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mardi 21 octobre 2025

Une misogynie plus puissante qu'un séisme

Autant prévenir les braves âmes : ce billet pourrait leur paraître islamophobe.
Les talibans, ces fous furieux de Dieu, confinent les femmes afghanes dans leurs cuisines. Elles ne sont bonnes qu'au repos du guerrier, à son nourrissage et à son entretien. Elles n'ont plus aucun droit, doivent se cacher entièrement sous leur burqa et sont même à présent obligées de masquer leurs fenêtres pour ne pas être vues des voisins ou des passants. 
Suite aux séismes ravageurs qui ont secoué l'Afghanistan début septembre et qui ont fait plus de 2200 morts, les talibans ont donné priorité à la charia. Des femmes n'ont pu être sauvées par les hommes qui ont interdiction de les toucher. Et il n'y a plus de médecins femmes, ni d'infirmières, les talibans ayant privé les femmes de tout enseignement médical. De plus, depuis le retour au pouvoir des talibans, en août 2021, une grande partie des fonctionnaires et technocrates ont été remplacés par des personnes choisies pour leur orthodoxie au regard de l’islam. Beaucoup de travailleurs de la santé ont été licenciés ou se sont exilés (1).

L'école leur étant interdite au-delà de l'âge de douze ans, les filles et femmes afghanes n'avaient plus qu'Internet pour se former, communiquer entre elles et s'ouvrir à l'extérieur. Même cette fenêtre leur est aujourd'hui fermée. Les talibans ont fait couper la liaison à la fibre optique. Son installation en 2007 avait coûté soixante millions de dollars au gouvernement afghan de l'époque et ses neuf mille kilomètres de réseau permettaient de relier aux réseaux mondiaux vingt-six des trente-et-une provinces du pays. Aujourd'hui, cette infrastructure ne sert plus à rien. Il ne faudrait pas que les Afghanes puissent se former. "Le plus terrifiant est la date choisie, écrit Khadija Haïdary (2). Cette décision coïncide en effet avec le quatrième anniversaire de la promulgation par les talibans de la loi interdisant aux adolescentes d'aller à l'école : les cours en ligne étaient l'une des dernières bouffées d'oxygène des jeunes Afghanes privées d'instruction ; pour des centaines de milliers de jeunes filles, la fin brutale d'Internet signe la disparition de leur seul accès au savoir et de tout lien avec le monde extérieur."

Les réfugiés afghans qui vivaient en Iran, au Pakistan, en Europe et d'autres pays sont à présent renvoyés en grand nombre vers leur pays désormais considéré comme apaisé. Apaisé mais en guerre contre ses femmes, victimes de la haine pathologique des talibans. Toutes les femmes afghanes devraient pouvoir se réfugier dans des pays qui respecteront pleinement leurs droits. Et laisser les talibans entre eux. De toute façon, ce pays sent déjà la mort.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/09/12/seisme-en-afghanistan-les-femmes-privees-de-soins-en-raison-des-regles-religieuses-edictees-par-les-talibans_6640616_3244.html
(2) Khadija Haïdary, "Afghanistan - L'éducation ne tient plus qu'à la fibre", Zan Times, 23.9.2025, in Le Courrier international, 9.10.2025. 
Zan Times est un site d'information et d'enquêtes créé par des femmes journalistes suite à la reprise de Kaboul par les talibans an 2021. Dirigé depuis le Canada, il couvre l'actualité de l'Afghanistan.

mardi 1 octobre 2024

Le pape est l'avenir de l'homme

Le procès de Dominique Pélicot et des cinquante-et-un hommes qui ont violé sa femme à son invitation indique combien l'éducation sexuelle et affective est indispensable (quoi qu'en disent des esprits qui se veulent purs et surtout aveugles). Et à quel point on est toujours dans une conception préhistorique du rapport entre les hommes et les femmes (mais peut-être l'homme de Cro-Magnon était-il plus respectueux de ses compagnes). C'est sa femme, il en fait ce qu'il veut, a affirmé un des violeurs. Une femme réduite à un objet de consommation.

En parallèle à ce procès, s'en mène un autre, qui n'a rien à voir : celui de Peter Cherif accusé d'être l'organisateur du massacre de l'équipe de Charlie Hebdo (1). Fatma, son ex-femme, y a témoigné. Elle a été déscolarisée à 11 ans par son frère, contrainte à porter le voile intégral, interdite de quitter le domicile familial, puis mariée mineure à Peter Cherif qui l'a séquestrée durant des semaines dans sa chambre, à peine nourrie, battue et "tellement violée" qu'elle ne sait "plus combien de fois c'est arrivé". Après tout, c'était sa femme, il en fait ce qu'il veut. 
Aux Etats-Unis, J.D. Vance, l'alter ego d'Ubu Trump, estime que les États-Unis sont dirigés par “une horde de folles à chats sans enfants qui ont raté leur vie et qui veulent donc que le reste du pays soit aussi malheureux qu’elles”. Pour lui, les femmes sans enfant sont des "désaxées" et des "sociopathes". Toute femme doit avoir des enfants. Elle est faite pour cela. Et sans doute uniquement pour cela.
Et voilà que le pape François, interpellé lors de sa visite en Belgique sur la place des femmes dans l'Eglise, affirme que "la femme est accueil fécond, soin, dévouement vital".  A qui doit-elle se dévouer totalement  ? A son mari, à ses enfants et à ses parents sûrement. Il a aussi annoncé sa volonté de béatifier Baudouin, un roi "courageux", qui avait "choisi de quitter son poste pour ne pas signer une loi meurtrière". Pour rappel, Baudouin s'était mis, en 1990, en IVR (interruption volontaire de règne) pour ne pas signer la loi dépénalisant l'IVG. "Un avortement est un homicide, les médecins qui font cela sont, si vous me permettez l’expression, des tueurs à gages", affirme le pape qui, comme tous ses prédécesseurs, entend régenter la vie des femmes. Après tout, ce sont ses sœurs, il en fait ce qu'il veut (2). 

La femme appartient à l'homme. D'ailleurs, dès le mariage elle perd son identité pour endosser celle de son époux. Pourquoi la France reste-t-elle toujours aussi rétrograde en la matière ? L'administration donne automatiquement le nom de son mari à une femme mariée. Ce qui a pour seul sens d'affirmer la  domination de l'homme sur "sa" femme, l'appartenance de celle-ci au mâle dominant. Aujourd'hui, alors que les couples homosexuels peuvent se marier, cette imposition du nom du mâle n'a définitivement plus aucun sens, mais perdure, sans être remise en question.

Pendant ce temps, des hommes se retrouvent entre eux au Bali Time Chamber - on se bouscule pour participer à ces stages : "c’est reconnexion à la nature, salle de muscu, sauna, jacuzzi, bain glacé, massages et un kilo de viande par jour !", explique sur France Inter Mathilde Serell (3). "Nous vivons dans une période d’hommes faibles, d’hommes qui n’ont jamais appris ce que signifiait être un homme fort", affirme un participant qui, comme les autres, souffre de l'angoisse du déclin et de la perte de sens et le trouve dans l'entre-soi masculin, la musculation et la viande. Ils devraient écouter le pape et J.D. Vance, ils se sentiraient soutenus.

(1) Jean-Loup Adénor, "Procès Peter Cherif - Quand l'ex-djihadiste veut faire pleurer la galerie...", Charlie Hebdo, 25.9.2024.
(2) A lire : https://www.levif.be/opinions/chroniques/la-sacree-paire-de-melanie-geelkens-cher-pape-le-courage-appartient-a-ces-femmes-qui-osent-avorter/
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/un-monde-nouveau/un-monde-nouveau-du-lundi-30-septembre-2024-8383407

