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mercredi 6 novembre 2019

Yaqua et Yaquapa

On connaissait les Yaqua. Ceux pour qui tout est simple, la politique, l'économie, le social. Y a qu'à faire comme ils pensent, comme ils savent. Parce que eux ont compris et ceux qu'ils ne (les) comprennent pas sont vraiment de sombres crétins.
Voilà qu'on découvre les Yaquapa. En tout cas, une Yaquapa. Julie Graziani est ce qu'on appelle une chroniqueuse. Entendez par là qu'elle pérore là où lui demande de le faire. Le boulot de ces personnes est de parler sur des plateaux de télé de tout et de rien. Et surtout de dire n'importe quoi. Graziani excelle dans ce genre d'exercice. C'est elle déjà qui, dans l'émission 28 minutes d'Arte (mais que faisait-elle donc là?), s'était interrogée sur la nécessité de protéger toutes les espèces animales. Elle estimait qu'il ne fallait garder que celles qui sont utiles (1).
Dernièrement, c'est depuis le plateau de LCI qu'elle nous a fait profiter de la finesse de ses analyses. Parlant d'une mère divorcée avec deux enfants, qui survit difficilement avec le SMIC, l'aigle de la télévision a laissé entendre que cette femme, dont elle ne sait absolument rien, se retrouve peut-être sans emploi parce qu'elle n'a pas "bien travaillé à l'école". Sans doute aussi, dit-elle, n'aurait-elle pas dû divorcer, n'aurait-elle pas dû ajouter des difficultés à d'autres. Bref, elle ne doit s'en prendre qu'à elle-même de sa situation. Elle n'avait qu'à pas. Elle doit arrêter de se plaindre, dit cette disciple de Zemmour.
Quand on atteint ce niveau d'extrême bêtise, il faut arrêter de parler. Mais que deviendra alors Julie Graziani? Personne ne lui a appris à formuler une réflexion intelligente. A-t-elle bien travaillé à l'école? Qui lui dira qu'elle doit cesser d'ajouter des stupidités au mépris? 
On voit par là qu'il vaut mieux couper sa télé. Il s'en déverse trop de fiel et une odeur d'égout.

Post-scriptum du 7 novembre: face au tollé suscité par les propos de Julie Graziani, elle a été virée par "L'Incorrect". Elle pensait qu'écrire pour ce magazine très très à droite permettait toutes les incorrections. Raté!
https://www.lalibre.be/culture/medias-tele/si-on-est-au-smic-il-ne-faut-peut-etre-pas-divorcer-julie-graziani-licenciee-apres-ses-propos-juges-scandaleux-5dc46471d8ad58130d8ba4f8 

(1) sur ce blog, "Espèce de...", 12.5.2019
(2)  https://www.lalibre.be/international/europe/si-on-est-au-smic-il-faut-peut-etre-pas-divorcer-une-chroniqueuse-francaise-choque-la-toile-en-voulant-defendre-emmanuel-macron-5dc18025d8ad58388747e7aa

vendredi 7 octobre 2016

Ces regards éclairants

Il est des journalistes qui nous apportent la lumière, qui nous guident dans la nuit permanente dans laquelle nous vivons, nous qui restons aveugles à ce qui nous entoure. C'est pourquoi on ne parle pas d'eux comme de vulgaires journalistes: ce sont des "éclaireurs", ceux de la nouvelle émission Actuality de France 2 qui veut "prendre le temps d'expliquer et de comprendre l'actu qui vous concerne, l'actu de votre quotidien, avec nos éclaireurs". C'est ce que nous apprend Samuel Gontier (dans son excellent billet hebdomadaire En léger différé, dans Télérama (1) ). L'animateur de l'émission présente l'une de ces intervenantes: "notre éclaireuse Isabelle Saporta, spécialiste des sujets relatifs à notre vie quotidienne". Et là, on se dit qu'on doit vraiment avoir affaire à une descendante de Pic de la Mirandole qui entendait tout savoir sur tout. Cette spécialiste de la vie quotidienne doit donc tout connaître de l'alimentation, de la santé, de la mode, de la culture, de l'école, du travail, du commerce, des loisirs, des sports, du jardinage, du sommeil, de l'hygiène, de l'ameublement, des vacances (du moins pour ceux pour qui elles font partie du quotidien), des transports, des médias, de la décoration, de la téléphonie, de la météo, de l'informatique, de l'économie, des banques et des animaux. On comprend mieux alors son statut d'éclaireuse. Cette Miss Encyclopédie est un phare dans nos vies quotidiennes où nous ne sommes que des amateurs.

