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mercredi 18 mars 2026

Du courage en politique

Le premier tour des élections municipales a eu, comme toujours, son lot de surprises.
Il en est de tristes. Comme celle de l'élimination, à neuf voix près, du maire de Bélâbre, en Indre. Laurent Laroche paie cher le courage qu'il a eu de se lancer dans un projet de centre d'accueil pour demandeurs d'asile (1). L'extrême droite et quantité d'esprits chagrins et rabougris ont manifesté bruyamment leur opposition à cette ouverture de leur village à des gens en quête d'asile. Les arguments les plus stupides se sont mêlés à des insultes et même à des menaces de mort. Pour différentes raisons, le projet n'a pas abouti. Mais certains Bélâbrais en ont gardé une haine féroce contre leur maire qui se voit remplacé par un homme venu de nulle part. Le Parc naturel régional de la Brenne y perd aussi son président, qui ne fut jamais avare de son enthousiasme et de son énergie pour faire avancer cet organisme dynamique. La vie politique est cruelle et souvent injuste.

Triste destin pour Roubaix qui, selon toute vraisemblance, sera dirigé par le LFI et islamisto-compatible David Guiraud. Parachuté de sa Seine-Saint-Denis, il a mené, selon Franc-Tireur, "une campagne Gazaislamophobie qui parle de tout sauf des problèmes du coin". Sa stratégie communautariste l'a mené à 46,64% des voix. Le roublard gagne (2). Il en est un autre qui, lui ,remplie : David Rachline, exclu du RN mais toujours d'extrême droite garde la mairie de Fréjus malgré toutes ses casseroles.

Le deuxième tour se prépare avec ses alliances, mais aussi ses refus d'alliances. 
A Marseille, le candidat LFI a obtenu un score (un peu moins de 12%) loin de ses ambitions. Le maire sortant et candidat de la gauche a refusé de s'allier avec lui. Et bien lui a en a pris. Delogu a finalement jeté l'éponge. A Paris aussi, le candidat de la gauche a refusé de s'allier avec le parti du gourou Mélenchon, mais la candidate LFI se maintient. Il n'en va pas de même dans d'autres villes où la gauche et LFI s'allient pour éviter l'extrême droite. Choisir entre la peste et le choléra. Entre un parti qui tente (difficilement) de faire croire qu'il s'est dédiabolisé (3) et un mouvement qui s'est autodiabolisé. 

Le deuxième tour se prépare aussi via des débats entre les deux ou trois candidats qui restent en lice. Mais nombre d'entre eux se défilent. Je ne parle qu'à mes concitoyens, affirme un maire sortant qui refuse de débattre avec son adversaire (4). La politique exige pourtant du courage. Au moins un peu. Mais il n'est pas toujours payant. L'heure est aux populistes.

(1) (Re)lire sur ce blog :
https://www.blogger.com/blog/post/edit/7279672397566866750/1391330304466317445
https://www.blogger.com/blog/post/edit/7279672397566866750/2791239720598971445
(2) https://www.franc-tireur.fr/legislatives-david-guiraud-un-roublard-a-roubaix
(3) "Selon une enquête de Conspiracy Watch, plus de 50 têtes de liste RN affichent des penchants conspirationnistes. 26 des 30 députés RN engagés comme têtes de liste ont relayé des propos douteux. Au total, près de 200 personnes sont exposées. Il ne s'agit pas d'accidents, c'est une manière d'être." Franc-Tireur, 18.3.2026.
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/le-blanc/c-est-absolument-hors-de-question-gilles-lherpiniere-refuse-le-debat-avant-le-second-tour-au-blanc-1773672984



vendredi 21 février 2020

Candidats (rem)barrés

Les habitudes françaises ne cessent de nous surprendre. 
Dans cet Etat laïc, les candidats aux élections distribuent à leur électeurs potentiels ce qu'on appelle une "profession de foi". Cette locution à consonance religieuse désigne les lignes directrices du programme porté par une liste ou un candidat. Voilà en quoi je crois, nous disent-ils.
Lors des élections, ce sont les listes elles-mêmes qui fournissent les bulletins de vote. Avant son entrée dans l'isoloir, l'électeur est censé prendre un bulletin de chaque liste, ne glisser dans l'enveloppe que la liste de son choix et mettre à la poubelle les autres bulletins. 
Aux élections municipales, dans les communes de moins de mille habitants (1), les électeurs peuvent en outre biffer des noms sur cette liste. Plutôt que de choisir explicitement des candidats, on en raye. On exprime donc plus un refus qu'un choix parmi les candidats d'une même liste. 
Avant les élections, les candidats distribuent dans chaque boîte aux lettres de la commune leurs bulletins de vote. Les électeurs peuvent ainsi venir au bureau de vote avec leur bulletin en poche. Et donc, nous dit-on, barrer des noms tranquillement chez eux, sûrs d'être à l'abri de tout regard.
L'habitude de couper des têtes sans doute.

