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lundi 27 avril 2026

Banalité de la violence

La tentative d'agression par arme à feu de membres de l'administration Trump et sans doute du président lui-même à Washington samedi est-elle réellement un évènement ? Les attaques armées sont quotidiennes aux Etats-Unis où n'importe qui peut acheter n'importe quoi. L'agresseur s'était procuré tout-à-fait légalement un fusil à pompe, un pistolet et des couteaux et les avait tranquillement emportés dans une chambre de l'hôtel qui accueillait le lendemain le dîner des correspondants de la Maison blanche.

En 2024, un rapport (1) présenté par le Surgeon General des États-Unis constatait que la majorité des Américains ou des membres de leur famille ont été confrontés à des incidents de violence armée. Selon Vivek Murthy, la violence par arme à feu constitue "une crise de santé publique aux États-Unis".
En 2020, la violence armée était la principale cause de décès chez les enfants et les adolescents âgés de 1 à 19 ans. Pour 1 million de personnes de cette tranche d'âge, il y a 36,4 décès par an par arme à feu aux États-Unis, 0,5 au Royaume-Uni et 0,3 au Japon. Le taux de mortalité par arme à feu est 11,4 fois plus élevé aux États-Unis que dans 28 autres pays à revenu élevé. Bien que les États-Unis ne représentent que 31 % de la population totale des 29 pays étudiés, ils comptent pour 83,7 % de tous les décès liés aux armes à feu dans ces pays. La violence armée aux Etats-Unis, constate encore le rapport, a touché indirectement ou directement plus de la moitié de la population. La crise affecte alors non seulement les victimes, mais aussi la communauté environnante. L'une des principales conséquences est une dégradation de la santé mentale.

Si l'on ajoute à cela un président et son équipe dont la santé mentale semble également dégradée et qui multiplient les insultes et les déclarations agressives, refusent de règlementer les ventes d'armes et poussent sans cesse leur police à plus de violence, on ne peut que considérer que ce qui s'est passé à Washington samedi n'est aucun cas un évènement. Juste un fait quotidien. Banal.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/27/a-washington-l-homme-ayant-planifie-une-fusillade-au-gala-de-la-presse-visait-les-membres-de-l-administration-trump-selon-les-autorites_6683603_3210.html

mercredi 18 février 2026

Fasciste toi-même

Qu'est-ce qu'être antifasciste sinon défendre la démocratie et s'opposer à ceux qui veulent imposer leur pouvoir par la violence et briser la liberté de réunion et d'expression ?
Aujourd'hui, on s'y perd. Voilà qu'à Lyon on tue au nom de l'antifascisme. Quel est l'intérêt et la crédibilité d'un antifa qui est pro-violence, qui tue au nom d'un combat qui du même coup perd tout son sens ? Le voilà aussi fasciste que celui qu'il prétend combattre. Un totalitaire de gauche ne sera jamais plus séduisant qu'un totalitaire de droite. Il est tout autant abject et repoussant.

"Celui ou ceux qui ont tué (le militant d'extrême droite), écrit Le Monde (1), n’ont pas seulement commis un meurtre, ils ont, en recourant aux méthodes des fascistes qu’ils prétendent combattre, sali les combats progressistes et humanistes, et offert un martyr à leurs adversaires. Leur geste scandaleux, commis au nom d’idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence, sa marque de fabrique, et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République." (...)
"Recourir à la violence, c’est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence."

La Jeune Garde, cette milice d'extrême gauche soutenue par Mélenchon, est aujourd'hui pointée du doigt par la Justice pour son rôle actif dans ce meurtre en meute d'un homme à terre. L'homme du bruit et de la fureur, comme d'habitude, joue les irresponsables, jurant la main sur le cœur qu'il a toujours rejeté toute violence. En faisant d'un militant d'extrême droite un martyr, l'extrême gauche aide un peu plus le RN à se dédiabloliser.
Même si ce parti est constitué de personnages rebutants, tel ce septuagénaire qui, hier à Châteauroux, a tiré sur les gendarmes et leur a balancé des grenades (2). L'homme qui possédait chez lui un véritable arsenal était connu comme un "militant très engagé" du RN. Et puis, il y eut tous ces militants de gauche tués par d'autres d'extrême droite. On pense notamment à Clément Méric, mort à 18 ans en 2013 suite à un passage à tabac par des skinheads.

La vie politique s'est hystérisée ces dernières années. "La haine politique en France a tué, écrit à Le Quotidien luxembourgeois (3). Mais est-ce vraiment une surprise ? Le pays s’embourbe dans les excès depuis des mois maintenant, et aujourd’hui les mots sont éclipsés par les actes. Il suffit de regarder comment se déroulent les séances publiques à l’Assemblée nationale : les partis s’invectivent sans cesse, l’actualité brûlante alimente les débats et chacun cherche à contester la légitimité de l’autre." (...)
"L’autre n’est plus un adversaire, mais un ennemi à abattre. Un venin mortel s’infiltre dans toutes les composantes de la République et personne n’est là pour dire stop, pour remettre la dignité au programme. La politique française a perdu pied. Et la faute est collective. Chacun essaie de servir sa cause et de détruire le camp d’en face."

Comme l'écrit Caroline Fourest (4), la violence "peut changer de nom, s’appeler « révolutionnaire» ou «identitaire», fasciste ou antifasciste, elle n’est qu’un masque pour habiller d’un drapeau une passion bien plus primaire et très souvent masculine. Un besoin de se défouler, d’écraser l’autre sous ses pieds, qu’on revendique fièrement en usant de slogans périmés".

(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/un-veritable-arsenal-qui-est-ce-retraite-de-78-ans-qui-a-tire-sur-la-police-avec-des-grenades-a-chateauroux-1771361045
(3) https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-luxembourg-meurtre-de-quentin-deranque-la-haine-politique-en-france-a-tue_240720
(4) https://www.franc-tireur.fr/lextreme-tue-le-franc-parler-de-caroline-fourest

vendredi 11 octobre 2024

Vertigineux

"Un ouvrage vide", voilà comment Juliette Cerf dans Télérama (1) qualifie le dernier livre de Caroline Fourest "Le Vertige Me Too" (2). On s'étonne. L'essayiste n'aurait-elle plus rien à dire, surtout par rapport à un tel sujet, les violences faites aux femmes, qui lui tient à cœur depuis toujours ? Circulez, y a rien à lire sinon du narcissisme, écrit tranchante la critique de l'hebdomadaire (de plus en plus) bien pensant. 
Dès lors, sceptique, on se dépêche de lire l'ouvrage en question pour comprendre une telle descente en flammes. Et on découvre un livre très documenté, multipliant les réflexions de fond sur un mouvement bienvenu et indispensable mais fragilisé par ses dérives.

Interviewée par Charlie Hebdo (3), Caroline Fourest insiste sur la nécessité du "tourbillon" Me Too. "Je rappelle tout ce qu'on a vécu avant, ce que Me Too a changé dans ma propre vie. C'est ce que j'attendais depuis toujours. Mais je suis allergique aux meutes. C'est aussi une question de proportionnalité. Je ne remets pas en cause le principe de nommer publiquement. Je dis juste qu'il faut que ce soit une forme de dernier recours pour briser l'impunité."
Dans son livre, Caroline Fourest défend fermement le mouvement Me Too et cite de très nombreux cas où la libération de la parole de victimes a permis de mettre fin aux agissements de dangereux prédateurs. "C'est (...) à la fois pour défendre Me Too et protéger cette révolution de ses excès que j'ai voulu écrire ce livre", écrit-elle en introduction. "L'exercice pose une vraie question : comment libérer la parole pour réclamer justice, sans piétiner la présomption d'innocence et commettre une autre injustice ?". 

La directrice éditoriale de Franc-Tireur revient sur les très nombreuses affaires répercutées par la presse, où des cas de viols et de prédation étaient avérés. Les réseaux sociaux ont aussi, dans ces cas, joué un rôle positif, en libérant la parole, en permettant l'écoute, la solidarité, la protection. Mais Me Too a aussi entraîné une certaine confusion tombant dans un renouveau moraliste qui voit des femmes crucifier en place publique un homme ou une femme pour un geste considéré comme déplacé ou des propos grivois, comme si ce type d'agissement était aussi grave qu'un viol. Il a suffi parfois d'un geste mal interprété pour détruire une réputation, malgré l'absence de condamnation par la justice.
Et puis, il y a ceux qui sont prompts à dénoncer une attitude raciste, mais refusent de recourir à la justice en cas de viol. A fortiori si celui-ci a a été commis par une personne qu'ils qualifient de racisée. Ces révolutionnaires finalement très réactionnaires perpétuent les pires travers du patriarcat.
Caroline Fourest déplore le silence assourdissant de tant de féministes suite au 7 octobre. La barbarie manifestée notamment à l'égard des femmes par les combattants du Hamas ne les touche pas. Comme si la fin justifiait les moyens les plus ignobles.

Les réseaux qualifiés de sociaux et une partie de la presse se muent parfois en comité de salut public, montant en épingle le moindre reproche, sans parfois laisser à l'accusé(e) le temps ni le droit de s'expliquer. Voici le temps des chevalières blanches et des guillotinages sans procès.
Dans ce livre, Caroline Fourest partage ses questionnements et n'a pas toujours de réponse arrêtée tant certains cas sont délicats. Comment savoir, dans des affaires strictement privées ce qu'il s'est passé, ce qui a été dit, qui a tort, qui a raison ? Faut-il automatiquement s'indigner ? Elle parcourt les cas révélés dans les milieux du cinéma, de la politique, de la médecine, de la presse, des associations féministes, plaide pour la nuance, appelle à raison garder, à laisser l'opportunité aux accusés par le tribunal populaire de se défendre, de s'expliquer et, si le cas est avéré, de laisser à la personne, si elle ne présente pas de danger pour les autres, le droit de s'amender et de reprendre sa place dans la société. Elle appelle à faire la part des choses entre une main aux fesses ou un baiser forcé et un viol ou un inceste, à ne plus confondre le féminisme avec le victimisme. "Lutter contre le victimisme, c'est recueillir leur parole comme victimes, sans les y enfermer à vie."

