mardi 25 août 2026

Traditions criminelles

Cet été, écrit Tristane Banon dans Franc-Tireur (1), "l’État (français) a relancé sa campagne « L’excision ne doit jamais faire partie du voyage ». Plus de 1 000 Abribus sont mobilisés jusqu’au 2 septembre. La lutte contre l’envoi de petites filles dans leur pays d’origine pour y être mutilées sur le temps des vacances est aussi diffusée dans les écoles, les PMI, les consulats et sur les réseaux sociaux. Il faudrait s’en excuser ? On finirait par le croire, à voir certaines réactions du courant se réclamant du féminisme mais que l’indigénisme, assimilant la situation des minorités au statut des indigènes de l’Empire colonial, définit plus justement. Ces militantes expliquent doctement que l’excision peut être dénoncée en France, mais qu’il y aurait un « caractère colonial » à vouloir l’interdire ailleurs. Elles vilipendent la « panique morale » de ceux qui s’inquiètent que des femmes ne puissent plus « jouir ». Voilà où mène le relativisme culturel... Il ne nie plus systématiquement la violence de l’acte, il lui offre un passeport de respectabilité. Il classe les douleurs. Crime ici, tradition là-bas."
Nous y voilà. Le décolonialisme a atteint son niveau de stupidité et surtout de racisme. Sous prétexte de respect de prétendues traditions non critiquables, on abandonne à leur sort plus de quatre millions de filles (chiffre de l'Unicef) qui sont excisées chaque année. Donc mutilées. Avec ce que cela entraîne : "des hémorragies, des infections, des complications obstétricales, sans compter leurs conséquences psychologiques sur le long terme. Ce ne sont donc pas des « coutumes » à regarder avec l’air obséquieux d’un ethnologue d’opérette. Ce sont des violences massives."

Le décolonialisme, s'il a par ailleurs du sens, peut aussi devenir totalement réactionnaire quand il est en roue libre et incapable de perspectives sociologiques et historiques. Quand il est brutal et sans nuance. On se souvient que certaines personnes ont condamné Persepolis de Marjane Satrapi parce que ce livre et ce film seraient islamophobes, dans la mesure où l'autrice y dénonçait les violences exercées sur les Iraniennes par le pouvoir théocratique iranien. Iraniennes qui sont d'ailleurs abandonnées à leur triste (et le mot est faible) sort par une grande partie de la gauche occidentale. Ceci ne nous regarde pas, semble-t-elle dire, par peur précisément de se faire traiter de cet adjectif devenu infamant et qui vous classe aussitôt à l'extrême droite : islamophobe. 

Il y a un mois, à Gand, la chanteuse néerlandaise Sophie Straat, a demandé aux «hommes blancs» de reculer afin de laisser les premiers rangs à d’autres spectateurs : « Tous les hommes blancs à l’arrière ! C’est l’heure des filles, des queers, des personnes de couleur. Plus de temps pour la nuance : il est déjà trop tard, bien trop tard pour la nuance. Tous les hommes blancs au fond ! ». Effectivement, on chercherait là en vain toute trace de nuance. De quoi seraient donc coupables tous ces hommes blancs ? De s'être opposés à l'excision peut-être ? Et tous les hommes dits de couleur seraient donc des victimes ? Les mollahs iraniens le seraient ? Les talibans aussi ? 