dimanche 8 septembre 2024

L'erreur de Dieu

Dieu n'aurait-il pas fait une lourde erreur lors de la création ? On se le demande en voyant l'attitude de tant de régimes théocratiques vis-à-vis des femmes. Il n'est pas que les talibans qui les haïssent et veulent les cacher. Eux, c'est totalement : ils veulent les invisibiliser. Mais le régime iranien n'est pas en reste. Pas plus que l'Algérie, le Maroc, le Pakistan, le Yemen, l'Egypte, l'Arabie saoudite et tant d'autres pays où les gouvernements ont mis Dieu au pouvoir pour pouvoir mieux asservir les femmes.
En Iran récemment, une femme a reçu dans la moelle épinière une balle tirée par un policier. Elle avait eu l'outrecuidance de conduire sa voiture sans voile. "C'est bien le signe que le régime n'a aucune intention de lâcher sur la question du voile, affirme Shirin Ebadi (ancienne juge, exilée en Grande-Bretagne, Prix Nobel de la Paix), parce qu'il est très clair que le voile est désormais devenu la bannière du combat contre le système en place." (2)
La dessinatrice marocaine Zainab Fasiki défend les droits des femmes et la laïcité. "Quand on est une fille, il faut toujours penser à l'honneur de la famille. J'avais la rage, alors j'ai commencé à publier des dessins de femmes nues sur les réseaux sociaux. Ça a suscité énormément de réactions. Je voulais montrer que le corps féminin n'est pas libre. Mais pourquoi associer forcément le corps des femmes à la sexualité ? Je voulais montrer que le corps féminin peut être un objet artistique, et pas seulement un objet sexuel." Zainab Fasiki a publié une bande dessinée sur le corps et la sexualité (3) et créé une plateforme pour permettre aux jeunes d'accéder à l'éducation sexuelle. Elle est censurée en Egypte, sait qu'elle pourrait être arrêtée en Algérie et est menacée de mort par les islamistes au Maroc.
"Ici, ce n'est pas un endroit pour toi, c'est un couloir d'épines que de vivre pour une femme dans ce pays", dit Aube, la narratrice de "Houris", (5) au fœtus qu'elle porte. Plus loin, elle lui dit encore : "Une femme ne voyage pas seule en Algérie, encore moins un jour de Sacrifice. Il y a des choses que tu ne pourras jamais faire si tu viens dans ce monde. Par exemple, déambuler seule sous l'averse, t'asseoir seule sur un banc face à une montagne qui refuse de te parler, dans un jardin public. Ou bien t'habiller selon tes envies, rire dans la rue, ou encore remercier un inconnu qui te collera dans le dos en croyant que tu es une prostituée, car tu a été gentille comme une plante d'intérieur. (...) Il y a des choses que Dieu nous interdit : (...) hériter d'une part égale à celle de l'homme, s'épiler pendant le mois du jeûne, montrer ses bras nus ou encore élever la voix, chanter dans la rue, fumer des cigarettes, boire du vin, répondre aux coups de pied". 

Selon certains islamistes, une femme qui ose montrer ses bras nus ou ses cheveux serait possédée par le diable. C'est donc que Dieu a fait une erreur. Il aurait dû faire naître la femme toute habillée et sans cheveux. S'il n'avait pas voulu que les hommes voient le corps des femmes il l'aurait d'emblée couvert.
Mais peut-être tous ces barbus qui obligent les femmes à se voiler la tête ou même l'ensemble du corps ne sont-ils que des blasphémateurs qui insultent la création divine. Et, après tout, si on va au bout d'une logique qu'ils n'ont pas mais exercent cependant : Dieu n'aurait pas dû créer les femmes. Laisser entre eux ces hommes que révulse le corps d'une femme et qu'ils sont prêts à violenter s'ils le voient. 

(1) (Re)lire sur ce blog "Terre des hommes", 31.8.2024.
(2) "En Iran, les violence et la répression contre les femmes sont plus féroces que jamais", Charlie Hebdo, 21.8.2024.
(3) Zainab Fasiki, "Hshouma. Corps et sexualité au Maroc", Massot Editions.
(4) "Pourquoi associer forcément le corps des femmes à la sexualité ?", Charlie Hebdo, 4.9.2024.
(5) Kamel Daoud, "Houris", Gallimard, 2024.

Charlie Hebdo vient de publier un hors-série : "Iran - Les femmes ne lâchent rien".

(Re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2013/07/la-femme-nest-pas-un-homme-comme-les.html

samedi 31 août 2024

Terre des hommes

Dans la série "C'était mieux avant", voici le retour de l'apartheid. En Afghanistan. Il n'est pas fondé sur la race ou la couleur de la peau, mais sur le genre. Les hommes considèrent les femmes - leurs mères, leurs sœurs, leurs épouses, leurs filles - comme des sous-êtres humains, sans droits. L'apartheid est de retour et le monde regarde ailleurs.

Des femmes afghanes le chantent sur les réseaux sociaux pour défier les talibans : elles sont prisonnières dans leur maison parce qu'elles ont commis le crime d'être femmes. Le régime islamiste leur interdit de chanter, de réciter de la poésie, de lire en public, de se parfumer, de se maquiller, de regarder des hommes ou des photos d'êtres vivants( les talibans sont-ils des êtres vivants ?), de sortir seules, de travailler, d'aller à l'école au-delà de l'âge de douze ans. A l'inverse, elles ont l'obligation de sortir avec un homme pour faire leurs courses en étant alors intégralement voilées. La charia a encore été renforcée dans la cadre "de la prévention du vice et de la promotion de la vertu".

Il y a quelques mois, l'ONU invitait ces inconciliables à une conférence de réconciliation dans la perspective de réintégrer leur pays dans la communauté internationale. En trois ans, les Etats-Unis ont versé 21 milliards de dollars d'aide au gouvernement taliban pour éviter l'effondrement de la société afghane. Ce qui n'a rien évité : le pays est devenu celui d'une société inhumaine où le virilisme est poussé à son paroxysme et où les femmes ont le devoir de disparaître et sont quasiment tenues en esclavage.
On en rêve : les Afghanes, toutes les Afghanes, devraient pouvoir fuir leur pays, laisser ces mâles arriérés entre eux. Ils seraient obligés de manier autre chose qu'une kalashnikov et un fouet : une brosse à vaisselle, une louche, un aspirateur. Ces grands garçons brutaux apprendraient à vivre, ils deviendraient autonomes. Et peut-être un peu moins stupides et infects ?

Ici, ce n'est pas un endroit pour toi, c'est un couloir d'épines que de vivre pour une femme dans ce pays.
Kamel Daoud, extrait de son dernier roman "Houris" (dont l'action se passe en Algérie et revient sur la guerre civile des années 1990). (Gallimard, nrf, 2024)

https://www.arte.tv/fr/videos/117014-175-A/arte-journal-30-08-2024/

 

vendredi 22 mars 2024

Sainte haine des femmes

"Préserver les principes religieux et sauvegarder les normes et les valeurs culturelles”, voilà comment un député gambien a défendu un projet de loi visant à lever l’interdiction des mutilations génitales féminines (MGF) en vigueur dans le pays depuis 2015. Et très peu respectée. L’interdiction de l’excision est, selon ce député, une violation directe du droit des citoyens à pratiquer leur culture et leur religion. Exciser les femmes serait donc un droit. Imposé par une religion patriarcale. 

Le parlement gambien compte cinquante-huit députés et quarante-deux parmi ceux qui étaient présents ont voté en faveur de ce texte préhistorique. Seuls quatre députés ont voté contre. Le projet de loi est renvoyé devant une commission parlementaire qui doit effectuer un dernier examen avant un vote final dans trois mois. Selon la BBC, "les militants et défenseurs des droits de l’Homme dénoncent un “dangereux précédent” pour les droits des femmes en Gambie, pays à majorité musulmane et appellent à une mobilisation générale aussi bien à Banjul qu’à l’étranger". A contrario, "plusieurs militants pro-MGF se sont fortement mobilisés dans la capitale pour apporter leur soutien à ce texte". Ainsi donc, on peut militer pour pouvoir mutiler les femmes. Ce genre de rassemblement n’est pas une première en Gambie "où une personne qui est le parent d’un enfant mineur et qui s’oppose à ce que celui-ci subisse une MGF peut faire face à de la discrimination sociétale et à de l’ostracisme parce qu’il va à l’encontre des traditions culturelles ou familiales”, écrivait en 2016 le Home Office du Royaume-Uni. Si cet infâme projet de loi devait aboutir, la Gambie deviendrait le premier pays au monde à supprimer les protections contre les mutilations génitales féminines.

“Les autorités ne doivent pas se concentrer sur l’obligation religieuse et ignorer le mal et la douleur liés aux MGF”, affirme Jaha Dukureh, fondatrice de Safe Hands for Girls. “Nous refusons d’être réduites au silence. Nous refusons de rester les bras croisés pendant que les corps de nos filles sont mutilés, leurs futurs violés et leurs rêves brisés.” D'autres craignent que la levée de cette interdiction ne soit que la première d'une série d'autres, telle celles qui interdisent le mariage des enfants et les violences domestiques.
"Le corps des filles leur appartient et les mutilations génitales féminines les privent de l'autonomie de leur corps et leur causent des dommages irréversibles", écrit le bureau des droits de l’Homme de l’ONU en Gambie qui a également demandé le retrait du projet de loi.

