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lundi 17 août 2026

Lutte contre le cancer

"Les Frère russes", intéressant édito de Raphaël Enthoven dans Franc-Tireur du 12 août dernier.
"Il est fascinant, écrit-il, de voir comme les Frères musulmans et l’État russe abusent du même ressort pour faire de l’entrisme en France. Les premiers présentent le blasphème comme un racisme et la défense du voile comme un féminisme, interprètent de simples mesures administratives comme des atteintes aux libertés fondamentales, brandissent la «tolérance» chaque fois qu’un imam sanguinaire est renvoyé dans son pays et, grâce à leur alliance tactique avec la gauche des crétins, se victimisent à outrance en faisant passer toute lutte contre l’islamisme pour de « l’islamophobie d’État ». Les seconds envoient des espionnes séduire des milliardaires et mettre la main sur leur groupe de presse, mènent des campagnes d’ingérence en créant des réseaux de désinformation pour discréditer élus et candidats (comme Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann ou Gabriel Attal), présentent toute mesure contre l’espionnage comme de la censure et, grâce à leur alliance tactique avec la droite des abrutis, font passer toute lutte contre l’espionnage russe pour de la « russophobie d’État »".
L'Etat russe a, selon toute probabilité, réussi son coup aux Etats-Unis en intervenant sournoisement, comme il peut le faire, dans la dernière campagne électorale. On connaît le résultat avec ce pantin autocrate de Trump qui détricote un peu plus chaque jour le système démocratique américain. Et on voit ce même Etat russe diffuser de fausses informations sur les candidats démocrates dans différents pays d'Europe. Les candidats populistes n'ont rien à craindre de lui (1). 

Les islamistes comme l'Etat russe ont un ennemi : la démocratie, et un objectif : imposer leurs règles de type totalitaire. Ils avancent leurs pions en usant et abusant des règles de la démocratie et hurlent dès que celle-ci fixe des limites à la liberté d'expression. Ils savent qu'ils peuvent compter, pour les soutenir dans les démocraties, sur des élus et des partis lâches, effrayés et/ou électoralistes. Des idiots utiles qui retournent les arguments : s'ils prennent des mesures de contrôle, de limitation ou d'interdiction, les gouvernements démocratiques se voient traités de fascistes tandis que les dictateurs et les intégristes sont si pas célébrés, au moins compris et respectés.
"En vérité, constate  Raphaël Enthoven, les Russes et les Frères partagent une utilisation stratégique des normes libérales qui consiste, au nom de la tolérance, à diffuser l’intolérable en vertu d’une méthode décrite par Karl Popper dès 1945 dans La Société ouverte et ses ennemis (« le paradoxe de la tolérance »). La thèse de Popper est que la tolérance ne peut pas être absolue, car une tolérance sans limites s'autodétruit en cédant le passage aux idées qui la haïssent."
Les totalitaires misent sur la tolérance de la démocratie, vue comme une faiblesse. Pour survivre, celle-ci n'a d'autre choix que s'attaquer aux cancers qui la rongent. "L’intégrisme islamique et l’illibéralisme poutinien ne sont pas des opinions, mais des cancers politiques qui brandissent la liberté pour qu’on les laisse diffuser leurs métastases."

mardi 2 juin 2026

Petit homme

On l'a vu à cheval torse nu, un poignard de chasse au côté, on l'a vu pêcher dans la même tenue, on l'a vu neutraliser un tigre, on l'a vu lutter contre les feux de forêt. Comment dit-on superman en russe ? Vladimir est un mec, un vrai, qui aime montrer ses muscles, au propre comme au figuré, exhiber sa mécanique et ses exploits physiques. C'était hier.
Aujourd'hui, Poutine est un petit monsieur angoissé qui n'ose plus ou si peu mettre le nez dehors. Le bravache raserait presque les murs. Celui qui aime jouer les chefs de guerre intrépides vit dans des bunkers, sans téléphone portable de peur de se faire repérer. Ses conseillers n'ont pas le droit d'en utiliser. Selon un récent document du Kremlin transmis à la presse par un service de renseignement européen (1), les membres de son personnel sont sous surveillance permanente même à leur domicile et n'ont pas le droit d'utiliser les transports en commun. "Les membres de sa famille et lui, révèle Foreign Policy (1), ne vivent plus dans leurs résidences habituelles. Au lieu de cela, ils restent cantonnés dans des lieux secrets, sous protection renforcée. Le document affirme que Poutine ne travaille plus désormais que dans des bunkers éparpillés dans le sud de la Russie."

Il y a quelques jours, Poutine a quand même bravé le danger : il était en visite à Astana, capitale du Kazakhstan. Mais, rapporte Le Monde (2), "un véhicule doté d’une tourelle de mitrailleuse ainsi que d’un système mobile de brouillage antidrone figurait dans l’impressionnant cortège présidentiel : 20 voitures, 14 motards, un hélicoptère de surveillance sillonnant la ville, préalablement vidée de ses passants". C'est qu'il craint les drones ukrainiens, lui qui dirige une des plus puissantes armées du monde. Cet héritier de Staline a envoyé sans état d'âme à la mort des dizaines de milliers de ses compatriotes, le voilà plus paranoïaque  que jamais, vivant en permanence dans la peur de se faire tuer. La mort des autres l'indiffère, voire le réjouit, et il tremble pour sa vie.
On voit par là que les grands hommes sont parfois très petits.

(1) Christian Caryl, "Guerre en Ukraine - A quoi joue Vladimir Poutine ?", Foreign Policy, 7.5.2026, in Courrier international, 21.5.2026.
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/02/vladimir-poutine-essuie-une-serie-de-revers-qui-alimentent-le-mecontentement-en-russie-et-interrogent-sa-strategie_6696294_3210.html

jeudi 28 mai 2026

Vantards et méprisants

Poutine et Trump sont à la fois très différents et très semblables. Le froid serpent russe et l'imprévisible bouffon américain ont bien des points communs. Dont celui de prendre leurs compatriotes pour des cons. Tous deux n'entendent que ce qu'ils exigent qu'on leur dise. Ils veulent entendre et faire entendre que les guerres qu'ils ont entreprises sont des victoires malgré leurs échecs.

Le média russe Dos’e a révélé un plan élaboré en février par l’Administration présidentielle russe (1) : une série d’arguments pour donner à la population russe une image positive de la « victoire » au cas où  un accord de paix serait conclu avec l’Ukraine.
"La paix obtenue par Poutine est une immense victoire", peut-on lire dans ce document. "Poutine a fait plier l’Occident. Nous avons fait échouer les plans occidentaux destinés à étendre et prolonger le conflit. Une victoire sur qui  ? Sur l’impérialisme international et le globalisme. Ce n’est pas le nationalisme ukrainien que nous avons vaincu, mais un adversaire autrement important, rusé et puissant  : le front occidental. Une victoire pour quoi  ? Pour la défense de nos compatriotes  : le peuple russe du Donbass. C’est un résultat remarquable : la Russie a défendu les Russes ; elle a démontré qu’elle n’abandonnait pas les siens. Elle a forgé un bouclier pour mettre à l’abri les russophones de toute l’Ukraine. La Russie est vainqueure ; sa victoire lui rapporte." Cette prétendue victoire lui rapporterait des territoires, des populations et des ressources naturelles, charbon, terres rares, terres agricoles, ainsi qu'un accès terrestre à la Crimée. "La Russie a ainsi conquis le littoral de la mer d’Azov dans sa totalité, ce qui représente de nouvelles stations balnéaires et espaces de loisir pour des millions de Russes." Une guerre pour de nouvelles stations balnéaires, voilà qui valait bien des centaines de milliers de morts et de blessés ! Et tout ceci grâce à l’armée russe, "la plus opérationnelle du monde".
En réalité, analyse Guillaume Lancereau dans Le Grand continent (1), ce document "confirme d’abord que les responsables du Kremlin sont conscients de la position russe actuelle. Les exigences territoriales sont revues à la baisse  : elles ne concernent plus que les régions de Donetsk et Louhansk ainsi que les territoires de Kherson et Zaporijjia jusqu’à la ligne de front ; les troupes russes se retireraient même des régions de Soumy et de Kharkiv. Les auteurs de cette présentation expliquent qu’« il faut savoir s’arrêter à temps », autrement dit, avant que les fissures qu’ils constatent dans les sphères économique et sociale du pays ne conduisent à son effondrement. La poursuite d’une guerre d’usure coûterait en effet énormément à la Russie pour un gain assez maigre. La présentation évoque même une « victoire à la Pyrrhus » en cas d’entêtement militaire."

