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samedi 22 août 2026

Maudits poètes

Les chasseurs français connaissent bien la nature. Bien mieux que les écologistes et les environnementalistes qui ne sont que des usurpateurs. Les chasseurs français connaissent l'intérêt des réserves naturelles. De celle des marais d'Harchies par exemple où ont été recensées plus de 220 espèces d'oiseaux. Ils sont classés zone Ramsar, du nom de cette convention internationale qui protège les zones humides d'importance internationale, particulièrement parce qu'elles constituent l'habitat d'oiseaux d'eau. Les chasseurs français sont ravis qu'existe cette réserve naturelle. Chaque année, le jour d'ouverture de la chasse, ils se postent à proximité immédiate des marais et, après avoir appâté les canards, tirent sur tout ce qui vole. Jusqu'à cinq cents canards protégés côté belge ont ainsi été tués en une seule soirée à cinquante mètres de la frontière par des chasseurs français. L'an dernier, en une heure de chasse, 1375 coups de feu ont été enregistrés. Des 560 canards identifiés avant la chasse il n'en restait que 68 le lendemain (1). 
Début août de cette année, plus de six cents oiseaux ont été repérés dans les marais. Avec cette chasse qui tient du massacre, ceux qui restent, indique Jean-François Buslain, président de la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux, se dépêchent, affolés, de partir en migration, même s'ils n'y sont pas préparés.
La Convention de Ramsar a été adoptée depuis longtemps par la Belgique mais aussi par la France qui, en laissant la bride sur le cou à ses chasseurs frénétiques, se place en infraction. Courageusement, le préfet du Nord ne répond pas aux courriers qui lui ont été envoyés tant par la LRPO que par la Ministre wallonne de l'agriculture, de la ruralité et de la chasse. Le Gouvernement wallon a déjà investi 1,4 million d'euros dans cette réserve naturelle. Les chasseurs français, rois de l'écologie, en sont très heureux. "La chasse, c'est une communion avec la nature, un contact avec Dame Nature, affirment les chasseurs de galinettes cendrées. Faut être poète pour être chasseur." (2) Ces chasseurs français ont les mêmes positions que l'extrême droite : les règles internationales ne les concernent pas. "On est chez nous", semblent-ils dire. La nature a déjà payé un lourd tribut aux vagues de canicules qui ont asséché cet été. La logique et le respect de la nature voudraient qu'on interdise la chasse cette année pour laisser les populations animales se revigorer. Mais la logique n'entre pas en compte pour cette armée de massacreurs qui a "toujours fait comme ça". Sur quoi ou qui tireront-ils quand ils auront tué jusqu'au dernier canard ?  Quel président de la République, quel gouvernement osera enfin s'attaquer aux règles si laxistes de la chasse en France ?

(1) https://www.notele.be/it61-media167077-bernissart-pres-de-700-personnes-et-des-centaines-de-canards-en-cartons-pour-denoncer-la-chasse-aux-oiseaux-d-eau-en-france.html
(2) https://www.youtube.com/watch?v=QuGcoOJKXT8

dimanche 14 septembre 2025

Une culture politique dépassée

On a parfois l'impression que la France ne serait pas ce qu'elle est si tout n'y était pas compliqué. Sauf la formation d'un gouvernement. Chaque parti a la solution : c'est à lui de le mener. Le ixième gouvernement de Macron II n'était pas encore tombé que déjà on se bousculait pour revendiquer le poste que François Bayrou se préparait à abandonner. Le Parti socialiste le réclamait parce qu'il fallait mettre la barre à gauche. Bruno Retailleau se dépêchait de s'y opposer : pas question de gouverner avec la gauche. Et voilà que dans les heures qui suivaient la chute de Bayrou, le président Macron sortait de son chapeau un de ses proches. Sébastien Lecornu est maintenant un néo-premier ministre à la tête d'un gouvernement démissionnaire avec mission pour lui d'en créer un nouveau. Gabriel Attal, ex-premier ministre (les ex-premiers de Macron pourront bientôt créer une équipe de football) avait proposé que soit nommé d'abord un négociateur, mais il était bien le seul à le souhaiter. C'est pourtant ce qui se passe dans la plupart des pays démocratiques : en général, après des élections ou après la chute d'un gouvernement, le chef de l'Etat désigne un négociateur (1) qui sera chargé de réunir autour de la table différents partis qui formeront une majorité parlementaire et se mettront d'accord sur un programme de gouvernance. Les tractations peuvent ainsi durer des semaines, voire des mois, mais finissent par accoucher d'un projet commun dans lequel chacun trouve des motifs de satisfaction, mais aussi, évidement, d'insatisfaction. Cela s'appelle un compromis. Un terme très conspué en France et pourtant inhérent à la démocratie. Un couple, une famille, une association, un groupe d'amis ne tient que par des compromis. Mais en France le président nomme d'emblée un premier ministre plutôt que d'inviter les partis à négocier.

La négociation et la recherche de compromis n'appartiennent pas à la culture politique française. Le système majoritaire sur lequel repose la politique française depuis 1962 donnait la majorité tantôt à la droite, tantôt à la gauche. Les partis du centre penchaient d'un côté ou de l'autre et ceux des extrêmes ne représentaient que des broutilles. Mais aujourd'hui, le fait majoritaire est mort, remplacé par une tripartition (voire une quadripartition) du paysage politique. Ce qui n'empêche pas les uns et les autres de refuser de voir la réalité en face.
"Si la plupart de nos voisins européens ont appris à gérer avec patience et doigté l’éclatement de leur paysage politique, écrit Anne Chemin dans Le Monde (2), la France semble en revanche tout ignorer de son « mode d’emploi », selon le mot du constitutionnaliste Denis Baranger. Depuis 2022, aucun responsable politique n’est parvenu à construire avec ses partenaires une feuille de route détaillée, une majorité de coalition solide et un gouvernement pluraliste. Dans le monde parlementaire français, où tout compromis passe pour une misérable compromission, le fantasme de la majorité absolue continue donc à hanter les responsables politiques – comme s’ils ne parvenaient pas à faire le deuil des premières décennies de la Ve République."
Comme l'écrit encore Anne Chemin, si la France est désormais ingouvernable, c'est aussi parce que les responsables politiques organisent eux-mêmes le blocage des institutions : "au lieu de négocier des compromis, l’« hyperprésident » Emmanuel Macron convoque en tête à tête, à l’Elysée, les figures politiques dont le profil a l’heur de lui plaire, tandis que les partis jurent leurs grands dieux que, malgré leur incapacité à atteindre la majorité absolue, jamais ils ne renonceront au moindre centimètre de leurs alliances électorales et de leurs programmes de campagne".

Dans le sytème majoritaire qui prévaut toujours en France sans plus être efficace, les partis de gauche d'un côté, de droite de l'autre, concluent des accords pré-électoraux dont ils se retrouvent ensuite prisonniers. Difficile de négocier avec un parti de l'autre bord sans trahir ces accords et ses (ex)partenaires. L'union de la gauche est morte (et qui pouvait croire sérieusement à sa réalité avec un parti à son extrême dont l'objectif premier, son gourou en est fier, est de faire un maximum de bruit ?), mais les partis de gauche veulent toujours y croire et ne sont donc pas prêts à négocier avec des partis du centre ou de droite.
"Est-il vraiment raisonnable de s’obstiner à faire « comme si » une majorité absolue pouvait un jour renaître de ses cendres alors que le paysage politique des démocraties européennes est de plus en plus fragmenté ?, interroge Anne Chemin.  Puisque les institutions ne sont pas en cause – la Ve République est parfaitement compatible avec un gouvernement de coalition –, la clé de ce mystère réside sans doute du côté de la culture politique."
Elle cite le constitutionnaliste Bastien François, pour qui "le blocage est « dans les têtes, à gauche comme à droite ». La France a un « problème de culture politique, pas de droit », renchérit le constitutionnaliste Dominique Rousseau. « La tradition française est fondée sur le conflit, que ce soit dans les entreprises, dans les syndicats ou dans le monde politique, conclut le constitutionnaliste Olivier Beaud. Tout compromis est considéré soit comme une terrible trahison, soit comme une lâche compromission. Il est donc difficile de trouver des partis de l’arc républicain prêts à s’engager dans des logiques de coalition. »".

De nouvelles élections, comme les réclament des partis et de nombreux citoyens ne changeraient vraisemblablement pas la donne si les règles ne sont pas modifiées auparavant. Par exemple, l'instauration de la proportionnelle. "La proportionnelle aurait le mérite d’obliger les responsables politiques à changer de logiciel, affirme le politiste Florent Gougou (3). Pourquoi ? Parce qu’ils sauraient, avant même que les électeurs se rendent aux urnes, que la majorité absolue ne peut pas être atteinte par un seul parti – et donc qu’il faudra, pour constituer un gouvernement, s’engager, après les élections, dans une négociation. Ce serait un changement majeur : les dirigeants ne pourraient plus proclamer, comme beaucoup le font actuellement, qu’ils gouverneront uniquement sur la base de leur propre plateforme."

La négociation oblige à plus d'humilité, à reconnaître qu'on ne détient pas la solution idéale, à accepter de lâcher du lest et à travailler avec celles et ceux qui étaient hier encore des adversaires. Ceci dit, la proportionnelle ne règle cependant pas tout. Ainsi la Région bruxelloise est toujours sans gouvernement (sinon un gouvernement en affaires courantes) depuis juin 2024, victime d'un système électoral d'une complexité absurde et de jeux politiques malsains de certains partis. Triste spectacle. Aussi. 

