lundi 11 mai 2026

Le bolchevisme du RN

L'extrême droite n'aime pas la culture et hait les artistes. Sauf celles et ceux qu'elle peut contrôler.
A peine au pouvoir dans une série de communes, le Rassemblement national (qui porte bien mal son nom) divise : il distingue la culture élitiste et la culture populaire et veut favoriser cette dernière. 
Elitistes : le jazz, le cinéma politique, le street art, les animations socioculturelles. Populaires : les combats de MMA et de catch. Avec le RN, on n'est jamais déçu : on est d'emblée dans les clichés les plus gros. Les édiles lepénistes, écrit Le Monde (1), "critiquent (...) la programmation jugée « élitiste » de certaines manifestations, d’ores et déjà menacées, annulées ou dont les subventions seront réduites : Jazz à Vauvert (Gard), Festival international du film politique à Carcassonne, centre socioculturel à La Flèche (Sarthe), festival de street art à La Seyne-sur-Mer… Le nouveau maire de la ville varoise, Dorian Munoz, préfère « les combats de MMA ou de catch » et aimerait attirer des sports extrêmes sponsorisés par la marque Red Bull". La culture du combat, tout un programme...
L'extrême droite rêve de privatiser le service public de l'audiovisuel. Un de ses jeunes servants aux dents longues, Charles Alloncle, est parti en guerre contre Radio France et France Télévision. Rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, il propose notamment (2) de supprimer la chaîne jeunesse France 4, de fusionner France 5 avec France 2 et Franceinfo avec France 24, de réduire d’un tiers le budget des sports du groupe France Télévision et de réduire de trois quarts le budget de ses jeux et divertissements. Avec l'extrême droite, fini de rire et de s'amuser. En avant, marche ! Toutes les missions abandonnées par le service public seraient évidemment reprises par les chaînes privées qui pourront aller plus loin encore dans leur grande entreprise de crétinisation. 
Dans le même temps, Vincent Bolloré a mis à sa botte autoritaire des médias, des maisons de la presse et des maisons d'édition pour imposer sa vision d'un monde fermé dirigé par les puissants. Les auteurs des éditions Grasset ont quitté en masse leur maison pour protester contre le limogeage d'Olivier Nora, PDG respecté de Grasset (3). Bolloré se retrouve avec une coquille vide désormais dirigée par un de ses proches sans aucune compétence dans le domaine de l'édition. Mais on peut l'imaginer ricaner en s'imaginant que nombre de ces auteurs qui l'ont quitté ne retrouveront pas de si tôt un éditeur quand lui édite désormais toutes les voix d'extrême droite, même sans idée ni talent. 

Poutine est dans la même logique destructrice de la culture, beaucoup plus brutale évidemment. Son armée s'attaque aux bibliothèques, aux musées, aux théâtres ukrainiens. "La destruction de la culture est une composante du génocide, écrivent Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko dans "La vie à la lisière" (4). Pour détruire une communauté, il faut détruire sa mémoire, ses mécanismes de transmission des pensées et des sentiments. Reprogrammer ceux qui vivent dans ces territoires. S'introduire dans leurs esprits et dans leurs cœurs, pour y laisser uniquement ce qui les rendra utiles." (...) "Le monde russe n'est pas l'avènement de la grande culture russe, mais la destruction de toute culture, la réduction au plus petit dénominateur commun. Telle était la conception du bolchevisme : l'intellect n'est plus nécessaire. L'éducation, un luxe bourgeois. Celle-ci ne doit être qu'élémentaire, afin que les masses travaillent, comprennent les ordres, sans poser de questions." 
Le RN et ses petits soldats sont très bolcheviques. Bolloré aussi.

"La culture est la colonne vertébrale de l'existence et de la vie", écrivent encore Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko. "La culture suppose le soin. La victoire des forces créatrices sur les forces destructrices."

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/10/au-rassemblement-national-les-nouveaux-maires-ciblent-l-europe-la-culture-et-les-syndicats-ils-y-vont-plus-franchement_6687664_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2026/04/24/charles-alloncle-preconise-des-mesures-d-austerite-pour-l-audiovisuel-public-dans-son-rapport-fusion-de-chaines-moins-de-jeux-et-de-divertissement_6683120_3236.html?search-type=classic&ise_click_rank=4
https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/27/le-rapport-alloncle-sur-l-audiovisuel-public-soumis-au-vote-crucial-de-deputes_6683622_823449.html
(3) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-apres-le-limogeage-d-olivier-nora-la-prestigieuse-maison-d-edition-confrontee-a-l-hemorragie-de-ses-auteurs_6680457_3234.html
(4) Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko, "La vie à la lisière - Etre Ukrainien aujourd'hui", Gallimard (Témoins), 2026.

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