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jeudi 11 décembre 2025

Et la fraternité, bordel ?

"C'est une époque de brutalité, d'impunité et d'indifférence. Une époque où les règles reculent, où l'édifice de la coexistence est sous une attaque soutenue, où notre sens de la survie a été engourdi par les distractions et corrodé par l'apathie, où nous mettons plus d'énergie et d'argent pour trouver de nouveaux moyens de nous entretuer". Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l'ONU, n'a pas mâché ses mots (1). Près de 300 millions personnes ont actuellement besoin d'aide humanitaire d'urgence, mais les contributions des Etats sont en net recul. Résultat : chez les enfants de moins de cinq ans, on déplore cette année 200.000 décès de plus par rapport à 2024. Et partout dans le monde, des populations souffrent un peu plus encore de la guerre, de la misère, des conséquences du réchauffement climatique. 

Nous vivons des temps qui devraient rendre l'humanité honteuse d'elle-même. Les Etats-Unis cultivent comme jamais l'égoïsme et la vénération de l'argent et se replient sur eux-mêmes tout en mettant tout en œuvre pour voir l'Union européenne s'effondrer. La Russie dépense des fortunes considérables en armements dans le seul but de détruire et de conquérir et pousse l'Ukraine et l'ensemble de l'Europe à augmenter leur budget militaire. L'UE ferme de plus en plus ses frontières (3). Le Cambodge et la Thaïlande se font la guerre, tout comme l'Afghanistan et le Pakistan, Israël et le Hamas, le Rwanda et la RDC, les factions soudanaises entre elles. En Afrique, les coups d'Etat se multiplient et les islamistes terrorisent les populations du Sahel, du Mozambique et de tant d'autres pays. La Chine menace Taïwan. Les nationalismes ont le vent en poupe. Et la lutte contre le réchauffement climatique qui menace l'humanité n'intéresse plus grand-monde.

La devise française "Liberté, Egalité, Fraternité" qui devrait s'appliquer à l'ensemble de l'humanité est réduite à la seule notion de liberté, elle-même réduite à sa conception libertarienne : libre de posséder ce qu'on veut, d'agir comme on l'entend, d'écraser qui nous gêne dans notre volonté de puissance sans limite.

Le monde est une triste boutique.
Julos Beaucarne

(1) https://www.arte.tv/fr/videos/122482-244-A/arte-journal-08-12-2025/ (à partir de 14'50)
(2) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/12/08/achille-mbembe-nous-allons-assister-a-davantage-de-coups-d-etat-en-afrique_6656532_3212.html
(3) https://www.arte.tv/fr/videos/122482-245-A/arte-journal-09-12-2025/


samedi 31 août 2024

Terre des hommes

Dans la série "C'était mieux avant", voici le retour de l'apartheid. En Afghanistan. Il n'est pas fondé sur la race ou la couleur de la peau, mais sur le genre. Les hommes considèrent les femmes - leurs mères, leurs sœurs, leurs épouses, leurs filles - comme des sous-êtres humains, sans droits. L'apartheid est de retour et le monde regarde ailleurs.

Des femmes afghanes le chantent sur les réseaux sociaux pour défier les talibans : elles sont prisonnières dans leur maison parce qu'elles ont commis le crime d'être femmes. Le régime islamiste leur interdit de chanter, de réciter de la poésie, de lire en public, de se parfumer, de se maquiller, de regarder des hommes ou des photos d'êtres vivants( les talibans sont-ils des êtres vivants ?), de sortir seules, de travailler, d'aller à l'école au-delà de l'âge de douze ans. A l'inverse, elles ont l'obligation de sortir avec un homme pour faire leurs courses en étant alors intégralement voilées. La charia a encore été renforcée dans la cadre "de la prévention du vice et de la promotion de la vertu".

Il y a quelques mois, l'ONU invitait ces inconciliables à une conférence de réconciliation dans la perspective de réintégrer leur pays dans la communauté internationale. En trois ans, les Etats-Unis ont versé 21 milliards de dollars d'aide au gouvernement taliban pour éviter l'effondrement de la société afghane. Ce qui n'a rien évité : le pays est devenu celui d'une société inhumaine où le virilisme est poussé à son paroxysme et où les femmes ont le devoir de disparaître et sont quasiment tenues en esclavage.
On en rêve : les Afghanes, toutes les Afghanes, devraient pouvoir fuir leur pays, laisser ces mâles arriérés entre eux. Ils seraient obligés de manier autre chose qu'une kalashnikov et un fouet : une brosse à vaisselle, une louche, un aspirateur. Ces grands garçons brutaux apprendraient à vivre, ils deviendraient autonomes. Et peut-être un peu moins stupides et infects ?

Ici, ce n'est pas un endroit pour toi, c'est un couloir d'épines que de vivre pour une femme dans ce pays.
Kamel Daoud, extrait de son dernier roman "Houris" (dont l'action se passe en Algérie et revient sur la guerre civile des années 1990). (Gallimard, nrf, 2024)

https://www.arte.tv/fr/videos/117014-175-A/arte-journal-30-08-2024/

 

samedi 24 décembre 2022

Etudiants en non droit

Il n'existe visiblement pas de féminin au mot taliban. Il signifie étudiants et pas étudiantes. Ils viennent d'interdire l'université aux filles, après leur avoir interdit, en mars dernier, l'école secondaire. De plus, les femmes doivent porter la burqa ou un hijab en public, elles n'ont plus accès à la plupart des emplois publics, pas le droit de voyager sans être accompagnées d’un parent masculin, pas le droit d’entrer dans les parcs, les salles de sport et les bains publics. Qu'ont-elles encore le droit de vivre ?
On rêve de voir toutes les Afghanes quitter leur pays, laisser ces mâles barbares entre eux. On les imagine désemparés. Que signifie pour eux les termes mères, sœurs, épouses ? Esclaves ? Qu'étudient-ils, ces prétendus étudiants ou chercheurs ? La violence ? La méchanceté ? La bêtise ? Le patriarcat ? Le mépris ? Ils en sont spécialistes, il faut leur reconnaître.

(Pendant ce temps-là, on entend les bonnes âmes prétendre que le patriarcat et l'esclavagisme ne sont le fait que de l'Occident et que le voile est un choix respectable. Je vomis les bonnes âmes.)