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jeudi 13 novembre 2025

La terreur perd et gagne

    Voilà donc dix ans déjà que la terreur islamiste se répandait dans tout Paris. Cent vingt personnes ont été tuées froidement et sans raison, des centaines d'autres blessées, des milliers terrorisées, tout un pays et ses voisins pétrifiés par l'horreur. Mais les terroristes n'ont pas gagné par rapport à l'opinion publique. Ils ne nous ont pas fait changer nos modes de vie. On sort toujours boire un verre en terrasse, on va toujours aux stades ou aux concerts. Et contrairement à ce qu'espéraient les islamistes et ce que veulent absolument croire certains, ce qu'ils appellent islamophobie ne s'est pas développé. "Je garde une certaine admiration pour les Français aujourd'hui, affirme Stefano Montefiori, correspondant à Paris du Corriere della Sera (1). Vu le choc, on aurait pu s'attendre à beaucoup de haine, mais je retiens surtout la douleur et la dignité des réactions tout autour de moi."
Son confrère du Spiegel, Leo Klimm, lui fait écho (2) : "Je sais ce que l'on ressent quand on est la cible du terrorisme. Et à quel point une société fait la démonstration de sa force quand elle résiste à la tentation de haïr en retour. Aucun autre pays d'Europe n'a été autant mis à l'épreuve par le terrorisme islamiste que la France. Jamais elle n'a réagi en sombrant dans l'hystérie."

    Si l'opinion publique a plutôt bien résisté, on ne peut en dire autant d'une bonne part des partis de gauche, devenus des culs-bénits soucieux d'accepter que se répandent dans la société les modes de vie prétendument rendus obligatoires par l'islam. Une telle attitude qui se veut bienveillante - et est très souvent électoraliste (3) - cache en fait une forme de racisme qui parfois s'ignore. Les mêmes qui montent au créneau pour pourfendre les censures qu'imposent les évangéliques se montrent très tolérants par rapport aux pratiques islamiques qui s'étendent le plus souvent au mépris des femmes et des musulmans qui ont envie de pratiquer leur religion sans ostentation.
"Les enquêtes et les ouvrages qui alertent l'opinion publique sur la stratégie des islamistes pour imposer à notre société leurs dogmes religieux ne manquent pas, écrit Riss (4). Mais l'islamisme, c'est comme le réchauffement climatique : on a beau disposer de toutes les informations sur le phénomène, personne ne le combat efficacement. Au contraire, on nous incite à l'accepter en nous habituant." Le directeur de Charlie Hebdo estime que "la couardise généralisée est plus efficace que les kalachnikovs des attentats de janvier et de novembre 2015, de Toulouse et de Montauban en 2012, et de tous les précédents. Les islamistes n'ont plus à se casser la tête pour diffuser leur idéologie : d'autres s'en chargent très bien et sans violence".

(1) "On oublie parfois quand on est journaliste, qu'on est aussi concerné", Le Courrier international, 6.11.2025.
(2) Leo Klimm, "La France a résisté à la tentation de haïr en retour", Der Spiegel, 29.10.2025, in Le Courrier international, 6.11.2025.
(3) Lire l'interview de Omar Youssef Souleimane : https://www.leddv.fr/actualite/omar-youssef-souleimane-les-islamistes-ont-trouve-chez-lfi-un-echo-pour-leur-propagande-20251111
(4) Riss, "Trente ans de franche rigolade", Charlie Hebdo, 12.11.2025.

lundi 30 novembre 2015

Ouvrir les yeux

L'eau froide, chaude ou tiède qui s'écoule vingt-quatre heures sur vingt quatre des réseaux dits sociaux et des forums sur les sites d'information nous permettent de goûter en permanence au meilleur et au pire. Des points de vue argumentés qui prennent le temps et l'espace de se faire comprendre et des avis tranchés et parfois trop succincts pour qu'on les comprenne. Mais on entend cependant ceux qui se battent la coulpe, ceux pour qui ce sont les pays occidentaux qui sont eux-mêmes à la source des tueries dont sont victimes certains de leurs citoyens, ceux qui pensent que les djihadistes réagissent face à un Occident (néo-)colonisateur et aux modes de vie critiquables. Si des djihadistes s'en sont pris à la France, c'est que nos façons de vivre et nos valeurs, que nous voulons leur imposer, leur sont, à raison, insupportables et que la France n'a pas à se mêler de ce qui se passe en Syrie ou au Mali.
On ne peut s'empêcher de trouver ces "analystes" très ethnocentristes. Comme si l'Europe seule était concernée, comme si elle occupait le monde. Peut-on leur suggérer de voir et d'écouter ce qui se passe et se dit ailleurs? Et ailleurs, il faut bien le constater, le monde est aussi gris. Si pas noir et désespérant. Les djihadistes frappent partout. Et avant tout d'autres musulmans. Le mal terroriste qui a frappé Paris est le même que celui qui sévit au Mali, au Nigéria, au Cameroun ou au Tchad, déclarait tout à l'heure (1) le président ivoirien Alassane Ouattara (par ailleurs musulman).

