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dimanche 28 juin 2026

Woman is the nigger of the world

Le masculinisme est à la mode. Des hommes gonflent leurs biceps et leurs pectoraux et manient des armes pour tenter de s'affirmer, pour prendre toute la place. Les femmes en ont trop, gémissent-ils, trop de pouvoir, trop d'autorité. Allo, maman, bobo. Ils sont à la fois pathétiques et inquiétants. 
Parmi ces masculinistes, les pires sont sans doute les talibans. Ils ont établi en Afghanistan un véritable régime d'apartheid sexiste : les femmes n'ont plus aucun droit, eux les ont tous.
Elles sont obligées de cacher entièrement leur corps, de s'enfermer chez elles sans qu'on puisse les voir de l'extérieur, interdites d'exercer de très nombreuses professions. Les filles ne peuvent plus aller à l'école secondaire, elles sont mariées de force. De nombreuses femmes sont emprisonnées, violentées, exécutées. Et tout cela dans une quasi indifférence au niveau international. L'Express (1) rappelle toutefois que "le 23 janvier 2025, la Cour pénale internationale a déposé deux mandats d’arrêt contre le chef suprême des talibans et le président de la Cour suprême de "l’émirat islamique d’Afghanistan", deux hauts dirigeants mis en cause pour crimes contre l’humanité pour la persécution de femmes et de filles".

Et voilà que mardi dernier, comme le signale la RTBF (2), "des représentants du gouvernement taliban sont arrivés à Bruxelles pour parler avec l'Union européenne du possible retour de migrants afghans dans leur pays d'origine. (...) Des pays européens voudraient renvoyer en Afghanistan des "personnes représentant une menace pour la sécurité et des criminels ayant commis des infractions graves", selon un porte-parole de la Commission, Markus Lammert. La Commission européenne estime qu'elle n'a "pas d'autre option" que de discuter avec les autorités talibanes sur les questions migratoires, pour permettre des renvois en Afghanistan réclamés par une série d'Etats membres."
Aurait-on pu imaginer qu'en son temps la CEE négocie avec le crapuleux régime d'apartheid d'Afrique du Sud ? La seule chose que l'UE devrait négocier avec les talibans, c'est le départ de leur pays de toutes les femmes afghanes de leur pays. Leur présence gêne ces masculinistes de talibans. Laissons-les entre eux. Laissons-les, elles, vivre librement.

(2) https://www.lexpress.fr/monde/europe/talibans-a-bruxelles-une-rencontre-avec-la-commission-europeenne-qui-fait-polemique-PANAK53IABFZNOKJCRZAPJPN5U/?cmp_redirect=true

mardi 21 octobre 2025

Une misogynie plus puissante qu'un séisme

Autant prévenir les braves âmes : ce billet pourrait leur paraître islamophobe.
Les talibans, ces fous furieux de Dieu, confinent les femmes afghanes dans leurs cuisines. Elles ne sont bonnes qu'au repos du guerrier, à son nourrissage et à son entretien. Elles n'ont plus aucun droit, doivent se cacher entièrement sous leur burqa et sont même à présent obligées de masquer leurs fenêtres pour ne pas être vues des voisins ou des passants. 
Suite aux séismes ravageurs qui ont secoué l'Afghanistan début septembre et qui ont fait plus de 2200 morts, les talibans ont donné priorité à la charia. Des femmes n'ont pu être sauvées par les hommes qui ont interdiction de les toucher. Et il n'y a plus de médecins femmes, ni d'infirmières, les talibans ayant privé les femmes de tout enseignement médical. De plus, depuis le retour au pouvoir des talibans, en août 2021, une grande partie des fonctionnaires et technocrates ont été remplacés par des personnes choisies pour leur orthodoxie au regard de l’islam. Beaucoup de travailleurs de la santé ont été licenciés ou se sont exilés (1).