"Tout est identité désormais. Chacun avec la sienne, prêt à anéantir celle de l'autre. (...) On vit pas ensemble en restant derrière nos ordis à insulter celui ou celle d'à côté, on survit ensemble en se disant que ce serait mieux sans les autres. C'est là où nous en sommes. Et hier, j'ai vu des hommes et des femmes politiques incapables d'aller les uns vers les autres. Ils ne font plus l'époque, ils sont le reflet de leur époque." L'humoriste Tangy Pastureau, parlant des réseaux dits sociaux au lendemain de la chute du gouvernement Bayrou (4).

(1) en Belgique, le vocabulaire est riche en la matière : informateur, explorateur, clarificateur, démineur, préformateur, formateur !
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/09/comment-la-majorite-absolue-est-devenue-la-drogue-dure-du-monde-politique-en-france_6640159_3232.html
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/12/le-chaos-gouvernemental-n-est-pas-lie-a-l-absence-de-majorite-a-l-assemblee-mais-aux-pratiques-des-responsables-politiques_6640500_3232.html
(4)  https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/tanguy-pastureau-maltraite-l-info/tanguy-pastureau-maltraite-l-info-du-mardi-09-septembre-2025-6386141


vendredi 31 janvier 2025

En finir avec la nature

Quel intérêt peut bien avoir la nature ? On se le demande. Il y a beaucoup trop d'organismes pour la préserver alors qu'elle n'est d'aucune utilité.  C'est ce que pensent visiblement la droite et l'extrême droite en France. Et même le centre. "Depuis plusieurs mois, écrit Le Monde (1), l’exécutif, que ce soit l’Elysée ou Matignon, a alimenté ou laissé prospérer une ambiance hostile aux opérateurs de l’Etat chargés de la protection de l’environnement et/ou de la santé."

En novembre, des agriculteurs manifestaient devant le siège de l'Anses (l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Ils réclamaient la dissolution de l’agence et avait même reçu le soutien de la ministre de l’agriculture du gouvernement Barnier. Elle est toujours en poste dans le gouvernement Bayrou. Et voilà qu'un sénateur LR a déposé, il y a quelques jours, une proposition de loi pour « Lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ».  
L’Ademe (l'Agence de la transition écologique) tremble aussi pour sa survie : "à l’Assemblée nationale et au Sénat, plusieurs ténors de la droite réclament carrément sa dissolution".
Le Premier ministre François Bayrou a, lui, accusé les agents de l’OFB (l'Office français de la biodiversité, soit la police de l’environnement), de commettre « une faute » en allant contrôler des fermes avec leur arme. Et ce alors que le secrétaire général de la Coordination rurale (syndicat agricole proche de l'extrême droite) a appelé ses adhérents à brûler les voitures de l’OFB qui entreraient sur leurs exploitations. Les exploitants seraient victimes de contrôles excessifs. Pourtant, constate Le Monde, "un rapport de l’inspection générale du ministère de l’agriculture, rendu public le 30 janvier par le média en ligne Contexte, estime que seuls 0,045 % des contrôles effectués par l’office depuis sa création en 2020 ont été conflictuels". Mais les campagnes de dénigrement se succèdent, alimentées par de fausses informations que des élus de droite et d'extrême droite se font un malin plaisir de diffuser. Les attaques sont massives contre tous les outils de préservation de l'environnement. Ainsi le veut la culture de l'ultralibéralisme dans laquelle nous baignons actuellement qui voit l'homme - et l'agriculteur en particulier - comme tout-puissant et échappant à tout contrôle.
En Sud Berry, le projet de création d'un parc naturel régional est combattu par un "Groupement des acteurs de la ruralité Indre et Cher". Ils ne veulent pas d'un tel organisme, estimant qu'il faut faire confiance au "bon sens paysan" (2). Ce bon sens qui a mené tant d’agriculteurs à arracher des haies et des arbres, à supprimer des fossés, à arroser leurs terres de pesticides, d'herbicides, de fongicides et d'engrais chimiques ? 

Aux Etats-Unis, l’industrie des énergies fossiles applaudit la nomination de Lee Zeldin à la tête de l'EPA (l'Agence américaine de protection de l’environnement). Ce dernier affirme que sa mission sera à la fois de « protéger l’environnement » et de « protéger l’économie » (3). Pas question pour lui de restreindre l’exploitation des ressources pétrolières. "Comme d’autres personnes choisies par le républicain (Trump), M. Zeldin a « une longue expérience de priorisation des intérêts de l’industrie et des pollueurs au détriment de notre santé et de l’environnement », a estimé, quant à lui, Brett Hartl du Center for Biological Diversity", cité par Le Monde.
Hier, on apprenait que le gouverneur de Californie invitait les habitants qui ont perdu leur maison dans les incendies à reconstruire au plus vite sans trop se soucier des contraintes environnementales. Elles brûleront, à leur tour, d'autant plus vite.

On voit par là que l'être humain est un pauvre imbécile, qui se complait dans la répétition ad nauseam de ses erreurs. 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/01/31/ofb-anses-ademe-les-agences-environnementales-publiques-sous-le-feu-roulant-de-la-droite-et-du-gouvernement_6524553_3244.html
(2) courrier des lecteurs de L'Echo du Berry, 23.1.2025.
(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/01/30/etats-unis-le-senat-valide-le-choix-de-donald-trump-pour-l-agence-americaine-de-protection-de-l-environnement_6522790_3244.html

mardi 3 septembre 2024

Devenir calife à la place du calife

On l'a déjà écrit ici et d'autres avec nous : la France a un curieux rapport à la démocratie. La fonction de président de la République y est décriée. A raison, tant le président ressemble à un monarque élu qui fait la pluie et le beau temps. Les parlementaires de tous bords demandent à exister face à un président omnipotent. Et les voilà qui laissent passer l'occasion, attendant de lui qu'il nomme un premier ministre, alors que, pour la première fois, l'initiative pourrait venir d'eux. Mais chacun reste coincé dans son rôle. Les élus attendent la décision du roi qu'ils critiquent, voire maudissent, alors qu'ils pourraient - ou auraient pu - prendre, pour une fois, les devants. Des parlementaires de différents bords auraient pu poursuivre sur la lancée du front républicain (seul vainqueur de l'élection, comme le relevait un analyste) qui, au second tour des élections législatives, a permis d'éviter la victoire de l'extrême droite. Ils auraient pu se concerter, négocier, trouver des compromis et couper l'herbe sous le pied de ce président aussi arrogant que maladroit en lui présentant un projet de gouvernement avec un programme négocié.
Evidemment, le processus serait inédit dans cette France qui cultive l'art de la conversation mais se refuse au dialogue. Les différentes composantes de la gauche se sont enfermées dans une union avec une France aussi insoumise qu'infréquentable par ses excès et ses prises de position nauséabondes et continuent à faire semblant de croire qu'on peut gouverner sans majorité. Le Nouveau Front populaire s'entête à vouloir confondre arriver en tête et être majoritaire. A gauche comme à droite, on se drape dans ses positions, considérant que tout compromis est une trahison de ses idéaux et de ses principes. Et pourtant, le compromis est l'essence même de la démocratie. Tout couple, toute famille, tout groupe d'amis, toute association, de nombreuses équipes de travail fonctionnent par compromis. L'absence de compromis s'apparente au contraire à l'autocratie. On touche ici aux contradictions de certains qui ne voudraient surtout pas qu'on leur reproche d'avoir laissé passer des projets contraires aux leurs, ce qui leur barrerait la route vers leur objectif principal : occuper enfin la fonction tant critiquée, devenir en 2027 président de la république.

A lire à ce sujet :
https://www.telos-eu.com/fr/les-trois-meprises-du-parti-socialiste.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/08/25/un-accord-de-non-censure-serait-la-seule-issue-pour-sortir-de-la-crise-politique_6293871_3232.htmlhttps://www.lemonde.fr/idees/article/2024/08/27/une-situation-politique-inedite-et-dangereuse_6296753_3232.html

Post-scriptum :
Extrait d'un article du Monde du 13.9.2024 :
" « Si une discussion approfondie entre partis avait abouti à la rédaction d’un contrat de gouvernement, Emmanuel Macron n’aurait pourtant pas eu le choix : il aurait été obligé de nommer le chef de cette coalition à Matignon, analyse le constitutionnaliste Denis Baranger. Le problème, c’est qu’en France les élus semblent tout ignorer du mode d’emploi d’une coalition. »
Emmanuel Macron n’a pas semblé plus inspiré : s’il a invité les responsables politiques à bâtir des compromis, il a été incapable de renoncer à sa conception jupitérienne de la présidence."
https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/09/13/coalitions-politiques-un-blocage-francais_6316608_823448.html

mardi 9 août 2022

Etrange solution miracle

C'est LA solution énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique. Le gouvernement français en est convaincu et le président Macron a annoncé la construction d'une dizaine de mini-centrales EPR. Pour eux, la production électrique doit passer prioritairement par le nucléaire parce qu'il ne produit pas de CO2. Donc there is no alternative ou si peu. 
Sauf qu'en Ukraine, deuxième pays le plus nucléarisé d'Europe, les centrales nucléaires deviennent des cibles stratégiques dont les explosions, si elles devaient arriver, auraient des conséquences totalement imprévisibles et catastrophiques pour l'Europe entière comme pour la Russie. 
Sauf que la moitié des cinquante-six réacteurs nucléaires français est actuellement à l'arrêt, soit pour entretien, soit à cause de problèmes de corrosion.
Sauf que l'EPR en construction à Flamanville depuis 2007 devait être inaugurée en 2012 et qu'il est toujours en chantier et que son budget a été multiplié par quatre, passant de 3 milliards d'euros à 12,7.
Sauf que le réchauffement climatique oblige EDF à abaisser la production d’électricité de son parc en raison des hautes températures des cours d’eau utilisés pour refroidir des réacteurs, qui mettent en péril la faune et la flore. "Face à la canicule et aux hautes températures des cours d’eau utilisés pour le refroidissement des réacteurs, explique l'hebdomadaire Marianne (1), EDF est contraint de réduire la production de plusieurs de ses centrales nucléaires, a indiqué l’entreprise ce vendredi 5 août. Chaque site dispose de ses propres limites réglementaires de température de rejet de l'eau à ne pas franchir afin de protéger la faune et la flore. Les baisses de production pour ces raisons sont fréquentes en période estivale, mais elles sont arrivées plus tôt que d'habitude cette année, c'est à dire dès le mois de mai." L'eau de la Garonne, par exemple, a atteint 28°C.

