Affichage des articles dont le libellé est religions. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est religions. Afficher tous les articles

samedi 30 mai 2026

Pas très catholiques

Pourquoi des gens croient-ils en un dieu ?  Que représente pour eux cette foi ? Que gardent-ils du message de l'Evangile, du Coran, de la Torah ? Pourquoi leur croyance les referme-t-elle ?

On se pose ces questions en pensant notamment à ces milliardaires d'extrême droite que sont Vincent Bolloré et Pierre-Edouard Stérin. Tous deux se présentent comme catholiques. Tous deux dépensent une part importante de leur immense fortune à soutenir des médias, des candidats politiques et des organisations qui prônent le rejet de l'autre, le nationalisme et le repli sur soi et considèrent tout étranger comme dangereux. Vincent Bolloré se rend régulièrement en pèlerinage à Lourdes, nous dit-on (1). On suppose qu'il va à la messe. Mais visiblement le message de l'Evangile,  "Aimez-vous les uns les autres", lui a échappé. Lui, il aime les uns mais pas les autres. L'hebdomadaire allemand Die Zeit rappelle (1) que Bolloré, "né avec une cuillère en argent dans la bouche", a hérité des papeteries familiales avant d'investir dans des chemins de fer, des plantations de palmiers et des ports en Afrique. "Ses partenaires en Afrique jugent ses méthodes en affaires agressives et pas très catholiques".

Hagai Levi, réalisateur de la série Etty, constate (2) que "90% des Juifs religieux sont pour Netanyahou. Les ultra-orthodoxes n'ont pas levé le petit doigt pour nous aider avec les otages, parce qu'ils n'étaient pas des leurs. Quant aux sionistes religieux, ils étaient délibérément prêts à les sacrifier." 

Côté musulman, ils sont nombreux à assassiner qui ne pense pas comme eux, à asservir les femmes, à pendre des homosexuels, à couper les mains de voleurs au nom d'Allah dont on peine à comprendre en quoi il serait grand ainsi célébré.

Résumons-nous : il est grand le mystère de la foi.

(1) Matthias Krupa, "Les grenouilles de bénitier à l'assaut de l'Hexagone", Die Zeit, 4.5.2026, in Courrier international, 28.5.2026.
(2) Télérama, 6.5.2026.

mercredi 19 novembre 2025

Avenir obscurci

Un professeur d'une université américaine affirme (sous le pseudonyme de Hilarius Bookbinder) que "la plupart de nos élèves aujourd'hui sont des analphabètes fonctionnels. J'entends par là qu'ils sont incapables de lire et de comprendre des romans pour adultes sérieux écrits par des auteurs grand public (...). Nos diplômés sont littéralement incapables de les lire d'un bout à l'autre en comprenant ce qu'ils ont sous les yeux. Ils n'ont ni le désir d'essayer, ni le vocabulaire nécessaire pour saisir le sens des phrases, et certainement pas la capacité d'attention nécessaire pour finir. (...) Mais le pire, c'est leur résistance à toute pensée originale. il y a une soumission réflexe au cliché le plus banal, et un refus de toute nouvelle idée". (1) Une étude de 2022, publiée dans The Chronicle of Higher Education, faisait le même constat et en attribuait les causes à l'usage excessif des portables et des réseaux dits sociaux, aux conséquences du confinement lors de l'épidémie de Covid-19 et à l'intelligence artificielle. 

Hier matin, dans sa revue de presse sur France Inter (3), Nora Hamadi expliquait, citant un article du quotidien La Croix, que "le prestigieux MIT a mené une expérience auprès d’un groupe d’étudiants. Leur activité neuronale a été mesurée pendant qu’ils rédigeaient une dissertation en 20 minutes : les uns avec ChatGPT, les autres avec un moteur de recherche de type Google, et les derniers sans aucun soutien externe. Conclusion : c’est ce troisième groupe qui produisait le plus de connexions neuronales, comparativement aux deux autres. Les étudiants avec ChatGPT voient une baisse moyenne de 55 % de leur activité neuronale, ils se souvenaient beaucoup moins bien de leur écrit. L’étude a conclu à une diminution probable des compétences d’apprentissage. En gros, « ChatGPT rend bête ». « Déléguer le raisonnement humain a des algorithmes probabilistes, cela engendre une perte d’efforts cognitifs et une perte de pensées critique », explique Laure Tabouy, neuroscientifique : « Sur le long terme, il y a un risque d’atrophie de certaines zones cérébrales au détriment d’autres »".

Dans le même temps, le Père Ubu américain (dont on sait qu'il ne lit absolument rien sinon les propos élogieux à son égard - rien d'autre ne l'intéresse) fait la guerre aux universités. "De ce point de vue, écrit Marc Weitzmann (2), l'offensive catastrophique de l'administration Trump contre les campus et contre la science en général, dont nous paierons tous le prix à la première pandémie, ou lors du réchauffement climatique, paraît s'inscrire dans la continuation d'un processus de destruction initié par les universités elles-mêmes, leurs départements des sciences humaines et leurs administrations en particulier. Des médias aux universités, tous les lieux du savoir, comme l'écrit l'essayiste Ted Gloria, connaissent une crise, voire un effondrement sans précédent. Il est remarquable qu'on assiste en parallèle à la montée d'un catholicisme réactionnaire, voire moyenâgeux, qui trouve des alliés improbables chez certains magnats de la haute technologie."

En France, l'islam prend de plus en plus de place dans la vie des jeunes musulmans. Une étude de l'Ifop, rendue publique hier et commentée dans Charlie Hebdo de ce jour (4), indique que "65% des musulmans (de France) pensent que la religion a raison face à la science sur la question de la création du monde" (19% chez les adeptes d'autres religions) ; que "57% des musulmans âgés de 15 à 24 ans pensent que le respect des règles musulmanes est plus important que celui des lois françaises" ; que "32% des moins de 25 ans ont de la sympathie pour les Frères musulmans (13% chez les musulmans de plus de 50 ans) et que seuls 12% des 15 à 24 ans souhaitent que "l'islam se modernise" (ils étaient 41% en 1998). "Il est troublant de constater que ce sont les plus jeunes qui sont les plus traditionalistes, alors que les plus âgés le sont moins", commente Riss.

En Espagne, de plus en plus de jeunes voient le franquisme comme "une période idyllique". En France, de plus en plus de jeunes sont séduits par le ballon de baudruche Bardella et son RN très FN.

On voit par là qu'une partie inquiétante de la jeunesse avance à reculons. Dans l'obscurité et vers le pire.

(1) cité par Marc Weitzmann, "La part sauvage", Grasset, 2025.
(2) op. cit.
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/dans-l-oeil-de/dans-l-oeil-de-du-mardi-18-novembre-2025-6529260
(4) Jean-Loup Adénor, "Les jeunes musulamns en pincent pour l'islamisme" - Riss, "Islamisme made in France", Charlie Hebdo, 19.11.2025.

lundi 22 septembre 2025

Impasse des religions

Après d'autres pays, la France s'apprête à reconnaître l'existence de l'Etat palestinien. Une reconnaissance symbolique qui ne règlera rien. Bien sûr, il est indispensable d'affirmer la volonté de la communauté (on a du mal à croire à la réalité de ce terme) internationale de voir le peuple palestinien être maître de son destin. Mais Israël ne veut pas d'un Etat palestinien à ses côtés. Pas seulement le gouvernement Nétanyahou, mais une majeure partie de l'opinion publique israélienne. Tandis que les Palestiniens, de leur côté, ne veulent pas dans leur majorité de l'Etat israélien. 

On n'est pas surpris d'entendre Nétanyahou déclarer que "aucun Etat palestinien ne verra le jour à l’ouest du Jourdain". Il a de plus "confirmé, dimanche, écrit Le Monde (1), sa volonté d’amplifier la colonisation des territoires occupés en Cisjordanie – un objectif qui figurait déjà dans la plateforme de la coalition gouvernementale fin 2022". Itamar Ben Gvir, ministre de la sécurité nationale, d'extrême droite, estime, quant à lui que "la reconnaissance d’un Etat palestinien par des pays comme le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie (…) impose une réponse immédiate : l’annexion immédiate de la Judée-Samarie ». Il appelle également au "complet démantèlement de l’Autorité palestinienne".

Des reconnaissances inconditionnelles (la libération des otages serait logiquement une des conditions qui devraient être imposées) de l'Etat palestinien sont rejetées par l'opposition israélienne. "Depuis deux ans, écrit encore Le Monde, les sondages montrent que l’idée d’une solution à deux Etats – soutenue par une minorité des Israéliens juifs avant même le 7 octobre 2023 – est très largement rejetée. « En tant que familles qui aspirent profondément à la paix dans la région, nous pensons que toute discussion sur la reconnaissance d’un Etat palestinien doit être subordonnée à la libération immédiate de tous les otages. Il ne s’agit pas seulement d’une condition préalable, mais d’un impératif moral et humanitaire », ont condamné, dimanche, les familles des otages, habituellement très critiques de la politique du gouvernement." La droite, le centre et la gauche rejettent également, dans les conditions actuelles, la reconnaissance de l'Etat palestinien.

Selon les sondages, une majorité de Palestiniens s'opposent à la solution à deux états, en partie pour des raisons religieuses. Le partage de la Palestine contredirait les textes sacrés de l'islam. "Cette terre est islamique et il n'est absolument pas permis de l'abandonner, affirmait hier sur Arte (2) Abdel Hamid, imam de la Grande mosquée de Ramallah. C'est un waqf islamique reconnu dans la religion musulmane et il est absolument impossible de s'en défaire, ni en partie ni en totalité. Il n'y aura jamais de coexistence entre l'islam et le sionisme." 

