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dimanche 3 juillet 2016

Michel Rocard

C'est un homme d'Etat comme on en voit trop peu aujourd'hui qui vient de mourir. Un politique comme on voudrait en voir et entendre bien plus. Michel Rocard était un homme intelligent, intègre, à l'éthique et à l'exigence morale et intellectuelle fortes, qui n'aimait ni la langue de bois ni le clientélisme. Capable de s'opposer aux conservatismes, de gauche comme de droite, il s'est montré capable de dialoguer et de trouver des compromis. La France lui doit notamment la création du RMI, le revenu minimal d'insertion, et de la CSG, la contribution sociale généralisée. Vif opposant à la guerre d'Algérie, il réussit en tant que premier ministre à imposer la paix en Nouvelle-Calédonie. 
Ces dernières années, il s'était converti à l'écologie au nom de valeurs socialistes auxquelles il restait attaché.
Il déplorait l'évolution des médias, la primauté du simplisme et de la dérision. "Les professionnels de ce secteur (la télévision) ont choisi de privilégier le spectacle et l'affectif au détriment du fond", déclarait en 2010 ce politique qui vait le sens de la pédagogie. (1). "Dès que vous avez un entrelacs d'arguments ou de faits rassemblés pour comprendre un événement ou une simple information qui nécessiterait un début d'explication, c'est impossible: les acteurs de la télévision vous affirment qu'un tel exercice suppose une attention toute particulière qu'aucun téléspectateur n'est en mesure de soutenir".
A l'heure où on a le sentiment que tant de politiques ne courent que pour eux-mêmes, prêts à poignarder dans le dos leurs confrères du même parti, cet homme - qui, tout en évoluant, resta cohérent avec lui-même - restera un modèle.

(1) Le Vif, 22.10.2010.

http://www.lalibre.be/actu/international/michel-rocard-ex-premier-ministre-et-rival-de-mitterrand-est-mort-5778001d35708dcfedbc4e8c
http://www.huffingtonpost.fr/2016/07/02/mort-michel-rocard-cinq-citations-misere-monde_n_10787934.html?utm_hp_ref=france

lundi 3 janvier 2011

Les bas de la Marine

A tout saigneur, tout honneur: le premier billet de l'année 2011 est consacré à la fille à son bouledogue de papa, j'ai nommé Marine Le Pen. On ne parle plus que d'elle dans la presse française. Elle fait le buzz, comme on dit aujourd'hui. Toute la presse en parle, elle court les plateaux de télé, on se l'arrache. "Au plan médiatique, la diabolisation a vécu, écrit R. Ro dans le Vif (1), Marine Le Pen a été la vedette de toutes les émissions littéraires ou politiques de la rentrée. Je suis un produit d'appel, se réjouit-elle." "Il y a l'image télévisuelle et il y a la face cachée, poursuit R. Ro. Sur les plateaux, Marine Le Pen développe son programme économique pour sortir de l'euro; dans les fédérations, elle martèle les fondamentaux du parti, prônant la préférence nationale et la peine de mort pour certains crimes."
"La plus-value de Marine Le Pen, ajoute Jacques Julliard dans Marianne (2), comprend, rappelons-le, le rétablissement de la peine de mort, l'arrêt de l'immigration, la suspension du droit du sol, c'est-à-dire de la conception humaniste et non raciale de la nationalité, et l'on en passe. Mais c'est aussi, dans le domaine économique et social, la sortie de l'euro, le protectionnisme, la fermeture des frontières, en un mot, un improbable mélange de France seule à la Maurras et de socialisme dans un seul pays à la soviétique. Peu importe que ce programme de retour à l'âge de la pierre n'ait ni cohérence ni réalisme: il sert avant tout de marqueur social et tend à présenter le Front national comme l'aile populaire d'une vaste coalition de droite."
Et ça marche: "Marine Le Pen, si elle était candidate à l'élection présidentielle, pourrait dépasser 18% des suffrages. Des sondages, non encore rendus publics, l'indiquent", écrit Jean-Françis Kahn dans Marianne (2).
Les télés l'y aident bien. Elle y est une représentante politique parmi les autres, mais une excellente cliente. Le discours de l'extrême-droite s'est banalisé notamment grâce à la télé. On se souvient qu'il y a plus de vingt ans déjà, dans Ciel, mon mardi!, Christophe Dechavanne invitait des racistes et des anti-racistes. Comme si toutes les opinions se valaient et qu'il suffisait juste d'argumenter. De faire du spectacle en réalité, et donc de l'audience. Elle n'a pas de prix. Les discours de l'extrême-droite, réduits au simplisme, passent bien en télé. Face à une phrase slogan d'un extrémiste, il faut cinq minutes de contre-argumentation d'un démocrate. "Les professionnels de ce secteur (la télévision) ont choisi de privilégier le spectacle et l'affectif au détriment du fond", déclare Michel Rocard (3). L'ancien premier ministre estime que "dès que vous avez un entrelacs d'arguments ou de faits rassemblés pour comprendre un événement ou une simple information qui nécessiterait un début d'explication, c'est impossible: les acteurs de la télévision vous affirment qu'un tel exercice suppose une attention toute particulière qu'aucun téléspectateur n'est en mesure de soutenir". Donc, la Le Pen a raison, sur un point: elle est bien un produit d'appel. D'appel de quoi? Du simplisme, de la haine, de la bêtise? De tout cela à la fois sans doute.

Putain! Marine Le Pen, non, non.
Mais Marine Le Pen, non, non.
Tu le crois pas, tu le crois ça?
Katerine, "Le 20.04.2005"

(1) 17.12.2010
(2) 18.12.2010
(3) Le Vif, 22.10.2010