 (1) Il y a quatre ans, plus d'une commune française sur deux (on en comptait alors 36.000) comptait moins de 500 habitants.

jeudi 23 juin 2016

Sainte Démocratie

La démocratie est décidément une pratique bien difficile.
Dans le village où je vis dans le centre de la France on vote chaque année. Dimanche dernier, c'était la  troisième fois en deux ans. Il faut dire que les démissions succèdent aux démissions dans le conseil municipal, au point que la Nouvelle République a rebaptisé Clochemerle ce village. Les mésententes entre conseillers sont nombreuses et le maire avait visiblement quelques réticences à partager le pouvoir. Mis en minorité sur le vote du budget qu'il présentait, il a lui aussi fini par démissionner. Ce dimanche, il fallait élire deux nouveaux conseillers. Mais qui ne lit pas la presse locale ou ne fréquente pas le seul bistrot du village pouvait être dans l'ignorance de ces élections. A part un affichage extrêmement discret sur la façade de la mairie, aucune annonce. Dans la boîte aux lettres de chaque habitant cependant, une première enveloppe, avec le bulletin de vote pour un candidat, reprenant uniquement ses prénom et nom. Rien d'autre. Aucune précision, pas une ligne, pas l'ombre d'un appel, d'une idée, d'un programme. Puis, toujours au courrier, une feuille A4  annonçant deux candidatures conjointes, explicitées par le curriculum vitae de chacun, les deux candidats déclarant vouloir se mettre au service des habitants de la commune. Mais pour faire quoi? Ici encore, il n'est question ni de programme ni de projet. Ne connaissant donc rien des valeurs des candidats en lice (et sachant que dans ce village le parti de la famille Le Pen est arrivé en tête aux deux tours des dernières élections régionales et qu'on peut dès lors se dire qu'il n'est pas invraisemblable que certains des candidats en présence partagent ce choix), je n'ai - honteux et confus, je l'avoue - pas été voter. La démocratie touche là à ses limites: vote-t-on pour quelqu'un qui n'a pas de programme?

A l'autre bout du spectre politique se pointent les élections à la présidence de la première puissance mondiale, les Etats-Unis. Ici, on est, à l'inverse, dans la débauche de moyens pour communiquer, dans un barnum où les dépenses électorales se comptent en millions de dollars. Les délégués du Parti républicain se sont choisi leur champion: un cow-boy sans aucune expérience politique, fort en gueule et faible en cohérence et en maîtrise de dossiers.  Mais le côté grossier et virulent de Donald Trump plaît visiblement à une bonne partie de l'électorat américain. Et aux médias. La preuve: cette "brute ignare, raciste, sans aucun respect pour le droit international, qui cherche la bagarre avec tous les musulmans" (1) peut se permettre d'insulter en conférence de presse un journaliste sans que ses confrères ne protestent ni ne quittent la salle. L'homme fait de l'audience et fera des voix. Il mérite donc le respect, même dans ses délires agressifs. Rupert Murdoch ne s'y trompe pas: "constatant que la candidature du milliardiare boostait les audiences de Fox News, l'homme d'affaires a demandé à ses équipes d'arrêter les émissions anti-trump (note: c'est-à-dire les questions difficiles) et de le soutenir pleinement". (2)
L'essentiel de son programme semble tenir dans le rejet des Mexicains, des musulmans et  finalement de tout étranger. Même si tout Américain est ou a été étranger, comme l'affirmait Robert Kennedy: "Etre américain, c'est avoir été réprouvé et étranger, c'est avoir parcouru les chemins de l'exil et c'est savoir que celui qui rejette le réprouvé, l'étranger, l'exilé, renie aussi l'Amérique". (3) Mais demande-t-on à un candidat à l'élection présidentielle de réfléchir ou plutôt de faire vibrer la face obscure des électeurs?