"Le terrorisme véhiculé par Daech touche désormais le monde entier", estime le journaliste chinois Sun Xinjie (2) qui pense cependant que trop de pays, tant qu'ils ne sont pas eux-mêmes frappés, esquivent encore leurs responsabilités.
C'est toute l'Asie qui est aujourd'hui concernée, écrit le site Asialyst (3): pas seulement l'ouest, mais aussi l'Asie centrale, l'Asie du sud, celle du sud-est. "L'Asie est elle aussi en première ligne dans la lutte contre Daech, cette pieuvre tentaculaire qui se nourrit de l'ignorance et des peurs." Et de rappeler les attentats de Bombay en 2011, de Kunming (Chine) en 2014 et de Bangkok cette année. "C'est une réalité: l'avancée asiatique de la pieuvre est en marche." Parmi d'autres exemples, pour l'illustrer, cette déclaration du ministre malais de la Défense: "Je peux confirmer que l'EI cible nos leaders politiques." Asialyst estime que "le malheur vient que la religion et l'obscurantisme sont devenus le véhicule de toutes les frustrations".
"S'ils ont attaqué la France, ce n'est pas parce qu'elle représente l'Occident, estime l'écrivain algérien Kamel Daoud (4), mais parce qu'elle accueille des diversités musulmanes: terrain béni pour provoquer des ruptures, des racismes, des exclusions et des violences qui iront gonfler les recrues de Daech et de djihadistes. La France a été ciblée à cause des diversités qui l'habitent et pas à cause de sa souche."
Dans un autre organe de presse algérien, un journaliste partage la même analyse (5): "Daech reste avant tout une organisation terroriste abreuvée, tout comme Al-Qaida, d'extrémisme religieux et ayant pour vocation de semer la mort partout où cela lui est possible. (...) C'est en définitive envers et contre l'humanité qu'existe cette organisation. C'est à l'humanité d'en finir par tous les moyens. Mais dans le respect du droit et de la légalité."
Le journaliste madrilène Ignacio Camacho (6) trouve que François Hollande "a courageusement pulvérisé les clichés du prétendu progressisme européen voulant que l'Occident assume toujours la responsabilité de ses malheurs et demande pardon - lui, l'éternel coupable des maux du monde. (...) Depuis le 11 septembre, le ressentiment idéologique contre le modèle de la démocratie libérale justifie vaguement le terrorisme djihadiste - le conflit israélo-palestinien, les déséquilibres économiques, l'invasion de l'Irak et de l'Afghnistan, le commerce des armes. Ce terrorisme serait l'expression radicale d'une lutte mondiale des classes au sein de laquelle les islamistes joueraient le rôle des héroïque masses opprimées. Le développement parallèle d'un relativisme trop bienveillant au sein de l'opinion publique des sociétés libres a créé un climat de repli bien-pensant sur lequel la terreur frappe avec une efficacité impunie."
"On peut poser des bombes dans les rues, mais on ne peut détruire l'esprit et les valeurs des sociétés ouvertes", estime le journal sénégalais Enquête+ (7) qui pense qu'un pays tolérant comme le Sénégal "montre la fausseté des thèses islamistes" où le discours intégriste est devenu "banal": "avec la liberté d'expression et les libértés publiques, les islamistes n'ont jamais pu transformer les mosquées en citadelles politiques. (...) Ce sont ces fondamentaux qui sont nos meilleurs remparts contre l'intégrisme."

Ceux qui attribuent à l'Occident la responsablité de l'islamisme en dédouanant presque ce dernier devraient le savoir: ils sont vus comme "paternalistes" par certains intellectuels arabes. A vouloir être à tout prix anti-colonisateur, on peut parfois ressembler à un gentil colon condescendant qui s'ignore. La naïveté, la bien-pensance, la bienveillance amènent certaines personnes à vouloir à tout prix trouver des excuses à des tueurs et à défendre des points de vue difficilement défendables.
Il ne faut jamais rater une occasion de s'attaquer aux islamistes: "l'islamisme apporte un projet révolutionnaire, véhiculé par une idéologie fasciste. Les islamistes n'acceptent ni dialogue, ni débat, ni contradiction", écrit Mohamed Sifaoui (8). On voit par là qu'il ne faut jamais hésiter à les contredire.