Voilà donc l'ouvrage, riche de réflexions et de nuances que Juliette Cerf qualifie de vide. On s'interroge sur la raison. L'a-t-elle vraiment lu ? A-t-elle eu un différend avec Caroline Fourest ? N'a-t-elle pas apprécié qu'y soit évoqué le licenciement abusif (c'est le tribunal  qui en a décidé ainsi) dont a été victime un journaliste de Télérama qui avait été renvoyé "sur simple soupçon de sexisme" ? Est-ce parce que Caroline Fourest est aussi connue comme une farouche militante de la laïcité, une notion que Télérama arrive de moins en moins à défendre - et qu'elle n'est dès lors pas en odeur de sainteté (si l'on ose dire) dans la presse bien pensante ? Ou Me Too doit-il être sacralisé et non critiquable ? On s'interroge. En tout cas, la critique de Juliette Cerf apparaît, à la lecture du livre dézingué, bien vide.

(1) 23.9.2024.
(2) Sous-titré "Trouver l'équilibre après la nouvelle révolution sexuelle", éditions Grasset, septembre 2024.
(3) "Caroline Fourest - "Je trouve insupportable que des gens invoquent Me Too pour se comporter en tyrans", propos recueillis par Gérard Biard, Charlie Hebdo, 9.10.2024.

lundi 15 juillet 2024

La balle des hypocrites

La tentative d'assassinat de Donald Trump scandalise évidemment tout le monde, mais en particulier ses partisans et aussi les tueurs en série que sont Poutine et Netanyahou. Voilà un homme qui est sans cesse dans la surenchère verbale, qui ne conquiert son électorat que par sa rhétorique violente et son agressivité, qui a incité ses supporters, la plupart surarmés, à prendre d'assaut le Capitole dans la violence, qui a soutenu le Ku Klux Klan, qui défend bec et ongles le droit de vendre et d'acheter librement des armes, le voilà donc soudain victime d'une agression par balles. La seule surprise, c'est que ce ne soit pas arrivé plus tôt dans ce pays où les balles fusent tous jours, même sans raison apparente.
Trump et les Républicains accusent Joe Biden de cette violence, eux qui en vivent et la font vivre. Biden a tenté de réguler la vente d'armes individuelles, mais les Républicains l'en ont empêché. Le jeune criminel qui a tenté de l'abattre, même s'il a fait autrefois un don de quinze dollars au Parti démocrate, est inscrit comme électeur républicain et est membre d'un club de tir.
La NRA, le lobby pro-armes, est l'un des principaux sponsors de Trump, le semeur de haine. Et voilà ce dernier victime de son sponsor. S'il était cohérent, il proposerait immédiatement de réguler drastiquement les ventes d'armes. Mais la seule cohérence d'Ubu Trump est d'apparaître comme un mec, un dur-à-cuire, un combattant. Cette agression le sert. Il est vu par ses adorateurs comme un martyr, un messie. Dieu l'a sauvé, dit-il. Qu'est-ce qu'il fout, Dieu ? Qu'est-ce qu'il cherche ? Il sauve un fou furieux et il laisse tomber les Palestiniens, les Ukrainiens, les Kurdes, les Soudanais, toutes les victimes des guerres que mènent ces chefs d'Etat assassins ?

jeudi 16 mai 2024

Soumission

Les religions se portent bien. Les partis de différents bords font ce qu'ils peuvent pour les aider à exercer leur pouvoir sur leurs ouailles. La religion est l'opium du peuple et tant mieux si elle nous rapporte des voix, se disent-ils. 

La France insoumise ne l'est pas totalement. On l'a écrit déjà : elle est soumise aux analyses simplistes et sans nuance, mais aussi à l'islamisme. Qui se permet de critiquer la religion musulmane se trouve aussitôt traité d'islamophobe. La religion est sacrée pour les populistes.
En Belgique, Ecolo s'est déclaré favorable au port du voile même dans l'administration, sauf exception. Ce parti né notamment du féminisme a trucidé sa mère. 
En Grande-Bretagne, les élections locales du 2 mai ont vu la victoire de nombreux candidats islamistes, certains sous l'étiquette des Verts. L'ancien député écossais George Galloway avait été chassé du Labour pour être devenu chroniqueur sur la chaîne iranienne PressTV et pour s'être positionné sur la ligne du Hamas. Il vient d'être réélu sur la liste islamo-gauchiste du Workers Party of Britain. (1)
Aux Etats-Unis, Dieu soutient mordicus Donald Ubu Trump. L'Eglise évangélique a fait de ce fieffé menteur-violeur-manipulateur-tricheur-mécréant-total son héros.
En Russie, le régime s'est acoquiné avec l'Eglise orthodoxe qui qualifie de sainte la guerre menée à  l'Ukraine.

Mais bons (ou mauvais) dieux !  Quel mépris ont tous ces partis et leurs élus pour ceux et surtout celles qui encaissent les coups des fous de Dieu ! En Malaisie, un tribunal islamique a condamné une mère célibataire à six coups de canne et à une amende équivalant à 800 euros. Elle est coupable de "proximité rapprochée" avec un homme qui n'était pas son mari. Une vague "verte" a submergé le pays aux élections régionales d'août 2023 et, depuis, la charia est d'application dans certaines régions du pays. (1)
La République islamique d'Iran, soutien actif du Hamas, continue à dévorer ses enfants dans une indifférence quasi générale. Le 24 avril, les autorités judiciaires ont condamné à mort Toomaj Salehi. Ce rappeur, militant du mouvement Femme, vie, liberté, dénonce le totalitarisme du régime et sa corruption. "Pour ses prises de position, écrit un collectif d’artistes et de militants des droits humains (2), Toomaj Salehi a été arrêté le 30 octobre 2022 et sévèrement torturé dès les premiers jours de sa détention avant d’être placé à l’isolement durant plusieurs mois. Libéré sous caution le 19 novembre 2023, il publie immédiatement une vidéo pour dénoncer les tortures physiques et psychiques dont il a été victime. Avec un courage inouï, il accuse la corruption de la justice, qui l’a condamné à six ans et trois mois de prison pour « corruption sur terre ». Toomaj est de nouveau violemment arrêté le 30 novembre 2023 et condamné, le 24 avril, à la peine de mort pour les mêmes faits qui lui étaient reprochés un an plus tôt. A ses côtés, d’autres opposants sont sous le coup d’une condamnation à mort pour avoir pris part aux manifestations nationales en soutien au mouvement Femme, vie, liberté."

Dans son récit "Le Couteau", dans lequel il revient sur la tentative d'assassinat dont il a été victime de la part d'un islamiste, Salman Rushdie rappelle ce qu'il a écrit après les assassinats de Charlie Hebdo : "La religion, forme médiévale de l'irrationalité, associée à l'arsenal moderne devient une menace réelle pour nos libertés. Le totalitarisme religieux a provoqué une mutation mortelle au cœur de l'islam et nous en voyons les tragiques conséquences aujourd'hui à Paris." Salman Rushdie constate, par ailleurs, qu'en Inde, son pays d'origine, "le sectarisme religieux et l'autoritarisme politique vont de pair, la violence augmente et la démocratie se meurt". 

Qu'on se rassure, de bonnes âmes prient pour nous. Le 19 mai, la chaîne d'extrême-droite CNews diffusera la messe de la Pentecôte en direct du pèlerinage traditionnaliste de Chartres. On s'attend à un record du nombre de pèlerins. Ils pourraient être 20.000. (1)

Aux élections européennes, ne votons que pour des partis et des candidats qui défendent clairement la laïcité, renvoient les religions à la maison et soutiennent le libre arbitre, l'autonomie de l'individu et la décolonisation des esprits et des corps.

(1) Fous de Dieu en folie, Charlie Hebdo, 15.5.2024.
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/04/30/monsieur-macron-nous-vous-demandons-d-agir-par-tous-les-moyens-politiques-et-diplomatiques-pour-faire-lever-la-peine-de-mort-du-rappeur-toomaj-salehi-prononcee-par-la-republique-islamique-d-iran_6230804_3232.html


dimanche 5 mai 2024

Fascination de la violence

En France, ces dernières semaines, de manière aussi incompréhensible qu'inquiétante, on a vu des adolescents tués par d'autres. Pour des raisons diverses. Souvent très futiles. A chaque fois, au couteau. Pourquoi des jeunes se promènent-ils avec un couteau dans leur poche ? Comment peuvent-ils l'utiliser pour tuer ?
Ici et là, on voit des gens fascinés par ce tueur en série qu'est Poutine. D'autres attirés par la violence islamiste. Aux Etats-Unis, posséder une et même plusieurs armes est considéré comme normal, mais fumer un joint est criminel. Dans le conflit Hamas-Israël, certains ont été jusqu'à applaudir les viols, les éventrations, les assassinats de juifs, quand d'autres se réjouissent de la mort de musulmans. 
Comment expliquer une telle fascination pour la violence et les violents ?

Dans "Un monde flamboyant" (1), Siri Hustvedt fait dialoguer deux de ses personnages tous deux artistes plasticiens : "Comme je lui disais que Marinetti était un fou répugnant, il a répliqué qu'il aimait ce qui était fou et répugnant. Qu'il aimait le feu, la haine et la vitesse. Il y a de la beauté dans la violence, a-t-il dit. Personne ne veut le reconnaître, mais c'est vrai. (...) J'ai réagi à ses propos. J'ai dit que c'était une esthétique fasciste, et que pour voir de la beauté dans les mutilations et les effusions de sang, il fallait être complètement distancié des individus concernés. Mais Rune a appris qu'une vive décharge verbale ou visuelle provoque des réactions fortes, qu'il peut alors savourer à son aise. Il est séduit par une insurrection facile, de l'espèce qui ne coûte rien à personne."

Dans son dernier ouvrage, "Le Couteau" (2), récit de l'agression qui faillit lui coûter la vie, Salman Rushdie imagine un dialogue avec l'homme de vingt-quatre ans qui a tenté de l'assassiner au nom de sa religion. Rushdie lui cite Bertrand Russel qui, dans The Faith of a Nationalist, dit ceci : "Les gens tendent à aligner leurs croyances avec leurs passions. Les hommes cruels croient un dieu cruel et prennent prétexte de leurs croyances pour excuser leur cruauté. Tandis que les bonnes personnes croient un dieu de bonté, et elles auraient été bonnes de toute façon." Rushdie imagine que, enfant, "le A.", comme il l'appelle, était "un brave garçon qui a bon cœur et n'aurait fait de mal à personne" et se pose ces questions : "un tel enfant, à peine adulte, peut-il se voir enseigner la cruauté ? La cruauté était-elle déjà en lui, dans quelque recoin intime, attendant les mots qui allaient la libérer ? Ou a-t-elle pu être véritablement semée dans le sol vierge de votre caractère pas encore formé, y prendre racine et s'épanouir ? Ceux qui vous connaissaient ont été surpris de votre geste. Le meurtrier en vous n'avait pas encore montré son visage. Ce sol vierge a eu besoin de quatre années d'Imam Yutubi pour devenir ce qu'il est, ce que vous êtes devenu." Juste après, Rushdie a cette réflexion sur l'humour : "la seule façon de comprendre la polémique autour de ce livre (Les Versets sataniques) c'était d'y voir une querelle entre ceux qui ont le sens de l'humour et ceux qui ne l'ont pas. Je vous comprends bien à présent, mon assassin raté, hypocrite assassin, mon semblable, mon frère. Vous pouviez envisager un meurtre parce que vous étiez incapable de rire."

