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dimanche 28 avril 2013

Extrême centre

La Belgique retient son souffle. Après que le président du Parti socialiste ait rappelé tout récemment en congrès ce que tout le monde avait oublié, que son parti était et est de gauche, voilà qu'un autre parti de la majorité provoque un séisme. Le CDH se positionne "radicalement au centre". "Qui est responsable de la crise?", s'est interrogé le président Benoît Lutgen. "La gauche affirme que c'est la droite; la droite que c'est la gauche. Et vous savez quoi? Ils ont raison tous les deux" (1). On comprend par là que le centre, qui se veut à équidistance de la gauche et de la droite, n'est responsable de rien. Non, non, on vous dit: rien de rien.
Quand Benoît Lutgen prend un bain, il ne le prend que dans une eau radicalement tiède (2). Quand il se rend dans un restaurant chinois, il commande des langoustines sauce radicalement aigre-douce.
Allez savoir pourquoi, on se dit qu'avec le CDH les choses vont radicalement ne pas changer.

(1) Journal parlé, La Première, 27 avril, 18h.
(2) comme Cléopâtre dans les Aventures d'Astérix.

lundi 5 septembre 2011

Propos radicaux

Le nouveau président du Centre Démocrate Humaniste a fait un tabac lors de son congrès d'intronisation ce week-end. Il se veut radical. Il l'a répété maintes fois, paraît-il. Voilà qui fait sourire. Le dessinateur Clou dans la Libre Belgique fait dire à Benoît Lutgen que son parti est "radicalement chèvre-choutiste". Etre radical, c'est faire des choix tranchés. Etre radicalement centriste est presque attendrissant.
Son radicalisme, le nouveau président l'a repêché dans les propos de celle qui l'a précédé à la tête du parti orange: présentant son "plan de lutte globale et radicale contre le réchauffement climatique", Joëlle Milquet déclarait que "il est temps d'être radical, pour notre climat, pour nos familles, pour notre environnement". C'était le 2 décembre 2006. A peine deux mois plus tard (c'était le 30 janvier 2007), André Antoine, ministre CDH de l’énergie et de l’aménagement du territoire, vice-président du Gouvernement wallon, était à Tournai Interpellé par deux membres de la CIAO à la suite d’une intervention au cours de laquelle il a appelé tous les Wallons à économiser l’énergie, André Antoine ne s’est pas opposé au projet de centre des sports de glisse, qui s'annonçait comme un modèle de gaspillage d'énergie et de production de CO2, comparant ce projet aux aéroports, eux aussi polluants mais fournisseurs d'emplois… Aéroports wallons dont il a d'ailleurs toujours été un des plus fermes soutiens. Bref, une position radicalement centriste: oui à l'écologie et oui au capitalisme. C'est ce qu'on appelle la tiédeur radicale. Passant de l'appellation de PSC à celle de CDH, le parti centriste abandonnait toute référence à la chrétienté, en profitant aussitôt pour oublier que Jésus-Christ disait: "tu vomiras les tièdes". Il n'avait pas envisagé que les tièdes pourraient être radicaux. Ca change tout.

lundi 5 octobre 2009

L'esturgeon est aussi antisémite que le végétarien est stupide

Benoît Lutgen, Ministre de l'Agriculture, défend la viande. C'est son rôle, je suppose. Dans LLB du 3 octobre, il qualifie de "stupidité" l'hypothèse qu'un gouvernement affirme qu'il ne faut plus manger de viande. Mais il "respecte les végétariens et leur choix de vie", tout en rappelant que l'homme est omnivore (1) et que "supprimer la viande dans les restaurants de collectivité n'est en rien une solution pour l'environnement". "Bien au contraire", ajoute-t-il bravement. Xavier Ducarme, le journaliste, lui demande d'expliquer et le voilà qui se lance dans une démonstration qui défend les produits de chez nous. Sans expliquer en rien le "contraire". On reste sur... sa faim, ne sachant pas en quoi le végétarisme serait une erreur pour l'environnement.
Et pourtant... N'en déplaise au ministre, le végétarisme a plein d'avantages.
En termes personnels tout d'abord: aucun médecin ne plaidera pour soutenir un régime riche en charcuteries et en viande en sauce.
En termes collectifs ensuite. Et à bien des égards.
La lutte contre le réchauffement climatique, qu'on le veuille ou non, passe - si pas par le végétarisme - en tout cas par une diminution très sensible de la consommation de viande.
L'élevage est responsable de 15% des gaz à effet de serre au niveau mondial, à cause du méthane produit naturellement par les troupeaux. Et, avec une diminution drastique du bétail, la déforestation connaîtrait un coup d'arrêt: les besoins en surfaces herbagées et en surfaces agricoles nécessaires à la nourriture du bétail diminueraient elles aussi considérablement.
Mais les avantages du végétarisme ne s'arrêteraient pas là et on en revient ici à l'école. Celle-ci est actuellement soumise aux coups de boutoir des religions qui entendent y imposer leurs règles. Notamment dans les cantines. Si celles-ci devenaient végétariennes, une bonne partie du problème serait réglé. Plus de problème de viande de porc, ni d'abattage selon les normes kasher ou halal ou je ne sais quoi. Je suppose qu'il n'y a pas trente-six méthodes pour abattre une carotte ou des céréales. Plus de problème d'esturgeon non plus (2) ! Fiametta Venner et Caroline Fourest, dans Charlie Hebdo du 30 septembre, nous apprennent que "l'esturgeon est un poisson antisémite". Voilà pourquoi le caviar est interdit par les intégristes juifs. Explication par le rabbin Elyakim Simsovic sur le site cheela.org: "la femelle perd toutes ses écailles au moment de la ponte, et ses oeufs sont donc à ce moment-là des oeufs non de poisson mais de reptile selon la définition de la Thora. Il s'ensuit que le caviar n'est pas cachère." Comme le soulignent les deux journalistes, "on retiendra la leçon : tout ce qui n'est pas cachère est antisémite..."
On comprendra de tout cela que les légumes sont sympathiques et que quand on est ministre on ne doit jamais perdre une occasion de se taire.

(1) rappelons au ministre que qui peut le plus peut le moins.
(2) je suis bien conscient que l'éventualité de servir du caviar dans les restaurants scolaires est assez faible.