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jeudi 6 juin 2013

Cris et frémissements

Dans cette salle d'attente d'un hôpital, la télé diffuse un match de tennis féminin. On ne peut échapper aux cris d'une joueuse qui accompagnent chacune de ses balles. Elle ahane. On se dit qu'elle devrait arrêter de se faire du mal. Qu'attend la Ligue des Droits de l'Homme pour faire interdire Roland-Garros? En sortant, on voit les panneaux routiers invitant à respecter le silence autour de l'établissement.

Sur la Première (chaîne radio de la RTBF), on essaie d'écouter les infos. On ne peut échapper à la pub omniprésente et surtout à l'une d'elles, vociférante: un homme nous annonce en hurlant qu'il n'est pas coucou. S'informer est une activité qui réclame courage et abnégation.

Sur la Une télé (RTBF), dans le JT de 19h30, Malika Attar nous annonce pour ce soir (1) une de ces belles histoires dont elle a le secret: celle d'une maman qui a tué l'un après l'autre ses trois enfants dès leur naissance et a caché leurs corps dans son congélateur. On n'a pas encore vu l'émission qu'on a déjà hâte d'être le mercredi suivant pour découvrir une autre belle histoire de Tante Malika.

Allez savoir pourquoi, il y a des jours où on rêve d'île déserte.

(1) 5 juin 2013.

mercredi 23 janvier 2013

Elégance et vulgarité sont dans un bateau

La vulgarité se porte bien. Elle a de beaux jours devant elle. 
En témoigne la télévision, qui en est sans doute la plus belle vitrine.
Les émissions de télévision à la mode adorent que leurs participants se critiquent les uns les autres. Il est bon de dire tout le mal que l'on pense des capacités culinaires de la personne qui s'est coupée en quatre pour vous recevoir à sa table. 
Les émissions dites de téléréalité portent hélas bien leur nom et la réalité qu'elles nous proposent est souvent affligeante. On se met à rêver de fiction. 
Les émissions dites de talk show sont des émissions où il est de bon ton de rire. De tout et de n'importe quoi. Les intervenants sont venus pour rire - ils ne s'en privent pas - et faire rire - ce qui est autrement difficile.
Pour diffuser de la pub, la RTBF coupe en morceaux les films, les téléfilms et ses propres émissions, au risque de ressembler à une vulgaire télé commerciale. Elle y arrive.
Les JT des télévisions de service public (RTBF, France 2 notamment) commencent ces jours-ci par la neige. Il s'agit d'informer les téléspectateurs qui vivent volets clos que la neige est tombée, que les routes sont dangereuses, qu'il fait froid et qu'il vaut mieux rester chez soi derrière ses volets clos. Le reste de l'actualité est prié d'attendre ou de se faire discret.
Les journaux parlés et télévisés de la RTBF vont jusqu'à se muer en espaces de promotion de l'émission "The Voice", cousine de "la Star'Ac" et autre "Nouvelle Star". "Les FM, la télé, la Star Académie ont fait des ravages, affirme la chanteuse Claire Diterzi: on crée une vedette de toutes pièces, et une fois que le public se sent familier avec elle, on se demande ce qu'elle va chanter! C'est la surenchère de la facilité, de la vulgarité et du mercantilisme." (1)
Qui déteint sur qui?
Les forums sur internet sont investis par des intervenants qui ne tentent même pas de se faire comprendre et ont, en général, tout compris mieux que les autres qu'ils ne se privent pas d'insulter.
Et c'est sans doute dans le langage que la vulgarité s'exprime le mieux. Amis de la poésie, passez votre chemin.
"On est chaud boulette!" (2), affirme Sébastien Deschamps, conseiller communal écaussinois du groupe Ensemble. Il dénonce la limitation à cinq minutes, lors des réunions du Conseil, du temps de parole des conseillers. On n'ose imaginer ce qu'il pourrait dire en dix minutes. 
Récemment, une collègue enseignante me rapportait qu'une de ses étudiantes s'est présentée à son examen oral d'anglais en lui disant: "I am hot". Un autre a eu cette question pour le moins surprenante (et distinguée) à l'issue de son examen: "j'ai chié?".
Et pourtant, on aurait pu dire bien des choses en somme.
Ah! Qu'en termes élégants ces choses-là sont dites.

