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mercredi 10 avril 2019

Brexit's Flying Circus

Comme l'écrit Gérard Biard dans Charlie Hebdo de ce jour (1), "le Brexit ressemble à un plagiat génial du 100 mètres des sportifs qui n'ont pas le sens de l'orientation, tiré du sketch Silly Olympics des Monthy Python". 
C'est le premier sketch qu'on peut voir dans cette suite de compétitions pour sportifs pas comme les autres: https://www.youtube.com/watch?v=qgSzGIkFq2A  Dans la même série, le concours de natation free style pour non nageurs peut tout aussi bien illustrer le Brexit. Chacun se jette à l'eau à sa manière. Et tout le monde coule.
Les parlementaires britanniques ont, par trois fois, refusé l'accord négocié par Theresa May avec l'U.E., mais ils ont aussi voté une loi interdisant un no deal et ils sont incapables de se mettre d'accord sur ce qu'ils veulent. C'est une autre forme de non sense que celui des Monthy Python. Qui provoque un rire un peu nerveux. Plus jaune. Mais quand même! Sacré sketch que nous jouent les Britanniques!

(1) "Supplique aux Anglais pour qu'ils restent dans l'Europe... et continuent à nous faire rire"
(Re)lire sur ce blog: "Un Brexit sans issue", 2.4.2019 et "Les impasses du yaka", 22.3.2019.

Dessin envoyé en commentaire par Gabrielle:

lundi 13 août 2018

Chacun chez soi

Le concept d'appropriation culturelle - il en fut déjà question ici (1) - est à la mode. Etant entendu, pour celles et ceux qui le brandissent, qu'il s'agit d'une abomination. On n'aurait pas le droit d'afficher le point de vue, l'allure, l'image de qui on n'est pas. Ni de parler de gens qui n'ont pas la même origine que nous. Ni même de pratiquer des activités qui ne font pas partie de notre culture de base. La difficulté étant évidemment de définir ce que serait cette culture de base dans un monde ouvert où la culture ne connaît plus guère de frontières.

Le grand metteur en scène et dramaturge québécois Robert Lepage a récemment été accusé de ce crime d'appropriation culturelle et empêché de jouer son dernier spectacle au Festival de jazz de Montréal. Inspiré de chants d'esclaves afro-américains, Slàv ne compte que deux comédiennes noires sur six, lui reprochent ses censeurs. Lepage rappelle que le spectacle est du spectacle et que le travail des comédiens et comédiennes est d'interprêter des rôles, donc des personnages. La pratique théâtrale, dit-il, repose sur le principe simple de "jouer à être quelqu'un d'autre", ce qui peut exiger que "l'on emprunte à l'autre son allure, sa voix, son accent et à l'occasion son genre" (2).
La toute dernière création de Robert Lepage devait porter sur les peuples autochtones du Canada. Il y travaillait avec Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil. Katana ne verra jamais le jour: des associations amérindiennes, qui considéraient devoir être consultées à ce propos, ont poussé les producteurs nord-américains à se retirer du projet. 
On se croirait en Russie soviétique, dans l'Eglise catholique et son index, dans l'Iran des ayatollahs et leurs fatwas: l'artiste doit recevoir l'imprimatur pour pouvoir s'exprimer.
On pense aussi à Anton Dvorak qui, invité à diriger le Conservatoire national de musique de New York, s'est passionné pour les chants des anciens esclaves, puis ceux des Amérindiens. Des découvertes à la base de sa Symphonie du Nouveau Monde. Faut-il la mettre à l'index? Faut-il brûler l'album Black Box de Nicolas Repac, fait de remix de chants de prisonniers américains et de blues (notamment à partir d'enregistrements d'Alan Lomax dans les années '40)?
Faut-il couper les ponts? Faut-il fermer les portes, les grilles, les passages? Faut-il museler (pour reprendre le terme de Robert Lepage) les passeurs? 