L'école leur étant interdite au-delà de l'âge de douze ans, les filles et femmes afghanes n'avaient plus qu'Internet pour se former, communiquer entre elles et s'ouvrir à l'extérieur. Même cette fenêtre leur est aujourd'hui fermée. Les talibans ont fait couper la liaison à la fibre optique. Son installation en 2007 avait coûté soixante millions de dollars au gouvernement afghan de l'époque et ses neuf mille kilomètres de réseau permettaient de relier aux réseaux mondiaux vingt-six des trente-et-une provinces du pays. Aujourd'hui, cette infrastructure ne sert plus à rien. Il ne faudrait pas que les Afghanes puissent se former. "Le plus terrifiant est la date choisie, écrit Khadija Haïdary (2). Cette décision coïncide en effet avec le quatrième anniversaire de la promulgation par les talibans de la loi interdisant aux adolescentes d'aller à l'école : les cours en ligne étaient l'une des dernières bouffées d'oxygène des jeunes Afghanes privées d'instruction ; pour des centaines de milliers de jeunes filles, la fin brutale d'Internet signe la disparition de leur seul accès au savoir et de tout lien avec le monde extérieur."

Les réfugiés afghans qui vivaient en Iran, au Pakistan, en Europe et d'autres pays sont à présent renvoyés en grand nombre vers leur pays désormais considéré comme apaisé. Apaisé mais en guerre contre ses femmes, victimes de la haine pathologique des talibans. Toutes les femmes afghanes devraient pouvoir se réfugier dans des pays qui respecteront pleinement leurs droits. Et laisser les talibans entre eux. De toute façon, ce pays sent déjà la mort.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/09/12/seisme-en-afghanistan-les-femmes-privees-de-soins-en-raison-des-regles-religieuses-edictees-par-les-talibans_6640616_3244.html
(2) Khadija Haïdary, "Afghanistan - L'éducation ne tient plus qu'à la fibre", Zan Times, 23.9.2025, in Le Courrier international, 9.10.2025. 
Zan Times est un site d'information et d'enquêtes créé par des femmes journalistes suite à la reprise de Kaboul par les talibans an 2021. Dirigé depuis le Canada, il couvre l'actualité de l'Afghanistan.

samedi 31 août 2024

Terre des hommes

Dans la série "C'était mieux avant", voici le retour de l'apartheid. En Afghanistan. Il n'est pas fondé sur la race ou la couleur de la peau, mais sur le genre. Les hommes considèrent les femmes - leurs mères, leurs sœurs, leurs épouses, leurs filles - comme des sous-êtres humains, sans droits. L'apartheid est de retour et le monde regarde ailleurs.

Des femmes afghanes le chantent sur les réseaux sociaux pour défier les talibans : elles sont prisonnières dans leur maison parce qu'elles ont commis le crime d'être femmes. Le régime islamiste leur interdit de chanter, de réciter de la poésie, de lire en public, de se parfumer, de se maquiller, de regarder des hommes ou des photos d'êtres vivants( les talibans sont-ils des êtres vivants ?), de sortir seules, de travailler, d'aller à l'école au-delà de l'âge de douze ans. A l'inverse, elles ont l'obligation de sortir avec un homme pour faire leurs courses en étant alors intégralement voilées. La charia a encore été renforcée dans la cadre "de la prévention du vice et de la promotion de la vertu".

Il y a quelques mois, l'ONU invitait ces inconciliables à une conférence de réconciliation dans la perspective de réintégrer leur pays dans la communauté internationale. En trois ans, les Etats-Unis ont versé 21 milliards de dollars d'aide au gouvernement taliban pour éviter l'effondrement de la société afghane. Ce qui n'a rien évité : le pays est devenu celui d'une société inhumaine où le virilisme est poussé à son paroxysme et où les femmes ont le devoir de disparaître et sont quasiment tenues en esclavage.
On en rêve : les Afghanes, toutes les Afghanes, devraient pouvoir fuir leur pays, laisser ces mâles arriérés entre eux. Ils seraient obligés de manier autre chose qu'une kalashnikov et un fouet : une brosse à vaisselle, une louche, un aspirateur. Ces grands garçons brutaux apprendraient à vivre, ils deviendraient autonomes. Et peut-être un peu moins stupides et infects ?