Les imams qui ont fait pression sur les parlementaires sont en train de gagner. Le premier rôle des religions est visiblement de soumettre les femmes, de les priver de tout plaisir et de les maintenir à la maison sous le contrôle des hommes.
La grande marche arrière à laquelle on assiste un peu partout dans le monde se poursuit en Gambie.
Résumons-nous : les imams haïssent les femmes.

https://fr.africanews.com/2024/03/19/gambie-le-debat-sur-lexcision-renvoyee-devant-une-commission-nationale/

mercredi 8 mars 2023

Cette sainte haine des femmes

Les islamistes exècrent les mécréants (qui ne pense pas exactement comme eux est mécréant), mais plus que tout ils détestent les femmes. Surtout quand elles ont le culot de se révolter ou de vouloir se former. 
Depuis octobre, c'est par centaines que des écolières et des lycéennes ont été gravement intoxiquées dans leurs écoles en Iran. Fin février, au moins une trentaine (certains parlent d'une centaine) d'établissements scolaires ont été touchées par de mystérieuses attaques. Des objets s'apparentant à de petites bombes sont jetés dans l'enceinte des écoles, dégageant de la fumée et des odeurs extrêmement désagréables. Les jeunes filles étouffent, n'arrivent plus à respirer, souffrent de nausées, de maux de tête, d'engourdissements, de palpitations. Fin février, on dénombrait au moins 830 victimes, dont un grand nombre a été hospitalisé. Seules les écoles de filles sont visées, pas celles qui accueillent les garçons.
Les autorités minimisent. C'est "la nature faible" de ces jeunes filles qui explique leurs malaises. En réalité, tout laisse croire que c'est l'affaiblissement du régime des mollahs, secoué par une virulente contestation, qui est en cause. Il veut prouver sa force en s'attaquant aux filles. Dans un reportage, on entendait une mère jurer que plus jamais elle ne mettrait ses filles à l'école. C'est vraisemblablement le but visé.
"Au sein de la société iranienne, écrit Le Monde (1), de plus en plus de voix commencent à accuser le régime d’être derrière ces événements dans le but de revenir sur certaines libertés obtenues ces derniers mois par les contestataires. De fait, les femmes sont de plus en plus nombreuses à décider de ne plus couvrir leurs cheveux, en dépit de la loi iranienne qui l’impose. « L’empoisonnement dans les écoles de filles, dont le caractère intentionnel a été confirmé, n’est ni arbitraire ni accidentel. Toucher à la liberté vestimentaire acquise grâce à la contestation nécessite de répandre la peur », avertit sur Twitter le célèbre instituteur Mohammad Habibi, de Téhéran. Pour ce syndicaliste tout juste sorti de prison, le seul moyen d’arrêter cette mystérieuse série d’empoisonnements passe par une importante mobilisation du monde de l’éducation."

Même situation dans l'Afghanistan des talibans, ces soi-disants étudiants. Dans les années '90, 40% des médecins étaient des femmes, 70% des professeurs des écoles, 60% des professeurs d'universités, près de 50% des étudiants. Aujourd'hui, seules 14% des femmes savent lire (2).
La plupart des emplois sont interdits aux femmes, elles doivent se couvrir non seulement la tête mais aussi le visage, ne peuvent sortir qu'accompagnées d'un homme, ne peuvent accéder à l'université, pas plus qu'aux parcs publics. Les talibans autant que les mollahs iraniens haïssent les femmes, elles n'ont selon eux pour fonction que de tenir un ménage et faire des enfants. 
Faizan Mustafa rappelle (2) que Mahomet a dit : "Tout musulman homme ou femme doit rechercher la connaissance" et aussi "A qui prend le chemin de la recherche de la connaissance, Allah fera prendre l'un des chemins du paradis". Ce spécialiste en droit constitutionnel relève que Aïcha, la femme du Prophète, était une érudite, que le Coran ou les hadiths n'évoquent aucune interdiction pour les femmes d'acquérir des connaissances et que c'est une femme, Fatima Bint Muhammad Al-Fihriya, qui a créé une des premières universités modernes du monde, celle de Fès : l'université Al-Quaraouiyine. "Ce que les talibans font aux femmes est anti-islamique", dit-il.
Ce n'est pas une question de culture ou de religion, affirme Rina Amiri, envoyée spéciale américaine pour les droits des femmes et des filles. "La communauté mondiale, disait-elle en début d'année (3), doit s'élever contre ces pratiques extrémistes, ou les talibans se sentiront plus forts et inspireront d'autres atteintes aux droits des femmes, des filles et des populations vulnérables ailleurs dans le monde". Visiblement, c'est le cas en Iran à présent. 
"Etre une fille est aujourd'hui un crime haïssable, et ce soir je maudis le Créateur de m'avoir faite pour mener une existence si misérable et humiliante", écrivait récemment une étudiante afghane.

En Iran, les femmes emprisonnées parce qu'elles s'opposent au régime islamique sont violées. "Est-ce que c'est dans le Coran ?", demande l'avocate Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix 2003 (4). "C'était un des slogans des manifestants : Est-ce que le viol, c'est écrit dans le Coran ? Avec ce simple slogan, le peuple leur a dit : vous n'êtes pas des religieux. Au fond, le peuple iranien a toujours été très laïque. Et a fortiori maintenant. Les Iraniens ont vu ce qu'était une religion qui gouverne. Ils sont devenus laïques."

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2023/03/01/en-iran-des-dizaines-d-ecolieres-victimes-d-intoxications-malveillantes_6163710_3210.html
A lire aussi : https://www.lalibre.be/international/moyen-orient/2023/03/05/en-iran-les-cas-dintoxication-continuent-lenquete-se-poursuit-des-echantillons-suspects-retrouves-43DW2BQJ4FCP7EIKXRHGF37UHE/
https://www.huffingtonpost.fr/international/article/collegiennes-empoisonnees-en-iran-l-enquete-n-avance-pas_214841.html
(2) Faizan Mustafa, "Interdire l'université aux femmes est anti-islamique", The Indian Express  (Bombay), 28.12.2022 in Le Courrier international, 12.1.2023.
(3) Zahar Joya, "Etre une fille est un crime", Rukhshana Media (Kaboul), 5.1.2023, in Le Courrier international, 12.1.2023. 
(4) Rencontre avec Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix 2003, Charlie Hebdo, 18.1.2023.
Sur le même sujet, (re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/01/dieu-orphelin-de-naissance.html

samedi 24 décembre 2022

Etudiants en non droit

Il n'existe visiblement pas de féminin au mot taliban. Il signifie étudiants et pas étudiantes. Ils viennent d'interdire l'université aux filles, après leur avoir interdit, en mars dernier, l'école secondaire. De plus, les femmes doivent porter la burqa ou un hijab en public, elles n'ont plus accès à la plupart des emplois publics, pas le droit de voyager sans être accompagnées d’un parent masculin, pas le droit d’entrer dans les parcs, les salles de sport et les bains publics. Qu'ont-elles encore le droit de vivre ?
On rêve de voir toutes les Afghanes quitter leur pays, laisser ces mâles barbares entre eux. On les imagine désemparés. Que signifie pour eux les termes mères, sœurs, épouses ? Esclaves ? Qu'étudient-ils, ces prétendus étudiants ou chercheurs ? La violence ? La méchanceté ? La bêtise ? Le patriarcat ? Le mépris ? Ils en sont spécialistes, il faut leur reconnaître.

(Pendant ce temps-là, on entend les bonnes âmes prétendre que le patriarcat et l'esclavagisme ne sont le fait que de l'Occident et que le voile est un choix respectable. Je vomis les bonnes âmes.)

mardi 10 mai 2022

Talibans et bonnes âmes

De bonnes âmes occidentales voulaient se (et nous) persuader qu'ils avaient changé. Que les talibans nouveaux étaient arrivés, que ceux de 2021 n'étaient pas ceux de 1996. Mais les talibans restent ancrés dans un passé qui n'a sans doute jamais existé, dans une époque où l'homme avait tellement peur de la femme qu'il l'obligeait à se cacher pour qu'elle disparaisse de sa vue, une époque où l'homme se voyait comme un animal soumis à ses pulsions sexuelles. En 2022, ils se voient toujours de même : de pauvres êtres qui ne peuvent se maîtriser. Aussi, les talibans, après avoir interdit aux Afghanes de prendre l’avion sans parent masculin et fermé les collèges et lycées aux filles, viennent-ils d'obliger ces mêmes femmes à porter un voile intégral dans l’espace public, de préférence la burqa. "Car c’est traditionnel et respectueux". Respectueux de qui ou de quoi ? Certainement pas des femmes réduites à l'état de fantômes.
« Les femmes qui ne sont ni trop jeunes ni trop vieilles devraient voiler leur visage, à l’exception de leurs yeux, selon les recommandations de la charia, afin d’éviter toute provocation quand elles rencontrent un homme » qui n’est pas un proche membre de leur famille, précise le décret qu'ils ont adopté. Et si elles n’ont pas d’importante tâche à effectuer à l’extérieur, il est « mieux pour elles de rester à la maison ». C'est la patriarcat le plus abject érigé en loi.
« L’islam n’a jamais recommandé le tchadri, a réagi une militante des droits des femmes restée en Afghanistan, sous le couvert de l’anonymat. Les talibans, au lieu d’être progressistes, retournent en arrière. Ils se comportent comme lors de leur premier régime, ce sont les mêmes qu’il y a vingt ans. » (1)