Peut-on enseigner l'humour ? C'est une arme désarmante. Le monde s'en trouverait meilleur.

(1) Babel - Actes Sud, 2014, traduction de Christine Le Bœuf.
(2) Gallimard, 2024, traduction de Gérard Meudal.


vendredi 22 mars 2024

Sainte haine des femmes

"Préserver les principes religieux et sauvegarder les normes et les valeurs culturelles”, voilà comment un député gambien a défendu un projet de loi visant à lever l’interdiction des mutilations génitales féminines (MGF) en vigueur dans le pays depuis 2015. Et très peu respectée. L’interdiction de l’excision est, selon ce député, une violation directe du droit des citoyens à pratiquer leur culture et leur religion. Exciser les femmes serait donc un droit. Imposé par une religion patriarcale. 

Le parlement gambien compte cinquante-huit députés et quarante-deux parmi ceux qui étaient présents ont voté en faveur de ce texte préhistorique. Seuls quatre députés ont voté contre. Le projet de loi est renvoyé devant une commission parlementaire qui doit effectuer un dernier examen avant un vote final dans trois mois. Selon la BBC, "les militants et défenseurs des droits de l’Homme dénoncent un “dangereux précédent” pour les droits des femmes en Gambie, pays à majorité musulmane et appellent à une mobilisation générale aussi bien à Banjul qu’à l’étranger". A contrario, "plusieurs militants pro-MGF se sont fortement mobilisés dans la capitale pour apporter leur soutien à ce texte". Ainsi donc, on peut militer pour pouvoir mutiler les femmes. Ce genre de rassemblement n’est pas une première en Gambie "où une personne qui est le parent d’un enfant mineur et qui s’oppose à ce que celui-ci subisse une MGF peut faire face à de la discrimination sociétale et à de l’ostracisme parce qu’il va à l’encontre des traditions culturelles ou familiales”, écrivait en 2016 le Home Office du Royaume-Uni. Si cet infâme projet de loi devait aboutir, la Gambie deviendrait le premier pays au monde à supprimer les protections contre les mutilations génitales féminines.

“Les autorités ne doivent pas se concentrer sur l’obligation religieuse et ignorer le mal et la douleur liés aux MGF”, affirme Jaha Dukureh, fondatrice de Safe Hands for Girls. “Nous refusons d’être réduites au silence. Nous refusons de rester les bras croisés pendant que les corps de nos filles sont mutilés, leurs futurs violés et leurs rêves brisés.” D'autres craignent que la levée de cette interdiction ne soit que la première d'une série d'autres, telle celles qui interdisent le mariage des enfants et les violences domestiques.
"Le corps des filles leur appartient et les mutilations génitales féminines les privent de l'autonomie de leur corps et leur causent des dommages irréversibles", écrit le bureau des droits de l’Homme de l’ONU en Gambie qui a également demandé le retrait du projet de loi.

Les imams qui ont fait pression sur les parlementaires sont en train de gagner. Le premier rôle des religions est visiblement de soumettre les femmes, de les priver de tout plaisir et de les maintenir à la maison sous le contrôle des hommes.
La grande marche arrière à laquelle on assiste un peu partout dans le monde se poursuit en Gambie.
Résumons-nous : les imams haïssent les femmes.

https://fr.africanews.com/2024/03/19/gambie-le-debat-sur-lexcision-renvoyee-devant-une-commission-nationale/

jeudi 2 novembre 2023

Jour des morts

Le Hamas a gagné. Le 7 octobre, ses terroristes ont tué 1.400 Israéliens, essentiellement des civils, volontairement, méthodiquement, avec plaisir. Un massacre organisé qui n'a épargné personne : enfants, femmes, personnes âgées, handicapées, femmes enceintes, jeunes fêtards, étrangers. Les survivants ont décrit l'extrême sadisme des assaillants, les mutilations, les viols, les tortures. Les caméras de surveillance en témoignent.
Récemment, Le Monde revenait sur cette journée en enfer (1). "L’attaque tourne au massacre. Les Palestiniens infiltrés en Israël – des militants du Hamas en majorité, mais aussi du Jihad islamique, de groupuscules armés confidentiels, ainsi que de simples civils battent, lynchent, torturent, brûlent et assassinent. Dans des vidéos visionnées par Le Monde, sur des logiciels de messagerie comme Telegram ou lors d’une projection organisée par l’armée israélienne – filmées par des caméras placées sur le corps des combattants ou à l’intérieur des voitures, ainsi que par des systèmes de vidéosurveillance –, les violences présentent un niveau de cruauté inédit. « Le mode opératoire de l’attentat-suicide était très normé. Il s’agissait d’une mise à mort qui visait déjà délibérément les civils. Mais là, le cadre explose complètement. Il y a des actes de torture, des mises à mort douloureuses, cruelles », explique Laetitia Bucaille, professeure de sociologie à l’Institut national des langues et civilisations orientales et spécialiste de la société palestinienne."
Le plan était clairement celui-là : massacrer. "Selon des documents saisis par les civils et les forces de sécurité sur les corps des membres du Hamas, les objectifs étaient clairs : tuer le plus possible de personnes, ramener des otages, porter le combat au cœur du territoire israélien. Le Hamas a toujours assumé l’emploi de la violence, notamment au moyen d’attentats-suicides. Il ne fait pas de distinction entre civil et militaire, combattant et non-combattant, considérant l’« entité sioniste » – le mouvement n’a jamais reconnu explicitement l’existence d’Israël – comme une nation en armes."

Ce pogrom organisé, répugnant, scandaleux, écœurant, à mille lieues de toute notion d'humanité - les mots manquent - fait penser à l'horreur de la Saint-Barthélémy, au génocide des Tutsis par les Hutus, au massacre d'Oradour-sur-Glane, à celui de Katyn, à tant d'autres. Il aurait dû révulser et révolter la terre entière. Mais il fut célébré par des manifestations de joie en trop d'endroits par le monde. Après tout, Israël l'avait bien cherché, a-t-on trop entendu. Massacrer des innocents semble donc normal s'ils sont juifs. 

En réaction, l'Etat israélien a estimé n'avoir d'autre choix que tenter d'éradiquer le Hamas, ce mouvement qui n'a pas pour objectif de donner une terre aux Palestiniens, mais de détruire Israël et ses habitants et de faire régner la charia. Le Hamas est une organisation totalitaire et antisémite, aux racines islamo-nazies constatent certains, qui n'admet aucune critique, emprisonne ses opposants et a fait de la violence et de la mort ses valeurs suprêmes.
Israël est tombé dans le piège que lui tendait le Hamas  : ses attaques militaires pour tenter d'éliminer le mouvement et venger ses morts ont provoqué et provoqueront quantité de morts innocentes. La tragédie organisée et voulue par le Hamas en a déclenché une autre.  Impossible de savoir combien, les seuls chiffres sont ceux du Hamas qu'il convient de prendre avec prudence, mais il y en a des milliers, trop, beaucoup trop et elles sont toutes inacceptables. Le Hamas espérait sans doute cette réaction d'Israel et le soutien d'une bonne partie de l'opinion publique internationale, tout en se moquant totalement de la vie des Palestiniens qui ont la grande chance de mourir en  "martyrs". Et c'est ce qui arrive, le Hamas a gagné : les manifestations se sont multipliées contre Israël, dans les pays islamiques comme en Occident, en soutien aux Gazaouis et aux cris de Allah Akbar, et le pogrom a été très vite oublié quand il n'était pas totalement ignoré. Un peu partout, les actes antisémites se succèdent, comme si tout Juif était responsable de la politique du gouvernement israélien. On les compte par centaines. Les affiches que des Français juifs ont placardées dans les rues de leur ville pour appeler à libérer leurs proches retenus en otages sont arrachées, piétinées parfois. Selon le HuffPost (2), une video "enregistrée dans le métro parisien montre un groupe de jeunes reprenant des slogans antisémites d’abord lancés par une seule personne. Parmi les propos enregistrés, on peut entendre des insultes contre la population juive (« Nique les juifs ») et le slogan « Vive la Palestine ». La suite du chant cite également de manière explicite le IIIe Reich avec la phrase suivante : « on est des nazis et on est fiers »."

Dans une lettre ouverte "à tous les humanistes et féministes pour qu’ils ne se taisent plus", publiée récemment dans L'Obs (3), un collectif d'une trentaine de personnalités, essentiellement féminines, appellent "à dénoncer sans réserve les massacres de civils, de personnes âgées et d’enfants commis le 7 octobre, lors de l’attaque du Hamas, et à prendre en compte spécifiquement les violences sexuelles dont les femmes ont été victimes". Elles rappellent les atrocités vécues par tant de femmes et d'enfants, elles rappellent "que la défense des droits des femmes et des enfants est une des valeurs fondamentales de nos sociétés. Que selon le droit international, ils doivent à tout prix rester en dehors des conflits, et que le viol comme arme de guerre est considéré comme un crime contre l’humanité, crime de guerre et instrument de génocide dans les articles 6, 7 et 8 du statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale." Et pourtant, constatent-elles, "trop peu de voix s’élèvent pour dénoncer avec force ce qui s’apparente bien à un pogrom et un « gynocide ». Certains silences sont assourdissants et la justification de ces atrocités par la politique du gouvernement israélien, insupportable. Nous déclarons qu’un viol est un viol. Qu’un violeur, qu’un assassin d’enfant, quelle que soit son origine, sa religion, la cause qu’il défend ne doit jamais être qualifié de combattant de la liberté ou de militant, mais doit être condamné sans équivoque et jugé. La défense du droit des femmes et des enfants n’a pas de frontière, ni d’appartenance. Et la condamnation des actes ignominieux doit être unanime, en Israël, comme en Ukraine, en RDC ou ailleurs. Ce que vivent les femmes et les enfants de Gaza est insoutenable. Mais nous refusons de mettre dos à dos ces tragédies ou de les justifier l’une par l’autre. Seule la dénonciation de ces drames, sans les comparer, pourrait permettre un jour d’aller vers cette paix que nous souhaitons tous. Les droits des femmes et des enfants devront être au cœur des discussions futures, pour assurer un avenir à l’ensemble des populations de la région." Sans condamnation, c'est notre humanité qui est en danger, disent-elles. 

