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jeudi 4 mai 2023

Tartarin de Valence

Le chasseur doit être le régulateur suprême. C'est ce qu'affirme Michel Sanjuan, président des chasseurs de la Drôme. Les sangliers causent trop de dégâts aux cultures, dès lors, les chasseurs, qui ont le sens du sacrifice, se font un devoir d'en abattre plus de 700.000 chaque année. Ils "régulent". Mais voilà que Michel Sanjuan constate, désolé, que les chasseurs ne sont pas les seuls à réguler. Les loups le font aussi. Et à cause d'eux, dit-il, le nombre de sangliers est en très forte baisse : moins 30% dans le département, affirme-t-il sans qu'on sache d'où il sort ces chiffres. 
"Bon, c’est plutôt une bonne nouvelle, non ?, commente le journaliste Hugo Clément (1). Les sangliers pullulaient et dévastaient nos cultures, donc on ne peut que se réjouir qu’il y en ait de moins en moins. Voilà ce qu'il (Sanjuan) dit : « Quand il n’y aura plus de grand gibier ou beaucoup moins de grand gibier, il y aura forcément beaucoup moins de chasseurs. On ne peut pas continuer comme ça ! » Suis-je bête ! Pour le président d’une fédération de chasse, la baisse du nombre de sangliers n’est pas une bonne nouvelle, puisque cela veut dire moins d’animaux à tuer… On est bien loin du joli discours sur la nécessaire régulation."
Pour le Tartarin drômois, la solution est simple : réguler - donc tuer - ce satané loup qui empêche les chasseurs de réguler le sanglier. Bref, ne plus protéger le loup pour permettre aux chasseurs d'être les rois de la régulation.
"Il reproche à un prédateur naturel de faire efficacement ce que les chasseurs prétendent faire depuis des lustres : réguler les sangliers, dit encore Hugo Clément. Et plutôt que de s’en réjouir, sa première réaction est de vouloir éliminer les loups pour réserver le gibier aux chasseurs. C’est tellement absurde qu’on pourrait en rire, mais cela a le mérite de la clarté. Plus qu’une nécessité, la « régulation » est avant tout un argument marketing, utilisé à tort et à travers, parfois de manière contradictoire, pour justifier des pratiques de chasse de plus en plus contestées par l’opinion publique."

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/en-toute-subjectivite/en-toute-subjectivite-du-mercredi-03-mai-2023-3518437



vendredi 22 novembre 2019

Donnez-nous un sauveur

On l'a écrit déjà: en France, le président de la République est responsable de tout. Surtout de ce qui ne va pas. Si un bureau de poste ferme, c'est de sa faute. Si les trains arrivent en retard, c'est de sa faute. S'il y a trop d'échecs scolaires, c'est de sa faute. Si une entreprise ferme, c'est encore et toujours de sa faute.
La principale revendication des Gilets jaunes semble être la démission du président Macron. Il est reponsable de leurs divers malaises, aussi disparates soient-ils.
En 2017, le candidat Macron avait promis aux travailleurs de l'entreprise américaine Whirlpool à Amiens, alors en grande difficulté, que celle-ci trouverait un repreneur. Il y en eut un, largement aidé par l'Etat qui apporta 2,5 millions d'euros, mais son projet vira rapidement à l'échec. Il devait sauver 186 emplois. Mais seuls 44 travailleurs sont encore actifs sur le site, employés par une autre entreprise qui a repris une partie de l'ancienne. Le projet de production de chargeurs de batterie et d'armoires équipées de condensateurs destinés à produire de l'énergie propre s'est cassé la figure, "faute de débouchés commerciaux", nous dit Le Monde. Peut-être le projet manquait-il de sérieux et de réflexion, peut-être le repreneur a-t-il profité abusivement de cette reprise, mais pour les travailleurs, les syndicats et François Ruffin, le vrai fautif, c'est le président Macron (1).
Il y a huit jours, une forte tempête de neige s'abattait sur la Drôme. Le poids de la neige tombée en abondance sur les arbres qui ont encore leurs feuilles et sur les lignes électriques a fait tomber de nombreux pylones et cassé un peu partout câbles et branches. Résultat: des milliers de foyers privés d'électricité. Ce matin encore, ils étaient un millier. Hier soir, au JT de France 3, une maire appelait l'Etat, donc son président, à agir. Le problème - bien réel - concerne Enedis, chargé de la gestion du réseau électrique et qui a multiplié les équipes sur le terrain. Mais c'est, une fois encore, du président qu'on attend la solution.
Curieux pays au fonctionnement pyramidal si peu remis en question. Il y a quelques années, le journaliste de France Inter Thomas Legrand écrivait un ouvrage intitulé "Arrêtons d'élire des présidents". Il semble être le seul à le souhaiter. C'est tellement pratique d'avoir un bouc émissaire dont on attend qu'il soit un sauveur en toutes circonstances. Un ancien maire m'expliquait qu'il est impossible d'envisager de supprimer, voire de modifier la fonction présidentielle telle qu'elle est conçue en France: les Français ont le sentiment que l'élection présidentielle est le summum de l'exercice de la démocratie. En fait, ils adorent élire leur roi et le guillotiner le lendemain.

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/11/22/bouscule-lors-de-son-retour-sur-le-site-de-whirlpool-macron-assure-avoir-dit-la-verite_6020126_3234.html
https://www.huffingtonpost.fr/entry/a-whirlpool-a-quoi-setait-vraiment-engage-macron-devant-les-salaries_fr_5dd693bde4b0e29d727ff4ac?utm_hp_ref=fr-homepage