Pendant ce temps dans nos pays, les mêmes bonnes âmes occidentales défendent le port du voile et s'attaquent violemment à qui ose le critiquer et même à celles qui se plaignent  d'être injuriées.
Il y a quelques jours, lors d'une réunion organisée par le Café laïque à Bruxelles, une habitante de Molenbeek, Nathalie, a témoigné de son vécu : pour aller au marché, elle - qui n'est pas musulmane - se voilait. Elle profitait ainsi de meilleurs prix, mais surtout elle évitait de se faire insulter, voire de se faire cracher dessus. Elle a témoigné de cette expérience sur Internet. Mal lui en a pris, puisqu'elle a été licenciée par son employeur pour faute grave : propos racistes. Et son syndicat l'a radiée, refusant de défendre "une raciste". Il faut donc taire le sexisme et les insultes. Les subir en silence. Et laisser une religion imposer sa loi scandaleuse dans la rue.

Il en va de même ailleurs. A Grigny, en région parisienne, par exemple. "Nous ne sommes que du bétail, dénonce Naïma : on nous demande en mariage quand nous passons entre les étals des marchés – lorsque nous sommes célibataires sans enfants et considérées comme vierges bien sûr. Aujourd’hui, ils mettent le voile aux petites-filles même lorsqu’elles sont encore bébé, pour les « habituer », « leur apprendre la pudeur ». Leur vie est déjà tracée du berceau jusqu’au cercueil : elles devront se taire, être soumises, et toujours dépendre d’un homme comme au bled." (...)
"Quand vous n’êtes pas voilée et que vous marchez sans mahram (tuteur de la femme en islam) dans la rue, vous êtes « la reine des putes ». Les femmes voilées essayent d’ailleurs de ramener les autres dans le « droit chemin », un chemin de silence et de souffrance.
Ne pas porter le voile, c’est se faire injurier pour un oui ou pour un non. Que l’on travaille, que l’on fasse des études, peu importe : si vous n’êtes pas voilée, vous n’êtes pas une femme bien. De ce fait, les hommes s’autorisent à vous faire des propositions indécentes et vous agressent sexuellement. Si vous n’êtes pas voilée, vous méritez d’être violée et de recevoir des coups. C’est cela la charia.
À Grigny, c’est le KGB islamique qui fait la loi. Même lorsque je fais mes courses, ils surveillent ce que j’achète : si c’est du vin ou du porc. Et si je n’achète que de la viande halal, ils se permettent encore de me reprendre sur mon « absence de pudeur » : « Maintenant, habille-toi correctement ! » Ils vont même jusqu’à surveiller ce qu’il y a dans le fond de nos culottes, c’est-à-dire si nous avons des amants, si nous sommes mariées, avec qui et pourquoi."
Naïma dénonce la "police religieuse" qui surveille les achats des musulmanes, ce qu'elles mangent, ce qu'elles boivent. Et, bien pire encore, les viols, la prostitution, les mariages forcés. 
"Ma mère a quitté le bled pour que je puisse échapper à l’islamisme, en France. Mais c’est l’enfer pour une femme de vivre à Grigny. Impossible d’avoir des activités normales et des plaisirs simples comme s’installer à la terrasse d’un café, ou porter une robe, sans être considérée comme une traînée, avec toutes les conséquences que cela implique. Je ne cède pas, même si c’est très dur car je suis isolée. Mais je ne survivrai pas encore longtemps dans cette jungle islamiste et communiste."

Qu'est-ce qui justifie, chez les bonne âmes occidentales, ce mélange de racisme et de sexisme, qui les amène à se ranger du côté des mâles en rut, à participer à l'asservissement et au mépris des femmes ? Que diront-elles quand les talibans de chez nous iront plus loin encore et imposeront la burqa et l'excision ? Pourquoi, selon elles, les hommes sont-ils libres d'aller et venir comme ils l'entendent, de s'habiller comme ils veulent et même de se promener torse nu quand les femmes doivent se voiler la tête si pas l'entièreté du corps ?
"Au fond, dit Sophia Aram (3), il n’y a que deux hypothèses, soit ils sont totalement obsédés, soit comme tous les fondamentalistes, ils n’ont qu’une seule vraie passion, qu’un seul objectif dans la vie : pourrir la vie des femmes. A moins que ce soit les deux !!!
Rien que cette semaine si tu cherches le point commun entre les talibans, les évangélistes texans et les juges catholiques de la cour suprême - en dehors de leur goût immodéré pour les armes automatiques et la croyance en l'existence d'un ami imaginaire : c'est qu'ils ne perdront jamais une occasion de pourrir la vie des femmes.
Convaincus comme le disait Saint Paul que “Dieu est le chef de l'homme et que l'homme est le chef de la femme“, ils sauteront sur chaque occasion de rappeler que le corps des femmes leur appartient."

Les bonnes âmes occidentales ont beau se croire de gauche, elles ont choisi leur camp : celui des talibans, des évangélistes texans et des juges catholiques de la cour suprême. Et elles font le lit de l'extrême droite.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/07/en-afghanistan-les-talibans-ordonnent-aux-femmes-de-porter-la-burqa-en-public_6125140_3210.html
(2) Publié dans la Tribune,  28.1.2022.
(3) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-09-mai-2022

jeudi 5 mars 2020

Vieux monde

Le nouveau monde est un vieux pays. L'élection  présidentielle américaine se jouera entre Trump d'un côté et Biden ou Sanders de l'autre. Respectivement 74, 78 et 79 ans au moment de l'élection en novembre. Les Etats-Unis sont devenus une affaire de vieux. C'est dans les vieilles casseroles qu'on fait les meilleures soupes, dit-on. Qu'arrive-t-il à ce pays pour qu'il ne fasse désormais confiance qu'à de vieux mâles blancs? Les Etats-Unis sont-ils devenus le pays de la gérontocratie, comme le fut l'Union soviétique? Ils ne sont en tout cas pas encore prêts à élire une femme.

Mais la France ne l'est pas plus. Les journaux régionaux présentent chaque jour, en cette période électorale, les listes pour les municipales du 15 mars. Si on feuillette, à titre d'exemple, la Nouvelle république - Indre d'hier, on constate que les têtes de liste se prénomment Ludovic, Michel, Jacky, Alain, Jean-François, Roland, Patrick, Hervé, Jacques, Alain, Daniel, Philippe, Pascal, Guy, Pascal, Christian. Claude laisse planer le doute sur son genre. Seules, une Danielle et une Coralie représentent les femmes têtes de liste du jour. Les Français ne semblent pas plus prêts que les Américains à faire confiance aux femmes.

Mais en quoi ou en qui ont-ils confiance, les Français? En pas grand-chose et pas grand-monde, répond Thomas Legrand qui commentait ce matin la récente enquête du CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (1). "Nous sommes méfiants, las et moroses", constate-t-il. Alors que les Allemands et les Britanniques se retrouvent dans les termes sérénité, bien-être et confiance, les Français s'identifient plutôt à méfiance, lassitude et morosité. "Que nous arrive-t-il?", se désole l'éditorialiste de France Inter. 
46% des Allemands et des Britanniques - soit près de la moitié - pensent que "on peut faire confiance à la plupart des gens". Les Français sont seulement 33% - un tiers - à partager cet avis.
Et 62% d'entre eux pensent que "la plupart des gens cherchent à tirer profit les uns des autres". 
"La défiance française n'est pas neuve, estime Thomas Legrand, elle ne cesse d'interroger, alors que nous sommes censés être le pays de l'art de vivre, avoir parmi les meilleurs services publics du monde, un système de solidarité et de redistribution généreux. C'est peut-être parce que ce système semble unique, fragile et menacé que se développe une angoisse particulière et nationale."
Mais Thomas Legrand nous invite à ne pas désespérer des Gaulois, constatant que les cent cinquante  participants à la Conférence citoyenne sur le climat étaient au départ, "presque par réflexe, méfiants, cyniques, sceptiques" et "s'avèrent, en réalité, investis, généreux, positifs". Restera au gouvernement  au terme de cette expérience, à faire appliquer les propositions des citoyens. Au risque, sinon, de briser définitivement toute confiance. Même dans les mâles blancs, jeunes ou vieux.

