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dimanche 29 octobre 2023

Besoin d'humanité

L'inhumanité avance. Elle vient de démontrer qu'elle est toujours capable de se surpasser. Le pogrom mené par les terroristes du Hamas en Israël et tous les morts civils dans la bande de Gaza résultant de la riposte israélienne ; la guerre d'Ukraine menée avec un cynisme total par le tueur en série Poutine ; la guerre oubliée du Yemen ; les guerres civiles au Soudan et en Libye ; la guerre que mène l’Azerbaïdjan aux Arméniens ; les infâmes régimes théocratiques d'Iran et d’Afghanistan ; l’islamisme et la terreur assassine qu’il sème autour de lui ;  le refoulement des migrants en Méditerranée ; le Sahel aux mains des djihadistes ; la répression qui pèse sur les Ouïghours, les Kurdes, les Yézidis, les Tibétains et tant de minorités ; les murs dressés un peu partout ; le réchauffement climatique et les menaces qu’il fait peser sur la biodiversité et sur la survie des populations, notamment humaines ; tout cela (et le reste, on en passe, on en oublie) nous ferait désespérer de l'humanité.

Face à un contexte mondial aussi lourd et inquiétant, comment ne pas comprendre que tant de personnes, pour survivre - simplement survivre - cherchent à se réfugier dans des pays qu’elles pensent sûrs et démocratiques, où elles pourront trouver asile, être accueillies dignement, se reconstruire ? Mais certains ne peuvent l’admettre et s’opposent, fermés à la notion d’humanité, aux projets de structures d’accueil de demandeurs d’asile. Ce fut encore le cas ce samedi à Bélâbre (1). En défilant dans ses rues, des gens qui n’aiment pas les autres, qui les rejettent par peur, par haine ou simplement par égoïsme, ont participé à l’augmentation de l’inquiétude, à l’avancée de l’inhumanité.

« Je ressens aussi le besoin de dialoguer pour réaffirmer quelque chose de banal qui est l’humanité, face à cette déferlante d’inhumanité qui s’est infiltrée en chacun, dans chaque camp, dans chaque famille. »
Kamel Daoud, écrivain algérien, à propos du massacre d’Israéliens par le Hamas et de ses conséquences catastrophiques (L’Obs, 26.10.2023).

« Nous devons construire un monde beau de notre vivant, vivre une belle vie, toutes et tous ensemble, construire un bon pays et pouvoir aider d’autres peuples. »
Toomaj Salehi, rappeur iranien emprisonné et torturé pour avoir dénoncé la répression et l’horreur du régime (in « Femme, Vie, Liberté », sous la direction de Marjane Satrapi, éd. L’Iconoclaste, 2023).

(1) Le tribunal administratif de Limoges ayant cassé l’interdiction prise le 24 octobre par le préfet de l’Indre, la manifestation anti-Cada a bien eu lieu ce samedi 28 octobre dans les rues de Bélâbre. Ils étaient 130 à « manifester leur peur de l’étranger », écrit La Nouvelle République.
Jeudi 26, on apprenait qu’un homme a été interpellé pour des menaces de mort contre le maire de Bélâbre. Il lui aurait proféré des menaces de mort par téléphone suite à l’annonce de l’installation d’un Cada. Cet homme sera présenté en jugement dès le lundi 30 octobre.

mercredi 20 juin 2018

Ceux qui cherchent asile

Les candidats réfugiés nous tendent un miroir, nous invitent à voir qui nous sommes.
Suffisant Ier se révèle pire encore qu'on ne l'imaginait. C'est Ignoble Ier. Il sépare parents et enfants pour les punir d'avoir osé pénétrer dans son pays d'immigration. Donald Trump franchit les frontières de l'abjection en faisant enfermer ces enfants dans ce qu'il faut bien appeler des cages (*).
En Europe, les dirigeants populistes veulent rejeter au-delà de leurs frontières ceux qu'ils qualifient abusivement d'illégaux. Qui donc est illégal? Tout être humain a le droit de vivre, d'exister, de quitter un pays où il ne se sent pas en sécurité. No one is illegal. 
Les nouveaux dirigeants autrichiens et italiens, ceux de Hongrie et ceux de la CSU bavaroise annoncent leur intention de rejeter au-delà de leurs frontières les réfugiés dont ils ne veulent pas. Ils doivent donc s'attendre à voir arriver ceux que leurs voisins qui pensent comme eux auront rejetés. Que vont-ils faire à nouveau de ces nouveaux réfugiés que leurs confrères en exclusion auront chassés?  Se les expédier sans fin d'un côté à l'autre? Les murs leur nuiraient plus qu'ils ne les serviraient. Vont-ils creuser des fossés entre leurs Etats? Ils pourraient les appeler oubliettes. La bêtise n'a pas de frontières. Et il ne pourront que le constater: celles-ci sont contraires à la vie. Au long de leur longue histoire, les êtres humains se sont développés et épanouis, se sont installés dans le monde en traversant celui-ci et en se fixant là où ils sentaient qu'ils pourraient vivre libres et en sécurité. 

