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samedi 24 juillet 2021

L'homme sage

Moi, je me ferai vacciner quand on m'aura prouvé que ça ne provoque pas le cancer, dit l'homme en allumant une cigarette.


Ma position, qui n'engage que moi bien sûr, est la suivante: je suis pour la vaccination, je suis catégorique. Je pense que le fait de ne pas se faire vacciner serait irresponsable. Bien sûr, chacun est libre de faire ce qu'il veut, mais, par exemple, l'argument de dire: c'est mon corps et je ne veux pas qu'on y touche est valable dans le cas d'une personne isolée. C'est oublier que nous vivons en collectivité et que, en ne nous vaccinant pas, nous risquons de contaminer les autres. Nous fragilisons le système de défense face au virus, qui cherche à muter pour atteindre le plus de monde possible. Si nous le laissons faire, il finira par atteindre nos plus jeunes enfants.

Hubert Reeves (lu sur Facebook)

mercredi 14 juillet 2021

Se vacciner contre l'individualisme

Désormais en France, il faudra montrer patte blanche - un passe sanitaire - pour entrer dans les lieux culturels et sportifs, dans les bars et restaurants, dans tous les centres commerciaux, les transports collectifs à longue distance, tous les espaces qui rassemblent plus de cinquante personnes. C'est qu'il faut bien tenter d'éviter une quatrième vague qui menace et dont le variant Delta et les résistants à la vaccination favorisent l'émergence. Cette exigence est apparemment plutôt bien acceptée par la majeure partie de la population et par les différents partis, à part ceux des extrêmes qui multiplient les arguments populistes pour soutenir ceux que l'idée même d'un passe sanitaire fait hurler. Certains n'hésitent pas à parler de  dictature ou, un peu plus subtilement, de démocrature. La seule dictature actuellement dans nos pays est celle du virus. Peut-on continuer à le laisser régulièrement empêcher les activités publiques, nous obliger à nous confiner, à vivre avec un masque, à rester distants les uns des autres? Alors qu'il existe une et une seule solution: la vaccination. Les opposants au vaccin n'ont d'intérêt que pour leur nombril qu'ils appellent liberté individuelle, sans souci pour l'intérêt collectif. Le vaccin trouve tout son sens et son intérêt dans son impact sur l'ensemble de la population.

"La coexistence de vaccins obligatoires et de vaccins recommandés est le reflet de l’histoire de la vaccination en France, rappelle le Ministère français des Solidarités et de la Santé (1). Avant l’arrivée des vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, ces maladies représentaient de véritables fléaux, responsables à elles trois de plusieurs milliers de décès d’enfants par an en France. L’État a décidé de les rendre obligatoires afin de s’assurer que tous les enfants puissent y avoir accès et être protégés." (...) " La couverture vaccinale correspond à la proportion de personnes vaccinées dans une population à un moment donné. Une couverture vaccinale élevée constitue un élément clé dans le contrôle des maladies infectieuses, permettant de protéger une population contre une maladie donnée. Ainsi, par exemple, l’élimination de la rougeole nécessite un niveau de couverture vaccinale de 95 % chez le jeune enfant. En France, ce niveau n’a jamais été atteint depuis l’intégration de cette vaccination dans le calendrier vaccinal, ce qui explique l’épidémie qui a provoqué des milliers de cas entre 2008 et 2011. Seule une couverture vaccinale élevée a permis l’élimination de la diphtérie et de la poliomyélite et la quasi- élimination des infections massives à Hæmophilus influenzae b, Hib. Les niveaux insuffisants de couverture vaccinale atteints pour la vaccination rougeole-oreillons-rubéole et contre le méningocoque C, ainsi que contre la grippe et l’hépatite B, sont à l’origine d’une morbidité et d’une mortalité résiduelles, que l’on peut considérer inacceptables, d’autant que les vaccins correspondant ont un profil de sécurité d’utilisation tout à fait satisfaisant. Augmenter ces couvertures vaccinales devrait être considéré comme une priorité de santé publique afin de prévenir la survenue de drames facilement évitables."

On ne peut s'empêcher de maudire tous ceux et toutes celles qui refusent de se faire vacciner contre la Covid-19 sous prétexte qu'on est en démocratie et que chacun fait fait fait c'qui lui plaît plaît plaît. En démocratie, chacun est censé faire preuve de solidarité. Voilà les cafetiers et les restaurateurs, les responsables de cinémas, de théâtres, de salles de sport invités à jouer les flics pour contrôler les passeports sanitaires afin d'enrayer la propagation du virus que stopperait pourtant une vaccination de l'ensemble de la population. Les opposants au passe ignorent ou méprisent du haut de leur superbe tous ceux dont les activités professionnelles ou associatives vont être compliquées, freinées ou empêchées. Ils ne veulent pas voir que derrière le vaccin ce sont la santé publique et la liberté collective qui se profilent.