Pendant ce temps, Trump fait ce qu'il fait le mieux : se vanter. Dans un document qui décrit la stratégie de contre-terrorisme de son administration, le Père Ubu américain, écrit Jean-Yves Camus (2), "s'attribue la gloire d'avoir terminé la guerre à Gaza, où il aurait ramené la prospérité et la sécurité en commençant à démanteler le Hamas". Trump assure aussi "avoir porté des coups à l'Iran qui vont l'empêcher d'obtenir l'arme nucléaire". En avant-propos de ce document, le Donald "se présente en sauveur qui, en un an, a transformé l'Amérique faible, en faillite, défaite et humiliée en nation forte aux frontières sûres, respectée partout dans le monde".  
La vantardise de ces (ir)responsables politiques est sans limite. Leur mépris pour leurs compatriotes l'est tout autant.

(2) Jean-Yves Camus, "Contre-terrorisme - La nouvelle bouillie stratégique américaine", Charlie Hebdo, 20.5.2026.

lundi 11 mai 2026

Le bolchevisme du RN

L'extrême droite n'aime pas la culture et hait les artistes. Sauf celles et ceux qu'elle peut contrôler.
A peine au pouvoir dans une série de communes, le Rassemblement national (qui porte bien mal son nom) divise : il distingue la culture élitiste et la culture populaire et veut favoriser cette dernière. 
Elitistes : le jazz, le cinéma politique, le street art, les animations socioculturelles. Populaires : les combats de MMA et de catch. Avec le RN, on n'est jamais déçu : on est d'emblée dans les clichés les plus gros. Les édiles lepénistes, écrit Le Monde (1), "critiquent (...) la programmation jugée « élitiste » de certaines manifestations, d’ores et déjà menacées, annulées ou dont les subventions seront réduites : Jazz à Vauvert (Gard), Festival international du film politique à Carcassonne, centre socioculturel à La Flèche (Sarthe), festival de street art à La Seyne-sur-Mer… Le nouveau maire de la ville varoise, Dorian Munoz, préfère « les combats de MMA ou de catch » et aimerait attirer des sports extrêmes sponsorisés par la marque Red Bull". La culture du combat, tout un programme...
L'extrême droite rêve de privatiser le service public de l'audiovisuel. Un de ses jeunes servants aux dents longues, Charles Alloncle, est parti en guerre contre Radio France et France Télévision. Rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, il propose notamment (2) de supprimer la chaîne jeunesse France 4, de fusionner France 5 avec France 2 et Franceinfo avec France 24, de réduire d’un tiers le budget des sports du groupe France Télévision et de réduire de trois quarts le budget de ses jeux et divertissements. Avec l'extrême droite, fini de rire et de s'amuser. En avant, marche ! Toutes les missions abandonnées par le service public seraient évidemment reprises par les chaînes privées qui pourront aller plus loin encore dans leur grande entreprise de crétinisation. 
Dans le même temps, Vincent Bolloré a mis à sa botte autoritaire des médias, des maisons de la presse et des maisons d'édition pour imposer sa vision d'un monde fermé dirigé par les puissants. Les auteurs des éditions Grasset ont quitté en masse leur maison pour protester contre le limogeage d'Olivier Nora, PDG respecté de Grasset (3). Bolloré se retrouve avec une coquille vide désormais dirigée par un de ses proches sans aucune compétence dans le domaine de l'édition. Mais on peut l'imaginer ricaner en s'imaginant que nombre de ces auteurs qui l'ont quitté ne retrouveront pas de si tôt un éditeur quand lui édite désormais toutes les voix d'extrême droite, même sans idée ni talent. 

Poutine est dans la même logique destructrice de la culture, beaucoup plus brutale évidemment. Son armée s'attaque aux bibliothèques, aux musées, aux théâtres ukrainiens. "La destruction de la culture est une composante du génocide, écrivent Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko dans "La vie à la lisière" (4). Pour détruire une communauté, il faut détruire sa mémoire, ses mécanismes de transmission des pensées et des sentiments. Reprogrammer ceux qui vivent dans ces territoires. S'introduire dans leurs esprits et dans leurs cœurs, pour y laisser uniquement ce qui les rendra utiles." (...) "Le monde russe n'est pas l'avènement de la grande culture russe, mais la destruction de toute culture, la réduction au plus petit dénominateur commun. Telle était la conception du bolchevisme : l'intellect n'est plus nécessaire. L'éducation, un luxe bourgeois. Celle-ci ne doit être qu'élémentaire, afin que les masses travaillent, comprennent les ordres, sans poser de questions." 
Le RN et ses petits soldats sont très bolcheviques. Bolloré aussi.

"La culture est la colonne vertébrale de l'existence et de la vie", écrivent encore Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko. "La culture suppose le soin. La victoire des forces créatrices sur les forces destructrices."

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/10/au-rassemblement-national-les-nouveaux-maires-ciblent-l-europe-la-culture-et-les-syndicats-ils-y-vont-plus-franchement_6687664_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2026/04/24/charles-alloncle-preconise-des-mesures-d-austerite-pour-l-audiovisuel-public-dans-son-rapport-fusion-de-chaines-moins-de-jeux-et-de-divertissement_6683120_3236.html?search-type=classic&ise_click_rank=4
https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/27/le-rapport-alloncle-sur-l-audiovisuel-public-soumis-au-vote-crucial-de-deputes_6683622_823449.html
(3) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-apres-le-limogeage-d-olivier-nora-la-prestigieuse-maison-d-edition-confrontee-a-l-hemorragie-de-ses-auteurs_6680457_3234.html
(4) Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko, "La vie à la lisière - Etre Ukrainien aujourd'hui", Gallimard (Témoins), 2026.

lundi 4 mai 2026

Dégouts

On a tant de raisons d'être dégouté.
On l'est quand on voit l'état de santé de Narges Mohammadi, Prix Nobel de la Paix 2023 : elle a été transférée en urgence dans un hôpital du nord-ouest de l’Iran après une "détérioration catastrophique" de son état de santé, a annoncé sa fondation (1). Emprisonnée, une nouvelle fois, depuis décembre dernier pour avoir eu l'audace de défendre le respect des droits humains, elle aurait été victime d'une crise cardiaque fin mars et, depuis, aurait perdu connaissance par deux fois au moins. Voilà des semaines que sa famille réclame son transfert dans un hôpital approprié. On est plus dégouté encore quand on entend le silence assourdissant des défenseurs des droits humains dans nos pays par rapport à elle et à tous les détenus politiques de cette dictature théocratique qu'est l'Iran. Il est vrai que, comme le soulignait il y a quelques semaines l'hebdomadaire Marianne (2), certains considèrent comme islamophobes les critiques de ce régime. Ainsi, sur un réseau (anti)social s'est-il trouvé des gens en France pour considérer comme tel le film Persepolis de Marjane Satrapi, adaptation de sa bande dessinée éponyme qui raconte ce qu'elle a vécu en Iran, notamment ses démêlés avec les Gardiennes de la Révolution, cette police politique, qui font la chasse aux femmes et même aux jeunes filles qui portent mal le voile, qui les fouettent, les emprisonnent. Le respect de la religion, même dans ses excès les plus abjects, surpasse aujourd'hui, pour certains, celui des droits humains.

On est dégouté aussi d'apprendre (3) que le ministre de la sécurité intérieure du gouvernement Netanyahou a fêté publiquement ses cinquante ans avec un gâteau d'anniversaire sur lequel trônait un nœud coulant pour célébrer la loi sur la peine de mort que le suprémaciste Itamar Ben-Gvir a lui-même initiée. "Parfois les rêves deviennent réalité" était-il écrit sur ce même gâteau. Certains ont des rêves qui tiennent du cauchemar, mais ils s'en rengorgent.

On est tout autant écœuré de voir le serpent Poutine embrasser une petite danseuse de dix ans pour tenter de redresser une popularité en berne (4) tandis qu'il envoie à la mort sans aucun état d'âme des dizaines de milliers de ses jeunes compatriotes et qu'il fait bombarder des écoles ukrainiennes. 

Je cherche un homme, disait Diogène.