Aujourd'hui, les Britanniques sont invités, par référendum, à se prononcer: should I stay or should I go in the European Union? Visiblement, nombre de votants confondent cette question avec: immigration, stop ou encore? Ils sont convaincus que les immigrés - dont ils ne veulent pas - leur sont envoyés par Bruxelles. Oubliant que la plupart de ceux qui sont depuis longtemps bien installés chez eux sont des sujets du Commonwealth. Ils rêvent toujours d'empire, d'une gloire passée qu'ils aimeraient tant retrouver. Qui fera comprendre à ces braves gens qui ni eux ni le reste du monde ne reviendront en arrière? Et que si la Grande-Bretagne quitte l'UE, l'Ecosse et le Pays de Galles risquent de quitter un royaume qui se trouvera bien désuni et que la petite Angleterre pourrait se retrouver bien seule, plus éloignée encore de sa gloire passée. Le niveau d'argumentation et de compréhension des enjeux est extrêment faible dans la majorité de la population, affirmait ce soir dans un journal télévisé un citoyen britannique. Voilà pourquoi les partis populistes et d'extrême droite sont de fervents partisans de cette forme de "démocratie directe" où le peuple répond souvent, avec émotion bien plus qu'avec raison, à une autre question que celle qui lui est posée. 

Résumons-nous: la démocratie ne va pas de soi. Mais de qui alors, sinon de nous?

(1) "Le terrorisme, meilleur allié de Donald Trump", David Rothkopf, Foreign Policy, 13.06.2016, in Le Courrier international, 23.06.2016.
(2) "Qui essaie de nous trumper?", Gaétan Mathieu, Télérama.
(3) cité par André Glucksmann dans "Voltaire contre-attaque", Robert Laffont, 2014.

mercredi 2 avril 2014

Boni-menteurs

Au lendemain du 1er avril, il nous faut revenir à la réalité. Celle du 2 et de tous les jours qui suivront. Celle qui ne sent pas le poisson, mais le moisi.
Il faut dire qu'on ne sait plus quel est le programme du FN. C'est clair qu'il est loin, très loin, d'être aussi souriant que celui qu'on s'est plu à imaginer ce 1er avril, mais s'y mêlent maintenant des éléments piqués dans tous les partis politiques. Ces dernières semaines, la fille à papa Le Pen et ses troupes se sont efforcées de paraître gentilles, lénifiantes, rassurantes, en promettant tout et son contraire.
Frédéric Pommier (1) souligne qu'une expression est revenue souvent dans la bouche de la présidente du FN, suite à ses victoires aux municipales: "nous avons mis le pied dans la porte". Il constate qu'il s'agit là d'une technique de bonimenteurs, de baratineurs qui cherchent à vous vendre tout et n'importe quoi.
Dans l'émission d'Arte "28 minutes" (2), le réalisateur d'un documentaire sur les expériences municipales de l'extrême droite dans les années '90, affirme que ce qui les a caractérisées, c'est notamment la fermeture de services sociaux et culturels; la privatisation de services publics, tels que l'eau et les transports publics; en matière urbanistique, la priorité accordée à la création de lotissements résidentiels.
Un représentant du FN annonce que parmi ses priorités figurera la diminution de la fiscalité et, si elle s'avère impossible, les économies dans les dépenses de la commune, en particulier dans les subventions accordées à l'associatif. Il faut charger la police de plus de missions directement liées à la sécurité, dit-il, plutôt que de soutenir les associations dans les quartiers.
On voit par là  que ce parti aime que les gens vivent tranquillement chez eux, derrière leurs haies de thuyas. Voilà un programme ambitieux. L'individualisme plutôt que la solidarité. Beaucoup de gens se demandent quelle est finalement la vision de la société qu'a ou aurait le FN. La réponse est simple: aucune. Dans la mesure où ce type de parti nie la société en son sens premier: "relations entre des personnes qui ont ou qui mettent quelque chose en commun" (3). Avec le FN, la devise de la France ne sera plus "Liberté - Egalité - Fraternité", mais "Pour vivre heureux, vivons caché" ou "Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées".