A lire, un article de Marianne sur les islam:
http://www.marianne.net/est-passe-ca-n-rien-voir-islam-100238344.html

(1) France Inter, Journal, 30 novembre 2015, 13h.
(2) "Un nouveau Pearl Harbour", Xinjing Bao, 16 novembre, in Le Courrier international, 25 novembre 2015.
(3) Jorys Zilberman et Antoine Richard: "Daech, l'Asie et nous", Asialysthttps://asialyst.com/fr/2015/11/16/l-edito-daech-l-asie-et-nous/
(4) "La peur est leur arme", Le Quotidien d'Oran, 16 novembre, in Le Courrier international, 25 novembre 2015.
(5) Sofiane Aït Iflis, "L'humanité dans le viseur", Liberté, 16 novembre, in Le Courrier international, 25 novembre 2015.
(6) "Hollande a le courage de combattre", ABC, 17 novembre, in Le Courrier international, 25 novembre 2015.
(7) "Une société ouverte: l'antidote contre Daech", in Le Courrier international, 25 novembre 2015.
(8) "Combattre le terrorisme islamiste", Grasset, 2007.

jeudi 26 novembre 2015

Pourquoi?

Tout le monde se le demande: que cherchent-ils, ces psychopathes fanatisés en assassinant aveuglément? A Paris, ils ont visé des lieux où les gens se rencontrent, où ils "prennent du bon temps", dans des quartiers où on croise des gens, des jeunes surtout, de toutes origines.
"Aux auteurs de ces crimes, la France a offert tous les ingrédients d'une vie dans la dignité, écrit le Syrien Habib Saleh sur un site d'opposition (1). Mais ils l'ont trahie, ne voyant que des mécréants autour d'eux. La guerre se mène pour défendre la liberté, la souveraineté du pays et ses intérêts fondamentaux, pas pour faire triompher l'ignorance et la haine,"
Alors, cherchent-ils à détruire notre civilisation? Mais comment mèneraient-ils leur guerre, comment vivraient-ils tout simplement sans téléphones portables, sans ordinateurs, sans 4x4, sans kalachnikovs, sans Rollex, sans grosse berline? "Les voitures que les musulmans conduisent sont fabriquées par les mécréants, tout comme l'avion qui leur permet de se rendre confortablement au pélérinage de La Mecque, écrit Habib Saleh. Et même les hauts-parleurs qu'ils utilisent lors de la prière sont aussi un produit mécréant. Ils interdisent aux non-musulmans de pénétrer à La Mecque, mais ce sont les téléphones portables faits dans les pays mécréants qui y pénètrent à leur place."
Leur objectif n'est pas de détruire la civilisation occidentale, estime l'économiste américain Paul Krugman (2), mais de semer la panique. C'est tout ce qu'ils sont capables de faire. Ils veulent susciter la peur, c'est donc uniquement du terrorisme, qu'il ne faut pas confondre avec la guerre, dit-il. Ajoutant que ce terrorisme est incapable de détruire notre civilisation. Par contre, le réchauffement climatique le peut. S'il faut évidemment lutter contre le terrorisme, on ne peut se laisser détourner des autres priorités. 
"Pour pouvoir se réconcilier avec la modernité, dit encore Habib Saleh, et relever le défi du développement, il faudrait que les musulmans procèdent à une révision historique complète. S'attaquer à la pauvreté, aux maladies qui se propagent et même aux risques de famine devrait être leur priorité, loin devant les débats théologiques." 
La question reste entière: que cherchent-ils en semant la terreur? D'autres se battent pour l'indépendance de leur pays, pour l'autonomie, pour la libération de leurs camarades, pour s'opposer à leur gouvernement. On peut alors éventuellement négocier avec eux. Mais pas avec Daech (quoi qu'en pense quelqu'un comme Michel Onfray) qui n'exprime aucune demande, sinon implicite de laisser  ses soldats pratiquer tranquillement leurs actes barbares.
C'est dans le millénarisme qu'on peut trouver une explication, estime Guillaume Erner (3): "pour eux, la fin du monde est un événement désirable, si désirable qu'il importe de le hâter. (...) Daech veut un nouveau monde, comme tous les mouvements révolutionnaires, mais un nouveau monde qui passe par la disparition de ce monde-ci". C'est d'un monde bâti sur la violence qu'ils rêvent. Donc un monde sans avenir. "Voilà pourquoi ils donnent des leçons à l'enfer", dit encore Guillaune Erner.
"Chercher une raison, un motif, aux massacres commis par Daech, en France, en Europe ou dans le monde, c'est essayer de compter sur ses doigts le nombre d'étoiles dans l'univers, estime Gérard Biard (4). La profession de foi de Daech c'est: je te tue parce que. Parce que tu es décadent. Parce que tu es démocrate. Parce que tu es laïc. Parce que tu es impie. Parce que tu ne pries pas. Parce que tu vénères un faux dieu. Parce que tu es chiite. Parce ce que tu es un mauvais sunnite. (...) C'est vrai, c'est un mode de vie qui a été directement ciblé, à Paris. Mais ce n'est pas un mode de vie exclusivement occidental. La majorité des populations que Daech et les sectes djihadistes qui lui ont fait allégeance ont massacrées ou soumises en Syrie, en Irak, en Afrique, ne vivaient pas à l'occidentale. (...) La croisade entreprise par Daech est un crime contre l'humanité, au sens premier du terme. Daech veut tuer l'humain, le soumettre à un ordre spirituel, nihiliste et totalitaire, dont ses dirigeants pourront tirer un profit très matériel."
C'est à leurs sources de profit (matériel s'entend, puisque de spirituel il n'en est évidemment aucun) que la communauté internationale doit s'attaquer: s'attaquer aux  soutiens de Daech (5), au Qatar, en Arabie saoudite (aux pratiques, légales cette fois, tout aussi barbares), retirer au Qatar l'organisation et l'accueil de la coupe du monde de football en 2022, mettre fin dans les pays voisins de la Syrie, dont la Turquie, aux achats de pétrole à Daech, s'attaquer au marché du Captagon (ou fénéthylline, des amphétamines dont usent les combattants d'Allah pour accomplir tranquillement leurs crimes barbares) (6), bloquer leurs comptes bancaires. Ces fous (furieux) de Dieu sont, en plus d'être des millénaristes ultra violents, de vulgaires et infâmes bandits. C'est à leur vénalité qu'il faut s'attaquer, tout autant qu'à leurs forces militaires et au fanatisme qu'ils répandent comme un cancer.