"La liberté est au fondement de notre vie collective et ma sensibilité personnelle me pousse à en faire la base de mes représentations politiques, affirme le sociologue Gérald Bronner. Cependant, comme toute valeur, elle devient idéologique et même parfois mortifère lorsqu’elle est défendue inconditionnellement. Sur ce point, Hobbes a tout dit dans son Léviathan lorsqu’il souligna que la liberté non régulée aboutit immanquablement à la pire des tyrannies. Cette régulation des libertés individuelles est rendue nécessaire lorsque l’expression de l’égoïsme de chacun peut gravement nuire à l’intérêt de tous. Nous y sommes : nous sommes tyrannisés par un virus et ses variants qui menacent notre santé, nos libertés de circuler, de nous voir, notre joie de vivre donc et plus encore. La crédulité de certains de nos concitoyens - qui refusent de se faire vacciner, qui imaginent des dangers irréels - collabore à proprement parler avec cette menace. Dans ces conditions l’obligation vaccinale me paraît moins une violation de nos libertés que la possibilité même de les rétablir."

Post-scriptum du 15 juillet: J'ai croisé ce matin G., 97 ans. Il est furieux. Il a, m'explique-t-il, claqué la porte du bistrot parce que la tenancière refuse de se faire vacciner. Je ne comprends pas, peste-t-il. Il dit qu'il a vu autour de lui tant de gens mourir de la tuberculose, tant d'autres rendus infirmes par la poliomyélite et se réjouit que les vaccins aient protégé toutes les générations depuis. Et le vaccin contre la rage, poursuit-il, combien de vies n'a-t-il pas sauvées? Je ne comprends vraiment pas qu'on puisse s'opposer à la vaccination, répète-t-il. Ceci dit, conclue-t-il, on a le droit de refuser le vaccin, mais alors on reste chez soi, sans aucun contact physique avec qui ce soit.

(1) https://solidarites-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/preserver-sa-sante/vaccination/vaccins-obligatoires/article/11-vaccins-obligatoires-depuis-2018

(Re)lire sur ce blog "Faire société", 3.7.2021; "Faiblesse intellectuelle", 23.5.2021; "Liberté chérie", 12.4.2021.

samedi 3 juillet 2021

Faire société

La pandémie de Covid-19 a fait près de 4 millions de morts dans le monde depuis fin décembre 2019, mais l'OMS estime que le bilan pourrait être deux à trois fois plus élevé que celui officiellement calculé. Et on est loin d'en avoir fini avec ce satané virus. L'Ouganda reconfine, de même que le Portugal dans de nombreuses villes. Tunis est partiellement reconfiné. Djakarta met en place des restrictions d’urgence face à des records de contaminations quotidiennes. Israël réinstaure le port du masque dans certaines zones. C'est que le variant Delta galope un peu partout. En Grande-Bretagne et à Moscou, il représente 90% des nouvelles contaminations. Dans le Royaume dit Uni, il s'attaque principalement aux 20-29 ans. En Russie, 62% de la population refusent de se faire vacciner. La nouvelle vague de Covid-19 amène les autorités russes à imposer de plus en plus le vaccin. Les campagnes de vaccination rencontrent dans les grands pays un plafond de verre, qui, selon Jean-François Delfraissy (1), "correspond à deux types de population qui seront responsables d’un impact du variant Delta. Ce sont les non vaccinés au-dessus de 70 ans et les 40-60 ans, à risques, qui ne se sont pas fait vacciner." Quant à savoir quand le Covid-19 sera éradiqué, "on en aura fini quand 100% de la population sera vaccinée ou contaminée, probablement en 2022", estime le président du Conseil scientifique français.

Les opposants au vaccin sont moins nombreux qu'il y a un an, mais leur nombre reste trop important et c'est lui qui permet au virus de muter et de continuer à se développer. "D'après les données remontant des quatre coins du monde, une vaccination généralisée resterait malgré tout le meilleur remède contre les variants", écrit Marianne (2). Les scientifiques s'accordent pour nous annoncer une quatrième vague à la rentrée avec son lot de fermetures et d'interdictions si la vaccination ne progresse pas. Mais comment convaincre les anti-vaccins? Ils sont souvent anti-système et ne veulent pas se rendre compte que leur attitude favorise le système virus qui, plus malin qu'eux, s'adapte, mute, se répand avec une ampleur qu'il n'espérait plus. Ils ne veulent pas non plus voir que leur position individualiste met à mal le bénéfice collectif de la vaccination. Hier encore, alors que le gouvernement français envisage de rendre obligatoire la vaccination chez les soignants, on entendait dans un journal télévisé une anesthésiste anti-vaccin déclarer qu'elle est adulte et qu'elle est à même de savoir ce qui est bien ou non pour elle. Elle ne se pose pas la question de savoir ce qui serait bien pour l'ensemble de la société. Est-elle vraiment aussi adulte qu'elle le pense? " Si nous sommes frappés par une quatrième vague, ce ne sera ni la faute de la mère Nature ni même, pour une fois, celle du gouvernement. Mais la faute des non-vaccinés. À cause d’eux, nous risquons de perdre la course contre la montre : monter le niveau d’immunité collective avant que le virus n’ait trop muté", écrivait récemment Caroline Fourest dans Marianne.

