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samedi 30 mai 2026

Pas très catholiques

Pourquoi des gens croient-ils en un dieu ?  Que représente pour eux cette foi ? Que gardent-ils du message de l'Evangile, du Coran, de la Torah ? Pourquoi leur croyance les referme-t-elle ?

On se pose ces questions en pensant notamment à ces milliardaires d'extrême droite que sont Vincent Bolloré et Pierre-Edouard Stérin. Tous deux se présentent comme catholiques. Tous deux dépensent une part importante de leur immense fortune à soutenir des médias, des candidats politiques et des organisations qui prônent le rejet de l'autre, le nationalisme et le repli sur soi et considèrent tout étranger comme dangereux. Vincent Bolloré se rend régulièrement en pèlerinage à Lourdes, nous dit-on (1). On suppose qu'il va à la messe. Mais visiblement le message de l'Evangile,  "Aimez-vous les uns les autres", lui a échappé. Lui, il aime les uns mais pas les autres. L'hebdomadaire allemand Die Zeit rappelle (1) que Bolloré, "né avec une cuillère en argent dans la bouche", a hérité des papeteries familiales avant d'investir dans des chemins de fer, des plantations de palmiers et des ports en Afrique. "Ses partenaires en Afrique jugent ses méthodes en affaires agressives et pas très catholiques".

Hagai Levi, réalisateur de la série Etty, constate (2) que "90% des Juifs religieux sont pour Netanyahou. Les ultra-orthodoxes n'ont pas levé le petit doigt pour nous aider avec les otages, parce qu'ils n'étaient pas des leurs. Quant aux sionistes religieux, ils étaient délibérément prêts à les sacrifier." 

Côté musulman, ils sont nombreux à assassiner qui ne pense pas comme eux, à asservir les femmes, à pendre des homosexuels, à couper les mains de voleurs au nom d'Allah dont on peine à comprendre en quoi il serait grand ainsi célébré.

Résumons-nous : il est grand le mystère de la foi.

(1) Matthias Krupa, "Les grenouilles de bénitier à l'assaut de l'Hexagone", Die Zeit, 4.5.2026, in Courrier international, 28.5.2026.
(2) Télérama, 6.5.2026.

lundi 11 mai 2026

Le bolchevisme du RN

L'extrême droite n'aime pas la culture et hait les artistes. Sauf celles et ceux qu'elle peut contrôler.
A peine au pouvoir dans une série de communes, le Rassemblement national (qui porte bien mal son nom) divise : il distingue la culture élitiste et la culture populaire et veut favoriser cette dernière. 
Elitistes : le jazz, le cinéma politique, le street art, les animations socioculturelles. Populaires : les combats de MMA et de catch. Avec le RN, on n'est jamais déçu : on est d'emblée dans les clichés les plus gros. Les édiles lepénistes, écrit Le Monde (1), "critiquent (...) la programmation jugée « élitiste » de certaines manifestations, d’ores et déjà menacées, annulées ou dont les subventions seront réduites : Jazz à Vauvert (Gard), Festival international du film politique à Carcassonne, centre socioculturel à La Flèche (Sarthe), festival de street art à La Seyne-sur-Mer… Le nouveau maire de la ville varoise, Dorian Munoz, préfère « les combats de MMA ou de catch » et aimerait attirer des sports extrêmes sponsorisés par la marque Red Bull". La culture du combat, tout un programme...
L'extrême droite rêve de privatiser le service public de l'audiovisuel. Un de ses jeunes servants aux dents longues, Charles Alloncle, est parti en guerre contre Radio France et France Télévision. Rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, il propose notamment (2) de supprimer la chaîne jeunesse France 4, de fusionner France 5 avec France 2 et Franceinfo avec France 24, de réduire d’un tiers le budget des sports du groupe France Télévision et de réduire de trois quarts le budget de ses jeux et divertissements. Avec l'extrême droite, fini de rire et de s'amuser. En avant, marche ! Toutes les missions abandonnées par le service public seraient évidemment reprises par les chaînes privées qui pourront aller plus loin encore dans leur grande entreprise de crétinisation. 
Dans le même temps, Vincent Bolloré a mis à sa botte autoritaire des médias, des maisons de la presse et des maisons d'édition pour imposer sa vision d'un monde fermé dirigé par les puissants. Les auteurs des éditions Grasset ont quitté en masse leur maison pour protester contre le limogeage d'Olivier Nora, PDG respecté de Grasset (3). Bolloré se retrouve avec une coquille vide désormais dirigée par un de ses proches sans aucune compétence dans le domaine de l'édition. Mais on peut l'imaginer ricaner en s'imaginant que nombre de ces auteurs qui l'ont quitté ne retrouveront pas de si tôt un éditeur quand lui édite désormais toutes les voix d'extrême droite, même sans idée ni talent. 

Poutine est dans la même logique destructrice de la culture, beaucoup plus brutale évidemment. Son armée s'attaque aux bibliothèques, aux musées, aux théâtres ukrainiens. "La destruction de la culture est une composante du génocide, écrivent Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko dans "La vie à la lisière" (4). Pour détruire une communauté, il faut détruire sa mémoire, ses mécanismes de transmission des pensées et des sentiments. Reprogrammer ceux qui vivent dans ces territoires. S'introduire dans leurs esprits et dans leurs cœurs, pour y laisser uniquement ce qui les rendra utiles." (...) "Le monde russe n'est pas l'avènement de la grande culture russe, mais la destruction de toute culture, la réduction au plus petit dénominateur commun. Telle était la conception du bolchevisme : l'intellect n'est plus nécessaire. L'éducation, un luxe bourgeois. Celle-ci ne doit être qu'élémentaire, afin que les masses travaillent, comprennent les ordres, sans poser de questions." 
Le RN et ses petits soldats sont très bolcheviques. Bolloré aussi.

"La culture est la colonne vertébrale de l'existence et de la vie", écrivent encore Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko. "La culture suppose le soin. La victoire des forces créatrices sur les forces destructrices."

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/10/au-rassemblement-national-les-nouveaux-maires-ciblent-l-europe-la-culture-et-les-syndicats-ils-y-vont-plus-franchement_6687664_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2026/04/24/charles-alloncle-preconise-des-mesures-d-austerite-pour-l-audiovisuel-public-dans-son-rapport-fusion-de-chaines-moins-de-jeux-et-de-divertissement_6683120_3236.html?search-type=classic&ise_click_rank=4
https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/27/le-rapport-alloncle-sur-l-audiovisuel-public-soumis-au-vote-crucial-de-deputes_6683622_823449.html
(3) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-apres-le-limogeage-d-olivier-nora-la-prestigieuse-maison-d-edition-confrontee-a-l-hemorragie-de-ses-auteurs_6680457_3234.html
(4) Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko, "La vie à la lisière - Etre Ukrainien aujourd'hui", Gallimard (Témoins), 2026.

mercredi 18 février 2026

Fasciste toi-même

Qu'est-ce qu'être antifasciste sinon défendre la démocratie et s'opposer à ceux qui veulent imposer leur pouvoir par la violence et briser la liberté de réunion et d'expression ?
Aujourd'hui, on s'y perd. Voilà qu'à Lyon on tue au nom de l'antifascisme. Quel est l'intérêt et la crédibilité d'un antifa qui est pro-violence, qui tue au nom d'un combat qui du même coup perd tout son sens ? Le voilà aussi fasciste que celui qu'il prétend combattre. Un totalitaire de gauche ne sera jamais plus séduisant qu'un totalitaire de droite. Il est tout autant abject et repoussant.

"Celui ou ceux qui ont tué (le militant d'extrême droite), écrit Le Monde (1), n’ont pas seulement commis un meurtre, ils ont, en recourant aux méthodes des fascistes qu’ils prétendent combattre, sali les combats progressistes et humanistes, et offert un martyr à leurs adversaires. Leur geste scandaleux, commis au nom d’idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence, sa marque de fabrique, et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République." (...)
"Recourir à la violence, c’est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence."

La Jeune Garde, cette milice d'extrême gauche soutenue par Mélenchon, est aujourd'hui pointée du doigt par la Justice pour son rôle actif dans ce meurtre en meute d'un homme à terre. L'homme du bruit et de la fureur, comme d'habitude, joue les irresponsables, jurant la main sur le cœur qu'il a toujours rejeté toute violence. En faisant d'un militant d'extrême droite un martyr, l'extrême gauche aide un peu plus le RN à se dédiabloliser.
Même si ce parti est constitué de personnages rebutants, tel ce septuagénaire qui, hier à Châteauroux, a tiré sur les gendarmes et leur a balancé des grenades (2). L'homme qui possédait chez lui un véritable arsenal était connu comme un "militant très engagé" du RN. Et puis, il y eut tous ces militants de gauche tués par d'autres d'extrême droite. On pense notamment à Clément Méric, mort à 18 ans en 2013 suite à un passage à tabac par des skinheads.

La vie politique s'est hystérisée ces dernières années. "La haine politique en France a tué, écrit à Le Quotidien luxembourgeois (3). Mais est-ce vraiment une surprise ? Le pays s’embourbe dans les excès depuis des mois maintenant, et aujourd’hui les mots sont éclipsés par les actes. Il suffit de regarder comment se déroulent les séances publiques à l’Assemblée nationale : les partis s’invectivent sans cesse, l’actualité brûlante alimente les débats et chacun cherche à contester la légitimité de l’autre." (...)
"L’autre n’est plus un adversaire, mais un ennemi à abattre. Un venin mortel s’infiltre dans toutes les composantes de la République et personne n’est là pour dire stop, pour remettre la dignité au programme. La politique française a perdu pied. Et la faute est collective. Chacun essaie de servir sa cause et de détruire le camp d’en face."