(1) "Ce fanatisme qui détruit l'islam", in All4Syria (Damas), publié par Le Courrier international, 17 novembre 2015.
(2) http://www.nytimes.com/2015/11/16/opinion/fearing-fear-itself.html?emc=eta1&_r=0
(3) "Daech: leur monde commence où finit le nôtre", Charlie Hebdo, 25 novembre 2015.
(4) "Les bonnes raisons de Daech", Charlie Hebdo, 25 novembre 2015.
(5) http://www.lesoir.be/1053808/article/actualite/france/2015-11-26/attentats-paris-arabie-saoudite-et-qatar-des-allies-encombrants-pour-france-vide
(6) En 2014, plus de 50 milions de pillules auraient été vendues pour un butin de 10 à 20 millions de dollars. Cf "La guerre, une histoire de came", Charlie Hebdo, 25 novembre 2015.

lundi 23 novembre 2015

Noirs prêches

Quelle est la responsabilité des mosquées, en Belgique comme en France, dans la radicalisation de certains jeunes? On entend depuis longtemps des imams auto-proclamés ou d'autres envoyés chez nous par l'Arabie saoudite, le Maroc ou l'Algérie, défendre une vision ahurissante de la société, tel cet imam de Brest qui prévient des enfants horrifiés: si vous écoutez de la musique, vous serez transformés en singes ou en cochons (1). Des prêches d'une bêtise rare (mais peut-être n'est-ce pas là l'adjectif le plus pertinent, hélas), déconnectée de toute réalité et de toute intelligence. Mais qui peut jurer que ces propos stupides ne sont pour rien dans l'attaque meurtrière d'une salle de concert?
L'islamologue belge Michaël Privot s'inquiète "d'un paysage musulman en Belgique plus salafisé" et de plus en plus propice aux groupes et aux discours radicaux (2): "le discours salafiste issu d'Arabie saoudite est de plus en plus prégnant", dit-il. La lecture salafiste de l'islam, conservatrice, binaire, littéraliste, si elle n'est pas toujours violente en elle-même, "est un substrat nécessaire sur lequel viennent se greffer facilement une idéologie violente, et donc ces groupes violents". Et les mosquées belges, écrit Bosco d'Otreppe dans la Libre, sont incapables d'opposer un contre-discours, mais sont surtout, ajoute l'islamologue Corinne Torrekens, "incapables de proposer de réels horizons à la jeunesse belge".
L'islam belge est financé, pour une bonne part, par l'Arabie saoudite, où il y a quelques jours un poète palestinien qui y est réfugié a été condamné à mort. Son crime: avoir renié la religion musulmane. Quelle bonne parole peuvent prêcher en Belgique des imams envoyés par semblable dictature théocratique? "Des mosquées et des imams, bien identifiés mais rarement inquiétés, ont pu y tenir des propos hostiles, tandis que des apprentis djihadistes se fondaient dans l'anonymat de quartiers échappant de fait au contrôle des autorités", écrit le Monde dans un éditorial à propos de la Belgique (3).
Aujourd'hui, une partie du monde musulman bouge. Enfin! Il y a urgence. De nombreux musulmans affirment que ces crimes ne peuvent êre commis en leur nom. Mais il est trop facile d'essayer de (faire) croire qu'il y a d'un côté des djihadistes et de l'autre de braves musulmans qui vivent tranquillement leur foi. Il y a un entre-deux marécageux, obscur et inquiétant. Il y a toutes ces tentatives d'imposer dans nos sociétés les règles ou pseudo règles de vie imposées par l'islam. Il y a ces femmes obligées de se voiler pour échapper aux insultes de petits coqs. Il y a ces prédicateurs qu'on nous présente comme modérés, tel Tariq Ramadan, coqueluche de certains intellectuels, qui prône le port du voile, justifie les châtiments corporels, la polygamie, l'interdiction des mariages mixtes, condamne l'homosexualité (4).  Il y a tous ces gens, jeunes et moins jeunes, nés dans nos pays, y éduqués, et qui crachent sur cette société dont ils profitent bien par ailleurs et qui voudraient qu'elles adoptent leurs règles. Et puis il y a cette gauche laxiste qui par électoralisme a laissé parler et agir les prêcheurs musulmans radicaux, comme elle ne le ferait pas une seconde pour des curés ou des rabbins, ceux qui sont prêts à laisser appliquer des règles totalement rétrogrades à des hommes et surtout des femmes qui ont précisément fui des pays qui les appliquent. Ceux qui défendent le voile ou, pire, la burqa, au nom d'un certain multiculturalisme qui renvoie chacun, de gré ou de force, à ses origines. "Le multiculturalisme aujourd'hui, dit l'ex-députée néerlandaise Ayaan Hirsi Ali (qui fuyant la Somalie s'est réfugiée en Europe ) (5), signifie réguler les gens en fonction de leur communauté, de leur religion et de leur culture. Très bien. Mais que fait-on des individus? Les gays, les femmes, les enfants? Ceux qui ne veulent pas suivre les lois de la communauté? Ce système est un cauchemar pour les femmes comme moi qui se sont enfuies de pays où le système les subordonne aux hommes et qui viennent dans cette société pour être égales. Soudainement, les multiculturalistes vous rappellent à l'ordre et vous disent non, pas vous! Vous, vous devez rester avec votre communauté et écouter votre père, votre frère, votre mari. On ne vous aidera pas... C'est ça l'égalité? Quand on y réfléchit, le multiculturalisme est un système purement raciste."
Il est temps que nos Etats nettoient les écuries d'Augias. Leur infection génère une maladie contagieuse. Et mortelle.

(1) "Si tu aimes la musique, écoute!", dans la série "15 minutes pour te réformer":
https://www.youtube.com/watch?v=ij3UfICpAvc
(2) La Libre Belgique, 17 novembre 2015.
(3) http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/23/la-belgique-une-nation-sans-etat_4815690_3232.html?utm_medium=Social&utm_source=Twitter&utm_campaign=Echobox&utm_term=Autofeed#link_time=1448283206
(4) in "Frère Tariq", Caroline Fourest, Grasset, 2004.
(5) citée par Caroline Fourest in "La tentation obscurantiste", Grasset, 2005.