(1) Télérama, 14 septembre 2016.

dimanche 31 janvier 2016

Et moi et moi, émoi

Ils crient au jeunisme, n'acceptent pas qu'on leur retire leur émission, même s'ils ont largement dépassé l'âge de la retraite. Ces animateurs télé estiment que le public de l'émission qu'ils présentent est leur public, que sans eux celui-ci serait orphelin, déboussolé, inconsolable. L'ego n'a pas de limite. Il est parfois boursouflé.
Julien Lepers a une explication à son licenciement de la présentation de "Questions pour un champion" qu'il anime depuis vingt-sept ans: "c'est de la dictature!" (1). A 66 ans, qu'espérait-il? Présenter encore l'émission pendant vingt ans et mourir en plein enregistrement?  A ne pas être capable de sentir soi-même qu'il est temps de céder la place et de passer à autre chose, on en devient pathétique. De qui est-on victime, sinon de son propre ego? (2) "Si je pouvais être le dernier des seniors, je ne serais pas mécontent", affirme Michel Drucker, 73 ans, qui estime que "les seniors ont aussi besoin d'un repère". Ce qu'il est, bien entendu: un phare pour le troisième et le quatrième âge. Les malades d'Alzheimer ne reconnaissent plus leurs proches, mais ont le sourire dès qu'ils voient Drucker sur leur écran.
La télé française vieillit. Son public et ses présentateurs n'aiment pas les bouleversements. Combien d'animateurs et de journalistes sont à l'antenne depuis vingt à trente ans, et parfois plus? Et si on ne veut plus d'eux sur une chaîne, ils sont récupérés par une autre. Arte avait, un temps, remis en selle PPDA et voilà que c'est France 5 - le service public encore - qui met à l'antenne Claire Chazal, éjectée du JT du week-end de TF1 (elle y gagnait 120.000 euros par mois, soit douze fois plus qu'un ministre...) (3).

La télévision est tout doucement devenue une immense maison de retraite, avec des animateurs de grand luxe, aux salaires scandaleusement indécents (4). Qui ne veulent pas voir qu'ils ont fait leur temps, tellement sûrs qu'ils sont indispensables à un public qui vieillit autant qu'eux. L'âge moyen des téléspectateurs d'Arte est de 62 ans, il est de 61 ans à France 3, 60 ans à France 5 et 59 à France 2 (5). Jean-Pierre Pernaut aura bientôt 66 ans, William Leymergie en a 68, Dave 71. Comment comprendre qu'on retrouve encore sur LCP Jean-Pierre Elkabbach présentant le magazine littéraire? Il aura quatre-vingts ans l'an prochain. Ce ne sont certes pas les soucis d'argent qui motivent tous ces présentateurs à rester à l'antenne. Mais cette grande question qui doit les angoisser: peut-on être et avoir été?
Et ce sont les mêmes qui dissertent sur ces hommes politiques qui s'accrochent au pouvoir. Les mêmes qui se demandent ce que font les gouvernements pour favoriser l'emploi des jeunes.
"Dans un pays où l'on grogne parce que l'âge de la retraite vient d'être reporté à 62 ans, dans un pays où l'on se moque de l'âge avancé des hommes politiques, dans un pays qui s'extasie surtout devant la jeunesse, politique et culturelle, des autres pays de l'Europe, comment ne pas applaudir à la mise à la retraite des présentateurs de plus de 65 ans?", demande Laurent Nunez dans Marianne (1). "Ne nous faites pas croire, dit-il aux animateurs figés, par la simple itération de votre présence, lustre après lustre, décennie après décennie, que rien ne change en France. Ne nous faites pas tomber dans ce piège malheureux, dans cette illusion défaitiste. C'est justement parce que notre société change, qu'il faut que les visages télévisés changent. Allez! Soyez plus responsables que nos hommes politiques."

