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vendredi 6 février 2026

Pollueurs provocateurs

Les agriculteurs de la Coordination rurale, ce syndicat agricole d'extrême droite, ont besoin d'être en colère. Ils viennent de s'en trouver un nouveau motif. Ils ne veulent pas de la nouvelle directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB), chargée de "la mobilisation de la société". Cette nomination est, pour eux, une "provocation", du fait de "son parcours de militante écologiste extrémiste".
Eux détestent l'extrémisme. C'est pour le dire qu'après avoir pollué il y a peu les façades et les abords d'Indre Nature et de la MSA, ils ont, mardi dernier, déchargé des dizaines de bottes de paille devant l’entrée des bureaux de l'OFB à Châteauroux et les véhicules stationnés devant. "Ils ont balancé du fumier sur les fenêtres du bâtiment et déversé de la paille sur plusieurs voitures de l’OFB", rapporte La Nouvelle République (1). Selon eux et les chasseurs qui les accompagnaient, le gendarme de l'environnement qu'est l'OFB est trop répressif. Le préfet de l'Indre leur a rappelé que le nombre d’infractions d’agriculteurs relevé par l’OFB en 2025 était "inférieur à cinq ". C'est toujours trop pour eux. Les militants d'extrême droite passe leur temps à réclamer plus de sécurité mais jamais quand ça les concerne. Il faut les laisser tranquilles, eux qui ne supportent pas qu'on évoque le terme écologie. Il est synonyme pour eux de radicalité. Eux ne sont pas radicaux. Ils détestent ça. C'est pourquoi hier ils ont remis le couvert à Poitiers.
"Des dizaines de bennes de déchets ont été déversées devant la préfecture et l’Office français de la biodiversité (OFB) en soirée (2)" : fumier, paille, pneus de tracteurs, plastiques, etc. C'est devenu une habitude chez eux de se débarrasser de leurs déchets sur la voie publique. On ne compte plus les ronds-points où été brûlés ces types de déchets par ces gens que la radicalité indispose. Ailleurs, ils ont aussi empêché - sans qu'on comprenne le lien - des radars de fonctionner, ici en les emballant ou en les entourant de pneus de tracteurs, là en déversant par-dessus des débris de macadam. C'est le cas du côté de Lussac-les-Châteaux (86), là où un radar jouait un rôle bienvenu de ralentissement dans une courbe étroite en pleine agglomération. La sécurité routière est sans doute trop radicale pour eux. Et la sécurité des riverains n'est pas leur souci.

Tour à tour, la Confédération paysanne (autre syndicat agricole), Indre Nature, la Fédération des pêcheurs de l'Indre, les Ecologistes, d'autres encore ont fustigé ces attitudes agressives, ces intimidations et ces pollutions. Et déplorent "l’absence de réaction de la puissance publique".  Les Ecologistes constatent que "aucune demande de remboursement pour les remises en état, aucune plainte pour trouble à l’ordre public [n’a été faite]. Cette situation traduit pour nous une sorte d’immunité de certaines mobilisations agricoles, énième expression du “ deux poids deux mesures ” […] Nous refusons la banalisation de la violence à l’encontre des acteurs institutionnels et associatifs de la protection de l’environnement" (3).
Pour ces agriculteurs très trumpistes, la nomination d’Anne Le Strat n’est qu’un prétexte. "L’objectif réel est bien de remettre en cause le principe même d’une police de l’environnement. Inacceptable !"
En novembre dernier, le président de la Coordination rurale avait affirmé : "Les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau". 
Qui est provocateur sinon ces agriculteurs qui menacent les écolos et balancent sans être inquiétés leurs déchets polluants en affirmant être de pauvres victimes ? 

Post-scriptum :
"Le philosophe slovène Slavoj Zizek observe que la déliquescence de l’Etat de droit passe souvent par des situations où la loi n’est plus guère qu’une façade symbolique, où l’Etat garantit, sans le dire, à certains groupes sociaux un régime d’exception et où, les concernant, la règle de droit est comme « suspendue ». Toutes proportions gardées, c’est une autre analogie entre le MAGA de Donald Trump et le « Make Agriculture Great Again » tricolore."
Stéphane Foucart, Le Monde,

dimanche 7 avril 2024

Hypocrisie éternelle

On a parfois du mal à comprendre les décisions politiques. Ou on les comprend trop bien.
On se félicite évidemment que les députés français aient adopté à l'unanimité une proposition de loi restreignant la fabrication et la vente de produits contenant des PFAS, ces substances per- et polyfluoroalkylés, qu'on appelle aussi « polluants éternels » à cause de leur interminable cycle de vie et de leur impact négatif sur la santé. "Le texte, indique Le Monde (1), propose de réduire l’exposition de la population à ces molécules en interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de certains produits qui en contiennent."

On retrouve des PFAS entre autres dans les emballages alimentaires, les textiles et les automobiles. Et aussi dans les poêles en téflon. Mais celles-ci ne sont pas concernées par l'interdiction. Le lobbying des salariés de l'entreprise Seb - qui prétendaient que leurs emplois étaient en jeu - a été payant.
"Le camp présidentiel avait rapidement sorti du périmètre du texte les ustensiles de cuisine, explique Le Monde. La majorité avait d’abord proposé de repousser l’interdiction concernant les ustensiles de cuisine de 2026 à 2030, un compromis rejeté par les écologistes, qui ne voulaient pas aller au-delà de 2027. Le camp présidentiel a répliqué en supprimant purement et simplement l’alinéa concernant ces produits. « Encore une fois », la majorité alliée aux Républicains et au Rassemblement national aura « cédé aux lobbyings [du fabricant] Seb, au détriment de la santé des Français. C’est une honte », ont réagi les députés écologistes."

On repense à l'interdiction de la publicité pour le tabac en Belgique il y a quelque vingt-cinq ans. Les organisateurs d'évènements sponsorisés par une marque de tabac avaient eu un délai de plusieurs années pour se trouver d'autres soutiens. Mais la fédération internationale automobile n'avait rien voulu savoir et menaçait de retirer le grand prix de Spa-Francorchamps de son calendrier des courses de Formule 1. Tous les partis politiques, une partie de la presse et d'innombrables citoyens s'en étaient pris aux écolos accusés de vouloir la mort de la Wallonie, pas moins. L'emploi (direct dans le cas de Seb, indirect dans celui de la F1) et l'électoralisme pèsent plus que la santé et l'environnement. Les élus (des élus) sont faibles. Et hypocrites.

Ceci dit, l'interdiction des PFAS dans les autres produits est naturellement une bonne décision. D'autant qu'elle s'accompagne d'autres mesures : l’application du principe pollueur-payeur, avec une taxe visant les industriels qui rejettent des substances per- et polyfluoroalkylées, l’obligation de contrôler la présence de PFAS dans l’eau potable sur tout le territoire et la fin des rejets aqueux de PFAS dans les cinq ans.

Cette loi - qui doit encore être adoptée par le Sénat - a été votée par 213 députés parmi les 577 que compte l'Assemblée nationale française : 56 de LFI (19 étaient absents), 8 de la Gauche démocrate et républicaine (14 absents), 14 du PS (17 absents), 20 des Verts (1 absent), 56 de Renaissance, le parti macronien, (113 absents), etc. Les 4 LR présents (sur 61) et les 22 RN (sur 88) se sont abstenus (voir tableau dans l'article du Monde). On voit par là que les problèmes de santé publique ne passionnent pas les parlementaires et que ceux de droite et d'extrême droite n'ont pas d'opinion sur cette question sensible. 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/04/04/pfas-les-deputes-adoptent-une-proposition-de-loi-visant-a-reduire-l-exposition-aux-polluants-eternels-sans-interdire-les-ustensiles-de-cuisine-qui-en-contiennent_6225927_3245.html


samedi 6 mai 2023

Un monde fou

Vous plantez des arbres et des arbustes, tant et plus. Vous laissez pousser librement, un peu partout, herbes et fleurs sauvages. Vous respectez les haies. Vous laissez des tas de foin et de branchages pour qu'ils servent d'abris aux animaux. Et puis vous levez le nez. Et un découragement soudain vous tombe sur les épaules en voyant des dizaines de traces de passage d'avions. 
Vous vous souvenez de ce que vous avez entendu ces derniers jours. Air France a augmenté ses tarifs mais ses vols ne désemplissent pas, au contraire. Le nombre de vols de jets privés a explosé. Les voyageurs aériens sont toujours plus nombreux. Les agences touristiques et le commerce français réclament plus de vols au départ de la Chine : les touristes chinois sont de bons clients. 
Vous vous souvenez aussi avoir entendu que les stations de sports d'hiver ont fait le plein cet hiver et que les autoroutes sont saturées lors de tous les longs week-ends de ces semaines-ci.
Vous vous demandez qui sera tenu responsable de ce suicide collectif.