"L'avantage de l'appropriation culturelle, c'est que ça va avec tout, écrit Gérard Biard (3), y compris avec le ridicule. On a ainsi vu, en vrac, des étudiants conspués pour s'être déguisés en moines bouddhistes ou en cheikhs arabes à un bal costumé universitaire dans l'Ontario, un cours de yoga annulé à l'université d'Ottawa pour cause de néocolonialisme, des étudiants d'une école d'art de l'Ohio dénonçant le fait qu'on leur a servi des sushis à la cantine, des défilés de mode de Marc Jacobs ou de Stella McCartney déclencher la polémique pour des mannequins blancs vêtus de façon trop ethnique, ou encore Scarlett Johannson renonçant à interpréter le rôle d'une icône transgenre sous la pression de militants LGBT..." Et voilà qu'on apprend (4) que l'actrice Ruby Rose qui devait jouer le rôle d'une Batwoman lesbienne est harcelée parce qu'elle ne serait pas homosexuelle, elle qui rappelle qu'elle a fait son coming out à l'âge de douze ans et qu'on lui reproche trop souvent d'être "trop gay". Les censeurs sont si déchaînés qu'ils tirent à tort et à travers.
Que cherchent-ils ? Qu'il n'y ait aucun rôle d'homosexuel? Qu'on ne parle ni de l'esclavage, ni des Amérindiens? Que chacun ne parle que de soi? Ces étudiants en art qui refusent les sushis ne peindront-ils que des paysages de chez eux, des gens qui leur ressemblent, ne parleront-ils que de leurs origines? Si on suit certaines personnes dans leurs délires, en Belgique ou en France, on ne pourrait plus manger de hamburger (à moins d'être Américain), de pizza (à moins d'être Italien), ni de canard laqué (à moins d'être un chasseur chinois et décorateur). Faut-il que chacun ne mange que des plats qui appartiennent à sa seule tradition culinaire? Ai-je le droit d'être végétarien si je ne suis pas bouddhiste? Et bouddhiste si je ne suis pas asiatique? Le maïs, les pommes de terre ou les tomates ne sont pas originaires d'Europe. Que pouvons-nous manger? Que pouvons-nous dire, penser, exprimer qui n'appartienne pas aussi à quelqu'un d'autre? 
L'appropriation culturelle est un moyen de lier chacun à ses racines, de l'enfermer dans une identité illusoire, de créer des groupes séparés. On voit vers quel type de société nous mène ce concept qui tient de l'apartheid. Chacun chez soi, chacun en soi. Avons-nous le droit de rêver en couleur si nous sommes blancs? 
Si on suivait jusqu'au bout de leur logique racrapautée ces nouveaux censeurs, les rôles de composition disparaîtraient du cinéma et du théâtre. Resteront les rôles de cons. Les castings seront longs, tant les candidats seront nombreux. 

(1) "Ceux qui rêvent en noir et blanc", 12.5.2018, et "La grande lessive", 13.6.2018.
(2) https://www.ledevoir.com/culture/theatre/531876/robert-lepage-reagit-a-l-annulation-de-slav
(3) "Commissaires politiques culturels", Charlie Hebdo, 8.8.2018.
(4) https://www.huffingtonpost.fr/2018/08/13/ruby-rose-victime-de-harcelement-pour-son-role-dans-batwoman-elle-quitte-twitter_a_23501034/?utm_hp_ref=fr-homepage

jeudi 26 novembre 2015

Pourquoi?

