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dimanche 8 mars 2026

Des nouvelles de la France profonde

Elections municipales dans une semaine en France. On ne s'en rend pas compte dans les campagnes. Pas d'affiches, pas de tractage, aucun document dans les boîtes aux lettres. Morne campagne.

Souvent maintenant, la campagne se mène sur les réseaux qu'on dit sociaux.
A Issoudun dans l'Indre, trois candidats d'opposition se sont fait photographier devant une tombe fleurie. Fleurie par eux, précisent-ils, et non par la Commune qui s'était engagé à le faire tous les ans. Mais ce n'était pas le cas le 25 février, date officielle du fleurissement de cette tombe. Heureusement, soulignent-ils, qu'ils sont là pour honorer cette morte. Qui, elle, se trouve entraînée, à son corps défendant, dans un débat "au ras des pâquerettes", comme l'exprime La Nouvelle République (1).
Le maire d'Issoudun précisément, 83 ans, vise un neuvième mandat à la mairie. André Laignel l'avait annoncé il y a un mois dans une déclaration solennelle à la presse sans que celle-ci puisse l'interroger : "Compte tenu de la difficulté des temps, de l’ampleur des enjeux pour l’avenir d’Issoudun, de la nécessaire continuité de l’action, je ne saurais me dérober". Il est l'homme indispensable qui, face au "chaos général que connaît le pays",  "assure et (...) rassure grâce à deux atouts, l’expérience et la compétence". Face à lui, trois listes se présentent, mais "aucune n'est à la hauteur des défis", assure-t-il. (2)

Au Blanc, trois listes s'affronteront et non quatre comme prévu. Celle de Jean-François Barnaba a été recalée à cause de problèmes administratifs concernant un de ses candidats. L'homme, qui s'était en son temps auto-proclamé porte-parole des Gilets jaunes, est amer : "franchement, aujourd’hui, je ne vois rien dans les programmes proposés qui soit susceptible de donner à la ville l’élan indispensable dont elle a besoin pour s’en sortir. Le Blanc, vous le verrez, va continuer à perdre des habitants et probablement, à la clé, son statut de sous-préfecture…" (3). L'administration a-t-elle bien conscience qu'elle prive Le Blanc d'un sauveur ?  

Dans de nombreuses petites communes, une seule liste se présente. Dite "sans étiquette". Souvent, elle rassemble en réalité des candidats de diverses sensibilités politiques. Même si les conservateurs, voire les réactionnaires, y sont nombreux dans ces campagnes. Les électeurs n'ont donc pas de vrai choix. Auparavant, dans les communes de moins de mille habitants, ils pouvaient biffer des noms sur la liste de leur choix. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. On accepte l'ensemble de la liste ou non. Comment faire quand un seule liste est proposée et qu'on ne veut pas soutenir des candidats qu'on sait incompétents et agressifs et qui, en six ans, n'ont proposé aucune idée novatrice ou, pire, se sont farouchement opposés à tout projet, à toute réflexion et à la participation citoyenne ? Ne reste que la triste perspective du vote blanc ou de l'abstention. Triste, oui.

Voilà des nouvelles de la France profonde. Mais comment appelle-t-on l'autre France ? La France légère, la France de surface, la France superficielle ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/retard-a-l-affichage-querelles-autour-d-une-tombe-l-ia-en-porte-parole-les-echos-de-campagne-des-municipales-dans-l-indre-1772731251
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/issoudun/je-ne-saurais-me-derober-andre-laignel-brigue-un-9e-mandat-a-la-mairie-d-issoudun-1770312955
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/le-blanc/le-blanc-va-continuer-a-perdre-des-habitants-son-amer-constat-apres-l-invalidation-de-sa-liste-aux-municipales-1772806441
https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/jean-francois-barnaba-toujours-en-jaune
https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/direct-gilets-jaunes-jean-francois-barnaba-est-arrive-au-blanc

vendredi 14 mars 2014

Egotismes

Peut-on vivre en société sans en respecter les règles? En lui prenant tout ce qu'on peut sans rien lui donner en retour? On sent qu'on est, plus qu'hier sans doute, dans une période où sont nombreux les hommes et les femmes qui veulent vivre comme ils l'entendent. Pour eux. Rien que pour eux. Les autres, on s'en fout, disent-ils. Ils attendent que la société les prenne en charge. Pour tout. Et pour le reste aussi. Mais eux ne prétendent rien donner, rien respecter.