Les soutiens du nucléaire le présentent comme totalement sûr. Mais le physicien David Boilley, président de l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'ouest (Acro), rappelle (2) qu'en France le nucléaire est la seule industrie qui dispose d'un Institut de radioprotection et de sûreté (IRSN) et d'une Autorité de sûreté (ASN). "On a tendance à s'endormir là-dessus", souligne-t-il, indiquant qu'aucune autre filière énergétique n'a besoin de contrôles aussi stricts, ce qui en dit long sur sa dangerosité.
"Même à l'arrêt, écrit Télérama, une centrale nucléaire reste un système industriel éminemment complexe, vulnérable et qui peut être détourné." La guerre d'Ukraine "fait exploser les frontières supposées entre la bombe et le réacteur". Sezin Topçu, chargée de recherche au CNRS, estime que les deux filières nucléaires, civil et militaire, "sont totalement liées". 
"Face à la nouvelle donne imposée par Vladimir Poutine, écrit Télérama, il est (...) difficile de savoir ce qui nous menacerait le plus, entre le déclenchement d'une arme atomique, le bombardements de réacteurs civils ou l'accident dans une centrale assiégée..."

En octobre 2021, les engagements français sur la réduction des déchets radioactifs en mer (pour les ramener quasiment à zéro) ont été repoussés de trente ans à... 2050 ! Elle est pourtant prévue par la Convention pour la protection de l'Atlantique nord-est. Tout bénéfice pour la France. "L'usine de La Hague a les plus forts rejets radioactifs en mer, relève David Boilley. Chaque mois, elle rejette, par exemple, autant de tritium dans la Manche que ce que l'installation de Fukushima déversera dans le Pacifique en trente ans".

La France veut être indépendante sur le plan énergétique. Mais le nucléaire ne vit ni du vent ni du soleil, mais d'uranium. Or la France a fermé sa dernière mine en 2001 et se fournit à présent au Kazakhstan (sous l'orbite de Moscou), en Ouzbekistan, au Niger, au Canada et en Australie. Son uranium retraité à La Hague est envoyé dans une ville secrète de Russie pour y être réenrichi ou recyclé. Et, ajoute Télérama, "EDF est, malgré la guerre, en train de renforcer sa collaboration avec Rosatom, colosse russe des programmes nucléaires civil et militaire, pour la construction de turbines pour centrales nucléaires."
Yves Marignac de l'institut négaWatt constate qu'on compte dix-huit réacteurs de conception russe en fonctionnement en Europe. "Quiconque parle de poursuivre le développement du nucléaire au nom de la lutte climatique parle de permettre à la Russie (et à la Chine) d'exporter leur technologie et d'étendre leur influence."

Les écologistes qui s'opposent depuis toujours au nucléaire pour lui privilégier les énergies renouvelables et les économies d'énergie sont vus comme de raides idéologues. Les tenants du nucléaire, eux, ne font pas d'idéologie, juste des affaires. En souplesse.

(1) https://www.marianne.net/economie/economie-francaise/canicule-edf-contraint-de-reduire-la-production-de-plusieurs-de-ses-centrales-nucleaires
(2) Weronika Zarachowicz, "Atome - des centrales invulnérables ?", Télérama, 30.3.2022.

jeudi 16 juin 2022

Passion triste

C'est une vraie question : mais pourquoi donc en France le président de la République, une fois élu, réélu dans ce cas-ci, doit-il remplacer son gouvernement pour une durée de quelques semaines en attendant les législatives ? En intimant l'ordre à ses néo-ministres de se faire élire ou réélire sous peine de devoir démissionner. Pourquoi n'attend-il pas le renouvellement de l'Assemblée nationale pour nommer ses ministres ? Ce système n'a aucun sens, non ? Ne serait-il pas plus cohérent d'organiser d'abord les législatives, puis la présidentielle ? Ne faudrait-il pas en finir avec ce régime présidentiel monarchique qui donne à la démocratie française une allure pyramidale et qui amène les Français à tout attendre de leur président et à le rendre responsable de tout ce qui dysfonctionne dans leur vie quotidienne ?
Le système à deux tours est peu démocratique, très peu par rapport au système proportionnel. Une seule opinion politique emporte la mise même si elle gagne d'un chouïa.
Il serait temps que la France sorte de la verticalité et de la dichotomie et entre dans une culture du compromis.

En 2014, Thomas Legrand, éditorialiste à France Inter, l'écrivait déjà (1) : les législatives à la suite de la présidentielle sont régies "par le fait majoritaire qui fige les forces politiques dans la bipolarité et dans l'opposition frontale, générale et systématique, entre elles".
François Hollande, de son côté, constatait que "dans d'autres pays, ils y vont fort pendant les campagnes, mais ils se disent Attention, on va peut-être être obligés de se retrouver après !" alors qu'en France vous combattez en vous disant toujours De toute façon, toi, je te trouverai toujours en face de moi, jamais avec moi... Et ça c'est à cause du mode de scrutin."
Thomas Legrand proposait alors de dé-hystériser l'élection présidentielle, de retirer au président la possibilité de nommer le Premier ministre et le gouvernement et de faire en sorte que l'exécutif procède du parlement et non plus du directement du président. En France, constatait-il, on préfère "l'affrontement au compromis, la bataille des hommes à celle des idées".
Aujourd'hui, il semble que le deuxième tour des législatives se résume à un choix entre Macron et Mélenchon, les idées - et même les candidats de terrain - semblent très secondaires, alors que les enjeux par rapport à l'Union européenne, aux autocraties, au populisme, au réchauffement climatique, à l'avenir de la planète sont cruciaux. Mais on se passionne pour un match de catch. 

(1) Thomas Legrand, "Arrêtons d'élire des présidents !", Stock, 2014.
(Re)lire sur ce blog "Monarchie française", 14.6.2020.

lundi 21 février 2022

Pays fatigué

Penchons-nous sur la France. Elle a le moral en berne. On la voit souffreteuse, déprimée, ronchonne. On a envie de la prendre dans ses bras et de la rassurer. De lui dire qu'elle est belle, qu'elle va mieux qu'elle ne le croit, qu'elle doit avoir confiance en ce qu'elle est et ce qu'elle peut être, et non en ce qu'elle croit avoir été.

Peut-on se permettre une suggestion ? Eric Zorglub, la Fille à papa et l'Ambassadrice du foie gras devraient écouter régulièrement Carnets de campagne (1). Ils ouvriraient leurs esprits paresseux, verraient devant eux plutôt que derrière (ce qui peut aider à imaginer l'avenir), se diraient que tout problème a sa solution (positive) et que la créativité et la solidarité sont générateurs d'énergie.
Un Français sur trois est aujourd'hui prêt à voter pour l'extrême droite à l'élection présidentielle et la candidate de la bonne vieille droite penche de ce côté, rêvant de murs et de retour à un passé mythifié et partageant la même théorie du "grand remplacement" que les extrémistes de droite.
"Même dans un pays de râleurs autoproclamés comme l'Hexagone, on s'étonne de voir le patriotisme en vogue si passéiste et si renfrogné, écrit la journaliste allemande Nadia Pantel (2). Tout le monde est tellement occupé à évoquer la grandeur passée de la France qu'on n'a plus beaucoup d'énergie à consacrer à l'avenir. Et, au lieu de se féliciter de la vitalité du pays, on parle de la France comme d'une morte. Le déclin, on n'a que ça à la bouche. Comme si tous ces sauveurs de la France étaient nécrophiles."
La droite et l'extrême droite nous vendent une France qui n'existe pas ou n'a jamais existé que dans leurs discours nostalgiques. Elles veulent oublier que, comme la plupart des pays, la France s'est construite et enrichie de migrations diverses et que toute fermeture est sclérosante et appauvrissante. "L'extrême droite aime la France comme un chien de garde aime sa courette, écrit encore Nadia Pantel. Il jappe et montre les crocs - ce qui compte, c'est que personne n'entre."

Il y a une trentaine d'années, la droite française était présentée comme "la droite la plus bête du monde". Aujourd'hui, elle est devenue la plus hargneuse et la plus rétrograde et la gauche a pris la relève côté bêtise. Elle sait comment aller au combat en étant sûre de le perdre : il suffit de se voir en sauveur exclusif. MelenChe a décidé le premier, il y a un an, de se porter candidat à la présidence, ne consultant personne d'autre que son ego qui lui indiquait qu'il était le meilleur. Les autres ont suivi, nombreux. La Primaire populaire est une initiative sans doute sympathique, mais organisée beaucoup trop tardivement qui donne l'impression de n'avoir été pensée que pour permettre à Christiane Taubira, flattée, d'ajouter sa candidature à trop d'autres. Pas tendre (mais rappelant qu'il écrit dans un journal voué à la caricature et à la satire), Philippe Lançon fait un portrait peu flatteur de ces candidats de gauche : "la vieille égocentrique à moulinets verbeux qui se la joue Ave Césaire, le Vert sans joie ni chlorophylle, le Rouge qui boit du rouge et mange de la viande rouge, la fière Hidalgo d'un parti dont je ne veux pas me rappeler le nom, le taureau de comptoir russophile et encornant les capes retournées par l'air du temps, les deux petits Zébulon du Grand Soir. Plus il y a de fous, moins on rit." (3) Tous les candidats de gauche ne dépassent pas - actuellement du moins - un score qui leur permette de rêver au second tour. Les ego sont les plus forts, mais vont tomber de haut. "La lutte des candidats moribonds de la gauche pour se placer est devenue un spectacle et la campagne continue à être dominée par la droite", constate The Guardian (4).

