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jeudi 10 janvier 2019

Nausée

S'il y a une pétition pour faire interdire Facebook et Twitter, je la signe tout de suite.
Ce dégueulement ininterrompu de vulgarité, de bêtises, de grossièreté, d'agressivité, de haine, d'antisémitisme, de racisme, de sexisme, d'homophobie, de vomissements, de violence, d'injures analphabètes, de pharisianisme, d'idées stupides, de simplisme, de brutalité imbécile doit cesser.
Si, ne serait-ce qu'une semaine, les porte-voix des philistins se taisaient, le monde en serait un peu assaini. 
Exemples parmi beaucoup (trop) d'autres:
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/01/09/retour-sur-les-actes-d-intimidations-visant-les-deputes-lrm_5406983_823448.html

Post-scriptum: il y en a une - dont on croyait que sa bêtise l'avait tuée - qui trouve un second souffle dans la haine, le bruit, la fureur et la confusion. Selon un sondage, la seule qui tire son épingle du jeu du climat populiste qui prévaut, c'est la fille à papa Le Pen. Gilets jaunes, savez-vous à quoi vous jouez?
(France Inter, Journal de 13h, 11 janvier 2018) - 
https://www.marianne.net/politique/gilets-jaunes-pourquoi-marine-le-pen-est-la-seule-en-profiter

La Tyrolienne haineuse 
Pierre Dac

Lorsque sans parti pris 
On établit le bilan 
D' l'humanité
D'aujourd'hui
Y d'vient limpid' comme
Un clair de lune et lumineux comme
Un clerc de notaire
Qu'c'est pas d'sitôt
Qu'les hommes s'ront frères
Et qu'malheureusement au contraire
Nous vivons à présent
Sous le signe affligeant
De la haine et d'ses affluents
C'est triste et déprimant !
Y a de la haine partout
Y a d'la haine tout autour de nous
Surtout partout où
Tout s'passe par en d'ssous
De mémoire de grincheux
Jamais dans les yeux
On n'vit tant d'regards haineux

Ah y en a t-i', y en a-t-i'
De cette haine qui
Saoûle les esprits qui
Perdent le sens d' la fraternité
Et ainsi çui d' l'altruisme aussi
Hélas ! hélas ! l'altruisme est foutu
Et c'est couru
Y a pas plus d'altruiste
Que de beurre au r'bus
Y a plus que d'la haine
Si bien que dans l'pays
Bientôt tout le monde sera haï
L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ho
L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ti

Mais là où la chose se complique
Et d'vient tragique
C'est qu'la haine devient pour chacun
Une espèce de besoin
Que d'authentiques sagouins
Entretiennent de près comme de loin
Y a d'la haine de toutes les nuances
D'la haine standard ou d'circonstance
Y a d'la haine de bon ton
Pour les haineux d'salon
Et de la grosse haine de confection
Mais de toutes les façons :
Y a trop de haine, oui
Y a trop de haine
Et y a trop d'haineux
Ca tourne au scabreux
Et au scandaleux
Car certains haineux en arrivent même
Entre eux
A s'traiter de tête d'haineux
C'est un cercle vicieux
Car quand un haineux
Hait un autre haineux
Celui qui hait est aussi
Par l'autre haï
De même que celui
Qui est haï haïssant
Celui dont il est haï
Chaque haï donc est
Un haï qui hait
Ce qui fait qu'en fin d'compte
On peut voir comm' ça
L'haï l'haï l'haï ici
L'haï l'haï, l'haï là !

Et voilà c'est comme ça
Oh bien sûr i' n'y a pas
Non y a pas d'quoi
En signe de joie
Se passer les paupières 
A la crème de Chester
Avec une tringle à rideau de fer
Y n'reste plus qu'une seule chose à faire
C'est d'rassembler par toute la terre
Tous les hommes généreux
Qui d'un coeur valeureux
Haïssent la haine et les haineux
C'est ce qu'il y a de mieux !
Hardi donc allons-y
Roulez tambours
Et sonnez trompettes et hélicons
Sus à ceux qui suent
La haine par tous les pores
Et qui s'font un sport
D'haïr de plus en plus fort.
A bas la haine et les haineux
Ainsi qu' ceux
Qui hurlent avec eux
Assez de haine assez d'gens
Qui passent leur temps
A haïr bêtement
Si nous tenons bientôt 
Nous en viendrons sûrement à bout
La confiance alors
Mettra l' monde d'accord
Et l'on s'ra content
D'voir les hommes d'à présent
Devenir de plus en plus confiants

Haine par-ci, haine par-là

Ah, y en a-t-y d' la haine
Ici bas.