Bref, tout le monde se rejette et refuse de reconnaître celui d'en face. La solution à deux Etats, pour logique et attendue qu'elle soit, n'est pas près de voir le jour et la paix n'est aucunement envisagée. Les religions ont aujourd'hui pris la main dans ce conflit. "Il ne s’agit pas d’un retour, estime Haoues Seniguer, professeur des universités en histoire contemporaine des relations internationales à l’université de Montpellier Paul-Valéry (3), car le religieux a toujours été présent dans cette zone du monde marquée par une forte imprégnation du sacré. Néanmoins, le développement d’un religieux létal est beaucoup plus récent. Dans le monde arabe, il apparaît consécutif à la défaite de la guerre des Six-Jours, en 1967. L’échec idéologique et matériel du nationalisme arabe a fait le lit du retour d’une religion idéologisée, tandis qu’en Israël l’absence de solutions pérennes et acceptables sur la Palestine a fait fructifier une rhétorique religieuse agressive. L’hypothèse en toile de fond de mon ouvrage est que, dans le conflit israélo-palestinien, l’absence de solution politique fait le jeu d’un religieux ensauvagé. Moins les solutions politiques se profilent pour une résolution pacifique du conflit, plus la rhétorique religieuse est mobilisée face à des institutions qui ne jouent plus leur rôle, sur le plan tant national que mondial – avec la faillite du droit international."

Hier, à Châteauroux, quelque 80 personnes manifestaient, ensemble mais à distance, pour réclamer la paix à Gaza. "Dans le cortège, les fractures de la gauche étaient à vif", écrit La Nouvelle République (4) qui cite une élue LFI  interrogée sur ses relations avec le PS : "De moins en moins frères, de plus en plus ennemis". Comme l'écrit la NR, "quelle qu’en soit la raison, cela traduit que même pour des enjeux de paix, c’est la guéguerre qui règne à gauche". Avec de tels soutiens, la paix au Proche-Orient attendra.

(2) https://www.arte.tv/fr/videos/128952-000-A/la-palestine-cet-etat-qui-n-en-est-toujours-pas-un/
(3) https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2025/09/21/haoues-seniguer-politiste-l-absence-de-solution-politique-dans-le-conflit-israelo-palestinien-fait-le-jeu-d-un-religieux-ensauvage_6642188_6038514.html
Haoues Seniguer est l’auteur de "Dieu est avec nous ! Le 7-Octobre et ses conséquences. Comment les religions juive et islamique justifient la violence" (Le Bord de l’eau, 280 pages, 20 euros).
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/a-gauche-on-manifeste-pour-la-paix-ensemble-mais-separe-a-chateauroux-1758468612

mercredi 18 juin 2025

Religions suicidaires

Certaines personnes restent convaincues que les religions vont sauver le monde. Elles le mettent à feu et à sang. La guerre des religions bat son plein actuellement. Entre le Hamas et le gouvernement israélien et entre ce dernier et le gouvernement iranien.
"Les sionistes religieux sont persuadés qu'Israël est entré dans une période eschatologique (1), affirme le journaliste Charles Enderlin, ancien chef de bureau de France 2 à Jérusalem. Pour eux, tous les évènements auxquels on assiste ont été décidés par Dieu. Le Messie va arriver." (2) Charles Enderlin préfère parler de messianiques plutôt que de suprémacistes. "En miroir, les djihadistes sont tout autant dans l'eschatologie. Le cheikh Ahmed Yacine, le fondateur du Hamas, avait établi une théologie fondée sur la sourate 17 du Coran et conclu qu'Israël disparaîtrait d'ici à 2027. C'est sur la base de cette vision que les chefs du Hamas ont commis l'attaque terroriste du 7 octobre. Les fondamentalistes musulmans et juifs ont bel et bien lancé une guerre de religion."
Des deux côtés, le grand rêve, c'est l'anéantissement de l'autre et la création d'un Etat théocratique. "L'actuel gouvernement (israélien) transforme le pays en un Etat quasi théocratique, discriminant les non-Juifs", constate Charles Enderlin. "Benyamin Netanyahou suit l'idéologie de son père, l'historien Benzion Netanyahou, qui était opposé à tout accord avec les Arabes et à toute concession aux Palestiniens. Il était l'ennemi juré de Ben Gourion et des socialistes juifs. Ce sont les raisons pour lesquelles son fils a fait alliance avec les sionistes religieux messianiques, le mouvement raciste dirigé par Itamar Ben Gvir et les ultraorthodoxes opposés à la laïcité. Et oui, selon moi, ce gouvernement représente un danger existentiel pour Israël." Par sa violence excessive, ce gouvernement est en train de se faire mettre au ban de la société mondiale, ce que cherchait visiblement le Hamas avec les réactions attendues à son attaque barbare du 7 octobre et ce qu'il cherche toujours en refusant tout cessez-le-feu et la libération des otages.
Le Hamas et le gouvernement théocratique iranien ne sont animés que par leur haine des Juifs et d'Israël. Le sort des Palestiniens n'est pas leur souci, seul compte leur objectif de jeter à la mer tous les Israéliens.
Finalement, ces obsessions aveuglantes mènent les uns et les autres à une attitude suicidaire.

(1) Le Larousse définit l'eschatologie comme les "doctrines et croyances relatives aux fins dernières de l'homme et de l'Univers".
(2) "Les fondamentalismes musulmans et juifs ont bel et bien lancé une guerre de religion", Charlie Hebdo, 14.5.2025.

jeudi 16 mai 2024

Soumission

Les religions se portent bien. Les partis de différents bords font ce qu'ils peuvent pour les aider à exercer leur pouvoir sur leurs ouailles. La religion est l'opium du peuple et tant mieux si elle nous rapporte des voix, se disent-ils. 

La France insoumise ne l'est pas totalement. On l'a écrit déjà : elle est soumise aux analyses simplistes et sans nuance, mais aussi à l'islamisme. Qui se permet de critiquer la religion musulmane se trouve aussitôt traité d'islamophobe. La religion est sacrée pour les populistes.
En Belgique, Ecolo s'est déclaré favorable au port du voile même dans l'administration, sauf exception. Ce parti né notamment du féminisme a trucidé sa mère. 
En Grande-Bretagne, les élections locales du 2 mai ont vu la victoire de nombreux candidats islamistes, certains sous l'étiquette des Verts. L'ancien député écossais George Galloway avait été chassé du Labour pour être devenu chroniqueur sur la chaîne iranienne PressTV et pour s'être positionné sur la ligne du Hamas. Il vient d'être réélu sur la liste islamo-gauchiste du Workers Party of Britain. (1)
Aux Etats-Unis, Dieu soutient mordicus Donald Ubu Trump. L'Eglise évangélique a fait de ce fieffé menteur-violeur-manipulateur-tricheur-mécréant-total son héros.
En Russie, le régime s'est acoquiné avec l'Eglise orthodoxe qui qualifie de sainte la guerre menée à  l'Ukraine.

Mais bons (ou mauvais) dieux !  Quel mépris ont tous ces partis et leurs élus pour ceux et surtout celles qui encaissent les coups des fous de Dieu ! En Malaisie, un tribunal islamique a condamné une mère célibataire à six coups de canne et à une amende équivalant à 800 euros. Elle est coupable de "proximité rapprochée" avec un homme qui n'était pas son mari. Une vague "verte" a submergé le pays aux élections régionales d'août 2023 et, depuis, la charia est d'application dans certaines régions du pays. (1)
La République islamique d'Iran, soutien actif du Hamas, continue à dévorer ses enfants dans une indifférence quasi générale. Le 24 avril, les autorités judiciaires ont condamné à mort Toomaj Salehi. Ce rappeur, militant du mouvement Femme, vie, liberté, dénonce le totalitarisme du régime et sa corruption. "Pour ses prises de position, écrit un collectif d’artistes et de militants des droits humains (2), Toomaj Salehi a été arrêté le 30 octobre 2022 et sévèrement torturé dès les premiers jours de sa détention avant d’être placé à l’isolement durant plusieurs mois. Libéré sous caution le 19 novembre 2023, il publie immédiatement une vidéo pour dénoncer les tortures physiques et psychiques dont il a été victime. Avec un courage inouï, il accuse la corruption de la justice, qui l’a condamné à six ans et trois mois de prison pour « corruption sur terre ». Toomaj est de nouveau violemment arrêté le 30 novembre 2023 et condamné, le 24 avril, à la peine de mort pour les mêmes faits qui lui étaient reprochés un an plus tôt. A ses côtés, d’autres opposants sont sous le coup d’une condamnation à mort pour avoir pris part aux manifestations nationales en soutien au mouvement Femme, vie, liberté."

Dans son récit "Le Couteau", dans lequel il revient sur la tentative d'assassinat dont il a été victime de la part d'un islamiste, Salman Rushdie rappelle ce qu'il a écrit après les assassinats de Charlie Hebdo : "La religion, forme médiévale de l'irrationalité, associée à l'arsenal moderne devient une menace réelle pour nos libertés. Le totalitarisme religieux a provoqué une mutation mortelle au cœur de l'islam et nous en voyons les tragiques conséquences aujourd'hui à Paris." Salman Rushdie constate, par ailleurs, qu'en Inde, son pays d'origine, "le sectarisme religieux et l'autoritarisme politique vont de pair, la violence augmente et la démocratie se meurt". 

Qu'on se rassure, de bonnes âmes prient pour nous. Le 19 mai, la chaîne d'extrême-droite CNews diffusera la messe de la Pentecôte en direct du pèlerinage traditionnaliste de Chartres. On s'attend à un record du nombre de pèlerins. Ils pourraient être 20.000. (1)

Aux élections européennes, ne votons que pour des partis et des candidats qui défendent clairement la laïcité, renvoient les religions à la maison et soutiennent le libre arbitre, l'autonomie de l'individu et la décolonisation des esprits et des corps.

(1) Fous de Dieu en folie, Charlie Hebdo, 15.5.2024.
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/04/30/monsieur-macron-nous-vous-demandons-d-agir-par-tous-les-moyens-politiques-et-diplomatiques-pour-faire-lever-la-peine-de-mort-du-rappeur-toomaj-salehi-prononcee-par-la-republique-islamique-d-iran_6230804_3232.html


dimanche 21 janvier 2024

L'école des fan(atique)s

Voilà plus de vingt ans qu'en Communauté française de Belgique on réfléchit, dans l'enseignement officiel, à la création de cours de philosophie et de citoyenneté en lieu et place des cours de religion qui séparent les élèves selon leurs convictions. Ici, celles et ceux qui suivent les cours de religion catholique, là les élèves de religion protestante, là encore de religion musulmane ou juive, et puis des cours dits de morale pour ceux qui n'ont pas de religion ou en tout cas n'en veulent pas au programme de leurs cours. Chacun s'y trouve conforté dans ce qu'il croit ou plutôt dans ce que croient ses parents. Des cours qui divisent ou éloignent plutôt que des cours qui amènent les uns et les autres à se poser des questions sur ce qui fonde l'humanité et devrait aider au vivre-ensemble. Visiblement, le dossier n'avance pas (1). 

