Colère, écœurement, tristesse, incompréhension, voilà les sentiments que l'on éprouve après les émeutes de samedi dernier.
Il y a sans doute de nombreux profils très différents parmi celles et ceux qui ont répandu et encouragé le bruit et la fureur à travers la France ce jour-là : des casseurs pour le plaisir sans autre idéologie que la destruction (qu'ils y pensent : Trump et Poutine sont, chacun à sa manière, de cette espèce) ; des militants d'extrême droite convaincus que le besoin d'ordre amènera leur camp au pouvoir ; des militants d'extrême gauche, excités notamment par des irresponsables de LFI pour qui abattre le système consiste à y mettre le feu sans nuance (Dieu le Père Mélenchon reconnaîtra les siens) ; ceux qui n'ont que le chaos comme programme sûrs qu'après celui-ci viendra inévitablement leur ordre ; des enragés téléguidés par la Russie de Poutine et/ou les Etats-Unis de Trump qui espèrent voir bientôt à la tête de la France un ou une populiste qui se désengagera du soutien à l'Ukraine (1) ; des opportunistes, appâtés par la perspective de pillages, notamment de très jeunes ados (mais qui donc les a envoyés là ?) ; des gens rendus violents par les réseaux antisociaux où la violence et l'affrontement effacent tout débat ; des excités qui considèrent que leur ras-le-bol n'a pas d'autre moyen de s'exprimer que dans la destruction, l'agression et le vol ; des mécontents par principe (la France en regorge) qui préfèrent tout casser plutôt que ne pas tout avoir ; une députée qui annonçait réjouie "le 17 octobre, c'est les ténèbres" (quel programme !). Peut-être même (allez savoir tant cette folie furieuse reste insensée) des militants d'extrême gauche qui souhaitent la victoire de l'extrême droite à la présidentielle (on en a entendus), convaincus que dès le lendemain la France s'embrasera et qu'ils prendront le pouvoir par la rue. Bref, des pyromanes qui se voient déjà pompiers, aveugles par rapport à ce que vivent les Américains, les Russes, les Turcs, les Argentins, les Iraniens et tant d'autres qui voient, malgré leurs protestations, la démocratie s'éloigner un peu plus chaque jour. Une fois au pouvoir, l'extrême droite y reste longtemps, malgré vents et marées.
Triste tableau qui nous laissent effarés par ce mélange de bêtise et de violence.
Restent tous ceux et toutes celles qui ont manifesté pacifiquement contre la vie chère ou leurs conditions de vie scolaire. Ils se sont fait voler leurs revendications légitimes.
Dans son discours à la nation au lendemain de cette journée de folie déchaînée, le président Macron, une fois encore, ne fut pas à la hauteur, incapable de leur répondre concrètement, incapable de proposer des voies de sortie par le haut. Il avait déjà raté l'épisode des Gilets jaunes : les consultations populaires qu'il avait eu la bonne idée d'organiser dans toutes les communes avaient été riches d'avis qu'il s'était empressé d'archiver sans rien en faire. Il avait fait de même avec sa Convention pour le climat tout en assurant qu'il en ferait appliquer intégralement les propositions. Le pouvoir en France reste vertical, concentré, souvent sourd et aveugle. Ce qui n'excuse évidemment pas un tel déchaînement de violence et de telles agressions et destructions. Dans ce pays qui se targue de cultiver l'art de la conversation, tant de citoyens, quels que soient leur niveau de (non)pouvoir, sont souvent incapables de négocier, de se parler. L'affrontement est dès lors vu comme inévitable. Pourquoi la violence semble-t-elle normale à toute une génération ? Parce qu'elle est désormais banale dans le monde virtuel dans laquelle elle passe une partie de sa vie ?
Il est temps de faire entrer le droit sur Internet, estime Thierry Breton dans le Grand Continent (2), un espace précisément vécu actuellement comme une zone de non-droit où l'on peut tout dire, insulter, agresser, dénoncer, pratiquer la délation, encourager la violence. "C’est à nous d’occuper cet espace informationnel. D’y faire entrer le droit, la justice et les forces de l’ordre, comme nous l’avons toujours fait dans le monde physique. Cela ne réglera pas tout. L’école, ses murs, Parcoursup, l’avenir des jeunes, leurs interrogations fondamentales et légitimes appellent d’autres réponses. Mais aucune ne tiendra sans celle-là. Nous avons une génération qui ne sait plus comment passer d’un monde à l’autre et un État qui n’a jamais appris à le faire. Réunir le monde physique et le monde informationnel, c’est le travail et la responsabilité de la classe politique dans son ensemble. Le chemin, les législations adoptées l’ont ouvert. Il faut maintenant avoir le courage de l’emprunter."
Tout est à reconstruire : bâtiments publics, avenues et places, commerces (ce qui obligera l'Etat à dépenser plus encore), mais aussi dialogue, respect réciproque, vivre-ensemble, projet de société. Dans quelle société voulons-nous vivre ? Le coût de la vie a augmenté, c'est incontestable, ce qui met en difficulté d'innombrables familles. Mais quelle vie voulons-nous ? Alors que le réchauffement climatique nous menace chaque jour et est le fléau principal à combattre, c'est la question fondamentale : quelle vie voulons-nous ? Nous ne pouvons plus vivre inconsidérément, nous ne vivrons plus insouciants, nous ne voyagerons, ne consommerons plus sans compter comme nous l'avons (trop) fait. Parlons si pas de décroissance, en tout cas de sobriété.
La journée de samedi était annoncée par certains comme celle de la convergence des luttes. Mais ce n'est là qu'illusion. Quels peuvent être les points communs entre militants pour le climat et Gilets jaunes ? Entre celles et ceux qui veulent que nous changions radicalement notre mode vie en vivant de manière plus économe et respectueuse de la terre et les autres qui souhaitent continuer à vivre et à consommer comme dans les années '60, insouciants ? Il y a urgence à nous repenser. A nous repanser.
(1) https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-belgique-violences-et-pillages-le-17-octobre-a-qui-profite-le-crime_279801
(2) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/10/20/le-front-digital-des-emeutes-en-france/
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