Et, parfois, vous vous dites qu'il vaudrait mieux ne regarder le ciel que la nuit.





mardi 28 février 2023

Du plomb dans la tête

Des nouvelles de Willy le sanglier. On se demandait ce que devenait le président des chasseurs français. Il était accaparé par ses chasses. La saison se termine aujourd'hui. Il va enfin trouver le temps de réfléchir à cette question : comment éviter le saturnisme ? Le Parlement européen a voté en novembre 2020 l’interdiction de l’utilisation de munitions au plomb dans toutes les zones humides d’Europe. (Pourquoi pas partout ?) Le texte a été publié en janvier 2021 pour un début d’application en février 2023.
Willy demande du temps : "près de 80% des armes ne sont pas compatibles avec autre chose que du plomb. (...) On parle de transition écologique, mais nous sommes pris à la gorge. Nous aurions besoin de huit à dix ans pour tout changer." (1) Le roi de l'écologie vient de découvrir qu'il pollue depuis toujours. Personne ne le lui avait dit. Il n'en dort plus. On notera qu'il a déjà perdu plus de deux ans, il aurait pu commencer à réfléchir depuis novembre 2020. Voire depuis toujours. Mais Willy le saturniste a autre chose à faire que réfléchir.
Une suggestion pour l'aider à retrouver le sommeil : cesser la chasse pendant cette période de dix ans. Qu'il prenne tout le temps dont il a besoin pour tout changer.

(1) Paris-Match, 9.2.2023, in Charlie Hebdo, 15.2.2023.

jeudi 10 février 2022

En rire ou en pleurer ?

D'accord, on a tous ses contradictions. Mais quand même...
Le Convoi de la liberté s'est ébranlé hier de Nice et d'autres villes de France. S'inspirant du même convoi canadien, ses membres veulent dire au gouvernement leur opposition au passe vaccinal et aux restrictions sanitaires. Certains entendent aussi en profiter pour dénoncer le prix des carburants. Et que font-ils pour protester ? Marcher ? Rouler à vélo ? Circuler à cheval, à rollers ou à trottinette? Non, rouler en voiture de tous les coins de France jusque Paris, voire Bruxelles. Leur convoi est constitué de voitures individuelles et de motos. Soit une belle source de pollution qui va leur coûter cher. A la planète aussi. Mais la liberté n'a pas de prix. 


vendredi 29 octobre 2021

C'est comment qu'on freine?

L'Homme est un animal curieux. Il apprend lentement et n'aime guère modifier ses habitudes. Il aime vivre comme il a vécu, même si son mode de vie s'apparente à une fuite en avant. 
Depuis quelques décennies, on lui dit que les prix de l'énergie sont ridicules par rapport à leur coût réel. On lui dit que les énergies fossiles vont coûter de plus en plus cher à tous points de vue, économique comme écologique. Mais l'Homme est un animal sourd. Il n'aime pas entendre ce qui le dérange. Aussi s'étonne-t-il aujourd'hui devant la flambée des prix de l'énergie. Elle est aussi inattendue qu'inacceptable, s'indigne-t-il. L'Homme adore s'indigner.

Dans une séquence d'un journal télévisé consacrée à cette hausse des prix, une femme explique que, pour faire face à l'augmentation des tarifs du gaz, les membres de sa famille se voient obligés de diminuer la température ambiante demandée, de porter un pull plutôt que de vivre en t-shirt, de ne chauffer la salle de bains qu'au moment de son utilisation et de ne plus chauffer les chambres. Bref, cette famille découvre le b.a-ba de l'utilisation rationnelle de l'énergie. Dans le même temps, le Ministre français de l'Economie se réjouit de voir la croissance repartir à la hausse et remercie ses compatriotes de consommer autant. Et tant pis si cette croissance s'apparente à un suicide programmé. Le gouvernement et une large partie de la classe politique et économique entendent relancer le programme nucléaire pour répondre à la forte hausse attendue de la consommation d'énergie. Il s'agit de répondre à la demande. Produire toujours plus pour pouvoir consommer toujours plus. Ou consommer toujours plus pour justifier une production sans cesse croissante. Tous les appels au changement radical de mode de vie lancés lors du premier confinement n'ont pas été entendus. L'Homme est un animal sourd et têtu. 

La Ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, affirme cependant la nécessité de "baisser de 40% notre consommation d’énergie”. L'association négaWatt invite à la sobriété et propose dans un récent rapport (1) “d’augmenter le prix de l’aérien, d’interdire progressivement l’ensemble des vols intérieurs lorsqu'une alternative ferroviaire existe, de mettre fin aux ventes de véhicules diesels et essences au plus tard en 2035” ou encore de “réduire la vitesse maximale autorisée sur autoroute à 110 km/h”. La limitation de vitesses ne plaît pas en France. “C’est une mesure qui semble impopulaire et semble être une atteinte aux libertés, mais il faut la voir autrement”, répond Yves Marignac, chef du Pôle énergies nucléaire et fossiles et l’un des auteurs de négaWatt 2022. “Ce qui est encore plus impopulaire que la réduction de vitesse, c’est la pollution, la circulation accrue, les embouteillages, et les accidents mortels”. Pour négaWatt, écrit le HuffPost, limiter la vitesse permet à la fois de réduire la pollution  - qui provoque chaque année 50.000 décès prématurés en France - et de diminuer les dangers de la conduite. Reste que pour inciter à un changement de mode de locomotion, les pouvoirs publics devraient développer d'urgence une nouvelle politique de transport en commun et soutenir l'usage du vélo qui n'est pratiqué, dans trop de campagnes, que le dimanche. Et pour mener ces politiques, taxer beaucoup plus les producteurs d'énergie. A l'heure où on nous annonce que la hausse des prix de l'énergie se poursuivra au moins jusqu'au printemps 2022, le groupe Total a vu ses bénéfices multipliés par vingt-trois. L'Homme, cet animal aveugle, peut-il considérer qu'il s'agit là d'une bonne nouvelle?

A lire: le numéro spécial du Courrier international consacré au climat. "L'avenir nous appartient - Comment lutter contre le dérèglement climatique, de façon individuelle et collective, 28.10.2021. 

(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/reduire-la-vitesse-sur-autoroute-a-110kmh-et-mettre-fin-aux-voyages-a-lautre-bout-du-monde-comment-faire-accepter-la-sobriete-energetique_fr_6177f9b0e4b066de4f67c36d


dimanche 12 avril 2020

Ce vieux monde sourd, aveugle et cupide

La 5G est et sera une horreur pour l'environnement et pour l'humanité (1). Nous manque-t-elle? Evidemment non. Nous vivons très bien sans elle. Et cette période de confinement nous amène à prendre une distance par rapport à cette folie consommatoire dans laquelle nous viv(i)ons. Il est tant de choses qui nous apparaissent aujourd'hui ridicules, totalement dispensables. Dont nous n'avons pas du tout besoin. Alors, cette 5G qu'on veut nous imposer comme le summum du progrès et qui apparaît comme une gigantesque infection néfaste à la nature et à l'humanité, cette 5G, enterrons-la à jamais.