dimanche 22 novembre 2015

Des bruits insupportables

Cherchez-vous un moyen de gagner votre vie? En voici un: ouvrez un commerce de chemises de cilice, de lits à clous et de verges pour se flageller. Il existe une clientèle importante pour ces produits  en ces temps d'attentats. On la trouve surtout à l'extrême gauche où certains ne cessent de répéter "c'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute". On ne pensait pas que cette extrême gauche était si imprégnée de culture judéo-chrétienne. Nous sommes responsables, selon ces personnes, des dérives ultra violentes de jeunes issus de l'immigration. Leur attitude assassine est compréhensible. Ce sont des victimes de notre système qui les a rejetés. Et tant pis si certains de ces jeunes semblaient parfaitement intégrés, tant pis si certains avaient un emploi ou suivaient des études, tant pis si certains vivaient ailleurs que dans des banlieues forcément abandonnées de tous. Le coupable est donc une victime. Et inversement. Ce discours simpliste, qui ne fait que donner raison aux tueurs et qui condamne les victimes, est inacceptable, insupportable, intolérable. On veut bien admetttre qu'il reste plus difficile de trouver un emploi si on s'appelle Latifa ou Ahmed plutôt que Camille ou Nicolas, que vivre dans une barre d'immeubles est moins réjouissant qu'habiter une maison au milieu d'un jardin, mais pourquoi faudrait-t-il admettre dans la foulée que pour s'en sortir il soit normal de massacrer des innocents? Pourquoi alors ne constate-t-on pas ce même type d'attitude chez les habitants de zones pavillonnaires, bien plus abandonnées que les banlieues (1), ou en zone rurale?
Cette extrême gauche écœurante, qui ne fait que justifier de prochains actes barbares, témoigne finalement de racisme: ces jeunes violents qui se réclament de l'islam sont irresponsables, rien n'est de leur faute, ils subissent et sont incapables de trouver d'autres moyens de prendre leur vie en mains que d'exercer de la violence contre les autres.
Il faut faire taire ceux qui trouvent des raisons aux assassins, dit Caroline Fourest (2), ceux qui affirment que c'est de notre faute s'ils tuent. Il faut faire taire les rengaines immorales qui arment les terroristes, "des regaines de collabo". Si la France est visée, dit-elle encore, c'est parce qu'elle est un pays libre, un pays de bons vivants.
Ceux qui trouvent de bonnes excuses à ces tueurs psychopathes et qui dédouanent l'islam de toute responsabilité n'écoutent pas les musulmans qui, depuis longtemps, exhortent l'islam à se remettre en question, tel Abdenour Bidar qui appelle l'islam à l'auto-critique: "le monstre est sorti de ton propre ventre, le cancer est dans ton propre corps" (3). Dans le magazine Marianne (4), Joseph Macé-Scaron  écrit que "le juste souci de ne pas pratiquer d'amalgames peut conduire aux pires aveuglements". Il rappelle que sont nombreux "les islamologues à en appeler à accélérer le mouvement en vue de libérer la parole du dogmatisme archaïque". Et de citer Hakim el Karoui, fondateur du club du XXIe siècle: "combattre enfin les fondamentalistes et pas seulement les djihadistes, car c'est là que se joue le combat. Ce serait le plus beau service que la France pourrait rendre à l'islam". Plus beau que de vouloir à tout prix défendre le soi disant point de vue de gens qui sont la négation de l'humanité.