Il fut un temps pas si lointain où les Belges suivaient avec admiration la politique française. Aujourd'hui, elle ne fait plus rêver. Elle ressemble plutôt à un cauchemar. La France est partagée entre conservatisme, réaction, racisme et nostalgie. Et la campagne de l'élection présidentielle est devenue une parade d'ego boursouflés plutôt qu'un débat d'idées. Depuis quinze ans au moins, il semble qu'une large majorité de Français se plaigne de son président, ce roi élu dont ils attendent qu'il soit proche et distant à la fois. Mais la volonté de changement est presque inexistante : un récent sondage (5) indique que sept Français sur dix sont attachés à la Ve République, celle qui fut créée par et pour le Général. 

La France est dépressive. Quand deux Français se quittent, ils ne se disent pas au revoir, mais bon courage. En Allemagne, à quelqu'un qui part travailler on dit : bien du plaisir au travail, ou sois créatif (6). En France, on dit bon courage, comme si la vie elle même était fatigante, comme si elle était un fardeau. Allo, docteur ?

(1) "Carnets de campagne, le journal des solutions", France Inter, du lundi au vendredi, de 12h30 à 12h45.
(2) Nadia Pantel, "La France fantasmée de la droite", Süddeutsche Zeitung, 28.12.2021, in Le Courrier international, 27.1.2022.
(3) 
Philippe Lançon, "La gauche en solde", Charlie Hebdo, 9.2.2022.
(4) 
"La gauche avance vers sa chute", Le Courrier international, 27.1.2022.
(5) France Inter, Journal de 13h, 21.2.2022.
(6) Excellente séquence de "Karambolage" sur Arte qui explique comment la religion a pu influencer notre vision du travail : 
https://www.arte.tv/fr/videos/103994-007-A/karambolage/

lundi 13 décembre 2021

Miss Foie gras 2022

A quoi tient un pays? Valérie Pécresse, la candidate de la bonne vieille droite à l'élection présidentielle, est très inquiète. Elle ne dort plus, la France est en danger. Les décisions de certains maires écolos lui font craindre le pire. Voici qu'après Strasbourg, Villeurbanne et Grenoble, c'est la ville de Lyon qui annonce qu'il n'y aura plus de foie gras dans les repas officiels. Cette absence de foie gras étouffe Valérie Pécresse. "Y aura du foie gras, parce qu'on aime le foie gras. On aime le foie gras. Je vais vous dire: si être français, c'est de ne plus avoir de sapin de Noël, c'est ne plus manger de foie gras, c'est ne plus avoir la chance d'élire Miss France, à un moment donné, la France, c'est la France et le foie gras, c'est la France." On le voit, l'heure est grave. Déjà que les Français ne portent plus de béret, ne roulent plus en 2CV et ont sensiblement diminué leur consommation de vin, que deviendra la France si ses habitants ne trouvent plus, au pied de leur sapin de Noël, Miss France les bras remplis de boîtes de foie gras ? Ce pays va à vau-l'eau. 

Ce sketch peut être revu sur: https://www.france.tv/france-3/19-20-journal-national/2942171-edition-du-dimanche-12-decembre-2021.html (à +/- 12').

dimanche 12 décembre 2021

Invasion mythique

La France est menacée d'invasion. Elle est déjà occupée par trop d'immigrés. Les Français ne sont plus chez eux. C'est ce que charlemartèlent les Zemmour, les Le Pen, les identitaires qui pensent qu'un bon Français doit s'appeler Jean-Marie et une bonne Française France.
La réalité est bien différente. De nombreux pays regardent éberlués cette France qui se laisse enfermer dans la question de l'immigration. Une fausse question, aux yeux de beaucoup d'observateurs étrangers.

"A peu près tous les voisins de la France ont une plus grande proportion d’immigrés dans leur population", écrit le New York Times. "Au cours de la dernière décennie, l’immigration a moins augmenté en France que dans le reste de l’Europe ou dans d’autres nations développées du monde. (...) En 2020, en France, la part des immigrants dans la population – 13 % – est inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE." 
La rubrique CheckNews de Libération (1) constate que "si l’on se fie à la notion d’immigré telle que définie par l’Insee et l’Ined (soit une personne née étrangère à l’étranger, excluant donc celles nées françaises à l’étranger), la France comptait l’an dernier 6,8 millions d’immigrés, soit 10,2 % de sa population totale d’après les dernières données de l’Insee."
Le dernier bilan de l’OCDE indique, souligne encore Libération, qu’en moyenne, entre 2010 et 2019, les entrées d’immigrés dits permanents en France ont représenté chaque année 0,4 % de la population du pays. Un chiffre nettement inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE, qui était de 0,69 % sur la période. " On peut dire que notre taux d’immigration est modéré comparé à la plupart des pays occidentaux ", explique Jean-Christophe Dumont, directeur de la division des migrations internationales de l’OCDE.

L’évolution de la part des personnes nées à l’étranger dans la population totale a évolué de 2,2 points sur la dernière décennie en France: elle était de 11,6% en 2010 et de 13,1% en 2020. 2,2% d’augmentation moyenne donc, quand elle était de 2,9 au Royaume-Uni, de 3,3 en Allemagne ou de 4 en Belgique.
" Ces dernières années, on observe que l’immigration en France est, en proportion, parmi les plus faibles, quelle que soit la mesure considérée ", analyse Marine Haddad, chercheuse à l’Ined et spécialiste de l’immigration.
Ce qui est vrai, explique Libération, c'est que la France est un vieux pays d’immigration, qui a une deuxième génération (ayant au moins un parent immigré) bien plus importante que ses voisins. Le pays, selon une étude de l’Insee, était l’un des seuls pays européens à compter davantage d’enfants de la deuxième génération que d’immigrés. Comparativement à ses voisins, le pays " se caractérise par des flux migratoires plus anciens, mais aussi plus faibles sur la période récente ", écrivait déjà l’Insee en 2012. Voilà pourquoi on est très loin d'une invasion. Pourquoi aussi tous les enfants français ne s'appellent pas Eric ou Marine. On se calme. On respire.

samedi 15 mai 2021

Sa vie en pays méfiant

Voici sept ans, alors que je venais de m'installer en France, j'ai rédigé un billet intitulé "Ma vie en pays grognon". C'était l'époque des manifestations des Bonnets rouges et des opposants au mariage homosexuel. Ce billet a été publié sur le site rue89 qui en a complété le titre (1). Très lu et très commenté, il a suscité son lot de réactions indignées et agressives. Aujourd'hui, c'est un journaliste néerlandais qui, après deux années et demie passées en France, fait part de son sentiment sur une France où prévaut, selon lui, un climat de suspicion (2). 

Il y a deux ans, face à la cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes, Daan Kool a recueilli les avis de plusieurs Parisiens convaincus que cet incendie n'avait rien d'accidentel. "Ce sentiment - on ne nous dit pas tout, les autorités manigancent quelque chose - était présent dans presque tous les reportages que j'ai réalisés pendant mes deux ans et demi en France." Depuis, la pandémie a augmenté la méfiance vis-à-vis des autorités; elle se manifeste continuellement. "Si le complotisme progresse à une allure inquiétante dans le monde occidental, la France y est particulièrement sujette: 43% de la population pense que les autorités et l'industrie pharmaceutique dissimulent la dangerosité des vaccins; 25% pense que les élites stimulent l'immigration pour remplacer la population autochtone; 22% pense qu'il existe un complot sioniste mondial." Bref, nombre de Français sont méfiants. 85% d'entre eux ont le sentiment que leurs dirigeants politiques ne se préoccupent pas d'eux et 72% les trouvent corrompus. C'est ce qui ressort d'un rapport publié en 2019 - avant la pandémie donc - par Sciences Po Paris qui a envisagé de renommer en baromètre de la défiance politique celui de la confiance. "On pourrait dire en quelque sorte que la méfiance envers le pouvoir est inscrite dans l'ADN national", écrit Daan Koon. Encore une fois, la vieille culture monarchique dont n'a jamais réussi à se débarrasser la France est une explication au phénomène. Selon le sociologue Luc Rouban (cité par Daan Koon), "tous les regards sont dirigés vers le haut, vers le sommet, que ce soit un roi ou un président qui s'y trouve. L'Etat, c'est le guide, c'est le chef." Les Français, constate le journaliste néerlandais, n'arrivent pas à accepter que leur pays ne soit plus qu'un acteur de taille moyenne sur la scène internationale. Ils vivent un sentiment de déclin et rêvent toujours d'une personnalité énergique qui leur ramènera leur grandeur. C'est de ce président - qui a plus de pouvoir que tout autre - que les sujets français attendent tout et son contraire, d'être un guide au-dessus de la mêlée et d'être proche d'eux. Et tout échec lui sera automatiquement attribué. 