(1) Laurent Nunez, Le renouvellement n'est pas le jeunisme!, Marianne, 22 janvier 2016.
(2) (re)lire sur ce blog "Coïtus interruptus", 28 juin 2014.
(3) http://www.journaldunet.com/economie/magazine/le-salaire-des-politiques-et-des-elus/ministre.shtml
(4) http://www.lepoint.fr/medias/les-salaires-des-animateurs-de-television-devoiles-26-03-2015-1916227_260.php
(re)lire sur ce blog "Le plus vieux métier du monde", 17 octobre 2011.
(5) Ménage à la trois, Télérama, 27 janvier 2016.


lundi 25 mars 2013

A table

Zapping à la télé ce samedi en fin d'après-midi. Tout le monde est à table.
Pas d'émission de cuisine, on y échappe cette fois, mais des eat and talk shows.
La 5 nous propose un résumé, un best of de la semaine visiblement, d'une émission qui réunit autour d'une table des chroniqueurs et leurs invités. Ils y mangent et y boivent tout en devisant.
Sur France 2, ils sont quatre à table, à l'intérieur, puis dans un jardin. Ils boivent (du vin eux aussi), mangent et discutent.
Il faut croire qu'il est particulièrement intéressant de suivre les propos d'intervenants qui parlent tout en mastiquant. Ainsi va la mode.
Au même moment, Euronews nous propose un sujet intitulé "Cholesterol Controversy". Rien ne vaut le régime méditerranéen, nous dit-on. On veut bien le croire.

mardi 27 décembre 2011

Crétinisier

A quoi sert un bêtisier? A faire rire? On a du mal à le croire. On cherche en vain l'humour. Un bêtisier sert à bêtifier le téléspectateur et remplit parfaitement le rôle, le seul (ou presque) qui soit désormais attribué à la télé: crétiniser.
A quoi sert un JT? A informer? On a du mal à le croire. On cherche en vain l'info intéressante. Après une séquence sur les échanges de cadeaux de Noël par de grossiers personnages dans les commerces, François De Brigode nous propose une rétrospective des faits divers de l'année écoulée. Il a constamment un sourire en coin, visiblement heureux de nous rappeler ce que nous croyions avoir réussi à oublier. Avec Nora Kalefeeh qu'il accueille sur le plateau, les dialogues sont poussifs. Tout le monde s'ennuie, de part et d'autre de l'écran.
Allez, 2012, année sans télé. Ils nous ont convaincus.

lundi 28 novembre 2011

Livre ou verre

L'image est devenue récurrente. On pourrait la croire d'Epinal, ne serait l'époque. Elle n'en est pas moins idiote. Voulez-vous montrer à la télévision que telle personne interviewée, sociologue, politologue, psychologue ou quelque métier en logue, a écrit un livre? Montrez-la lisant son propre livre. Ce qui n'a évidemment aucun sens. Ce qui sent la mise en scène sans idée. Les auteurs de livres passent-ils leur temps à lire leurs propres livres? On leur conseillerait d'en lire d'autres. Pour s'ouvrir l'esprit, par exemple. On voit par là que certains réalisateurs et/ou journalistes devraient ouvrir le leur.

Le livre électronique va tenter son entrée en force sous le sapin de Noël cette année, nous dit-on (1). Certains lecteurs font de la résistance, ils préfèrent le papier. On les rejoint. Lire un livre sur écran, c'est comme boire du vin dans un gobelet en plastique. Où est le plaisir? Sauf si c'est une piquette. D'ailleurs, l'auteur interviewé était justement Marc Lévy. Il disait que l'important, c'est de lire. Oui, mais avec plaisir, lui répète-t--on, et pour découvrir des saveurs sans précédent (comme dit Jean-Claude Pirotte).

(1) JT de France 2, 28 novembre 2011

lundi 16 mai 2011

Pirates contre critiques: 5-0

Apparemment, ce samedi 14 juin, un seul film était présenté au Festival de Cannes: le quatrième épisode des "Pirates des Caraïbes". La présence à l'écran et à Cannes de Johnny Depp et de Penelope Cruz suffisaient à en faire l'événement et à accaparer tous les "critiques". Pas de chance pour les autres films présentés ce jour-là: les Pirates ont pris toute la place. Au JT de la RTBF, Hugues Dayez estimait le film inintéressant mais y consacrait cependant l'ensemble de sa séquence du jour, avec le beau Johnny faisant son petit numéro en conférence de presse.
Au JT de France2, ce (visiblement mauvais) film faisait également l'événement dans un sujet gentillet. On y a appris qu'il y aurait une cinquième édition en préparation. On est content.
En zappant, on s'aperçoit que sur TF1 et sur Euronews, les Pirates des Caraïbes font le buzz, comme on dit aujourd'hui. Ou comment les JT se transforment en vitrines commerciales.
Le soir, c'était la grande soirée Eurovision. La télé, c'est vraiment le bonheur.