De l'intelligence! De l'intelligence! De l'intelligence! D'urgence!

Post-scriptum: réponse de L. Joffrin à M. Onfray:
http://www.liberation.fr/france/2015/11/22/non-michel-onfray-le-monde-musulman-n-est-pas-daech_1415293
Post-scriptum: un ami m'envoie ceci, trouvé sur Facebook:


(1) lire Bernard Maris: "Et si on aimait la France", Grasset, 2015 (notamment pp.110-111).
(2) "Nos morts, notre légitime défense", billet diffusé sur France Culture: https://carolinefourest.wordpress.com
(3) (re)lire sur ce blog "Qui est donc responsable?", 13 janvier 2015.
(4) http://www.marianne.net/islamisme-cette-heresie-100238187.html

vendredi 20 novembre 2015

La vie

A quelque chose malheur est bon, dit-on. Aux assassins fanatisés, les réponses sont déjà nombreuses.
Il y a, bien sûr, les réponses sécuritaires qui, si elles sont indispensables, ne doivent pas être excessives. Refermer les frontières n'a pas de sens, de toute façon, des terroristes déterminés savent les franchir, les forces de l'ordre elles-mêmes en conviennent. Ce n'est pas de moins d'Europe que nous avons besoin, mais de plus d'Europe. Ne donnons pas raison aux terroristes en nous repliant sur nous-mêmes.
Il y a une volonté de contrôle, par les autorités, des mosquées salafistes et radicales, des imams qui prêchent l'intolérance et le rejet de l'autre.
Il y a les réponses humaines, simplement humaines, joyeuses malgré tout, épicuriennes, de ceux qui disent "même pas peur", ceux qui se placent du côté de la vie, qui nous invitent à fréquenter les terrasses de bistrots, les salles de spectacles et de concerts. Les réponses de toutes celles et tous ceux qui continuent à se tenir debout, refusent de se mettre à genoux (1).
Il y a les réponses de ceux qui se rassemblent, se sentent plus que jamais appartenir à une communauté, à une nation (2).
Il y a les réponses qu'on trouve dans les livres, dont les ventes augmentent ces derniers jours: 2084 de Boualem Sansal, Voltaire, ou Paris est une fête d'Ernest Hemingway.
Il y a les réponses des musulmans de France furieux que l'islam soit ainsi dévoyé par des tueurs et qui - enfin - appellent les leurs à protester fermement pour défendre leur religion et empêcher qu'elle soit utilisée à des fins criminelles (3).
Les assassins du 7 janvier pensaient tuer Charlie Hebdo en massacrant une large partie de son équipe. Ils ont ressuscité un journal vieillissant. Ils n'ont jamais imaginé rassembler contre eux et leur barbarie des centaines de milliers de citoyens qui étaient debout dans les rues le 11 janvier.
Ceux du 13 novembre voulaient créer la peur, pousser les habitants à s'enfermer chez eux, diviser les communautés, les monter les unes contre les autres. Ils se sont rangés du côté de la mort, mais la vie leur répond qu'elle est plus forte qu'eux. La lumière est toujours plus forte que l'obscurité, l'intelligence aura toujours raison de la bêtise obscurantiste.
Ces psychopathes sans vision sont morts pour rien. Ils croyaient avoir droit à 70 vierges. Comme le disait un humoriste, les voilà face à 70.000 cierges pour honorer la mémoire de leurs victimes innocentes. Celles-ci ne seront pas mortes pour rien si la France sort plus forte, plus unie et plus intelligente de ces massacres imbéciles.