En Belgique, l'IBPT (l'Institut belge des services postaux et des télécommunications) organise une consultation populaire sur l'octroi des permis aux entreprises de télécommunication. Elle sera clôturée le 21 avril. Le collectif Stop 5G, qui regroupe une dizaine d'associations, appelle à utiliser cette consultation pour s'opposer à toute force à ce qui apparaît désormais comme un projet du vieux monde qui nous a mené dans la situation que nous connaissons aujourd'hui.
http://stop5g.be/fr/htm/IBPT-consultation-publique-21avril2020.htm

Post-scriptum:
Une pétition contre la 5G qui avait recueilli 105.000 signatures en Belgique a été effacée d'autorité par change.org sous le prétexte qu'elle enfreindrait "le règlement de la communauté". Vive la démocratie!
https://www.cw-environnement.be/2020/04/11/la-petition-pas-de-5g-belgique-censuree-alors-quelle-avait-recueilli-105-000-signatures/?fbclid=IwAR3ApewIxFQmL7POc23Pre1rS_LhIrFasTK9L_pIGaAL1BanmfjC65JwCyE
Post-scriptum bis. Une bonne nouvelle: la Commune d'Ottignies - Louvain-la-Neuve a stoppé le déploiement de la 5G sur son territoire.
https://www.lalibre.be/economie/digital/la-ville-d-ottignies-louvain-la-neuve-annonce-que-le-deploiement-de-la-5g-est-stoppe-sur-son-territoire-5e95cfbc7b50a63c37ad0ec4

(1) (Re)lire sur ce blog "Restons stupides (et arriérés)", 29.12.2020.
http://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/12/restons-stupides-et-arrieres.html


mercredi 15 janvier 2020

Show must go on

Une bonne partie de l'Australie est en feu et un nuage de fumée aussi large que la superficie de l'Europe plane sur le pays. A Melbourne, le niveau de pollution est classé "dangereux" à cause des fumées. On pourrait croire que l'Open de tennis qui doit y débuter lundi prochain serait annulé. Ce serait faire peu de cas des enjeux financiers en jeu, nous explique-t-on: les droits de retransmission vendus aux télés du monde entier se chiffrent en centaines de millions de dollars.
C'est donc des sportifs qu'on fait peu de cas. Une joueuse slovène a dû abandonner lors des épreuves de qualification, prise de quintes de toux, victime de détresse respiratoire. Le public, peu nombreux et masqué, l'a applaudie à sa sortie du court. Une joueuse colombienne a eu recours à un inhalateur pendant les pauses. "On a l'impression d'être dans un fumoir", déclare un coach. Une Française explique que de sa chambre elle ne peut voir les courts de tennis, noyés dans la fumée. (1)
On voit par là que l'argent n'a pas d'odeur, même pas celle d'un incendie, et que, même s'ils sont bien payés, les joueurs et joueuses de tennis sont des esclaves qui doivent assurer, coûte que coûte, le spectacle du cirque.

how can we dance when our earth is turning?
how can we sleep while our beds are burning?

the western desert lives and breathes
in forty five degrees

Midnight Oil, "Beds are burning" (1986)

(1) France Inter, Journal de 13h, 14.1.2020.

vendredi 5 avril 2019

Un bruit qui court

Il est inquiet, le Donald. Depuis qu'on lui a dit que le bruit des éoliennes provoque le cancer (1), il ne dort plus. Doit-il les laisser tourner? Il s'interroge. Il a une lourde responsabilitité. Surtout s'il veut conserver le titre qu'il s'est décerné: celui de meilleur président de toute l'histoire des Etats-Unis. Mais il a du mal à réfléchir: le bruit de la construction du mur à la frontière mexicaine l'empêche de penser. Sa vie est un enfer. On ne voudrait pas ajouter de la confusion à celle qui est déjà la sienne, mais quand même, on se le demande: l'incessant gazouillis de ses tweets ne participe-t-il pas gravement au dépérissement de notre planète?

(1) https://www.lalibre.be/actu/international/il-parait-que-le-bruit-des-eoliennes-provoque-le-cancer-tempete-face-aux-propos-stupides-de-trump-5ca646f09978e263334456fe

samedi 10 novembre 2018

Du caractère citoyen du coquelicot

Elle a participé vendredi dernier à un rassemblement "Nous voulons des coquelicots" à Reims. Sur les marches en béton brut de la mairie en chantier, elle a eu l'outrecuidance de peindre à la peinture à l'eau quelques coquelicots. Bilan: 15 heures de garde à vue et une convocation au tribunal où elle risque 500 € d'amende et un stage de citoyenneté (1). L'ensemble de ces poursuites est scandaleux et grotesque. Mais un stage de citoyenneté parce qu'on demande l'interdiction des pesticides! Cette infirmière a agi en citoyenne responsable et de tristes sires voudraient lui apprendre ce qu'est la citoyenneté!? 

90% des milliers de prélèvements officiels effectués dans les rivières révèlent la présence de pesticides sous la forme de nombreuses molécules différentes, et 60% dans les nappes souterraines.
Les responsables politiques sont bien conscients des dégâts qu'occasionnent les pesticides de synthèse. Même le président Sarkozy (celui qui trouve que "l'environnement, ça commence à bien faire") entendait s'y attaquer. En septembre 2007, sous son impulsion, un groupe de travail prévoyait un plan de réduction de 50% en dix ans, plan aussitôt contesté par l'industrie chimique et le monde agricole. En est sorti un texte qui annonçait une volonté forte mais sans engagement clair et ferme. D'ailleurs, la FNSEA s'est alors dit satisfaite de ce plan de réduction de l'utilisation des pesticides "sans calendrier".
De 2007 à 2017, la consommation de pesticides n'aura pas baissé de 50%, mais augmenté de 20%.
De 2008 à 2010, les traitements par pulvérisation ont augmenté de 2,6% et de 7% pour les enrobages de semences (chiffres du Ministère de l'Agriculture).
En 2012, l'UIPP (l'industrie produtrice de pesticides) était fière d'annoncer que les épandages de pesticides avaient augmenté de 1,3% et son chiffre d'affaires de 5%.
En juin 2013, l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) publiait une expertise qui relie exposition aux pesticides et cancers de la prostate, lymphones non hodgkiniens, myélomes multiples, maladie de Parkinson.
En 2013, la consommation de pesticides augmentait de 9,2%.
En 2014, un médecin généraliste de Limoges, Pierre-Michel Périnaud, lançait un appel signé par 1200 de ses confrères au sujet des pesticides: "Médecins de terrain, nous avons constaté l'augmentation des maladies chroniques chez nos patients (cancers, troubles de la fertilité, mais aussi maladies neurologiques, diabètes, allergies...). Nous avons aussi constaté que les preuves de la responsabilité de substances chimiques très largement répandues dans notre environnement s'accumulaient."
En 2014, la consommation de pesticides augmentait de 9,4%. Et ce surtout pour les substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques dont on annonçait la fin en 2008.
Le nombre de doses par unité (NODU) a augmenté de 22% entre 2009 et 2015.

Selon des enquêtes officielles, les pommes vendues par la grande distribution continuent d'être pesticidées en moyenne 34 fois de suite. Les tomates plus de 12 fois, plus de 19 pour les vignes de Champagne, plus de 18 pour les pommes de terre.
Récemment, dans un supermarché, j'ai vu des citrons présentés "sans traitement". En plus petit en-dessous, il était indiqué: "après cueillette" (2).

Ne faudrait-il pas imposer des stages de citoyenneté à tous les paysans qui sont en train de transformer des prairies en champs dans lesquels ils cultiveront, avant de le vendre à l'autre bout de la planète, du maïs ou du tournesol qu'ils arroseront copieusement de pesticides? Ne faudrait-il pas imposer des stages de citoyenneté à tous ceux qui roulent à tombeau ouvert avec des voitures qui polluent cent mille fois plus que de la peinture à l'eau? Ne faudrait-il pas imposer des stages de citoyenneté à tous ces élus qui refusent de taxer le kérosène des avions et le carburant des monstres de croisière? A tous ceux qui refusent d'interdire les pesticides qui empoisonnent l'environnement et nos vies? A tous ceux qui cyniquement ne voient que leur intérêt plutôt que l'intérêt général?