Tout le monde se le demande: que cherchent-ils, ces psychopathes fanatisés en assassinant aveuglément? A Paris, ils ont visé des lieux où les gens se rencontrent, où ils "prennent du bon temps", dans des quartiers où on croise des gens, des jeunes surtout, de toutes origines.
"Aux auteurs de ces crimes, la France a offert tous les ingrédients d'une vie dans la dignité, écrit le Syrien Habib Saleh sur un site d'opposition (1). Mais ils l'ont trahie, ne voyant que des mécréants autour d'eux. La guerre se mène pour défendre la liberté, la souveraineté du pays et ses intérêts fondamentaux, pas pour faire triompher l'ignorance et la haine,"
Alors, cherchent-ils à détruire notre civilisation? Mais comment mèneraient-ils leur guerre, comment vivraient-ils tout simplement sans téléphones portables, sans ordinateurs, sans 4x4, sans kalachnikovs, sans Rollex, sans grosse berline? "Les voitures que les musulmans conduisent sont fabriquées par les mécréants, tout comme l'avion qui leur permet de se rendre confortablement au pélérinage de La Mecque, écrit Habib Saleh. Et même les hauts-parleurs qu'ils utilisent lors de la prière sont aussi un produit mécréant. Ils interdisent aux non-musulmans de pénétrer à La Mecque, mais ce sont les téléphones portables faits dans les pays mécréants qui y pénètrent à leur place."
Leur objectif n'est pas de détruire la civilisation occidentale, estime l'économiste américain Paul Krugman (2), mais de semer la panique. C'est tout ce qu'ils sont capables de faire. Ils veulent susciter la peur, c'est donc uniquement du terrorisme, qu'il ne faut pas confondre avec la guerre, dit-il. Ajoutant que ce terrorisme est incapable de détruire notre civilisation. Par contre, le réchauffement climatique le peut. S'il faut évidemment lutter contre le terrorisme, on ne peut se laisser détourner des autres priorités. 
"Pour pouvoir se réconcilier avec la modernité, dit encore Habib Saleh, et relever le défi du développement, il faudrait que les musulmans procèdent à une révision historique complète. S'attaquer à la pauvreté, aux maladies qui se propagent et même aux risques de famine devrait être leur priorité, loin devant les débats théologiques." 
La question reste entière: que cherchent-ils en semant la terreur? D'autres se battent pour l'indépendance de leur pays, pour l'autonomie, pour la libération de leurs camarades, pour s'opposer à leur gouvernement. On peut alors éventuellement négocier avec eux. Mais pas avec Daech (quoi qu'en pense quelqu'un comme Michel Onfray) qui n'exprime aucune demande, sinon implicite de laisser  ses soldats pratiquer tranquillement leurs actes barbares.
C'est dans le millénarisme qu'on peut trouver une explication, estime Guillaume Erner (3): "pour eux, la fin du monde est un événement désirable, si désirable qu'il importe de le hâter. (...) Daech veut un nouveau monde, comme tous les mouvements révolutionnaires, mais un nouveau monde qui passe par la disparition de ce monde-ci". C'est d'un monde bâti sur la violence qu'ils rêvent. Donc un monde sans avenir. "Voilà pourquoi ils donnent des leçons à l'enfer", dit encore Guillaune Erner.
"Chercher une raison, un motif, aux massacres commis par Daech, en France, en Europe ou dans le monde, c'est essayer de compter sur ses doigts le nombre d'étoiles dans l'univers, estime Gérard Biard (4). La profession de foi de Daech c'est: je te tue parce que. Parce que tu es décadent. Parce que tu es démocrate. Parce que tu es laïc. Parce que tu es impie. Parce que tu ne pries pas. Parce que tu vénères un faux dieu. Parce que tu es chiite. Parce ce que tu es un mauvais sunnite. (...) C'est vrai, c'est un mode de vie qui a été directement ciblé, à Paris. Mais ce n'est pas un mode de vie exclusivement occidental. La majorité des populations que Daech et les sectes djihadistes qui lui ont fait allégeance ont massacrées ou soumises en Syrie, en Irak, en Afrique, ne vivaient pas à l'occidentale. (...) La croisade entreprise par Daech est un crime contre l'humanité, au sens premier du terme. Daech veut tuer l'humain, le soumettre à un ordre spirituel, nihiliste et totalitaire, dont ses dirigeants pourront tirer un profit très matériel."
C'est à leurs sources de profit (matériel s'entend, puisque de spirituel il n'en est évidemment aucun) que la communauté internationale doit s'attaquer: s'attaquer aux  soutiens de Daech (5), au Qatar, en Arabie saoudite (aux pratiques, légales cette fois, tout aussi barbares), retirer au Qatar l'organisation et l'accueil de la coupe du monde de football en 2022, mettre fin dans les pays voisins de la Syrie, dont la Turquie, aux achats de pétrole à Daech, s'attaquer au marché du Captagon (ou fénéthylline, des amphétamines dont usent les combattants d'Allah pour accomplir tranquillement leurs crimes barbares) (6), bloquer leurs comptes bancaires. Ces fous (furieux) de Dieu sont, en plus d'être des millénaristes ultra violents, de vulgaires et infâmes bandits. C'est à leur vénalité qu'il faut s'attaquer, tout autant qu'à leurs forces militaires et au fanatisme qu'ils répandent comme un cancer.

(1) "Ce fanatisme qui détruit l'islam", in All4Syria (Damas), publié par Le Courrier international, 17 novembre 2015.
(2) http://www.nytimes.com/2015/11/16/opinion/fearing-fear-itself.html?emc=eta1&_r=0
(3) "Daech: leur monde commence où finit le nôtre", Charlie Hebdo, 25 novembre 2015.
(4) "Les bonnes raisons de Daech", Charlie Hebdo, 25 novembre 2015.
(5) http://www.lesoir.be/1053808/article/actualite/france/2015-11-26/attentats-paris-arabie-saoudite-et-qatar-des-allies-encombrants-pour-france-vide
(6) En 2014, plus de 50 milions de pillules auraient été vendues pour un butin de 10 à 20 millions de dollars. Cf "La guerre, une histoire de came", Charlie Hebdo, 25 novembre 2015.