Oui, nous sommes bienfaisants
             plus que toi, mufti austère,
Et plus que toi tempérants
             dans notre ivresse ordinaire:
Toi tu bois le sang des hommes
             et nous celui de la vigne;
Je te fais juge, examine
             lequel est le plus sanguinaire.
Omar Khayyâm, Cent et un quatrains, traduction de Gilbert Lazard

Un appel à signer: Nous sommes unis
http://noussommesunis.com/?utm_medium=EMAIL&utm_source=CCFD&utm_campaign=NousSommesUnis

(1) http://www.liberation.fr/debats/2015/11/15/on-s-embrassera-en-abominables-pervertis_1413569
A voir et surtout écouter: François Morel dans son billet de ce matin http://www.franceinter.fr
et Sophia Aram dans celui de lundi: 
(2) http://www.liberation.fr/debats/2015/11/15/carnages_1413562

jeudi 19 novembre 2015

Deux femmes

De l'intelligence! De l'intelligence! De l'intelligence! Voilà ce à quoi tout le monde appelle face au triomphe de la bêtise. Et voilà qu'une femme politique, qui se verrait volontiers en présidente de la République, démontre elle-même qu'elle manque cruellement de cette intelligence.
Interviewée par Patrick Cohen sur France Inter ce matin (1), l'héritière de Jean-Marie Le Pen affirme que Christiane Taubira a déclaré qu'il fallait "comprendre les jeunes qui partent en Syrie". Voilà une déclaration qui la fâche. En réalité, la Ministre de Justice a dit (un enregistrement d'iTélé, diffusé par Cohen, en témoigne): "Il faut s'interroger sur les ressorts profonds qui font que des jeunes soient réceptifs à ce discours de destruction, de dévastation, de mort tout simplement. (...) Il nous faut comprendre cela." La nuance est de taille, mais qu'importe pour la présidente du Front national qui ne s'embarrasse pas de ces détails? Elle estime qu'une ministre de la Justice n'a pas à comprendre, mais à réprimer: "C'est de la folie, vous m'entendez? C'est de la folie! Madame Taubira, dans ce domaine, comme à l'égard des criminels et des délinquants qui pourrissent la vie de nos concitoyens, n'a à mon avis qu'une seule priorité, c'est d'essayer de comprendre leur ressort intime, se pencher au chevet de ces considérations. C'est le rôle d'une assistante sociale, sûrement pas le rôle d'une ministre de la Justice."
Mais, lui rétorque Bernard Guetta, "si vous ne comprenez pas l'ennemi, vous perdez la guerre."
"Ce que je veux, répond la présidente du parti familial, c'est que cet ennemi ne soit pas sur mon territoire." Pas de chance: il l'est. Puisque quasiment tous les attentats commis en France cette année l'ont été par de jeunes Français.
On voit par là que Marine Le Pen utilise, une fois de plus, le mensonge comme argument et qu'on peut être malin sans être intelligent. La fille à papa a hérité de beaucoup de choses de son père, mais comme lui les nuances lui échappent, de même qu'une certaine capacité à réfléchir. Si elle suivait une formation à l'Entraînement mental, elle apprendrait à identifier et comprendre les causes d'un problème pour pouvoir envisager les solutions les plus adaptées. Louper cette étape-là est une grossière erreur. Mais MLP n'a que des solutions toutes faites. Des yaqua. Et elles sont aussi mauvaises qu'elle.

De l'intelligence, de la tolérance, de la compassion, de l'amour, une femme qui en témoigne, c'est Latifa Ibn Ziaten. Son fils, militaire français, a été assassiné par Mohamed Merah en mars 2012. Depuis, elle voue sa vie à rencontrer des jeunes qui pourraient être tentés par le radicalisme. Elle a reçu ce jour, pour cela, le prix de la Fondation Chirac.
"Que faut-il faire pour que cessent ces massacres?", lui demande Claire Servajean, sur France Inter toujours (2)? "Aller vers l'autre", dit-elle. Elle a réussi à dissuader deux jeunes de partir en Syrie: "il suffit de dialoguer. On ne peut pas faire avec la violence ou la haine, mais avec notre cœur on peut réussir. Il faut tendre la main aujourd'hui." Elle qui se sent plus que jamais stigmatisée, qui hier encore à l'aéroport a vu un homme s'éloigner ostensiblement parce qu'elle s'était assise à côté de lui, appelle à éviter les amalgames: elle croit au vivre-ensemble, dans le respect, la dignité, la tolérance, l'amour, le respect de nos valeurs communes. "C'est un travail de fond qu'il faut faire, avec les parents, avec l'école, avec ces jeunes", estime-t-elle.