Si ce n'est fait, signez et faites signer l'appel
"Nous voulons des coquelicots": https://nousvoulonsdescoquelicots.org

(2) Toutes les informations et les chiffres ci-dessus sont extraits de "Nous voulons des coquelicots", Fabrice Nicolino et François Veillerette, éd. Les Liens qui libèrent, 2018.



vendredi 2 novembre 2018

Si dispensables plastiques

Avons-nous besoin d'une paille (qu'elle soit en plastique ou en papier) pour boire (1)?
Avons-nous besoin de prendre l'avion pour aller passer un week-end à l'autre bout de l'Europe ou deux semaines au soleil des Antilles?
Avons-nous besoin de regarder des films dans un avion (et, en plus, sur des écrans individuels)?
Avons-nous besoin de pansements qui deviennent électroluminescents quand ils détectent des infections dont on peut suivre l'évolution grâce à son smartphone (oui, ça existe)?
Avons-nous besoin de baskets avec des lumières clignotantes?
Avons-nous besoin d'un téléphone individuel?
Avons-nous besoin de deux ou même d'une seule voiture individuelle dans une famille?
Avons-nous besoin de rasoirs, de stylos ou de gobelets jetables?
Avons-nous besoin d'eau en bouteille?
Avons-nous besoin de tant d'emballages pour nos biscuits, nos pizzas, nos salades ou nos fromages?
Avons-nous besoin d'emballages plastiques autour de marchandises posées sur une palette?
Avons-nous besoin de viandes, de vins ou de pommes qui viennent de l'autre bout du monde?
Avons-nous besoin de viande tout court?
Avons-nous besoin de participer, par notre consommation de biens qui ne nous sont pas indispensables mais qu'on nous vend comme tels, à une telle surproduction, à un tel gaspillage et à une telle production de déchets?
La réponse va de soi: non. Evidemment, non. Mais, allez savoir pourquoi, nous achetons quotidiennement tout cela. Parce que tout cela participe à notre confort, même si celui-ci concourt à notre perte.

Dimanche dernier, un représentant du lobby du plastique était l'invité de l'émission Vox Pop sur Arte (2). Interpellé par la journaliste sur les océans qui meurent des déchets plastiques, il ne répond à aucune question. C'est, d'après lui, aux consommateurs de se responsabiliser et aux pouvoirs publics d'assurer un meilleur recyclage. Il doit être assez aisé d'agir de manière plus responsable qu'un producteur de plastique. 

Chaque minute, 80 à 120 tonnes de déchets, en majorité en plastique, partent à la mer. Parfois de très loin. Les rivières ont d'importants pouvoirs de transport. Les petits ruisseaux font les grands gyres. Les gyres sont ces continents flottants faits de déchets. Ils se multiplient. Le plus vaste se situe dans l'Atlantique nord, il est trois fois plus grand que la superficie de la France. Sachant que le plastique a une durée de vie moyenne de 600 ans, calculez quand les océans cesseront de respirer.
Le navigateur Yvan Bourgnon et sa société Sea Cleaners est en train de construire un bateau dévoreur de plastique, le Manta (3), grand comme un terrain de football, qui a pour ambition de ramasser 10.000 tonnes de déchets plastiques par an. Il faudrait mille bateaux de ce type pour rammaser tous les déchets que nous avons envoyés en mer. D'ici 2022, l'équipe espère mettre son premier Manta à l'eau et peut-être dans les vingt ans à venir une trentaine de bateaux qui seront autonomes en énergie. Un quart du financement seulement d'un premier bateau est acquis. Si les producteurs de plastique étaient un tout petit peu responsables, ils sauraient où investir leurs gigantesques bénéfices. 

(1) Les pailles en plastique sont interdites. Un fabricant ingénieux en crée en papier. Mais qui donc a besoin d'une paille pour boire? Les consommateurs de nourriture fast food. On les voit boire à la paille leurs sodas dans des gobelets en carton. Mais qui donc a besoin de gobelets jetables, même en carton? 
(2) Vox Pop, Arte, 28.10.2018: https://www.arte.tv/fr/videos/078527-031-A/vox-pop/
(3) https://www.franceinter.fr/emissions/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-30-octobre-2018




samedi 27 octobre 2018

Sacro-sainte bagnole

Que fait l'homme en cet automne qui n'en est pas un? Il se plaint. L'automobiliste trouve le prix du carburant trop cher. Et le paysan se désole de voir que ses champs ne produisent rien du fait de la sécheresse. Voilà les deux sujets qui ouvraient, l'un après l'autre, le journal de France 3 Centre - Val de Loire hier soir. Sans qu'il y ait de lien entre eux.

La colère gronde, nous dit-on, chez les automobilistes qui se voient pressés comme des citrons par le gouvernement. Ils contestent les taxes imposées sur le carburant. Même si la hausse des prix est moins le fait d'une augmentation des taxes que de celle du dollar et du prix du pétrole (1). 
Bien sûr, les gouvernements français successifs ont décidé d'augmenter les taxes sur le gasoil pour décourager l'usage de véhicules extrêmement polluants en particules fines. Et ça marche: les ventes de ces véhicules équipés de moteurs diesel s'effondrent. Mais les automobilistes sont en train de se mobiliser pour bloquer les routes et les stations-services. Bref, ils vont se mettre en grève. Espérons qu'elle dure longtemps.

On comprend mieux le désespoir des paysans face à leurs prairies et leurs champs asséchés. Les éleveurs sont obligés depuis des semaines de nourrir leur bétail avec du fourrage, faute d'herbe dans les prairies. Leurs réserves fondent à vue d'œil. Et les agriculteurs ne voient et ne verront sans doute pas pousser les céréales qu'ils ont plantées il y a des semaines. Il faut s'attendre à voir, dans les mois et même les années qui viennent, les prix agricoles flamber et les ressources des paysans diminuer. 

Mais d'où vient cette sécheresse (ces sécheresses) sinon du dérèglement climatique? Lui-même dû à nos consommations excessives et notamment à la pollution engendrées par les moteurs thermiques.
Les prix du carburant ne sont pas trop chers. Ils devraient être multipliés par trois ou quatre pour que nous changions enfin nos modes de vie. Combien n'en voit-on pas de ces personnes qui, quotidiennement,  prennent leur voiture pour faire quelques centaines de mètres parfois, un ou deux kilomètres tout au plus pour aller acheter leur journal ou leur baguette ou conduire leurs enfants à l'école? Combien encombrent les centres des villes, après avoir cherché un quart d'heure à se garer, avec des voitures-ventouses qui ne bougeront pas huit heures d'affilée? Combien laissent tourner leur moteur cinq, dix, quinze minutes, le temps de discuter avec des connaissances croisées dans la rue ou sur la place? Visiblement, le prix de l'essence n'est pas trop cher pour ces gens-là.
Il existe divers moyens de lutter contre la hausse des prix des carburants. C'est de rouler moins vite et plus souplement par souci tant économique qu'écologique. C'est aussi et surtout de prendre sa voiture individuelle de manière plus réfléchie - uniquement quand elle est indispensable (elle ne l'est pas souvent) - et de lui préférer, chaque fois que c'est possible, la marche, le vélo, les transports en commun, le co-voiturage. Encore faut-il, c'est vrai, que les pouvoirs publics mènent une politique cohérente en la matière, en rouvrant des voies, des arrêts, des lignes de bus, de tram et de chemin de fer, plutôt que d'en fermer comme c'est le cas aujourd'hui, tant en Belgique qu'en France.
A Argenton-sur-Creuse, la SNCF supprime des trains. En Wallonie, les TEC ont supprimé les bus du dimanche sur diverses lignes. Comment comprendre d'aussi stupides décisions? 