Ici, ce n'est pas un endroit pour toi, c'est un couloir d'épines que de vivre pour une femme dans ce pays.
Kamel Daoud, extrait de son dernier roman "Houris" (dont l'action se passe en Algérie et revient sur la guerre civile des années 1990). (Gallimard, nrf, 2024)

https://www.arte.tv/fr/videos/117014-175-A/arte-journal-30-08-2024/

 

mercredi 8 mars 2023

Cette sainte haine des femmes

Les islamistes exècrent les mécréants (qui ne pense pas exactement comme eux est mécréant), mais plus que tout ils détestent les femmes. Surtout quand elles ont le culot de se révolter ou de vouloir se former. 
Depuis octobre, c'est par centaines que des écolières et des lycéennes ont été gravement intoxiquées dans leurs écoles en Iran. Fin février, au moins une trentaine (certains parlent d'une centaine) d'établissements scolaires ont été touchées par de mystérieuses attaques. Des objets s'apparentant à de petites bombes sont jetés dans l'enceinte des écoles, dégageant de la fumée et des odeurs extrêmement désagréables. Les jeunes filles étouffent, n'arrivent plus à respirer, souffrent de nausées, de maux de tête, d'engourdissements, de palpitations. Fin février, on dénombrait au moins 830 victimes, dont un grand nombre a été hospitalisé. Seules les écoles de filles sont visées, pas celles qui accueillent les garçons.
Les autorités minimisent. C'est "la nature faible" de ces jeunes filles qui explique leurs malaises. En réalité, tout laisse croire que c'est l'affaiblissement du régime des mollahs, secoué par une virulente contestation, qui est en cause. Il veut prouver sa force en s'attaquant aux filles. Dans un reportage, on entendait une mère jurer que plus jamais elle ne mettrait ses filles à l'école. C'est vraisemblablement le but visé.
"Au sein de la société iranienne, écrit Le Monde (1), de plus en plus de voix commencent à accuser le régime d’être derrière ces événements dans le but de revenir sur certaines libertés obtenues ces derniers mois par les contestataires. De fait, les femmes sont de plus en plus nombreuses à décider de ne plus couvrir leurs cheveux, en dépit de la loi iranienne qui l’impose. « L’empoisonnement dans les écoles de filles, dont le caractère intentionnel a été confirmé, n’est ni arbitraire ni accidentel. Toucher à la liberté vestimentaire acquise grâce à la contestation nécessite de répandre la peur », avertit sur Twitter le célèbre instituteur Mohammad Habibi, de Téhéran. Pour ce syndicaliste tout juste sorti de prison, le seul moyen d’arrêter cette mystérieuse série d’empoisonnements passe par une importante mobilisation du monde de l’éducation."

Même situation dans l'Afghanistan des talibans, ces soi-disants étudiants. Dans les années '90, 40% des médecins étaient des femmes, 70% des professeurs des écoles, 60% des professeurs d'universités, près de 50% des étudiants. Aujourd'hui, seules 14% des femmes savent lire (2).
La plupart des emplois sont interdits aux femmes, elles doivent se couvrir non seulement la tête mais aussi le visage, ne peuvent sortir qu'accompagnées d'un homme, ne peuvent accéder à l'université, pas plus qu'aux parcs publics. Les talibans autant que les mollahs iraniens haïssent les femmes, elles n'ont selon eux pour fonction que de tenir un ménage et faire des enfants. 
Faizan Mustafa rappelle (2) que Mahomet a dit : "Tout musulman homme ou femme doit rechercher la connaissance" et aussi "A qui prend le chemin de la recherche de la connaissance, Allah fera prendre l'un des chemins du paradis". Ce spécialiste en droit constitutionnel relève que Aïcha, la femme du Prophète, était une érudite, que le Coran ou les hadiths n'évoquent aucune interdiction pour les femmes d'acquérir des connaissances et que c'est une femme, Fatima Bint Muhammad Al-Fihriya, qui a créé une des premières universités modernes du monde, celle de Fès : l'université Al-Quaraouiyine. "Ce que les talibans font aux femmes est anti-islamique", dit-il.
Ce n'est pas une question de culture ou de religion, affirme Rina Amiri, envoyée spéciale américaine pour les droits des femmes et des filles. "La communauté mondiale, disait-elle en début d'année (3), doit s'élever contre ces pratiques extrémistes, ou les talibans se sentiront plus forts et inspireront d'autres atteintes aux droits des femmes, des filles et des populations vulnérables ailleurs dans le monde". Visiblement, c'est le cas en Iran à présent. 
"Etre une fille est aujourd'hui un crime haïssable, et ce soir je maudis le Créateur de m'avoir faite pour mener une existence si misérable et humiliante", écrivait récemment une étudiante afghane.