En Belgique, Théo Francken, secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, a une conception très particulière de son rôle: il refuse asile et migration. D'ailleurs, parmi les six-cent vingt-neuf réfugiés de l'Aquarius il voyait un grand nombre de ressortissants du Bangladesh, considérant qu'ils n'ont strictement rien à faire en Europe. Il s'est avéré qu'ils n'étaient que trois dans ce cas (2). Le mépris et le mensonge sont devenus les seuls arguments de ces (ir)responsables populistes. 

Les migrants de L'Aquarius ont été pris en otages par le nouveau gouvernement populiste italien qui leur a interdit l'accès à son territoire. L'Italie est submergée, c'est un fait, et l'Union européenne, qui s'est bâtie sur le principe de solidarité, a hypocritement fermé les yeux sur une situation devenue ingérable, de nombreux pays - dont la France et la Belgique - continuant à lui renvoyer des candidats réfugiés qui y avaient été enregistrés. L'Aquarius aurait pu devenir Le Radeau de la Méduse sans que cela les émeuve.
"La méthode de Salvini est immonde, écrit Juliette Bénavent (2); mais son constat irréfutable. Oui, l'Italie est scandaleusement abandonnée. L'argent que lui verse l'Union sert de pathétique excuse aux autres pays membres, qui s'empressent de détourner les yeux. Oui, dénoncer le cynisme et l'irresponsabilité de l'Italie est particulièrement déplacé de la part d'Emmanuel Macron, un président qui a enterré toutes ses humanistes promesses de campagne sur le sujet."
Le président français, qui apparaissait comme le grand défenseur de l'U.E., celui qui semblait capable de la pousser à aller au-delà de ce qu'elle est devenue, a raté une belle occasion d'appliquer et de redynamiser le principe de solidarité plutôt que de tancer si facilement un pays dont plus personne ne veut voir qu'il est quotidiennement débordé. Aujourd'hui, il tente de se rattraper en proposant à l'Espagne d'accueilir une partie des réfugiés que celle-ci a accepté d'accueillir. Pourquoi la France ne l'a-t-elle pas fait d'emblée? Viva Espana. L'épisode de L'Aquarius mettra-t-il fin, enfin, à l'inapplicable protocole de Dubin? L'Union européennen va-t-elle, enfin, renouer avec ses valeurs de base?

On aimerait que chacun de ces dirigeants politiques, chefs d'Etat, ministres, secrétaires d'Etat, en cette journée mondiale des réfugiés rencontre ne serait-ce qu'un seul candidat réfugié, l'écoute raconter son histoire, ce qu'il a vécu dans son pays d'origine, ce qu'y vivent encore ses proches, son errance, ses emprisonnements multiples, les soumissions, les tortures qu'il a subies, la traversée de la Méditerranée ou des Balkans et des Alpes, les humiliations, les nuits dans la rue, la faim, l'insécurité. Sortirait-il indemne de tels récits? Si c'est le cas, qu'il cède sa place. Gouverner, c'est aussi être capable de se mettre à la place de l'autre. Et pas seulement à celle de ses électeurs comme il les imagine. D'autant que nombre d'entre eux, c'est-à-dire d'entre nous, se sentent appartenir à la même race humaine. Et savent que ce qui arrive à certains aurait hélas pu leur arriver. Les réfugiés interrogent notre capacité à être humain. 

(*) Post-scriptum: lire ou écouter à ce sujet le virulent éditorial de Bernard Guetta sur France Inter ce jeudi matin: https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-21-juin-2018
(1) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/theo-francken-redouble-d-idees-personnelles-pour-laisser-les-migrants-aux-portes-de-l-europe-5b263aca55326301e7950f73
(2) "L'Europe à la dérive", Télérama, 20.6.2018.