Ce qui avance au contraire avec ses gros sabots, c'est la religion, en particulier musulmane dans nos pays, mais aussi évangélique aux Etats-Unis et en Afrique, qui impose de plus en plus ouvertement ses signes et ses codes à l'école.  Il y a quinze ou vingt ans, une de mes connaissances me reprochait d'être critique par rapport au voile. Ce n'était selon lui qu'une mode passagère. Depuis, la mode s'est solidement installée et le foulard est apparu comme le cheval de Troie de la religion musulmane qui entend définir non seulement comment s'habiller mais aussi ce qui peut ou doit être enseigné et ce qui doit être interdit. 
Dans Charlie Hebdo (2), un prof de français du 93 dit avoir vu la moitié de ses élèves de cinquième baisser la tête pendant la diffusion d'un documentaire sur les dieux et les héros de l'Antiquité. La nudité de certains d'entre eux leur était insupportable. Les sorties dans les musées deviennent problématiques, dit-il. Pendant le ramadan, certains se bouchent les oreilles dans les cours de musique. Et il est difficile et délicat d'aborder la liberté de la presse et l'éducation à la caricature. L'orthopraxie conquiert de plus en plus d'écoles.
Il y a pire : en Allemagne, dans une école secondaire proche de Düsseldorf, quatre élèves ont tenté - et en partie réussi, semble-t-il - de faire appliquer la charia à leurs camarades. Ils auraient, selon La Libre (3), "fait pression sur le corps enseignant pour que les règles strictes de l’Islam soient appliquées, devenant une vraie “police de la charia” auprès des élèves". Les garçons étaient assis à l'avant de la classe et les filles, très couvertes, évidemment reléguées au fond. Elles évitaient du regard leurs enseignants masculins. Les jeunes flics de la charia souhaitaient que les cours se terminent plus tôt le vendredi pour permettre aux élèves musulmans d'aller prier.

Le journaliste et poète Omar Youssef Souleimane, réfugié syrien qui a acquis la nationalité française, anime des ateliers d'écriture dans des écoles secondaires. Dans "Etre Français" (4), il parle de ces jeunes, troisième génération d'enfants d'immigrés, qui s'enferment dans l'islam comme dans une identité qu'ils ont du mal à trouver. "Le plus étonnant, c'est que la majorité de ces jeunes ne connaît de l'islam que le mot halal, le voile, l'interdiction de boire de l'alcool et le ramadan. (...) Ils répondent inconsciemment à l'injonction de n'être que des Arabes, des musulmans, uniquement pour ne pas être Français, pour ne pas appartenir à ce pays qui nous a occupés." La religion, leur religion, pour ces jeunes, a tous les droits et ne peut être critiquée ou remise en question. Ou simplement remise à sa place qu'elle déborde de plus en plus largement en niant le rôle fondamental de l'école. Qui est de les éclairer et de leur éviter l'obscurantisme.

(2) "Pudibonderie et bondieuseries", Charlie Hebdo, 17.1.2024
(3) https://www.lalibre.be/international/europe/2024/01/19/priere-separation-entre-les-filles-et-les-garcons-tenues-religieuses-des-eleves-dune-ecole-allemande-essayent-de-mettre-en-place-la-charia-PLQESGGT2RDLNJOZIKEY46FYWA/
(4) Omar Youssef Souleimane, "Etre Français", Flammarion, 2023.

vendredi 14 avril 2023

Jeûner ou jouer, il faut choisir

C'est le Printemps républicain qui nous l'apprend (1) : des footballeurs musulmans demandent que soient interrompus les matchs joués en début de soirée pour leur permettre de rompre le jeûne du ramadan. "Portée depuis quelques jours dans l’espace médiatique, cette revendication tourne au procès en « islamophobie » contre la France, comme ce fut le cas dernièrement avec le burkini à Grenoble, les abayas dans les collèges ou le hidjab, à nouveau, sur les terrains de foot."
Bref, c'est à  nouveau à la société de s'adapter à la religion, nous disent ces croyants, et non l'inverse. C'est le grand bond en arrière, à l'époque où la religion faisait de ses règles la loi publique.

"La Fédération Française de Football, invoquant l’article 1er de son règlement et en appelant à la « laïcité », a rappelé aux clubs et aux arbitres que toute expression religieuse est interdite dans le cadre sportif. Faux, rétorquent les vigies : la laïcité ne s’applique qu’à des services publics, pas à des joueurs."
Que dit le droit ? "Il a été avancé que les footballeurs n’étant pas des agents publics, c’est à tort que la laïcité a été invoquée. C’est exact, du moins si l’on rabat la laïcité sur le critère de neutralité des services publics. Mais n’est-ce pas restreindre à l’excès la portée du principe ? Rappelons qu’au terme de la Constitution, c’est la République qui est laïque, et pas uniquement les collectivités publiques. Mais alors, qu’est-ce que cela veut dire pour les « simples » particuliers que sont les joueurs de foot ? Eh bien, s’ils ne relèvent pas de la loi de 1905, on peut tout à fait les rattacher au régime juridique de la neutralité en entreprise, puisque nous sommes bien dans un cadre de droit privé.
Longtemps contestée, la neutralité en entreprise est désormais bien identifiée par le droit national et, chose importante mais méconnue, par le droit européen. C’est la célèbre « affaire Babyloup », du nom de cette crèche imposant la neutralité de ses personnels au nom de la laïcité et des valeurs féministes et universalistes, qui a donné l’occasion à la Cour de cassation de confirmer la possibilité, pour une entreprise ou une association, de restreindre la liberté religieuse de ses salariés." (1)

De toute façon, si chacun commence à appliquer les règles qu'il veut bien se laisser imposer par ses croyances, plus personne ne jouera une compétition avec les mêmes règles.
"Le règlement de la FFF prévoit explicitement la neutralité des compétitions. Il ne saurait donc être question d’exprimer son appartenance religieuse pendant un match – règle qui, au demeurant, est appliquée avec une certaine souplesse d’ores et déjà… Si on veut aller plus loin et changer la règle, pourquoi pas ? Mais il y a des procédures pour cela. Et il faudra, au passage, convaincre toute la communauté sportive qu’il faut changer la loi pour satisfaire à la revendication d’une minorité, ou plus précisément la revendication d’une minorité d’une minorité. Et s’apprêter à ce que d’autres revendications particulières surgissent." (1)

Au-delà des règles, est-il indiqué de jouer un match de football professionnel - ou de travailler sur un chantier - quand on ne mange ni ne boit ? Le Monde explique  (2) que les jours de match, le coach du FC Nantes a fixé comme condition de s’alimenter et de boire pour pouvoir être retenu dans l'équipe. Selon le docteur Philippe Kuentz qui a travaillé à l'AS Monaco, « le jeûne faisait chaque année l’objet d’une réflexion globale avec le staff ». « Ce qui nous inquiète le plus, c’est la déshydratation », souligne-t-il en citant aussi « l’augmentation du risque de blessure musculaire » et « la performance altérée », qui sont documentées dans la littérature scientifique. « Ça dépend de pleins de conditions et c’est au cas par cas. »
L’entraîneur Pascal Dupraz raconte qu'à l’AS Saint-Etienne, lors du premier jour du ramadan en 2022, l'équipe avait, sur la feuille de match, 13 joueurs sur 20 de confession musulmane qui respectaient le jeûne. Mais à la mi-temps, cinq d'entre eux ont demandé à être être remplacés "parce qu’ils étaient cuits… »

La demande d'interruption de compétitions sportives pour cause de rupture de jeûne n'est qu'un moyen de plus pour des organisations du type Frères musulmans de marquer de manière très visible leur capacité à imposer leurs règles dans la société. Il y a un mot pour cela : orthopraxie. 
Selon Wikipedia, "l'orthopraxie est l'accomplissement d'une action, l'exécution d'un geste, la conduite d'une affaire, une praxis (au sens du grec ancien πρᾶξις) menée avec justesse ou rectitude, selon le droit et la justice (au sens du grec ancien ὀρϑός). Dans le domaine moral ou religieux, l'orthopraxie se réfère à une conduite conforme aux rites traditionnellement construits", ces rites primant sur la loi publique.
Dans nos sociétés, l'orthopraxie chrétienne a été remise à sa place depuis un bon moment, après des siècles de lutte. Et voilà que l'orthopraxie musulmane veut prendre sa place.

(1) Communiqué du 7.4.2023, "Le ramadan, les deux neutralités et l’éthique sportive".
(2) https://www.lemonde.fr/sport/article/2023/04/08/ramadan-le-jeune-un-enjeu-complexe-pour-les-footballeurs-entre-convictions-religieuses-et-devoir-de-performance_6168810_3242.html


jeudi 5 novembre 2020

A la liberté

"La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres." On ne cesse d'entendre cette phrase ces derniers temps, répétée  comme une antienne par ceux qui pensent que caricaturer c'est méchant, que critiquer c'est pas bien, que se moquer c'est pas gentil. Bref, c'est le slogan de ceux qui voudraient que chacun se censure pour ne pas choquer les croyants. Si on y réfléchit une seconde, cette phrase n'a aucun sens, sinon de dire que la liberté n'existe pas. Il faut respecter la liberté de croyance, veulent dire les bonnes âmes. Si on les prend à la lettre, il faudrait donc cesser de proférer quelque opinion que ce soit puisque chacun a le droit de se plaindre, de se sentir bridé dans sa liberté, dès que "l'autre" émet une opinion contraire à la sienne. Le croyant dès qu'il a l'impression que sa foi est critiquée, le non-croyant dès qu'il pense que sa rationalité est moquée par une croyance. Comme si, en critiquant, en tournant en dérision, on empêchait de croire. Comme si on empêchait la liberté de "l'autre". On a le droit de croire que Dieu existe ou qu'il n'existe pas, on a le droit de penser si on veut que la terre est plate ou cubique, le droit de ne croire en rien ni personne, le droit de rire des histoires abracadabrantes que nous content les religions, de leurs règles rétrogrades, le droit de discuter, de contester, de rire. Est-on moins libre de croire parce que quelqu'un n'est pas d'accord avec nous? Et les religions, elles, mènent-elles à la liberté? Nous permettent-elles de penser librement?