- L'enseignante : Depuis que la république islamique a été instaurée, nous n'avons plus de prisonniers politiques.
- Marjane Satrapi : Madame ! Mon oncle a été emprisonné sous le régime du chah, par contre, c'est le régime islamique qui a ordonné son exécution ! Vous prétendez qu'on n'a plus de prisonniers politiques. Or de trois mille détenus sous le chah on est en fait passé à trois cent mille avec votre régime. Comment osez-vous nous mentir comme ça ?
- Les autres élèves : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !
Marjane Satrapi, Persepolis, éd. L'Association, 2007.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/02/narges-mohammadi-prix-nobel-de-la-paix-iranienne-hospitalisee-apres-une-deterioration-catastrophique-de-sa-sante-en-prison_6684856_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
(2) https://www.marianne.net/culture/television/le-film-persepolis-juge-islamophobe-le-x-gauchiste-idiot-utile-des-mollahs
(Re)lire sur ce blog https://moeursethumeurs.blogspot.com/2011/11/renvoi-de-censeurs.html
(3) France Inter, Journal de 13h, 4.5.2026.
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/03/la-baisse-de-la-popularite-de-vladimir-poutine-en-russie-inquiete-le-kremlin-a-cinq-mois-des-elections-legislatives_6684998_3210.html

mardi 24 février 2026

Admirables Ukrainiens trop délaissés

Voilà quatre ans que le monstre du Kremlin a débuté sa sale guerre. Quatre ans qu'il sème la mort, la terreur, la torture, la misère, la destruction, la répression, le chagrin. Sacré bilan !
Côté ukrainien, l'analyste Iouriy Boutoussov évoque 70 000 tués et 35 000 disparus. L'ONU estime le nombre de civils ukrainiens tués à 15 000. Il faut y ajouter les pertes dans les zones occupées. Rien qu'à Marioupol, on parle de 27 000 à 88 000 civils tués. De l'autre côté, selon le Ministère britannique de la Défense, début novembre 2025, la Russie comptait 1 140 000 tués et blessés dans ses rangs.
Toutes ces pertes pour un gain de territoire finalement assez ridicule pour la grande et puissante armée russe : après la contre-offensive ukrainienne durant l'année 2022, l'armée russe contrôlait 17,4 % du territoire russe. Trois ans plus tard, 19,5%. (1)

La fin de cette boucherie n'est hélas pas pour demain. Le tueur en série qu'est Poutine ne négociera jamais.
"Les formules évolutives – « mettre l’Ukraine en position de force pour négocier », « amener Poutine à la table » – supposent que la négociation est un but en soi, estime Pierre Raiman, docteur en Histoire, spécialiste des totalitarismes et cofondateur de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! (2). Or, dans une guerre où l’un des camps nie l’existence même de l’autre, la table des négociations devient instrument tactique : gagner du temps, diviser les alliés, figer des conquêtes. Les accords de Minsk l’ont démontré. Tant que les buts de guerre ne seront formulés que par des négations et des horizons flous, la stratégie restera absente. Et ce vide sera comblé – non par nos intentions, mais par la logique de l’adversaire."
Pierre Raiman appelle l'Union européenne à cesser de danser d'un pied sur l'autre et à changer de logiciel. "Cette errance exprime une dérive européenne plus profonde : l’abandon du politique au profit du procédural. Le politique, pour Aron, c’est l’intelligence de l’État qui apprécie la nature de la situation avant de fixer les fins. Mais l’Europe a inversé l’ordre clausewitzien : la crainte militaire – l’escalade, le chantage nucléaire – dictent les buts politiques, au lieu que la politique fixe les fins et calibre ensuite les moyens. Quand la coalition des volontaires propose d’envoyer des troupes après un hypothétique cessez-le-feu plutôt qu’avant, elle révèle cette inversion fatale. Reporter à un « après » incertain les engagements que l’urgence exige maintenant, c’est encore une fois laisser l’adversaire fixer le tempo."
Derrière l'Ukraine, c'est l'Europe qui est visée. Pierre Raiman appelle à renverser le point de vue : "retourner le refrain en pacte stratégique. « Vous nous avez, et nous vous avons », au sens clausewitzien : nos destins de sécurité sont liés. L’Ukraine tient une partie du front européen ; l’Europe doit tenir l’Ukraine par des moyens à l’échelle. Il ne s’agit plus de se soutenir comme on se console, mais de se lier comme on s’engage : fixer une fin politique intelligible – que l’agresseur soit défait, que les troupes russes soient chassées d’Ukraine – puis ordonner à cette fin l’ensemble des moyens, afin que la répétition des sommets et des promesses cesse d’être un rituel et devienne la cadence d’une stratégie. Alors seulement, le refrain ne sonnera plus comme un déni : il deviendra la formule d’une solidarité qui ne se dit pas, mais qui se prouve." (...)
"Cette guerre n’est pas conflit territorial mais guerre totale menée par un régime néo-totalitaire. Elle ne se résoudra pas par un compromis territorial mais par la défaite stratégique de la Russie. Elle n’oppose pas des intérêts négociables mais deux visions du monde inconciliables. Accepter cette vérité constitue le préalable à toute politique adéquate." 

Ce à quoi il faut arriver selon Raiman : "retrait des forces russes hors du territoire ukrainien dans ses frontières internationalement reconnues, retour des enfants déportés, intégration de l’Ukraine dans les architectures de sécurité atlantiques et européennes. C’est la seule traduction politique cohérente du diagnostic : face à un régime qui nie l’existence de sa victime, tout ce qui n’est pas la défaite de l’agresseur n’est qu’un répit qu’il mettra à profit – la leçon de Minsk, répétée sans fin.
Dès lors, les dimensions cessent de flotter séparément pour s’aligner. L’arraisonnement de la flotte fantôme et la confiscation des avoirs de la Banque centrale russe frappent l’économie de guerre dans ses deux artères vitales – revenus pétroliers et réserves financières. Cette hémorragie retourne le facteur temps : c’est désormais Moscou qui verrait le sablier se retourner – ses ressources s’épuisant grain à grain sous une contrainte temporelle qu’elle ne maîtrise plus. Simultanément, la fourniture à l’Ukraine de capacités de frappe en profondeur rétablit la réciprocité de l’espace : la logistique, les bases et l’industrie militaire russes cessent d’être des sanctuaires intouchables. Et la protection du ciel ukrainien – par un bouclier aérien européen – soustrait les populations civiles de l’Ukraine libre à la stratégie de terreur, principal levier de pression russe." Il faut "non pas convaincre le régime, mais lui retirer les moyens de poursuivre son agression".

En attendant, même sans terme actuellement imaginable à cette guerre infâme, la détermination des Ukrainiens reste intacte. Plutôt morts que russes, disent nombre d'entre eux dans divers reportages entendus ces derniers jours. Les Ukrainiens sont "un peuple de marmottes tenaces", estime le traducteur ukrainien Iouriy Dourkot dans Die Welt (1) : chaque jour ils se remettent au travail comme le feraient des marmottes une fois leur terrier détruit. Ils reconstruisent, ils réparent, même s'ils savent qu'ils devront recommencer la semaine suivante. Même si "un régime criminel terrorise  les civils" et que les prétendus "efforts de paix" de Donald Trump sont risibles, "les marmottes n'abandonnent jamais". 

(1) Courrier international, 19.2.2026.
(2) https://desk-russie.eu/2026/02/15/errer-des-jours-sans-fin-avec-macron-ou-penser-la-guerre-en-ukraine-avec-aron.html

