dimanche 8 novembre 2026

On se calme

     En politique aujourd'hui, les grandes gueules ont la cote. Ceux qui tempêtent, éructent, clivent, insultent, promettent le meilleur pour les leurs et le pire pour les autres, dézinguent ceux qui ne pensent pas comme eux. Comment gouverner en démocrate et faire consensus si on a passé son temps à injurier les autres et si on est convaincu d'être le seul à avoir raison ?
La brutalité s'est (plus que jamais) imposée en politique. L'extrême droite l'est, par essence dirait-on. Et hier, en meeting, Mélenchon a juré de ne pas mettre d'eau dans son vin et de rester clivant, même s'il ne s'est livré "à aucune outrance", selon Le Monde.
L'historien Hervé Le Bras estime que "une France technocratique est en train d’être remplacée par une France tribunicienne pour reprendre le terme utilisé par le politiste Georges Lavau et inspiré des tribuns de la plèbe de la Rome antique, dont la fonction consistait à défendre les exclus et à porter leurs contestations face aux institutions". (1)
Tant pis si on passe pour un vieux con, mais on rêve de candidats déterminés et clairs évidemment, mais aussi calmes et respectueux des autres, sans phrases clashantes préparées par leur équipe de communication.

Aux Etats-Unis, célébrant sa réélection, le sénateur de Géorgie Jon Ossoff a dénoncé  dans un discours fort, digne et apaisant (2) "l’assaut incessant de la brutalité et de l’indécence" qu'ont subi les Américains et a appelé posément, sans hargne, à "une ouverture, non pour une restauration, mais pour une réforme profonde" :  "ce soir, en Géorgie, nous avons prouvé non seulement que l’unité est possible, mais que nous pouvons surmonter la division sans rien céder sur nos objectifs" (...) "Nous avons bâti une nouvelle majorité qui s’étend bien au-delà des clivages partisans. Le fondement de cette nouvelle majorité, c’est la confiance : une confiance bâtie au fil d’années d’appels téléphoniques aux maires, aux pasteurs et aux agriculteurs, une confiance qui se mesure aux problèmes résolus ensemble, sans considération d’idéologie ou d’appartenance partisane."
Lors de la campagne, dans un meeting de soutien à des candidats démocrates (3), l'ex-président Barak Obama a appelé, avec ce ton tranquille qui est le sien, les supporteurs démocrates à ne pas huer l'actuel président : "Ne huez pas. Visiblement, certains d’entre vous ne sont jamais venus à mes meetings, sinon vous sauriez qu’ici, on ne hue pas. Qu’est-ce qu’on fait à la place ? On vote ! Vos huées, ils ne les entendent pas. Votre vote, si." Il a appelé à "la décence que l’on est en droit d’attendre de nos responsables politiques". Tout cela dans un discours calme avec quelques touches d'ironie. Sans hystérie pour électriser des foules de fidèles béats.

On voit par là qu'on peut apprécier d'excellents orateurs, mais qu'il faut se garder des tribuns. Lénine, Hitler, Mussolini étaient de grands tribuns.

"Si le public devait retenir quelque chose de mon film, ce serait peut-être que lorsqu’on va voter, mieux vaut laisser de côté sa fascination pour la face obscure des hommes de pouvoir. Les candidats qu’on trouve vraiment, profondément, ennuyeux dans la vie, voilà, c’est pour eux qu’il faut voter."
Paolo Sorrentino, réalisateur italien, à propos de son film Il Divo, consacré à Giulio Andreotti (Télérama, 21.5.2008)

"Lorsque vous jugerez nécessaire de vous mettre en colère, choisissez, pour vous mettre en colère, un moment où vous ne serez pas en colère. Vous n’aurez jamais l’air mieux en colère et vous proportionnerez exactement ainsi votre colère à l’objet de votre colère, ce qui deviendrait impossible si vous étiez vraiment en colère."
Pierre Gatérat : Vade-mecum du petit homme d’Etat, Seuil, 1952

(2) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/11/04/le-discours-de-la-victoire-de-jon-ossoff/
(3) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/10/28/obama-contre-trump-nous-devons-redresser-notre-boussole-morale/

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