Mais les Français, constate Daan Koon, ne se méfient pas uniquement de leurs dirigeants, mais aussi de leurs concitoyens. Il rappelle une enquête menée dans les années '90 dans 82 pays à partir de la question suivante: "En règle générale, pensez-vous qu'il est possible de faire confiance aux autres ou que l'on est jamais assez méfiant?". 66% de la population suédoise déclarait faire confiance aux autres contre 21% seulement des Français. Sur l'indice de confiance aux autres, la France se situait à la 58e place, "au milieu de pays bien plus pauvres ou mis à mal par des conflits armés". Des chercheurs estiment que le système éducatif français - favorisant les performances individuelles et valorisant peu le travail collectif - serait source de méfiance. Tout autant que le corporatisme avec un système de sécurité sociale qui accorde des droits très différents aux divers corps de métier. "Conséquence, écrit Daan Koon, "les Français présupposent de manière persistante que les autres sont mieux lotis qu'eux-mêmes. (...) En France, se plaindre des supposés privilèges des autres est un sport national."

Cette méfiance, selon certains économistes (3), ne pousse pas aux risques, notamment dans le domaine économique et contribue à la rigidité du marché du travail. Elle constitue aussi un frein aux réformes et "ironiquement, aux réformes qui permettraient de renverser cette méfiance." Tel le projet du Président français de "transformer un système de retraites opaque en un régime identique pour tout le monde". La méfiance et les corporatismes ont eu sa peau.

Peut-on cependant être un peu optimiste, en constatant que la pandémie a créé de nouvelles formes de solidarité et a amené de nombreuses personnes à changer de vie? Reste que dans ce climat de suspicion des uns vis-à-vis des autres et à l'encontre des politiques, c'est la présidente du parti du rejet des autres qui tire son épingle du jeu. La fille à papa Le Pen déguisée en Kaa nous chante son air hypnotique: Aie confiance / Crois en moi / Que je puisse veiller sur toi / Fais un somme / Sans méfiance / Je suis là / Aie confiance.

(1) "Ma vie (de Belge) en pays grognon (la France)", à (re)lire sur ce blog, 5.1.2014.

(2) Daan Kroon, "Paranoïa à tous les étages", De Volkskrant, 19.2.2021, in Le Courrier international, 29.4.2021.

(3) Yann Algan et Pierre Cahuc, "Société de défiance - Comment le modèle social français s'autodétruit", CEPREMAP, éditions de la rue d’Ulm, 2007. 

jeudi 5 décembre 2019

Sonner la retraite

Je ne connais pas dans le détail la réforme des retraites proposée par le gouvernement français (il est vrai que le projet reste assez flou) et de toute manière je ne suis pas concerné (puisqu'ayant effectué toute ma carrière professionnelle en Belgique). Et je ne voudrais pas apparaître ici comme le râleur qui râle contre les râleurs (bien que je puisse assumer). Mais bon... au point où on en est, en France, qui ne râle pas n'existe pas. Donc, je m'exprime.
Une bonne partie de la France est en grève aujourd'hui, et peut-être pour un moment, contre la réforme des retraites (et non "contre les retraites" comme le titrait le HuffingtonPost: "Suivez la journée de mobilisation contre les retraites", publié ce jour à 12h30 et à 13h30 encore).

Le gouvernement semble avoir largement consulté sur cette question (1), sans doute pas assez, mais on peut aisément comprendre, à entendre les manifestants fâchés, que peu de gens ont fait entendre leur voix dans le cadre de l'appel à opinions, mais qu'ils sont beaucoup plus nombreux à s'exprimer aujourd'hui dans la rue pour dire leur opposition. A quoi? A un changement d'un sytème d'une complexité extrême? Le gouvernement voudrait un système plus équitable. Que chaque euro épargné rapporte la même chose à chacun. Ce qui est loin, très loin, d'être le cas actuellement.
Le système par points m'apparaît - mais peut-être suis-je naïf - plus équitable, plus honnête. Certains défendent le système dont ils bénéficient actuellement qui veut que leur pension de retraite vaille x % de leur dernier salaire. Ce qui favorise ceux qui ont eu de la chance ou qui ont eu une carrière qu'on appelle plane.
Ceux qui, comme moi, ont changé d'employeur très souvent sont retombés au niveau le plus bas chaque fois qu'ils ont retrouvé un emploi. Et se retrouvent ainsi avec une retraite peu éleveée. Or, c'est ce qu'on nous annonce: les salariés d'aujourd'hui et plus encore de demain doivent s'attendre à changer très fréquemment d'employeur. Quelqu'un qui perd son emploi à cinquante ans, par exemple, et a la chance de retrouver un emploi n'a aucune ancienneté quand il est réengagé (s'il a cette chance-là). Et donc, si sa retraite est calculée sur son dernier salaire, elle sera peu élevée. Injuste donc par rapport à quelqu'un qui n'a pas travailé plus ou moins, mais qui a toujours été employé par la même entreprise.
Des agriculteurs se disent favorables à la réforme prévue par le gouvernement: ils verront leur retraite augmenter. Mais qui s'en préoccupe?

L'économiste Thomas Guénolé, (qui se présente comme "intellectuel altermondialiste et engagé à gauche", proche de la France dite insoumise) qualifie les grévistes d'aujourd'hui de "héros" (2). On a les héros comme peut. Et les populistes aussi. Allez savoir pourquoi, je n'arrive plus à prendre au sérieux les intellectuels altermondialistes enragés à gauche. 

On rêve de voir les citoyens se mobiliser autant pour le climat que pour leur retraite. Mais sans doute ne faut-il pas rêver. L'homme prend beaucoup de plaisir à se reproduire, mais se soucie plus de sa retraite que de sa descendance.

A lire:
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/12/03/le-vrai-du-faux-des-regimes-speciaux-de-retraite_6021530_4355770.html

(1) https://www.reforme-retraite.gouv.fr/participez/la-participation-citoyenne-2019/article/methode-et-calendrier


dimanche 1 juillet 2018

Voici venir juillet au pied léger

En ce jour de la Saint-Thierry, c'est l'été et les premiers départs en vacances. Les températures sont caniculaires et les humeurs colériques. Quantité de Français partent moroses, voire grognons. C'est qu'ils ne peuvent désormais rouler sur les routes secondaires à plus de 80 km/h plutôt que 90. Ils ont peur de s'ennuyer et d'arriver trop tard à leur lieu de villégiature. Ils sont convaincus que cette mesure ne servira à rien.  Même pas à diminuer le nombre de morts sur les routes, objectif poursuivi par le Gouvernement Philippe. La finesse des arguments de ceux qui s'opposent à cette mesure laisse pantois: "c'est juste pour emmerder les gens!" ou "c'est juste pour remplir les caisses de l'Etat". Les piliers du Café du Commerce n'en pensent pas moins.
Quand on circule sur les routes françaises en respectant la limitation à 90 km/h, on est sans cesse dépassé par des conducteurs qui roulent, au moins, entre 95 et 100 km/h. Avec une vitesse limitée à 80, on peut imaginer qu'ils rouleront plutôt à 90. Imposer une limitation à 80 pourrait donc être vu comme une manière de tenter de faire respecter la limitation à 90.
Moins de morts en baissant les vitesses, quelle blague!, disent ceux qui roulent et pensent avec leur pied et contestent les études des experts. Au volant, chacun est un expert et sait mieux qu'un spécialiste ce qu'il faut faire. Ainsi, cet homme qui défendait devant moi la liberté de rouler à la vitesse que l'on veut. "Je n'ai jamais eu d'accident", se vantait-il. Je lui avais dit que j'avais remarqué qu'avant leur premier accident, beaucoup d'automobilistes n'en avaient jamais eu. Depuis, il en a eu un, dont il s'est sorti assez miraculeusement.

"Ma voiture, c'est ma liberté", voilà un vieux slogan totalement obsolète. Les routes, les villes, les villages même sont de plus en plus embouteillés et les riverains suffoquent sous les gaz d'échappement. Ma liberté s'arrête au pare-choc de la voiture qui me précède.
Qu'on le veuille ou non, les réductions de vitesse deviendront de plus en plus la règle. De nombreuses villes ont déjà imposé les 30 km/h maximum en leur centre. Certaines y ont même interdit totalement ou partiellement les voitures. Les places de parking se font et se feront plus rares. La limitation à 80 km/h sur les routes secondaires procède de la même tendance inéluctable. Chacun veut prendre sa voiture pour le moindre déplacement et tout le monde se plaint qu'il y a trop de véhicules sur les routes. Tout le monde se plaint de la sécheresse, des inondations, de la perte de biodiversité, des divers effets du dérèglement climatique et aussi de l'augmentation du prix du carburant. Et tout le monde rêve d'une vie plus sereine, de courir moins, de dépenser moins, de prendre le temps. Mais rouler plus léger, moins stressé, consommer moins, polluer moins, provoquer moins d'accidents semble être la moindre des envies d'une majorité d'automobilistes. Cherchez l'erreur. Slow food, oui. Slow drive, non.
Le lobby automobile multiplie les arguments de mauvaise foi pour tenter de nous convaincre que rouler moins vite ne sert à rien. Ce lobby semble avoir des adeptes et des relais dans chaque véhicule. Et même à la tête de certains départements. Ainsi la présidente (LR) du Conseil départemental de la Creuse qui a sorti l'argument le plus sidérant des "anti-80": cette réduction de vitesse va "contribuer à l'enclavement de son département" (2) (*). On ne sait d'où vient Valérie Simonet, mais elle ne semble pas bien connaître son département: une route express (la RN145), non concernée par la limitation à 80 km/h, dessert La Souterraine, Saint-Vaury et Guéret. Et qui voudrait parcourir à 90 km/h les routes secondaires, très sinueuses, de la Creuse serait totalement suicidaire. Son président de parti, Laurent Wauquiez, parle de la nouvelle règle comme d'une "absurdité, coupée des Français". Visiblement, la présidente du Conseil départemental de la Creuse est très coupée des réalités de terrain, elle connaît mal la topographie de son département et voudrait envoyer au fossé ses habitants. Une étude de l'Observatoire national interministériel de la Sécurité routière indique d'ailleurs que les départements ayant la proportion la plus importante de tués sur les routes secondaires sont précisément - qui peut s'en étonner, sinon elle? - des départements ruraux. La Creuse fait partie de ces quelques départements où plus de 70% des tués sur les routes le sont sur des routes secondaires. 

