Ils sont arrivés en France, après mille détours, après avoir fui les menaces et/ou la violence dans leur propre pays, après avoir parfois subi la torture et/ou l'emprisonnement chez eux ou sur la route de leur exil forcé. Ils pensaient, espéraient être arrivés au bout de leur chemin de croix, en étant accueillis, de manière correcte et humaine, dans un Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO). Ils ne demandaient qu'une chose: s'intégrer, s'inventer une nouvelle vie. Et simplement vivre. Enfin. Librement. Ils s'étaient mis, avec opiniâtreté, à étudier un alphabet et une langue qui leur étaient étrangers, ils apprenaient les codes de ce qu'ils pensaient être leur nouveau pays, ils se montraient reconnaissants auprès des professionnels et des bénévoles qui leur venaient en aide.
Ils pensaient sans doute que dans le pays des Droits de l'Homme on les écouterait, on les respecterait, on leur ferait une place, même modeste. L'un d'eux avait intégré un lycée, un autre s'apprêtait à entamer des études d'électricien, tous espéraient se rendre utiles dans la société.
Ils ont 19 ans, 21 ans, 25 ans, 33 ans, 49 ans, ils s'appellent Ismaïl, Abdallah, Reda, Fekado, Mohamed, Osman, Saber. Ils ont un nom et découvrent qu'ils ne sont qu'un numéro de dossier. Leurs espoirs se trouvent aujourd'hui broyés par une machine administrative aussi hypocrite que peut l'être un être humain. Les voilà, une fois de plus, déracinés, expédiés d'un CAO à un PRAHDA (Programme d'Accueil et d'Hébergement des Demandeurs d'Asile), d'une ville où ils commençaient à tisser des liens, à une autre où ils ne connaissent personne et ne peuvent avoir accès à Internet.
Le diable s'habille en PRAHDA, un nom rédigé en novlangue: "le PRAHDA, estime une bénévole d'une association qui tente de leur venir en aide, consitue actuellement un dispositif national destiné à transférer très rapidement et discrètement les déboutés et surtout les demandeurs en procédure Dublin. Tout est fait pour qu'ils ne puissent pas exercer efficacement de recours."
Après le PRAHDA, ce sera le CRA, Centre de Rétention administrative. Et, de là, le renvoi vers le pays de l'Union européenne où ils ont été pour la première fois enregistrés. Le plus souvent, pour les amis soudanais dont je parle ici, ce sera l'Italie. Qui, principale porte d'entrée en Europe pour les demandeurs d'asile africains, est débordée par des afflux quotidiens et les renverra en France qui les rejettera une fois encore. Comme de vulgaires colis que personne n'aurait commandés.
Ils sont les juifs errants du XXIe siècle. Qui parmi les responsables politiques, de tous niveaux, les verra enfin comme une chance et non comme un fardeau dont on se débarrasse comme d'une cannette qu'on jette par la fenêtre de la voiture en espérant ne pas être vu? Qui les verra comme des êtres humains plutôt que comme des chiens qu'on chasse à coups de pied?
Pour vouloir le monde parlé,
Soudan, mon Soudan,
Celui d'la parole échangée,
On s'casse les dents.
Oh, oh, oh, et je rêve
Que Soudan, mon pays, soudain, se soulève...
Oh, oh,
Rêver, c'est déjà ça, c'est déjà ça.
Alain Souchon
Pour vouloir le monde parlé,
Soudan, mon Soudan,
Celui d'la parole échangée,
On s'casse les dents.
Oh, oh, oh, et je rêve
Que Soudan, mon pays, soudain, se soulève...
Oh, oh,
Rêver, c'est déjà ça, c'est déjà ça.
Alain Souchon
(Re)lire sur ce blog
- "Etre ou haïr", 8 août 2017;
- "Dans le mur", 10 février 2017;
- "Je cherche un homme", 22 janvier 2017.