Comme l'écrit Caroline Fourest (4), la violence "peut changer de nom, s’appeler « révolutionnaire» ou «identitaire», fasciste ou antifasciste, elle n’est qu’un masque pour habiller d’un drapeau une passion bien plus primaire et très souvent masculine. Un besoin de se défouler, d’écraser l’autre sous ses pieds, qu’on revendique fièrement en usant de slogans périmés".

(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/un-veritable-arsenal-qui-est-ce-retraite-de-78-ans-qui-a-tire-sur-la-police-avec-des-grenades-a-chateauroux-1771361045
(3) https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-luxembourg-meurtre-de-quentin-deranque-la-haine-politique-en-france-a-tue_240720
(4) https://www.franc-tireur.fr/lextreme-tue-le-franc-parler-de-caroline-fourest

samedi 29 novembre 2025

La vie des autres

Répondre à la violence par la violence, à la haine par la haine, c'est tout ce que sait faire le gouvernement israélien. Deux Palestiniens qui se rendaient à l'armée israélienne ont été tués sciemment en Cisjordanie (1). Des documents filmés en attestent. Et alors ? Quelle importance ? C'étaient des terroristes, balaie le ministre de la Sécurité nationale. Il sait qu'il a l'opinion publique avec lui. Cette exécution, rapportait hier un journaliste de France Inter, laisse la population israélienne indifférente. Depuis le 7-octobre, seuls les rares médias de gauche et quelques ONG s'indignent. Les vies humaines ne comptent pas, ne comptent plus.
Pas plus qu'en Russie. Pour le tueur en série Poutine, les centaines de milliers de morts qu'engendre sa guerre, y compris dans les rangs de son armée, n'ont aucune valeur. Il a aussi l'opinion publique avec lui. Il la contrôle d'une main de fer. Lui a sans cesse peur, affirment différentes sources, pour sa vie, mais celle des autres n'éveille aucun intérêt chez lui.
Tous ceux qui pensent qu'on n'a jamais essayé l'extrême droite et qu'il faut lui laisser sa chance feraient bien d'y réfléchir. L'extrême droite est étrangère aux notions de vie, de droit et d'humanité.

Je maudis la guerre, toute guerre, quelle qu'en soit la forme, quel qu'en ait été le motif. Tout vaut mieux que la guerre, il ne peut y avoir aucune exception à cela, cela n'admet aucune clause. Seule une personne sur mille veut la guerre, et c'est celle qui a tous les moyens de s'en mettre à l'abri et qui compte en tirer un profit ; pourquoi les autres souffrent-ils ? (...)
La guerre n'a pas de fondement dans les lois de la nature. La nature est calomniée ! La vie de tous les êtres vivants est fondée sur la convergence des intérêts, sur la coopération. Le chêne ne peut vivre sans le mycélium, de même que le mycélium ne peut vivre sans le chêne, ou la plante sans les insectes qui pollinisent ses fleurs. Nous parlons. d'
entre-dévorement des animaux et ne savons pas lire les pages de leur contrat. Ah, si les hommes se dévoraient les uns les autres, cela pourrait être une sorte de justification. Dans le monde des animaux, nous ne connaissons qu'une seule guerre : celle des fourmis ; il n'y a presque aucun doute que l'humanité future s'organisera à la manière des fourmis : heureux esclavage universel, atrophie de la pensée et de la volonté, mécanisation des mouvements, suppression des sentiments. Nous en approchons à pas de géant.
Mikhaïl Ossorguine, "Dans une bourgade paisible de France" (Verdier, 2025), écrit au tout début de la seconde guerre mondiale.
(M. Ossorguine avait connu les prisons tsaristes, puis bolcheviques et était alors réfugié en France où il a fui Paris occupé par l'armée nazie pour s'installer en zone dite libre.)

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/11/29/la-mort-filmee-de-deux-palestiniens-revelatrice-des-methodes-de-l-armee-israelienne-en-cisjordanie_6655347_3210.html

vendredi 24 octobre 2025

Ciel, mes bijoux !

La France est en pleine neurasthénie. On lui a volé ses bijoux. Des bijoux que personne ne lui connaissait, sinon les cambrioleurs. Depuis, elle pleure, elle a perdu une part de son âme. Elle a honte.
Certaines chaînes d'information continue n'en finissent pas de se rouler par terre en se lamentant.
Ces bijoux, quasiment personne n'en connaissait l'existence, mais les trois-quarts de la France en sont orphelins. 

Comme l'écrit ironiquement Michel Guérin, rédacteur en chef au Monde (1), "ce ne sont pas seulement des bijoux qui ont été dérobés, mais l’âme française. Pas des bijoux mais le Louvre, le plus grand musée au monde et l’ancien palais des rois. C’est le hold-up de notre mémoire, d’une certaine idée de la nation, celle d’hier et d’aujourd’hui. Depuis dimanche, la droite et surtout l’extrême droite, notamment via des médias, multiplient les figures de style pour dire ce que signifie le braquage : « Jusqu’où ira le délitement de l’Etat ? » (Jordan Bardella, sur X) ; « Une nouvelle épreuve pour notre pays » (Marine Le Pen, sur X) ; « Une nation menacée » (Eric Ciotti, sur X) ; « Une France en décadence » (un anonyme cité par Europe 1) ; « Un désastre français » (Valeurs actuelles)". 
Il semblerait que ce cambriolage marque la fin définitive de la monarchie française. Ce qui afflige une affligeante extrême-droite. Mais même Ian Brossat du PCF a parlé de "honte nationale".
"Diable ! Peut-on encore dire que l’avalanche des réactions est disproportionnée et qu’elle est alimentée par d’autres ressorts ? Hors des frontières, l’occasion est belle de titiller l’arrogance française, voire celle du Louvre. Chez nous, les mots s’inscrivent souvent dans le calendrier électoral. Ajouter un vernis identitaire à l’affaire, c’est faire l’impasse sur la nature des objets dérobés." Si ces objets, écrit encore Michel Guérin, ont une valeur inestimable, ce n'est pas sur le plan artistique ou historique, mais au regard du cours des métaux précieux.
Depuis une dizaine d'années, rappelle-t-il, les cambriolages se sont multipliés dans de nombreux musées à travers le monde. "Tous sont devant une équation complexe : une ouverture généreuse au public et la sécurisation d’objets encombrants, plus à leur affaire dans une banque."
Ce que révèle ce vol, c'est surtout le niveau de réflexion politique de l’extrême droite et d’une certaine pratique du journalisme.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/24/les-bijoux-voles-au-louvre-qui-ne-valent-que-pour-leurs-metaux-precieux-sont-surtout-des-objets-desuets-et-encombrants_6649087_3232.html
A écouter : Tanguy Pastureau sur France Inter : 
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/tanguy-pastureau-maltraite-l-info/tanguy-pastureau-maltraite-l-info-du-mercredi-22-octobre-2025-9485674

jeudi 21 août 2025

Mouvement vaseux

« Le 10 septembre, on bloque tout ! », c'est le mot d'ordre envoyé par un site appelé Les Essentiels. "Sa première activité, rappelle Le Monde (1) : publier une dizaine de posts consacrés au « ras-le-bol français », à la défense des « gilets jaunes », des TPE-PME et des « racines chrétiennes » de la France, ou appelant au « Frexit ». Des idées que l’on retrouve généralement combinées dans les programmes d’extrême droite."
Julien Marissiaux qui est à l'origine de ce site n’a pas répondu aux questions du Monde qui a trouvé sur son profil LinkedIn des louanges en faveur d’Elon Musk, des mentions du Rassemblement national ou une vidéo de Philippe de Villiers."

Dans une video, Les Essentiels appellent pour le 10 septembre au "confinement général et illimité", une forme d'auto-confinement en fait. "Nous refusons de produire, courir, consommer, servir... tant que l'on ne sera pas payé pour chaque jour, chaque heure, chaque centime perdu pendant ce confinement que NOUS imposons." Essayons de comprendre : s'ils sont payés pour leur inaction choisie ils accepteraient d'être actifs. Ils exigent d'être payés à ne rien faire tout en considérant que ce temps de l'inaction choisie est perdu. On se croirait face à une brève de comptoir. Mais non, le mouvement prend de l'ampleur, le Café du Commerce agrandit chaque jour sa terrasse. Et voilà que LFI paie sa tournée (2). Parti de l'extrême droite, le mouvement est soutenu par l'extrême gauche, toujours demandeuse de bordélisation et peu gênée d'alliances contre-nature. Toute attitude populiste doit être encouragée. Ne voulant pas être en reste, les écologistes et les communistes annoncent aussi - même si c'est un peu plus prudemment - leur soutien à ce mouvement gazeux (3). La gauche n'en finit plus de se perdre dans des regroupements vaseux.

A lire les initiateurs du mouvement, on comprend qu'ils sont contre. Une position résumée à ce mot et qui s'apparente à un programme. Contre ! On se permet dès lors de leur suggérer quelques slogans qu'ils pourront tweeter depuis leur salon où ils se seront confinés.
"Home Sweet Home."
"Je me confine si je veux, quand je veux, où je veux."
"Si ça continue, ça va cesser. "
"C'est celui qui le dit qui l'est."
"Assez, c’est assez, mais trop, c’est trop. Et quand on en a marre, on en a marre."
"Trop d’écologie tue l’écologie."
"Vive la France, fille aînée de l'Eglise."
"Les vaccins nous tuent, tuons les vaccins."
"Macron, dégage !"
"Bayrou, dégage ! "
"Mélenchon, dégage !"
"Famille Le Pen, dégage !"
"Pour des incendies en hiver, pas en été !"
"De la pluie, mais pas trop souvent !"