Parmi les signataires de cet appel, il y a la rabbine Delphine Horvilleur, esprit éclairé comme on en aimerait plus en France. Il y a deux semaines, elle exprimait dans Le Monde son effondrement et son pessimisme. "Je pourrais m’exprimer en tant que juive ou que personne attachée à Israël, bien sûr. Mais en réalité, c’est en tant qu’être humain qu’il me faut simplement parler. Nous sommes projetés dans des images d’une telle inhumanité que la question qui m’habite, c’est de savoir comment préserver notre humanité, s’assurer les uns les autres que, dans les temps à venir, nous parviendrons à ne pas déshumaniser l’autre à un point qui confisquerait notre âme.
Autant je peux comprendre qu’au Proche-Orient des gens n’arrivent plus à le faire, parce que le niveau de haine et de rage y atteint son paroxysme, autant nous n’avons aucune excuse ici. Et je ressens de la colère vis-à-vis de ceux qui, depuis la France, ajoutent de la haine à la haine, qui sombrent dans une déshumanisation absolue de l’autre camp.
Cette faille empathique majeure est, en fait, une faille morale terrible dont la répercussion sera de nous déshumaniser nous-mêmes. De nous enfermer un peu plus dans un entre-soi d’empathies sélectives, une impossible confiance en la parole de l’autre parce qu’il n’a pas su être là. Nous avons le devoir, à distance, d’être les ultimes gardiens d’humanité malgré la rage et la colère, dans la nécessité morale de dénoncer de façon absolument ferme ce qui vient de se produire. Aucune cause, aussi juste soit-elle, ne légitime ces crimes du Hamas. Aucune liberté ou émancipation ne peut se gagner sur cette ignominie."

(2) https://www.huffingtonpost.fr/france/article/antisemitisme-une-enquete-ouverte-a-paris-apres-des-chants-choquants-filmes-dans-le-metro_225185.html
(3) https://www.nouvelobs.com/opinions/20231029.OBS80176/lettre-ouverte-a-tous-les-humanistes-et-feministes-pour-qu-ils-ne-se-taisent-plus.html
4) https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2023/10/15/delphine-horvilleur-face-aux-meurtres-du-hamas-certains-silences-m-ont-terrassee_6194559_6038514.html

mardi 10 octobre 2023

Ecœurement

L'inhumanité avance. On la pensait à son maximum ces dernières semaines, mais elle vient de démontrer qu'elle est toujours capable de se surpasser. La guerre d'Ukraine menée avec un cynisme total par le tueur en série Poutine, la guerre oubliée du Yemen, le génocide qui se prépare au Soudan, les infâmes régimes théocratiques d'Iran et d'Afghanistan, le refoulement des migrants en Méditerranée, le Sahel aux mains des djihadistes, les murs dressés un peu partout, le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité, tout cela (et le reste, on en passe, on en oublie) ne suffisait pas encore à nous faire désespérer de l'humanité.

Les barbares du Hamas ont monté la barre un peu plus haut, massacrant sans distinction militaires, hommes, femmes, enfants, vieillards qui ont le seul tort d'être israéliens, d'être juifs surtout. Un crime impardonnable. Même des travailleurs étrangers, chinois, thaïlandais, népalais, n'ont pas échappé aux tirs des semeurs de terreur. On ne fraie pas avec des juifs. Les otages se comptent par dizaines, battus, insultés, exhibés, sans égard aucun pour l'humanité.
La prétention de l'armée et des services secrets israéliens, convaincus d'être invincibles, en ont pris un sacré coup. L'attaque et surtout sa réussite sont surprenantes. Mais cette agression était pourtant prévisible, estime l'historien et ancien ambassadeur Elie Barnavi (1) : "Car ce que nous venons de subir n’est pas un décret du ciel. C’est la résultante d’une conjonction de deux facteurs : une organisation islamiste fanatique dont l’objectif déclaré est la destruction d’Israël ; et une politique israélienne imbécile à laquelle se sont accrochés les gouvernements successifs et que le dernier a portée à l’incandescence. Au fil des ans, un rapport de force s’est installé entre Israël et le Hamas, où ce dernier a fini par s’assurer une sorte de droit d’initiative. C’est lui qui décidait de la hauteur des flammes, en fonction de l’évolution de ses intérêts. Ainsi, que le Qatar, son financier, ne se montre pas assez généreux à son gré, ou assez rapide, il lui suffisait d’une salve de roquettes pour entraîner Israël dans une spirale d’où les habitants sortaient meurtris. Mais lui obtenait ce qu’il voulait au prix d’un cessez-le-feu nécessairement éphémère."
Le premier ministre israélien Nétanyahou, dont les jours politiques sont à présents comptés, a divisé la société israélienne comme jamais, juste pour se sauver judiciairement. Et il s'est associé avec le diable : "il a composé sa coalition d’ultraorthodoxes et de nationaux-religieux messianiques – la version juive du Hamas –, dont l’Etat de droit est le dernier souci, et avec lesquels il a conclu un pacte faustien : à lui la tête des juges de la Cour suprême, à eux la « Judée-Samarie » biblique et le libre accès au mont du Temple, de plus en plus investi par les zélotes".

Il aurait fallu un peu d'imagination et surtout de courage au gouvernement israélien pour éviter l'impasse de la violence dans laquelle vient de s'engager toute une région : "la réhabilitation politique de l’Autorité palestinienne couplée à celle, économique, de la bande de Gaza. Cela supposait toutefois la résurrection du « processus de paix », alors que le découplage des deux tronçons du territoire palestinien était précisément censé éviter cela. Le Hamas, finalement, était bien utile." Mais le gouvernement avait autre chose de plus important à faire que veiller sur sa population : au moment de l'attaque meurtrière, un bataillon entier était affecté à la protection d'ultraorthodoxes qui priaient dans une rue d'une ville au sud de Naplouse. Voilà où mènent ces prières provocatrices : en enfer.

L'enfer, c'est maintenant ce que vivent les habitants de la bande de Gaza, entraînés malgré eux dans la spirale de la violence enclenchée par ceux qui sont censés les défendre mais n'ont aucune considération pour la vie humaine. La haine ne mène qu'à la mort et ils glorifient l'une et l'autre.

Au-delà des lourdes responsabilités du gouvernement israélien incapable de voir venir cette attaque barbare, il y a des accointances auxquelles il est urgent de mettre un terme. Si l'Iran est depuis longtemps au ban des pays démocratiques, ce n'est pas le cas du Qatar. Au contraire. Ses liens économiques et politiques avec la France notamment sont nombreux. Or, le Qatar a toujours soutenu activement les Frères musulmans qui sont à l'origine du mouvement terroriste qu'est le Hamas, et est une des principales sources financières du terrorisme islamique. 

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/08/elie-barnavi-l-attaque-du-hamas-resulte-de-la-conjonction-d-une-organisation-islamiste-fanatique-et-d-une-politique-israelienne-imbecile_6193197_3232.html




mercredi 8 février 2023

Tristes artistes

Les débats et les prises de position qu'ont suscités ce qu'on appelle l'affaire Vivès renvoient à la question de la liberté artistique. Un artiste peut tout dire, estiment certains, parce que son rôle est de nous bousculer, de nous amener à nous interroger notamment sur les normes. Parlons-en des normes précisément : à quel moment sort-on de la création ? En quoi les récits autobiographiques de Gabriel Matzneff relatant ses relations sexuelles avec des enfants ou des adolescents (récits en leur temps encensés par une certaine intelligentsia) sont-ils de la création ? Transgresser, est-ce créer ? Hurler sa haine et appeler à la violence, est-ce créatif ? Ou au contraire destructif ?
On repense à ces rappeurs qui dans des chansons avaient, l'un (Nekfeu), appelé à "un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo", l'autre (le bien nommé Disiz la Peste), annoncé aux membres de l'équipe de Charlie Hebdo : "je vous couperai les mains" (1). Quel rôle de tels appels ont-ils pu avoir sur les esprits dérangés des sombres crétins qui ont massacré l'équipe de Charlie ?
Certains ne méritent pas le nom d'artiste.

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2015/01/la-question-des-limites.html

dimanche 14 août 2022

Rushdie et les sombres crapules

Il n'y a pas d'âge pour être un sombre salaud. C'est à quatre-vingt-sept ans que Khomeiny a proféré une fatwa contre Salman Rushdie appelant à le tuer. Et c'est, trente-trois ans plus tard, un autre sombre crétin de vingt-quatre ans qui l'a exécutée en poignardant l'écrivain (heureusement sans réussir à lui ôter la vie) . Le jeune agresseur n'a sans doute jamais lu Les Versets sataniques, à peine en a-t-il entendu parler. Sans doute lui a-t-il suffi de savoir que ce livre est prétendument islamophobe pour se transformer en assassin de la liberté d'expression et de création.

"Un nouveau mot avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : l'islamophobie", écrit Salman Rushdie dans sa remarquable autobiographie Joseph Anton (1). "Critiquer la violence militante de cette religion dans son incarnation contemporaine était considéré comme du fanatisme. Une personne phobique avait des positions extrêmes et irrationnelles, c'était donc elle qui était fautive et non pas le système religieux qui revendiquait plus d'un milliard d'adeptes à travers le monde. (...) Une religion n'était pas une race. C'était une idée, et les idées résistaient (ou s'effondraient) parce qu'elles étaient assez fortes (ou trop faibles) pour supporter la critique, non parce qu'elles en étaient protégées. Les idées fortes accueillaient volontiers les opinions contraires."