On aimerait entendre le lobby automobile et ceux qui se font ses chantres se manifester par rapport aux tricheries que ce même lobby a honteusement pratiquées pour maquiller les chiffres des émissions de gaz et de particules produites par ses voitures.
Les moteurs à explosion "crachent près du quart des émissions mondiales de CO2 et font environ 1,3 million de morts par an", rappelle Cotten Seiler dans The Guardian (1). Il constate que les automobilistes londoniens ont perdu, en 2017, l'équivalent de trois jours dans les embouteillages; que ceux de Los Angeles ont passé cent deux heures dans les bouchons (4,25 jours). Mais il relève aussi que les jeunes un peu partout se désintéressent de la voiture individuelle. En 1984, 92% des jeunes Américains possédaient un permis de conduire. Ils ne sont plus que 77% aujourd'hui. On observe la même tendance au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. A Amsterdam, "sept habitants sur dix voudraient bouter la voiture hors du centre ville".
Certains esprits avisés font remarquer que les efforts que nous pouvons fournir ici pour diminuer la pollution seront anéantis par celle qu'engendrent et engendreront les Chinois, de plus en plus nombreux à s'équiper de voitures. Ces esprits-là sont mal avisés. "En fait, après être tombées dans le piège du tout-voiture en transformant les rues en autoroutes (à partir des années 1990), les municipalités chinoises commencent à se rendre compte que la ville doit offrir un cadre de vie agréable à ses habitants. Cette prise de conscience a débouché sur un mouvement concerté vers un aménagement urbain qui remet la personne au cœur de la ville." (3) Aujourd'hui, la Chine mise sur les bus express et le vélo. "En 2014, l'empire du Milieu comptait plus de 200 millions de vélos électriques, qui sont devenus le premier moyen de déplacement pour beaucoup de foyers. En mai 2015, plus de 10 millions de vélos étaient à la disposition des usagers en Chine, proposés par des services de VLS (vélos en libre-service) qui ont séduit plus de 100 millions d'abonnés, pour un total de plus de 1 milliard de trajets. Avec à la clé une réduction notable des émissions de gaz carbonique, se félicitent les entreprises du secteur et l'Etat."

Certains analystes estiment qu'à un terme relativement court, la possession d'une voiture individuelle disparaîtra. La voiture intelligente sera à la disposition de qui en a besoin sans qu'il doive en être le possesseur et l'utilisateur n'aura aucunement le choix de régler la vitesse de ces voitures sans chauffeur. Ces véhicules seront dès lors moins nombreux et, en dehors de la nuit, n'auront pas besoin d'être garés. Actuellement, on estime que les voitures passent 95% de leur temps à l'arrêt, donc non utilisées. Il va falloir accepter de quitter notre religion de la voiture. Oui, même si cela semble incroyable, on va pouvoir vivre sans avoir sa propre voiture garée devant chez soi et, oui, on va devoir circuler à des vitesses dites raisonnables. O the times, they are a changin'.

On voit par là que ceux qui continuent à défendre l'usage de la voiture, des vitesses élevées et des places de parking en ville et devant chez eux mènent des combats d'arrière-garde. C'est sans doute difficile à admettre: les années '60 sont finies et aucune nostalgie ne nous les ramènera. Il faut passer à autre chose. Les années 2020. Par exemple.

(*) Finalement, les "anti-80" et la présidente creusoise sont du même niveau que Pierre Billon quand il chantait "Même si je n'atteins jamais la Creuse". Un sommet. Dans le genre:
Même si je n'atteins jamais la Creuse
Il serait bon que l'on se creuse
Pour faire comprendre à certains
Que même si je n'atteins jamais la Creuse
Je courrai toujours la gueuse
Ma guitare nouée à mes mains
etc.  
http://www.ina.fr/video/I07117141

Voir le dossier du Courrier international de cette semaine (n° 1443, 28.6.2018): "Ciao la voiture!"
(1) Cotten Seiler, "Sommes-nous proches du divorce?", The Guardian, 1.3.2018, in  Le Courrier international, 28.6.2018.
(2) https://www.nouvelobs.com/societe/20180629.OBS8965/vitesse-a-80-km-h-7-questions-sur-la-nouvelle-limitation-qui-fait-polemique.html
(3) Liu Shaokun, "Les villes chinoises misent sur l'innovation", Chinadialogue, 14.5.2018, in  Le Courrier international, 28.6.2018.


vendredi 12 janvier 2018

Roule, ma poule!

La voiture tue, le ridicule pas. Pour tenter de faire diminuer le nombre de morts sur les routes secondaires, le gouvernement français vient d'adopter une série de mesures. Parmi lesquelles la limitation de vitesse à 80 km/h sur ces routes plutôt que 90 actuellement (1). De nombreux automobilistes protestent (2). L'une d'entre eux affirme son "impatience" quand elle roule à 80, elle n'a alors qu'une envie: doubler. Un autre estime que rouler à cette vitesse le rend moins attentif: il a alors tendance à regarder le paysage. Si on l'écoutait, il faudrait supprimer la limitation à 30 km/h aux abords des écoles, il risque de regarder plus les vitrines des magasins que les enfants sur les passages pour piétons. Une automobiliste estime qu'une limitation à 80 km/h va correspondre dans les faits à une vitesse réellement pratiquée de 70 km/h, les conducteurs ayant trop peur d'être pris en défaut. D'autres automobilistes sont convaincus que rouler moins vite signifie créer plus d'embouteillages, ou encore polluer plus. Quant aux associations d'automobilistes, elles tiennent toujours le même discours: ce sont les infrastructures routières qui sont la source de trop d'accidents. C'est pas moi, c'est les autres. Les associations de motards pensent de même: "le premier ministre veut limiter la vitesse à 80 km/h pour son propre plaisir", affirme la FFM de la Creuse qui estime que "le danger, ce n'est pas la vitesse, c'est l'état des routes". Et les motards d'inviter le préfet de la Creuse à "limiter les petits fours et le champagne dans les réceptions" pour payer le bitume. Comme leur rétorque un chroniqueur de La Montagne, "eh les gars, il faudrait changer de rapport, si vous voulez que votre raisonnement tienne la route!" (3). 
Bref, tous les arguments sont bons, même les plus ridicules, pour défendre son droit à conduire vite. Aucun autre droit ne semble susciter autant de passion que celui de l'automobiliste à rouler à la vitesse qui lui plaît. Chacun se proclame spécialiste en la matière.
Les vrais spécialistes, eux, constatent que les diverses limitations de vitesse dans plusieurs pays d'Europe ont permis de diminuer le nombre de morts sur les routes. Des études suédoise et norvégienne de 1982 et 2009 constatent qu'une limitation de 1% de la vitesse entraîne une baisse de 2% des accidents corporels et de 4% des accidents mortels (4).
Autres avantages d'une diminution de la vitesse: des économies d'essence et une réduction des émissions de gaz polluants . "Ça vaut vraiment le coup de s'énerver?", s'interroge Jean-Baptiste Duval, chef de rubrique Eco et Techno du Huffington Post (5). 
Le F.N., en total décrochage ces derniers temps, pense avoir trouvé là un moyen de revenir en piste et de fédérer les grognons. Il se présente comme le défenseur des lobbies automobiles et surtout de tous ces pauvres ruraux qui vont se traîner sur les routes, méprisés par les élites parisiennes. Le Front néandertal a fait de la lutte contre l'insécurité sa priorité, sauf quand cette insécurité est routière. Le populisme permet les grands écarts.

(1) (Re)lire sur ce blog "A fond la caisse" et ses commentaires (3 décembre 2017).
(2) Cités de mémoire, entendus sur France Inter il y a quelques jours.
(3) La Montagne - Creuse, 13.1.2018.
(4) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/01/09/pourquoi-abaisser-la-vitesse-a-80-km-h-sur-les-routes_5239333_4355770.html
(5) http://www.huffingtonpost.fr/2018/01/08/rouler-a-80-km-h-sur-les-nationales-ne-fera-pas-perdre-tant-de-temps-mais-economiser-de-largent_a_23327166/?utm_hp_ref=fr-homepage
https://www.marianne.net/societe/trafic-limitation-80-km-au-lieu-90-route-quelles-consequences-sur-l-environnement-pollution