On se permet aussi de les encourager à étendre la notion de confinement en laissant définitivement les voitures au garage, en ne prenant plus l'avion, en boycottant la télévision, les réseaux prétendument sociaux, les supermarchés, les grands groupes et les firmes multinationales, en ne consommant pas de produits traités avec des pesticides ou encore en ne consommant pas d'énergie issue de filières non renouvelables. Evidemment, on n'est pas sûr que ces propositions plaisent aux initiateurs de ce mouvement fourre-tout. On se souvient de ces amis qui, sortant d'une manif pour le climat, s'étaient joints à un cortège de Gilets jaunes. "Qu'est-ce que des écolos viennent foutre ici ?",  leur avait-on dit. On se le demande ici encore.

(1) https://www.lemonde.fr/pixels/article/2025/08/06/bloquons-tout-le-10-septembre-aux-origines-d-un-mouvement-viral-et-fourre-tout_6627156_4408996.html?search-type=classic&ise_click_rank=2
(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/08/17/la-france-insoumise-appelle-a-censurer-francois-bayrou-et-soutient-l-initiative-tout-bloquer-du-10-septembre_6630630_823448.html
https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/08/19/bloquons-tout-comment-la-france-insoumise-prend-fait-et-cause-pour-le-mouvement-du-10-septembre_6631779_823448.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/08/20/bloquons-tout-apres-lfi-les-ecologistes-et-les-communistes-s-engagent-dans-le-soutien-au-mouvement-du-10-septembre_6632668_823448.html

mardi 1 juillet 2025

Let the sunshine

L'écologie emmerde les Français. C'est ce que clament la droite et l'extrême droite. Et quantité d'élus locaux dits sans étiquette. L'Europe suffoque. Et ce n'est qu'un début. Tous les climatologues l'affirment : on va vers bien pire encore. L'absence d'écologie emmerde les Français. Et pourtant, on attendra longtemps encore avant que les mesures indispensables soient prises. La résistance au changement et la négation du problème sont les plus fortes. Même si le changement climatique est bel et bien là et s'impose durement (et durablement), que nous le voulions ou non. Il faut avoir la tête très profondément enfoncée dans le sable pour ne pas le voir. Tant de citoyens n'entendent pas pour autant modifier leurs habitudes. Sans doute seraient-ils même prêts à descendre dans la rue si on limitait leurs déplacements. Par exemple, en interdisant la circulation de véhicules certains jours, en diminuant les vitesses sur les routes, en limitant drastiquement les voyages en avion, en sortant de notre dépendance au pétrole et au charbon, en empêchant que des produits fassent le tour de la planète, etc.

Les partis de droite et d'extrême droite vomissent l'écologie et ses applications.  Ils ont reculé sur les zones à faibles émissions (avec le soutien d'un parti qui se prétend de gauche, LFI), sur le principe de zéro artificialisation des sols, ils relancent le chantier de l'A69. L'un des leurs, un certain Duplomb (ça ne s'invente pas) veut réintroduire un pesticide interdit. "LR ont même fait passer, rappelle Le Monde (1) un amendement qui impose un moratoire sur les éoliennes et le photovoltaïque, une idée longtemps portée par l’extrême droite." Et tout cela au nom du bon sens.

Il y a cinquante ans, on a connu les dimanche sans voiture. Il s'agissait alors de ne pas gaspiller l'essence qui risquait de se faire rare. Il y a cinq ans, on a connu les confinements dus au Covid-19 avec un contrôle extrêmement strict des déplacements. Il s'agissait de protéger collectivement nos vies. Aujourd'hui, la canicule nous confine dans nos maisons et personne ne propose quoi que soit pour qu'une telle situation ne se reproduise plus. Au contraire.
On en revient au même débat qu'à la période covidienne : la liberté individuelle versus la liberté collective première : celle de vivre et de laisser vivre nos enfants et nos petits-enfants. L'écologie emmerde les Français ? Les opposants aux politiques écologiques méprisent les Français.

Post-scriptum : En Belgique, c'est le président du Mouvement réformateur, parti de droite, qui réclame à présent la réouverture des mines de charbon. La volonté de Georges-Donald Bouchez de provoquer quotidiennement le débat l'amène à dire tout et n'importe quoi. 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/06/30/a-l-assemblee-la-progression-du-front-anti-transition-ecologique_6617006_3244.html

samedi 23 novembre 2024

Besoin de bras

Les entreprises italiennes réclament davantage de travailleurs étrangers. 450.000 permis de travail ont été  accordés à des travailleurs extra-communautaires en trois ans par le gouvernement Meloni, mais le patronat estime qu'il en faudrait le double, surtout dans le secteur des services à la personne dans une Italie à la population vieillissante (1).
En Espagne, le gouvernement, de gauche lui, a annoncé tout récemment (2) l’adoption d’une réforme qui devrait faciliter la régularisation de dizaines de milliers d’immigrés illégaux supplémentaires par an au cours des trois prochaines années. Il estime que jusqu’à 300.000 immigrés pourraient être régularisés chaque année au cours des trois prochaines années. "Comme nous l’avons répété à plusieurs reprises, divers organismes nationaux et internationaux (…) estiment que l’Espagne a besoin d’environ 250.000 à 300.000 travailleurs étrangers par an pour maintenir son niveau de vie", a expliqué la ministre de l’inclusion et des migrations Elma Saiz. Comme le premier ministre Pedro Sanchez, elle affirme que "l’Espagne doit choisir entre être un pays ouvert et prospère ou être un pays fermé et pauvre. Et nous avons choisi la première option". Même les partis de droite soutiennent cette décision du gouvernement qui n'est combattue que par le parti d'extrême droite Vox.

Un peu partout, les partis d'extrême droite vivent essentiellement de leur opposition aux immigrés. Giorgia Meloni, toute d'extrême droite qu'elle soit, a dû changer son fusil d'épaule face aux réalités socio-économiques. S'ils ne veulent pas apparaître totalement déconnectés de ces réalités, les autres partis d'extrême droite feraient bien de changer de discours. Au risque, évidemment, de n'avoir plus de programme.

(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/19/en-espagne-une-reforme-va-faciliter-la-regularisation-de-dizaines-de-milliers-de-migrants-supplementaires-par-an_6403388_3210.html

jeudi 13 juin 2024

Au nom du père, de la fille et de la nièce

Fontgombault, commune du sud-ouest de l'Indre, est connue pour son abbaye. Et aussi pour son ancien maire qui avait déclaré en 2014 qu'il était pour lui "hors de question de marier des pédés". Il avait fait adopter par son conseil municipal une résolution en ce sens. Elle avait été annulée par le tribunal administratif de Limoges (1).
Le village compte quelque trois cents âmes. Le terme est approprié. L'abbaye attire les bonnes. "La majorité des maisons vendues dans la commune ces dernières années l’ont été à des familles ultra-catholiques", selon une habitante du village (2). A l'élection européenne de dimanche dernier, c'est Marion Maréchal - Le Pen qui est arrivée largement en tête avec 28,08 % des voix (cinq fois le taux national), devant le FN-RN avec 23,97 %, puis François-Xavier Bellamy (Les Républicains) à 21,92 %.
"En 2022 déjà, rappelle La Nouvelle République, lors du premier tour de l’élection présidentielle, Éric Zemmour était arrivé en tête à Fontgombault avec 38 % des voix, 20 points devant Marine Le Pen, à 18 %."
Le parti de la Maréchal est connu pour son rejet virulent des étrangers. Comment peut-il être soutenu par des catholiques ? Il nous semblait avoir compris que le message principal de Jésus-Christ est "tu aimeras ton prochain comme toi-même" ou encore "aimez-vous les uns les autres". Il nous semblait aussi que si Jésus est né dans une étable, c'est parce que ses parents étaient rejetés de partout. Ils sont les figures de l'étranger rejeté. 
On nous dit qu'à Bélâbre, village voisin, une des principales opposantes au projet de centre d'accueil de demandeurs d'asile serait une grenouille de bénitiers. Elle comme les électeurs de Fontgombault n'ont visiblement pas bien compris le message de l'Evangile. Mais peut-être l'ont-ils entendu en latin, et donc pas compris ?

Dans "Jésus contre Jésus" (3), Gérard Mordillat et Jérôme Prieur citent Freud : "Après que l'apôtre Paul eut fait de l'amour général de l'humanité le fondement de la communauté chrétienne, la plus grande intolérance vis-à-vis de ceux qui restèrent à l'extérieur de cette communauté fut une conséquence inéluctable". Constatant que "ce commandement d'amour" est inapplicable, Mordillat et Prieur citent aussi Guy Stroumsa : "Les croyants de la religion de l'amour (vont) inventer des formes de violences et d'intolérance religieuses jusqu'alors inconnues dans le monde ancien". 

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2014/02/des-urnes-des-hommes-et-des-moines.html
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/fontgombault/elections-europeennes-dans-l-indre-le-village-de-fontgombault-a-l-extreme-droite-toute
(3) Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, "Jésus contre Jésus", Seuil (Points Essais n°610), édition 2008. 

mercredi 22 mai 2024

Une voix inquiète

A vingt ans, il a quitté un camp de jeunesse du régime pétainiste pour rejoindre le maquis. Il a pris les armes pour défendre la liberté de son pays et se battre contre le nazisme. Après le débarquement, il s'est engagé dans l'armée. Une fois la paix retrouvée, comme tant d'autres, il s'était dit "plus jamais ça !". Plus jamais de nazisme, de fascisme, de guerre, de rejet de l'autre. Et il y a d'autant plus cru qu'il a vu l'Union européenne se construire pas à pas, il a vu les ennemis d'hier non seulement dialoguer, mais mieux : collaborer, partager et échanger pour avancer ensemble.
Aujourd'hui, ce Berrichon a cent ans et est inquiet pour l'avenir. Inquiet de la montée qui semble irrésistible de l'ultra droite, comme il l'appelle. Il pense qu'elle devrait être exclue pour ses positions excluantes.
Il se désole de voir certaines de ses connaissances manifester contre un projet de centre d'accueil pour réfugiés dans un village voisin. Qu'ont donc fait ces gens qui ont fui la violence et la misère pour mériter tant de rejet et de haine ?, demande-t-il. Il est fâché de voir le maire menacé. 
Il dit qu'il faudrait expliquer aux jeunes le danger qui les menace si l'ultra droite arrive au pouvoir, qu'il faudrait que tout le monde vienne aux commémorations de l'armistice pour se souvenir du prix de la paix,  qu'il faudrait rappeler à chacun tous les bienfaits de l'Europe. Mais il ne veut pas prendre la parole, convaincu que ce qu'il peut dire ne changera pas les opinions de gens aux idées arrêtées. Il pense qu'on le traitera de vieux con, lui, ce vieux sage. *
A l'heure où le parti des Le Pen est donné largement en tête et séduit notamment de très nombreux jeunes par son discours simpliste et excluant, une voix comme la sienne doit pourtant être entendue. 