Charlie Hebdo a reçu, suite à l'assassinat de Samuel Paty des tombereaux de messages de menaces, d'insultes, de bons conseils de braves gens qui lui demandent de se taire. Mais pourquoi faudrait-il se taire plutôt que de continuer, plus que jamais, à dénoncer l'intolérable? "Car franchement, écrit Natacha Devanda (1) on le redit ici, toutes les religions sont caricaturables, elles le font d’ailleurs très bien elles-mêmes, entre costumes de carnaval et miracles en tout genre. L’islam ne peut et ne doit faire exception à cette liberté critique. Mais peut-on encore être audible auprès de personnes comme Marie-Thérèse G. qui se présente comme une pacifiste de 75 ans et qui a honte pour nous. Elle se demande si les gens pitoyables que nous sommes arrivent encore à se regarder dans une glace tant elle est excédée de voir des innocents se faire assassiner pour soi-disant défendre la liberté d’expression. Alors, chère Marie-Thérèse, non seulement on se regarde dans la glace, mais encore bien en face parce qu’on dénonce chaque jour l’inexcusable : le fanatisme religieux qui conduit à ce chaos du monde, à ces tueries, à cette mainmise fasciste qui gangrène les esprits et fout les jetons à tout le monde. On déplore l’abêtissement des foules auxquelles elles participent, le joug qui s’abat sur les hommes et les femmes qui revendiquent une once de liberté. Et si on a peur de cette idéologie sanguinaire qu’est l’islamisme, on peut aussi se faire un sang d’encre pour l’avenir de la résistance à cette idéologie mortifère. Vous savez cette encre qui n’a jamais fait couler de sang." 

Post-scriptum: https://www.lalibre.be/international/amerique/elections-us/une-conseillere-de-trump-appelle-les-anges-a-venir-l-aider-a-gagner-j-entends-un-son-de-victoire-5fa3cc3bd8ad586f514fe883 On a le droit de se moquer ou "la liberté des uns s'arrête là où commence la folie des autres"?

(1) Natacha Devanda, Charlie Hebdo, 2.11.2020


dimanche 5 avril 2020

Corona et corano sont dans un bateau

Les religions ne veulent pas être en reste par rapport à celles et ceux qui ne veulent rien changer à leurs habitudes, même en ces temps de pandémie. Elles participent à la propagation du virus. La distanciation, non. La magie, oui.
L'église orthodoxe russe refuse d'annuler ses offices publics. L'église catholique l'a fait, mais un curé de l'Isère organise des messes clandestines chez des particuliers. Et des catholiques traditionalistes organisent des messes, du côté de Lyon et de Nantes, parce que "le moyen le plus excellent" contre la pandémie est la prière et que "se rassembler dans les églises" a de tous temps été le plus sûr moyen de vaincre les épidémies.
En Israël, le rabbin Kanievsky affirme que suspendre l'étude de la Torah dans les écoles qui s'y consacrent représenterait un plus grand risque pour la survie du peuple juif que la propagation du Covid-19. En Iran, des dizaines de lieux saints et de mausolées sont longtemps restés ouverts alors que l'épidémie était déjà bien active dans le pays. On a pu voir des fidèles lécher la surface de lieux saints réputés protéger du coronavirus. En Malaisie, 16.000 croyants se sont rassemblés dans une mosquée pour prier et échanger ainsi le virus entre eux. 
La moitié des cas de coronavirus de Corée du Sud trouveraient leur origine dans une messe. Et si la région Grand-Est en France est si touchée, c'est qu'un grand rassemblement évangélique a contribué à la transmission du virus. A Cluj, en Roumanie, un prêtre a utilisé une seule et même cuillère pour distribuer la communion à des centaines de croyants.
Selon Daech, la contamination se produit "par ordre de Dieu". Le groupe islamiste invite ses adeptes à se réfugier en Dieu pour échapper à la maladie, mais leur conseille néanmoins de se couvrir la bouche et de se laver les mains. Mais peut-on s'opposer à la volonté divine? 
L'imam de Brest appelle à effectuer les invocations: "toute personne qui dit ces paroles trois fois le matin et trois fois le soir, aucun mal ne le touchera", assure-t-il. Hani Ramadan affirme que le coronavirus est la conséquence du fait que "les hommes se livrent ouvertement à la turpitude, comme la fornication et l'adultère". Fait-il là allusion à son frère? Il appelle à "se conformer aux directives médicales", mais aussi à être "assidu dans les invocations".
En Ukraine et en Géorgie, des prêtres arrosent les rues d'eau bénite censée annihiler le virus. En Inde, c'est la consommation d'urine de vache qui aura cet effet, si l'on en croit certains religieux.

Donc, si on comprend bien certains des leaders et des fidèles de différentes religions, le coronavirus est un mal répandu par leur dieu pour punir les hommes. Et les religions, en ne changeant rien à leurs pratiques cultuelles, prétendent en protéger tout en contribuant à le répandre, directement ou indirectement.
Récemment, on a vu un panneau électronique dans un bourg français appelant ses habitants à prendre leurs distances les uns avec les autres et rappelant que même les "gens saints" (sic) devaient agir de la sorte. On voit ici que les gens saints (ou qui aimeraient l'être) sont les moins sains. De corps et d'esprit.

Et pendant l'épidémie de coronavirus, se poursuit celle du coranovirus (1): dans la Drôme hier, un terroriste a tué deux personnes et en a blessé cinq autres, dont deux grièvement, en criant Allah Akbar. Il a écrit regretter s'être réfugié dans un pays de mécréants. 
Par les temps et les virus qui courent, il apparaît pourtant que l'avenir appartient moins que jamais aux croyants.

D'après "Les boutiquiers de Dieu concurrencés par le coronavirus", Inna Shevchenko, Charlie Hebdo, 1.4.2020 et
https://charliehebdo.fr/2020/03/religions/une-petite-priere-pour-lutter-contre-le-coronavirus/
(1) d'après un dessin de Charlie Hebdo il y a quelques semaines.

lundi 14 octobre 2019

La religion de paix aime la guerre

Que les religions soient vectrices de paix est la plus grande blague que l'humanité (une large partie d'entre elle en tout cas) se soit jamais racontée. Qui peut aujourd'hui affirmer sans rire - ou sans pleurer - que l'islam est une religion de paix?
Au Yemen, les deux grandes puissances islamiques, l'Arabie saoudite côté sunnite et l'Iran côté chiite, se font la guerre. Et c'est la population civile yéménite qui en paie le prix. Lourdement.
Les pays où l'Islam est religion d'Etat peuvent très rarement être considérés comme des démocraties. Au contraire. L'opposition y est inexistante ou en prison. Les femmes sont voilées et à la maison.
Et voilà qu'Erdogan, ce grand croyant qui s'est un jour présenté comme "l'imam d'Istanbul", vient de lancer une guerre contre les Kurdes syriens. Même si ceux-ci furent en première ligne dans le combat contre le monstre fascisto-islamiste en Syrie. Même si nous leur devons une reconnaissance éternelle pour le rôle qu'ils ont joué face à Daech. L'armée turque et les milices qu'elles a lâchées ont entamé les massacres, même contre des convois de civils (1).
Et nous, nous restons là, mutiques ou presque, abandonnant les Kurdes à la terreur (2). Par lâcheté et parce que nos irresponsables dirigeants européens ont passé un pacte avec ce terroriste d'Erdogan pour qu'il retienne trois millions de réfugiés à l'intérieur de ses frontières. Frontières qu'il menace maintenant d'ouvrir côté U.E. si celle-ci avait l'outrecuidance de prendre des sanctions contre lui pour son agression de la population kurde.
Les pays de l'Union européenne, à l'exception du Royaume-Uni (vivement le Brexit!), ont heureusement décidé de ne plus vendre d'armes à la Turquie (3). Mais c'est un peu tard.
C'est toute relation qu'il faut cesser, tout de suite, avec la Turquie. Absolument toute. Politique, économique, sociale, culturelle, touristique, sportive. Il faut exclure la Turquie de l'OTAN. Dire enfin clairement que la Turquie, cette Turquie-là, ne fera jamais partie de l'Union européenne. Annuler le match de foot, prévu ce soir, entre la France et la Turquie. Il faut mettre la Turquie au ban de la société civilisée. Elle s'y est mise elle-même.

Trump le dingue l'y a bien aidée. Je retire mes troupes de Syrie. Puis, non, je les y laisse. Puis, je les retire quand même parce qu'elles risquent d'être prises entre les deux feux, turc et kurde, que j'ai moi-même allumés (4).
Voilà les Kurdes forcés d'appeler à l'aide Assad, l'odieux boucher de Damas, et ses troupes.
Grâce au chaos provoqué par ce duo monstrueux que jouent Erdogan et Trump, des proches de djihadistes se sont enfuis par centaines (5). La guerre en Syrie est relancée, tout autant que la lutte du bien (forcément du côté de la religion) contre le mal (forcément du côté des laïcs). Les religions aiment le sang. Et la terreur.