dimanche 1 février 2026

Vladimir le Panphobe

Les négociations pour un cessez-le-feu entre la Russie et l'Ukraine se poursuivent. Mais qui peut faire confiance au tueur pathologique qu'est Poutine ? Qui peut sérieusement penser une seule seconde qu'il veut la paix ? Il ne vit que dans la guerre, qu'avec la guerre. Sa panphobie le veut ainsi (du grec pan, tout et phobos peur, horreur), elle qui provoque chez lui et son clan mafieux "un état de haine dévorante, une détestation du monde".
"La panphobie, écrit dans un texte effrayant le philosophe russo-américain Mikhaïl Epstein (1), se manifeste par une propagande en faveur de la guerre et de la violence en tant que moyens d’expansion géopolitique. Le pays est encerclé par l’ennemi de tous les côtés, disait déjà en 2014 le Premier ministre (et ancien président) Dmitri Medvedev, après l’invasion de la Crimée. C’était un record inégalé : en quelques mois à peine, le plus grand pays de la planète parvenait à s’entourer d’ennemis. Voilà la projection à laquelle mène la haine totale à l’égard du monde. Dans sa charte, l’Union de la jeunesse eurasienne, dirigée par l’idéologue Alexandre Douguine, énonce son objectif : la domination de l’humanité entière. Nous sommes un parti totalitaire de type intellectuel, orienté vers la conquête eschatologique du pouvoir planétaire. Une conquête rusée et cruelle… Car nous sommes les maîtres de la terre, nous sommes les enfants et les petits-enfants des maîtres de la terre. Des peuples et des pays nous ont vénérés, notre main s’est étendue sur la moitié du monde, et nos semelles ont foulé les montagnes et les vallées de tous les continents du globe. Nous réinstaurerons tout cela."
Le régime russe prétend combattre la nazification de l'Ukraine, mais c'est lui-même qui prend des positions délirantes et tient des propos incendiaires et suprémacistes dignes d'un Hitler.
"La panphobie, écrit encore Mikhaïl Epstein, est plus dangereuse encore que le fascisme ou le communisme. Elle est aux formes idéologiques totalitaires du XXe siècle ce que les armes nucléaires sont aux armes conventionnelles, puisqu’elle répand une haine totale – et non une haine dirigée contre une certaine classe, nation ou race –, une haine du monde en tant que tel. Elle est une soif de suprématie absolue sur le monde, une volonté d’y dicter sa loi ou bien de l’anéantir complètement. Le communisme soviétique, avec sa lutte des classes et sa haine des ennemis du peuple, n’était qu’un prologue à cette panphobie, laquelle s’est mise à croître au XXIe siècle, nourrie au terreau du ressentiment et du revanchisme."

"Il manque, selon Epstein, dans la langue politico-philosophique contemporaine le concept d’ontocide (du grec ancien on, ontos : être + cide, meurtre) – la destruction totale de tout ce qui existe, la guerre contre l’être en tant que tel. Le génocide, le zoocide, l’écocide ne sont que des manifestations partielles de l’ontocide. La haine de l’existence en tant que telle est à la base d’un certain nombre de mouvements religieux et politiques, tels que l’orthodoxie des vieux-croyants, du moins en partie, le gnosticisme, l’eurasisme, le fascisme, le ruscisme… Le monde est fondamentalement mauvais ou a été envahi par Satan et doit donc être détruit. Dans son discours au Kremlin annonçant l’annexion de quatre régions ukrainiennes, Poutine a accusé l’Occident tout entier de satanisme : la répression de la liberté prend les traits d’une “religion inversée”, d’un satanisme flagrant. À sa suite, le Conseil de sécurité russe et toute la propagande ont proclamé que l’objectif principal de l’opération spéciale n’était plus seulement la dénazification et la démilitarisation, mais aussi la désatanisation de l’Ukraine. Et cela signifiait lutter non plus contre une idéologie ou une armée, mais contre l’existence même de ce pays. L’ontocide, c’est concrètement la tactique de la terre brûlée."
Mikhaïl Epstein cite Ivan Bounine qui, en 1910 dans Le Village, posait cette question :  Y a-t-il un peuple plus féroce que le nôtre ?

L'Union européenne n'est pas à la hauteur des promesses faites, les Ukrainiens sont abandonnés à leur sort. Zelensy a eu raison de se fâcher récemment. Trump ménage son camarade Poutine pour qui il a tant d'admiration et l'armée russe n'en finit pas de bombarder l'Ukraine, y compris des objectifs civils, tout en feignant vouloir la paix. Vladimir le Panphobe, réincarnation d'Ivan le Terrible, fait planer une menace sur l'ensemble de l'Europe et nous sommeillons.

mardi 20 janvier 2026

Rions (un peu)

On rit beaucoup en ce moment. Ce qui fait du bien dans cette période angoissante.
On rit en lisant que Poutine aurait été invité à rejoindre le "Conseil de la Paix" que veut créer à toute force le gamin irascible qui se voit en maître du monde (1). Faire appel à un des plus grands criminels actuels, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international pour crimes de guerre, pour qu'il apporte son expertise et sa bonne volonté dans la résolution de conflits a de quoi faire rire. On sait que les fake news sont très à la mode et cette information-ci semble en faire partie et pourtant il semble bien qu'elle soit réelle.
Trump pourrait aussi inviter Khamenei à faire partie de ce conseil à sa botte. Le Guide suprême iranien reconnaît avoir massacré "plusieurs milliers" de ses concitoyens (2). Ce sont tous, selon lui, des criminels qui ont agi sous l'impulsion de Trump. Ce n'est pas sa faute à lui. Lui est irresponsable. Voilà encore un homme dont l'expertise et l'expérience seraient sans conteste utiles dans un conseil de la paix.

On rit aussi en apprenant qu'un député FN-RN, Matthias Renault, a demandé qu’on coupe les subventions des Transmusicales de Rennes, connues selon lui « pour l’organisation de manifestations d’artistes transgenres ». C'est l'humoriste Tanguy Pastureau qui en parlait hier dans son billet sur France Inter (3) : "Transmusicales, transgenre… au lieu de bosser, il a fait le rapprochement." Renault est sous l'influence trumpiste : dès que vous entendez un bruit, ne cherchez pas à comprendre de quoi il s'agit, aboyez.
"Pour lui, disait Tanguy Pastureau, le Printemps de Bourges, c’est un rassemblement de fils à papa. À l’entrée, il imagine qu’il y a un stand de pulls que les jeunes achètent pour mettre sur leurs épaules. Ce député est magique. Bien sûr, tout le week-end, la quasi-totalité du pays s’est moquée de lui. Pour une fois qu’il y a un homme qui rassemble, ça fait du bien. Et sur le papier, cet homme n’a pas tort : les Transmusicales sont un festival transgenre, mais genres musicaux, parce qu’il y a de tout, à part du baroque." (...) "Pour en revenir aux mots, à l’essence des mots, je pense que certains politiques, M. Renault et d’autres, pourraient, au lieu de poster des milliers de vidéos sur les réseaux, étudier, travailler. Les Transmusicales, ce n’est pas un festival transgenre, de même qu’un transfrontalier n’est pas quelqu’un qui hésite sur son identité pile au niveau du poste de la douane."

Là où on rit moins, c'est quand on pense que ce Renault est un député du parti qui fait la course en tête en France et que la bêtise de tous ces irresponsables ne heurte pas leurs électeurs. On rit moins quand on se dit qu'aujourd'hui ça fait un an que le second mandat de Dingo Ier a débuté. Ce qui signifie que trois très longues années nous attendent. On n'a pas fini de rire. Jaune.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/20/le-conseil-de-la-paix-de-donald-trump-n-enflamme-pas-les-leaders-mondiaux_6663296_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/19/repression-en-iran-le-guide-supreme-reconnait-pour-la-premiere-fois-plusieurs-milliers-de-morts_6663193_3210.html
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/tanguy-pastureau-maltraite-l-info/tanguy-pastureau-maltraite-l-info-du-lundi-19-janvier-2026-9633762

samedi 17 janvier 2026

Le joli temps des colonies

Voilà l'Europe menacée des deux côtés, à l'est comme à l'ouest, par deux hommes du passé, deux nuisibles incontrôlables, Poutine et Trump. Les deux réinventeurs du colonialisme. Deux hommes qui rivalisent de prétention, se voient en empereur et veulent asservir les pays autour d'eux. Se servir en fonction de leurs besoins de puissance et briser la démocratie européenne.

Qui donnera enfin une gifle à ce gros garçon capricieux qu'est Trump qui menace à présent de représailles douanières les Etats qui ne soutiennent pas son envie de prendre de gré ou de force le Groenland (1) ? Il trépigne de joie d'avoir reçu de Maria Corina Machado sa médaille du Prix Nobel de la paix. Il pense qu'il a vraiment reçu le prix. Comme un enfant qui aurait reçu la médaille d'ancien combattant de son grand-père et qui penserait dès lors avoir été lui-même décoré. Cet homme qui use et abuse d'un pouvoir gigantesque aurait sa place en hôpital psychiatrique.
Le responsable de la maison des jeunes à Nuuk témoigne avoir croisé en janvier 2025 Donald Trump Jr, fils de Dingo Ier : "Je pensais que c’étaient des touristes, ils distribuaient des casquettes MAGA, des billets de 100 dollars, puis ils ont invité des jeunes et des vendeurs de rue au restaurant, et j’ai compris que tout cela était politique » (2). Demain, les colons américains reviendront avec des verroteries. Revoici le joli temps des colonies.
A Gaza aussi. Hier, Trump a nommé un premier organe exécutif qui devra gérer l'avenir de la bande de Gaza : tous des fidèles de Trump, plus Tony Blair et les représentants des Etats médiateurs (Egypte, Qatar et Turquie), et des Emirats arabes unis. Ils sont chargés de superviser le travail de 15 gouvernants palestiniens (3). Le colonialisme a de beaux jours devant lui.