samedi 16 septembre 2017

Le mépris

Ils sont arrivés en France, après mille détours, après avoir fui les menaces et/ou la violence dans leur propre pays, après avoir parfois subi la torture et/ou l'emprisonnement chez eux ou sur la route de leur exil forcé. Ils pensaient, espéraient être arrivés au bout de leur chemin de croix, en étant accueillis, de manière correcte et humaine, dans un Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO). Ils ne demandaient qu'une chose: s'intégrer, s'inventer une nouvelle vie. Et simplement vivre. Enfin. Librement. Ils s'étaient mis, avec opiniâtreté, à étudier un alphabet et une langue qui leur étaient étrangers, ils apprenaient les codes de ce qu'ils pensaient être leur nouveau pays, ils se montraient reconnaissants auprès des professionnels et des bénévoles qui leur venaient en aide.
Ils pensaient sans doute que dans le pays des Droits de l'Homme on les écouterait, on les respecterait, on leur ferait une place, même modeste. L'un d'eux avait intégré un lycée, un autre s'apprêtait à entamer des études d'électricien, tous espéraient se rendre utiles dans la société.
Ils ont 19 ans, 21 ans, 25 ans, 33 ans, 49 ans, ils s'appellent Ismaïl, Abdallah, Reda, Fekado, Mohamed, Osman, Saber. Ils ont un nom et découvrent qu'ils ne sont qu'un numéro de dossier. Leurs espoirs se trouvent aujourd'hui broyés par une machine administrative aussi hypocrite que peut l'être un être humain. Les voilà, une fois de plus, déracinés, expédiés d'un CAO à un PRAHDA (Programme d'Accueil et d'Hébergement des Demandeurs d'Asile), d'une ville où ils commençaient à tisser des liens, à une autre où ils ne connaissent personne et ne peuvent avoir accès à Internet.
Le diable s'habille en PRAHDA, un nom rédigé en novlangue: "le PRAHDA, estime une bénévole d'une association qui tente de leur venir en aide, consitue actuellement un dispositif national destiné à transférer très rapidement et discrètement les déboutés et surtout les demandeurs en procédure Dublin. Tout est fait pour qu'ils ne puissent pas exercer efficacement de recours."
Après le PRAHDA, ce sera le CRA, Centre de Rétention administrative. Et, de là, le renvoi vers le pays de l'Union européenne où ils ont été pour la première fois enregistrés. Le plus souvent, pour les amis soudanais dont je parle ici, ce sera l'Italie. Qui, principale porte d'entrée en Europe pour les demandeurs d'asile africains, est débordée par des afflux quotidiens et les renverra en France qui les rejettera une fois encore. Comme de vulgaires colis que personne n'aurait commandés. 
Ils sont les juifs errants du XXIe siècle. Qui parmi les responsables politiques, de tous niveaux, les verra enfin comme une chance et non comme un fardeau dont on se débarrasse comme d'une cannette qu'on jette par la fenêtre de la voiture en espérant ne pas être vu? Qui les verra comme des êtres humains plutôt que comme des chiens qu'on chasse à coups de pied?

Pour vouloir le monde parlé, 
Soudan, mon Soudan, 
Celui d'la parole échangée, 
On s'casse les dents. 
Oh, oh, oh, et je rêve 
Que Soudan, mon pays, soudain, se soulève... 
Oh, oh, 
Rêver, c'est déjà ça, c'est déjà ça. 

Alain Souchon

(Re)lire sur ce blog
- "Etre ou haïr", 8 août 2017;
- "Dans le mur", 10 février 2017;
- "Je cherche un homme", 22 janvier 2017.

vendredi 7 avril 2017

Lettre à Elvire et à mes amis français

Cette lettre a été envoyée personnellement par mél à mes amis, connaissances et copains français.

Chère Elvire,
Cher-e-s ami-e-s français-es,

je sais qu'aucun d'entre vous ne votera pour Marine Le Pen, qu'aucun d'entre vous ne se laisse abuser par son sourire carnassier, qu'aucun d'entre vous ne peut croire à l'entreprise de dédiabolisation de son parti, qu'aucun d'entre vous ne pense qu'on peut avancer en faisant marche arrière.
Mais certains d'entre vous laissent entendre ou entendent autour d'eux qu'il faudra peut-être en passer par là pour se débarrasser du F.N., qu'après tout, si une majorité de Français devait se donner une présidente d'extrême droite, celle-ci ferait vite la démonstration de son incompétence et de la bêtise de son programme et que le Front national perdrait aussi vite le crédit dont il dispose actuellement parce qu'il n'a jamais exercé le pouvoir.
Certains estiment aussi que, de toute façon, même si la fille à papa devait présider la France elle n'arriverait pas à la gouverner, faute de disposer d'une majorité parlementaire. Ce dont je ne suis pas si sûr, vu les positions de plus en plus dures du parti nommé Les Républicains, vu aussi les appétits de pouvoir de certains, prêts à vendre leur âme au (dé)diable pour quelques portefeuilles ministériels.
L'hypothèse Le Pen m'angoisse. Le jusqu'au-boutisme de François Fillon et l'éclatement prévisible de la droite autant que de la gauche pourraient bien profiter à la Le Pen. Ce qui est incompréhensible, parce que, au vu de la quantité de casseroles qu'elle trimbale derrière elle, on croirait plutôt qu'elle concourt pour Top Chef (1). Mais - on l'a vu avec la victoire du Brexit et de Donald Trump - nous avons visiblement quitté l'ère du raisonnable. Aujourd'hui, tout est possible et permis et la probité compte peu. Marine Le Pen ne jure que par la police et réclame une justice plus ferme et plus rapide, sauf quand elle est concernée personnellement, pauvre petite fille riche martyrisée par un système dont elle aura profité mieux que personne.

Nous sommes venus de Belgique nous installer en Berry, Hélène et moi, il y a bientôt quatre ans, dans une France  ouverte, un des acteurs majeurs de l'Union européenne. C'est en tant que citoyens européens, libres de circuler et de s'installer dans cet immense espace commun que nous pouvons vivre cette belle aventure d'un changement de vie qui nous a notamment permis d'avoir le plaisir de rencontrer plusieurs d'entre vous. Aujourd'hui, je suis inquiet. Pour nous, mais aussi et surtout pour tous ceux, Français ou non, qui vivent déjà dans des conditions difficiles. Je pense particulièrement à ceux qui vivent de manière extrêmement précaire, à ceux qui ont cru que la France, patrie des droits de l'homme, leur ouvrirait ses portes et leur permettrait de vivre en sécurité, loin d'une terre natale qui ne leur offre que guerre et misère. Tels les jeunes Afghans, Érythréens, Pakistanais, Soudanais à qui, avec beaucoup d'autres (et c'est réjouissant de voir autant de gens se mobiliser!), j'apporte un peu d'aide.

Il ne faut jamais donner sa chance au pire. Il est toujours pire que ce qu'on imagine.
Une victoire de l'extrême droite, ce serait un triomphe pour les racistes, les sexistes, les homophobes, les antisémites, une libération de la violence verbale comme physique. C'est ce qui se passe aujourd'hui aux Etats-Unis, où les agresseurs racistes et antisémites se sentent légitimés par la victoire de Trump. Marine Le Pen est l'arbre qui cache (mal) la forêt. Dans l'arrière-cuisine du F.N., derrière sa façade repeinte, ça sent toujours le même graillon qui donne envie de vomir.
Proche de l'autocrate Poutine (dont elle a été chercher la bénédiction à Moscou), soutien du boucher Assad (2), admiratrice d'Ubu Trump (qu'elle est convaincue avoir inspiré), l'héritière dirige un parti affairiste et fondamentalement raciste qui compte, et de loin, le plus grand pourcentage d'élus mis en examen ou condamnés (3). A lire et entendre les militants et sympathisants du FN, le racisme s'y porte bien et s'y exprime allègrement (c'est le terme le plus approprié, hélas) (4). Ses soutiens inventent et diffusent des théories du complot, toutes plus hallucinées les unes que les autres. La vérité ne compte pas pour eux, seuls valent les arguments, même totalement insensés, qui peuvent semer le trouble dans des esprits prêts à se laisser coloniser.
Marine Le Fiel se présente fièrement comme une des deux seules femmes candidates à l'élection présidentielle et a été faire un sketch à Beyrouth, tentant de se faire passer pour une féministe. Curieusement, elle est la seule candidate qui ait refusé de rencontrer l'équipe du mensuel féministe Causette (5). Courage, fuyons !

Une victoire de Le Pen constituerait une menace immense pour l'Union européenne, si elle parvenait à mettre en application son projet d'abandon de l'euro (6), voire de retrait de l'Union européenne et de fin de la libre circulation des citoyens européens. Son programme se résume en un mot: casser.
Peut-être faut-il rappeler aux électeurs potentiels de la démolisseuse pourquoi l'Union européenne s'est construite. Pour unir des peuples qui pendant plus de deux millénaires se sont affrontés; pour éviter désormais toute guerre militaire et économique; pour bâtir des projets communs; pour se donner des règles collectives, parce que la nature, l'eau, la pollution, la culture, la vie n'ont pas de frontières.
Les pro-Brexit, les anti-européens, Trump, Poutine, les islamistes, les populistes se frottent déjà les mains, émoustillés par la perspective de la fin d'une union et du triomphe du nationalisme. Allons-nous nous retrouver dans une France racrapotée sur elle-même, fermée aux étrangers? Si cela devait être le cas,  il y aura eu, pour nous, tromperie sur la marchandise. Ce n'est pas cette France-là que nous avons choisie, pas cette France-là qui nous a accueillis. Pas une France qui se donnerait une petite présidente, mesquine, repliée sur un passé mythifié, voilée dans son drapeau. Faire confiance à Marine Le Pen serait monter dans une voiture conduite par un conducteur qui enclenche la marche arrière et appuie à fond sur l'accélérateur en roulant sans rétroviseur. L'embardée ne devrait pas tarder. Et elle ferait d'innombrables victimes. Surtout parmi les plus vulnérables.