(1) "Comme on nous parle", France Inter, 1er avril 2014, entre 9 et 10h.
(2) 31 mars 2014.
(3) le petit Robert.

lundi 31 mars 2014

Une odeur de moisi

Etrange phénomène dans mon salon ce dimanche soir: une odeur nauséabonde s'y était répandue. Je me suis rendu compte que ma télé possédait des propriétés olfactives que je ne lui connaissais pas. Elle dégageait une odeur de vague brune marine. Je l'ai éteinte et j'ai ouvert les fenêtres. De l'air!
Voilà donc le Front national et autres listes d'extrême droite à la tête de onze communes: Hénin-Beaumont (Pas de Calais), Béziers (Hérault), Fréjus et Cogolin (Var), Beaucaire (Gard), Hayange (Moselle), Villers-Cotterêts (Aisne), Mantes-la-Jolie (Yvelines), et  Camaret-sur-Aigues, Bollène et Orange (Vaucluse). Je note soigneusement le nom de ces villes où je ne mettrai pas les pieds. Une des caractéristiques du FN est de ne pas aimer les étrangers. Ils lui font peur. Je ne voudrais pas déranger.
Une consolation: le si distingué (1) Louis Aliot, compagnon de la fille à papa Le Pen et à ce titre numéro deux du FN, est battu. Son collègue Philippot également.
Voilà donc Robert Ménard maire de Béziers. On l'a connu à la tête de "Reporters sans frontières", dénonçant les régimes autoritaires, défendant la liberté de presse. Depuis, il a attrapé un étrange virus en tombant dans la vague brune marine. Le voilà qui défend la peine de mort.
Les habitants de Fréjus ont de la chance: ils ont élu un tout jeune maire. David Rachline a 26 ans. Il est de cette génération nouvelle qui n'a rien à voir avec le FN raciste et puant d'autrefois. Il est la preuve vivante que le parti de la fille est radicalement différent de celui du père. David Rachline est le rédacteur du compte Twitter de la fille à papa, le responsable d'Internet au sein du parti aussi. S'il est tombé dans la marmite FN, c'est par admiration pour... Jean-Marie Le Pen, il l'a enthousiasmé lors de la campagne de 2002. Il avait alors 14 ans. "J'ai vu en lui un homme qui ne se pliait pas au politiquement correct et à la pensée unique", explique-t-il. Il précise ce qu'est pour lui la pensée unique: "que l'immigration est un bien pour la France. Et tout ce qu'on n'a pas le droit de dire, d'après les médias et la classe politique." Il s'oppose à la construction d'une mosquée dans un quartier à majorité musulmane et il compte bien démanteler les campements roms dont les habitants sont "des délinquants". Il veut aussi s'opposer à l'invasion des étrangers sur le marché de la ville: "nous favoriserons les commerçants de Fréjus", dit-il. Il y a à Fréjus "trop d'emplacements pour des commerçants de Paris et d'Aix-en-Provence" (2). Etranger, passe ton chemin. David Rachline doit aimer les films de cow boys. Les habitants de Fréjus ont de la chance: ils se sont choisi un jeune maire avec de grandes idées révolutionnaires et en avance sur son temps.  Il a juste un siècle de retard.

Sur le "nouveau" FN, lire aussi le billet de Caroline Fourest "Le FN enfin responsable", 25 mars 2014: 
http://carolinefourest.wordpress.com/
(1) qui traite une journaliste de "pute" parce qu'elle écrit ce qu'il voudrait taire.
(2) informations et citations extraites de "A Fréjus, un boulevard pour le FN", Sascha Lehnartz, Die Welt, 23 mars 2014, in Le Courrier international, 27 mars 2014.