De son côté, Poutine affirme qu'il considèrera comme une agression la présence de forces militaires de l'OTAN sur le territoire de l'Ukraine. Comme s'il lui appartenait, comme s'il n'était pas l'envahisseur. Ici, c'est chez moi et chez moi je décide des règles. L'historienne et soviétologue Françoise Thom constate que « la Russie va de guerre en guerre : la Tchétchénie d’abord, la Géorgie ensuite, puis l’Ukraine, “l’Occident collectif”, l’Europe enfin".
Poutine, écrivait, en mai dernier Sergueï Medvedev, spécialiste de la période postsoviétique, "impose au monde son agenda de confrontation et d’antagonisme stratégique avec l’Occident. Il affaiblit l’Occident en montrant son indécision et son inefficacité. Il favorise la fragmentation de l’Occident, en enfonçant des coins dans les fissures existantes – du soutien à Trump dès son premier mandat jusqu’au soutien à toutes les forces antisystème, des ultra-gauches aux ultra-droites". Et c'est là un des problèmes de l'UE : tous ceux qui en son sein défendent le point de vue du Kremlin, de Mariani ou Villiers le revenant à Mélenchon le hargneux en passant par Villepin, Védrine ou Ferry, les "agents de déstabilisation russe en Europe" (4). Choisis ton camp, camarade : celle de la démocratie ou de celle de ses ennemis.

Post-scriptum :
Et au FN-RN, même si on ne le dit pas trop fort, on admire  non seulement Poutine le tueur, mais aussi Trump le dingue (on a les héros qu'on peut) :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/01/18/au-rn-une-attraction-inavouee-pour-le-trumpisme-et-un-alignement-ideologique-progressif_6663002_823448.html

(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/17/au-groenland-la-methode-trump-a-dresse-la-population-contre-les-etats-unis_6662716_3210.html
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/17/premieres-nominations-a-la-tete-de-l-usine-a-gaz-qui-doit-gouverner-gaza_6662939_3210.html
(4) https://desk-russie.eu/2026/01/11/pcf-lfi-et-autres-soumis-a-moscou.html

P.S. : A propos de Trump, à lire aussi :

mercredi 31 décembre 2025

Les petits hommes

Poutine est au moins aussi aussi fort que son camarade Trump en matière de post-vérité. Plus c'est gros, plus ça passe. Seul Trump veut croire que le Vieux (comme l'appelle les jeunes opposants russes) souhaite mettre fin à la guerre qu'il mène contre les Ukrainiens. Alors qu'un accord de cessez-le-feu semblait possible, acculé, le tueur en série se fâche prétextant une attaque ukrainienne contre une de ses résidences. "Un acte terroriste", affirme-t-il sans rire (lui qui est spécialiste en la matière - de terrorisme, pas de rire). Le premier ministre indien Modi, s’est dit « profondément préoccupé », tandis que son collègue pakistanais Sharif a dénoncé une « menace grave pour la paix, la sécurité et la stabilité ». Comme si la guerre que mène depuis plus de dix ans la Russie contre l'Ukraine n'était pas en elle-même une « menace grave pour la paix, la sécurité et la stabilité ». Poutine aurait pu se scandaliser d'une agression contre un hôpital, contre une école, contre une centrale nucléaire. Mais il préfère inventer le pire des crimes : celui de lèse-majesté. C'est au tsar lui-même que les Ukrainiens auraient voulu s'en prendre, prétend-il. S'en prendre à cet homme, innocent comme l'enfant qui vient de naître, c'est gifler le peuple russe tout entier, risquer de le rendre orphelin, lui qui souffre déjà de cette guerre qu'il n'a jamais voulue mais qui lui a été imposée par cet Occident dégénéré !
Le pouvoir russe se reconnaît incapable d'apporter la moindre preuve de cette attaque. Mais que lui importe ? « Moscou a désormais les mains libres », titrait le tabloïd Komsomolskaïa Pravda.
On voit par là que Poutine l'assassin n'a de considération pour personne sinon sa petite (si petite) personne et que jamais la diplomatie ne viendra à bout de cette guerre. Avec les jusqu'au-boutistes, seule la force est payante. Mais Trump est faible face à Poutine.

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/31/guerre-en-ukraine-apres-la-supposee-attaque-de-drones-contre-la-residence-de-poutine-les-preuves-introuvables_6660131_3210.html

lundi 15 décembre 2025

Le RN, vassal de Trump et de Poutine

Que ça se sache, que ça se dise : voter pour le Rassemblement national, c'est voter Trump et Poutine. C'est faire leur jeu, se ranger du côté de la guerre, militaire comme économique et sociale, s'opposer à la démocratie, viser la fin de l'Union européenne. Voter pour tout parti d'extrême droite, c'est participer aux mêmes objectifs.
Tant Trump que Poutine prétend vouloir se replier sur son territoire. En réalité, tous deux rêvent - de moins en moins secrètement - de se partager le monde et d'en finir avec la démocratie. D'exercer un pouvoir le plus absolu et le plus large possible. Et ils savent qu'ils peuvent y parvenir en flattant et en utilisant les partis qui se disent patriotiques et qui sont surtout partisans du repli nationaliste et du totalitarisme.
"Dans leur stratégie de sécurité nationale, Donald Trump et ses idéologues exposent leur intention d'intervenir sur le continent européen, écrit Béatrice Delvaux (1), pour lutter en fait contre les gouvernement élus, en soutenant les partis patriotiques européens. L'objectif ? Aider l'Europe à corriger sa trajectoire actuelle par la promotion du renouveau spirituel, de l'essor des partis patriotiques, de la démocratie authentique, la liberté d'expression et la célébration sans complexe du caractère et de l'histoire propres à chaque nation européenne."
Récemment, Elon Musk a écrit que "l'Union européenne devrait être abolie et la souveraineté retourner aux pays individuels de façon que les gouvernements représentent mieux leurs peuples". Le vice-président russe Dmitri Medvedev s'est dépêché de l'applaudir : "Exactement" a-t-il réagi.
Leurs peuples devraient les prendre au mot et en faire de même, en finir avec la Fédération de Russie. Les 170 ethnies ou les 89 entités qui la composent devraient prendre leur souveraineté. Les 50 Etats fédérés des Etats-Unis devraient eux aussi prendre leur indépendance.

"Les prochains objectifs, écrit Béatrice Delvaux, devraient être la France en 2027 et la conclusion de la paix de Poutine en Ukraine. Un axe Washington-Paris-Moscou, passant par Budapest, qui ne ferait plus qu'une bouchée de l'Union européenne ? Cela ne relève plus de l'utopie, et pourrait même se vérifier à une échéance proche."
Des partis comme le RN n'ont rien de patriotique, ils savent que pour arriver au pouvoir ils ont besoin de Trump ou de Poutine, ils sont fascinés par ces brutes qui plus elles seront puissantes, plus elles domineront le monde et leur permettront à eux, partis nationalistes, de jouer les vassaux dans leur arrière-cour.

(1) Béatrice Delvaux, "Il est J-1 pour l'Europe démocratique", Le Soir, 8.12.2025.

dimanche 7 décembre 2025

Au plus bas

Le monde actuel ressemble à une cour de récréation. Les caïds y imposent leur loi, aidés par les petits bras, les bas du front, les courtisans, les flagorneurs dont ils s'entourent et qui prennent plaisir à frapper les petits, à leur voler leur goûter ou leur casquette.

Les brutes que sont Poutine ou Trump s'imposent partout par leur pouvoir mais aussi grâce aux munichois, aux obligés serviles, aux cireurs de bottes qui leur font la cour.
Le premier ministre indien Narendra Modi vient de recevoir chaleureusement son ami Poutine. Orban, Fico et tant d'autres populistes se plaisent à insulter Zelensky pour faire les yeux doux au président russe tout en affirmant aux démocrates leur volonté de gouverner leur propre pays d'une main de fer.
Les leaders populistes d'Amérique latine Milei et Bukele s'affichent comme d'ardents soutiens à Trump quand d'autres présidents latino-américains (au Guatemala, au Panama, en Equateur) ont accepté de se plier aux droits de douane que leur impose le Père Ubu américain (1). Il règne en roi grâce à ceux qui le flattent et qui acceptent ses humiliations et ses caprices d'enfant gâté.
Le sommet de la bassesse a été atteint il y a quelques jours par Gianni Infantino, le président de la Fédération internationale de football, qui a remis à Trump un « prix de la paix » qu'il a inventé pour l'occasion. Infantino ne pourrait s'abaisser plus bas pour plaire à son ami caïd qu'il vénère.  Le voilà transformé en carpette. "Le moment où ce « prix de la paix » est décerné est particulier, au regard de la politique extérieure des Etats-Unis ces derniers temps, fait remarquer Le Monde (2). Donald Trump a ordonné le déploiement de troupes en mer des Caraïbes, dans un cadre de montée des tensions avec le Venezuela, et son président Nicolas Maduro, dont l’administration américaine demande le départ."
Il y a dans le monde de rares grands hommes et il y a tant d'hommes bas.