(1) https://www.lalibre.be/international/asie/neuf-civils-kurdes-dont-une-femme-politique-executes-par-une-milice-turque-5da23b66f20d5a2781766617 et France Inter, Journal de 9h, 14.10.2019.
(5) https://www.lalibre.be/international/asie/syrie-des-familles-de-membres-de-l-ei-se-sont-echappees-d-un-camp-5da2e296d8ad5841fc7a9261

jeudi 26 avril 2018

Nos peurs

Je l'ai écrit déjà: je me suis rendu compte que je n'osais plus lire Charlie Hebdo dans une gare ou un train, de peur d'être agressé. Je le reçois chaque semaine emballé dans un plastique opaque. Je suppose qu'il s'agit de le rendre inaperçu des employés de la Poste, du facteur, des voisins. Qui aujourd'hui oserait lire en public "Les Versets sataniques"?
Au lendemain des attentats de novembre 2015 à Paris et de mars 2016 à Bruxelles, nous affirmions notre absence de peur. Mais c'est faux: les islamistes ont réussi à l'installer, cette peur. Nous avons peur de leurs réactions insensées et en plus nous craignons de choquer non pas les islamistes mais les musulmans. Le terrorisme n'est pas que physique, il est aussi intellectuel. Nous craignons de blasphémer. De nombreux enseignants avouent ne plus oser aborder en classe, en cours d'histoire, de sciences, de philo, des sujets qui risquent de fâcher, liés à la religion, aux normes, aux règles, aux interdits qu'elle serait censée imposer . "Dénoncer l'emprise de la religion est devenu aussi angoissant que dénoncer Al Capone", écrit Gérard Biard (1).
"N'ayons plus peur! Enquête sur une épidémie contemporaine (et les moyens d'y remédier)", c'est le titre d'un ouvrage d'Ali Magoudi (2). Le psychanalyste explique qu'après les attentats certains de ses amis affirmaient qu' il faut respecter le sacré de l'autre. Ce qui ne veut rien dire. "Je m'aperçois qu'on n'a pas compris ce qu'était la laïcité ni ce qu'impliquait la liberté de religion: l'autre a le droit d'avoir la religion qu'il veut..., mais, du coup, ses pensées eu égard aux miennes, seront obligatoirement blasphématoires." (3) La liberté de religion implique que l'autre a le droit de blasphémer. C'est-à-dire, tout simplement, de contester. Finalement, dit-il, "la peur d'avoir des pensées blasphématoires nous empêche de penser". Et de toute façon toute religion constitue un blasphème par rapport à une autre, puisqu'elle la contredit. "Qu'est-ce que c'est que ce monde qui n'arrive pas à laisser se déployer des vérités contradictoires? On sait bien que la vérité avec un grand V n'existe pas."
"Je rêve, dit encore Ali Magoudi, d'un monde où l'indifférence au blasphème aurait droit de cité. (...) Que l'autre se foute de ce que je pense. Qu'il se foute de ce que je pense de l'avortement, de l'euthanasie, de ce que je pense des choses essentielles: que l'autre me foute la paix."
Mais nous voilà dans la peur que l'autre pense que ce que nous pensons, ce que nous lisons, ce que nous écrivons est une agression envers lui. "Le paradoxe dans le monde actuel, c'est que les vérités religieuses dans leur portée collective ont énormément régressé, et dans la mesure où il n'y a pas un discours collectif qui vient porter la pluralité comme norme, il n'y a plus de norme qui protège d'une pluralité de peurs. On avait une seule peur, celle de l'Autre, un Autre organisé, un Dieu, mais maintenant on est comme des enfants de 2-3 ans, les peurs sont multiples, elles s'accrochent à tout ce qui passe. Et tous les énoncés du discours collectif contemporain sont sur le mode Ayez peur!": les menaces sont diverses et les dangers sont imminents."
Il faudrait cesser d'avoir peur. Il faudrait.

(1) "Laïcité: les profs au tableau", Charlie Hebdo, 11 avril 2018.
(2) éditions La Découverte.
(3) Entretien avec Ali Magoudi, Charlie Hebdo, 4 avril 2018.
(Re)lire sur ce blog "Islamofolies", 19.4.2013, "Vade rétro", 22.4.2013, "Charlie est bien vivant", 14.1.2015, "Blablasphème", 17.1.2015, "Blasphème?", 13.3.2007.

jeudi 8 mars 2018

Quotidien de la femme

Cher.e.s ami.e.s,
je vous transmets cette information que vous pouvez réexpédier à celles et ceux autour de vous qui seraient intéressé.e.s: un appel/une invitation est lancé.e au.x musicien.ne.s et aux chanteu.r.se.s, tant professionnel.le.s qu'amat.eur.rice(re?).s pour former un orchestre inclusif. Les jours pairs, il sera dirigé par une cheffe (c'est un tirage au sort qui en a décidé ainsi), les jours impairs par un chef. Il rassemblera violonistes, violoncellistes, contrebassistes, cornistes, hautboïstes, clarinettistes, trompettistes, trombonistes, harpistes, pianistes, bassonistes et chanteu.r.se.s des deux genres et même des autres. La musique adoucit les genres. Les composit.eur.rice.s sont également invité.e.s à se porter candidat.e.s. Ceux et celles d'entre vous qui sont intéressé.e.s sont invité.e.s à envoyer leur candidature à Madame la Cheffe et Monsieur le Chef de l'Orchestre inclusif, 2 rue des Allié.e.s à Saint.e-Martin.e de Beaubourg/Belleville.  
Les candidat.e.s doivent savoir que, par souci d'équilibre, d'autres critères seront pris en compte: origine ethnique, corpulence, couleur (ou absence) des cheveux, quotient intellectuel, capacités et incapacités physiques. Les premières œuvres au programme de l'orchestre seront La Symphonie du Nouveau Monde d'Anton Dvoràk et la Nonette pour cordes et vents de Louise Farrenc.

On le voit, l'écriture inclusive (poussée ici dans ses excès, je le reconnais volontiers) est illisible. Et d'autant plus absurde que l'équivalent est impossible oralement, à moins de tenir un discours encore plus abscons. Tant de gens (hommes comme femmes, précisons-le) rencontrent déjà beaucoup de difficultés à se faire comprendre dans cette langue extrêmement complexe et réglementée qu'est le français. La (tentative de) lecture de commentaires postés sur de très nombreux sites d'information en témoigne. Que veut dire le commentateur? A qui s'adresse-t-il? Ne compliquons pas l'écriture sous le louable prétexte d'assurer l'égalité des genres.
Même les secrétaires de rédaction du mensuel féministe Causette avouent rencontrer certaines difficultés à se mettre d'accord sur l'application de l'écriture inclusive (1).
"La langue, c'est d'abord le reflet de la parole, rappelle le linguiste Louis-Jean Calvet. Une modification écrite qui entraîne un changement de prononciation, ça ne s'est jamais vu dans aucune langue. Il y a ici une double illusion: celle selon laquelle on peut changer la langue par l'écriture, et celle selon laquelle on peut changer les rapports sociaux avec la langue." (2)
Il fut un temps où, dans la langue française, était appliquée la règle de proximité ou de nombre.
"Ces trois jours et ces trois nuits entières", écrivait Racine dans Athalie. "Le cœur et la bouche ouverte", recommandait d'écrire le grammairien Claude Favre de Vaugelas en 1647.
Mais "l'accord de proximité fut peu utilisé", affirme le linguiste Alain Rey, qui estime que la malédiction du français est de ne pas avoir de neutre (2).
On peut aussi s'amuser de constater que "une grande crue est un désastre et un grand cru une merveille" (3). Ou relire ce vers de Jean Genet: "Les folles amours de la sentinelle et du mannequin" (2). Parfois, il est elle et elle est lui.

Finalement n'est-ce pas se tromper de champ de bataille que de porter le combat pour l'égalité sur le terrain de l'écriture? Aux Etats-Unis, dire African Americans plutôt que Blacks n'a en rien amélioré leur situation, constate Louis-Jean Calvet.
C'est sur la place des femmes dans la société qu'il faut travailler, la possibilité pour les filles, partout dans le monde, d'aller à l'école, de se former à toute profession. Travailler à l'égalité des salaires, à l'éducation des garçons au respect des filles et des femmes (il faut passer, propose Causette, de "Balance ton porc" à "Eduque ton porcelet"). Et tout cela passe aussi par la langue, par le nom. Par la féminisation des noms de fonctions et de professions. Par le respect du nom de naissance des femmes.

"La Communauté de communes de la Marche berrichonne vient d'accueillir un premier médecin salarié dans son centre de santé. Le docteur Jouda Karboub est d'origine tunisienne, mais est diplômée de l'Université d'Amiens, et elle a déjà exercé quatorze ans en France." (4) Le docteur est diplômée, lit-on. Curieux accord si on veut respecter les règles du français. Un sujet masculin ne peut avoir un adjectif féminin. Surtout qu'existent les termes doctoresse et même docteure. L'Assemblée nationale française impose désormais et logiquement de dire Madame la Ministre, Madame la députée, Madame la Rapporteure. Certains esprits conservateurs considèrent qu'on ne peut appeler Madame la Maire la femme qui occupe cette fonction, parce que cette appellation désigne l'épouse du maire. Il faudrait donc selon eux l'appeler Madame le Maire. Ils sont restés empêtrés en un temps où aucune femme n'exerçait cette fonction. Maintenant qu'elles sont nombreuses à le faire, comment faudrait-il alors appeler leur mari? Pas Monsieur le Maire, on croirait alors que c'est lui qui occupe la fonction. Faudrait-il donc dire Monsieur la Maire? Il suffit simplement de ne pas qualifier de maire son conjoint ou sa conjointe, ce qui n'a aucun sens. La langue suit l'usage, n'en déplaise au vieux député Julien Aubert (39 ans) que cette féminisation insupporte (5).

Première forme de l'existence et de la reconnaissance: le nom de famille.
Que les femmes gardent leur nom semble être une évidence, un premier signe de respect. Mais curieusement, ce ne semble pas être une revendication en France. Parcourir la rubrique nécrologique dans les journaux français, c'est découvrir la manière dont les femmes sont traitées aujourd'hui encore dans le pays des droits de l'homme. On y annonce la mort de "Madame Jeanne Legrand, née Dupont", parfois même de "Madame Jeanne Legrand", sans autre précision. A lire l'avis mortuaire, on comprend qu'elle était l'épouse ou la veuve de Pierre Legrand. Quelqu'un qui l'ignorerait et l'aurait connue avant son mariage ne peut savoir qu'il s'agit de Jeanne Dupont. En se mariant, tant de femmes françaises perdent leur nom. Le magazine Causette avait un jour publié la photo d'une tombe portant l'inscription suivante: "Ici reposent Pierre Legrand et son épouse". La tombe de l'épouse inconnue.
En France, une femme qui veut être inscrite sous son nom de naissance doit souvent se battre avec l'administration, les banques, différents organismes qui, d'emblée, la baptisent du nom de son mari. Le mariage fait perdre à la femme la base même de son identité: son nom.