Tout comme celle de  l'écrivain Laurent Gaudé.
Ma génération a longtemps pensé que cette Europe était acquise, qu'elle serait le cadre fixe de nos vies, et elle découvre avec stupéfaction qu'elle pourrait bien être la génération qui l'enterrera ou, en tout cas, celle qui verra les premiers signes de sa fin. Ceux qui, comme moi, croient en cette aventure, seront coupables, s'ils ont laissé la place à la parole du contre. Il ne s'agit pas de nier les frustrations, les colères, les insatisfactions. J'en ai - et de nombreuses. Mais je fais la différence entre des colères que l'on peut transformer en combats politiques et la négation par principe de ce grand mouvement de fond qui, depuis plus de cinquante ans, bâtit un pays plus grand que nos vingt-sept nations. (...)
Les siècles qui nous précèdent sont des ogres qui ont avalé le courage et le génie par vies entières.
Et nous sommes là,
Nous, 
Avec ces mots qui nous ont été légués : "Nation", "Egalité", Liberté",
Que nous contemplons avec fatigue.
Depuis si longtemps nous sommes citoyens de l'ennui.
Jeunesse !
Jeunesse !
Il nous faut ton sursaut. 
Laurent Gaudé, "Nous, l'Europe - banquet des peuples" (Actes Sud, 2019)

Le dimanche 9 juin, faisons mentir les sondages, faisons barrage à l’extrême droite, votons pour un parti démocratique pro-européen. 

Sur le même sujet, (re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/05/ma-plus-grande-patrie.html

(* Tout ceci est véridique)


mercredi 24 avril 2024

Déjeuner en paix

Il y a des matins comme cela. On ne s'y attend pas, on se lève, on boit un café, comme chaque matin, on lit les infos. Pour une fois, on y découvre de bonnes nouvelles : Kadyrov, le boucher de Grozny, n'en a plus pour longtemps, en phase terminale de cancer (1) ; des drones ukrainiens ont détruit des sites énergétiques dans cette URSS que certains appellent Russie (2) ; un témoin et ex-ami a lourdement chargé Ubu Trump au premier jour de son procès (3). On se dit que cette journée commence bien, qu'il pourrait bien y avoir, un jour, une justice.
Et puis, on lit les informations régionales. Et bardaf, c'est l'embardée. L'Action française, ce vieux groupe d'extrême droite rance et antidreyfusard qu'on croyait mort depuis longtemps, a manifesté à Bélâbre contre le projet d'ouverture d'un centre d'accueil pour réfugiés (4). Délogés par la police, les militants fascistes et royalistes sont revenus se filmer à l'entrée du bâtiment qui abritera le centre et annoncent qu'ils reviendront encore et encore. On soupire. L'extrême droite est partout, même chez nous. Inlassablement, elle répand sa haine et sa bêtise jusque dans les campagnes. Ses militants, courageusement masqués (défendent-ils la burqa ?), affirment que rien ne les arrêtera. Ils lancent une cagnotte en ligne.  Pour racheter la matraque et les fumigènes que leur a confisqués la police ? Ils ont un slogan : « pour que vive la France, vive le roi ». La France vit bien et vivra sans mieux sans eux. De quel roi parlent-ils ? Le roi des cons ? 

(1) https://www.lalibre.be/international/europe/2024/04/23/le-dirigeant-tchetchene-ramzan-kadyrov-en-phase-terminale-comment-son-equipe-tente-de-faire-taire-les-rumeurs-en-vain-6P2T6OHQEBGDZG5BI52Q4OF7HA/
(2) https://www.lalibre.be/international/europe/guerre-ukraine-russie/2024/04/24/guerre-en-ukraine-des-sites-energetiques-en-feu-en-russie-apres-des-attaques-de-drones-selon-les-autorites-EUJKOVFSZRCCLN5G22LLSRMOMY/
(3) https://www.lalibre.be/international/2024/04/23/regard-noir-journalisme-de-chequier-et-liaisons-secretes-achetees-le-premier-temoin-du-proces-de-trump-pourrait-bien-sceller-son-sort-JCBWK4NJQJGCTCYZI3ZMJNOAJI/
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/belabre/le-groupe-d-extreme-droite-action-francaise-entend-poursuivre-sa-bataille-contre-le-cada-de-belabre

vendredi 19 avril 2024

C'est normal

Le Front du Rassemblement national s'est normalisé.  Il faut donc s'inquiéter de ce qui est devenu la norme.
Le 7 avril dernier, dans le cadre du carnaval de Besançon, des militantes d'un collectif d’extrême droite ont brandi des pancartes associant les termes “immigrés” et “violeurs” » (1). Habituellement, la notion de carnaval est associée à celle de fête. Mais pas pour l'extrême droite qui profite de cette occasion pour exprimer sa haine normale. « Ces propos essentialisants, qui constituent des incitations à la haine envers les étrangers, m’ont conduit à déposer plainte le même jour pour incitation à la haine raciale », a déclaré la maire écologiste de Besançon. Elle a reçu en retour des menaces de viol, des centaines d’injures et de propos haineux ou dégradants. Normal. Elle a à nouveau déposé plainte. Quelques jours plus tard, des élus du Rassemblement national ont brandi des pancartes identiques en pleine séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, pour soutenir les deux femmes poursuivies pour leurs propos haineux. Normal. Cette fois, c'est la présidente du Conseil régional qui a déposé plainte. Elle a également dénoncé l’usage par un des élus du RN du mot Untermensch (« sous-homme » en allemand) au sein de l’hémicycle, une expression empruntée au vocabulaire nazi. Normal. 
Jordan Bardella, président du parti d'extrême droite, affirme catégoriquement qu'il n'y a pas de racistes dans son parti normal.

Le quotidien Le Monde a analysé (2) les positions prises par le parti normal d'extrême droite au Parlement européen concernant les relations internationales. "Soutien à des régimes autoritaires, refus de dénoncer l’application de la peine de mort ou d’autres sévices contre des opposants politiques, ignorance des cas de violations des libertés fondamentales : les centaines de décisions prises par les eurodéputés du RN à Bruxelles et à Strasbourg, analysées par Le Monde, offrent un panorama des relations internationales telles que le mouvement d’extrême droite les envisage." Soutien constant au Kremlin, refus de condamner la loi russe sur les « agents de l’étranger » (2019), rejet de la résolution consécutive à l’empoisonnement d'Alexeï Navalny (2020), rejet du soutien apporté à la société civile réprimée et notamment à l’organisation de défense des droits de l’homme Memorial, abstention sur la plupart des textes pris en soutien à l'Ukraine, etc. "Cela ne nous regarde pas",  affirment les élus RN qui ne veulent pas avoir l'air de toucher à la souveraineté d'un pays. Comme si la souveraineté ukrainienne était pleinement respectée. De toute façon, l'analyse du Monde démontre combien les députés frontistes appliquent ce principe de non-immixtion, de manière très variable selon les régimes concernés. Et défendent systématiquement les régimes autoritaires ou illibéraux. Normal.

Jordan Bardella est tête de liste de son parti pour les élections européennes. "La coquille vide d'idées mais remplie d'orgueil du RN", comme le qualifie l'hebdomadaire Franc-Tireur, est en campagne mais refuse les débats avec ses adversaires. Il envoie des seconds couteaux, préférant serrer des mains et débiter des âneries. Son adversaire du parti présidentiel, Valérie Hayer, affirme que Bardella "aborde cette campagne de la même manière qu'il a abordé son mandat au Parlement européen : sans aucun respect pour les Français". Normal ?

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/04/12/la-maire-de-besancon-harcelee-en-ligne-apres-sa-plainte-contre-des-pancartes-antimigrants_6227481_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/04/17/au-parlement-europeen-le-rn-soutien-constant-des-regimes-autoritaires_6228263_823448.html

lundi 26 février 2024

Héroïsme et indécence

Il y a quelques jours, quatre-vingt ans exactement après son exécution par les nazis, la dépouille de Missak Manouchian entrait au Panthéon en compagnie de celle de sa femme Mélinée. Ils n'étaient pas seuls. Manouchian représentait ses vingt-et-deux compagnons de résistance. Ils étaient Arméniens, Italiens, Espagnols, Juifs polonais ou hongrois, tous étrangers, communistes, membres des FTP-MOI, les Francs-Tireurs Partisans - Main d'œuvre immigrée. Tous arrêtés par la police française, puis exécutés par des soldats allemands.
Par deux fois, Missak Manouchian avait demandé la nationalité française. Par deux fois, elle lui avait été refusée. Un refus qui ne l'avait pas empêché de risquer sa vie en entrant en résistance pour tenter de libérer de l'oppression nazie le pays qui l'avait accueilli.