(1) Jack Nicas, "La doctrine Donroe : une tentative de mise au pas de l'Amérique latine", The New York Times, 17.11.2025, in Le Courrier international, 4.12.2025.(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/05/le-patron-du-football-mondial-offre-a-donald-trump-un-prix-de-la-paix-sur-mesure_6656196_3210.html

dimanche 19 octobre 2025

La guerre sans fin

Il y a une et une seule personne au monde qui fait confiance à Vladimir Poutine. Ça tombe mal : c'est le président des Etats-Unis. Lui qui allait mettre fin à la guerre d'Ukraine en vingt-quatre heures n'est capable que de rouler des mécaniques. Chaque fois qu'il devrait enfin se montrer offensif, il fait un pas en arrière.
On l'a compris : il faut définitivement cesser de croire que le Père Ubu pourrait être d'une aide quelconque pour s'opposer à Vladimir le Terrible. Il ne fera rien contre lui. Sans doute, comme le soupçonnent de nombreux observateurs, Poutine a-t-il les moyens de faire chanter Trump (1). 
« Je pense que le président Poutine veut mettre un terme à la guerre », déclarait vendredi Fanfaron Ier (2). A nouveau, il est le seul à le croire. En fait, on a l'impression de voir deux chefs mafieux faire semblant de se menacer alors qu'ils ne font que marquer leurs territoires respectifs.

Le philosophe d'origine russe Alexander Mozorov, rappellent Borukh Taskin et Aaron Lea (3), estime que "la guerre d’usure sans fin n’est pas un résultat, mais un objectif de Poutine, car elle maintient l’Ukraine dans un état de déstabilisation et les Russes dans un état de mobilisation permanente, et empêche l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN, atteignant ainsi ses objectifs sans occuper complètement l’État voisin. La propagande du Kremlin, qui présente la guerre comme un affrontement entre la civilisation russe unique, partie intégrante du « Sud global » (n’est-ce pas paranoïaque de penser ainsi pour un peuple si nordique ?), et « l’Occident décadent », martèle cette idée dans l’esprit des citoyens malheureux, ralliant la société russe et la forçant à s’habituer à la guerre sans fin et au programme impérial de Poutine".
Mais qui est décadent ? Celui qui mène la guerre ou celui qui veut la paix ? Avec Poutine, on assiste à un retournement des normes. On plonge dans 1984 d'Orwell. Faire la guerre, c'est être fort. Est faible celui qui prône la paix.
Et est stupide et naïf celui qui prend Poutine au mot. Borukh Taskin et Aaron Lea rappellent que le 28 mai 2002, après la réunion constitutive du Conseil Russie-OTAN, Poutine déclarait : « L’Ukraine est un État souverain et a le droit de décider de manière indépendante de son adhésion à l’OTAN». Huit ans plus tard, il commençait à envahir l'Ukraine. L’extrémisme de Poutine se manifeste également dans le démantèlement des accords multilatéraux de sauvegarde, dans le retrait de la Russie du Conseil de l’Europe et de la Convention européenne des droits de l’homme, dans la suspension de sa participation au traité New START, dans le rejet des conventions internationales, y compris la Convention contre la torture. Ce "ne sont pas des « signaux » diplomatiques, mais des obus lancés contre la normalité qui a vu le jour dans le monde d’après-guerre", affirment Borukh Taskin et Aaron Lea. 
Poutine impose dans la violence et la terreur sa normalité à lui, ses règles et ses lois (celle du plus fort d'abord). "La guerre, écrivent-ils encore, offre de nombreux avantages à l’autocratie, dont la suppression de toute opinion alternative et l’exploitation de sentiments nationalistes généralement dangereux. Et c’est précisément cette guerre en Ukraine et la menace d’une extension de l’agression de la Fédération de Russie à d’autres pays qui servent d’appui au régime de Poutine, en créant des incitations économiques et politiques inattendues (apparues littéralement de nulle part, c’est-à-dire de la guerre elle-même) tant pour les élites que pour la population."

Mais le roi Donald qui s'impose lui aussi comme un autocrate ne veut rien savoir de tout cela et veut réduire la guerre d'Ukraine à une querelle de voisinage. Jamais il ne fera quoi que ce soit pour gêner l'empereur Vladimir pour qui il a tant d'admiration (ou dont il a peur ?).  

(1) https://desk-russie.eu/2025/07/28/le-cloaque-et-le-chaos-la-russian-connexion-de-laffaire-epstein.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/10/18/donald-trump-presse-l-ukraine-et-la-russie-de-conclure-la-guerre-affichant-a-nouveau-sa-confiance-en-vladimir-poutine_6647943_3210.html
(3) https://desk-russie.eu/2025/10/12/la-guerre-sans-fin-de-poutine-ambitions-imperiales-et-moment-de-verite-pour-leurope.html

jeudi 11 septembre 2025

The sky is the limit

Le tueur en série Poutine n'a aucune limite. L'Ukraine ne lui suffit pas. Voilà qu'il a envoyé dix-neuf drones en Pologne. Même s'il s'en défend. C'est pas moi, dit comme à son habitude le tsar irresponsable. Ses drones n'ont plus besoin d'ordre, ils connaissent leur mission : s'en prendre aux nazis. Ils en voient partout à l'ouest. L'Occident n'est qu'un nid de nazis qu'il faut détruire comme des frelons asiatiques. 

Vu le nombre de drones, difficile de croire qu'il s'agit là d'une erreur. "Dix-neuf drones, c’est beaucoup pour une erreur, et ce n’est pas beaucoup pour une attaque, affirmait ce matin sur France Inter l'éditorialiste Pierre Haski (1). Les attaques contre les villes ukrainiennes mobilisent désormais des centaines de ces engins explosifs. D’où l’hypothèse d’un test, pour évaluer la capacité de réponse de l’OTAN, la disponibilité des alliés de la Pologne, ou de tout autre pays frontalier, à voler à leur secours. A tester aussi les réactions américaines." Cette incursion a provoqué la mobilisation de plusieurs pays de l’OTAN : deux avions néerlandais ont participé à la chasse aux drones aux côtés de l’aviation polonaise à la chasse, un avion-radar italien a été mobilisé, un avion-ravitailleur de carburant de l’OTAN a décollé et une batterie anti-aérienne Patriot allemande a été activée. Mais elle a aussi, dit-il "montré la faible préparation de l’alliance. Varsovie parle de « provocation » et l’incident va pousser à accélérer la marche vers la défense européenne."
Seuls quatre de ces dix-neuf drones, de conception iranienne et produits en Russie, ont été détruits. C'est peu. "L’incident montre (...) une faible préparation de l’OTAN, constate Pierre Haski. Que se serait-il passé s’il s’était agi d’une attaque massive semblable à ce que vit l’Ukraine ? L’impact aurait été dévastateur."

Donald Tusk, le premier ministre polonais, est très inquiet : cette « action russe » est de nature à « nous rapprocher plus que jamais d’un conflit ouvert comme cela n’a jamais été le cas depuis la seconde guerre mondiale » (2). Aussitôt, le ministère russe des affaires étrangères a accusé la Pologne de vouloir « aggraver » le conflit en Ukraine en propageant des « mythes » concernant l’intrusion de drones dans l’espace aérien polonais. De son côté, Donald Trump roule des mécaniques en disant qu'il n'est pas content. On a compris depuis longtemps que c'est tout ce qu'il est capable de faire. Tant que le Père Ubu dirigera les Etats-Unis, l'Europe ne doit compter que sur elle-même. Oui, il y a une extrême urgence à construire une Europe de la défense et à envisager tous les cas de figure. Avec le psychopathe russe, ils sont innombrables.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-jeudi-11-septembre-2025-8150223
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/09/11/l-otan-face-au-dilemme-de-la-multiplication-des-provocations-militaires-russes_6640365_3210.html



samedi 6 septembre 2025

Sales gamins

Ce monde est rassurant. Lors de la récente et joyeuse réunion des deux enfants que sont Xi Jinping et Poutine et du bébé Kim Jong-un, les deux premiers se sont félicités que "pendant le siècle en cours, il pourrait être possible de vivre jusqu'à 150 ans" et que "avec le développement de la biotechnologie, les organes humains peuvent être transplantés continuellement, les gens peuvent rajeunir en vieillissant, et pourraient même devenir immortels" (1). Selon le dirigeant chinois, "aujourd'hui, à 70 ans, on est encore un enfant". Xi Jinping et Poutine ont tous deux 72 ans et Kim Jong-un en a 43. Les deux premiers peuvent donc espérer continuer à exercer leur fonction durant quatre-vingt ans encore et le troisième pendant plus de cent ans. Ce qui est rassurant, c'est de se dire qu'un jour ils seront donc enfin adultes. Et pourraient alors cesser d'agir en sales gamins irresponsables.