De plus en plus de villes se ferment et se fermeront aux moteurs les plus polluants. Comment faire autrement maintenant que la coupe est pleine? Mais il faudra bien aller plus loin.
Il y a quarante-cinq ans, c'était la première crise pétrolière. Les prix du pétrole avaient flambé et nos gouvernements avaient décrété les dimanches sans voiture. C'était l'heureux temps où les réseaux dits sociaux n'existaient pas et où les grognons se fédéraient plus difficilement. N'empêche qu'il y eut beaucoup de mécontents, fâchés de ne pouvoir aller en voiture à la pêche ou manger chez maman le dimanche midi. Mais il y eut aussi d'innombrables bienheureux, profitant du silence retrouvé le temps d'une journée et des espaces disponibles pour les tricycles, les vélos et les chevaux. Il faudra bien réfléchir, d'urgence, à des mesures de ce type si on veut éviter la catastrophe. Ou en tout cas l'amoindrir.

Vouloir un pétrole, une essence, un diesel bon marché est non seulement un "combat" d'arrière-garde, mais bien plus une attitude suicidaire. On sait depuis longtemps que les prix du pétrole, qui ont fait du yoyo un moment, sont appelés à s'élever inexorablement. Et notre planète ne peut souffrir plus longtemps des excès qui sont les nôtres. On sait que les véhicules individuels à moteur thermique sont condamnés à brève échéance. Et quoi qu'en pensent la Le Pen et le Dupont-Aignant (qui retrouvent une raison d'exister en soutenant les râleurs), ce sont des mesures fortes de lutte contre tous les facteurs qui participent au dérèglement climatique qui devraient être prises. Elles ne seront sans doute pas populaires. C'est pourquoi aucun élu, s'il veut le rester, n'ose les prendre. Mais nous n'y échapperons pas, un jour à l'autre, parce que le mur s'approche. Celui contre lequel nous buterons tous si nous n'acceptons pas de sortir de ce confort égoïste et destructeur dans lequel nous baignons encore. Mais plus pour bien longtemps.
Un climat rééquilibré sera tout bénéfice pour l'environnement, pour l'agriculture et donc pour nous-mêmes.

(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/10/26/les-taxes-ne-sont-pas-la-premiere-cause-de-la-flambee-du-prix-de-l-essence-et-du-diesel_5375162_4355770.html


jeudi 13 septembre 2018

La saison des Tartarin

Face à cet été caniculaire qui n'en finit pas, au manque de pluie, aux incendies, aux typhons, à la montée du niveau des mers, à la perte de biodiversité, tout le monde est d'accord: nous devons modifier radicalement notre mode de vie et nos productions. Tout le monde sauf les pays pétroliers et les raffineurs, sauf les fabricants de véhicules à moteur et ceux qui les conduisent, sauf les agriculteurs, sauf les fabricants de béton, de plastique et de pesticides, sauf les compagnies d'aviation et les touristes. 
Et les chasseurs aussi. L'état de la biodiversité ne les inquiéte pas. De nombreuses espèces disparaissent, mais ils veulent continuer à les chasser.

De toute façon, ils alimentent chaque année avec des animaux d'élevage les populations des espèces qu'ils aiment chasser: le syndicat national français des gibiers de chasse propose chaque année aux chasseurs 15 millions de faisans, 5 millions de perdrix, 1 million de canards colverts, 100.000 lapins, 40.000 lièvres. En conseillant bien aux chasseurs, avant de lâcher à portée de leurs fusils ces animaux de compagnie, de "réguler" les prédateurs: renards et rapaces (1).
Ce qui amène Christian Ledoux, président de l'Association de gestion et de régulation des prédateurs de l'Indre (eh oui, ça existe) à  expliquer que son rôle est de "contenir les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, en les piégeant." En fait, ces chasseurs ne chassent pas, ils régulent. C'est-à-dire qu'ils tuent les animaux qui s'attaquent à leur cher gibier.
"Dans le département de l'Indre, écrit la Nouvelle République, c'est le renard qui figure en tête de liste, pour les dégâts qu'il occasionne au sein des populations de gibiers et chez les particuliers. (2)" Mais le pire prédateur, celui qui occasionne le plus de dégâts à la nature, n'est-il pas le chasseur? Celui qui n'a aucun aucun prédateur au-dessus de lui?
Certains d'entre eux aiment se présenter comme les plus grands amoureux de la nature que cette terre ait connus. Ils la respectent plus que n'importe qui. Même si "bon an, mal an, chasseurs, braconniers et amateurs de ball-trap tirent autour de 200 millions de cartouches et abandonnent dans l'environnement près de 8000 tonnes de plomb et autres métaux" (2). Au point que l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail recommande de ne pas dépasser trois repas par an avec de la viande sauvage. Au risque de souffrir de saturnisme?
En France, 64 espèces sont chassables, alors que la moyenne européenne est de 14 à 24. Et sur ces 64 espèces, 20 ont été placées sur liste rouge par l'Union européenne de conservation de la nature. Au total, chaque année, les chasseurs français tuent plus de 30 millions d'animaux sauvages, ce qui n'est visiblement pas encore assez pour eux. Ils ont tous les droits. Même celui de chasser des espèces protègées. Plus qu'un droit, c'est leur devoir de gestionnaire.  "La gestion adaptative, c'est celle qui nous permet de pouvoir chasser toutes les espèces, mêmes celles qui sont protégées, comme le cormoran par exemple. A force d'être protégées, elles finissent par être en surpopulation!" (2).
Le chasseur français a toujours été protégé par les différents gouvernements français, quelles que soient leurs idéologies. Il convient donc de le chasser - c'est même un devoir - avant qu'il ne finisse par être en surpopulation. La prudence nous le conseille.

Post-scriptum: Il y a un excès de sangliers en Indre, ce qui a des conséquences fâcheuses sur les cultures. Aussi, le président de la fédération de chasse de l'Indre avait-il, au printemps dernier, annoncé l'interdiction du nourrissage des sangliers au maïs. "La décision a provoqué la colère des chasseurs de sangliers, vents debout contre cette mesure." (4) Aujourd'hui, la peste porcine africaine est une vraie menace. Et l'excès de sangliers inquiète. Un chasseur voit-il plus loin que le bout de son fusil?

A (re)lire sur ce blog:
- "La fable du loup et du rap", 17..2015.
- "La vache", 19.12.2013.
- "Un beau dimanche à la campagne", 20.1.2013.

(1) Jacky Bonnemains: Chasse - Le lobby qui a flingué Hulot, Charlie Hebdo, 5.9.2018.
(2) "On doit chasser certaines espèces protégées", La Nouvelle République - Indre, 10.9.2018.
(3) Jacky Bonnemains: Du plomb dans le sel, Charlie Hebdo, 5.9.2018.
(4) "Sangliers: l'urgence", La Nouvelle République - Indre, 16.9.2018.

dimanche 1 juillet 2018

Voici venir juillet au pied léger

En ce jour de la Saint-Thierry, c'est l'été et les premiers départs en vacances. Les températures sont caniculaires et les humeurs colériques. Quantité de Français partent moroses, voire grognons. C'est qu'ils ne peuvent désormais rouler sur les routes secondaires à plus de 80 km/h plutôt que 90. Ils ont peur de s'ennuyer et d'arriver trop tard à leur lieu de villégiature. Ils sont convaincus que cette mesure ne servira à rien.  Même pas à diminuer le nombre de morts sur les routes, objectif poursuivi par le Gouvernement Philippe. La finesse des arguments de ceux qui s'opposent à cette mesure laisse pantois: "c'est juste pour emmerder les gens!" ou "c'est juste pour remplir les caisses de l'Etat". Les piliers du Café du Commerce n'en pensent pas moins.
Quand on circule sur les routes françaises en respectant la limitation à 90 km/h, on est sans cesse dépassé par des conducteurs qui roulent, au moins, entre 95 et 100 km/h. Avec une vitesse limitée à 80, on peut imaginer qu'ils rouleront plutôt à 90. Imposer une limitation à 80 pourrait donc être vu comme une manière de tenter de faire respecter la limitation à 90.
Moins de morts en baissant les vitesses, quelle blague!, disent ceux qui roulent et pensent avec leur pied et contestent les études des experts. Au volant, chacun est un expert et sait mieux qu'un spécialiste ce qu'il faut faire. Ainsi, cet homme qui défendait devant moi la liberté de rouler à la vitesse que l'on veut. "Je n'ai jamais eu d'accident", se vantait-il. Je lui avais dit que j'avais remarqué qu'avant leur premier accident, beaucoup d'automobilistes n'en avaient jamais eu. Depuis, il en a eu un, dont il s'est sorti assez miraculeusement.