Pour l'extrême droite, dans ses positionnements simplistes, tout étranger est par nature suspect de vouloir profiter des largesses sociales de la France qui ne peut dès lors que lui fermer ses frontières. Cette extrême droite, durant la guerre, on la trouvait dans les rangs des collaborateurs, du côté des soutiens au régime nazi. Pas dans la résistance. Lors de son procès d’opérette, Manouchian a dit à ses bourreaux : "Vous avez hérité de la nationalité française, nous, nous l’avons méritée". L'extrême droite est beaucoup moins française que ces étrangers héroïques.
Le président Macron avait estimé que, par "esprit de décence", "les forces d’extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes (à la cérémonie de panthéonisation) compte tenu de la nature du combat de Manouchian ". Marine Le Pen a trouvé ces propos outrageants, relevant d'une "faute politique grave et (d')une faute morale qui ne l’est pas moins". Elle a tenu à être présente, ajoutant une faute morale et politique à son actif, "feignant d’ignorer, écrit Le Monde, que Missak Manouchian incarnait ce contre quoi s’est toujours battu son mouvement : le communisme, l’internationalisme et l’étranger en France." L'extrême droite est étrangère à la décence.

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

Louis Aragon, "L'Affiche rouge"

Superbe interprétation de L'Affiche rouge (Louis Aragon - Léo Ferré) par le groupe Feu ! Chatterton à la cérémonie de panthéonisation du couple Manouchian : 
https://www.youtube.com/watch?v=YaA3R3ghrV4

dimanche 28 janvier 2024

Des doutes

J'ai des doutes. Parfois je me demande si je ne serais pas d'extrême droite. J'ai lu "Sur les chemins noirs", de Sylvain Tesson, son récit de la traversée de la France à pied. Et je dois l'avouer ici, je l'ai apprécié.
J'ai lu "L'Axe du loup", autre récit - incroyable - de Sylvain Tesson qui raconte un autre voyage à pied qu'il a effectué durant huit mois, parfois dans des conditions extrêmes et des situations dangereuses, dans les pas d'évadés du goulag depuis Iakoutsk dans le nord-est de la Russie jusqu'au Golfe du Bengale à 5000 km de là. Ce récit illustré par Virgile Dureuil (1) m'a, je dois le reconnaître, impressionné.

Mais voilà, Sylvain Tesson est vilipendé par 1.200 poètes, écrivains et libraires qui ont décidé qu'il était d'extrême droite et ne pouvait donc pas présider le Printemps des poètes. Ils l'ont affirmé dans une tribune. On suppose donc que ces libraires vont désormais faire le tri dans les livres qu'ils vendent et ne garder que ceux des bons écrivains. 
Les signataires considèrent que Tesson est d'extrême droite à cause d'une préface qu'il n'a pas écrite, mais aussi parce qu'il a déclaré "Si vous voulez faire peur à vos enfants, ne leur lisez pas les contes de Grimm, mais certaines sourates du Prophète". Comme l'écrit Franc-Tireur (1), les signataires de la tribune flingueuse feraient bien de lire le Coran : "Ils y découvriraient que cette violence existe, tout comme dans l'Ancien Testament ou la Torah". Je pense la même chose. Je me demande si je ne serais pas d'extrême droite. 

J'ai des doutes. Parfois je me demande si une certaine gauche ne serait pas d'extrême droite. Je me demande où se situent ceux qui défendent l'islamisme. S'indigner qu'on critique les dérives politiques d'une religion dont on impose la loi par la violence et la terreur, n'est-ce pas soutenir une forme de fascisme ? J'ai des doutes sur la gauche : ne serait-elle pas d'extrême droite à force de chasser en meute contre qui ne pense pas comme elle, à force de jouer les Fouquier-Tinville, l'accusateur public du Tribunal révolutionnaire à l'époque de la Terreur ?

J'ai des doutes, est-ce que vous en avez ?

La vie me laissait une chance, il était grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.
Sylvain Tesson, "Sur les chemins noirs", Gallimard nrf, 2016.

(1) Casterman, 2023.
(2) 24.1.2024.
https://www.ouest-france.fr/reflexion/editorial/editorial-la-polemique-sylvain-tesson-ou-lhypertrophie-du-champ-politique-1a1f54b6-bc14-11ee-8a7d-fa3ec2db0626

jeudi 23 novembre 2023

Le temps des aboyeurs

C'est un rouleau compresseur. L'extrême droite est en marche, elle progresse à grandes enjambées un peu partout à travers la planète. Voilà que l'Argentine sera présidée par un bûcheron qui s'aidera de sa tronçonneuse pour faire son travail de sape de l'Etat. Et voici que les Pays-Bas choisissent prioritairement Geert Wilders et son parti trompeusement appelé "de la liberté" pour les diriger (1).
On entend ceux qui minimisent, qui rappellent que Trump et Bolsonaro n'ont fait qu'un mandat, puis ont été battus, qui estiment qu'il faut cesser de vouloir à tout prix empêcher l'extrême droite d'accéder au pouvoir, qu'on en fait ainsi une victime et que, si elle devait diriger leur pays ou leur région, elle montrerait rapidement son incompétence. C'est oublier, ou minimiser, les dégâts qu'elle peut faire.
En Argentine, on a entendu ce fou furieux de surexcité de Millei (cet homme est inqualifiable) annoncer qu'il compte supprimer les ministères de l'éducation, de l'environnement, de la culture, qu'il interdira l'avortement, qu'il privatisera tout ce qui peut l'être, qu’il abrogera la loi encadrant les loyers.  
En Italie, la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a certes été obligée de mettre de l'eau dans son vin dans son rapport à l'Union européenne, notamment pour ce qui concerne l'accueil des migrants qu'elle avait promis d'interdire totalement, mais elle inquiète particulièrement dans le domaine culturel. Elle vient de nommer à la tête de la Biennale de Venise et de la Mostra l'ex-journaliste d'extrême-droite Pietrangelo Buttafuoco. Et depuis un an, des membres de Fratelli d'Italia, le parti de Meloni, ont été nommés à la direction de la RAI et du Musée international des Arts du XXIe siècle, le Maxxi. Voilà qui ressemble à une mise au pas (2).
Un peu partout dans le monde, le racisme et l'antisémitisme augmentent de plus en plus, considérés comme une opinion comme une autre. Il en va de même du sexisme ou de l'homophobie. L'accession au pouvoir de l'extrême droite va plus encore libérer les aboyeurs, voire les agresseurs qui se sentent légitimés dans leur expression une fois que leur parti est au pouvoir. Après tout, une des bases de ces partis d'extrême droite est le rejet de l'autre. Mais il arrive toujours que l'on soit un autre...

(1) Lui reste à former une majorité, ce qui n'est heureusement pas acquis.
(2) Franc-Tireur, 15.11.2023.

samedi 11 mars 2023

Face à face à Bélâbre

Le village de Bélâbre est fermé à la circulation automobile ce samedi matin, manifestations obligent. Nos visages doivent parler pour nous, les gendarmes ne nous posent pas de question. Des amis croisés un peu plus tard et arrivés par l'autre côté du village nous expliqueront qu'ils leur ont demandé s'ils étaient "pour ou contre", guidant les manifestants vers le groupe de leur choix. Il y a du monde, beaucoup de monde devant la mairie, des gens de toutes générations, femmes, hommes, quelques enfants. On y retrouve des amies et amis, des connaissances. On s'embrasse (moins qu'avant depuis le Covid), se salue, se réjouit de se revoir, d'être aussi nombreux. Sous une pluie fine qui ne cessera pas, le groupe se met en marche, descend la seule rue commerçante du village et se positionne dans le haut de la place, à hauteur du bar-restaurant. Une jeune femme craint de découvrir face à elle des connaissances. On connaîtra maintenant le vrai visage des gens, dit-elle. C'est la question que nous nous posons : qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Mais surtout où sont-ils ? Face à nous, quelques poignées de manifestants épars. Ceux qui sont venus, parfois de loin pense-t-on, dire non à un centre d'accueil de réfugiés, n'ont pas le sens du groupe. Ils ne se connaissent visiblement pas, restent distants les uns des autres. Ce sont surtout des hommes, les femmes sont peu nombreuses. Au fur et à mesure de la matinée, ils seront cependant plus nombreux. Devant eux, se pavane un  tout jeune maire du coin, soutien de Zemmour le haineux, Spike Groen (1), long loden vert, grand chapeau, bottines en cuir et moustaches bien cirées. Il semble vouloir défendre ses manifestants. Régulièrement, il sort sa tablette et photographie celles et ceux qui lui font face. 

Les gendarmes, à l'affût, restent sur les côtés, visiblement prêts à intervenir en cas de heurts ou même de provocation entre les deux groupes.
Du nôtre, les cris fusent, repris en chœur : "Oui au CADA, non à la haine", "Bélâbre, solidarité", "Pas de Zemmour, plus d'amour", "Liberté, égalité, fraternité". Eux réclament "des commerçants, pas des migrants". On a les valeurs qu'on peut. Des jeunes anti-CADA déploient une banderole Reconquête 41. Les rires fusent : "vous vous trompez", "rentrez chez vous", "vous êtes dans le 36". Les anti se rendent-ils compte qu'ils sont récupérés par les zemmouriens ? Ils prennent en otage l'église, du parvis de laquelle ils tiennent leurs discours perturbés par les cris et les sifflets que nous leur adressons. 
Dans notre dos fusent des applaudissements. Le maire et son équipe viennent nous retrouver. Ils sont longuement et chaleureusement applaudis. Merci, tenez bon, bravo, leur crie-t-on. Le maire est ému face à cette foule nombreuse et bienveillante. Il assure qu'il tiendra malgré les menaces, réconforté par ce soutien.
La journée pourrait se poursuivre longtemps ainsi, avec deux groupes qui s'invectivent. Le nôtre remonte vers la mairie, soutenir une dernière fois (avant la prochaine ?) l'équipe municipale, heureux d'avoir été en nombre du côté de la vie et de la lumière. De cette solidarité qui fait tant de bien. Comment leur expliquer, à eux qui ont décidé de voir l'avenir en noir ?