mercredi 26 mars 2014

Tour de passe-passe

La confection des listes pour le deuxième tour des municipales donne lieu au meilleur et au pire. 
Courageusement, des listes de gauche se retirent pour empêcher le FN de l'emporter. C'est le cas à Carpentras où le candidat du PS a décidé de jeter l'éponge - une décision qu'on imagine douloureuse - pour éviter que le si délicat Aliot (qui traite une journaliste de "pute" parce qu'elle a simplement fait son travail) ne l'emporte.
A Châteauroux, autre cas de figure: le socialiste Marc Bottemine a été sèchement battu par son concurrent UMP, arrivé largement en tête. Il vient de conclure, avec le soutien du ministre Michel Sapin,  une alliance avec deux listes de "divers droite" pour tenter de l'emporter quand même. Il apparaît désormais comme un candidat sans étiquette (1). Tout ceci pour le bien de la ville et de ses habitants, nous dit-il. On n'en doute pas une seconde. Pas un instant, on ne soupçonnerait qu'il conclue de telles alliances contre nature par ambition personnelle.
Tout aussi courageux, Jean-François Coppé et l'UMP ont choisi le ni-ni: ni le Front républicain, ni le Front national. Et tant pis, si cette position lâche permettra à l'extrême droite de conquérir d'autres mairies. De toute façon, 55% des sympathisants de l'UMP sont favorables à des alliances avec le FN.
Celui-ci a presque réussi à se dédiaboliser. Des candidats de droite l'aident à terminer le travail en concluant des accords avec lui. C'est le cas en Moselle et dans le Val de Marne.
A Avignon, le FN est arrivé en tête avec quasiment 30%. Le directeur du Festival de Théâtre menace de déménager celui-ci en cas de victoire de l'extrême droite: "je ne vois pas comment le festival pourrait vivre, défendre ses idées qui sont des idées d'ouverture, d'accueil de l'autre, avec une mairie FN, ça me semble inimaginable" (2). Les électeurs avignonnais sont-ils conscients de la contradiction, qu'on ne peut voter pour le parti du repli sur soi et avoir un festival ouvert sur le monde?
La menace FN est toujours plus précise. Il est urgent de sonner le tocsin. Où sont les artistes, surtout les populaires, ceux qui peuvent parler "aux gens"? Qu'attendent-ils pour se manifester?

(1) JT France 3 Centre, 25 mars 2014, 19h.

lundi 24 mars 2014

Le diable au corps

Voilà, on s'y attendait, on le craignait, le FN et la fille à papa Le Pen triomphent. Ils ont déjà gagné Hénin-Beaumont (1). Ils entendent bien prendre d'autres communes dimanche prochain.
La grande entreprise de dédiabolisation de l'extrême droite fonctionne bien, même si elle n'est que poudre aux yeux. Le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie ne peuvent plus s'exprimer en public, mais dans les locaux, entre frontistes, ils ont la voix libres. Deux anciens militants, bernés par le discours de la cheffe, en témoignent dans un livre (2): en côtoyant d'autres militants, ils ont découvert "les propos racistes, homophobes, néonazis".
Un peu partout, ce parti présente de bien étranges candidats. Des malades d'Alzheimer, candidats contre leur gré; des centenaires dont on ne peut être sûr qu'ils seront toujours vivants le jour des élections; des femmes qui sont invitées à se présenter avec leur second prénom et sous leur nom de jeune fille; des candidats, à Morlaix notamment (3), "qui ne veulent ni se montrer, ni se faire photographier"; bref, des candidats malgré eux ou honteux de l'être pour un parti pourtant dédiabolisé.
Il y a les candidats étrangers, belges notamment, qui apportent leur soutien aux listes de cette extrême droite qui ne veut plus dire son nom. Même si le FN est contre le droit de vote des étrangers. Mais s'ils peuvent rapporter des voix, ils constituent sans doute une exception intéressante (4).
Et puis, il y a aussi des candidats qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales de la commune dans laquelle ils se présentent. Rien de grave, juste une impression de manque de sérieux, pour dire les choses gentiment. Mais l'écrire a valu à une journaliste de L'Indépendant un sms d'insulte de Louis Aliot, vice-président du FN et compagnon de la fille à papa: "je viens de signifier à cette pute de Michalac que dimanche je ne me déplacerai pas dans sa boutique", voilà le délicat message qu'il lui a envoyé. Par erreur, on le comprend (5). Le compagnon de la présidente du FN n'a pas encore été dédiabolisé. Il reste du travail.
La fille à papa se rengorge: "le seul adversaire du système, c'est le FN", affirme-t-elle (6). On ne peut, pour une fois, que lui donner raison. C'est le seul parti qui s'illustre autant en tripatouillant le système démocratique. Voilà qui n'empêche pas de plus en plus d'électeurs de penser, apparemment sérieusement, pour certains naïvement, pour d'autres cyniquement, que ce parti est celui du renouveau, différent de ce qu'il était du temps du père Le Pen.
La fille à papa donne l'image de cette évolution, mais "elle est plus dangereuse que lui, estime Nadia Portheault. On ne la voit pas venir, mais derrière, en coulisses, c'est du pareil au même" (2). 