"Ma voiture, c'est ma liberté", voilà un vieux slogan totalement obsolète. Les routes, les villes, les villages même sont de plus en plus embouteillés et les riverains suffoquent sous les gaz d'échappement. Ma liberté s'arrête au pare-choc de la voiture qui me précède.
Qu'on le veuille ou non, les réductions de vitesse deviendront de plus en plus la règle. De nombreuses villes ont déjà imposé les 30 km/h maximum en leur centre. Certaines y ont même interdit totalement ou partiellement les voitures. Les places de parking se font et se feront plus rares. La limitation à 80 km/h sur les routes secondaires procède de la même tendance inéluctable. Chacun veut prendre sa voiture pour le moindre déplacement et tout le monde se plaint qu'il y a trop de véhicules sur les routes. Tout le monde se plaint de la sécheresse, des inondations, de la perte de biodiversité, des divers effets du dérèglement climatique et aussi de l'augmentation du prix du carburant. Et tout le monde rêve d'une vie plus sereine, de courir moins, de dépenser moins, de prendre le temps. Mais rouler plus léger, moins stressé, consommer moins, polluer moins, provoquer moins d'accidents semble être la moindre des envies d'une majorité d'automobilistes. Cherchez l'erreur. Slow food, oui. Slow drive, non.
Le lobby automobile multiplie les arguments de mauvaise foi pour tenter de nous convaincre que rouler moins vite ne sert à rien. Ce lobby semble avoir des adeptes et des relais dans chaque véhicule. Et même à la tête de certains départements. Ainsi la présidente (LR) du Conseil départemental de la Creuse qui a sorti l'argument le plus sidérant des "anti-80": cette réduction de vitesse va "contribuer à l'enclavement de son département" (2) (*). On ne sait d'où vient Valérie Simonet, mais elle ne semble pas bien connaître son département: une route express (la RN145), non concernée par la limitation à 80 km/h, dessert La Souterraine, Saint-Vaury et Guéret. Et qui voudrait parcourir à 90 km/h les routes secondaires, très sinueuses, de la Creuse serait totalement suicidaire. Son président de parti, Laurent Wauquiez, parle de la nouvelle règle comme d'une "absurdité, coupée des Français". Visiblement, la présidente du Conseil départemental de la Creuse est très coupée des réalités de terrain, elle connaît mal la topographie de son département et voudrait envoyer au fossé ses habitants. Une étude de l'Observatoire national interministériel de la Sécurité routière indique d'ailleurs que les départements ayant la proportion la plus importante de tués sur les routes secondaires sont précisément - qui peut s'en étonner, sinon elle? - des départements ruraux. La Creuse fait partie de ces quelques départements où plus de 70% des tués sur les routes le sont sur des routes secondaires. 

On aimerait entendre le lobby automobile et ceux qui se font ses chantres se manifester par rapport aux tricheries que ce même lobby a honteusement pratiquées pour maquiller les chiffres des émissions de gaz et de particules produites par ses voitures.
Les moteurs à explosion "crachent près du quart des émissions mondiales de CO2 et font environ 1,3 million de morts par an", rappelle Cotten Seiler dans The Guardian (1). Il constate que les automobilistes londoniens ont perdu, en 2017, l'équivalent de trois jours dans les embouteillages; que ceux de Los Angeles ont passé cent deux heures dans les bouchons (4,25 jours). Mais il relève aussi que les jeunes un peu partout se désintéressent de la voiture individuelle. En 1984, 92% des jeunes Américains possédaient un permis de conduire. Ils ne sont plus que 77% aujourd'hui. On observe la même tendance au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. A Amsterdam, "sept habitants sur dix voudraient bouter la voiture hors du centre ville".
Certains esprits avisés font remarquer que les efforts que nous pouvons fournir ici pour diminuer la pollution seront anéantis par celle qu'engendrent et engendreront les Chinois, de plus en plus nombreux à s'équiper de voitures. Ces esprits-là sont mal avisés. "En fait, après être tombées dans le piège du tout-voiture en transformant les rues en autoroutes (à partir des années 1990), les municipalités chinoises commencent à se rendre compte que la ville doit offrir un cadre de vie agréable à ses habitants. Cette prise de conscience a débouché sur un mouvement concerté vers un aménagement urbain qui remet la personne au cœur de la ville." (3) Aujourd'hui, la Chine mise sur les bus express et le vélo. "En 2014, l'empire du Milieu comptait plus de 200 millions de vélos électriques, qui sont devenus le premier moyen de déplacement pour beaucoup de foyers. En mai 2015, plus de 10 millions de vélos étaient à la disposition des usagers en Chine, proposés par des services de VLS (vélos en libre-service) qui ont séduit plus de 100 millions d'abonnés, pour un total de plus de 1 milliard de trajets. Avec à la clé une réduction notable des émissions de gaz carbonique, se félicitent les entreprises du secteur et l'Etat."

Certains analystes estiment qu'à un terme relativement court, la possession d'une voiture individuelle disparaîtra. La voiture intelligente sera à la disposition de qui en a besoin sans qu'il doive en être le possesseur et l'utilisateur n'aura aucunement le choix de régler la vitesse de ces voitures sans chauffeur. Ces véhicules seront dès lors moins nombreux et, en dehors de la nuit, n'auront pas besoin d'être garés. Actuellement, on estime que les voitures passent 95% de leur temps à l'arrêt, donc non utilisées. Il va falloir accepter de quitter notre religion de la voiture. Oui, même si cela semble incroyable, on va pouvoir vivre sans avoir sa propre voiture garée devant chez soi et, oui, on va devoir circuler à des vitesses dites raisonnables. O the times, they are a changin'.

On voit par là que ceux qui continuent à défendre l'usage de la voiture, des vitesses élevées et des places de parking en ville et devant chez eux mènent des combats d'arrière-garde. C'est sans doute difficile à admettre: les années '60 sont finies et aucune nostalgie ne nous les ramènera. Il faut passer à autre chose. Les années 2020. Par exemple.

(*) Finalement, les "anti-80" et la présidente creusoise sont du même niveau que Pierre Billon quand il chantait "Même si je n'atteins jamais la Creuse". Un sommet. Dans le genre:
Même si je n'atteins jamais la Creuse
Il serait bon que l'on se creuse
Pour faire comprendre à certains
Que même si je n'atteins jamais la Creuse
Je courrai toujours la gueuse
Ma guitare nouée à mes mains
etc.  
http://www.ina.fr/video/I07117141

Voir le dossier du Courrier international de cette semaine (n° 1443, 28.6.2018): "Ciao la voiture!"
(1) Cotten Seiler, "Sommes-nous proches du divorce?", The Guardian, 1.3.2018, in  Le Courrier international, 28.6.2018.
(2) https://www.nouvelobs.com/societe/20180629.OBS8965/vitesse-a-80-km-h-7-questions-sur-la-nouvelle-limitation-qui-fait-polemique.html
(3) Liu Shaokun, "Les villes chinoises misent sur l'innovation", Chinadialogue, 14.5.2018, in  Le Courrier international, 28.6.2018.


vendredi 12 janvier 2018

Roule, ma poule!