mardi 3 mars 2020

Yasmine va à l'école

Pendant que le milieu du cinéma français s'étripe sur le cas Polanski devenu le symbole de la violence faite aux femmes (1) et que chacun est tenu de choisir son camp, une information est passée quasiment inaperçue: le gouvernement américain a signé un accord dit de paix avec les talibans. L'armée américaine va quitter, d'ici quatorze mois, l'Afghanistan, laissant le champ libre aux islamistes qui pourront à nouveau y imposer leur régime de terreur. Comme ce fut le cas entre 1996 et 2001. Les femmes afghanes seront les premières à subir cette violence, obligées de cacher leur corps impur sous une burqa, les filles interdites d'école, forcées au mariage. L'accord en question se résume en fait à un engagement des talibans de ne pas s'en prendre à l'armée américaine. Ils devaient aussi entamer des négociations avec le gouvernement afghan, mais ce point de l'accord est déjà remis en question par les talibans (2) qui annoncent que leurs opérations continueront contre le gouvernement de Kaboul. Avec un objectif: installer leur pouvoir dans tout le pays.
Le Figaro (3) a rencontré Yasmine, lycéenne dans un village de l'est de l'Afghanistan, menacé par le retour prochain des talibans. D'ici quelques mois, Yasmine et ses copines risquent de devoir abandonner leur projet d'avoir un métier. Quelle est donc cette paix qui ôte tout avenir aux femmes? 

(1) Ma solution: pour mettre fin à ces polémiques, supprimons définitivement toutes ces remises de prix (César, Oscar, Victoire et Cie) qui n'ont ni sens, ni intérêt. Qui peut décréter qui est le meilleur en ceci ou cela? Et, en attendant, que celles et ceux qui ne veulent pas cautionner la remise d'un prix à une personne qu'ils en jugent indignes n'aillent pas y parader en smoking ou robe du soir.
(2) https://www.liberation.fr/planete/2020/03/02/afghanistan-le-processus-de-paix-deja-en-danger_1780297

mercredi 25 septembre 2019

Vivement le temps des femmes

Il faudrait plus de femmes à des postes de responsabilités. A tous les niveaux. Les mâles dominants de la planète, tous ces rouleurs de mécanique, ces forts en gueule que sont les Trump, les Poutine, les Bolsonaro, les Erdogan, les Johnson, les Duterte, les Orban et tous ces autres chefs d'Etat qui s'expriment par coups de menton ne sont que grotesques aboyeurs à côté d'une Angela Merkel ou d'une Greta Thunberg.
Les religions sont aussi affaires de mâles. Quasi exclusivement.
Quelques femmes commencent, enfin, à y exercer quelques responsabilités. Telle Seyran Ates, imame de la mosquée Ibn Rushd-Gœthe à Berlin. Elle y accueille en un même espace femmes (y compris non voilées), hommes, LGBT et croyants de toutes obédiences.
Inna Shevchenko, des Femen, l'a rencontrée pour Charlie Hebdo (1). 
"En tant que musulmane libérale, explique Seyran Ates, je mène un combat pour les droits des femmes, contre le patriarcat, au sein de ma propre religion. Contre les structures d'une société où les gens ne tolèrent pas les différences de croyance d'opinion."
Elle soutient totalement une séparation stricte entre églises et Etats. Les religions, affirme-t-elle, n'ont pas à se mêler des droits humains fondamentaux ni du pouvoir étatique. "Je me bats pour un islam qui demeure dans le domaine spirituel et mystique. Je ne reconnais pas le livre saint comme un livre de loi. Ni l'islam comme un modèle de société ou un système politique. Je reconnais la démocratie. Aux religions de s'abriter sous le toit de ce système politique. C'est précisément ce qui garantit la liberté de culte."
L'imame invite à prendre une distance avec le Coran: "les musulmans doivent retrouver leur sens critique vis-à-vis du livre saint. Il y a déjà eu des voix fortes par le passé pour faire progresser la pensée musulmane, au XIIe et au XIIIe siècle, comme Ibn Arabi".

Elle fustige celles et ceux qui, dans les pays occidentaux, se montrent tolérants, voire complaisants, vis-à-vis des diverses expressions de l'islamisme. "Il faut commencer par combattre l'islam politique. Cesser de financer et de soutenir les mosquées et les centres d'éducation coranique. (...) Pourquoi les pays occidentaux coopèrent avec les radicaux au lieu de les combattre? A Berlin, nous avons une coalition sociale-démocrate et écologiste au pouvoir, mais il y a, au sein du parti des Verts, des gens qui m'attaquent personnellement. J'ai ouvert cette mosquée, nous la dirigeons dans la paix, nous nous battons pour l'égalité des sexes, pour la communauté LGBT, pour la liberté d'expression... Pourquoi soutiennent-ils des croyants radicaux, des groupes et des mosquées orthodoxes, où l'on enseigne un islam radical en toute impunité, et pourquoi attaquent-ils les mosquées libérales?" (2)

Comme sa consœur Kahina Bahloul, première femme imame de France (3), Seyran Ates, imame non voilée, est très critique également vis-à-vis du voile, ce "marqueur qui désigne les femmes en tant que telles". Ce sont, selon elle, les Occidentaux qui soutiennent l'idée que le hijab serait pour les femmes un signe de dignité ou un symbole d'empowerment. "Je suis avocate, j'ai travaillé pendant plus de trente ans avec ces femmes qui tentent d'avoir une vraie vie: 80% d'entre elles n'ont pas le moindre choix. Ça va bien au-delà du voile, elles n'ont aucun choix dans aucun domaine, aucune autodétermination."
Ce fichu voile est une imposition masculine. "Quand une femme se couvre, ce sont les pulsions sexuelles de l'homme qu'elle protège. Elle ne se protège pas elle-même, elle protège le pauvre homme qui ne peut plus se concentrer sur sa foi en Dieu et sa pratique de la religion."
Elle défend la loi interdisant aux professeures, aux juges, aux policières de porter le voile. "Et je veux faire interdire le voile dans les écoles".
Aux féministes occidentales qui refusent de s'opposer au voile, voire le soutiennent, au nom de la lutte anti-colonialiste, elle répond que "c'est leur position qui est colonialiste. Ça ne tient pas debout: Je ne veux pas être colonialiste, mais je défends le foulard. Il est là, le colonialisme. C'est positivement raciste. Et arrogant. Il ne faut pas imposer nos valeurs occidentales aux autres pays, donc nous acceptons que les droits de l'homme ne s'appliquent pas aux pays musulmans? Pardon? Je croyais que les droits de l'homme étaient universels... J'aimerais bien voir ces dames faire du bénévolat en Iran. Elles devraient emmener leurs familles et passer six mois là-bas. (...) Quand je vois les conditions d'existence des femmes en Iran, je pourrais en pleurer. Elle se battent contre le voile depuis 1979. Ces féministes ne les écoutent pas. Parce que ce ne sont pas des victimes. Or elles aiment bien quand nous restons à notre place de victimes. Elles peuvent alors nous aider, nous apprendre à lire et à écrire, aller au Pakistan et en Afghanistan... Mais pas en Iran, parce que, justement, les femmes iraniennes se débrouillent très bien toutes seules, vont à l'université, ont un vaste savoir. Elles ne sont pas victimes des pays occidentaux. Elles sont victimes des mollahs. Ces féministes ne veulent pas l'entendre. Elles préfèrent se voir comme des dissidentes de prétendues dictatures occidentales".

Non seulement Seyran Ates croit en une religion postpatriarcale, mais elle la pratique, dans sa mosquée comme d'autres le font dans des églises et des synagogues. Mais, dit-elle, "nous sommes minoritaires aujourd'hui en Europe, parce que les gouvernements, tous les gouvernements d'Europe, protègent et soutiennent l'islam radical et politique. Et les féministes aussi. Ils sont devenus les lobbyistes de l'islam identitaire".
Seyran Ates, imame à Berlin, vit sous protection policière.