(Re)lire sur ce blog:
- "La machine à refouler", 6.6.2018;
- "Etre humain", 23.1.2018;
- "La chasse est ouverte", 22.9.2017;
- "Le mépris", 16.9.2017;
- "Etre ou haïr", 8.8.2017;
- "Dans le mur", 10.2.2017;
- "Le mur murant Paris...", 6.2.2017;
- "Je cherche un homme", 22.1.2017;
- "L'accueil des déracinés", 4.1.2017;
- "Ceux qui n'aiment pas les autres", 17.10.2016;
- "A la mémoire de Zsuzsanna", 10.10.2016;
- "Plus d'Europe", 15.3.2016;
- "Les sinistrés et les toxiques", 18.9.2015;
- "Humanité et son contraire", 7.9.2015;
- "Un air de printemps", 2.9.2015;
- "Paroles, paroles, paroles", 26.8.2015;
- "Heures sombres", 26.6.2015;
- "La honte", 9.6.2015.

vendredi 22 septembre 2017

La chasse est ouverte

En Belgique, Théo Francken, Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, s'est récemment réjoui du "nettoyage" de migrants effectué dans le parc Maximilien à Bruxelles.
Dimanche dernier, il a reçu une délégation soudanaise venue en Belgique identifier des compatriotes "en situation illégale". Elle était composée d'agents des services secrets soudanais. "Vous invitez la police soudanaise, aux ordres du tyran, à identifier des gens qui le fuient!", s'est indigné un député Ecolo (1).
Aujourd'hui, Francken réclame des excuses d'Ecolo pour avoir été caricaturé en soldat nazi par la section jeunesse du parti vert qui dénonce "les rafles planifiées, collectives et avec quotas" et "les confiscation et pillage des effets personnels" (2).
Cette caricature est excessive (on ne banalise pas le nazisme), mais, comme souvent, la situation qu'elle dénonce est autrement plus choquante. C'est la banalisation de l'inhumanité qui est inacceptable. C'est Francken qui devrait présenter ses excuses pour l'attitude intolérable des forces "de l'ordre" vis-à-vis de gens qui, pour la plupart, ont fui guerres et dictatures. Lui qui devrait présenter ses excuses pour inhumanité avérée.
Témoignage (3) d'une Bruxelloise qui, parmi d'autres, tente de venir en aide aux candidats réfugiés et s'indigne des méthodes insupportables utilisées pour les chasser, comme on chasse un chien de son jardin: 
"Un matin, lors d'une rafle (pour pas changer), nouvel ordre: des sacs à dos sont saisis pour être envoyés aux "objets trouvés". Nous essayons de protester et d'expliquer que ces sacs contiennent leurs affaires personnelles (gsm, papiers, photos de famille, chargeur, produits de soin, vêtements...). Mais ils s'en balancent et refusent qu'on les prenne... Mes larmes ont coulé... Et ça a continué... 
Jusqu'à hier, le 11 septembre (date tellement marquée pour certains...), où les forces de l'ordre ont dépassé les limites en raflant les "migrants" qui faisaient la file, depuis environ 6h du matin, pour recevoir de quoi déjeuner. Ils ont pu atteindre leur quota. Même Théo Franken l'a publié sur sa page, tout fier de sa politique néo-nazie! Rafler les plus faibles, au lever du soleil, en mode zombie complètement crevés et à bout de tout! On sait qu'on ne pourra rien faire, que, quand ils sont là, on ne peut pas leur dire d'arrêter et de ne pas les embarquer, les menotter à l'aide de colsons... Mais on essaye, on crie, on hurle, on leur dit que ce qu'ils font est inhumain, honteux, qu'ils reproduisent des scénarios qu'on commémore aujourd'hui... (...)
Plus les heures passent et plus le car se remplit. On compte environ 25 arrestations dont une femme et des mineurs. Théo en a compté 21, dont 15 majeurs, dont 9 détenus (donc 6 mineurs!). On s'en va, très mal psychologiquement.
Le lendemain, aujourd'hui 12/09, le parc est vide, la gare est vide. On ne compte, en tout, qu'une quinzaine d'hommes (alors qu'il y a quelques jours seulement on pouvait en compter 400). Les rafles fonctionnent bien. Certains sont en centre fermé en vue d'être renvoyés dans leur pays d'origine ou dans un autre pays d'Europe, d'autres seront relâchés (?)." 