Dans sa série "La vie secrète des jeunes" (publiée dans Charlie Hebdo), Riad Sattouf dessine des scènes auxquelles il a assisté, dans un bistrot, dans le métro, dans la rue. Elles sont rarement réjouissantes, exceptionnellement tendres, le plus souvent navrantes, voire désespérantes. Dernière épisode (1): une femme explique à une copine que jamais elle ne nettoiera son palier, malgré les injonctions qu'elle reçoit: "c'est des cons dans cet immeuble de toute façon".  Elle n'apprécie pas que sa voisine se plaigne que son fils soit réveillé à deux heures du matin par la musique qu'elle écoute évidemment fort: "je vais arrêter de vivre pour que vous soyez tranquille? Non!", a-t-elle répondu à sa voisine avant de lui claquer la porte au nez. "Chuis en mode je vous emmerde avec les voisins, avec leurs petites vies pépères, leurs petits travails, leurs petits sommeils. J'ai le droit de vivre et je leur fais bien comprendre." En fait, elle est en mode "moi, moi, moi, les autres, on s'en fout" et aveuglée par son égoïsme ne peut voir qu'elle est elle-même une voisine avec sa petite vie à elle.  Elle se croit sans doute rebelle. Alors qu'elle n'est que remoche (2).

Dans la Nouvelle République (3), Candide écrit que "dans les attitudes qui découlent du principe solipsiste les autres, je m'en fous, il y en a pas mal qui les énervent, les autres". Et de citer des exemples: ceux qui s'étalent sur les banquettes de bus, ceux qui écoutent leur musique très fort dans leur appart, ou encore ceux qui se garent sur deux places parce qu'on est plus à l'aise pour monter et descendre de sa voiture. Ceux-là, ajoute-t-il, l'activiste américain Jason Roberts sait comment leur faire comprendre leur grossièreté: il peint sur leur carrosserie - à la peinture à l'eau - les lignes de démarcation des emplacements de parking.

Dans la série "les autres, rien à foutre", il y a aussi le modèle des électeurs non-citoyens. Ceux qui se plaignent que la politique se fait sans eux, qu'ils ne sont jamais consultés, qu'on ne leur demande pas leur avis. Mais qui ont autre chose à faire (ou même à foutre) que de donner leur avis. A Issoudun, dans l'Indre, le Collectif "Paroles de citoyens" (4) a distribué un questionnaire auprès des habitants de la ville (qui en compte 13.000) pour leur demander leurs avis sur l'avenir de leur ville. Soixante questionnaires seulement lui sont revenus remplis. Quand le Collectif a organisé une rencontre avec les candidats aux élections municipales et les habitants, seuls quinze personnes étaient présentes et une candidate. Le maire, en poste, depuis six mandats (5), a refusé de venir: son programme ne sera pas bouclé avant le 19 mars, dit-il (pour des élections qui ont lieu le 23). On imagine la déception des membres du Collectif. Prenons les paris: le maire méprisant sera réélu par des électeurs non-citoyens dont il se fout qui, eux, continueront à se plaindre durant six nouvelles années de la politique dont ils se foutent.

Mais de quoi se plaint-on finalement? On se le demande.

(1) 12 mars 2014.
(2) pour paraphraser cette formule "plutôt belle et rebelle que moche et remoche".
(3) 12 mars 2014.
(4) La Nouvelle République, 14 mars 2014.
(5) lire sur ce blog "Des urnes, des hommes et des moines", 23 février 2014.