En Iran, les femmes emprisonnées parce qu'elles s'opposent au régime islamique sont violées. "Est-ce que c'est dans le Coran ?", demande l'avocate Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix 2003 (4). "C'était un des slogans des manifestants : Est-ce que le viol, c'est écrit dans le Coran ? Avec ce simple slogan, le peuple leur a dit : vous n'êtes pas des religieux. Au fond, le peuple iranien a toujours été très laïque. Et a fortiori maintenant. Les Iraniens ont vu ce qu'était une religion qui gouverne. Ils sont devenus laïques."

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2023/03/01/en-iran-des-dizaines-d-ecolieres-victimes-d-intoxications-malveillantes_6163710_3210.html
A lire aussi : https://www.lalibre.be/international/moyen-orient/2023/03/05/en-iran-les-cas-dintoxication-continuent-lenquete-se-poursuit-des-echantillons-suspects-retrouves-43DW2BQJ4FCP7EIKXRHGF37UHE/
https://www.huffingtonpost.fr/international/article/collegiennes-empoisonnees-en-iran-l-enquete-n-avance-pas_214841.html
(2) Faizan Mustafa, "Interdire l'université aux femmes est anti-islamique", The Indian Express  (Bombay), 28.12.2022 in Le Courrier international, 12.1.2023.
(3) Zahar Joya, "Etre une fille est un crime", Rukhshana Media (Kaboul), 5.1.2023, in Le Courrier international, 12.1.2023. 
(4) Rencontre avec Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix 2003, Charlie Hebdo, 18.1.2023.
Sur le même sujet, (re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/01/dieu-orphelin-de-naissance.html

samedi 24 décembre 2022

Etudiants en non droit

Il n'existe visiblement pas de féminin au mot taliban. Il signifie étudiants et pas étudiantes. Ils viennent d'interdire l'université aux filles, après leur avoir interdit, en mars dernier, l'école secondaire. De plus, les femmes doivent porter la burqa ou un hijab en public, elles n'ont plus accès à la plupart des emplois publics, pas le droit de voyager sans être accompagnées d’un parent masculin, pas le droit d’entrer dans les parcs, les salles de sport et les bains publics. Qu'ont-elles encore le droit de vivre ?
On rêve de voir toutes les Afghanes quitter leur pays, laisser ces mâles barbares entre eux. On les imagine désemparés. Que signifie pour eux les termes mères, sœurs, épouses ? Esclaves ? Qu'étudient-ils, ces prétendus étudiants ou chercheurs ? La violence ? La méchanceté ? La bêtise ? Le patriarcat ? Le mépris ? Ils en sont spécialistes, il faut leur reconnaître.

(Pendant ce temps-là, on entend les bonnes âmes prétendre que le patriarcat et l'esclavagisme ne sont le fait que de l'Occident et que le voile est un choix respectable. Je vomis les bonnes âmes.)