Pour expliquer l'agression de Salman Rushdie, le journal iranien Javan évoque aujourd'hui, (2) de manière totalement incompréhensible, comme si Khomeiny n'avait jamais appelé au meurtre, l'hypothèse d'un complot ourdi par les Américains : "Un autre scénario, c'est que les Etats-Unis veulent probablement propager l'islamophobie dans le monde". Alors que l'islamophobie si elle existe se nourrit des actes violents de tous ces fous furieux de Dieu. Une fois encore - air connu, on tente de faire passer l'agresseur pour la victime.
"Les manifestations, les mots de haine, les agressions sous couvert de défense, les menaces de ceux qui se prétendent menacés, le couteau affirmant qu'on cherche à le poignarder, le poing accusant le menton de l'avoir attaqué, tout cela devint familier, la grande hypocrisie malveillante de l'époque, a écrit Salman Rushdie (3). Même le prêcheur sorti de nulle part n'étonnait plus personne. De tels saints hommes bien peu saints surgissent tout le temps, issus d'une sorte de parthénogénèse pathologique, un bizarre tour de passe-passe qui transforme des nullités en sommités."

"Lorsqu'elle est combinée avec l'armement moderne, écrit encore Salman Rushdie, la religion, cette forme médiévale de déraison, devient une véritable menace pour nos libertés. Ce totalitarisme religieux a causé une mutation meurtrière dans le cœur de l'islam et nous en voyons les tragiques conséquences à Paris aujourd'hui. (note : après le massacre barbare de l'équipe de Charlie Hebdo) Les religions, comme toutes les autres idées, doivent faire l'objet de critique, de satire et, oui, méritent que nous leur manquions de respect sans avoir peur. (4)"

Pour tous les dangereux obscurantistes qui tuent celles et ceux qui ne pensent pas comme eux - et en particulier pour l'agresseur de Salman Rushdie assez lâche pour ne pas assumer son acte -, cet extrait des "Versets sataniques" de Salman Rushdie. Et qu'ils se grattent où ça les démange !
Parmi les palmiers de l'oasis, Gibreel apparut au Prophète et se retrouva en train de débiter des règles, des règles, des règles, jusqu'à ce que les fidèles puissent à peine supporter l'idée d'une autre révélation, dit Salman, des règles sur la moindre chose, si un homme pète, il doit se tourner vers le vent, une règle sur la main à utiliser pour se nettoyer le derrière. Comme si aucun aspect de l'existence humaine n'était laissé sans règlement, libre. La révélation - la "récitation" - indiquait aux fidèles la quantité de nourriture à manger, la profondeur du sommeil, et les positions sexuelles qui avaient reçu l'autorisation divine, et ils apprirent ainsi que la sodomie et la position du missionnaire étaient approuvées par l'Archange, tandis que la loi interdisait toutes les positions où la femme était au-dessus. Gibreel dressa en plus la liste des sujets de conversation permis et interdits, et indiqua les parties du corps qu'on ne pouvait pas gratter quelle que soit la démangeaison.

(1) Plon, 2012, p. 400.
(2) https://www.lalibre.be/international/amerique/2022/08/14/lattaque-contre-rushdie-est-un-complot-des-etats-unis-pour-propager-lislamophobie-dans-le-monde-selon-un-journal-iranien-GBUXADWPJJFK3K6EQRK5SSZALQ/
(3) Salman Rushdie, "Deux ans, huit mois et vingt-huit jours", traduction Gérard Meudal, Actes Sud, 2016.
(4) publié sur le site de l'English PEN, association d'écrivains qui défend la liberté d'expression, in Le Courrier international, 15 janvier 2015.
A lire :
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/14/ce-qu-incarne-salman-rushdie-c-est-la-liberte-d-expression-face-a-l-islamisme-et-aux-fondamentalismes-et-il-l-a-payee-a-plusieurs-titres_6138000_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/13/attaque-contre-salman-rushdie-faire-front-contre-l-obscurantisme_6137951_3232.html
https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/de-charlie-hebdo-a-salman-rushdie-de-la-kalachnikov-au-poignard

samedi 28 novembre 2020

Une force peu tranquille

Pourquoi donc la France a-t-elle des forces de l'ordre aussi violentes? Les gendarmes qui ont violemment insulté et surtout tabassé un homme noir, le week-end dernier, auraient voulu empêcher l'adoption de l'article 24 contesté qu'ils ne s'y seraient pas pris autrement. L'Assemblée nationale a adopté en première lecture la loi "Sécurité globale" dont l'article 24 entend pénaliser la diffusion malveillante de l'image des policiers. Les journalistes s'inquiètent de ne plus pouvoir faire leur travail. Et les défenseurs des droits humains trouvent dans les images filmées les seules preuves à avancer parfois pour confondre des policiers accusés de bavures. C'est le cas ici. Sans ces images, la victime serait restée accusée. Mais de tout temps, le pouvoir a toujours voulu contrôler le travail des journalistes. On voit par là que les temps ne changent pas.

Lors des manifestations des Gilets jaunes, la police et la gendarmerie avaient été, à de nombreuses reprises, pointées du doigt pour leur usage immodéré de la force. Elles sont équipées d'armes d'une violence inouïe qui ont crevé des yeux, arraché des mains. Dans le cas qui nous occupe, on a vu un policier jeter une grenade de désencerclement dans un hall d'immeuble. Dans bien d'autres pays d'Europe, les forces de l'ordre utilisent tant des armes que des stratégies moins violentes. Pourquoi tant de violence en France?

Il reste inadmissible que les flics soient eux-mêmes fliqués et que leurs noms, leurs adresses, leurs coordonnées soient diffusés publiquement, par de courageux anonymes, et qu'eux-mêmes et leurs familles soient menacés. Mais les images de leurs méthodes inadmissibles doivent pouvoir servir de preuves quand des excès sont commis.

Ceci dit, on se souvient qu'il y a vingt ans à peine, un peu partout, nous nous opposions à l'installation de caméras de surveillance dans l'espace public, dans un souci de protection de la vie privée. Aujourd'hui, tout le monde, ou presque, filme et se filme en permanence. Et étale sa vie publique au grand jour. Filmer et s'exposer est devenu une des activités les plus pratiquées et revendiquées. On voit par là que les temps changent.

 


dimanche 1 novembre 2020

De Salman Rushdie à Samuel Paty

Les agressions et les crimes aussi lâches qu'abjects se multiplient en France au nom du Prophète. Derrière les meurtriers ne se cachent même plus des irresponsables religieux et des chefs d'Etat qui voudraient réglementer la société française et brider la liberté d'expression comme ils le font déjà chez eux. Il faudrait être sourd et aveugle pour qualifier, aujourd'hui encore, les tueurs de loups solitaires. Leurs ignobles actes s'inscrivent dans une stratégie qui remontent loin dans le temps.

Jean Birnbaum (1) situe la scène originelle dans un commissariat londonien, en 1990, à la veille de Noël: "ce jour-là, l’écrivain Salman Rushdie comparaît devant un drôle de tribunal. Face à lui, plusieurs notables musulmans qui prétendent intervenir auprès du régime iranien pour faire lever la fatwa le condamnant à mort. Invité à signer une déclaration apaisante dans laquelle il s’excuserait d’avoir offensé les musulmans en publiant son roman, l’auteur des Versets sataniques fait amende honorable. Comment expliquer ce geste de reddition, après lequel Rushdie ira vomir sa honte aux toilettes ? Par le profond isolement d’un homme qui se débattait seul, depuis longtemps déjà, au milieu d’un guêpier planétaire." Ce n'est pas le loup qui est solitaire, c'est l'agneau. "Ce roman, que l’écrivain lui-même considère comme un récit imaginaire plein d’admiration pour le prophète de l’islam, a fait l’objet d’autodafés jusqu’au cœur de Londres." Le traducteur japonais de Rushdie sera plus tard assassiné, son éditeur norvégien blessé par balles, tandis que la protection policière dont fait l'objet l'écrivain est critiquée pour son coût, y compris à gauche. "Lui qui est né en Inde, et qui s’est engagé pour la défense des migrants, se trouve soudain accusé de racisme. Lui qui est profondément ancré dans la tradition musulmane, se voit traité d’islamophobe par des intellectuels qui lui reprochent d’insulter les déshérités. Ces esprits progressistes ne savent sans doute pas qu’en Iran le régime des mollahs a écrasé les marxistes, les syndicalistes, les féministes…" Selon certains, si le sinistre Khomeiny a déclenché cette fatwa contre l'écrivain, c'est qu'il était empêtré dans la guerre Iran - Irak et qu'il fallait faire diversion. Le roman de Salman Rushdie, qu'il n'a sans doute jamais lu, était une heureuse opportunité. Quoi qu'il soit, selon Jean Birnbaum, "la campagne qui vise Rushdie est organisée par des Etats puissants et de riches institutions religieuses". A Londres, un certain Kalim Siddiqui, un prédicateur qui dirige un obscur Institut musulman, organise des rassemblements publics où il fait voter à main levée l’exécution de l’écrivain. Cette méthode sera reproduite régulièrement.              "Ainsi, à l’origine de la crise des caricatures, on trouve encore un homme seul. Encore un militant de gauche, accusé de blasphème et de racisme." Cette fois, il s'agit d'un auteur danois de livres pour la jeunesse, Kare Bluitgen, qui au début des années 2000, constatant l’influence des intégristes musulmans sur son quartier de Copenhague, décide de publier une vie de Mahomet destinée aux enfants, afin de favoriser le dialogue interculturel. Il ne trouve aucun dessinateur pour illustrer son livre, en parle à un journaliste du quotidien Jyllands-Posten qui publie des dessins de Mahomet. En 2005, des imams danois les diffusent en y ajoutant "trois caricatures qui n’ont pourtant été publiées par aucun journal, mais dont la virulence toute particulière est propre à jeter de l’huile sur le feu". Et l'incendie prend vite. Les imams s'excitent à la télé en Turquie, en Egypte, au Liban, en Syrie, au Soudan ou au Qatar. "En Inde, un ministre musulman offre son poids en or à celui qui exécutera l’un des dessinateurs. Au Pakistan, un groupuscule met à prix la tête des dessinateurs à plus de 1 million de dollars." Le Danemark est menacé de toutes parts. 