Post-scriptum :
- La Nouvelle République nous apprend (2) que "les opposants au CADA se sont fait couper le sifflet". Un câble de leur sonorisation a été sectionné. La faute à pas de chance sûrement.
- Dans le reportage que France 3 Centre Val de Loire a consacré à ce sujet, on entend un homme déclarer "On est bien chez nous. On n'a pas envie d'avoir ici les étrangers qui vont promener dans la rue, qui sont agressifs, qui sont shootés, qui sont tout simplement dangereux". Est-ce du second degré ? Cet homme s'exprimait avec un fort accent étranger. Il est agressif, c'est vrai, vis-à-vis des autres étrangers. Est-il shooté ? Dangereux ?

vendredi 10 mars 2023

L'arc-en-ciel face à la nuit noire

Comme toute pièce, tout dossier a deux faces. Celui du projet de centre d'accueil de demandeurs d'asile à Bélâbre (1) a une face sombre et une face lumineuse.

Du côté obscur, on découvre l'alliance des nuisibles. Le Parti de la France, la Ligue du Midi, les chrétiens intégristes de Civitas, Riposte laïque et des militants du parti zemmourien se sont regroupés pour créer la Coordination Partout Callac. Callac est une commune des Côtes d'Armor qui soutenait un projet associatif d'accueil d'une quinzaine de familles de réfugiés, histoire de revitaliser la ville. Mais ceux qui n'aiment pas les autres, à force d'éructations et de menaces, ont eu la peau du projet. Triste victoire dont ils ont décidé de faire leur emblème. Partout Callac signifie donc pour eux Accueil nulle part. Ils se sont fixé pour objectif d'empêcher tout projet et entendent être présents à Saint-Brévin-les-Pins,  à Beyssenac, à Bélâbre, partout où apparaîtra un projet d'accueil de réfugiés, pour clamer leur peur et leur haine.
On note deux nouveautés, écrit le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite (2) : "D'abord, l'extrême droite, Reconquête ! en tête, ne met plus la pression en demandant une législation restrictive, mais en descendant dans la rue. Ensuite, l'objectif n'est plus zéro réfugié, mais zéro demandeur."
Pour s'opposer, tous les moyens leur sont bons. "Les manifestations qui se sont déroulées à Callac ont donné lieu à des heurts, rappelle Jean-Yves Camus, un journal local de gauche a été menacé, et Riposte laïque (...) joue comme d'habitude les boutefeux en titrant un de ses articles Le Grand Remplacement ne peut finir que dans le sang. Ce type de langage est irresponsable."
Les haineux n'hésitent pas à mentir pour empêcher les projets d'accueil, se disant que "plus c'est gros, plus ça fait peur, mieux ça passe". Suite à un article sur le projet de Bélâbre, MagCentre a reçu le commentaire suivant (courageusement signé Leroidavid) :
« A Montluçon (Allier), Viltaïs a installé un CADA. Depuis, des demandeurs d’asile de ce CADA ont agressé et blessé plusieurs personnes dans la zone commerciale de Carrefour-Athanor, et un vieux monsieur a été assassiné par un de ces demandeurs d’asile de Viltaïs. C’est donc un mensonge absolu que de prétendre que les CADAs n’entraînent pas une explosion de la criminalité dans les villes où des organisations extrémistes comme Viltaïs les installent. Cette façon qu’ont les extrémistes gauchistes d’ironiser sur la sécurité (donc la vie) des Français est scandaleuse. »
"Devant la gravité des accusations, écrit le journaliste de MagCentre, nous avons sollicité notre lecteur-commentateur pour qu’il nous précise ses sources et les dates des faits cités, n’en trouvant pas trace nous-mêmes sur Internet. Notre demande restant finalement sans réponse, nous avons interrogé la presse locale pour confirmer notre recherche. Il y a eu effectivement en 2017 une série de crimes à Montluçon qui avaient fait les gros titres. Trois personnes âgées avaient été tuées en deux agressions différentes. Les auteurs des crimes étaient deux mineurs français qui ne pouvaient, à ce titre, en aucun cas être hébergés dans un Centre d’Accueil de demandeurs d’asile : un amalgame donc pour le moins mensonger avec le projet de CADA de Bélâbre. Ajoutons que nos recherches n’ont évidemment donné aucun résultat quant à une augmentation de la criminalité dans les villes où se sont implantés des CADA." Tout fait farine au moulin de la haine. 

Du côté lumineux du projet de Bélâbre, celui de l'arc-en-ciel de Joséphine Baker, on trouve d'abord une équipe municipale qui manifeste son ouverture et sa volonté d'accueil. "Je tends la main", dit son maire. Et puis il y a ces citoyens et citoyennes de la commune et des environs qui se sont levés, indignés par les arguments agressifs du groupement des opposants. Ils ont créé un collectif (un terme qui prend ici tout son sens) qui rappelle que "tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République". Ces citoyens considèrent que "c'est une opportunité et une chance d'accueillir de jeunes personnes qui pourront - si nous leur en donnons l'envie - s'intégrer parmi nous. (...) Il y a du travail à pourvoir au sein de Bélâbre et de ses alentours. Ouvrez vos yeux et vos oreilles : les entreprises, les associations et les artisans locaux sont en manque de personnel. (...) Aux anti qui ne veulent pas d'étrangers chez eux, ces citoyens ouverts répondent : "l'avenir de Bélâbre est devant lui, de manière fraternelle, et vous n'en êtes que le passé".
Hier, une première rencontre rassemblait une soixantaine de citoyens écœurés par le rejet dont sont, par principe, victimes le projet de centre et surtout celles et ceux qui devraient y être accueillis (4). 
Demain, nous serons beaucoup plus nombreux encore pour manifester pacifiquement notre volonté d'accueil face aux haineux qui viendront crier qu'ils sont chez eux. 

Le rendez-vous est fixé ce samedi 11 mars à 10h30 place de Bélâbre (du côté du café-restaurant Le Petit Berry).

(1) Sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/03/la-peur.html
(2) Jean-Yves Camus, "Droit d'asile - L'extrême droite veut prendre la rue", Charlie Hebdo, 8.3.2023.
(3) https://www.magcentre.fr/254647-belabre-du-fantasme-au-mensonge/
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/a-belabre-les-pro-cada-s-organisent-et-font-signer-une-petition-en-faveur-du-projet-municipal?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=1&pageId=57da5ce5459a4552008b469a




mercredi 24 août 2022

Indignation sourde

L'indignation est-elle compatible avec la réflexion ? Nous voilà dans un temps où il faut s'indigner. De tout et de rien. De l'inaction comme de l'action. Beaucoup d'indignés tempêtent à tort et à travers, hurlant sans réfléchir. 
En Finlande, on trouve scandaleux de voir - via des images d'une fête privée qui n'avaient évidemment pas vocation à être diffusées publiquement - la première ministre danser.
La dernière polémique (à cette heure) en France concerne l'organisation d'activités de type Koh-Lanta à la prison de Fresnes. Le 27 juillet dernier, durant une demi-journée, trois équipes de dix membres chacune se sont affrontées amicalement : des détenus, des surveillants pénitentiaires et des jeunes de la commune de Fresnes. Elle se sont rencontrées dans des épreuves ludiques et sportives : quiz, tir à la corde au-dessus d’une piscine, karting. C'est grave, a tonné l'extrême droite, dont l'indignation a été reprise par une partie de la presse et tous les comptoirs de bistrots. 

Des détenus s'amusent comme une vulgaire première ministre finlandaise, voilà ce qui met hors d'eux les gens comme il faut. Les détenus devraient rester enfermés à ne rien faire, le temps de leur peine, voilà ce que pensent sans réfléchir les gens bien. Le Ministre de la Justice jure ses grands dieux qu'il n'a pas été informé des projets de la prison. Mais pourquoi devrait-il l'être, alors que des activités sportives et culturelles sont organisées très régulièrement, comme le prévoit la loi, dans les 187 centres pénitentiaires du pays (1) ? La sélection des détenus s'est faite dans les règles : "le comportement en détention et l’investissement dans une formation ou un travail sont pris en compte dans l’évaluation avant de pouvoir bénéficier d’une telle carotte, y compris pour des personnes incarcérées pour un crime" (2).
Eric Dupond-Moretti a cependant réaffirmé l’importance qu’il accordait aux activités en détention, que ce soit un travail, une formation ou une activité sportive ou culturelle. La prison, c’est « la sanction et la réinsertion », a-t-il martelé, tout en estimant - donnant raison à l'extrême droite - que le karting devrait être exclu des ces activités, sans qu'on comprenne pourquoi le ministre exclut celle-là plutôt qu'une autre.
De plus, le financement de ces activités n'a pas été "payé par le contribuable" mais a été intégralement pris en charge par l’association Unitess qui organise régulièrement des compétitions et des animations entre jeunes de cités et policiers pour récréer du lien.