La voiture tue, le ridicule pas. Pour tenter de faire diminuer le nombre de morts sur les routes secondaires, le gouvernement français vient d'adopter une série de mesures. Parmi lesquelles la limitation de vitesse à 80 km/h sur ces routes plutôt que 90 actuellement (1). De nombreux automobilistes protestent (2). L'une d'entre eux affirme son "impatience" quand elle roule à 80, elle n'a alors qu'une envie: doubler. Un autre estime que rouler à cette vitesse le rend moins attentif: il a alors tendance à regarder le paysage. Si on l'écoutait, il faudrait supprimer la limitation à 30 km/h aux abords des écoles, il risque de regarder plus les vitrines des magasins que les enfants sur les passages pour piétons. Une automobiliste estime qu'une limitation à 80 km/h va correspondre dans les faits à une vitesse réellement pratiquée de 70 km/h, les conducteurs ayant trop peur d'être pris en défaut. D'autres automobilistes sont convaincus que rouler moins vite signifie créer plus d'embouteillages, ou encore polluer plus. Quant aux associations d'automobilistes, elles tiennent toujours le même discours: ce sont les infrastructures routières qui sont la source de trop d'accidents. C'est pas moi, c'est les autres. Les associations de motards pensent de même: "le premier ministre veut limiter la vitesse à 80 km/h pour son propre plaisir", affirme la FFM de la Creuse qui estime que "le danger, ce n'est pas la vitesse, c'est l'état des routes". Et les motards d'inviter le préfet de la Creuse à "limiter les petits fours et le champagne dans les réceptions" pour payer le bitume. Comme leur rétorque un chroniqueur de La Montagne, "eh les gars, il faudrait changer de rapport, si vous voulez que votre raisonnement tienne la route!" (3). 
Bref, tous les arguments sont bons, même les plus ridicules, pour défendre son droit à conduire vite. Aucun autre droit ne semble susciter autant de passion que celui de l'automobiliste à rouler à la vitesse qui lui plaît. Chacun se proclame spécialiste en la matière.
Les vrais spécialistes, eux, constatent que les diverses limitations de vitesse dans plusieurs pays d'Europe ont permis de diminuer le nombre de morts sur les routes. Des études suédoise et norvégienne de 1982 et 2009 constatent qu'une limitation de 1% de la vitesse entraîne une baisse de 2% des accidents corporels et de 4% des accidents mortels (4).
Autres avantages d'une diminution de la vitesse: des économies d'essence et une réduction des émissions de gaz polluants . "Ça vaut vraiment le coup de s'énerver?", s'interroge Jean-Baptiste Duval, chef de rubrique Eco et Techno du Huffington Post (5). 
Le F.N., en total décrochage ces derniers temps, pense avoir trouvé là un moyen de revenir en piste et de fédérer les grognons. Il se présente comme le défenseur des lobbies automobiles et surtout de tous ces pauvres ruraux qui vont se traîner sur les routes, méprisés par les élites parisiennes. Le Front néandertal a fait de la lutte contre l'insécurité sa priorité, sauf quand cette insécurité est routière. Le populisme permet les grands écarts.

(1) (Re)lire sur ce blog "A fond la caisse" et ses commentaires (3 décembre 2017).
(2) Cités de mémoire, entendus sur France Inter il y a quelques jours.
(3) La Montagne - Creuse, 13.1.2018.
(4) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/01/09/pourquoi-abaisser-la-vitesse-a-80-km-h-sur-les-routes_5239333_4355770.html
(5) http://www.huffingtonpost.fr/2018/01/08/rouler-a-80-km-h-sur-les-nationales-ne-fera-pas-perdre-tant-de-temps-mais-economiser-de-largent_a_23327166/?utm_hp_ref=fr-homepage
https://www.marianne.net/societe/trafic-limitation-80-km-au-lieu-90-route-quelles-consequences-sur-l-environnement-pollution


jeudi 29 décembre 2016

En train de perdre la tête

Les conditions atmosphériques que nous connaissons ces dernières semaines augmentent la pollution. Et donc les risques pour la santé des personnes les plus fragiles. En cause: le chauffage et les véhicules à moteur thermique. Une solution: prendre le train. Mais à quel prix? L'humoriste Mathieu Madenian raconte, dans Charlie Hebdo de cette semaine, qu'il a dû débourser deux cents euros pour se rendre en TGV à Perpignan à Noël. C'est qu'il y a de la demande en période de fêtes, donc le service public, avec la logique du privé, augmente ses prix. Pour le même trajet, on doit pouvoir trouver un vol, via une compagnie low cost, à un prix (scandaleusement) dix fois moins cher.
En Belgique, la SNCB envisage de supprimer les accompagnateurs de train. Seul de ses agents à bord: le conducteur. Tant pis pour les personnes âgées qui éprouvent des difficultés à monter dans le train ou à en descendre, tant pis pour l'insécurité qui règne sur certaines lignes, tant pis pour la nécessité d'une présence rassurante. 
On se le demande: pour les intérêts de qui travaillent les responsables de nos sociétés de chemin de fer?

mardi 26 janvier 2016

Fumées toxiques et vents bénéfiques

Pourquoi donc la colère s'exprime-t-elle si souvent par des actes stupides? Pourquoi est-ce devenu normal pour des travailleurs qui protestent, légitimement, contre des suppressions d'emploi, la fermeture de leur entreprise ou la détérioration de leurs conditions de vie, pourquoi donc est-ce presque un réflexe  pour eux de brûler des pneus? La colère ne peut tout excuser. Comment susciter auprès des citoyens un mouvement de solidarité si on provoque une des pires pollutions de l'environnement qu'on puisse trouver? Personnellement, je ne parviens pas à éprouver de la sympathie pour des gens qui répandent autour d'eux de la dioxine ou tout autre poison. On passe à côté d'eux, prudemment, le plus discrètement possible et, dans son for intérieur, on leur fait un bras d'honneur pour répondre à celui qu'ils nous font en agissant de la sorte. Pourquoi ces travailleurs ne s'en prennent-ils pas aux responsables de ce qui leur arrive, plutôt que de crier "après nous les mouches", ce qui est bien la pire attitude qu'on peut avoir si on veut populariser son combat?
Il ne manque pas de moyens de lutte originaux pour se faire des alliés. Les syndicats y réfléchissent-ils?

Autre chose qui n'a rien à voir (quoi que...): je l'ai écrit souvent, le combat anti-éoliennes est souvent hystérique. Ceux qui ne veulent pas de moulins à vent leur trouvent tous les défauts de la terre et estiment que leur maison perdrait, si une éolienne en était proche, toute valeur. 
A Saint-Georges-sur-Arnon, village de 576 habitants dans la région Centre - Val de Loire, tournent déjà onze éoliennes. Visiblement, personne ne s'en plaint (1). Certainement pas la commune qui engrange grâce à elles 140.000 euros chaque année. Ils sont investis dans un plan communal d'amélioration de l'environnement, bref au bénéfice de tous les Georgiens. Un chantier va démarrer bientôt d'installation de neuf autres éoliennes, en financement participatif. L'an dernier, la commune de Saint-Georges-sur-Arnon a vu trente-sept nouvelles familles s'installer sur son territoire (2). Apparemment, les éoliennes ne sont pas fuir tout le monde, loin s'en faut et quoi qu'en disent ceux qui les maudissent.

