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samedi 26 septembre 2015

La laïcité du légume

Les menus dans les cantines scolaires font régulièrement débat. Faut-il on non qu'ils soient adaptés aux interdits religieux des uns et des autres? Eviter le cochon, imposer le poisson, être halal ou casher? Certaines communes ont mis fin à ces pratiques au nom de la laïcité, avec un même régime pour tous les enfants. Des menus différenciés ne feraient qu'accentuer le communautarisme et obligeraient d'une certaine manière à ficher les enfants en fonction de leur appartenance religieuse. Une appartenance qui leur est en fait imposée par leurs parents et qui n'a rien à voir avec leurs goûts et leur envies culinaires personnelles.
Une solution déjà évoquée ici (1): le végétarisme. Comme choix unique ou comme choix alternatif.
C'est cette dernière option que soutient le député centriste français Yves Jégo: le 8 octobre, avec d'autres collègues de gauche comme de droite, il déposera à l'Assemblée nationale "une proposition de loi pour rendre obligatoire dans toutes les cantines un menu végétarien en alternative du menu quotidien afin de permettre à ceux qui ne veulent pas de viande ou de poisson, quelle qu'en soit la raison, de se nourrir de façon équilibrée". La pétition qu'il a lancée en soutien à sa proposition a recueilli à ce jour 133.000 signatures. Il espère atteindre les 150.000 pour le 8 octobre (2).
Si elle est adoptée, cette proposition dans son application aura bien des avantages: éviter le communautarisme, participer à la réduction de la production de gaz à effet de serre, améliorer la santé des enfants, équilibrer mieux leur alimentation. Il est loin le temps où les végétariens étaient vus comme des gens aux pratiques anormales ou non naturelles. 

(1) "L'esturgeon est aussi antisémite que le végétarien est stupide", 5 octobre 2009
et "Carnaval une fois par semaine", 3 décembre 2009.
(2) https://www.change.org/p/pour-une-alternative-végétarienne-obligatoire-dans-les-cantines-scolaires

jeudi 3 décembre 2009

Carnaval au moins une fois par semaine *

McCa était au Parlement européen aujourd'hui. A la veille du sommet de Copenhague, il plaidait pour que chacun d'entre nous évite de manger de la viande ne serait-ce qu'une fois par semaine. Pour lutter contre le réchauffement climatique (1).
Les agriculteurs ne sont pas d'accord, paraît-il. Ils ont tort. Même si la planète entière devenait végétarienne, tout le monde continuera à se nourrir. Et qui produit le lait, les céréales et les légumes, sinon les agriculteurs ? Quant aux bouchers, ils se recycleront en marchands de primeurs ou en fromagers.
La ville de Gent a instauré le jeudi jour sans viande. Sur base volontaire bien sûr. Et ça marche: 80 restaurants de la ville proposent au moins un plat végétarien. Et depuis la rentrée, la viande est proscrite du menu du jeudi dans les écoles communales. De très nombreuses autres villes à travers la planète s'intéressent à l'expérience. Mais les organisateurs de l'action veulent avant tout convaincre d'abord les hôpitaux de la ville, l'université, les autres écoles, etc. Ils espèrent aussi que les écoles hôtelières intègreront le végétarisme dans leurs formations.
La viande ne sera pas éternellement une question de préférence ou non, estiment-ils: "si rien ne change d'ici là, on prévoit un doublement de la consommation de viande d'ici 2050, ce qui serait insoutenable en termes de ressources" (2).

(*) carnaval: de carnelevare: ôter la viande (le Petit Robert)
(1) lire sur ce blog "L'esturgeon est aussi antisémite que le végétarien est stupide", publié le 05.10.2009
(2) LLB, 17.07.09

lundi 5 octobre 2009

L'esturgeon est aussi antisémite que le végétarien est stupide

Benoît Lutgen, Ministre de l'Agriculture, défend la viande. C'est son rôle, je suppose. Dans LLB du 3 octobre, il qualifie de "stupidité" l'hypothèse qu'un gouvernement affirme qu'il ne faut plus manger de viande. Mais il "respecte les végétariens et leur choix de vie", tout en rappelant que l'homme est omnivore (1) et que "supprimer la viande dans les restaurants de collectivité n'est en rien une solution pour l'environnement". "Bien au contraire", ajoute-t-il bravement. Xavier Ducarme, le journaliste, lui demande d'expliquer et le voilà qui se lance dans une démonstration qui défend les produits de chez nous. Sans expliquer en rien le "contraire". On reste sur... sa faim, ne sachant pas en quoi le végétarisme serait une erreur pour l'environnement.
Et pourtant... N'en déplaise au ministre, le végétarisme a plein d'avantages.
En termes personnels tout d'abord: aucun médecin ne plaidera pour soutenir un régime riche en charcuteries et en viande en sauce.
En termes collectifs ensuite. Et à bien des égards.
La lutte contre le réchauffement climatique, qu'on le veuille ou non, passe - si pas par le végétarisme - en tout cas par une diminution très sensible de la consommation de viande.
L'élevage est responsable de 15% des gaz à effet de serre au niveau mondial, à cause du méthane produit naturellement par les troupeaux. Et, avec une diminution drastique du bétail, la déforestation connaîtrait un coup d'arrêt: les besoins en surfaces herbagées et en surfaces agricoles nécessaires à la nourriture du bétail diminueraient elles aussi considérablement.
Mais les avantages du végétarisme ne s'arrêteraient pas là et on en revient ici à l'école. Celle-ci est actuellement soumise aux coups de boutoir des religions qui entendent y imposer leurs règles. Notamment dans les cantines. Si celles-ci devenaient végétariennes, une bonne partie du problème serait réglé. Plus de problème de viande de porc, ni d'abattage selon les normes kasher ou halal ou je ne sais quoi. Je suppose qu'il n'y a pas trente-six méthodes pour abattre une carotte ou des céréales. Plus de problème d'esturgeon non plus (2) ! Fiametta Venner et Caroline Fourest, dans Charlie Hebdo du 30 septembre, nous apprennent que "l'esturgeon est un poisson antisémite". Voilà pourquoi le caviar est interdit par les intégristes juifs. Explication par le rabbin Elyakim Simsovic sur le site cheela.org: "la femelle perd toutes ses écailles au moment de la ponte, et ses oeufs sont donc à ce moment-là des oeufs non de poisson mais de reptile selon la définition de la Thora. Il s'ensuit que le caviar n'est pas cachère." Comme le soulignent les deux journalistes, "on retiendra la leçon : tout ce qui n'est pas cachère est antisémite..."
On comprendra de tout cela que les légumes sont sympathiques et que quand on est ministre on ne doit jamais perdre une occasion de se taire.

(1) rappelons au ministre que qui peut le plus peut le moins.
(2) je suis bien conscient que l'éventualité de servir du caviar dans les restaurants scolaires est assez faible.