lundi 3 janvier 2011

Les bas de la Marine

A tout saigneur, tout honneur: le premier billet de l'année 2011 est consacré à la fille à son bouledogue de papa, j'ai nommé Marine Le Pen. On ne parle plus que d'elle dans la presse française. Elle fait le buzz, comme on dit aujourd'hui. Toute la presse en parle, elle court les plateaux de télé, on se l'arrache. "Au plan médiatique, la diabolisation a vécu, écrit R. Ro dans le Vif (1), Marine Le Pen a été la vedette de toutes les émissions littéraires ou politiques de la rentrée. Je suis un produit d'appel, se réjouit-elle." "Il y a l'image télévisuelle et il y a la face cachée, poursuit R. Ro. Sur les plateaux, Marine Le Pen développe son programme économique pour sortir de l'euro; dans les fédérations, elle martèle les fondamentaux du parti, prônant la préférence nationale et la peine de mort pour certains crimes."
"La plus-value de Marine Le Pen, ajoute Jacques Julliard dans Marianne (2), comprend, rappelons-le, le rétablissement de la peine de mort, l'arrêt de l'immigration, la suspension du droit du sol, c'est-à-dire de la conception humaniste et non raciale de la nationalité, et l'on en passe. Mais c'est aussi, dans le domaine économique et social, la sortie de l'euro, le protectionnisme, la fermeture des frontières, en un mot, un improbable mélange de France seule à la Maurras et de socialisme dans un seul pays à la soviétique. Peu importe que ce programme de retour à l'âge de la pierre n'ait ni cohérence ni réalisme: il sert avant tout de marqueur social et tend à présenter le Front national comme l'aile populaire d'une vaste coalition de droite."
Et ça marche: "Marine Le Pen, si elle était candidate à l'élection présidentielle, pourrait dépasser 18% des suffrages. Des sondages, non encore rendus publics, l'indiquent", écrit Jean-Françis Kahn dans Marianne (2).
Les télés l'y aident bien. Elle y est une représentante politique parmi les autres, mais une excellente cliente. Le discours de l'extrême-droite s'est banalisé notamment grâce à la télé. On se souvient qu'il y a plus de vingt ans déjà, dans Ciel, mon mardi!, Christophe Dechavanne invitait des racistes et des anti-racistes. Comme si toutes les opinions se valaient et qu'il suffisait juste d'argumenter. De faire du spectacle en réalité, et donc de l'audience. Elle n'a pas de prix. Les discours de l'extrême-droite, réduits au simplisme, passent bien en télé. Face à une phrase slogan d'un extrémiste, il faut cinq minutes de contre-argumentation d'un démocrate. "Les professionnels de ce secteur (la télévision) ont choisi de privilégier le spectacle et l'affectif au détriment du fond", déclare Michel Rocard (3). L'ancien premier ministre estime que "dès que vous avez un entrelacs d'arguments ou de faits rassemblés pour comprendre un événement ou une simple information qui nécessiterait un début d'explication, c'est impossible: les acteurs de la télévision vous affirment qu'un tel exercice suppose une attention toute particulière qu'aucun téléspectateur n'est en mesure de soutenir". Donc, la Le Pen a raison, sur un point: elle est bien un produit d'appel. D'appel de quoi? Du simplisme, de la haine, de la bêtise? De tout cela à la fois sans doute.

Putain! Marine Le Pen, non, non.
Mais Marine Le Pen, non, non.
Tu le crois pas, tu le crois ça?
Katerine, "Le 20.04.2005"

(1) 17.12.2010
(2) 18.12.2010
(3) Le Vif, 22.10.2010

samedi 4 septembre 2010

LA politique et LA télé

A un moment, elles étaient quatre sur le plateau du JT de la RTBF ce 3 septembre - et rien que quatre - pour commenter la crise. Deux journalistes, Nathalie Maleux et Johanne Montay, accueillaient deux politiques, Laurette Onkelinx et Joëlle Milquet. On voit par là que la politique et son traitement à la télé ont bien changé. Il y a vingt ans encore, on n'y aurait vu exclusivement que des hommes en cravate.