dimanche 22 février 2026

Tristes temps

En même temps qu'elle, c'est tout espoir d'une solution à deux Etats qu'on enterre.
Leïla Shahid vient de mourir. Elle avait représenté la Palestine en France, puis à Bruxelles auprès de l'Union européenne.
Elle fut "l’ambassadrice des jours d’espoir", dit d'elle Pierre Haski (1). "Au sein de la nébuleuse palestinienne, Leïla Shahid avait été proche du courant favorable à ce qu’on appelait alors « la paix des braves », avec Yasser Arafat, une reconnaissance mutuelle entre les deux peuples et un partage de cette terre doublement promise."

"Partisan du compromis historique d’Oslo, elle espérait que le processus conduirait à la naissance d’un État palestinien, même si le mot « État » ne figurait pas dans l’Accord. Trente ans après, cet espoir est encore plus mince."
"En apprenant sa mort, rapporte encore Pierre Haski, j’ai repensé à une scène qui résumait la personnalité exceptionnelle de Leïla Shahid. A l’occasion du départ d’un ambassadeur d’Israël en France, l’intellectuel Elie Barnavi, le ministère français des Affaires étrangères avait organisé un déjeuner d’adieu avec de nombreux invités. Elie Barnavi avait fait son entrée dans la salle à manger du Quai d’Orsay en tenant par la main Leila Shahid : difficile d’imaginer une telle image aujourd’hui. Signe des temps qui changent, et pas pour le meilleur, après le 7 octobre 2023, la matinale de France Inter avait réuni au téléphone les deux protagonistes de tant de débats des années 90. Mais le dialogue fut impossible entre Elie Barnavi et Leïla Shahid, tant les émotions et la colère s’étaient immiscés dans leur complicité d’autrefois. Même si, sur le fond, ils n’étaient sans doute pas si éloignés, tant vis-à-vis du massacre commis par le Hamas en Israël, que du gouvernement israélien et ses ministres d’extrême-droite."

Au moment où disparaît Leïla Shahid, Trump, en maître du monde, inaugurait son prétendu Conseil de la Paix, conçu au départ pour mettre un terme à la guerre à Gaza, mais auquel les Palestiniens n'ont pas été conviés. Avec ce Conseil, il ne veut pas seulement concurrencer l'ONU, mais, mieux, la "superviser". Et le gouvernement israélien  a plus que jamais les mains libres pour poursuivre sa politique de colonisation de la Cisjordanie, refusant clairement de voir créé un Etat palestinien. Il ne reste rien des Accords d'Oslo. Pas la moindre lueur d'espoir. 

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-jeudi-19-fevrier-2026-2745887

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