mardi 10 mai 2022

Talibans et bonnes âmes

De bonnes âmes occidentales voulaient se (et nous) persuader qu'ils avaient changé. Que les talibans nouveaux étaient arrivés, que ceux de 2021 n'étaient pas ceux de 1996. Mais les talibans restent ancrés dans un passé qui n'a sans doute jamais existé, dans une époque où l'homme avait tellement peur de la femme qu'il l'obligeait à se cacher pour qu'elle disparaisse de sa vue, une époque où l'homme se voyait comme un animal soumis à ses pulsions sexuelles. En 2022, ils se voient toujours de même : de pauvres êtres qui ne peuvent se maîtriser. Aussi, les talibans, après avoir interdit aux Afghanes de prendre l’avion sans parent masculin et fermé les collèges et lycées aux filles, viennent-ils d'obliger ces mêmes femmes à porter un voile intégral dans l’espace public, de préférence la burqa. "Car c’est traditionnel et respectueux". Respectueux de qui ou de quoi ? Certainement pas des femmes réduites à l'état de fantômes.
« Les femmes qui ne sont ni trop jeunes ni trop vieilles devraient voiler leur visage, à l’exception de leurs yeux, selon les recommandations de la charia, afin d’éviter toute provocation quand elles rencontrent un homme » qui n’est pas un proche membre de leur famille, précise le décret qu'ils ont adopté. Et si elles n’ont pas d’importante tâche à effectuer à l’extérieur, il est « mieux pour elles de rester à la maison ». C'est la patriarcat le plus abject érigé en loi.
« L’islam n’a jamais recommandé le tchadri, a réagi une militante des droits des femmes restée en Afghanistan, sous le couvert de l’anonymat. Les talibans, au lieu d’être progressistes, retournent en arrière. Ils se comportent comme lors de leur premier régime, ce sont les mêmes qu’il y a vingt ans. » (1)

Pendant ce temps dans nos pays, les mêmes bonnes âmes occidentales défendent le port du voile et s'attaquent violemment à qui ose le critiquer et même à celles qui se plaignent  d'être injuriées.
Il y a quelques jours, lors d'une réunion organisée par le Café laïque à Bruxelles, une habitante de Molenbeek, Nathalie, a témoigné de son vécu : pour aller au marché, elle - qui n'est pas musulmane - se voilait. Elle profitait ainsi de meilleurs prix, mais surtout elle évitait de se faire insulter, voire de se faire cracher dessus. Elle a témoigné de cette expérience sur Internet. Mal lui en a pris, puisqu'elle a été licenciée par son employeur pour faute grave : propos racistes. Et son syndicat l'a radiée, refusant de défendre "une raciste". Il faut donc taire le sexisme et les insultes. Les subir en silence. Et laisser une religion imposer sa loi scandaleuse dans la rue.

Il en va de même ailleurs. A Grigny, en région parisienne, par exemple. "Nous ne sommes que du bétail, dénonce Naïma : on nous demande en mariage quand nous passons entre les étals des marchés – lorsque nous sommes célibataires sans enfants et considérées comme vierges bien sûr. Aujourd’hui, ils mettent le voile aux petites-filles même lorsqu’elles sont encore bébé, pour les « habituer », « leur apprendre la pudeur ». Leur vie est déjà tracée du berceau jusqu’au cercueil : elles devront se taire, être soumises, et toujours dépendre d’un homme comme au bled." (...)
"Quand vous n’êtes pas voilée et que vous marchez sans mahram (tuteur de la femme en islam) dans la rue, vous êtes « la reine des putes ». Les femmes voilées essayent d’ailleurs de ramener les autres dans le « droit chemin », un chemin de silence et de souffrance.
Ne pas porter le voile, c’est se faire injurier pour un oui ou pour un non. Que l’on travaille, que l’on fasse des études, peu importe : si vous n’êtes pas voilée, vous n’êtes pas une femme bien. De ce fait, les hommes s’autorisent à vous faire des propositions indécentes et vous agressent sexuellement. Si vous n’êtes pas voilée, vous méritez d’être violée et de recevoir des coups. C’est cela la charia.
À Grigny, c’est le KGB islamique qui fait la loi. Même lorsque je fais mes courses, ils surveillent ce que j’achète : si c’est du vin ou du porc. Et si je n’achète que de la viande halal, ils se permettent encore de me reprendre sur mon « absence de pudeur » : « Maintenant, habille-toi correctement ! » Ils vont même jusqu’à surveiller ce qu’il y a dans le fond de nos culottes, c’est-à-dire si nous avons des amants, si nous sommes mariées, avec qui et pourquoi."
Naïma dénonce la "police religieuse" qui surveille les achats des musulmanes, ce qu'elles mangent, ce qu'elles boivent. Et, bien pire encore, les viols, la prostitution, les mariages forcés. 
"Ma mère a quitté le bled pour que je puisse échapper à l’islamisme, en France. Mais c’est l’enfer pour une femme de vivre à Grigny. Impossible d’avoir des activités normales et des plaisirs simples comme s’installer à la terrasse d’un café, ou porter une robe, sans être considérée comme une traînée, avec toutes les conséquences que cela implique. Je ne cède pas, même si c’est très dur car je suis isolée. Mais je ne survivrai pas encore longtemps dans cette jungle islamiste et communiste."