Restent les signes qu'envoient les religions sur la place qu'elles attribuent aux femmes: inférieure.
Le voile est un marquage d'impureté et de soumission. La burqa est pire encore: la femme n'est pas montrable.
Les religions musulmane et catholique sont dirigées exclusivement par des hommes. Dans cette dernière, les femmes, même religieuses, n'y ont qu'un rôle subalterne. De bonniches même. Je m'étais, ici-même, il y a plusieurs années (7), effrayé de voir des jeunes femmes catholiques intégristes consacrer leur vie à "décharger les prêtres des soucis matériels tels que: cuisine, couture, ménage, les rendant ainsi plus libres pour accomplir leur ministère". Et voilà qu'on découvre que des religieuses, dans l'Eglise considérée comme moderne, sont confinées aux mêmes tâches au Vatican. "Certaines religieuse se lèvent bien avant l'aube pour préparer le petit-déjeuner de hauts prélats et ne vont se coucher qu'une fois le repas du soir servi, la maison rangée et la lessive et le repassage faits", rapporte l'Osservatore romano (8). Et ce pour un salaire arbitraire et souvent très modeste. Selon une religieuse, derrière tout cela se cache l'idée que dans l'église catholique un prêtre est tout et une nonne rien.

L'écriture inclusive ne sera qu'illusion tant que la femme sera la bonniche de son seigneur et maître, qu'il soit époux, compagnon, frère ou prélat.

(1) "Ecriture inclusive - Cauchemar en cuisine", Causette, décembre 2017.
(2) Romain Jeanticou, "Un . de discorde", Télérama, 20.12.2017.
(3) Marianne, 2.2.2018.
(4) La Nouvelle République - Indre, 3.2.2018.
(5) http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/2017/12/06/37002-20171206ARTFIG00095-madame-la-deputee-l-assemblee-continue-la-feminisation-des-titres.php
(6) En Belgique, les avis nécrologiques annoncent le décès de " Madame Jeanne Dupont, épouse (ou veuve) de Monsieur Pierre Legrand" et les veuves conservent (ce qu'on appelle encore trop souvent) leur nom de jeune de fille
(7) (Re)lire sur ce blog "Belle jeunesse", 2.12.2012.
(8) http://www.lalibre.be/actu/international/au-vatican-des-nonnes-travaillent-comme-des-esclaves-pour-le-compte-de-certains-prelats-5a987566cd702f0c1a1428ad

dimanche 13 novembre 2016

Une voix lumineuse

C'est un esprit brillant qui s'est éteint hier. Un de ceux qui participent à plus d'intelligence, à plus de tolérance, à plus de fraternité. Là où les fous de Dieu et leurs dérives violentes font les beaux jours des Trump, des Le Pen ou des Wilders, des penseurs comme Malek Chebel apportent de la lumière. Il est d'alleurs décrit comme "un adepte d'un islam des Lumières".

Anthropologue des religions, philosophe, psychanalyste, traducteur du Coran, auteur notamment de "Le Coran pour les nuls", "L'islam et la raison", "L'érotisme arabe" ou encore "L'islam en 100 questions", il rappelait à propos des caricatures de Mahomet que, contrairement à ce qu'affirment en vitupérant - ou, bien pire, ne tuant - certains radicaux, "pas une ligne, dans le Coran n'interdit de représenter le Prophète" (1).
C'est lui aussi qui, dans le numéro de Charlie Hebdo qui marqua le redémarrage de l'équpe après le massacre d'une part importante des siens (2), déclarait que "l'islam ne progressera pas tant qu'il n'aura pas fait sa place à l'individu à part entière, c'est-à-dire l'individu qui outrage, l'individu qui est outragé, l'individu qui blasphème, l'individu qui veut être agnostique, ou athée... Le jour où il reconnaîtra l'individu à part entière, créatif, inventif, désobéissant, l'islam aura fait un grand progrès dans la modernité. Ce qui l'en empêche, ce sont les religieux qui ont décidé de l'orientation doctrinale, philosophique, morale, spirituelle, de l'ensemble de la planète musulmane: ils ont peur de l'individu, car il représente un contre-pouvoir, qui pourrait entraîner la dissolution de leur pouvoir obscur." 
Déjà, réagissant à l'incendie perpétré contre les locaux de Charlie Hebdo début novembre 2011, le philosophe y avait vu "un acte de guerre, une sorte de terrorisme". Avec ce genre d'action, disait-il, "on s'empêche de penser. Même de vivre" (3).

Malek Chebel plaidait donc pour un Islam des Lumières et des plaisirs: "Je milite pour une utopie, c'est vrai, pour un Islam de demain qui n'est pas encore vraiment là. Je parle d'un Islam des Lumières et non plus d'un Islam arrêté au VIIe siècle ou d'un Islam qui ne bouge plus et qui exige que tout le reste du monde s'adapte à lui", disait-il (4). "90% des musulmans aspirent à un Islam ouvert et seuls 1% amènent le feu, mais ce sont eux qui font la une des JT", ajoutait-t-il. "Les musulmans doivent accepter de vivre en Europe selon un contrat social différent. La gouvernance humaine appartient aux hommes. Et l'Islam doit rester du domaine de la foi sans piétiner sur cette gouvernance." (...) "Il faut stigmatiser ceux qui justifient la burqa ou la polygamie au nom de l'Islam. Je suis un militant des droits de l'homme, en particulier dans l'Islam. (...) Nous devons élargir nos champs de représentation mutuels. Dire aux Occidentaux de ne pas enterrer trop vite l'Islam sous prétexte qu'il a de mauvais côtés. Et dire aux musulmans que l'aspiration à la beauté et à la sexualité est un combat aussi politique qu'esthétique."

Malek Chebel est mort à la veille de la commémoration des ignobles attentats de Paris. Sa voix va nous manquer. Elle était porteuse de lumière dans l'obscurantisme qui gagne le monde.

(1) "Paris est une cible", Arte, 5 janvier 2016.
(2) Charlie Hebdo, 25 février 2015.
(3) France Inter, journal, 2 novembre 2011.
(4) LLB, 12 novembre 2010.

(Re)lire sur ce blog
- "Aujourd'hui comme hier et comme demain", 7 janvier 2016.
- "Charlie le retour", 25 février 2015.
- "Renvoi de censeurs", 2 novembre 2011.
- "Mauvaise foi", 15 novembre 2010.

vendredi 8 avril 2016

Ces textes glaçants

Les textes religieux ont ceci d'avantageux: on y trouve ce qu'on a envie d'y lire. C'est-à-dire tout et son contraire. C'est évidemment dans les textes bibliques que les croisés et les inquisiteurs ont trouvé une légitimité à leurs actes violents et guerriers. Quand les mêmes textes appelaient à l'amour du prochain.
Aujourd'hui, avec l'arrivée au pouvoir du P.I.S., la religion catholique s'impose à travers toute la Pologne et une loi oblige les médias à "observer les valeurs chrétiennes" (1). Mais que sont-elles et comment s'expriment-elles? Entre un pape François qui affirme que "si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing et c'est normal" (2) et J.C. qui nous appellait à tendre la joue gauche si on est frappé sur la joue droite, qui suivre?
Interrogé sur les liens entre islam et terrorisme, le philosophe libanais Ali Harb (3) estime qu'une religion ne peut jamais être réduite à un livre fondateur. "Il faut aborder l'islam sous un autre angle, dit-il: en tant que doctrine du salut, c'est-à-dire comme un système de pensée qui, à l'instar du christianisme et du judaïsme, mais également des religions du XXe siècle, telles que le communisme et le fascisme, prétend détenir la vérité absolue." Il voit le terrorisme comme une attitude intellectuelle et comme une manière d'agir. Une attitude de l'homme qui se croit seul détenteur de la vérité absolue, qu'elle soit religieuse, politique, sociale ou morale, et qui agit en excluant, en excommuniant ou en tuant celui qui ne pense pas comme lui. "Les promoteurs des nouveaux projets religieux, dit-il, ont sans doute été influencés par les exemples de Franco, de Hitler et de Mussolini, par leurs moyens de gouverner et leurs techniques pour contrôler les hommes en les mobilisant et en les remodelant pour en faire un troupeau scandant inlassablement un même slogan."
Le philosophe voit ""toute religion comme un réservoir inépuisable de pratiques violentes. (...) Tant que la religion est fondée sur l'exclusion de l'autre, sur le dualisme du croyant et de l'impie, du fidèle et de l'apostat, il est impossible de la comprendre autrement. Dans l'islam, la violence est encore accrue par un dualisme supplémentaire, celui de la pureté et de la souillure". Ce qui l'amène à affimer "qu'il n'y a pas de musulman fidèle aux dogmes et aux pratiques de sa religion qui soit modéré ou tolérant, sauf s'il est hypocrite, ignorant de sa doctrine ou en a honte".
Ali Harb se dit convaincu que l'islam ne peut être réformé, constatant que toutes les tentatives en ce sens ont échoué. "La seule issue est la défaite du projet religieux tel que l'incarnent les institutions et les pouvoirs islamiques, avec leurs idées momifiées et leurs méthodes stériles." Il estime que le projet de l'islam, même reformulé, se réduit à une réaction motivée par un désir de vengeance contre l'Occident et qu'il n'y a "pas de réconciliation possible entre l'islam et la modernité ou l'Occident".
Certains entrevoient cependant des espoirs chez des penseurs musulmans modérés et "modernistes", tel un Tariq Ramadan. Qui apparaît pourtant, à ceux qui décodent ses discours, comme un praticien du double langage. L'homme moderne qu'il est n'hésite pas à demander un "moratoire" sur la lapidation des femmes (quel courage!) et à déclarer (à un congrès de l'UOIF) que la lapidation des femmes est une sentence juste, qui garantit la sécurité familiale (4). Il a écrit un livre faisant l'apologie des Frères musulmans dont il se présente comme un des membres et, sur les plateaux de télévision, se défend d'en être. (5) Quand on lit le programme totalitaire des Frères musulmans, on ne peut être qu'effrayé par l'écoute que peuvent avoir de tels agents doubles. Et on ne peut que se dire qu'il est loin encore le temps où sera "défait" le projet religieux, seule issue selon Ali Harb.