Ne laissez personne dire qu'il votera pour Le Pen sans réagir, ne laissez personne penser que la France peut traverser aisément une expérience aussi rétrograde qui s'avérera vite génératrice de dégâts difficilement réparables. Un million quatre cent mille étrangers membres de l'Union européenne vivent en France, dont la moitié d'actifs. Le principe de "préférence nationale" et la taxe sur les emplois d'étrangers les pénalisera (7). Ils le seront plus encore si la France quitte la zone euro et, pire, l'Union européenne. Si les étrangers devaient fuir la France, ce serait une catastrophe totale pour les régions françaises qui se désertifient. Certaines revivent un peu, ou en tout cas subsistent, grâce à l'installation de citoyens européens attirés par la qualité de vie et de paysage des campagnes françaises. Certaines écoles rurales restent parfois ouvertes grâce à l'arrivée d'enfants venus d'ailleurs, notamment de réfugiés. Refermer le pays sur lui-même serait une erreur historique pour ces zones qui se sentent déjà abandonnées et le seraient ainsi bien plus demain.
Quitter l'U.E. serait une catastrophe de plus pour les agriculteurs, quoi qu'en dise la Le Pen qui multiplie mensonges et contre-vérités pour les séduire. Les étudiants français savent-ils que, si leur pays devait quitter l'Union européenne, il abandonnerait du même fait le programme Erasmus?
Quitter l'U.E. serait une catastrophe totale pour une ville comme Strasbourg qui accueille non seulement le Parlement européen mais aussi de nombreux services et organismes européens (8). Ce serait une perte pour Angers qui accueille l'Office communautaire des Variétés végétales, pour Valenciennes où siège l'Agence de l'Union européenne pour les chemins de fer.
En Grande-Bretagne, les conséquences négatives du Brexit se font déjà sentir: l'Orchestre baroque de l'Union européenne, qui y était basé depuis 1985, va quitter le Royaume-Uni pour s'installer à Antwerpen en Belgique. Sa directrice estime que les restrictions en matière d'immigration et de libre circulation deviendront trop compliquées à gérer. L'Orchestre des jeunes de l'Union européenne va, lui aussi, quitter la Grande-Bretagne pour un autre pays européen, pour éviter les contraintes administratives à venir (9). Diverses entreprises et institutions s'apprêtent à faire de même. De nombreuses banques de la City pensent délocaliser une partie de leur personnel à Francfort.
Un constructeur automobile allemand qui envisage un investissement de 80 millions en Alsace a ajouté une clause dans le contrat: si d'ici la fin 2017 la France manifeste son envie de sortir de la zone euro, le contrat sera nul et non avenu (10).
Ce n'est pas moins d'Europe qu'il nous faut, c'est une meilleure Europe, plus axée sur le social et sur le culturel. Marine Le Pen se dit convaincue que hors de l'U.E. la France retrouvera sa grandeur, alors qu'elle ne sera plus qu'un petit pays sur la scène mondiale.

Chère Elvire,
Cher-e-s ami-e-s français-es,
j'espère que le pire n'arrivera pas et je n'ai pas voix au chapitre (électoral). Mais je vous en prie, faites tout ce qui est en votre pouvoir pour cela. Parlez, argumentez, votez et encouragez à aller voter (pour un candidat qui défende une Europe plus forte et plus juste), faites barrage aux nuisibles, faites comprendre à celles et ceux qui sont tentés de voter pour la candidate de l'extrême arrière que ce serait là le choix du suicide, même pas assisté.
Certains observateurs estiment que l'abstention pourrait être importante et qu'elle profiterait à MLP. Beaucoup de jeunes annoncent leur intention de voter blanc ou de s'abstenir, si pas au premier, en tout cas au second tour. J'ai entendu un jeune affirmer qu'il votera Mélenchon au  premier tour et qu'il devra se retenir pour ne pas voter MLP au second "pour créer de l'instabilité". L'anthropologue et spécialiste de la finance Paul Jorion affirme recevoir des mails de personnes annonçant qu'elles voteront Mélenchon au premier tour et Le Pen au second si Mélenchon n'y est pas (11). Tous ces gens veulent "leur" donner une leçon, ce "leur" étant visiblement un pronom indéfini. Ils n'ont pas l'air conscients que cette leçon, cette instabilité ils seront les premiers à se les prendre dans la figure, comme un boomerang incontrôlé. Tous les programmes, tous les candidats ne se valent pas. Certains sont extrêmement dangereux !
Certains experts estiment que la reine des nuisibles pourrait être élue grâce aux abstentionnistes: c'est l'absention différenciée qui pourrait la faire gagner même avec moins de 50% des voix (12). Si on veut éviter le pire, il faudra absolument aller voter, en se bouchant le nez s'il le faut. Peut-être pas pour quelqu'un qu'on apprécie, mais pour éviter la peste noire, une épidémie qu'on éradique difficilement.

En attendant, je vais me mettre à l'espagnol. Ou plutôt au catalan. Cent soixante mille personnes ont manifesté à Barcelone en février pour réclamer l'accueil de plus de réfugiés (13). Si la fille à papa Le Pen l'emporte, allez hop, direction l'Espagne !
Ou alors Lampedusa? Cette île italienne de 6.000 habitants a vu débarquer et passer par chez elle en  vingt-cinq ans 350.000 demandeurs d'asile, sans que cet afflux n'altère "l'esprit d'accueil qui caractérise depuis toujours les Lampédusiens" (14).
Mais, franchement, c'est au beau milieu de la France que j'ai envie de continuer à vivre.
Comme disent les politiques chez vous à la fin de leurs discours, vive la France ! Mais celle des Lumières ! Et vive l'Europe !
Délivrez-nous du mal. Amen et cordialement.
Michel Guilbert

Les hommes avaient perdu le goût
De vivre, et se foutaient de tout
Leurs mères, leurs frangins, leurs nanas
Pour eux c´était qu´du cinéma
Le ciel redevenait sauvage,
Le béton bouffait l´paysage... d'alors (...)
Oh, tu peux rire, charmante Elvire,
Les loups regardent vers Paris.

                                          Albert Vidalie

Post-scriptum: une nouvelle chanson de Maxime Le Forestier, sur la France. Elle a pour titre "Vieille dame" :
http://www.huffingtonpost.fr/maxime-le-forestier/paroles-vieille-dame-maxime-le-forestier_a_22037379/?utm_hp_ref=fr-homepage
http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/14/maxime-le-forestier-revient-avec-un-morceau-politique-sur-la-fra_a_22038662/?utm_hp_ref=fr-homepage

A lire aussi: ce patron français qui incite ses 4.500 salariés à ne surtout pas voter pour Marine Le Pen et "son programme aberrant" :
http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/04/jean-luc-petithuguenin-a-alerte-ses-salaries-sur-les-risques-du_a_22024942/?utm_hp_ref=fr-homepage
Et cet autre chef d'entreprise qui prend aussi une position ferme contre MLP :
http://www.huffingtonpost.fr/guillaume-cairou/chef-entreprise-marine-le-pen_a_22035252/?utm_hp_ref=fr-homepage
Sur les intox des candidats sur l'U.E., lire :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/04/07/presidentielle-le-festival-d-intox-des-candidats-sur-l-europe-lors-du-grand-debat_5107575_4355770.html
A (re)lire sur ce blog:
"Vive l'Europe (quand même)!", 15 mars 2017 ;
"Gens honnêtes et honnêtes gens", 17 février 2017 ;
"Le sens de la famille", 31 janvier 2015 ;
"Vieilles marmites", 16 janvier 2012
et tant (trop!) de billets sur les Le Pen, leurs mensonges, leur agressivité et leurs casseroles.

(1) http://www.lemonde.fr/videos/video/2017/02/27/les-affaires-qui-menacent-marine-le-pen-en-3-minutes_5086394_1669088.html
(2) Bernard Guetta, France Inter, 21.2.2017, 8h15.
(3) "Le F.N. compte, et de loin, le plus grand pourcentage d'élus mis en examen. De 1997 à 2012, 15,7% des élus F.N. ont été mis en examen ou condamnés, contre 3,12% des élus du parti Les Républicains et 1,94% des élus P.S. Mais peu importe, c'est tout de même le F.N. qui dénonce le plus vivement la corruption de nos hommes politiques." Guillaume Erner, Charlie Hebdo, 8 février 2017.
(4) Revue de presse,  France Inter, 19.2.2017 et chronique de Guillaume Meurice, "Si tu écoutes, j'annule tout", France Inter, 28.2.2017. Et aussi Nadia et Thierry Portheault, "Revenus du Front - deux anciens militants FN racontent", Grasset 2014. Et encore Claire Checcaglini, "Bienvenue au Front - journal d'une infiltrée", éd. Jacob-Duvernet 2012.
(5) "Les allégations féministes de Marine Le Pen", Causette, mars 2017, p. 24.
(6) http://www.huffingtonpost.fr/henri-weber/la-sortie-de-euro-fn-est-un-scenario-catastrophe-anti-national/?utm_hp_ref=fr-homepage
(7) https://oeilsurlefront.liberation.fr/les-intox/2017/03/30/si-une-arrivee-de-le-pen-au-pouvoir-changerait-enormement-de-choses-pour-les-europeens-en-france_1559262
(8) le Centre d'information sur les institutions européennes, l'Enterprise Europe Network, l'Antenne Media, les Centres de Documentation européenne, l'Etat-Major du Corps européen, la Fondation européenne de la Science, l'Assemblée des Régions d'Europe et d'autres institutions encore.
(9) Dépêches Notes, France Musique, 20.2.2017.
(10) France Inter, 1.3.2017, Journal de 7h.
(11) Télérama, 22 mars 2017 et
http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/09/a-roubaix-il-y-en-a-meme-qui-revendiquent-de-ne-pas-aller-voter-a-la-presidentielle_5091970_4854003.html
(12) http://theconversation.com/pourquoi-et-comment-marine-le-pen-peut-gagner-avec-moins-de-50-dintentions-de-vote-74994
(13) http://www.lalibre.be/actu/international/quelque-160-000-manifestants-a-barcelone-pour-l-accueil-des-refugies-en-espagne-58a88c61cd702bc31943f1b6
(14)  Le Courrier international n° 1371, 9.2.2017, p. 42.