La solidarité, heureusement, continue à s'exprimer: de 150 à 200 migrants ont été hébergés la nuit par des citoyens scandalisés par l'attitude brutale de la police et du gouvernement (4). La plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, à l'origine de cet accueil, rappelle que "la Belgique s'est engagée à accueillir plus de 3.800 demandeurs d'asile en provenance de Grèce et d'Italie et qu'elle a seulement accepté quelque 900 personnes". La plateforme demande aussi à la Belgique "d'activer la clause de souveraineté contenue dans les accords de Dublin afin de ne plus renvoyer les demandeurs d'asile concernés en Italie et d'examiner leur situation en Belgique". Comment s'étonner que l'Union européenne soit tant conspuée? Elle est si souvent utilisée par des Etats membres pour se dédouaner de leurs responsabilités, voire pour justifier leurs attitudes inhumaines.

En Allemagne, beaucoup de jeunes s'apprêtent à voter dimanche pour Angela Merkel parce qu'elle a su mener une politique très volontariste d'accueil des candidats réfugiés. Ce qu'on appelle là-bas la Willkommenskultur. Elle n'est pas exempte de problèmes et les manifestations de haine vis-à-vis des étrangers nouvellement arrivés ont, hélas,  été nombreux en Allemagne aussi. Mais l'affirmation claire de la chancelière de vouloir ouvrir largement les portes de son pays à ceux qui en ont besoin permet de se sentir fier de son propre pays (5). Ce n'est pas le cas partout.

(1) http://www.lalibre.be/actu/belgique/la-collaboration-entre-theo-francken-et-le-soudan-cree-la-polemique-59c15df7cd70fc627d9e3339
(2) http://www.lesoir.be/115198/article/2017-09-20/theo-francken-exige-des-excuses-apres-une-publication-des-jeunes-ecolo
(3) publié sur Facebook.
(4)http://www.levif.be/actualite/belgique/pres-de-200-citoyens-hebergent-des-migrants-pour-les-proteger-des-rafles-a-bruxelles/article-normal-726905.html
(5) https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/ellwangen-les-hotes-sintallent-dans-la-routine

samedi 16 septembre 2017

Le mépris

Ils sont arrivés en France, après mille détours, après avoir fui les menaces et/ou la violence dans leur propre pays, après avoir parfois subi la torture et/ou l'emprisonnement chez eux ou sur la route de leur exil forcé. Ils pensaient, espéraient être arrivés au bout de leur chemin de croix, en étant accueillis, de manière correcte et humaine, dans un Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO). Ils ne demandaient qu'une chose: s'intégrer, s'inventer une nouvelle vie. Et simplement vivre. Enfin. Librement. Ils s'étaient mis, avec opiniâtreté, à étudier un alphabet et une langue qui leur étaient étrangers, ils apprenaient les codes de ce qu'ils pensaient être leur nouveau pays, ils se montraient reconnaissants auprès des professionnels et des bénévoles qui leur venaient en aide.
Ils pensaient sans doute que dans le pays des Droits de l'Homme on les écouterait, on les respecterait, on leur ferait une place, même modeste. L'un d'eux avait intégré un lycée, un autre s'apprêtait à entamer des études d'électricien, tous espéraient se rendre utiles dans la société.
Ils ont 19 ans, 21 ans, 25 ans, 33 ans, 49 ans, ils s'appellent Ismaïl, Abdallah, Reda, Fekado, Mohamed, Osman, Saber. Ils ont un nom et découvrent qu'ils ne sont qu'un numéro de dossier. Leurs espoirs se trouvent aujourd'hui broyés par une machine administrative aussi hypocrite que peut l'être un être humain. Les voilà, une fois de plus, déracinés, expédiés d'un CAO à un PRAHDA (Programme d'Accueil et d'Hébergement des Demandeurs d'Asile), d'une ville où ils commençaient à tisser des liens, à une autre où ils ne connaissent personne et ne peuvent avoir accès à Internet.
Le diable s'habille en PRAHDA, un nom rédigé en novlangue: "le PRAHDA, estime une bénévole d'une association qui tente de leur venir en aide, consitue actuellement un dispositif national destiné à transférer très rapidement et discrètement les déboutés et surtout les demandeurs en procédure Dublin. Tout est fait pour qu'ils ne puissent pas exercer efficacement de recours."
Après le PRAHDA, ce sera le CRA, Centre de Rétention administrative. Et, de là, le renvoi vers le pays de l'Union européenne où ils ont été pour la première fois enregistrés. Le plus souvent, pour les amis soudanais dont je parle ici, ce sera l'Italie. Qui, principale porte d'entrée en Europe pour les demandeurs d'asile africains, est débordée par des afflux quotidiens et les renverra en France qui les rejettera une fois encore. Comme de vulgaires colis que personne n'aurait commandés. 
Ils sont les juifs errants du XXIe siècle. Qui parmi les responsables politiques, de tous niveaux, les verra enfin comme une chance et non comme un fardeau dont on se débarrasse comme d'une cannette qu'on jette par la fenêtre de la voiture en espérant ne pas être vu? Qui les verra comme des êtres humains plutôt que comme des chiens qu'on chasse à coups de pied?