Par solidarité, pour défendre la liberté d'expression, Charlie Hebdo publie les dessins danois. En 2011, en représailles, les locaux de l'hebdomadaire français sont incendiés dans une indifférence quasi générale. Au contraire: certains s'indignaient qu'on puisse s'indigner d'un attentat contre un journal islamophobe. Le journal sera ensuite inondé de milliers de messages islamistes menaçants, en français et en arabe. Et le 7 janvier 2015, ce sera l'irruption des frères Kouachi dans les locaux de Charlie pendant la conférence de rédaction. On connaît la suite. Pas un instant, écrit encore Jean Birnbaum, les ricaneurs français qui traitaient l'équipe de Charlie d'islamophobe n’entrevoyaient que ce qui se jouait maintenant autour de cet hebdomadaire, "c’était un front planétaire dont les termes décisifs étaient fixés loin de Paris : Occident, mécréants, califat, djihad…" Il faut sortir d'une explication locale ou  nationale, les enjeux sont ailleurs. "Les ayatollahs iraniens qui ont condamné Rushdie à mort, en 1989, avaient tout autre chose en tête que la lutte antiraciste en Grande-Bretagne. Les prédicateurs égyptiens ou qataris qui ont lancé l’assaut contre le Jyllands Posten, en 2005, se moquaient bien du sort des immigrés au Danemark. Les émirs qui ont donné l’ordre d’assassiner Charlie Hebdo, en 2015, s’intéressaient assez peu aux inégalités dans les banlieues françaises. Et les djihadistes qui viennent de provoquer la décapitation de Samuel Paty ne semblent guère concernés par les violences policières. Quelle que soit leur origine sociale ou culturelle, tous se réclament d’une même religion et d’un même combat, qui ne connaissent pas les frontières. C’est leur force, leur vocation. C'est que pour les islamistes, "la fonction du djihad est d’abattre les barrières qui empêchent cette religion de se répandre sur toute la surface de la terre", avait précisé Abdallah Azzam, l’une des grandes figures tutélaires du djihadisme, diplômé de la prestigieuse université Al-Azhar, au Caire. Rien ne sert de faire son mea culpa, de remettre en question la tradition laïque française ou multiculturelle britannique, il faut juste comprendre - et admettre - que nous sommes face à la déviance d'une religion qui veut imposer ses dogmes, ses rites, ses règles et ses lois, à tout prix. Dont celui du sang.

Aujourd'hui, on entend le président turc appeler son confrère français à faire examiner sa santé mentale parce qu'il défend le principe de la liberté d'expression. Le ministre turc de la Culture traite les dessinateurs de Charlie Hebdo de "bâtards" et de "fils de chiennes". Et un ancien premier ministre de Malaisie affirme (2) que le président Macron est "très primitif lorsqu'il blâme la religion de l'Islam et les musulmans pour le meurtre du professeur". Selon lui, les Français ont tué des millions de personnes par le passé, dont beaucoup de musulmans, ce qui justifie la colère de ces derniers. "Les musulmans ont, dit-il, le droit d'être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres du passé." On ne sait de quels massacres il parle ni de qui sont ces millions de personnes massacrées, mais on a bien compris qu'on est dans le même type de campagne que celle qui n'a pas cessé depuis les attaques contre Salman Rushdie. Il faut abandonner toute rationalité, cesser de chercher à comprendre. Sinon cette volonté d'étendre par la violence une toile d'araignée, d'abattre la notion même de laïcité et d'imposer un islam non des Lumières, mais de l'obscurité.
On sait combien l'influence des Frères musulmans est grande dans la nébuleuse islamiste. Le grand-père de Tariq Ramadan, Hassan al-Banna, a fondé dans les années 1920 en Egypte cette organisation qui entend lutter contre l'emprise laïque occidentale. A défaut de parvenir à instaurer une dictature théocratique, écrit Caroline Fourest (3), le mouvement "milite pour une vie en société où les libertés individuelles sont confisquées, la mixité honnie, les femmes dominées et voilées, les minorités sexuelles opprimées, le tout au nom de la charia!".
Voilà bientôt un siècle que le projet s'étend et nous, nous continuons à battre notre coulpe, à nier l'évidence, à crier avec les loups à l'islamophobie, quand ce n'est pas à soutenir l'insoutenable.

La religion est un poisson carnivore des abysses. Elle émet une infime lumière, et pour attirer sa proie, il lui faut beaucoup de nuit. Hervé Le Tellier, "L'Anomalie" (Gallimard, 2020).

(1) Le Monde, 28.10.2020.                                                              (2) https://www.lalibre.be/international/europe/les-musulmans-ont-le-droit-de-tuer-des-millions-de-francais-selon-l-ancien-premier-ministre-de-la-malaisie-5f9ac54c7b50a6525ba5f55e                                                                                                           (3) "Frère Tariq", Grasset, 2004.





dimanche 18 octobre 2020

Samuel Paty

Une fois de plus, une fois encore, Mahomet se dit que oui, vraiment, c'est dur, très dur, d'être aimé par des cons. Surtout quand ces cons sont aussi d'immondes crapules, de sombres barbares, d'infâmes salauds.


On ne retiendra pas le nom de l'infect terroriste qui a décapité vendredi un professeur d'histoire-géographie d'un collège de Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines. Mais on se souviendra de cet enseignant. Il faut que vive son nom. Il s'appelait Samuel Paty et était, selon ses élèves, sympa, bienveillant, à l'écoute. Il donnait, disent-ils, envie d'apprendre, savait animer ses cours. Depuis des années, il travaillait notamment sur la liberté d'expression et tentait de faire vivre trois valeurs auxquelles il croyait passionnément: la liberté, l'égalité, la fraternité. Il jouait son rôle d'éveilleur, aidait ses élèves à comprendre le monde, à l'analyser, à devenir plus critiques, plus intelligents. Il les formait à devenir des citoyens. Et le voilà, pour ces raisons-là, sauvagement massacré par un jeune homme qui ne le connaissait pas, déformé par les propos outranciers et mensongers du père d'une élève et d'un pseudo imam islamiste, connu pour ses positions agressives, qui lui reprochaient d'avoir analysé en classe des caricatures de Mahomet. 
On se le demande, à quoi sert l'école pour eux? A fermer plutôt qu'à ouvrir? A obscurcir les esprits plutôt qu'à les éclairer? A asservir plutôt qu'à rendre libre et autonome? Jusqu'où les laisserons-nous aller dans ces agressions des valeurs de la République? Combien de crimes encore les laisserons-nous commettre? 

Comme l'écrit le Printemps républicain, "Aujourd’hui, nous en avons assez. Assez de pleurer nos morts. Assez qu’on s’en prenne aux premières lignes de la République. Assez de cette pieuvre islamiste qui prospère, qui plastronne, qui menace. Assez de voir nos amis, nos collègues, insultés, menacés, obligés de vivre sous protection policière depuis des années, dans l’indifférence quasi-générale. Assez que les courageuses et les courageux, les Jean-Pierre Obin, les Zineb El Rhazoui, les Mohamed Sifaoui, les Caroline Fourest et tant d’autres, soient attaqués sans cesse, et si peu défendus.                                      Assez, par-dessus tout, du « pas d’amalgame », des « on peut être Charlie ou ne pas être Charlie ». Assez de ces quelques messieurs trop tranquilles qui, depuis les ministères ou sur les estrades, « observent » qu’il n’y a pas de problème avec la laïcité. Assez de l’hypocrisie et de la confusion intellectuelle qui règne dans ces organisations de gauche incapables de prendre la défense de Mila. Assez de voir les opportunistes du coexistentialisme qui rôdent comme des vautours autour de l’argent public et qui favorisent l’entrisme des Frères musulmans au nom du dialogue inter-confessionnel.                                                                      Assez, par-dessus-tout, du pas-de-vague et des demi-mesures, des petites compromissions et des grandes lâchetés. Ne vous y trompez pas : les islamistes ne pleurent pas, ils rigolent. Ils ont réussi leur coup : ils sèment la terreur sans même se salir les mains. Dénoncer publiquement leur a suffi : l’objectif est atteint, l’effroi est général et la peur règne. Et leurs idiots utiles se jettent déjà à leurs pieds pour dénoncer « l’islamophobie » et faire de la politique politicienne."                                                                                    Le Printemps républicain appelle à "reprendre la main. Changer de braquet, enfin ! L’heure n’est plus à décrire l’islamisme, à le critiquer, à le dénoncer : il faut le démanteler. Le détruire. Le liquider. Mettre hors-la-loi les organisations qui se revendiquent ou s’inspirent de l’islam radical, celui des salafistes et des Frères musulmans en particulier. Il faut dissoudre ces associations, saisir leurs avoirs et traduire en justice leurs responsables. On ne s’en sortira pas autrement. Cela doit prendre effet immédiatement."
Il y a urgence, une urgence extrême, à "revoir entièrement les dispositifs publics de formation et d’accompagnement à la citoyenneté et aux valeurs de la République" et à "casser les ghettos où l’islamisme, mais aussi la violence gratuite, les trafics, la misère morale et matérielle prospèrent." 
Alors, le nom de Samuel Paty continuera à nous aider à vivre.

Post-scriptum: Les réactions de colère, de tristesse et d'indignation sont nombreuses et indispensables. Et la Marseillaise résonne à l'unisson comme un rappel des valeurs de la République. Mais - il en fut plus qu'une fois question ici - qu'on change enfin les paroles de cet hymne guerrier! "Qu'un sang impur abreuve nos sillons"? L'infâme assassin de Samuel Paty a dû se dire la même chose en sortant son couteau.

P.S. 2: A lire, ce texte de Yannick Haenel qui chaque jour partage, sur le site de Charlie Hebdo, ses réflexions sur le procès des tueries de janvier 2015:

https://charliehebdo.fr/2020/10/proces-attentats/trente-quatrieme-jour-lhorreur-et-la-pensee/?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NOTIFICATION_PROCES_JOUR_34__ABOWEB&utm_medium=email

P.S.3: Et à écouter: Sophia Aram ce matin sur France Inter. Cinglante et très pertinente.                                A réécouter sur la page d’accueil de France Inter, dans le bas à gauche, rubrique Humour (mais ça n’en est pas) à 01.55.30.                                                                                                https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-19-octobre-2020

P.S.4: https://www.liberation.fr/france/2020/10/18/monsieur-paty-il-etait-trop-drole-on-voulait-tous-l-avoir_1802719

P.S.5: un ami me fait remarquer que, comme tant d'autres, je comprends mal la phrase "qu'un sang impur abreuve nos sillons": "Le sang "impur" qui abreuve nos sillons, c'est le nôtre, celui du peuple, par opposition au "sang bleu" des aristocrates qui ont trahi. On se bat contre l'ennemi de la révolution, et on offre notre propre sang impur. Ce vers exalte l'esprit de sacrifice et souligne la grandeur du peuple." 






lundi 10 février 2020

Mais où est-Il?