Voilà cinq ans que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan. Cinq ans que les femmes afghanes subissent la charia exercée avec une violence inouïe par ces fous de Dieu : interdiction de travailler, d'étudier, de sortir seules, de se montrer, de vivre libres. Cinq ans que la gauche bien-pensante se tait dans toutes les langues. Cinq ans que les féminicides se multiplient en toute impunité. "C’est le stade ultime de l’apartheid de genre imposé par les talibans depuis leur retour au pouvoir à Kaboul, le 15 août 2021 : les meurtres de femmes par leur mari se multiplient, favorisés par leur exclusion du corps social et une impunité quasi absolue pour les auteurs de violences, révèle le média afghan en exil Zan Times." (2)
" Les talibans ne tiennent aucun registre du nombre de femmes tuées chaque année dans le pays, écrivent Khadija Haïdary, Zahra Nader, Hura Omar et Atousa Azar. Le bureau du procureur général chargé de cette tâche a été supprimé par décret en 2023. Afin de pallier ce manquement de l’État, nous avons relevé les meurtres de femmes dans 10 des 34 provinces d’Afghanistan depuis la prise de pouvoir des talibans, en août 2021. On décompte 174 cas rapportés par des médias afghans locaux, auxquels s’ajoutent 57 autres qui n’ont pas été signalés, mais qui ont pu être analysés directement par nos journalistes. Sur ces 231 cas, 53 ont été déclarés comme des suicides. Les victimes sont de fillettes d’à peine 5 ans jusqu’à des femmes de 65 ans. Sept victimes sur dix étaient des femmes au foyer ne disposant pas ni de revenus propres ni du statut social leur permettant d’engager une procédure pour violences conjugales. Dans l’immense majorité des cas, les faits se sont produits au sein du foyer de la victime. Le suicide a été officiellement déclaré pour plus d’une femme sur cinq, parfois en contradiction totale avec les preuves évidentes d’acte criminel. Seul un quart des décès a conduit à une arrestation et, même dans ces cas-là, le suspect a été quasiment toujours relâché, parfois dès le lendemain. Plusieurs décès provoqués par des violences conjugales attestées par les proches de la victime ou des témoins ont pourtant été officiellement enregistrés comme des suicides."
Si des proches des victimes tentent d'intervenir, ils risquent leur vie. Une jeune fille de 14 ans mariée de force à un homme plus âgé a été tuée par lui. Son petit frère qui voulait la défendre l'a été aussi. Le mari n'a pas été inquiété. L'homme a tous les droits. "Sous le nouveau Code pénal taliban, la sanction d’un mari qui bat sa femme au point de provoquer des blessures visibles, comme des fractures ou des plaies, est plafonnée à quinze jours d’emprisonnement, dénoncent encore Khadija Haïdary, Zahra Nader, Hura Omar et Atousa Azar. En revanche, si une femme retourne chez sa famille sans la permission de son mari, et que la famille refuse de la faire revenir chez son époux, la femme et sa famille s’exposent alors à trois mois de prison. Dans ce cadre légal, fuir les violences domestiques est donc passible d’une sanction bien plus sévère que la violence elle-même."

Qu'en pensent les féministes indigénistes qui défendent l'excision comme une tradition ? Le mariage forcé, la polygamie, les violence exercées sur les femmes, les féminicides seraient-elles inacceptables chez nous mais une tradition à respecter ailleurs ? Les masculinistes devraient être combattus dans nos pays mais tolérés ailleurs ? Cet obscurantisme tombe dans le racisme...

« Le multiculturalisme d’aujourd’hui signifie réguler les gens en fonction de leur communauté, de leur religion et de leur culture. Très bien. Mais que fait-on des individus ? Les gays, les femmes, les enfants ? Ceux qui ne veulent pas suivre les lois de la communauté ? Ce système est un cauchemar pour les femmes comme moi qui se sont enfuies de pays où le système les subordonne aux hommes et qui viennent dans cette société pour être égales. Soudainement, les multiculturalistes vous rappellent à l’ordre et vous disent non pas vous ! Vous, vous devez rester avec votre communauté et écouter votre père, votre frère, votre mari. On ne vous aidera pas… C’est ça l’égalité ? Quand on y réfléchit, le multiculturalisme est un système purement raciste. »
Ayaan Hirsi Ali, ex-députée néerlandaise, citée par Caroline Fourest, in « La tentation obscurantiste ».

(1) Tristane Banon, "Néoféminisme barbare", Franc-Tireur, 19.8.2026
(2) Khadija Haïdary, Zahra Nader, Hura Omar et Atousa Azar, "Cinq ans de féminicides étouffés", Zan Times, in Courrier international, 20.8.2026.

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