vendredi 4 novembre 2011

Quittez Facebook, rejoignez Charlie Hebdo

En lisant Le Monde (1), on découvre que le compte Facebook de Charlie Hebdo est bloqué. Motif invoqué: Charlie n'est pas une vraie personne. Tous les comptes Facebook de groupes (associations diverses, partis politiques, entreprises, etc.) vont-ils être bloqués désormais? En tous cas, ceux dont les publications présentent "des contenus graphiques, sexuellement explicites ou avec des corps trop dénudés". On voit par là que Facebook additionne à la peur l'hypocrisie.
En attendant, faute de pouvoir gérer ses pages Facebook, le compte de Charlie Hebdo est inondé de menaces islamistes et, nous dit le Monde, croule sous les milliers de messages, en français ou en arabe, "parfois très hostiles". "L'attentat (contre Charlie) démontre l'attachement des musulmans à leur foi", affirme un djihadiste sur un forum. A quelle foi? Il montre surtout la bêtise humaine, l'intolérance et l'utilisation d'une religion à des fins violentes. Mais qui sont donc ces dieux qui rendent fous furieux? On se le demande.

En attendant, on peut retrouver Charlie à nouveau en kiosque, puisque le numéro attaqué a été réimprimé, et sur le blog qu'il vient de créer: http://charliehebdo.wordpress.com/
Voilà quand même une bonne nouvelle.

(1) http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2011/11/04/
charlie-hebdo-ouvre-un-blog_1598776_3236.html#ens_id=1597236&xtor=RSS-3208

samedi 16 juillet 2011

Cachez ce sein

Sarkozy assis sur le ventre d'une femme enceinte. Face à lui, DSK coincé entre deux fesses. Le Vif (1) nous apprend que ce dessin de Vadot (pourant très soft: une courbe d'un côté, deux de l'autre) est interdit sur Facebook. C'est que le "réseau social" ne tolère pas "les photos attaquant un individu ou un groupe, qui contiennent de la nudité ou de la violence ou qui présentent l'usage de stupéfiants".
Venant d'un site qui repose précisément sur l'exposition de l'intime et l'indécence, cette censure apparaît pour le moins risible. Et hypocrite, dit le Vif qui constate que le même dessin est représenté sur la page Facebook de Press Cartoon Belgium, puisqu'il est candidat au grand prix 2012.

(1) 15 juillet 2012

vendredi 11 février 2011

Good vibrations

Tout à coup, on se sent égyptien. On n'avait jamais pensé l'être un jour. Trois semaines auparavant, on ne pensait pas à l'Egypte. On pensait à la Tunisie à laquelle on ne pensait pas un mois plus tôt. La télévision et internet sont d'énormes caisses de résonance. Mais aussi d'appartenance. On est devant sa télé, branché sur Euronews et on entend ces clameurs de la Place Tahrir, hier des clameurs de colère, aujourd'hui de bonheur. On les partage à sa manière. On est incapable de bouger, de zapper. C'est toujours la même image, le même son. Il n'y en a pas de plus beaux. L'émotion traverse les ondes et la Méditerranée. D'autres régimes doivent aujourd'hui boucler leur ceinture de sécurité, s'accrocher à leur siège.
Les autorités égyptiennes ont eu beau couper internet. C'était trop tard. Le mouvement était parti.
En mai 68 à Paris, les étudiants en révolte s'aidaient de transistors, écoutaient dans les rues les informations d'Europe 1 pour savoir où était la police, ce qu'elle préparait. Aujourd'hui les réseaux sociaux de type Facebook ont pris le relais, plus efficaces encore. Le citoyen peut produire l'information, utiliser les médias pour informer lui-même, faire passer des messages, mobiliser. Facebook aura été le meilleur allié des révolutionnaires tunisiens et égyptiens: "cela nous permettait, en temps réel, de connaître la réalité de la situation sur le terrain et de contourner la désinformation de la télé officielle", explique Lofti Mejri, avocat tunisien (1).
On peut critiquer bien des aspects de l'ordinateur qui isole et crétinise. Mais il crée aussi des liens et peut constituer un formidable outil de mobilisation. C'est la jeunesse Facebook qui a mis fin aux trente années de règne de Moubarak, aux vingt-trois ans de pouvoir sans partage de Ben Ali.

Le gouvernement chinois, pas plus que Moubarak et Ben Ali, n'est très blogueur. Il a créé la Guobao, la brigade de protection de la sécurité intérieure. Entendez par là une police politique qui se balade sur internet, les blogs et les réseaux sociaux et pourchassent tous ceux qui ont l'outrecuidance de critiquer les autorités. Ou tout simplement de s'exprimer librement. Des gouvernements comme ceux-là débloguent complètement. Mais à force de débloguer, ils risquent aussi de dégager. Un jour ou l'autre. Parfois le lendemain du jour où ils affirmaient, convaincus, qu'ils ne quitteraient jamais le pouvoir. Aujourd'hui, le rêve est permis.

(1) le Vif/l'Express, 21.01.2011