Qu'est-ce qui justifie, chez les bonne âmes occidentales, ce mélange de racisme et de sexisme, qui les amène à se ranger du côté des mâles en rut, à participer à l'asservissement et au mépris des femmes ? Que diront-elles quand les talibans de chez nous iront plus loin encore et imposeront la burqa et l'excision ? Pourquoi, selon elles, les hommes sont-ils libres d'aller et venir comme ils l'entendent, de s'habiller comme ils veulent et même de se promener torse nu quand les femmes doivent se voiler la tête si pas l'entièreté du corps ?
"Au fond, dit Sophia Aram (3), il n’y a que deux hypothèses, soit ils sont totalement obsédés, soit comme tous les fondamentalistes, ils n’ont qu’une seule vraie passion, qu’un seul objectif dans la vie : pourrir la vie des femmes. A moins que ce soit les deux !!!
Rien que cette semaine si tu cherches le point commun entre les talibans, les évangélistes texans et les juges catholiques de la cour suprême - en dehors de leur goût immodéré pour les armes automatiques et la croyance en l'existence d'un ami imaginaire : c'est qu'ils ne perdront jamais une occasion de pourrir la vie des femmes.
Convaincus comme le disait Saint Paul que “Dieu est le chef de l'homme et que l'homme est le chef de la femme“, ils sauteront sur chaque occasion de rappeler que le corps des femmes leur appartient."

Les bonnes âmes occidentales ont beau se croire de gauche, elles ont choisi leur camp : celui des talibans, des évangélistes texans et des juges catholiques de la cour suprême. Et elles font le lit de l'extrême droite.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/07/en-afghanistan-les-talibans-ordonnent-aux-femmes-de-porter-la-burqa-en-public_6125140_3210.html
(2) Publié dans la Tribune 28.1.2022.
(3) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-09-mai-2022

vendredi 20 août 2021

Le taliban nouveau est arrivé

Vingt ans après, les voilà de retour. Les talibans ont, à grande vitesse, repris le pouvoir dans quasiment l'ensemble de l'Afghanistan. Ils jurent qu'ils ont changé. On peine à les croire: on voit les mêmes hommes, avec leurs tenues traditionnelles et leurs longues barbes islamistes. Les mêmes qu'il y a vingt ans. Les mêmes qu'il y a deux cents ans, sans doute. Mais leurs armes sont plus modernes. Ils n'ont eu qu'à se servir parmi les milliers d'armes et d'engins américains que l'armée afghane, en pleine débandade, leur a abandonnés. Ils ont changé et n'ont qu'un souhait: que leur pays vive dans l'harmonie. Bien sûr, ils font la chasse à tous ceux qui ont collaboré avec l'ancien gouvernement afghan et avec les Américains et ils recherchent même (témoignage entendu ce matin sur France Inter) ceux qui ont travaillé à la défense du patrimoine avec l'Unesco. C'est que ce patrimoine-là, bouddhiste, n'a rien d'islamique et seul ce dernier peut exister. Ils ont changé et semblent aujourd'hui "plus puissants, plus dangereux et plus riches que jamais", écrit Catherine Philips dans The Times (1). Discrètement soutenus par le Pakistan et bénéficiant de "ressources étrangères", notamment des fortunes du Golfe, ils se sont aussi enrichis grâce au trafic de drogue et à des rançons obtenues suite à des enlèvements. Ils ont changé et contrôlent leur communication: ils ont détruit les médias indépendants pour pouvoir développer leur propre récit, diffusant des images de populations qui les accueillent comme des libérateurs, sans parvenir toutefois à empêcher la diffusion d'exécutions de militaires afghans et de meurtres de civils. "Vingt ans après, écrit The Times, si les talibans 2.0 sont bien plus doués pour se vendre, rien n'a changé en revanche en ce qui concerne leur mission d'instaurer leur vision déformée de la charia. Toute leur légitimité, aussi piètre soit-elle, repose sur leur promesse de réinstaurer leur version de la loi islamique." 