(1) Télérama, 23 janvier 2013 (longue interview de la remarquable Claire Diterzi et excellente critique de son nouvel album: "Le salon des refusées").
(2) LLB, 17 janvier 2013.

samedi 5 juin 2010

Non, rien de rien (air connu)

Franchement, je suis content de ne plus travailler à la RTBF, cette chaîne publique qui singe le privé en coupant sauvagement ses films et émissions avec de la pub.
Hier soir, je regardais la plaisante adaptation cinématographique de Michel Deville de la pièce de Georges Feydeau "Un fil à la patte". Par deux fois (au moins) le film a été brutalement interrompu par de la pub. Je n'ai pas eu l'occasion de découvrir le nom de tous les acteurs dans le générique final. Puisque celui-ci, après quelques secondes, a été hypocritement tourné de côté pour laisser place, une fois encore, à la pub. Quand une chaîne manifeste autant de mépris tant pour les réalisateurs et acteurs que pour ses téléspectateurs, elle n'est qu'une chaîne vulgaire. Une vulgaire chaîne.

Franchement, je ne regrette pas de ne pas faire campagne cette année. Elle est morne, sans âme, sans vie. Les panneaux électoraux peinent à se remplir. Les candidats eux-mêmes n'ont pas l'air d'en vouloir. Ou même d'y croire. Des déclarations passe-partout. Des projets banals. Le président du Ps rêve d'un "fédéralisme de prospérité". Un message petit-bourgeois. Prosper Di Rupo nous promet un impôt sur les grandes fortunes le jour où la famille socialiste aura la majorité absolue. Autant dire jamais. Pourquoi ne pas en appeler à un gouvernement rassemblant toute la gauche? Si tant est qu'il y ait encore une gauche chez nous. Une campagne mollassonne. Triste comme un frigo vide.
Ce qui ne m'empêchera pas d'aller voter quand même, bien sûr.

jeudi 28 février 2008

LA RTBF nous prend pour des cons

La publicité est plus triomphante et plus présente que jamais. Elle est capable de débarquer, pas gênée, sans crier gare, au beau milieu des émissions, même celles du service public, en télé comme en radio (La Semaine infernale ou le Jeu des Dictionnaires, par exemple). Autrefois, elle était placée avant ou après les émissions. Maintenant, elle surgit en leur milieu. Et plus personne ne s’en étonne ni ne s’en offusque. Il y a quelques années, des voix s’étaient élevées pour protester contre les interruptions publicitaires que la RTBF voulait introduire dans les coupures « naturelles » (!) des séries. (Les coupures sont qualifiées de naturelles dans la mesure où un passage au noir se fait très naturellement au beau milieu d’une scène pour qu’un spot publicitaire s’y glisse le plus naturellement du monde...). Déjà, on sentait bien que les responsables de la RTBF nous prenaient pour des cons.
Ce jeudi soir, je restais scotché devant « Le papillon noir », un téléfilm que diffusait la RTBF. Au départ, j’avais l’intention de ne regarder que la première demie-heure, en attendant que débute « Envoyé Spécial » sur France 2. Mais j’ai laissé passer l’heure, incapable de décrocher de cette fiction à l’intérieur même de laquelle il est impossible de distinguer fiction et réalité. Et puis, Cantona y est assez impressionnant dans ce rôle de vagabond peut-être psychopathe. Et peut-être pas. Et puis voilà que ce thriller bien construit est interrompu brutalement (le mot n’est pas trop fort) par une page de pub. Sur une chaîne de service public ! (peut-être faut-il dire « sévices publics » désormais ?). Je me suis dit : les cons, ils ont réussi à me faire décrocher. Je ne connaîtrai pas la fin de l’histoire. Je suis passé sur « Envoyé Spécial » et un excellent reportage de Caroline Fourest: "Hymen, le poids des traditions". Merci la pub !
Pour une fois, je me demande si Ego 1er, roi des Français, n'a pas raison, quand il appelle à la suppression de la pub sur les chaînes publiques. A quoi joue donc le service public ? A ressembler au privé ? A transformer ses téléspectateurs en consommateurs ? Et que fait le CSA ? Y a quelqu’un ?

Post-scriptum : en général, en télé, je zappe les pubs systématiquement, ou au moins je coupe le son, ou alors j’arrive à ne pas les voir ni les entendre. Mais je dois avouer qu’il y a une (et une seule) pub que j’aime bien : c’est celle pour Spa Reine, "l’eau qui purifie". Il y en a trois versions. A chaque fois, un verre de Spa est balancé à la figure d’un(e) gros(se) con(ne). C’est la seule pub, à ma connaissance, qui fasse du bien.