A lire aussi au sujet du voile, "drapeau de l'islamisme", l'opinion de Fadila Maaroufi, formatrice sur la radicalisation: https://www.lalibre.be/debats/opinions/le-voile-ce-drapeau-de-l-islamisme-5d2c95d8d8ad5859359a72ad

(1) "Oui, en tant qu'imame, je veux faire interdire le voile dans les écoles!", Charlie Hebdo, 18.9.2019.
(2) (Re)lire sur ce blog "Fâché (très)", 15.5.2019.
(3) France Inter, 16.7.2019, 7h50.

mercredi 20 mars 2019

Nasrin Sotoudeh

Trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet, voilà la peine infligée à l'avocate iranienne Nasrin Sotoudeh. Son crime: avoir défendu des femmes qui ne portaient pas le voile et en revendiquaient le droit. Bien sûr, le tribunal islamique a invoqué d'autres raisons, toutes plus invraisemblables les unes que les autres: "incitation à la corruption et à la prostitution", "insulte au Guide suprême", "incitation à la débauche", "propagande contre l'Etat" et on en passe tant ces accusations sont ridicules. Ce qu'on lui reproche, c'est de s'être opposée au port du hijab, d'avoir retiré celui-ci lors de visites de ses clientes en prison, d'avoir accordé des interviews aux médias à propos de l'arrestation violente et de la détention de femmes qui contestent l'obligation du port du voile islamique. Ce qu'on leur reproche, à elle et à ses clientes, c'est de vouloir être des femmes simplement libres. Et se montrer la tête libre lui coûte donc trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Ainsi va la vie pour les femmes dans ce pays de vieux barbus obsédés qui les haïssent.
On peut - on doit - exiger la libération de Nasrin Sotoudeh, en envoyant un courrier à Khamenei,  Guide suprême d'Iran:   https://www.amnesty.fr/actions-mobilisation/agir-pour-nasrin-sotoudeh?utm_source=emailing-action%20&utm_medium=email&utm_campaign=soutien%20nasrin%20sotoudeh

On peut aussi cesser de dire et laisser dire que le président Hassan Rohani est un modéré. Ce régime théocratique reste un régime de terreur, en particulier pour les femmes.
On peut - on doit - aussi cesser de soutenir coûte que coûte le port du voile islamique: c'est un instrument de soumission des femmes. Qui paient très cher, en Iran, en Arabie saoudite, au Pakistan, en Afghanistan, en Malaisie et tant d'autres pays obscurantistes le refus de ce signe politique. On peut toujours faire semblant de l'ignorer, mais chaque jour dans le monde des millions de femmes sont forcées de se couvrir, de cacher leurs cheveux honteux, voire l'ensemble de leur corps sous peine de prison ou même de mort.
Mais qui s'indigne aujourd'hui de leur sort? Comme l'écrit Gérard Biard, on n'entend pas dans nos pays tous ces zélés défenseurs du port du voile : "pour ces ardents défenseurs de la culture musulmane, le monde musulman n'existe pas. Ce qui s'y déroule ne les intéresse pas - à ce point, on frôle même le mépris" (1).
Nasrin Sotoudeh et toutes les Iraniennes scandaleusement condamnées doivent être libérées.

(1) Gérard Biard, "Et Nasrin Sotoudeh, elle sent le gaz ?", Charlie Hebdo, 20.3.2019.


mardi 8 mars 2016

Quoi, ma gueule?

Les violences faites aux femmes restent extrêmement nombreuses et toujours inexcusables. Peu de pays sont épargnés. Partout, des hommes ne peuvent s'empêcher de penser, et parfois d'affirmer, que leur femme leur appartient, qu'elle est à leur disposition et qu'ils ont sur elle tous les droits. Y compris celui de la frapper si elle n'agit pas comme ils l'entendent. Les religions n'ont jamais été très féministes. C'est un euphémisme de le dire. Certaines ne reconnaissent des droits qu'aux seuls hommes,   ne concédant aux femmes que ceux de mettre au monde des enfants et de faire la cuisine. Sacré  projet de vie!
Les lois sont faites par et pour les hommes et les tribunaux leur donnent systématiquement raison, même en cas d'agression. C'est que constatent des femmes afghanes, iraniennes ou somaliennes (1).
48 % des migrants sont des femmes. Elles sont les cibles de violences diverses, violées par leur mari, par leurs collègues, par des hommes qu'elles croisent, migrants, passeurs, policiers,  enrôlées de force, mariées de force, excisées. En Arabie saoudite, un congrès tout récemment s'est penché sur la question de savoir si la femme est une personne humaine, signalait  en cette journée internationale des droits des femmes la journaliste et écrivaine Fawzia Zouari (2)
C'est dans ce contexte qu'un jeune chanteur  qui se fait appeler Orelsan écrit et chante des textes d'une violence inouïe. On appelle cela de l'art. Pas de l'art brut, mais l'art de brute. Epaisse.
Extrait d'un morceau qu'il a intitulé "Sale pute" dans lequel un homme s'adresse à sa compagne qu'il a surprise avec un autre;
" Je rêve de te voir imprimée de mes empreintes digitales (...)
On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée
On verra comment tu suces quand j'te déboiterai la mâchoire
T'es juste une truie tu mérites ta place à l'abattoir. (...)
J'vais te mettre en cloque (sale pute)
Et t'avorter à l'opinel." (3)
La chanson est longue et le reste du même tonneau, d'une brutalité qu'on croyait condamnable. Alors qu'il n'en est rien. C'est qu'on a affaire là à de l'art parfaitement respectable. Ainsi en a jugé la cour d'appel de Versailles. Le chanteur avait été condamné en première instance pour "provocation à la violence", suite à une plainte déposée par des associations féministes pour des propos violents à l'égard des femmes dans plusieurs de ses chansons. Cette fois, il a été relaxé, la cour estimant qu'il faut respecter "des modes d'expression, souvent minoritaires, mais qui sont aussi le reflet d'une société vivante et qui ont leur place dans une démocratie" (4). 
La femme qui se verra casser la jambe ou déboîter la mâchoire le devra donc à "une société vivante". Après tout, le cassage de gueule a été de tous temps un mode d'expression. 

(1) Arte Journal, 8 mars 2016, 19h45.
(2) "28 minutes", Arte, 8 mars 2016 - lire l'excellent texte de Fawzia Houari:

mercredi 6 janvier 2016

La nuit des prédateurs

Durant la nuit de nouvel-an, une centaine de femmes ont été agressées sexuellement en Allemagne: à Cologne, mais aussi à Stuttgart et Hambourg. D'après leurs témoignages, les agresseurs (on parle d'un millier!) étaient "d'apparence arabe ou nord-africaine" (1). Si c'est le cas, voilà qui démontre(rait), s'il le fallait encore, combien il faut s'opposer au relativisme culturel défendu par une certaine gauche. Par ceux qui pensent qu'il faut admettre le voile, voire la burqa, parce qu'il s'agit là de références culturelles pour des femmes venues d'ailleurs. L'explication de ces codes, la plupart du temps imposés aux femmes par des hommes, veut que les cheveux d'une femme, ses épaules, ses jambes (et ne parlons pas du reste) excitent les hommes. Et qu'il faut donc qu'elles cachent leur corps pour échapper à leur sauvagerie. Ils ne peuvent se maîtriser, à elles de disparaître de l'espace social. Celles qui ont le toupet de "se montrer" sont considérées comme des putains, qu'on peut donc toucher, voire violer comme on l'entend. Je l'ai déjà évoqué ici: lors d'un débat sur le voile (c'était  à Tournai il y a plus de dix ans), les deux jeunes filles qui témoignaient affirmaient que ce morceau de tissu leur permettait de ne plus subir les insultes, voire les menaces des garçons (2). Il faut donc rester intransigeant sur les règles de ce vivre ensemble dont on parle tant aujourd'hui. Elles doivent être les mêmes pour tous. Comme les droits doivent être identiques pour les femmes comme pour les hommes. Ici et ailleurs. On pense aux femmes du bus 678, le film de Mohamed Diab, aux agressions sur la place Tahrir au Caire, au bus 110 à Brooklyn où les femmes doivent s'installer à l'arrière pour ne pas tenter les hommes hassidiques qui habitent dans le coin (3). Le sexe fort est si faible.
"Je ne sais pas pourquoi mais c'est ma faute, écrit Abnousse Shalmani (4). C'est ma faute si un homme éprouve du désir à mon endroit. Quelle que soit la situation, c'est ma faute. Est-il vraiment nécessaire de rappeler les viols en Iran ou ailleurs, où c'est la femme violée qui est jugée et condamnée pour incitation au viol? Ce qui est logique puisque l'homme est libéré des contraintes morales et sociales quand il est provoqué. C'est absurde, mais c'est rudement logique. Cette femme pourrait être une fille seule dans un taxi la nuit ou une étudiante flânant dans les rues trop de sourire aux lèvres, ou encore cette femme fatiguée qui s'est endormie dans le bus où il ne restait plus que des hommes et son foulard a glissé. Il ne faut pas tenter le diable. Etrange conception du vivre ensemble où chacun est autorisé à se transformer en prédateur. Sans culpabilité. La femme est là pour être coupable pour deux. Au nom de quelle foi la femme est-elle si dangereuse pour l'homme?"