(1) https://information.tv5monde.com/international/il-pourrait-etre-possible-de-vivre-jusqua-150-ans-quand-xi-jinping-et-vladimir-poutine-discutent-sur-limmortalite-2790135
Post-scriptum : Dans Le Monde, l'anthropologue Philippe Charlier estime que "Xi Jinping et Vladimir Poutine entretiennent une fascination communiste pour la lutte contre la dégradation du corps". https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/07/xi-jinping-et-vladimir-poutine-continuent-d-entretenir-la-fascination-communiste-vis-a-vis-de-la-lutte-contre-la-degradation-du-corps_6639604_3232.html

dimanche 17 août 2025

Rencontre pépère

Le Père Ubu et le Petit Père des Peuples se sont rencontrés. Sont issus de ce sommet qui ressemblait à une butte deux discours modèles de langue de bois, d'hypocrisie et de cynisme. On ne sait s'il faut en rire ou en pleurer. Qu'ont-ils dit ? Rien. Sinon que le sort de l'Ukraine importe peu à Trump et que son anéantissement reste et restera le grand rêve de Poutine. On a les rêves qu'on peut.
Ce fut dérisoire, entre show grossier et mauvais sketch. Ils se sont salués entre voisins, fait des révérences, envoyé des compliments (1). Et n'ont rien résolu. Au contraire : Trump, en le recevant, a considéré Poutine, pourtant poursuivi par la justice internationale pour crimes de guerre, comme un interlocuteur parfaitement respectable.

Comme à son habitude, le tueur en série Poutine a salué en l'Ukraine un "peuple frère" et répété que "tout ce qui se passe est pour nous une tragédie et une terrible blessure. C’est pourquoi notre pays souhaite sincèrement mettre fin à cette situation". Tout en refusant de le faire en se justifiant par un fatras d'arguments qui tiennent de la langue de bois. Poutine est un vrai polyglotte : il manie à merveille la langue de bois, la langue de vipère et la langue de pute.
Le Père Ubu est aussi doué que lui. Il a trouvé "très profond" le discours de son homologue russe, mais a rappelé, en excellent analyste politique, que "il n’y a pas d’accord tant qu’il n’y a pas d’accord". Usant de la même langue de bois, il a déclaré ceci : "Nous avons eu une réunion extrêmement productive et nous nous sommes mis d’accord sur de nombreux points, il n’en reste que quelques-uns. Certains ne sont pas très importants. L’un d’entre eux est probablement le plus important, mais nous avons de très bonnes chances d’y parvenir. Nous n’y sommes pas encore, mais nous avons de très bonnes chances d’y arriver".
Le plus important étant sans doute pour lui que "tout le monde veut traiter avec nous. En très peu de temps, nous sommes devenus le pays le plus en vue au monde. Et nous nous en réjouissons".
Pendant ce faux sommet, l'armée russe a lancé 85 drones et un missile sur l’Ukraine.
Les deux cyniques auto-satisfaits n'ont que mépris pour l'Ukraine et les Ukrainiens. Les gens méprisants sont méprisables.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/16/bonjour-cher-voisin-retrouvez-la-retranscription-integrale-de-la-conference-de-presse-commune-entre-donald-trump-et-vladimir-poutine_6630476_3210.html


vendredi 20 juin 2025

Tsar du culot

On a déjà écrit ici combien apparaît étrange l'humour de Vladimir Poutine. Voilà que Culotté Ier se propose en médiateur entre Israël et l'Iran. C'est ce qu'il a dit au président iranien Massoud Pezeshkian à qui il a présenté ses condoléances. Il a aussi condamné auprès de Netanyahou les frappes israéliennes qui constituent une « dangereuse escalade » pouvant avoir « des conséquences désastreuses » (1). Qui donc expliquera à ce brave homme, si empli de compassion, les conséquences désastreuses que les frappes russes ont sur la population ukrainienne ?
"Sa priorité déclarée, écrit Le Monde (2) : mettre fin aux hostilités pour assurer à la fois le droit de l’Iran à une énergie nucléaire civile et celui d’Israël à sa sécurité." « Il me semble, a-t-il dit, qu’il serait bon que tout le monde cherche à mettre fin aux hostilités et à trouver des moyens pour que toutes les parties à ce conflit parviennent à un accord ». Avec l'Ukraine cependant, il n'a toujours aucune intention de rechercher un accord. S'il existait un Prix Nobel de l'hypocrisie et du cynisme, Vladimir Poutine l'emporterait haut la main.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/16/moscou-condamne-israel-et-s-inquiete-de-l-affaiblissement-de-son-allie-iranien_6613575_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/19/conflit-israel-iran-vladimir-poutine-se-veut-un-acteur-credible-au-moyen-orient-pour-jouer-un-role-de-mediation_6614361_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=4

mardi 13 mai 2025

Le silence du Rambo russe

Comme tous les dictateurs, Vladimir Poutine a un sens de l'humour qui lui est propre. Il s'était dit prêt à un cessez-le-feu si les livraisons d'armes à l'Ukraine cessaient. Ainsi sont les tyrans, prêts à se montrer magnanimes avec ceux qu'ils ont mis à genoux et qui ne peuvent même plus se défendre.
Aujourd'hui, il déclare qu'il veut négocier directement avec l'Ukraine. Volodymyr Zelensky le prend au mot et lui propose de venir discuter directement avec lui en Turquie ce jeudi. Mais le chef mafieux se tait. On ne l'entend pas dans le bruit et la fureur qu'il continue à faire tomber sur l'Ukraine. Zelensky dénonce un "silence bien étrange". Il a déploré que "malheureusement, le monde n’a toujours pas reçu de réponse claire de la Russie aux nombreuses propositions de cessez-le-feu". Poutine, dit-on, malgré ses airs bravaches et ses roulements de mécaniques, a une peur panique qu'on attente à sa vie.  Le tueur en série aura-t-il le cran d'aller jusqu'en Turquie et de discuter avec son homologue ukrainien ?
Son porte-parole, lui, a rejeté toute idée de cessez-le-feu inconditionnel de trente jours : " ce langage d’ultimatums est inacceptable pour la Russie, il ne convient pas. On ne peut pas s’adresser à la Russie avec un tel langage", a déclaré Dmitri Peskov. Pour s'adresser à l'Ukraine, la Russie ne connaît que le langage des bombes. 
La Russie, championne de l'hypocrisie, s'est enfermée dans une fuite en avant : elle ne veut que la paix et ne fait que la guerre.