Ce matin sur France Inter, le ciel était bas et lourd. Plombé. A 13h, il y avait une lueur qui perçait la chape nuageuse.

(1) http://www.liberation.fr/video/2015/11/19/prise-en-flagrant-delit-d-intox-marine-le-pen-quitte-le-plateau-de-france-inter_1414670
Note: il paraît que, furieuse, MLP est partie sans attendre la fin de l'émission. Ne supporterait-elle pas les interviews?
(2) France Inter, Journal de 13h, 19 novembre 2015.



mercredi 18 novembre 2015

Basse politique

Honte sur la droite française qui exploite les attentats de Paris et les drames qu'ils ont suscités pour faire de la politicaillerie, sans respect pour les morts, les blessés et leurs familles et pour le traumatisme ressenti par un pays entier. Il est évident que, face à des terroristes qui partent "au combat" pour y mourir, les pouvoirs publics, de quelque pays et de quelque bord que ce soit, manquent de moyens de lutte.  Face à une situation extrêmement complexe, la droite fait semblant de croire qu'il n'y a que des solutions simples. L'auto-critique lui est étrangère et elle rend le gouvernement responsable de tout, alors qu'il est évident que les responsabilités sont d'abord du côté de Daech qui aura toujours une longueur d'avance sur les forces de l'ordre et les services de renseignement. "L'imagination criminelle des gens libres est faible comparée à celle des tueurs aliénés à une idéologie, écrit Riss. Comme si la seule liberté autorisée par leur idéologie religieuse était celle de tuer." (1)
Du côté politique, les responsabilités, tant en Belgique qu'en France pour ne prendre que ces deux exemples, sont partagées entre tous les partis qui ont exercé le pouvoir ces vingt dernières années. Qui en France a supprimé la police de proximité? Qui a fait preuve de laxisme vis-à-vis des mosquées? L'ancien président de la République. Qui peut penser que le passage en prison ne rend pas plus dangereux de petites frappes? Cette droite arrogante et agressive n'a aucune dignité, mais ses discours simplistes et populistes, qui la placent dans le sillage immédiat de l'extrême droite, sont faits pour plaire à une opinion publique effrayée. Qui pour une bonne part préferera voter pour la fille à papa et ses affidés. Les autres citoyens seront un peu plus dégoûtés de la politique.

En Belgique, certains élus, à gauche, ont préféré fermer les yeux par souci électoraliste sur certaines dérives de l'islam et sa radicalisation. A Molenbeek, on s'indigne, en partie à raison, d'être ainsi pointé comme la base du djihadisme européen, rappelant que Verviers, Vilvoorde ou Antwerpen ont aussi fourni leur part d'apprentis terroristes. Il n'en reste pas moins que des habitants de la commune bruxelloise sont liés à une série de crimes: l'assassinat du commandant Massoud, l'attentat au Musée juif, l'attaque du Thalys, etc. Un ancien chef du service de renseignement de sécurité à la DGSE (France) expliquait  hier (2) que Molenbeek "a été administrée pendant vingt ans par un maire qui a fait toute sa carrière sur le vote musulman de sa commune". Philippe Moureaux, c'est de lui qu'il s'agit, considère n'avoir aucune responsabilité dans ce qui se passe aujourd'hui: de son temps, dit-il (3), il n'y a eu à Molenbeek aucun problème de terrorisme. Mais rien ne va plus depuis trois ans que les libéraux sont au pouvoir dans sa commune, affirme-t-il avec la suffisance qu'on lui connaît.

Tant que les responsables politiques agiront en irresponsables et perdront du temps et une bonne part de leur dignité en disputes de cours de récréation, les terroristes auront tout le loisir de continuer à agir. Triste spectacle!

(1) Charlie Hebdo, 18 novembre 2015.
(2) dans l'émission "28 minutes" sur Arte, 17 novembre 20115:
http://www.arte.tv/magazine/28minutes/fr/gilles-kepel-les-annonces-de-hollande-28minutes
(3) RTBF, Journal, 15 novembre 2015, 19h30.
http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/18/radicalisation-le-cocktail-molenbeekois_4812301_4809495.html