Pour vouloir le monde parlé, 
Soudan, mon Soudan, 
Celui d'la parole échangée, 
On s'casse les dents. 
Oh, oh, oh, et je rêve 
Que Soudan, mon pays, soudain, se soulève... 
Oh, oh, 
Rêver, c'est déjà ça, c'est déjà ça. 

Alain Souchon

(Re)lire sur ce blog
- "Etre ou haïr", 8 août 2017;
- "Dans le mur", 10 février 2017;
- "Je cherche un homme", 22 janvier 2017.

mardi 8 août 2017

Etre ou haïr?

On peut donc être (au moins virtuellement) envoyé en prison pour avoir aidé des personnes en détresse: Cédric Herrou vient d'être condamné, par la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, à quatre mois de prison avec sursis (1). Sa faute: avoir convoyé, hébergé et soigné des candidats réfugiés (2). Ceux qui les laissent sur le bord de la route, en détournant les yeux, ne devraient-ils pas être condamnés pour non assistance à personnes en danger? On se le demande donc: qu'est-on censé être quand on est un être humain? Comment peut-on, comment doit-on exprimer sa solidarité avec celles et ceux qui fuient la guerre et la misère?
Pendant ce temps, de sombres individus ont affrété un bateau pour renvoyer vers les côtes africaines ceux qui pour sauver leur peau tentent de gagner l'Europe (3). Ces identitaires sont jeunes, nous dit-on, mais si vieux dans leur tête qu'ils craignent de ne plus savoir qui ils sont, si des demandeurs d'asile s'installent chez eux. Les pêcheurs tunisiens dénoncent leur racisme et sont décidés à bloquer leurs ports pour empêcher d'accoster le bateau de la haine (4). Il s'appelle C-Star, mais son étoile est morte. Cédric Herrou, lui, s'est rangé du côté de la vie.

(1) http://www.lesoir.be/108307/article/2017-08-08/france-peine-alourdie-en-appel-pour-cedric-herrou-coupable-daide-aux-migrants
(2) (Re)lire sur ce blog "Dans le mur", 10 février 2017, et "Je cherche un homme", 22 janvier 2017.

vendredi 24 octobre 2014

Défonceuse de portes ouvertes

La fille à papa Le Pen a été se pavaner à Calais. Il faut le reconnaître: elle a l'art de le faire. La ville connaît, plus que jamais, un afflux de demandeurs d'asile qui rêvent de rejoindre la Grande-Bretagne. Leur abandon à eux-mêmes, leur désespoir, leur promiscuité, leur misère provoquent des bagarres entre eux. La fille à papa Le Pen les trouvent inacceptables. Elle parle des bagarres. Pas du désespoir, ni de la misère ou de l'abandon. Elle a la solution - on n'y avait pas pensé: que ces gens restent chez eux (1). Si on la suit, on comprend que les Syriens, par exemple, devraient rester dans leur pays, ils y sont si bien, sous la protection du fils à papa el-Assad, un homme respecté par le parti de la famille Le Pen. Entre fille et fils à papa, on se soutient. Remerciera-t-on jamais assez la fille à papa Le Pen d'avoir ainsi permis à tout un pays d'avancer vers une solution si sensée? Finalement, cette défonceuse de portes ouvertes n'a qu'un but dans la vie: les cadenasser.
On se permet une suggestion à cette grande âme: qu'elle suive une formation à l'Entraînement mental (2). Elle penserait alors à analyser les causes des problèmes avant d'avancer - d'emblée - des solutions. Mais elle doit savoir qu'elle entrerait alors dans la complexité des situations, dans la nuance. Elle ne tiendrait plus des propos de comptoir, elle ne serait plus alors la fille à papa Le Pen. Qui serait-elle?

Post-scriptum: des propos de comptoirs, il en fut question également dans l'excellent billet de François Morel de ce matin sur France Inter. 

(1) France Inter, Journal, 24 octobre 2014, 13h.
(2) http://www.entrainement-mental.info/