(1) "Nina Sankari: Etre athée en Pologne, c'est être traître à la patrie", Charlie Hebdo, 6 avril 2016.
(2) http://www.lalibre.be/actu/international/pape-francois-si-un-grand-ami-parle-mal-de-ma-mere-il-peut-s-attendre-a-un-coup-de-poing-54b7b0c63570c2c48ad4f54d
(3) "L'islam ne peut pas être réformé", L'Orient littéraire (Beyrouth), 1er mars 2016, in Le Courrier international, 7 avril 2016.
(4) Arte - Thema consacré aux menaces sur la laïcité en France et en Europe, 9 décembre 2008 (voir sur ce blog "Ces religions conquérantes", 7 janvier 2009).
(5) https://carolinefourest.wordpress.com: "Le double discours de Tariq Ramadan jamais prouvé?", 1er avril 2016.

mardi 8 mars 2016

Quoi, ma gueule?

Les violences faites aux femmes restent extrêmement nombreuses et toujours inexcusables. Peu de pays sont épargnés. Partout, des hommes ne peuvent s'empêcher de penser, et parfois d'affirmer, que leur femme leur appartient, qu'elle est à leur disposition et qu'ils ont sur elle tous les droits. Y compris celui de la frapper si elle n'agit pas comme ils l'entendent. Les religions n'ont jamais été très féministes. C'est un euphémisme de le dire. Certaines ne reconnaissent des droits qu'aux seuls hommes,   ne concédant aux femmes que ceux de mettre au monde des enfants et de faire la cuisine. Sacré  projet de vie!
Les lois sont faites par et pour les hommes et les tribunaux leur donnent systématiquement raison, même en cas d'agression. C'est que constatent des femmes afghanes, iraniennes ou somaliennes (1).
48 % des migrants sont des femmes. Elles sont les cibles de violences diverses, violées par leur mari, par leurs collègues, par des hommes qu'elles croisent, migrants, passeurs, policiers,  enrôlées de force, mariées de force, excisées. En Arabie saoudite, un congrès tout récemment s'est penché sur la question de savoir si la femme est une personne humaine, signalait  en cette journée internationale des droits des femmes la journaliste et écrivaine Fawzia Zouari (2)
C'est dans ce contexte qu'un jeune chanteur  qui se fait appeler Orelsan écrit et chante des textes d'une violence inouïe. On appelle cela de l'art. Pas de l'art brut, mais l'art de brute. Epaisse.
Extrait d'un morceau qu'il a intitulé "Sale pute" dans lequel un homme s'adresse à sa compagne qu'il a surprise avec un autre;
" Je rêve de te voir imprimée de mes empreintes digitales (...)
On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée
On verra comment tu suces quand j'te déboiterai la mâchoire
T'es juste une truie tu mérites ta place à l'abattoir. (...)
J'vais te mettre en cloque (sale pute)
Et t'avorter à l'opinel." (3)
La chanson est longue et le reste du même tonneau, d'une brutalité qu'on croyait condamnable. Alors qu'il n'en est rien. C'est qu'on a affaire là à de l'art parfaitement respectable. Ainsi en a jugé la cour d'appel de Versailles. Le chanteur avait été condamné en première instance pour "provocation à la violence", suite à une plainte déposée par des associations féministes pour des propos violents à l'égard des femmes dans plusieurs de ses chansons. Cette fois, il a été relaxé, la cour estimant qu'il faut respecter "des modes d'expression, souvent minoritaires, mais qui sont aussi le reflet d'une société vivante et qui ont leur place dans une démocratie" (4). 
La femme qui se verra casser la jambe ou déboîter la mâchoire le devra donc à "une société vivante". Après tout, le cassage de gueule a été de tous temps un mode d'expression. 

(1) Arte Journal, 8 mars 2016, 19h45.
(2) "28 minutes", Arte, 8 mars 2016 - lire l'excellent texte de Fawzia Houari:

jeudi 21 janvier 2016

Dire

Ce poète syrien, aujourd'hui réfugié en France, fils de parents très religieux, a été éduqué dans une école coranique. A vingt ans, Omar Youssef Souleimane s'est déclaré athée, au grand dam de ses proches qui ont coupé les ponts avec lui. "C'est très difficile de se présenter comme athée, explique-t-il (1). Un athée est vu comme un méchant, un drogué, un voleur. Mais dans le monde arabe, on vit encore comme au Moyen-Age, pas dans cette époque." S'il a tourné le dos à l'islam, en tout cas à sa version la plus dure, c'est que "dans le Coran, beaucoup de sourates invitent  de manière très claire à tuer, à détester les autres. Dans le texte du Coran, on lit que le musulman doit savoir qu'il est mieux que les autres, que c'est lui qui fabrique le monde. Les autres sont des élèves, lui le chef, le professeur. Parce qu'il sera le seul à aller au paradis; tous les autres, s'ils ne sont pas musulmans, iront en enfer." Il faudrait, dit-il encore, que "le monde arabe réfléchisse sans tabou, reconnaisse que la prophète Mahomet a semé la haine. Mais personne ne peut le dire, parce que l'islam est une religion politique."
Voilà des propos qui doivent être qualifiés d'islamophobes par les bonnes âmes et les tenants du politiquement corrects. Seuls ceux qui affirment, la main sur le cœur, que l'islam est une religion de paix ont le droit d'en parler. Les autres sont racistes. Même s'ils sont de la même "race" (2) que les pieux croyants et s'ils ont vécu de manière extrêmement dure, dans leur tête et dans leur corps, cette religion. Que reste-t-il du pouvoir de critique de tout citoyen? Quelle place laisse-t-on aux débats d'idées? A l'individu face au groupe?
Mais peut-être faudrait-il réécrire le Coran pour qu'on cesse de lui faire dire ce qu'il dit. Est-ce blasphématoire? Après tout, le Rijksmuseum d'Amsterdam est bien en train de modifier le titre de certaines œuvres d'art (3) pour éviter des mots qui choquent, tels que nègres ou maures
A refuser d'analyser de manière critique les textes et les œuvres, à empêcher les regards différents, on glisse vers l'obscurantisme. Et, partant parfois d'un bon sentiment, on use de pratiques très staliniennes.
Résumons-nous: l'intelligence peut progresser encore.

(1) France Musique, La Matinale culturelle, 18 janvier 2016: http://www.francemusique.fr/emission/la-matinale-culturelle/2015-2016/omar-youssef-souleimane-dossier-du-jour-et-si-les-refugies-avaient-aussi-besoin-de
(2) il est toujours amusant (ou effrayant) de lire certaines bonnes âmes qui vous ressortent, dès qu'on critique l'islam, la (stupide) notion de race...
(3) A Amsterdam, les Maures ne passeront pas, Télérama, 13 janvier 2015.

dimanche 12 juillet 2015

Le vide des églises et des esprits

Plutôt en ruines que musulmanes. c'est ce que disent des églises abandonnées certains réactionnaires français face à la proposition de Dalil Boubakeur, le recteur de la mosquée de Paris, de transformer certaines d'entre elles  en mosquées. Pourquoi sont-elles abandonnées? Parce qu'elle n'intéressent plus grand monde, ni fidèles, ni prêtres, de moins en moins nombreux les uns comme les autres. Donc, si elles ne sont plus lieux de culte faute d'intérêt, qu'en faire? Des appartement, des discothèques, des boutiques, des restaurants, bref tout ce qui peut leur donner une nouvelle fonction. Tout, mais pas une mosquée. Quelle attitude est-ce donc là sinon celle de racisme? 
C'est l'hebdomadaire Valeurs actuelles qui a diffusé l'appel d'un certain Denis Tillinac à s'opposer au recyclage d'églises en mosquées (1). Quelles valeurs prône donc cet hebdomadaire? L'intolérance et la bêtise sont-elles des valeurs? C'est sans doute dans ce même magazine qu'on retrouvera les indignations de bonnes âmes scandalisées de voir des musulmans prier dans la rue, faute de mosquées pour les accueillir. Pourquoi ne même pas prendre le temps de se pencher sur cette proposition de Boubakeur, envisager des règles, des modalités?
Tillinac a été rejoint par d'autres réactionnaires qui co-signent son texte, notamment  Eric Zemmour et Alain Fielkenkraut. Ainsi qu'un certain Nicolas Sarkozy. Six mois après, Sarko reste fidèle à l'esprit du 11 janvier. De son 11 janvier. Pas l'esprit de Charlie, mais le sien. Cet esprit qui le pousse à jouer des coudes et à rouler des mécaniques.
Sarko, Zemmour, Fielkenkraut, Tillinac devraient se faire curés. L'Eglise embauche. On imagine bien qu'aucun d'eux n'est croyant (sinon en eux-mêmes et dans les valeurs du passé), mais l'évolution de la société les dépasse. Peu leur chaut qu'on mange ou danse dans d'anciennes églises, mais qu'on y prie un autre dieu que celui y fut célébré les choque. Que nous démontrent ces hommes-là ? Qu'ils ne sont qu'hommes du passé.