Soyons de bon compte: ce système démocratique se met lui-même à mal et nombreux sont les électeurs dont on aimerait comprendre les critères de choix. Le slogan qu'on entend sans doute le plus, c'est "tous pourris". Mais comme ils sont aimés ceux qui sont traités de la sorte! Déjà douze maires qui ont quelques problèmes avec la justice ont été réélus (7).
Et on garde le meilleur pour la fin: cette candidate qui l'est sans l'être: elle se présente en n'ayant "aucune envie de commencer une carrière politique". Elle était tête de liste à Propriano en Corse, à la place de son mari, maire sortant mais inéligible jusqu'en mai. Elle ne connaît rien au programme, n'entend rien à la politique, ne comprend pas les questions qu'on lui pose. A chacune d'entre elles, elle répond qu'elle fera comme son mari a fait, même si le journaliste relève les erreurs du passé. Elle a été élue. A 69% (8).
Les électeurs, tous pourris.


(1) lire http://rue89.nouvelobs.com/2014/03/24/quand-steeve-briois-15-ans-jubilait-bus-rempli-dimmigres-250929
(2) Nadia et Thierry Portheault: "Revenus du Front", Grasset
(3) Ouest-France - édition Quimperlé, 17 mars 2014.
(4) http://www.lalibre.be/actu/international/un-belge-tete-de-liste-aux-municipales-francaises-532ab89b35707711f4ab4416
(5) http://www.lindependant.fr/2014/03/22/le-candidat-fn-derape,1862113.php
(6) La Nouvelle République, mars 2014.
(7) http://rue89.nouvelobs.com/2014/03/24/balkany-woerth-deja-douze-maires-delicatesse-justice-reelus-250925 
(8) http://www.lalibre.be/light/insolite/cette-candidate-incompetente-a-fait-69-532fdd2535709734f4195864 

vendredi 14 mars 2014

Egotismes

Peut-on vivre en société sans en respecter les règles? En lui prenant tout ce qu'on peut sans rien lui donner en retour? On sent qu'on est, plus qu'hier sans doute, dans une période où sont nombreux les hommes et les femmes qui veulent vivre comme ils l'entendent. Pour eux. Rien que pour eux. Les autres, on s'en fout, disent-ils. Ils attendent que la société les prenne en charge. Pour tout. Et pour le reste aussi. Mais eux ne prétendent rien donner, rien respecter.

Dans sa série "La vie secrète des jeunes" (publiée dans Charlie Hebdo), Riad Sattouf dessine des scènes auxquelles il a assisté, dans un bistrot, dans le métro, dans la rue. Elles sont rarement réjouissantes, exceptionnellement tendres, le plus souvent navrantes, voire désespérantes. Dernière épisode (1): une femme explique à une copine que jamais elle ne nettoiera son palier, malgré les injonctions qu'elle reçoit: "c'est des cons dans cet immeuble de toute façon".  Elle n'apprécie pas que sa voisine se plaigne que son fils soit réveillé à deux heures du matin par la musique qu'elle écoute évidemment fort: "je vais arrêter de vivre pour que vous soyez tranquille? Non!", a-t-elle répondu à sa voisine avant de lui claquer la porte au nez. "Chuis en mode je vous emmerde avec les voisins, avec leurs petites vies pépères, leurs petits travails, leurs petits sommeils. J'ai le droit de vivre et je leur fais bien comprendre." En fait, elle est en mode "moi, moi, moi, les autres, on s'en fout" et aveuglée par son égoïsme ne peut voir qu'elle est elle-même une voisine avec sa petite vie à elle.  Elle se croit sans doute rebelle. Alors qu'elle n'est que remoche (2).

Dans la Nouvelle République (3), Candide écrit que "dans les attitudes qui découlent du principe solipsiste les autres, je m'en fous, il y en a pas mal qui les énervent, les autres". Et de citer des exemples: ceux qui s'étalent sur les banquettes de bus, ceux qui écoutent leur musique très fort dans leur appart, ou encore ceux qui se garent sur deux places parce qu'on est plus à l'aise pour monter et descendre de sa voiture. Ceux-là, ajoute-t-il, l'activiste américain Jason Roberts sait comment leur faire comprendre leur grossièreté: il peint sur leur carrosserie - à la peinture à l'eau - les lignes de démarcation des emplacements de parking.

