dimanche 1 novembre 2026

Ces journalistes, ennemis du peuple

    Il n'y a plus de presse libre en Russie. Le dictateur Poutine a achevé le journal indépendant et critique du pouvoir Novaïa Gazeta, ouvertement opposé au pouvoir russe et à la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine. "Novaïa Gazeta cesse d’exister. (...) Les autorités russes, les services spéciaux russes ont obligé la rédaction à mettre fin à son travail", a affirmé le rédacteur en chef du journal, Sergueï Sokolov. "Désormais « sans moyens de subsistance et sous la menace constante de la répression », Novaïa Gazeta ne peut plus travailler comme il avait réussi à le faire jusque-là en près de cinq ans de guerre. « Le 9 novembre, nous éteindrons les lumières de notre maison, où nous avons vécu pendant trente ans ; nous couperons les serveurs et nous partirons, a précisé Sergueï Sokolov. Le journal n’existe plus. » (1)
"Depuis plus de trente ans, rappelle Le Monde (2), le journal de Dmitri Mouratov, Prix Nobel de la paix, enquêtait sur la corruption, les violences du pouvoir et les violations des droits humains." Et Poutine vient de l'assassiner. C'est ce qu'il fait de mieux. "Ils nous ont tués", a affirmé vendredi Dmitri Mouratov.

    Depuis mars 2022, "bloqué par les autorités après son opposition à l’invasion de l’Ukraine par la Russie", Novaïa Gazeta publiait ses articles essentiellement sur Internet et de loin en loin en version papier. En avril dernier, avril, lors d'une perquisition de treize heures dans ses locaux, la police a emporté ordinateurs, appareils électroniques et de nombreux documents et arrêté un des journalistes, Oleg Roldouguine, assigné depuis à résidence dans l’attente de son procès. En septembre, la justice a collé à Novaïa Gazeta l'étiquette qui permet toutes les poursuites : celle d'agent de l'étranger. A l'époque soviétique, on disait "ennemi du peuple". Le vocabulaire a beau changer, le résultat est le même : il ne peut y avoir de presse libre dans un régime autoritaire. Le 15 octobre, Sergueï Sokolov a été interpellé par la police, puis relâché. La rédaction a reçu ensuite un avis d’expulsion et le système de dons qui permettait au journal de recueillir le soutien financier de ses lecteurs a été désactivé par les autorités.
"Six journalistes de la rédaction (dont Anna Politkovskaïa) ont été assassinés sous le régime de Vladimir Poutine, rappelle Le Monde. « L’article 29 de la Constitution russe – “La censure est interdite” – ne sonne-t-il pas aujourd’hui comme une sinistre plaisanterie ? », dénonce aujourd’hui le journal dans sa lettre d’adieu. « La trahison, c’est quand l’Etat trahit sa propre Constitution. Et cette trahison est un crime qui se poursuit en ce moment même, sous les yeux du monde entier. L’assassinat de Novaïa Gazeta en est une preuve de plus », ajoute la lettre."
Plus d’une trentaine de journalistes travaillant pour divers médias croupissent aujourd’hui dans les prisons russes.

    Le week-end dernier, lors du congrès du Rassemblement national à Orléans, quatre journalistes de Mediapart ont été pris à partie et chassés violemment de la salle (3). "Sous les huées des militant·es et les cris « dehors Mediapart », l’une a été ceinturée, portée de force dans un escalier et empêchée de filmer, s'indignent 44 sociétés de journalistes. Un autre a été saisi au col, à moitié étranglé, puis violemment repoussé. Deux d’entre eux ont été plaqués contre un mur une fois sortis de la salle.
Le lendemain, un autre journaliste de Mediapart a été évacué par le service d’ordre du RN et un journaliste de Politis qui filmait l'action a été interpellé par deux membres du public. Un participant lui a fait perdre son téléphone. Il a été ceinturé et mis à la porte. Le RN n'aime la presse que complaisante.

    De son côté, le roi Mélenchon préfère s'adresser aux médias qui le vénèrent. Les autres l'insupportent. La presse traditionnelle, il la qualifie de "caste", "d’officialité" et les journalistes sont traités de "vieux croûtons", de "vieilles barbes" ou d’êtres "sinueux", "visqueux " et "menteurs" (4). Les journalistes Charlotte Belaïch et Olivier Pérou, auteurs de La Meute qui analyse le fonctionnement de LFI, sont traités de "dégénérés". En décembre 2021, Jean-Fidel Mélenchon avait fustigé France Info, du "prétendu service public" qui n'avait pas diffusé en direct et sans filtre son meeting et qui n'avait donc pas, selon lui, accompli son "devoir civique" (5). Le roi aime une presse soumise.

On voit par là que le tueur en série Poutine est un digne descendant de Staline et qu'il faut se méfier des partis fascinés par les dictateurs. Ils ne supportent pas que la presse soit libre. C'est à l'aune du respect de la liberté de la presse qu'on peut juger du caractère démocratique d'un parti et d'un candidat.

(1) https://www.lemonde.fr/international/video/2026/10/30/ils-nous-ont-tues-le-journal-independant-russe-novaia-gazeta-annonce-sa-fermeture_6803133_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/10/30/avec-l-arret-de-novaia-gazeta-la-liberte-de-la-presse-en-russie-vit-son-chant-du-cygne_6802910_3210.html
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/10/30/novaia-gazeta-le-comite-nobel-appelle-la-russie-a-mettre-fin-a-la-repression_6803097_3210.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/10/27/journalistes-brutalises-au-congres-du-rn-la-presse-doit-pouvoir-travailler-librement-alertent-44-societes-de-journalistes_6801268_823448.html
(4) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/06/20/la-strategie-de-jean-luc-melenchon-face-aux-medias-je-choisis-ou-je-vais_6705282_823448.html
(5) (Re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2021/12/france-info-soumise.html