P.S.: Et voilà que chacun y va de ses commentaires largués à la vitesse  MachTweet,  celle à laquelle on en vient à dire n'importe quoi, après avoir lu deux mots d'un article. Bel (?) exemple:  Gilbert Collard, du parti de la famille Le Pen:
http://www.liberation.fr/politiques/2015/07/10/mosquee-et-eglise-quand-collard-s-emballe_1345646

(1) http://www.liberation.fr/societe/2015/07/09/des-mosquees-dans-les-eglises-n-en-deplaise-aux-precheurs-de-haine_1345470


mardi 16 juin 2015

Insomnies

Parfois, la nuit, l'homme ne trouve pas le sommeil. Il en profite pour se poser des questions. Et elles l'empêchent de dormir. Comment, se demande-t-il, comment les croyants de religions monothéistes font-ils pour vivre en acceptant qu'il y a d'autres religions, d'autres dieux que le leur? Chacun se dit-il que les autres sont dans l'erreur et que seul lui a vu juste? Et, si c'est leur dieu qui est à l'origine de l'univers, de la vie, de tout être, chacun est-il l'œuvre de son propre dieu ou les dieux se sont-ils partagé la terre et l'humanité? Le dieu des juifs a-t-il créé le bout de terre sur lequel est plantée la maison d'un juif? La famille d'un musulman est-elle entièrement le fait de son dieu? Et les animaux d'un berger catholique doivent-ils la vie au dieu de leur éleveur?
A force de questions, l'homme insomniaque se demande aussi jusqu'où ira le respect exigé par les religions et leurs affidés, s'il peut encore sortir un livre, ouvrir son journal dans un train, une salle d'attente ou un abribus sans susciter un mouvement de désapprobation si d'aventure ses lectures ne cadrent pas avec les choix et les valeurs de l'un ou l'autre de ses vis-à-vis. S'il peut encore parler de ce qu'il veut, exprimer doutes et critiques sans se faire traiter de provocateur.
En tout cas, mieux vaut ne plus parler de Charlie Hebdo, de ses dessinateurs et journalistes lâchement assassinés, de la liberté d'expression, de la folie islamiste. On ne sait jamais ce qui pourrait nous arriver. L'homme sait à présent qu'il vaut mieux n'en parler que chez soi, à l'abri des oreilles indiscrètes, mais surtout plus en public. 
Une universitaire qui devait intervenir prochainement dans un débat consacré à Charlie Hebdo à l'University of London Institute in Paris a reçu un courrier des organisateurs: réflexion faite, il faudrait changer de thème d'intervention ou alors de lieu, lui indique-t-on (1). Foolz illustre cet article par un dessin: trois personnes discutent: "Réfléchissons à une expo qu'on pourrait annuler sans choquer personne", dit l'une. Autre dessin, de Luz cette fois: "Méfiez-vous, dit un homme à un écrivain: écrire un livre risque d'attiser la haine de ceux qui n'en lisent pas." L'homme se dit qu'on peut évidemment comprendre le souci de sécurité d'organisateurs, mais qu'on ne peut laisser gagner des barbares ignares.
Voilà pourquoi l'homme dort mal.


(1) "Charlie sujet de débat interdit", Gérard Biard, Charlie Hebdo, 3 juin 2015.

lundi 23 février 2015

Et Dieu dans tout cela?

Etrange conception de la vie que celle de ces islamistes qui vouent la leur à la haine de qui n'est pas comme eux (barbu fou furieux). Consacrer sa vie à l'assassinat, à la violence, à la destruction, à la terreur, est-cela vivre? Et vivre selon la volonté d'un dieu? Si c'est le cas, il vaudrait mieux que ce dieu aux allures diaboliques n'existe pas.
On le sait, le Dieu des trois religions monothéistes est sensiblement le même. En tout cas, le profil de Yahvé, de Dieu et d'Allah a été - tout comme les religions qui les servent - dessiné à partir de sources communes. Celui des Chrétiens est présenté comme parfait. On peut supposer, sans y connaître grand chose, que les deux autres partagent cette même qualité qui englobe toutes les autres. On dit aussi que Dieu a créé l'homme à son image. Et là, allez savoir pourquoi, on a un doute. Car de deux choses l'une: ou Dieu s'est royalement planté et a raté sa création, en réalité très imparfaite, ou il l'a réussie, ce qui serait la preuve qu'il n'est lui-même pas parfait. Donc, on nous a raconté des bobards: Dieu n'est pas l'incarnation de la perfection (1).
Mais au moins est-il amour, nous disent les croyants, du moins certains d'entre eux. Et là aussi, inévitablement, on a des doutes. On pense aux croisades, à l'inquisition, à la guerre d'Espagne, à l'attitude de l'Eglise durant tant de guerres, à celle de prêtres au Rwanda, aux croisades islamistes, aux lapidations, aux mutilations et aux assassinats, à toutes ces horreurs pratiquées au nom d'un dieu quel qu'il soit. Oui, mais ce n'est pas notre dieu, nous disent les vrais croyants. Il faut donc comprendre que Dieu - quel que soit son nom -  n'est pas unique. Il y en a de nombreux: des gentils et des méchants, des aimants et des haineux, des parfaits et des imparfaits, des inspirateurs de gens bien et des gourous d'immondes crapules.
Résumons-nous: Dieu n'est pas celui que l'on croit.
A moins qu'il ne soit précisément que ce que l'on croit?

(1) et si, d'aventure, il l'était, il n'a alors pas besoin de sombres abrutis pour le défendre contre des caricaturistes qui l'égratignent.

mercredi 17 septembre 2014

Vrai ou faux?

Les religions, c'est compliqué. Il y a ceux qui savent les interpréter et appliquer leurs règles et puis il y a ceux qui ne savent pas.
Les combattants du pseudo-Etat islamique - qu'on n'oserait qualifier de chiens car on n'a jamais vu des chiens se conduire de manière aussi peu humaine - se trompent sur toute la ligne. Ce n'est pas là "le vrai Islam", affirment de vrais musulmans.
"Chaque fois qu'un acte de haine est commis au nom de l'islam, écrit Hicham Bou Nassif (1), les réseaux sociaux sont inondés de commentaires rappelant que l'islam n'est pas responsable de ces actes. Mais, ajoute-t-il, une rapide lecture du Coran nous permet de savoir que penser de ces affirmations." Et de citer notamment les extraits suivants:
Combattez (les chrétiens et les juifs) jusqu'à ce qu'ils paient directement le tribut après s'être humiliés. (Coran, 9/29)
- Ne prenez pas les juifs et les chrétiens pour alliés. Ils sont alliés les uns des autres. Quiconque parmi vous les prend pour alliés sera des leurs. Dieu ne guide pas les traitres. (Coran, 5/51)
"Il suffit de lire le Coran, poursuit Hicham Bou Nassif, pour y trouver quantité de versets du même acabit. Les islamistes n'hésitent d'ailleurs pas à les citer pour justifier leurs actions. Cela signifie donc bien que les versets du Coran hostiles aux juifs et aux chrétiens ont un impact direct sur le comportement et la pensée des djihadistes. Les arguments selon lesquels l'islam ne serait pas responsable des atrocités commises en son nom ne sont tout simplement pas recevables." L'auteur de l'article appelle les musulmans à un examen de conscience, à une nouvelle interprétation des textes sacrés. "Et, conclut-il, l'accusation d'islamophobie ne devrait pas servir à bâillonner tous ceux pour qui le problème va bien au-delà de l'EIIL."

Dalal Al-Bizri mène la même réflexion (2): "Face aux abominations de Daech (EIIL), tout le monde s'est mis à clamer  que le vrai islam, ce n'est pas ça. A commencer par les hommes de religion traditionnels, alors même qu'au fond d'eux mêmes ils n'ont qu'une idée en tête, une idée qui a présidé à leur formation et qui est au cœur de leur métier: l'extension de la charia au-delà de son champ d'application actuel (...)". Il évoque les mouvements islamistes dits modérés qui prônent une approche graduelle "- en participant par exemple aux élections - pour avancer étape par étape vers le but ultime, qui est, là encore, l'établissement du califat et l'application de la charia, y compris les peines corporelles que l'on sait". Il rappelle que ce sont ces modérés qui se sont élevés  violemment - fatwas à l'appui - contre les caricatures de Mahomet et contre l'interdiction du niqab dans l'espace public. "Est-ce que l'islam est à la fois religion et Etat, demande-t-il. Si la réponse n'est pas un oui sans restrictions, alors quelle est précisément la place de la religion dans l'Etat? (...) Peut-on imiter aujourd'hui la vie du Prophète et de ses compagnons telle que nous l'imaginons? C'est-à-dire en rétablissant la servitude, les lapidations, les exécutions systématiques, l'expansion indéfinie du territoire et l'abolition des frontières?"
Quel serait donc finalement, quel ce vrai islam, si celui du pseudo EIIL ne l'est pas?

Est-ce celui de ces imams marocains et autres qui violent, quasi impunément, les élèves des écoles coraniques (3)? 
Est-ce celui de ces barbus marocains qui ont flagellé, en pleine rue, un homme parce qu'il était ivre (4)? Pas ivre des paroles de Dieu, non ivre d'alcool, au retour d'un mariage. Ils lui ont infligé 80 coups de fouet, punition recommandée, selon eux, par le prophète. L'homme a porté plainte et ses agresseurs arrêtés, mais dans ce pays dirigé par le Commandeur des Croyants, on voit que religion et Etat se confondent et que la liberté et la laïcité ne sont pas à l'ordre du jour.

"Sur quelle base interdire aux terroristes de l'Etat islamique de se revendiquer musulmans?, demande Charb (5). Qui décide qui est musulman ou non? Est musulman celui qui est soumis à Dieu. Mais qui décide si la façon dont il se soumet est la bonne? (...) Les djihadistes de l'Etat islamique décapitent leur victimes avec un couteau en tranchant d'abord la gorge. Les bourreaux de la justice saoudienne, eux, utilisent un sabre qu'ils abattent sur la nuque. (...) Non, il ne faut que l'opinion puisse confondre les salauds de l'Etat islamique et les Saoud de l'Etat islamique qui vont nous aider à tuer les premiers."

On ne le dira jamais assez: les religions, c'est compliqué.


(1) L'islam est-il innocent?, in Now (Beyrouth), 24 juillet 2014 (publié dans le Courrier international du 21 août 2014).
(2) L'hypocrisie des "modérés", in Al-Modon (Beyrouth), 14 août 2014 (publié dans le Courrier international du 21 août 2014).
(3) Saint Viol en maison d'Allah, Zineb El Rhazoui, Charlie Hebdo, 10 septembre 2014.
(4) Le fouet à deux heures de Paris, Zineb El Rhazoui, Charlie Hebdo, 3 septembre 2014.
(5) Il y a islam et islam, Charlie Hebdo, 17 septembre 2014.