L'accord de Doha, signé en 2020 entre Washington (époque Trump) et les talibans, est "une monumentale abdication devant la barbarie", écrivait Jean-Yves Camus il y a un mois (2). "Les étudiants en religion resteront ce qu'ils ont toujours été, c'est-à-dire des fanatiques arriérés dont la doctrine n'a pas varié d'un pouce" et qui ont pour constitution la charia. Ils jurent leur grand dieu qu'ils veulent juste créer un émirat islamique indépendant de toute puissance étrangère (même si, on l'a vu, ils sont largement subventionnés par des puissances étrangères à l'Afghanistan) et que les droits des femmes, des jeune filles, des minorités seront respectés. "Mais comment le croire, demande Jean-Yves camus, alors que la charia ne le permet pas? Alors que les liens avec al-Qaida subsistent et laissent ouverte la possibilité qu'un nouveau sanctuaire afghan serve de refuge et de camp d'entraînement au djihadisme international?" La population afghane n'est pas plus rassurée par le taliban nouveau que par l'ancien. Les femmes en particulier savent ce que c'en est fini de l'indépendance qu'elle avait acquise. Elles fuient et se cachent. Telle cette jeune journaliste qui n'a eu d'autre choix que de quitter sa vie et sa maison et, pour l'instant, de vivre cachée, loin de tout (3): "je ne suis pas en sécurité, parce que je suis une jeune femme de 22 ans, et que je sais que les talibans obligent les familles à livrer leurs filles pour qu'elles soient mariées à leurs combattants. Et parce que je suis journaliste, et que je sais que les talibans viendront  nous chercher, moi et tous mes confrères".

Résumons-nous: aujourd'hui comme hier, un taliban reste un taliban et la barbarie même moderne reste de la barbarie.

Post-scriptum: https://www.lalibre.be/international/asie/2021/08/20/les-talibans-massacrent-des-hommes-hazaras-cela-donne-un-effroyable-apercu-de-ce-qui-risque-de-se-produire-ZZX3MCIIOVCYHGXGE4JK624AB4/

https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/indre-le-buzanceen-pascal-maitre-temoin-du-drame-en-afghanistan?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=1&pageId=57da5ce5459a4552008b469a

(1) Catherine Philips, "Les nouveaux maîtres de Kaboul", The Times, 15.8.2021, in Le Courrier international, 19.8.2021.

(2) Jean-Yves Camus, "C'est reparti pour la charia", Charlie Hebdo, 21.7.2021.

(3) "Ma vie toute entière est anéantie", témoignage anonyme, The Guardian, 10.8.2021, in Le Courrier international, 19.8.2021.


mardi 3 mars 2020

Yasmine va à l'école

Pendant que le milieu du cinéma français s'étripe sur le cas Polanski devenu le symbole de la violence faite aux femmes (1) et que chacun est tenu de choisir son camp, une information est passée quasiment inaperçue: le gouvernement américain a signé un accord dit de paix avec les talibans. L'armée américaine va quitter, d'ici quatorze mois, l'Afghanistan, laissant le champ libre aux islamistes qui pourront à nouveau y imposer leur régime de terreur. Comme ce fut le cas entre 1996 et 2001. Les femmes afghanes seront les premières à subir cette violence, obligées de cacher leur corps impur sous une burqa, les filles interdites d'école, forcées au mariage. L'accord en question se résume en fait à un engagement des talibans de ne pas s'en prendre à l'armée américaine. Ils devaient aussi entamer des négociations avec le gouvernement afghan, mais ce point de l'accord est déjà remis en question par les talibans (2) qui annoncent que leurs opérations continueront contre le gouvernement de Kaboul. Avec un objectif: installer leur pouvoir dans tout le pays.
Le Figaro (3) a rencontré Yasmine, lycéenne dans un village de l'est de l'Afghanistan, menacé par le retour prochain des talibans. D'ici quelques mois, Yasmine et ses copines risquent de devoir abandonner leur projet d'avoir un métier. Quelle est donc cette paix qui ôte tout avenir aux femmes? 