A voir ce soir à 21h sur Arte : "Zelensky", documentaire d'Yves Jeuland, Ariane, Chemin et Lisa Vapné.


lundi 28 avril 2025

Les cahiers au feu et le prof au milieu

La bande de philistins qui tente de diriger les Etats-Unis s'est donné une grande mission : tout casser. A commencer par la science et l'éducation. "Nous devons, honnêtement et agressivement, attaquer les universités dans ce pays." C'est ce qu'avait déclaré en 2021 celui qui est devenu au début cette année vice-président des Etats-Unis, J.D. Vance, qui n'a visiblement jusqu'à présent impressionné personne par la finesse de ses analyses, sa hauteur de vue ou sa sagesse "Nous avons besoin de sagesse, avait-il affirmé, et il y avait de la sagesse dans ce que Richard Nixon a dit il y a quarante, cinquante ans : Les professeurs sont l'ennemi". 
On aurait aimé qu'il explique ce que signifie attaquer honnêtement ou encore en quoi il serait sage de s'attaquer aux enseignants, mais en est-il capable ?
Ces béotiens n'ont pas besoin de se justifier, l'échange, le débat, la discussion leur sont aussi étrangers que l'intérêt collectif. Donc, ils cognent, ils coupent, ils dépècent, ils mentent, ils insultent. Il faut leur reconnaître cela : dans ces domaines, ils ont de grandes compétences.
Ils coupent les vivres aux universités qui ne s'alignent pas sur leurs ukases, ils suppriment des organismes de recherche ou taillent dans leurs subventions, ils dépècent le ministère de l'Education.
Les universités ont été sommées de retirer de leurs programmes toute référence à la recherche sur l'environnement, sur les inégalités ou les discriminations. Quand on a cassé le thermomètre, on ne constate plus de fièvre. Ainsi le veut l'idéologie trumpienne, "improbable cocktail de nationalisme chrétien et de techno-fascisme crétin mixé dans le bureau ovale" (1). "Soyez (et soyons) encore plus stupides", serinent ceux que Giuliano da Empoli appelle "les ingénieurs du chaos". L'irrationnel devient la norme, "le savant est moqué et l'ignorant porté aux nues". L'ignorance n'empêche rien, au contraire : Ubu Trump est devenu président de la première nation mondiale. 

Avant lui, son collègue illibéral Vikor Orban avait déjà agi de la sorte : en 2010, il supprimait le ministère hongrois de l'Education nationale. Il ne cesse de restreindre l'autonomie des enseignants (ceux du public, les écoles catholiques et protestantes étant favorisées), d'augmenter leur charge de travail, d'intervenir dans le contenu des manuels scolaires. Il leur a même interdit la grève. Des milliers d'enseignants ont préféré démissionner. Ceux qui restent se résignent, par peur d'être dénoncés. (2)

Pendant ce temps (3), le tueur en série Poutine transforme les lycées russes en antichambres de l'armée. Plusieurs fois par semaine, les élèves, vêtus d'une tenue militaire, sont conditionnés au nationalisme et à la nécessité de prendre prochainement les armes pour défendre la patrie. 

"L'ignorance, c'est la force", proclame le Parti dirigé par Big Brother dans 1984  de George Orwell. 

(1) Olivier Pascal-Moussellard, "La guerre au savoir est déclarée", Télérama, 26.3.2025.
(2) Marc Belpois, "Orban, touche pas à ma fac !", Télérama, 16.4.2025.
(3) Un reportage dans le Journal d'Arte en témoignait récemment.

samedi 29 mars 2025

Culture et barbaries

Le première image, immense, est celle de Poutine. En gros plan. Il annonce l'attaque de l'Ukraine. Il faut la dénazifier, affirme-t-il, la démilitariser. On entend une voix féminine qui hurle "Ta gueule !" et on voit une femme se jeter sur cette image projetée sur la toile de fond de scène, l'agiter, tenter de l'arracher. Le visage de Poutine se déforme, autant que sa voix. Et tous deux finissent par se figer. Poutine s'arrête dans un rictus qui lui laisse un air idiot. 
Voilà la première scène de "Ici sont les dragons - première époque - 1917, La victoire était entre nos mains", le dernier spectacle du Théâtre du Soleil (1).
On y passe des tranchées de la Première guerre mondiale au Palais d'Hiver de Petrograd, du front germano-russe dans l'ouest de l'Ukraine à la scène du théâtre à la Cartoucherie de Vincennes. C'est la naissance des totalitarismes que nous remémore ce spectacle vertigineux, glaçant et fascinant à la fois. Les totalitarismes d'hier qui annoncent - on le comprend vite - ceux d'aujourd'hui. 
« Pour pouvoir envisager qui est Vladimir Poutine, nous devions comprendre de quel ventre, encore fécond, il sortait », expliquait au Monde (2) Ariane Mnouchkine, directrice et metteuse en scène.
"Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil ont voulu remonter aux sources, comprendre les rouages de cet infernal système despotique, écrit Fabienne Pascaud dans Télérama (3). Pendant des semaines, des mois, ils ont entrepris un colossal travail de recherche, de lecture d’essais historiques, politiques, sociologiques, de biographies. Pour nous faire entendre et voir en langues russe, allemande, française, et en scènes hautes en couleur, passions, violences et même facéties, comment la guerre de 1914-1918, la révolution bolchevique de 1917 ont permis le marasme."
On y entend les inquiétudes de Churchill, les premières réflexions hallucinées du caporal Hitler, les certitudes sourdes de Lénine et des siens qui ont confisqué dès le début, à leur profit, la révolution et anéanti tout espoir de démocratie. "C'est nous qui décidons - je veux dire le parti."
« La vérité des faits a été trop trahie. Cette histoire est celle d’un mensonge de dimension planétaire dont nous subissons encore les conséquences », affirme Ariane Mnouchkine au Monde.

Les dragons pondent leurs œufs dans d'innombrables nids, mais plus nombreux encore sont les fous qui s'y précipitent pour les couver.
Extrait du spectacle "Ici sont les dragons", Théâtre du Soleil.

A quelques pas de la Cartoucherie de Vincennes, dans le 4e arrondissement de Paris, le Musée Picasso présente une exposition temporaire intitulée « L’art dégénéré : le procès de l’art moderne sous le nazisme". Elle revient sur l’exposition de propagande Entartete Kunst, organisée en 1937 à Munich, qui présentait plus de 700 œuvres d’une centaine d’artistes, représentants des différents courants de l’art moderne, d’Otto Dix à Ernst Ludwig Kirchner, de Vassily Kandinsky à Emil Nolde, de Paul Klee à Max Beckmann, de Vincent Van Gogh à Pablo Picasso, dans une mise en scène conçue pour provoquer le dégoût du visiteur. Ce fut le début d'une purge. Plus de 20 000 œuvres de 1400 artistes classés dégénérés aussi bien en France, qu’en Allemagne, sont ainsi retirées, vendues ou détruites. Le Musée Picasso présente une soixantaine de ces œuvres sauvées de la censure destructrice des nazis. "Sur les murs du musée Picasso, la réunion de ce petit noyau de tableaux et de sculptures présentés à Munich cause aussi un électrochoc, mais inversé, écrit Sophie Cachon dans Télérama (5). On y découvre, troublé, la puissance toujours aussi palpable de mouvements n’ayant en commun que l’impardonnable modernité honnie des partisans de Hitler." Et on pense aux artistes russes d'aujourd'hui qui ont fui leur pays, à la volonté de Poutine de disposer d'une industrie cinématographique qui raconte son Histoire. On pense à Trump qui fait la chasse aux politiques culturelles et aux artistes qui font selon lui de l'idéologie et veut prendre le contrôle d’institutions culturelles pour restaurer la « vérité dans l’histoire américaine » (6). Et on se dit que l'Histoire ne nous a rien appris et que ce sont ces gérontocrates qui sont atteints de dégénérescence. 

Ce temps m'en veut. Je ne fais pas son affaire. Je suis trop peu nationaliste, pas assez raciste. Le bruit m'effraie ; au lieu de jubiler quand rugit le "Heil", au lieu de lever le bras à la romaine, j'enfonce mon chapeau sur la tête.
Ernest Barlach, lettre à Reinhard Piper, 11 avril 1933, cité dans l'exposition "L’art dégénéré : le procès de l’art moderne sous le nazisme".

Le jeu était terminé. (…) On m’appelait « artiste dégénéré », « l’effroi du citoyen », « corrupteur de la jeunesse », « fleur de pénitencier ».
Oskar Kokoschka, Ma vie, 1971

(1) Jusqu'au 27 avril - 
https://theatre-du-soleil.fr/fr/notre-theatre/les-spectacles/ici-sont-les-dragons-2024-2470
(2) https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/11/27/avec-ici-sont-les-dragons-ariane-mnouchkine-sur-le-pied-de-guerre_6416612_3246.html
(3) https://www.telerama.fr/theatre-spectacles/ici-sont-les-dragons-ariane-mnouchkine-et-le-soleil-face-a-un-immense-defi-theatral_cri-7035799.php
(4) Jusqu'au 25 mai -
https://www.museepicassoparis.fr/fr/lart-degenere-le-proces-de-lart-moderne-sous-le-nazisme
(5) https://www.telerama.fr/arts-expositions/l-art-degenere-au-musee-picasso-une-exposition-historique-sur-ces-uvres-jugees-subversives-par-les-nazis_cri-7036917.php
(6) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/28/donald-trump-veut-prendre-le-controle-d-institutions-culturelles-pour-restaurer-la-verite-dans-l-histoire-americaine_6587248_3210.html