement. Inacceptable !"
En novembre dernier, le président de la Coordination rurale avait affirmé : "Les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau". 
Qui est provocateur sinon ces agriculteurs qui menacent les écolos et balancent sans être inquiétés leurs déchets polluants en affirmant être de pauvres victimes ? 

Post-scriptum :
"Le philosophe slovène Slavoj Zizek observe que la déliquescence de l’Etat de droit passe souvent par des situations où la loi n’est plus guère qu’une façade symbolique, où l’Etat garantit, sans le dire, à certains groupes sociaux un régime d’exception et où, les concernant, la règle de droit est comme « suspendue ». Toutes proportions gardées, c’est une autre analogie entre le MAGA de Donald Trump et le « Make Agriculture Great Again » tricolore."
Stéphane Foucart, Le Monde,

jeudi 4 décembre 2025

Fausses études, vraie peste

Les pesticides sèment la peste. Nombre d'études médicales l'attestent. Mais quantité de paysans veulent garder la tête dans le sable. Business as usual, voilà leur credo. Surtout ne rien changer à des pratiques dont ils sont souvent les premiers à souffrir.
Certains d'entre eux ont d'ailleurs créé il y a près de quinze ans une structure nationale pour venir en aide à l’ensemble des professionnels (agriculteurs, pépiniéristes, viticulteurs) victimes des pesticides : Phyto-Victimes (1). 

Récemment, le collectif Stop-Pesticides a installé quelque trois cents panneaux « Les pesticides tuent ! »  à l’entrée de différentes communes de l’Indre. Une centaine d'autres devraient s'y ajouter.
Dans un communiqué, relate La Nouvelle République (2), "le collectif a annoncé avoir commencé un mouvement « de sensibilisation de la population sur les dangers des pesticides » et a rappelé plusieurs effets néfastes des pesticides qui « tuent des insectes », « tuent des oiseaux » et « tuent des humains ». « Les pesticides et leurs résidus (métabolites) s’accumulent dans les organismes vivants et se retrouvent dans la chaîne alimentaire avec des conséquences établies sur la santé. Les médecins et scientifiques de plus en plus nombreux dénoncent l’arrivée “ d’un tsunami de cancers ” », explique le communiqué, qui dénonce également la pollution engendrée par ces pesticides."
Le syndicat agricole Coordination rurale de l'Indre (proche de l'extrême droite) a annoncé, nous dit encore La Nouvelle République, "qu'il avait commencé à retirer plusieurs de ces pancartes avec lesquelles il était en désaccord". Que les membres de la Coordination rurale ne voient pas de problème à s'empoisonner eux-mêmes, soit, mais ils devraient quand même comprendre que la population ne le tolère pas qu'ils se plaisent à empoisonner les autres. A moins que, comme le Rassemblement national, il ne s'agisse que d'un mouvement très nombriliste, fermé sur lui-même, qui ne voit que ses propres intérêts et refuse toute vision d'avenir. Les anti-système sont souvent les plus fervents soutiens du système.

Aujourd'hui, Le Monde nous apprend (3) que la revue Regulatory Toxicology and Pharmacology a annoncé avoir retiré de ses archives une étude de 2000 qui concluait à la sûreté du Glyphosate. En fait, "les réels auteurs de l’article ne seraient pas ses signataires – Gary M. Williams (New York Medical College), Robert Kroes (Ritox, université d’Utrecht, Pays-Bas) et Ian C. Munro (Intertek Cantox, Canada) –, mais plutôt des cadres" de la société Monsanto. Il s'agit là de « ghostwriting » (littéralement « écriture fantôme »), une forme de fraude scientifique. "Elle consiste, écrit encore Le Monde, pour certaines firmes, à rémunérer des chercheurs afin qu’ils acceptent de signer des articles de recherche dont ils ne sont pas les auteurs. La motivation est simple : lorsqu’une étude s’avère favorable à un pesticide ou à un médicament, elle apparaît bien plus crédible si elle n’est pas signée par des scientifiques de la société qui le commercialise."
Dans une enquête qu'il a menée, "Le Monde avait identifié d’autres articles « ghostwrités », dans les revues Critical Reviews in Toxicology ou encore Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B. Aucun n’a été rétracté."
Gageons que ces pratiques frauduleuses et dangereuses n'amèneront pas la Coordination rurale à sortir sa tête du sable.

(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/pourquoi-des-pancartes-contre-les-pesticides-ont-ete-installees-partout-dans-l-indre-1764685332
(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/12/03/glyphosate-l-une-des-plus-influentes-etudes-garantes-de-la-surete-de-l-herbicide-retractee-vingt-cinq-ans-apres-sa-publication_6655817_3244.html
Le titre en une du Monde de ce jour est le suivant : "PFAS : contamination générale de l'eau potable".