(1) Ma solution: pour mettre fin à ces polémiques, supprimons définitivement toutes ces remises de prix (César, Oscar, Victoire et Cie) qui n'ont ni sens, ni intérêt. Qui peut décréter qui est le meilleur en ceci ou cela? Et, en attendant, que celles et ceux qui ne veulent pas cautionner la remise d'un prix à une personne qu'ils en jugent indignes n'aillent pas y parader en smoking ou robe du soir.
(2) https://www.liberation.fr/planete/2020/03/02/afghanistan-le-processus-de-paix-deja-en-danger_1780297

lundi 20 octobre 2014

Art (et) brut(es)

Qu'est-ce que l'art? Rares sont ceux qui peuvent répondre clairement à la question. En revanche, ils sont nombreux ceux qui peuvent décréter ce qui n'est pas de l'art et s'attaquer aux œuvres et aux artistes. L'extrême droite s'en est fait une spécialité. Un œuvre plastique de l'artiste américain Paul Mc Carthy, installée à Paris à l'occasion de la Foire internationale d'art contemporain (Fiac), a été dégonflée. A force d'être gonflé, voilà ce qui arrive à l'art. L'auteur a été agressé physiquement. C'est que certains ont vu dans cette œuvre intitulée "Tree" un sextoy. Plus précisément un "plug anal". Ils étaient nombreux - et j'en étais - ceux qui ignoraient l'existence de ce type de jouet. Les personnes rétives à l'art, par contre, le connaissent. On voit qu'on a là affaire à des gens cultivés.
On ne peut, disent-ils, accepter sur la place publique ces érections qui choquent l'œil. Mais toute sculpture est érigée, répondent les spécialistes en art. Faudra-t-il demain abattre l'Obélisque de la Concorde, la Colonne Vendôme ou la Tour Eiffel pour plaire à ces talibans français?
On a évidement parfaitement le droit de ne pas aimer telle ou telle création considérée comme artistique et le dire. Autre chose est de s'y attaquer physiquement.
La France ne sort pas grandie - cela devient une habitude - de ce type d'incident. Mais la Belgique n'est pas en reste. En témoignent les nombreux commentaires d'internautes qui étalent leur haine de l'art, par exemple sur le forum de la Libre Belgique (1), et leurs opinions réactionnaires. Reconnaissons-leur, à eux aussi, une certaine culture. Celle du Café du Commerce.
Plutôt que de les lire, mieux vaut lire les commentaires de Libé (2) ou écouter ceux de Sophia Aram (3).

(1) www.lalibre.be/light/societe/paul-mccarthy-renonce-a-reinstaller-son-oeuvre-polemique-vandalisee-a-paris-5442475f35706c71768a2e73
(2) http://next.liberation.fr/arts/2014/10/19/place-vendome-paul-mccarthy-unplugged_1125220
(3) ce lundi 20 octobre, 8h55: http://www.franceinter.fr/depeche-direct-video-suivez-le-direct

A lire aussi: http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2014/10/19/bataille-plug-anal-prolongement-manif-tous-255575

vendredi 28 janvier 2011

Coeur de pierre

Une jeune femme cachée sous une burqa. Elle a vingt ans. On l'a placée dans un trou. Elle reçoit une pierre sur la tête. Puis deux, puis trois, puis tant d'autres. Un coup de feu l'achève. Puis, c'est le tour d'un homme.
Ils étaient amants, apprend-on (1). Là-bas, dans le nord de l'Afghanistan où règnent les talibans, l'amour est un crime. Et la lapidation un juste châtiment qui condamne comme il se doit l'adultère. Existe-t-il un seul animal aussi cruel que ces individus qui ne méritent pas le nom d'hommes? Là-bas, Allah est mort depuis longtemps. La barbarie a pris sa place. Et tue chaque jour en son nom.

Je n'ai pas prétendu mettre seulement une action vraie sur la scène, mais des moeurs vraies, faire penser les hommes comme ils pensent dans les circonstances où ils se trouvent, et représenter enfin ce que la fourberie peut inventer de plus atroce, et ce que le fanatisme peut exécuter de plus horrible. Mahomet n'est ici autre chose que Tartuffe les armes à la main.
Voltaire, dans l'introduction de "Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète"

(1) JT RTBF, 27.01.2011