Post-scriptum: lire l'édito de Maroun Labaki dans le Soir:
http://www.lesoir.be/1089994/article/debats/editos/2016-01-11/violences-cologne-je-suis-une-femme-agressee

(1) http://www.liberation.fr/planete/2016/01/05/allemagne-vague-d-agressions-sexuelles-a-cologne-un-millier-de-personnes-impliquees_1424431
http://www.lalibre.be/actu/international/agressions-sexuelles-en-allemagne-des-temoignages-de-victimes-dans-les-medias-568ce3383570b38a57fef1a8
(2) re)lire sur ce blog "Vin, voile et burqa", 22 juin 2009.
(3) "La femme n'est pas un homme comme les autres", 31 juillet 2013.
(4) Abnousse Shalmani: Khomeiny, Sade et moi, Grasset, 2014.

samedi 11 avril 2015

Madame Monsieur

Comparer dans la presse les annonces nécrologiques donne une indication sur le statut de la femme dans nos sociétés. En France, on annonce la mort de Madame Dupont, signalant - éventuellement - qu'elle est "née" Durant. Elle meurt donc sous le nom de son mari. Difficile pour d'anciennes connaissances qui ignorent le nom de son époux de l'identifier à première vue. En Belgique, toute femme, mariée ou non, conserve ce qu'on appelle son "nom de jeune fille". On annonce donc le décès de Madame Jeanne Machin, ajoutant - éventuellement - qu'elle était l'épouse ou la veuve de Pierre Truc. Et toute femme veuve retrouve automatiquement son seul nom de jeune fille, sous lequel elle restait d'ailleurs enregistrée pour tout acte administratif.
Beate et Serge Klarsfeld viennent de publier un livre de souvenirs sobrement intitulé "Mémoires" (ouvrage remarquable selon Télérama et "28 minutes" sur Arte). Beate était allemande, son père fut enrôlé dans la Wehrmacht. Nulle part dans les articles ou les entretiens consacrés à leur livre n'apparaît son nom. Comme si le mariage effaçait ses origines qui, dans ce cas-ci, sont pourtant particulièrement importantes.
On voit par là que si la femme est l'avenir de l'homme cet avenir n'est pas encore pour demain.

mardi 17 mars 2015

C'est trop injuste

On lui en veut, c'est sûr, au parti de la famille Le Pen. Voilà ses députés européens accusés de faire travailler leurs assistants pour le parti plutôt que pour eux, alors qu'ils sont payés par le Parlement européen qui interdit de telles pratiques. Vingt emplois fictifs seraient concernés, pour un montant de sept millions d'euros. Il pourrait y avoir détournement de biens publics et faux et usage de faux (1). La fille à papa proteste: c'est la proximité des élections départementales qui explique ces accusations. Elle serine son même vieux discours de victime, elle n'en a pas d'autre. Elle hurle au moindre pas de travers des autres partis, mais la donneuse de leçons adapte les règles à sa façon. Et qu'on ne lui en parle pas: elle refuse de répondre aux journalistes qui l'interrogent à ce propos (2).
Encore faudrait-il savoir qui sont ces assistants parlementaires et quelles sont réellement leurs tâches. Au FN, on a le sens de la famille, on aime donner du boulot aux copains... Jean-Claude Martinez, qui fut vice-président du FN et député européen avant de se brouiller avec les Le Pen, le confirmait. Il parle du baby-sitting des enfants de Marine Le Pen: "Le baby-sitting, c'est le Parlement européen qui le lui payé, avec mes indemnités! Ils m'ont fait engager Huguette Fatna, la marraine des enfants, comme assistante parlementaire... Mais à l'époque, le Parlement européen, elle ne savait pas où ça se trouvait, elle n'y venait jamais. Par contre, elle passait son temps à garder les enfants de Marine!" (3) Cette version est contestée par H. Fatna, selon les journalistes qui ont recueilli ce témoignage: "A l'en croire, elle ne venait que lorsque la nounou n'en pouvait plus. Néanmoins, dans son livre, Marine Le Pen laisse entendre que sa grande amie venait tous les soirs pendant l'année maudite, juste après la naissance de ses jumeaux."
De toute façon, à quoi peut bien servir l'assistant parlementaire d'un député qui ne travaille pas? Durant la législature 2009-2014, les Le Pen père et fille n'ont produit en tant que députés européens aucun rapport, aucune question parlementaire, aucun avis rédigé, aucun amendement, aucune déclaration écrite. Juste une motion signée par le père et quatre par sa fille (4). Et puis si l'assistant est une assistante sa place n'est-elle pas à la maison? C'est Luz qui le rappelle (5): pendant la présidentielle de 2012, la présidente de père en fille a déclaré que "le progrès pour les femmes, c'est de rester à la maison". Avouons-le, pour une fois, on est un tout petit peu d'accord avec elle: le progrès pour la France, ce serait qu'une femme reste à la maison.

(1) France Musique, Journal, 10 mars 2015, 8h30.
(2) http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2015/03/11/florian-philippot-de-toute-votre-carriere-je-ne-vous-parlerai-jamais
(3) entretien de C. Fourest et F. Venner avec J.C. Martinez, 14 mars 2011, in "Marine Le Pen", Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Grasset, 2011 (p.120).
(4) www.lepoint.fr/politique/a-l-ombre-des-absenteistes-du-parlement-europeen-11-04-2013-1653486_20.php
http://term7.votewatch.eu/en/activity-statistics.html (p. 40)
(5) Charlie Hebdo, 11 mars 2015
www.elle.fr/Societe/Interviews/Le-FN-est-il-anti-feministe-2688502

jeudi 7 août 2014

Un manque criant

De l'intelligence et du courage. On ne peut s'empêcher de se dire que c'est ce qu'il manque pour mettre - vraiment - fin à la guerre qu'Israël mène à Gaza. N'y a-t-il donc personne au sein du gouvernement israélien qui se rende compte que cette guerre ne fera que renforcer les islamistes du Hamas et susciter de nouvelles vocations de terroristes, qu'on fait des victimes des héros et des résistants, personne qui soit capable d'entrer dans une vision dialectique de la situation? Personne qui soit capable de prendre un tout petit peu du recul nécessaire pour comprendre que, quoi qu'il arrive, il faudra bien, un jour ou l'autre, trouver une solution concertée?
Près de deux mille morts côté palestinien et un coût de reconstruction de quatre à six milliards de dollars. Tout cela pour rien. Pour que rien ne change, sinon que la haine augmente.
"On est condamnés à vivre ensemble et je le dis en un sens positif", affirme le réalisateur israélien Amos Gitaï (1). Il faudra bien trouver des accords, même imparfaits, dit-il, citant une amie de sa mère, une ex-parachutiste durant la seconde guerre mondiale: "il y a trop d'héroïsme et pas assez de courage", disait-elle.
Le courage, on l'attend aussi de la communauté internationale: elle devrait imposer des Casques bleus à Gaza, estime Jean-Paul Chagnollaud, professeur de sciences politiques (1). Mais pour cela, ajoute-il, "il faut des hommes politiques qui aient du courage".
Et de l'intelligence, a-t-on envie d'ajouter. Celle qui manque cruellement à un membre du CDV qui a écrit que "si Hitler n'a pas déporté tous les Juifs, c'est pour nous montrer pourquoi il voulait les exterminer" et qui se justifie en affirmant qu'il s'agit d'une provocation pour susciter la défense des Palestiniens (2). Pense-t-il alors qu'il faudrait appeler à supprimer les musulmans pour défendre les populations massacrées et terrorisées par les fous furieux de l'Etat islamique de l'Irak et du Levant?
Le courage et l'intelligence, c'est sans doute des femmes qu'ils viendront. Dans son dernier film, "Ana Arabia", Amos Gitaï "rend un hommage vibrant aux femmes", écrit Pierre Murat (3), "qui, au nom de sentiments qui leur servaient d'idéal, et au-delà des rebuffades et des haines, croyaient à une entente possible. Et si, à l'avenir, un espoir renaissait, il serait entre leurs mains".
Le courage et l'intelligence, on les trouvent chez les Bâtisseuses de paix (4), en France, qui tentent de rapprocher les femmes arabes, les femmes juives, les femmes musulmanes, par le dialogue et la tolérance: "apprendre à accepter l'autre afin qu'il m'accepte également".
La biologie prépare-t-elle la femme à l'ouverture vers l'autre? Delphine Horveilleur, femme rabbin en France, le pense: "la compassion n'est pas une prérogative exclusive du sexe féminin... , dit-elle, même si, me semble-t-il, rien ne l'illustre mieux qu'un événement précis de la vie d'une femme: sa grossesse, à savoir ce moment où il lui est donné de faire en elle de la place pour un autre qu'elle. Cette possibilité biologique d'accueillir l'autre, transposée au politique, est une voie à explorer dans la résolution de conflits. Il revient aux hommes et aux femmes de l'explorer" (4).
"Faire de la place en soi pour l'autre, c'est cela dont on a besoin aujourd'hui pour penser la sortie du conflit", affirme Delphine Horveilleur.