Soyons triviaux. Une fois n'est pas coutume. L'actualité nous y invite. La question n'est pas  ici de décider de ce qui est de bon ou de mauvais goût, de ce qui est grossier ou non. Si quelque autorité que ce soit (politique, religieuse, culturelle, sociale) agissait par décret sur le goût, la télé verrait disparaître au moins la moitié de ses émissions et Internet des milliards de pages. La question est celle de la liberté d'expression.
Récemment, une jeune fille homosexuelle de seize ans, Mila, a éconduit un jeune homme qui la harcelait sur Internet. Celui-ci l'a aussitôt accusée de racisme antimusulman. Puis, d'autres aboyeurs qui traînent sur la toile, l'ont traitée de "sale Française", de "sale gouine", de "chiennasse".
Sa réaction fut virulente: "Votre religion, c'est de la merde. Votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul. Merci. Au revoir", a-t-elle répondu à ceux qui l'injuriaient.
Fureur noire de centaines de personnes qui, depuis, lui adressent quotidiennement des messages haineux et des menaces de mort. Au point qu'elle a dû quitter son école et disparaître vu la violence des attaques à son égard et à celui de sa famille.
Ceux qui s'offusquent des propos de Mila ne croient pas en Dieu. Ils ne croient pas ce que toutes les religions monothéistes enseignent: Dieu est un être immatériel et il est partout. Plutôt que de se scandaliser des propos de Mila, ils auraient dû en rire. Et lui faire admettre que sa menace était totalement irréalisable. Affirmer vouloir toucher à quelque partie que ce soit de l'anatomie de Dieu, c'est totalement méconnaitre ce dernier. Même si la représentation collective le voit comme un vieux barbu (un homme, évidemment) au regard sévère, il n'a pas plus de cul que de tête, vu son immatérialité. Comme l'écrit Yannick Haenel dans Charlie Hebdo (1), "la localisation de l'anus divin s'annonce compliquée". Dieu échappe au trivial par son absence de corps.

La meilleure preuve, s'il en fallait, que Dieu est immatériel, c'est qu'il n'a ni yeux ni oreilles: il ne voit pas, n'entend pas les violences commises depuis les débuts de l'humanité, la misère, les inégalités, la planète qui part à la dérive. S'il les voyait, voilà longtemps qu'il aurait foudroyé ceux qui, depuis des millénaires, sont responsables de millions de morts. Combien compte-t-on dans l'histoire de l'humanité d'hommes, de femmes, d'enfants tués au nom de Dieu? Combien de conversions forcées, d'enlèvements, de viols, de tortures, d'attentats, de brutalités commises au nom de celui qui est, nous dit-on, l'incarnation de la bonté et de l'amour? On n'a pas le droit de se moquer de Dieu. Mais lui a le droit de se moquer de nous. Et bien pire. A croire qu'à force d'être partout Dieu n'est nulle part.

Ce qui n'empêche que se moquer de cette idée qu'est Dieu ou l'insulter suscite aussitôt une sainte haine. La haine souvent repose sur l'ignorance et l'absence de réflexion. On n'en absoudra pas pour autant les haineux.
On n'absoudra pas non plus la gauche, ni les mouvements féministes (pas tous heureusement - 2) qui brillent, dans cette "affaire Mila", par leur silence religieux. Ou pire: qui condamnent la blasphématrice plutôt que ceux qui la menacent de mort. 
Le Parti communiste n'est plus ce qu'il était. Le voilà qui condamne les "insultes à la religion". Karl Marx doit se retourner dans sa tombe, lui qui affirmait que "la religion est l'opium du peuple". Et  voilà le secrétaire général du PCF qui se range du côté des bigots. O tempora, o mores!

(1) dans le n° de Charlie Hebdo du 5.2.2020, numéro spécial blasphème.
(2) Le mouvement Femen, la Ligue du Droit international des femmes, Regards de femmes et Libres MarianneS ont soutenu Mila.
Note: Tous ceux qui, sans vraiment le dire, aimeraient voir réintroduit le délit de blasphème donnent implicitement raison à ceux qui menacent de mort Mila. Ce sont les mêmes que ceux qui depuis 1988 menacent de mort Salman Rushdie et tant d'autres impies. Ceux-là préférent défendre l'intégrité physique et la réputation d'un être immatériel (auquel la plupart d'entre eux ne croit pas), plutôt que celles d'une jeune fille ou d'un écrivain. Y a-t-il un psychiatre dans la salle?
A écouter, Sophia Aram ce matin sur France Inter:
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-10-fevrier-2020
A écouter, Brigitte Fontaine, "God Go To Hell", https://www.youtube.com/watch?v=Ny9hpp4HD0w

Enfer chrétien, du feu.
Enfer päien, du feu.
Enfer mahométan, du feu.
Enfer hindou, des flammes.
A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur.
Victor Hugo, "Choses vues" (1)

mardi 19 mars 2019

Pourquoi Paris brûle-t-il?

Comment expliquer de tels déchainements de violence en France lors des manifs des Gilets jaunes? On n'en voit pas ailleurs d'une telle ampleur et d'une telle régularité. Ni au Venezuela, ni en Algérie, là où la violence aurait des raisons plus légitimes de se manifester. Contrairement à la France, quoi qu'en disent des Gilets jaunes qui la soutiennent sans la défendre : "moi, je ne suis pas violent, mais ils ont raison, c'est normal d'être violent vu ce qui se passe". Comprenez que nombre de G.J. sont contre la violence mais sont en fait pour. Certains d'ailleurs la pratiquent allègrement. Ou pillent après le saccage des Blacks Bloks. "De toute façon, y a que comme ça qu'on est entendu". Mais qu'est-ce qui est entendu sinon la brutalité, la hargne et la bêtise ? Qu'est-ce qui explique que la France soit tombée si bas, regardée ébahis par tous les autres pays qui n'arrivent pas à comprendre comment une démocratie est à ce point conspuée par une poignée de radicalisés obsessionnels ?
Qu'est-il arrivé au pays de la tchatche et du cartésianisme ? Nombreux sont les G.J. à avoir décrété dès le début et par principe que les débats ne servent à rien. On ne discute pas : on cogne, on brûle, on casse, on pille, on agresse, on crie, on conspue. Comment expliquer l'incendie volontaire et le saccage de sept kiosques à journaux, dont cinq totalement détruits (1) ? On ne peut s'empêcher de penser aux autodafés des nazis et de l'Inquisition. Quinze autres kiosques ont été vandalisés. Au total, quatre-vingt-onze commerces ont été détruits et pillés samedi dernier.
Les responsables des G.J. qui avaient appelé à manifester sur les Champs Elysées avaient d'emblée annoncé qu'ils n'assumeraient aucune responsabilité de ce qui arriverait. On a donc affaire à une bande de vrais irresponsables. Des gamins incapables d'assumer les conséquences de leurs actes. Des représentants qui n'assument pas leur rôle. Mais ce qu'engendre ce grand magma est effrayant. Comme l'écrit Jean-François Kahn, on assiste à la naissance d'un "monstre aux ailes d'extrême-gauche, aux pattes d'extrême droite, au bec fascisto-identitaire et au poil anarcho-libertaire". (2) On voit aujourd'hui les Gilets jaunes échanger avec les Blacks Bloks (3), créer entre eux des solidarités dans ce grand melting pot qui réunit des fâchés et des fous furieux qui ne structurent pas des demandes mais cassent, comme s'ils étaient incapables de formuler ou même de savoir ce qu'ils veulent.
Les oppositions de toutes couleurs ont beau hurler et fustiger le gouvernement et en particulier le Ministre de l'Intérieur sur leur incapacité à empêcher les dégradations, on peut aisément imaginer qu'aucune d'entre elles, au pouvoir, n'arriverait à maîtriser ce mouvement sans queue ni tête, ces fous furieux qui échappent à toute logique. Et le gouvernement n'a qu'une peur : celle d'un mort lors d'une de ces manif-émeutes dont le sens échappe de plus en plus à ceux qui n'y participent pas.
"Nous sommes nombreux à avoir sous-estimé la puissance de la ritualisation de l'action collective, à quel point elle galvanise ceux qui y participent", déclare Xavier Crettiez, professeur de sciences politiques à l'Université de Versailles (4). "Ce qui se déroule chaque samedi n'est plus une manifestation au sens traditionnel. (...) Tout est fait pour s'affranchir de ces règles institutionnalisées. On ne dépose plus de demande d'autorisation, car on ne veut plus se montrer dans une position où on échange avec l'Etat. (...) Cette suppression du cadre génère forcément du désordre."
Les G.J. sont fâchés, donc ils ont raison, donc ils ont tous les droits. Y compris de ne pas respecter certains devoirs. C'est comme ça. Point. On ne discute pas. Et tant pis si on est dans l'irrationnel. Tant pis s'il n'y a plus rien à comprendre. "La France, écrivait il y a quelques semaines déjà Paolo Levi, le correspondant de La Stampa à Paris, ne doit pas oublier son côté cartésien. Cette caractéristique doit être une boussole face à une partie des G.J. qui est entrée dans la nuit de l'irrationnel. Lors de réunions publiques pour le grand débat, certaines revendications sortent de tout cadre et n'ont parfois aucun sens." (5)
La question reste entière : pourquoi Paris brûle-t-il ? Quelqu'un le sait-il ?

Post-scriptum : et j'ajoute cette question : pourquoi n'y a-t-il pas plus d'indignation contre cette violence imbécile ? On a vu une mère et son enfant échapper de justesse à un incendie provoqué volontairement par ces fous furieux. Mais on n'entend pas "l'opinion publique" condamner ces assassins en puissance... Pas plus que s'indigner (au moins) de l'attitude antisémite ou raciste de nombre de Gilets jaunes. On s'en détourne, mais personne (ou si peu) n'ose les critiquer.