En fait, on l'a écrit déjà, les anti-vaccins ont une attitude ultra-libérale: je fais ce que je veux, l'Etat ne peut rien m'imposer. Ce sont pourtant les mêmes sans doute qui se feront vacciner quand ils auront besoin d'un passe sanitaire pour se rendre en vacances à l'étranger. Leur rapport au vaccin est lié au confort individuel. Combien d'entre eux n'ont pas un jour accepté, sans aucune réticence, de se faire vacciner contre la fièvre jaune ou d'autres maladies tropicales parce qu'ils avaient envie de voyager en Afrique ou en Asie? Le vaccin est la seule solution pour se protéger, protéger les autres et vaincre un virus. Mais les anti-vaccins ressemblent à ceux qui refusent, au second tour d'une élection, de voter pour la droite pour empêcher l'extrême droite de l'emporter: ils comptent sur les autres pour empêcher le virus de s'installer, mais sont fiers de se présenter comme des purs. Leur pureté individuelle compte plus que l'intérêt collectif. 

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mercredi-30-juin-2021

(2) "Variant Delta - Le coup du lièvre et de la tortue?", Marianne, 2.7.2021.

(Re)lire sur ce blog "Liberté chérie", 12.4.2021 et "Collective par définition", 27.8.2020.

mercredi 12 août 2020

Bêtises et vaccins

La semaine dernière, Antonio Fischetti, journaliste scientifique de Charlie Hebdo, déplorait que la vaccination soit une "victime collatérale du coronavirus". 
"L'absence de vaccination est une maladie mortelle", constatait-il, rappelant que l'OMS la classe parmi les dix principales menaces pour la santé humaine. La seule rougeole est responsable de 150.000 morts chaque année dans le monde. Combien en provoquent la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la rubéole, la polio, la tuberculose? 
De nombreuses campagnes de vaccination ont été annulées parce que les personnes concernées étaient confinées, parce que des médecins rencontraient des difficultés de transport ou parce que des patients craignaient d'être contaminés par le coronavirus. Selon l'OMS, à cause de la pandémie de Covid-19, "au moins trente campagnes de vaccination contre la rougeole ont été ou risquent d'être annulées, ce qui pourrait entraîner de nouvelles flambées en 2020 et au-delà".
A ces difficultés, s'ajoutent les rumeurs et théories complotistes de ceux qui veulent se convaincre que le remède sera toujours pire que le mal. Ceux qui pensent que les vaccins transmettent d'autres maladies ou pensent qu'ils vont servir de cobayes. L'obscurantisme se nourrit des pandémies. 
Au Sénégal, rapporte Antonio Fischetti, les réseaux sociaux se sont enflammés suite à une rumeur qui prétendait que sept enfants y étaient morts après avoir reçu "le vaccin de Bill Gates". L'informaticien est même soupçonné par un économiste ivoirien de vouloir "dépeupler l'Afrique pour sauver les Européens". Une autre rumeur affirme que le véritable but d'un vaccin serait d'implanter une puce électronique dans le corps des gens. 
Pour les islamistes pakistanais, la vaccination serait un outil de domination du grand Satan occidental. D'ailleurs, affirment-ils, les vaccins contiennent du porc, entraînent l'infertilité et tuent des enfants. C'est pourquoi ces sauveurs de l'humanité que sont les islamistes tuent du personnel soignant.
"Le pire, regrette Antonio Fischetti, c'est que les rumeurs contre les vaccins sont plus contagieuses que les maladies elles-mêmes".

Pour déplorer ces assassinats, ces dérives et ces bêtises, Antoine (sic) Fischetti se fait traiter de con par un lecteur de Charlie (1) qui le déclare "chef des journaleux asservis aux lobbies". La vie est simple; défendre la vaccination, c'est soutenir l'industrie pharmaceutique. Les tenants de ce type d'analyse sommaire et simpliste ressemblent à ceux qui minimisent l'impact mortifère de l'islamisme. Seul compte leur point de vue chétif, jamais celui des victimes. Ils ne sont qu'ego boursouflés. que mépris, que morgue. Ils sont plus forts que tous les virus. "Je ne me ferai pas vacciner", clame l'ex-lecteur. L'absence d'intelligence peut aussi être une maladie mortelle. 

(1) "On a reçu ça", Charlie Hebdo, 12.8.2020.