Qu'est-ce qu'être antifasciste sinon défendre la démocratie et s'opposer à ceux qui veulent imposer leur pouvoir par la violence et briser la liberté de réunion et d'expression ?
Aujourd'hui, on s'y perd. Voilà qu'à Lyon on tue au nom de l'antifascisme. Quel est l'intérêt et la crédibilité d'un antifa qui est pro-violence, qui tue au nom d'un combat qui du même coup perd tout son sens ? Le voilà aussi fasciste que celui qu'il prétend combattre. Un totalitaire de gauche ne sera jamais plus séduisant qu'un totalitaire de droite. Il est tout autant abject et repoussant.
"Celui ou ceux qui ont tué (le militant d'extrême droite), écrit Le Monde (1), n’ont pas seulement commis un meurtre, ils ont, en recourant aux méthodes des fascistes qu’ils prétendent combattre, sali les combats progressistes et humanistes, et offert un martyr à leurs adversaires. Leur geste scandaleux, commis au nom d’idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence, sa marque de fabrique, et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République." (...)
"Recourir à la violence, c’est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence."
La Jeune Garde, cette milice d'extrême gauche soutenue par Mélenchon, est aujourd'hui pointée du doigt par la Justice pour son rôle actif dans ce meurtre en meute d'un homme à terre. L'homme du bruit et de la fureur, comme d'habitude, joue les irresponsables, jurant la main sur le cœur qu'il a toujours rejeté toute violence. En faisant d'un militant d'extrême droite un martyr, l'extrême gauche aide un peu plus le RN à se dédiabloliser.
Même si ce parti est constitué de personnages rebutants, tel ce septuagénaire qui, hier à Châteauroux, a tiré sur les gendarmes et leur a balancé des grenades (2). L'homme qui possédait chez lui un véritable arsenal était connu comme un "militant très engagé" du RN. Et puis, il y eut tous ces militants de gauche tués par d'autres d'extrême droite. On pense notamment à Clément Méric, mort à 18 ans en 2013 suite à un passage à tabac par des skinheads.
La vie politique s'est hystérisée ces dernières années. "La haine politique en France a tué, écrit à Le Quotidien luxembourgeois (3). Mais est-ce vraiment une surprise ? Le pays s’embourbe dans les excès depuis des mois maintenant, et aujourd’hui les mots sont éclipsés par les actes. Il suffit de regarder comment se déroulent les séances publiques à l’Assemblée nationale : les partis s’invectivent sans cesse, l’actualité brûlante alimente les débats et chacun cherche à contester la légitimité de l’autre." (...)
"L’autre n’est plus un adversaire, mais un ennemi à abattre. Un venin mortel s’infiltre dans toutes les composantes de la République et personne n’est là pour dire stop, pour remettre la dignité au programme. La politique française a perdu pied. Et la faute est collective. Chacun essaie de servir sa cause et de détruire le camp d’en face."
Comme l'écrit Caroline Fourest (4), la violence "peut changer de nom, s’appeler « révolutionnaire» ou «identitaire», fasciste ou antifasciste, elle n’est qu’un masque pour habiller d’un drapeau une passion bien plus primaire et très souvent masculine. Un besoin de se défouler, d’écraser l’autre sous ses pieds, qu’on revendique fièrement en usant de slogans périmés".
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/un-veritable-arsenal-qui-est-ce-retraite-de-78-ans-qui-a-tire-sur-la-police-avec-des-grenades-a-chateauroux-1771361045(3) https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-luxembourg-meurtre-de-quentin-deranque-la-haine-politique-en-france-a-tue_240720
(4) https://www.franc-tireur.fr/lextreme-tue-le-franc-parler-de-caroline-fourest
Post-scriptum :
A lire : https://www.telos-eu.com/fr/melenchon-en-bout-de-course.html
A lire : https://www.telos-eu.com/fr/melenchon-en-bout-de-course.html
2 commentaires:
"Recourant aux méthodes des fascistes qu’ils prétendent combattre". C'est clair et ce n'est pas nouveau. Alain Besançon avait clairement montré la similitude en miroir de l'idéologie nazie et bolchevique, ces "jumeaux hétérozygotes" (selon Pierre Chaunu). C'était dans "Le malheur du siècle", un livre admirable. Extrait : "Ils se donnent pour but de parvenir à une société parfaite en arrachant le principe malin qui fait obstacle". Derrière cela, et dans le cas présent, il y a une passion haineuse qui débouche sur la violence extrême, le meurtre de sans froid. Oui, la France fait peur avec ses débats parfois insuportables et tellement binaires. Mon seul souhait est que cela enterre définitivement toute union de la gauche avec LFI.
Bien d'accord avec toi, Bernard. Espérons que ce drame poussera enfin la gauche à prendre de solides distances avec ce mouvement peu démocratique et agressif qu'est LFI.
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