(1) Arte Journal, 6 août 2014, 19h45.
(2) www.lesoir.be/618954/article/actualite/fil-info/fil-info-belgique/2014-08-07/un-membre-du-cdv-derape-propos-des-juifs
(3) Télérama, 6 août 2014.
(4) www.batisseusesdepaix.fr
(5) Télérama, 23 juillet 2014.

vendredi 6 juin 2014

Perles islamistes

C'est visiblement une erreur d'être femme en milieu islamiste. Les barbus ne les aiment pas.
Ou alors voilées et soumises. Je me souviens avoir reçu d'un imam un opuscule (que j'ai malheureusement égaré...) dans lequel on pouvait lire que le voile était nécessaire pour protéger "cette perle" qu'est la femme. Mais apparemment, les perles n'ont pas grande valeur pour les islamistes.

En cas d'homicide, la loi saoudienne prévoit que l'accusé peut sauver sa tête s'il s'acquitte de la dyia, une compensation financière versée à la famille de la victime en échange du pardon que celle-ci peut accorder. Pour le meurtre prémédité d'un musulman, il en coûte 400.000 riyals (+/- 80.000 euros), mais la moitié si la victime est une musulmane. Les tarifs diminuent ensuite considérablement selon la religion de la victime, sachant qu'un homme vaut toujours le double d'une femme. Avoir tué une bouddhiste, par exemple, ne coûte que 3.333 riyals (soit 666 euros). (1)

En Tunisie, une jeune femme a porté plainte contre deux policiers qui l'ont violée. Ils ont été condamnée à 7 ans de prison, en ont purgé 2 et pourraient être bientôt libérés. Les violeurs de droit commun sont en général condamnés à 25 ans. "Si l'islam condamne sévèrement tout rapport sexuel hors mariage, rappelle Zineb El Rhazoui (2), les islamistes, eux, se font beaucoup plus équivoques lorsqu'il s'agit du viol." Ils parlent alors de rapport non consenti. Le parti islamiste au pouvoir mène une bataille sournoise contre les droits des femmes octroyés aux Tunisiennes par Bourguiba et sanctuarisés sous Ben Ali", écrit-elle.
En Tunisie, porter plainte contre la police est un blasphème. On voit par là que la religion peut être bien utile pour lutter contre les droits de l'homme. Et surtout de la femme.

Même situation en Iran: c'est la femme qui est fautive, d'emblée."Je ne sais pas pourquoi mais c'est ma faute", écrit Abnousse Shalmani. "C'est ma faute si un homme éprouve du désir à mon endroit. Quelle que soit la situation, c'est ma faute. Est-il vraiment nécessaire de rappeler les viols, en Iran ou ailleurs, où c'est la femme violée qui est jugée et condamnée pour incitation au viol?" (3).

Le petit sultanat de Brunei a décidé d'appliquer dorénavant la charia. Progressivement. Ainsi, par exemple, les femmes qui se seront fait avorter seront flagellées. Et les adultérins et les homosexuels lapidés. (4) 

Parlant de la "barbarie" de Boko Haram (l'enlèvement de plus de 200 lycéennes), un journaliste burkinabé (5) estime qu'il faut "combattre la secte sur son propre terrain: la religion. A l'instar d'Al-Azhar en Egypte, la plus haute autorité de l'islam sunnite, les organisations et les Etats musulmans du monde entier, tous les muftis et autres mollahs dont les voix font autorité dans la communauté des fidèles doivent sortir de leur silence pour dénoncer toute forme d'exploitation de la foi à des fins étrangères aux préceptes du Prophète". Et le journaliste de saluer les déclarations de Malala Yousafzai, cette adolescente pakistanaise, rescapée d'une tentative d'assassinat par des talibans, qui a déclaré que "Boko Haram ne comprend pas l'islam et n'a pas étudié le Coran. Il est en train de faire une mauvaise utilisation du mot islam".
On ne dit pas autre chose au Nigéria: "nous comprenons tous très bien que cette secte n'est pas dirigée par de pieux musulmans. Son combat n'a donc rien de religieux. Ceci étant, il est indéniable qu'elle utilise la religion pour recruter et diffuser son idéologie haineuse. (...) L'idéologie du mal doit être contrée par une autre idéologie, et c'est là que nos dirigeants, nos frères et nos sœurs musulmans, doivent faire entendre leur voix en s'insurgeant plus vigoureusement qu'ils ne le font contre le massacre des infidèles. Il faut davantage d'information, davantage de programmes, notamment à l'intention de la jeunesse, dans les mosquées, les écoles et autres groupes sociaux, afin de couper cours à ces discours de haine". (6)

Dans sa série dessinée "La vie secrète des jeunes", Riad Sattouf (7) rapporte cette scène vue et entendue dans une rue du XXe arrondissement de Paris.
Une femme voilée marche. Elle appelle son fils: "Sofiane! Dépêche!". Le gamin, 6 ans, 7 peut-être souffle: "Pfff, mais chuis fatigué". "C'est pas moi qui suis censée marcher devant toi, lui dit sa mère. L'homme doit marcher devant la femme. Allez!". "Mais c'est idiot rétorque l'enfant, interrompu aussitôt par sa mère qui le traite de "mécréant" et l'oblige à marcher devant elle.
L'éducation, oui. L'éducation...

(1) "La peine de mort a aussi sa cote boursière", Patrick Chesnet, Charlie Hebdo, 14 mai 2014.
(2) Charlie Hebdo, 7 mai 2014.
(3) Abnousse Shalmani: "Khomeiny, Sade et moi", Grasset, 2014.
(5) "Les grandes puissances en ordre de bataille", Alain Saint Robespierre, L'Observateur Paalga (Ouagadougou), 8 mai 2014 (in Le Courrier international, 15 mai 2014).
(6) "L'idéologie de la haine", Busola Jegede, The Puch (Lagos), 21 avril 2014 (in Le Courrier international, 15 mai 2014).
(7) Charlie Hebdo, 7 mai 2014.



mardi 4 mars 2014

Vive les femmes (sauf une)

L'opération "dédiabolisation" du FN par la fille à papa Le Pen peine un peu à aboutir, même si elle commence à porter ses fruits. Les femmes font de la résistance. Au Blanc, petite ville du sud-ouest de l'Indre, il n'y aura pas de liste Bleu Marine. Grâce à la parité obligatoire. Le bistrotier qui espérait mener une liste de type "Café du Commerce" n'a pas réussi à convaincre des femmes de le rejoindre. Il faut croire que le Blanc Marine fait tache pour les femmes. Même cas de figure à Issoudun où le leader du FN a renoncé à se présenter, faute de candidat(e)s. "Le Bleu Marine ne semble pas faire recette en Brenne", estime la Nouvelle République (1).
A Béziers, Robert Ménard, qu'on a connu mieux inspiré, mène une liste soutenue par le FN et "Debout la république". "Le candidat souhaite développer deux axes majeurs pour le rayonnement futur de la ville, écrit Zineb el Rhazoui (2): la viticulture et la tauromachie". La tauromachie, cette pratique prisée des beaufs machos, serait donc l'avenir. On voit par là qu'on a bien affaire à une liste d'extrême arrière.

(1) 1er mars 2014.
(2) Charlie Hebdo, 19 février 2014.

lundi 21 mars 2011

Women in black

C'est une photo couleurs, mais elle a l'air en noir en blanc. Plutôt en noir qu'en blanc, en fait. On y devine, plus qu'on y voit, une vingtaine de femmes. Et s'agit-il vraiment de femmes? On est face à une masse noire. Des femmes bâchées, l'une ou l'autre porte une casquette de style base-ball par-dessus sa tenue noire. Ici ou là, très rarement, on aperçoit, en regardant bien, un oeil, là où le niqab (ou la burqa?) laisse une toute petite place à la vie, à l'existence. La photo est publiée en double page de la Libre Belgique du 11 mars dernier. Elle a été prise par Muhammed Muheisen pour Associated Press. Que nous dit-elle? Que des femmes manifestent: "down with Ali", dit le calicot de l'une d'elles. La légende nous explique que "à Saana, au Yémen, un groupe de femmes manifeste pour la démission du président Ali Abdullah Saleh". On se demande ce qu'elles réclament: le départ du président, c'est clair. Mais exigent-elles le droit de se balader en niqab ou au contraire celui de le jeter aux orties et de se montrer, de s'afficher? On a du mal de ressentir de l'empathie avec cette masse noire et informe. Au milieu d'elles, une petite fille avec une robe blanche et des pois roses, cachée par un parapluie blanc. Comme un espoir. On aimerait que la vie revienne.