Le président de l’Observatoire international des prisons, Matthieu Quinquis, estime cette polémique "choquante" et symptomatique des fantasmes que la société plaque sur les conditions de vie des personnes détenues (3).  "Le scandale , dit-il, ne doit pas venir de cette activité mais plutôt du quotidien des personnes détenues et des conditions de détention qui leur sont imposées chaque jour, dans de très nombreux établissements pénitentiaires, qui sont parfaitement connus et documentés et que le ministère de la Justice ne peut ignorer. La France est régulièrement condamnée par les juridictions françaises et européennes. Donc je suis scandalisé de voir que le garde des Sceaux préfère consacrer sa rentrée politique à cette polémique plutôt qu’à enfin mettre en œuvre les réformes qui s’imposent pour que les droits des détenus soient respectés." Il dénonce ces élus pour qui la prison doit se contenter d'enfermer  des condamnés comme s'ils devaient payer leur peine sans être préparés à une réinsertion et qui aiment présenter les centres de détention comme des centres de vacances. "Le quotidien des personnes détenues, c’est beaucoup d’attente et d’ennui, peu d’accès aux formations, peu d’accès au travail, peu d’accès aux activités socioculturelles. C’est beaucoup de temps vide. Et donc chaque fois qu’on peut le remplir pour projeter les détenus vers l’extérieur, il faut en saisir l’occasion."
Ceux qui ont créé cette polémique considèreront toujours que la prison ou même la peine de mort n’est pas suffisante. "C’est un refus de toute réflexion raisonnée sur ce que doit être la justice, ce que doit être une sanction, l’exécution d’une peine et la réintégration dans une société. Aujourd’hui, les politiques qui ont créé cette polémique s’appuient sur la peine que peuvent ressentir les victimes en voyant ces images. C’est de l’instrumentalisation pure et simple. C’est extrêmement regrettable car cela ne sert ni les intérêts des victimes ni des personnes détenues. Ni l’intérêt de la société." (...)  "Il faut que la société admette que toute personne qui entre en prison a vocation un jour à en sortir. Et qu’elle se pose la question de savoir dans quelles conditions elle doit sortir. Tout doit être mis en œuvre pendant la période d’exécution de peine, pendant l’incarcération, pour que l’on puisse tirer le meilleur de chacun et que les sortants de prison puissent aller vers des projets sérieux et crédibles de réinsertion."

Il faudrait pour cela que les indignés réfléchissent. Ce qu'empêchent leurs hurlements.

(1) C'est d'ailleurs pour cela qu'existent les Spip, les services pénitentiaires d'insertion et de probation.
(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/08/24/eric-dupond-moretti-rend-publique-l-enquete-sur-l-affaire-du-karting-a-la-prison-de-fresnes_6138815_3224.html
(3) https://www.huffingtonpost.fr/life/article/karting-a-la-prison-de-fresnes-on-surfe-sur-des-images-d-epinal-qui-n-ont-jamais-existe_206829.html

samedi 18 juin 2022

Dernière ligne droite (ou gauche ?)

Deuxième tour des élections législatives françaises demain. Le président Macron aura-t-il la majorité ? Devra-t-il composer avec d'autres formations politiques ? Il y a urgence à prendre des mesures radicales pour le climat. Pour cela, on ferait plutôt confiance à la Nupes, même si elle compte sur une relance de la consommation pour financer ses projets, ce qui paraît plutôt contradictoire avec une politique énergétique sobre. Pour une politique internationale apaisée et une progression de l'Union européenne, on compte plutôt sur Ensemble mené par Macron. Bref, une coalition entre le centre-droite et la gauche serait l'idéal. Mais, on l'a dit déjà, la France ne fonctionne que par opposition et clivage.
La preuve en cette semaine de second tour où les uns et les autres se sont traités de tous les maux. Nadia Pantel, dans le Süddeutsche Zeitung (1), constate que le parti présidentiel s'est refusé à appeler les électeurs à faire front contre l'extrême droite, alors que, rappelle-t-elle, de très nombreuses voix de gauche ont fait barrage à la Le Pen et permis à Macron d'être réélu. "Mélenchon est un populiste, écrit-elle, il est souvent agressif et ses opinions concernant l'Europe et la politique étrangère, qui reposent essentiellement sur la haine des Etats-Unis, semblent ne pas avoir été revues depuis les années 1980. Mais Mélenchon n'est pas l'héritier d'un parti fasciste comme Le Pen."
"L'homme est démago et méprisant, certes, lui répond en écho Dorian de Meeûs dans La Libre Belgique (2), mais particulièrement malin et tenace. Peu d'observateurs ont vu ce vieux renard de la politique tenir bon. Mélenchon élève le culot au rang d'art." Par exemple, en appelant les Français à l' "élire" premier ministre, ce qui est une "aberration constitutionnelle". Mais Macron lui a laissé un boulevard. De diverses manières. "L'interminable formation de son gouvernement a laissé un vide surexploité par un Jean-Luc Mélenchon déchaîné, dont le culte de la personnalité, la paranoïa et les provocations ont occupé tout l'espace." Mais Emmanuel Macron a aussi lui-même donné des armes à Mélenchon chantre d'une VIe république. Il avait promis une réforme du droit électoral, mais n'a rien fait, rappelle Nadia Pantel. "Il a préféré  expérimenter des formes de démocratie directe qui n'ont mené à rien. Comme la Convention citoyenne pour le climat. S'il avait vraiment fait preuve de courage ou simplement d'un peu de détermination à propos du climat, la Nupes serait moins forte aujourd'hui."

Ceci dit, aucune de ces deux formations politiques n'a pu triompher au premier tour. Le parti présidentiel a dégringolé par rapport à ses résultats de 2017, passant de 31,2% à 25,77. Et la gauche est restée stable avec un total de 26% en 2017, quand toutes ses composantes se présentaient isolément, et 25,66% aujourd'hui où elle s'est présentée unie. Par contre, le RN-ex-FN a progressé de 13,2% à 18,6. Pourcentage auquel il faut ajouter 4,2%, le score (même s'il est piètre) de Reconquête, le parti de Zemmour (dont la carrière politique aura sans doute été un feu de paille) (3). Bref, l'extrême droite est à près de 23% aux législatives, après avoir totalisé 32,15% au premier tour de l'élection présidentielle et 42% au second.
Autre constat inquiétant au premier tour : comme annoncé, la participation fut faible, voire calamiteuse. Moins de 50 % des Français ont été voter. Seuls 30% des moins de 35 ans se sont rendus dans les bureaux de vote.
Le système majoritaire des élections françaises laisse de côté les perdants. De ce fait, les assemblées d'élus reflètent très mal l'état de l'opinion. "Voilà pourquoi, écrit François Brousseau dans Le Devoir (4), cette grande et vieille démocratie, fondatrice de la nation moderne incarne si mal la distance qui s'est creusée au fil des ans entre le peuple et sa représentation politique." 

(1) Nadia Pantel, "Arrêtez de crier au loup, M. Macron !",  Süddeutsche Zeitung (Munich), 13.6.2022, in Le Courrier international, 16.6.2022.
(2) Dorian de Meeûs, "Quel culot M. Mélenchon !", La Libre Belgique, 12.6.2022, in Le Courrier international, 16.6.2022.
(3) Paul Ackermann, "L'extrême droite, l'autre vainqueur", Le Temps (Genève), 13.6.2022, in Le Courrier international, 16.6.2022.
(4) François Brousseau, "La France face à un malaise démocratique", Le Devoir (Montréal), 13.6.2022, in Le Courrier international, 16.6.2022.

lundi 18 avril 2022

Mon appel du 18 avril

Message envoyé ce jour à mes amis, amies et connaissances françaises. 

Apprendre le portugais ou améliorer mon anglais ? J'hésite. Vais-je me réfugier au Portugal ou en Irlande ?
Je ne peux en tout cas pas envisager de rester vivre dans un pays qui n'est pas le mien  et où je ne peux voter si d'aventure il était présidé par l'extrême droite qui fera alors la chasse aux immigrés et où je ne me sentirais plus le bienvenu. Même si la fille à papa considère différemment les membres de l'UE, je me sentirais solidaire de tous les étrangers, les réfugiés en particulier. Je n'ai fui ni la guerre ni la misère, contrairement à ceux qui cherchent ici un refuge où vivre, simplement vivre en sécurité.

Vincent Martigny, professeur de sciences politiques, parlait il y a peu sur France Inter (1) de la schadenfreude qu'il traduit en français par la joie de faire du mal, la joie mauvaise de voir quelqu'un échouer, la jubilation qu'on ressent au malheur d'autrui surtout quand on ne l'aime pas. "Ce sentiment semble devenu un leitmotiv très puissant pour une partie des électeurs" qui n'espèrent pas voir gagner l'une mais espèrent voir tomber l'autre. "La cible principale de cette schadenfreude est aujourd'hui Emmanuel Macron". De nombreux Français ont envie de le punir en s'abstenant ou en votant Le Pen. Cette volonté de punir a évidemment diverses explications mais est "une passion politique triste". C'est, selon Vincent Martigny, "la politique du pire pour être entendu". Car qui sera le plus puni en cas de défaite de Macron et donc de victoire de Le Pen ? Macron ? Il prendra une claque, mais on ne devra pas s'inquiéter de son avenir. En revanche, c'est l'ensemble de la société française qui va la prendre, cette claque et elle sera cuisante, si la Nuisible - à cause de cette erreur historique de cible - devenait présidente. Et en particulier les étrangers, les juifs, les musulmans, les femmes, les homos, toutes celles et tous ceux qui n'apparaissent pas comme des Français dans la norme. Tous les racistes, les sexistes, les antisémites, les homophobes se sentiront enfin libres de s'exprimer. Laisser passer Le Pen, c'est ouvrir la voie à la haine et au rejet de l'autre. L'Union européenne sera mise à mal, mais aussi les politiques culturelles et sociales et toutes les avancées sociétales. Déjà, Le Pen annonce qu'elle réintroduirait volontiers la peine de mort. Faire tomber Macron pour lui donner une leçon, c'est se tirer plusieurs balles dans le pied. 

" On n’essaie pas Marine Le Pen !, clame Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil (2). On n’essaie pas le fascisme, aussi déguisé, aussi masqué soit-il. On ne se livre pas aux forces obscures. Si elle est élue, alors, avec ceux qui, restés dans l’ombre jusqu’ici, apparaîtront autour d’elle le matin du 25 avril 2022, elle infligera à la France, et à l’Europe, des dégâts incommensurables, irréversibles. Les mêmes que ceux qu’infligent encore Trump aux États-Unis, Bolsonaro au Brésil, Orbán en Hongrie. Elle veut tripatouiller la Constitution. Se rend-on compte de ce que cela signifie ? Elle veut introduire dans notre Constitution, qui reste un modèle pour les démocraties du monde, des mesures indignes qui n’ont rien à y faire, mettant en danger le droit d’asile, l’égalité, l’hospitalité, le devoir de protection, et j’en passe."