A lire cette intéressante et effrayante analyse:
https://www.huffingtonpost.fr/jeanphilippe-moinet/quand-la-connivence-melenchon-le-pen-devient-visible_a_23698043/?utm_hp_ref=fr-homepage

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/03/19/gilets-jaunes-les-kiosquiers-appellent-a-l-aide-le-ministre-de-la-culture_5438462_3234.html
(2) www.lesoir.be / 19.3.2019.
(3) https://www.nouvelobs.com/societe/20190318.OBS1942/jusqu-ou-etes-vous-prets-a-aller-le-drole-de-questionnaire-envoye-aux-black-blocs-par-des-gilets-jaunes.html
(4) https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/18/gilets-jaunes-l-usage-de-la-violence-est-toujours-un-calcul-risque_5437952_3224.html
(5) Le Courrier international, 7.3.2019.
A lire:
https://www.nouvelobs.com/chroniques/20190318.OBS1949/gilets-jaunes-l-art-du-maintien-du-desordre.html
https://www.nouvelobs.com/chroniques/20190318.OBS1919/gilets-jaunes-la-prise-du-fouquet-s-ou-la-bastille-pour-les-nuls.html


lundi 21 janvier 2019

Les Gilets jaunes par les nuls *

Que veulent encore les Gilets jaunes? Qui le sait? Eux affirmaient que l'objectif de leurs manifestations de samedi était d'être plus nombreux que le samedi précédent. Sacrée ambition! A Paris, ils ont défilé en boucle. Tourner en rond semble leur convenir. Difficile évidemment de connaître leurs revendications quand on voit que leurs différentes chapelles se disputent entre elles, que certains de celles et ceux qui se sont battus depuis le début replient pavillon tant ils et elles (surtout elles) se font insulter et même menacer de mort par d'autres G.J. (1)
Les agressions, parfois très brutales, de journalistes se poursuivent en Belgique comme en France. Ce mouvement est investi notamment par des hommes violents convaincus d'avoir tous les droits, et d'abord celui de cogner. Il est temps que cette hystérie fascitoïde s'arrête. Une sous-préfète me disait récemment être effrayée par le risque totalitaire qu'on soupçonne dans ce mouvement.
Disons-le sans détour: certains des G.J. les plus suivis (tant par d'autres G.J. que par la presse et par les partis extrémistes) ont une très mauvaise haleine. Ils dégagent une odeur d'égout. Ces nuisibles sont des propagateurs de haine, d'antisémitisme, de complotisme, d'analyses brutales et inquiétantes.  (2) Le magazine Marianne disait récemment de l'un d'eux qu'il n'était ni facho, ni anar, ni complotiste. En fait, il est tout cela à la fois et bien plus. Il répercute n'importe quelle information, même les plus idiotes et les plus inadmissibles, avant de s'empresser d'effacer celles qu'on lui reproche. Son excuse: il ne savait pas. Et c'est bien là l'énorme problème de ce mouvement, être composé de gens qui ne savent pas, d'analphabètes de la démocratie. Et même de la civilité.
Ils se plaignent de ne pas être entendus, mais refusent de participer aux débats organisés, pour tenter de voir clair dans leurs demandes, par l'Etat. Sont-ils donc rétifs au dialogue? Ont-ils peur de ne pas être d'accord entre eux, de se trouver face à des gens qui ne pensent pas comme eux? Il n'y a pas de démocratie sans débat. Quelqu'un les comprend-il encore? Où est leur logique (s'il y en a une)? Faut-il encore faire appel aux sociologues pour tenter de comprendre leur mouvement? Ne faudrait-il pas plutôt se faire éclairer par des psychologues?

(1)  https://www.huffingtonpost.fr/2019/01/17/attaques-sur-facebook-ces-gilets-jaunes-decident-de-jeter-leponge_a_23645537/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) https://www.nouvelobs.com/politique/20190114.OBS8414/eric-drouet-et-maxime-nicolle-que-nous-apprennent-leurs-pages-facebook.html
* (Re)lire sur ce blog "Les Gilets jaunes pour les nuls", 12.1.2019.

dimanche 13 janvier 2019

Froid dans le dos

Est-il encore question de revendications chez les Gilets jaunes? Ou plus simplement d'occuper les rues et les places, de montrer qu'ils existent et qu'ils ont tous les droits? Y compris de pratiquer les actes les plus infâmes?
Hier à Rouen, ce qui s'apparente à des milices G.J. a tabassé une équipe de journalistes de LCI (1). Et d'autres équipes de journalistes ont été agressées ou menacées dans d'autres villes (2).
Pendant ce temps à Paris, un homme qui se prétend journaliste Gilet jaune traque les élus et les journalistes pour les interroger sur le vif (3). Vraisemblablement sans carte de presse, en tout cas sans respect de la déontologie du métier, sans aucune objectivité et sans recul, il confond interview et interrogatoire, journalisme et justice. Son interlocuteur est, avant même qu'il ne l'aborde, déjà condamné, à partir d'arguments issus de l'imagination de ce procureur des rues, caché derrière sa caméra et enfermé dans ses certitudes. On ne doute pas qu'il provoquera, lui aussi, l'admiration du MélenChe: Fouquier-Tinville est réincarné (4).
Après neuf samedis consécutifs d'occupation (et de dégradation) de l'espace public, ce mouvement est toujours aussi incapable de se structurer et de porter des demandes collectives.
Et il voudrait donner la parole directement au peuple? Ce peuple-là, ensauvagé, effraie. Quelle attitude auront certains G.J. vis-à-vis de journalistes qui, avant un référendum, auraient le culot de faire leur travail, c'est-à-dire de confronter les points de vue, de mettre en perspective la question en débat, de jouer le rôle qui est le leur: critique et indépendant?
Quelle société totalitaire nous préparent les Gilets jaunes?

Post-scriptum: à lire cet article sur le même sujet et sur celui de la haine sur les réseaux dits sociaux ("Nausée", 10 janvier):
https://www.rts.ch/info/suisse/10134960--les-reseaux-sociaux-sont-devenus-le-caniveau-des-bassesses-humaines-.html

(1)  https://www.lavenir.net/cnt/dmf20190112_01280669/video-des-journalistes-de-la-chaine-lci-attaques-par-des-gilets-jaunes-a-rouen
(2)  https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/01/13/gilets-jaunes-plusieurs-journalistes-pris-a-partie-lors-de-l-acte-ix_5408480_3224.html
(3) https://www.marianne.net/societe/aphatie-tapie-crespo-mara-cet-inquietant-journaliste-gilet-jaune-autoproclame-qui-traque-les
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Fouquier-Tinville

jeudi 10 janvier 2019

Nausée

S'il y a une pétition pour faire interdire Facebook et Twitter, je la signe tout de suite.
Ce dégueulement ininterrompu de vulgarité, de bêtises, de grossièreté, d'agressivité, de haine, d'antisémitisme, de racisme, de sexisme, d'homophobie, de vomissements, de violence, d'injures analphabètes, de pharisianisme, d'idées stupides, de simplisme, de brutalité imbécile doit cesser.
Si, ne serait-ce qu'une semaine, les porte-voix des philistins se taisaient, le monde en serait un peu assaini. 
Exemples parmi beaucoup (trop) d'autres:
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/01/09/retour-sur-les-actes-d-intimidations-visant-les-deputes-lrm_5406983_823448.html

Post-scriptum: il y en a une - dont on croyait que sa bêtise l'avait tuée - qui trouve un second souffle dans la haine, le bruit, la fureur et la confusion. Selon un sondage, la seule qui tire son épingle du jeu du climat populiste qui prévaut, c'est la fille à papa Le Pen. Gilets jaunes, savez-vous à quoi vous jouez?
(France Inter, Journal de 13h, 11 janvier 2018) - 
https://www.marianne.net/politique/gilets-jaunes-pourquoi-marine-le-pen-est-la-seule-en-profiter

La Tyrolienne haineuse 
Pierre Dac

Lorsque sans parti pris 
On établit le bilan 
D' l'humanité
D'aujourd'hui
Y d'vient limpid' comme
Un clair de lune et lumineux comme
Un clerc de notaire
Qu'c'est pas d'sitôt
Qu'les hommes s'ront frères
Et qu'malheureusement au contraire
Nous vivons à présent
Sous le signe affligeant
De la haine et d'ses affluents
C'est triste et déprimant !
Y a de la haine partout
Y a d'la haine tout autour de nous
Surtout partout où
Tout s'passe par en d'ssous
De mémoire de grincheux
Jamais dans les yeux
On n'vit tant d'regards haineux

Ah y en a t-i', y en a-t-i'
De cette haine qui
Saoûle les esprits qui
Perdent le sens d' la fraternité
Et ainsi çui d' l'altruisme aussi
Hélas ! hélas ! l'altruisme est foutu
Et c'est couru
Y a pas plus d'altruiste
Que de beurre au r'bus
Y a plus que d'la haine
Si bien que dans l'pays
Bientôt tout le monde sera haï
L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ho
L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ti

Mais là où la chose se complique
Et d'vient tragique
C'est qu'la haine devient pour chacun
Une espèce de besoin
Que d'authentiques sagouins
Entretiennent de près comme de loin
Y a d'la haine de toutes les nuances
D'la haine standard ou d'circonstance
Y a d'la haine de bon ton
Pour les haineux d'salon
Et de la grosse haine de confection
Mais de toutes les façons :
Y a trop de haine, oui
Y a trop de haine
Et y a trop d'haineux
Ca tourne au scabreux
Et au scandaleux
Car certains haineux en arrivent même
Entre eux
A s'traiter de tête d'haineux
C'est un cercle vicieux
Car quand un haineux
Hait un autre haineux
Celui qui hait est aussi
Par l'autre haï
De même que celui
Qui est haï haïssant
Celui dont il est haï
Chaque haï donc est
Un haï qui hait
Ce qui fait qu'en fin d'compte
On peut voir comm' ça
L'haï l'haï l'haï ici
L'haï l'haï, l'haï là !

Et voilà c'est comme ça
Oh bien sûr i' n'y a pas
Non y a pas d'quoi
En signe de joie
Se passer les paupières 
A la crème de Chester
Avec une tringle à rideau de fer
Y n'reste plus qu'une seule chose à faire
C'est d'rassembler par toute la terre
Tous les hommes généreux
Qui d'un coeur valeureux
Haïssent la haine et les haineux
C'est ce qu'il y a de mieux !
Hardi donc allons-y
Roulez tambours
Et sonnez trompettes et hélicons
Sus à ceux qui suent
La haine par tous les pores
Et qui s'font un sport
D'haïr de plus en plus fort.
A bas la haine et les haineux
Ainsi qu' ceux
Qui hurlent avec eux
Assez de haine assez d'gens
Qui passent leur temps
A haïr bêtement
Si nous tenons bientôt 
Nous en viendrons sûrement à bout
La confiance alors
Mettra l' monde d'accord
Et l'on s'ra content
D'voir les hommes d'à présent
Devenir de plus en plus confiants

Haine par-ci, haine par-là

Ah, y en a-t-y d' la haine
Ici bas.