Dans la série "les autres, rien à foutre", il y a aussi le modèle des électeurs non-citoyens. Ceux qui se plaignent que la politique se fait sans eux, qu'ils ne sont jamais consultés, qu'on ne leur demande pas leur avis. Mais qui ont autre chose à faire (ou même à foutre) que de donner leur avis. A Issoudun, dans l'Indre, le Collectif "Paroles de citoyens" (4) a distribué un questionnaire auprès des habitants de la ville (qui en compte 13.000) pour leur demander leurs avis sur l'avenir de leur ville. Soixante questionnaires seulement lui sont revenus remplis. Quand le Collectif a organisé une rencontre avec les candidats aux élections municipales et les habitants, seuls quinze personnes étaient présentes et une candidate. Le maire, en poste, depuis six mandats (5), a refusé de venir: son programme ne sera pas bouclé avant le 19 mars, dit-il (pour des élections qui ont lieu le 23). On imagine la déception des membres du Collectif. Prenons les paris: le maire méprisant sera réélu par des électeurs non-citoyens dont il se fout qui, eux, continueront à se plaindre durant six nouvelles années de la politique dont ils se foutent.

Mais de quoi se plaint-on finalement? On se le demande.

(1) 12 mars 2014.
(2) pour paraphraser cette formule "plutôt belle et rebelle que moche et remoche".
(3) 12 mars 2014.
(4) La Nouvelle République, 14 mars 2014.
(5) lire sur ce blog "Des urnes, des hommes et des moines", 23 février 2014.

samedi 8 mars 2014

Confusion chez les filles à papa

Constituer une liste pour les élections municipales n'est pas une sinécure. De nombreux candidats ont dû abandonner leurs prétentions, incapables de recruter suffisamment de colistiers. Soixante-quatre communes françaises ne connaîtront pas d'élection, faute de candidats. Le FN, lui, ne renonce pas et n'hésite pas à proposer des candidats malgré eux. La démocratie est à ce prix. Le préfet de Seine-Maritime a annulé une de ses listes: 32 des 35 candidats de la liste FN du Grand Quevilly estiment avoir été floués et se sont désistés. Dans trois autres villes du même département, une dizaine de candidats à leur insu ont déposé plainte. (1).
A Orléans (2), parmi les quatre candidats de plus de quatre-vingt-dix ans que présente le FN, il en est deux qui ne sont finalement pas volontaires. C'est leur fille qui les a déclarés candidats alors que sa mère souffre de la maladie d'Alzheimer. "Sa fille, à travers la volonté de ses parents, souhaitait absolument être présente sur la liste", déclare, sans rire ni se faire comprendre, un responsable local du parti-de-l'extrême-arrière-qu'on-ne-peut-plus-qualifier-d'extrême-droite-sans-risquer-un-procès.
La fille à papa Le Pen reconnaît "une erreur, un manque de prudence". Mais il est compréhensible, estime-t-elle: "on pouvait difficilement penser que la fille de ces personnes n'était pas informée de la situation de santé de ses propres parents". On s'y perd. On se demande qui est dans la confusion mentale finalement. Les candidats à leur corps défendant? Leur fille? Le responsable du parti? Les journalistes à qui s'adresse Madame Fille? Nous? Et si c'était elle, la fille à papa? On n'ose l'imaginer. On se sent confus.
Mais quand même. On se demande si on ne nous prend pas pour des cons. On se trompe?

(1) http://tempsreel.nouvelobs.com/elections-municipales-2014/20140307.OBS8766/seine-maritime-32-candidats-fn-involontaires.html 
(2) http://centre.france3.fr/emissions/jt-1920-centre, 7 mars 2014.

Lire aussi 
http://rue89.nouvelobs.com/2014/03/07/listes-front-national-parait-suis-candidat-250487

mardi 4 mars 2014

Vive les femmes (sauf une)

L'opération "dédiabolisation" du FN par la fille à papa Le Pen peine un peu à aboutir, même si elle commence à porter ses fruits. Les femmes font de la résistance. Au Blanc, petite ville du sud-ouest de l'Indre, il n'y aura pas de liste Bleu Marine. Grâce à la parité obligatoire. Le bistrotier qui espérait mener une liste de type "Café du Commerce" n'a pas réussi à convaincre des femmes de le rejoindre. Il faut croire que le Blanc Marine fait tache pour les femmes. Même cas de figure à Issoudun où le leader du FN a renoncé à se présenter, faute de candidat(e)s. "Le Bleu Marine ne semble pas faire recette en Brenne", estime la Nouvelle République (1).
A Béziers, Robert Ménard, qu'on a connu mieux inspiré, mène une liste soutenue par le FN et "Debout la république". "Le candidat souhaite développer deux axes majeurs pour le rayonnement futur de la ville, écrit Zineb el Rhazoui (2): la viticulture et la tauromachie". La tauromachie, cette pratique prisée des beaufs machos, serait donc l'avenir. On voit par là qu'on a bien affaire à une liste d'extrême arrière.