"Ils sont les ennemis de la liberté de penser, de créer", affirme (3) Jack Lang, ancien ministre de la Culture, à propos de "Madame Le Pen et ses amis" qui, là où ils "exercent le pouvoir en France", "censurent les créateurs, oppriment les enseignants, les professeurs, les chercheurs". Ils "sont habités par la haine des arabes, des musulmans, des juifs", ajoute le président de l'Institut du monde arabe selon qui la candidate du RN "mènerait une politique d'exclusion et de discrimination à l'égard de ces communautés culturelles".
Une centaine de directeurs de théâtre l'annoncent (3) : "nous voterons le 24 avril pour Emmanuel Macron, et invitons toutes celles et ceux qui seraient tentés par l'abstentionnisme à faire de même". "Il n'y va pas seulement du monde de l'art et de la culture, il y va de l'art de vivre ensemble et de la culture d'un monde commun". Dans les milieux économiques (4), universitaires et sportifs, on entend les mêmes appels.

Mais certains - nombreux, trop nombreux - disent refuser de choisir "entre la peste et le choléra". Un slogan facile qui manque cruellement de subtilité et témoigne d'un mélange de lâcheté, de cynisme et d'analphabétisme politique. Qu'ils lisent le programme de l'Héritière. Marine Le Pen est la peste et le choléra. Il existe une différence considérable entre un démocrate, par ailleurs critiquable sur bien des aspects de sa politique, et une ennemie de la démocratie. Entre une soutien de Poutine (elle est son cheval de Troie dans l'UE), admiratrice de Trump, d'Orban et de Mohdi et un homme qui fait tout ce qu'il peut pour que la paix et le droit reviennent en Ukraine. Entre un Européen convaincu - qui ouvre des portes, et une dangereuse souverainiste - qui les ferme. Qu'y a-t-il de positif dans le programme des populistes d'extrême droite ? Leur seul objectif, on l'a vu avec Trump, est de détruire. Détruire tout ce qui, difficilement, patiemment, s'est construit à force d'échanges, de débats, de négociations, tout ce qui crée du lien et de la solidarité.
Qu'est-ce qu'être de gauche, sinon faire passer l'intérêt collectif avant son point de vue individuel ? Etre incapable d'imaginer les effets immédiats qu'aurait l'élection d'une présidente d'extrême droite sur les étrangers et ne pas agir pour l'éviter serait une attitude bourgeoise, avant tout soucieuse de son confort personnel. 
"C’est ça, la politique : travailler au bien commun. Cela devrait être ça !, dit encore Ariane Mnouchkine. En dépit des aléas des élections, en dépit des différences et donc des différends. C’est être capable de mettre de côté une énième déception, aussi cruelle et injuste soit-elle. Ce n’est pas se retirer sur l’Aventin en laissant advenir un désastre possible, pour ne pas dire probable."

Ce qui fait défaut aujourd'hui, c'est l'humilité. Chez l'actuel président qui apparaît à certains trop sûr de lui et arrogant (5), mais aussi chez ces (non)électeurs qui considèrent que leur vote est tellement sacré qu'ils ne peuvent le salir en le donnant à quelqu'un vis-à-vis de qui ils sont très critiques. On a l'impression que de très nombreux électeurs qui se disent de gauche veulent ignorer l'extrême importance des enjeux de cette élection. Seule leur importe leur petite voix qu'ils veulent préserver, sans voir que leur passivité peut emmener la France et l'ensemble de l'Europe vers le pire. Si ce ne sont pas mes idées et mon candidat qui passent, alors il arrivera ce qu'il doit arriver, je m'en lave les mains, ce n'est pas mon problème, disent-ils. Y a-t-il beaucoup de Ponce Pilate en France ? Qu'est-il arrivé au pays de Descartes pour qu'il bascule à ce point dans l'irrationnel et l'émotionnel ?
Au second tour, le système français veut qu'on choisisse le moins mauvais des deux pour éviter le et cette fois la pire. 

Je ne suis pas politologue, mais il m'apparaît que Jacques Chirac était bien plus à droite qu'Emmanuel Macron. Mais là où l'actuel président apparaît hautain, l'ancien avait une image bonhomme qui a lui permis de traîner tranquillement derrière lui un certain nombre de casseroles. Il y a vingt ans, les électeurs français de gauche se sont pincé le nez mais ont cependant été nombreux à voter pour Chirac pour barrer fermement la route à Le Pen père. Aujourd'hui, à l'heure où domine le moi, ces électeurs jouent les coquettes. Et les inconscients. En s'abstenant, ils tiennent ouverte la porte de l'Elysée pour Marine Le Pen.
On reproche souvent aux politiques leur manque de courage, mais beaucoup de (non) électeurs n'en ont pas plus. Verra-t-on lundi prochain, comme après le premier tour de 2002, des citoyens qui n'avaient pas voté  manifester courageusement pour faire barrage à l'extrême droite ?

Au soir du premier tour, Marine Le Pen  affirmait que "le 24 avril, ce sera un choix fondamental entre deux visions opposées du pays : soit la division et le désordre, soit le rassemblement des Français autour de la justice sociale garantie par un cadre fraternel ». Pour une fois, je suis d'accord avec elle : elle nous propose la division et le désordre et c'est pour cela qu'il faut voter clairement pour son adversaire.  "Ce qui se jouera ce 24 avril est un choix de société et même de civilisation." Elle a raison : avec elle et son parti, notre société fera un énorme bond en arrière. Et sa victoire en sera aussi une pour Poutine à qui on ne pourrait faire plus beau cadeau.

"Le monde que veut réaliser Marine le Pen (...), c'est celui de la préférence nationale, de la discrimination et de la xénophobie érigées en principes constitutionnels, du retour au droit du sang, de la fermeture à l'autre, du renoncement à toute forme de diversité et d'hospitalité", dénonce le milieu théâtral.
A chacun de prendre ses responsabilités ce 24 avril pour éviter qu'arrive le pire. Personne ne s'attendait à ce que Trump gagne l'élection de 2016. On sait quels dégâts il a fait. Ici, personne ne pourra dire qu'il ne savait pas.

Je veux bien vous offrir un pince-nez. Si c'est le prix à payer pour que vive longtemps la démocratie.

(1) https://www.franceinter.fr/personnes/vincent-martigny
(2) https://www.telerama.fr/debats-reportages/on-n-essaie-pas-marine-le-pen-on-n-essaie-pas-le-fascisme-le-plaidoyer-d-ariane-mnouchkine-7009875.php
(3) La Croix, 13.4.2022.
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/16/presidentielle-une-presidence-avec-marine-le-pen-serait-une-catastrophe-economique-sociale-et-environnementale_6122435_3232.html
(5) On notera que Nicolas Sarkozy n'a pas été réélu parce qu'il apparaissait comme un président trop vulgaire et trop brutal et qu'on a reproché à François Hollande d'être trop mou, lui qui voulait  être un "président normal". Président de la République française ? Une mission impossible.

(Re)lire sur ce blog :
- "Le diable s'habille en Pravda", 15.4.2022
- "Celle qui rime avec Poutine", 8.4.2022
- Ma "Lettre à Elvire et à mes amis français", en avril 2017 :
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2017/04/lettre-elvire-et-mes-amis-francais.html

A écouter (ou lire) : Sophia Aram, toujours aussi pertinente :
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-18-avril-2022

En prime, une histoire belge.
(Mieux que cent discours pour tout comprendre).

Une vieille dame belge paie son journal du matin et demande :

– Monsieur, que se passe-t-il en Ukraine ? À mon avis, quelque chose de terrible, mais je n'y comprends rien!

- Madame, je réponds, vous avez acheté un journal, tout y est dit en détail, il y a même des cartes.

La dame me regarde un peu confuse et dit :

- Monsieur, savez-vous quel âge j'ai ? 95 ans ! Ces articles ne sont pas faciles à comprendre.

Un monsieur à l'air intelligent, debout devant les étagères des magazines, demande :

– Madame, êtes-vous née en Belgique ?

- Oh, bien sûr! J'ai vécu toute ma vie en Wallonie, à Liège.

- Imaginez un instant que Le Pen remporte l'élection présidentielle en France et déclare que la Belgique n'est pas un État souverain, mais une entité artificielle créée après les guerres napoléoniennes et qui n'a jamais existé sous ce nom auparavant. De plus, la France prétend que les nationalistes flamands oppriment la population francophone wallonne, que leur province du Limbourg faisait en général partie de la Principauté de Liège autrefois et devait donc être annexée à la Wallonie. Mais ce n'est pas tout, puisqu'au début du XIXe siècle la Belgique faisait partie de la France, elle devrait redevenir française.

— Pardonnez-moi, essaya d'objecter la dame, mais mon père était Flamand et il n'a jamais opprimé personne !

- Ah, madame ! - sourit l'homme, - n'avez vous pas entendu parler des collaborateurs flamands pendant la Seconde Guerre mondiale ? Ils ont collaboré avec Adolf ! Et ce sont toujours des nazillons.

- Bien sûr je l’ai entendu dire, mais j'ai aussi entendu parler de la brigade SS de Wallonie !

– Justement, se redressa le monsieur. - Alors, madame, imaginez que la France lance une opération militaire spéciale pour dénazifier la Belgique. Ils bombardent non seulement Bruges, Gand et Anvers, mais aussi notre Liège. Rien de grave - nous prendrons notre mal en patience. Que sont plusieurs milliers de personnes tuées et mutilées ? Car après nous vivrons tous au sein de la grande France !

– Mais je ne veux PAS vivre en France ! Je suis BELGE ! objecta la dame.

- "C'est la MÊME chose que disent les Ukrainiens", conclut l'homme.

(Blague racontée par Alexandre Rodnianski, partagée par Eléna Smyslova et Accents Russes, traduite par Nicolas Planchais)