(1) (re)lire sur ce blog "Et pourtant elles tournent", 12 mars 2015.
(2) La Nouvelle République - Indre, 20 janvier 2016.

mercredi 20 janvier 2016

La nature (in)humaine




Le dit-on assez? La nature va mal. Et on n'est pas sûr que les décisions de la COP21 y changeront grand-chose. Aujourd'hui, quantité d'espèces disparaissent presque aussi vite que fond la glace du pôle nord. Selon la journaliste américaine Elisabeth Kolber, qui a mené à ce sujet une analyse durant cinq ans(1), un tiers des amphibiens seraient menacés de mort et il en va de même pour un quart des mammifères ou encore un sixième des oiseaux. "En tout, plus de dix pour cent de la faune actuelle s'éteindrait en une génération. Un tel événement se produit en général tous les cent millions d'années, et beaucoup plus lentement, et voilà que nous avons la (mal)chance d'y assister en direct, relève la reporter dans un demi-sourire (2)."
L'urbanisation sans cesse croissante, la déforestation, la désertification, les champs pétroliers, l'agriculture intensive, la production et la consommation de viande, l'extension des zones d'élevage, l'augmentation des transports terrestres et aériens, la surpêche, la production de CO2, l'emprise d'un tourisme de plus en plus massif, la commercialisation des animaux, le réchauffement climatique, voilà autant de causes humaines de la dévastation de la nature.
Bien sûr, ici et là, et même un peu partout, des citoyens, des associations, des pouvoirs publics tentent si pas de renverser la vapeur, en tout cas d'éviter le pire.
Mais l'économie a toujours besoin de plus d'espace, sur terre comme dans les airs, pour se développer. D'espaces aseptisés, débarrassés de cette nature incontrôlée ("La Terre, cette rebelle à mater",  écrit Fabrice Nicolono) (3). En France, 70.000 hectares sont bétonnés chaque année. Si on apprécie (parfois) la nature en vacances, il ne faudrait cependant pas qu'elle nous empêche de vivre au quotidien. On peut reprocher à quantité de responsables (?) politiques leur servilité au rouleau compresseur de l'économie et de la croissance, mais il faut aussi constater qu'il sont trop peu nombreux les citoyens qui s'opposent aux nouveaux centres commerciaux, aux nouveaux lotissements, à ces villes qui s'installent à la campagne parce que l'air y est plus sain... Combien d'entre nous râlent sur ces villes qui n'offrent plus de place pour se garer et se réjouissent de voir se développer, à la périphérie des villes, des zones commerciales excessivement gourmandes en espaces de nature ou en terres agricoles? Un environnementaliste français faisait récemment remarquer qu'en Allemagne, quand un centre commercial s'installe, ses parkings sont exclusivement prévus ou sur son toit ou dans son sous-sol. En France comme en Belgique, comme dans trop de pays, chaque commerce a ses parkings gigantesques, étalés à l'horizontale et bétonnés. 
L'homme est un bipède à quatre roues qui dévore la nature. Et se moque de l'avenir de ses enfants.

Les êtres humains sont les seuls animaux dont j'ai réellement peur.
George Bernard Shaw



(1) La 6e extinction. Comment l'homme détruit la vie, éd. La Librairie Vuibert, 2015.
(2) Erwan Desplanques: La voix de la faune, Télérama, 23 décembre 2015.
(3) Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture, éd. Les Echappés, 2015.

dimanche 25 octobre 2015

Poison subventionné

Certains d'entre eux aiment se présenter comme les premiers écologistes. Mais un prophète affirmait que les premiers seraient les derniers. En ce qui concerne la majeure partie des agriculteurs, il semble avoir eu raison. On sait (1) combien la terre et les animaux sont devenus, pour trop d'entre eux, des matières traitées comme si elles étaient déjà mortes. Les méfaits de l'agriculture intensive ne paraissent pas les préoccuper et leur fuite en avant se poursuit. Ferme des 1000 vaches, ferme des 1400 veaux, ferme des 1000 truies ne sont que quelques exemples des délires industriels dans lesquels continue à s'engouffrer une agro-industrie qui a visiblement perdu tout sens commun et veut ignorer superbement les dégâts qu'elle engendre.
Parmi les lois qui régissent l'agriculture, il en est une qui impose aux éleveurs de déclarer tous les "flux d'azote produits, importés ou exportés" sur les exploitations agricoles. Les dépassements de flux peuvent entraîner des sanctions. Mais voilà que les quatre chambres d'agriculture bretonnes, établissements publics financés par l'impôt et gérés par le tout-puissant syndicat agricole FNSEA, appellent leurs adhérents à ne pas respecter cette règle. "Nous ne pouvons accepter ces mesures qui auraient pour impact économique une baisse d'environ 3% de l'excédent brut d'exploitation pour une ferme moyenne", affirment les chambres d'agriculture qui demandent à leurs membres de "ne pas remplir la déclaration de flux d'azote 2014-2015".
"Or, rappelle Fabrice Nicolino qui dénonce cette attitude (2), l'azote est à l'origine des nitrates. Or les nitrates polluent massivement les eaux douces avant de provoquer dans les estuaires et les plages de somptueuses bouillies vertes qu'il faut évacuer avant qu'elles se changent en hydrogène sulfuré, gaz mortel. Question mille fois posée: d'où vient ce foutu azote? Réponse itou: pour l'essentiel, de la merde des animaux prisonniers, comme les porcs, et des engrais azotés qu'on balance pour faire pousser le maïs industriel. Quand elle n'est pas contaminée, l'eau ne contient des nitrates que la trace: disons 0,1 mg par litre d'eau. Grâce à l'agriculture industrielle, elle compte maintenant en Bretagne 0,35 mg en moyenne avec des pointes à 200. Dès qu'une eau - celle des rivières ou des nappes - atteint 100 mg par litre, on n'a même plus le droit de la traiter pour en faire une eau potable."
La devise de la FNSEA doit être "après nous les mouches (s'il en reste)". Que nous reste-t-il à faire, face à une attitude aussi méprisante pour l'environnement, pour les voisins, pour les touristes, pour la société? Eviter les produits agricoles bretons qui ne soient pas certifiés bio? Ne plus se rendre en vacances en Bretagne?
Qui tue l'environnement? Qui tue la Bretagne? Qui tue l'agriculture? Sinon la FNSEA, premier syndicat agricole de France qui, depuis des décennies, entraîne ses adhérents dans une agro-industrie mortifère qui les pousse à s'endetter jusqu'au cou et à polluer sans sourciller. Elle donne raison au titre de l'ouvrage récent de Fabrice Nicolino dans lequel il s'attaque à "ce vaste merdier qu'est devenue l'agriculture".
Qui a encore envie de défendre cette industrie scandaleuse? Et quel gouvernement, quels politiques oseront, enfin, supprimer toute subvention à cette activité d'empoisonneurs?

(1) (re)lire sur ce blog:
- "Adieux veaux, vaches, cochons", 21 septembre 2015;
- "Les usines de l'agriculture", 3 mars 2015.
(2) "Les nitrates et les marées vertes, ils s'en cognent", Charlie Hebdo, 21 octobre 2015.
Le blog de Fabrice Nicolino: http://fabrice-nicolino.com

lundi 16 décembre 2013

Drame de la route

Sketch amusant d'un élu municipal de Paris au Journal de France Inter à 13h ce jour. Il est UMP et donc dans l'opposition. Il parle de décision "dramatique". C'est celle  de diminuer la vitesse maximale sur le périphérique de 80 à 70 km/h pour limiter la pollution. Tout le monde sait, dit-il, que quand on roule plus lentement, on pollue plus. Juste avant lui, une experte expliquait que c'est entre 40 et 70 km/h que les moteurs polluent le moins. L'élu UMP est comme ces premiers possesseurs d'automobiles qui, voyant diminuer leur réserve de carburant, roulaient le plus vite possible pour être sûrs de rentrer chez eux. Pourquoi la droite se fait-elle un devoir de se ranger automatiquement du côté des lobbys automobiles qui trouvent systématiquement que toute mesure de limitation de vitesse "ne sert à rien"? De toute façon, comme le disent les automobilistes parisiens, qu'on soit limité à 70 ou à 80 sur le périph' ne change pas grand-chose: on y roule quand même le plus souvent à 40 (1).

(1) 37 km/h de moyenne en fait, JT de France 2, ce jour, 20h.