(1) 1er mars 2014.
(2) Charlie Hebdo, 19 février 2014.

dimanche 23 février 2014

Des urnes, des hommes et des moines

Avec le printemps (le vrai), reviennent cette année les grues et les élections municipales en France. N'y voyez aucun lien. Les listes se peaufinent, les ambitions s'affichent.
Certains se voient déjà maires pour la septième fois. C'est le cas de celui d'Issoudun dans l'Indre. Qui d'autre que lui pourrait si bien exercer la fonction? Il a l'expérience, dit-il. "Cette ville a besoin d'un maire compétent et capable de faire face", dit cet homme de 71 ans. Et il se voit déjà exercer un huitième mandat dès 2020 (1). On voit par là que cet homme est le candidat idéal. Il voit loin.
D'autres candidats se présentent comme "apolitiques". Il faut donc croire qu'ils entendent exercer un mandat politique sans faire de politique. Ce qui est assez audacieux. La liste "Un nouvel élan pour Lucay-le-Mâle" a pour objectifs la défense du monde rural, celle des services publics et de proximité, l'emploi, l'accès aux soins, la protection des aînés, l'avenir des jeunes (1). N'y voyez aucun projet politique.
A Fontgombault, "les Indignés" présenteront une liste. Ils se sont indignés des propos du maire actuel qui avait déclaré, avec l'élégance et le doigté qui visiblement le caractérisent, qu'il était pour lui "hors de question de marier des pédés" et avait fait adopter une résolution en ce sens (2). C'est Dieu qui l'inspire et est le vrai maire de la commune. Les Indignés ont dû batailler ferme pour faire radier dix moines des listes électorales de la commune. C'est que l'abbaye de Fontgombault fournit une bonne partie des électeurs du village et quelques-uns de ses candidats. Les dix moines en question ont rejoint une autre communauté monastique dans le Pas de Calais. Le tribunal a donné raison aux Indignés. Contre l'avis de l'avocat des moines, Cyrille Dutheil de la Rochère. Il est le cousin de Ludivine Dutheil de la Rochère, présidente de la Manif pour tous (mais pas "pour les pédés"?), et de Bertrand Dutheil de la Rochère, conseiller... Laïcité de la fille à papa Le Pen.
Des députés, sénateurs et ministres ne se présentent pas en tête de liste, respectant le principe du non cumul des mandats. Ainsi, l'ancien maire d'Argenton-sur-Creuse, le ministre du Travail Michel Sapin. Ainsi aussi, le député Jean-Paul Chanteguet, qui fut maire du Blanc durant trente ans.
On connaît certains ministres wallons qui dans les faits cumulent cette fonction avec celle de maïeur, malgré l'interdiction qui leur en est faite. Ils feraient bien de regarder de l'autre côté de la frontière. 

(1) La Nouvelle République, 22 février 2014.
(2) lire sur ce blog "Obscurantisme", 7 novembre 2013.

mardi 23 octobre 2012

Du droit d'élection des autruches

Accorder aux élections municipales le droit de vote aux étrangers établis depuis un certain temps en France, voilà un projet - louable - du Parti socialiste français depuis 1981. Le temps passe, le projet s'ensable. S'inscrivant dans les pas de François Mitterrand, François Hollande en avait fait une promesse de campagne. Avec lui, en 2012-2013, elle deviendrait réalité. Les promesses n'engagent que ceux qui y croient, affirment les détracteurs de la politique. Aujourd'hui, le premier ministre français annonce que ce projet est reporté à Pâques ou à la Trinité. Mais pas à la Saint-Glinglin, nous assure-t-il. Après les élections municipales de 2014. En période plus apaisée. L'UMP crie à la victoire (1). Il faut comprendre que le période actuelle est très tendue.  Et que, alors que de nombreux pays (dont la Belgique) ont tranquillement ouvert le droit de vote aux étrangers, la France reste un pays frileux et réactionnaire.
En 2015, les élections cantonales porteront sur des binômes homme-femme. Actuellement, les conseils généraux ne sont composés que de 13,5% de femmes. Le nouveau système établira la parité totale. "Il s'agit de permettre le respect de tous", dit un représentant socialiste (1). On s'en réjouit, mais on voit par là que tout le monde n'est pas compris dans le "tous".

(1) JT de France 2, 20h, 23 octobre 2012.