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mercredi 24 juillet 2024

Savoir s'effacer

Difficile de se rendre compte soi-même qu'on a dépassé sa date de péremption. On voit et a vu tant de chanteurs et chanteuses à la voix chevrotante déclarer que le mot retraite n'appartient pas à leur vocabulaire et que quitter la scène serait mourir. Et leurs fans d'affirmer sans le moindre doute qu'ils ont gardé la voix leurs vingt ans. Il n'y a qu'eux pour ne pas trouver leur idole pathétique et ne pas entendre ses fausses notes.

Joe Biden a eu beaucoup de mal à admettre qu'il a passé la limite au-delà de laquelle son ticket n'est plus valable. Il mettait en avant son bilan, que beaucoup d'observateurs s'accordent à trouver bon en effet, sans (vouloir) voir que son état de santé ne pouvait lui laisser espérer semblable bilan après un deuxième mandat qui risquait d'effacer le premier.  
Sous pression et après un débat totalement raté avec son dingue d'adversaire, il a donc fini par jeter l'éponge. Les Démocrates (et les démocrates un peu partout à travers la planète) se remettent à espérer, maintenant qu'il apparaît que sa vice-présidente Kamala Harris sera, selon toute vraisemblance, la candidate démocrate.
Biden pensait que puisqu'il avait déjà battu Ubu Trump l'épisode allait se répéter, sans voir que les années avaient exercé sur lui-même un poids considérable et que le Biden de 2024 n'est plus celui de 2020. Le constat est difficile à avaler et la décision pénible à prendre, mais elle est d'autant plus méritoire. Biden restera dans l'Histoire comme un bon président, qui aura eu le courage (même si c'est sous la pression) de s'effacer pour le bien commun et permettre, espérons-le, aux Démocrates de conserver le pouvoir et d'empêcher Crazy Don de nuire aux Etats-Unis et à la planète entière.

En prenant un peu de recul, on se dit qu'un autre nuisible qui voit ses plans contrariés en ce moment, c'est le tueur en série Poutine. Il espérait la victoire du FN-RN en France et il l'a dans le baba, et voilà qu'aux Etats-Unis son ami Trump n'a plus le boulevard qu'il s'imaginait. 
On voit par là qu'il ne faut jamais désespérer.

Mourir, cela n'est rien
Mourir, la belle affaire 
Mais vieillir, vieillir...
Jacques Brel, "Vieillir"

samedi 7 novembre 2020

You're fired

François Hollande voulait être un président "normal". C'est sans doute d'abord ce que la population américaine et la majorité des dirigeants politiques dans le monde attendent du nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden: être un président normal. Un homme qui sache se montrer civil, respectueux, travailleur. Un homme qui soit digne de sa fonction. L'exact contraire de son prédécesseur, ce président anormal qu'aura été, jusqu'au bout (on peut encore s'attendre au pire de la part de ce sale gamin capricieux), Ubu Trump. Ses tweets agressifs et stupides, son ignorance sans fond, sa morgue, ses phrases mal torchées ne nous manqueront pas. Lui qui a pris plaisir pendant des années à virer des gens ("you're fired", leur disaient-ils - ce qui lui arrachait les seuls sourires qu'on lui ait connus) dans une émission dite de télé-réalité est aujourd'hui rattrapé par une réalité proche. Le voilà jeté à son tour. On ne peut s'empêcher de ressentir un sentiment de justice. L'homme à l'ego boursouflé qui a passé quatre ans à mépriser la terre entière est aujourd'hui plus que jamais méprisé. Twitter, son canal de communication préféré, déborde de dessins sarcastiques à son égard.

N'empêche que cet insupportable personnage a été soutenu et parfois idolâtré par la moitié de la population américaine. Et pas seulement par des rednecks. Des femmes - beaucoup de femmes - ont voté pour Machoman, pourtant accusé de viols et de harcèlement. Beaucoup de noirs et de latinos ont soutenu ce raciste. Et on peut imaginer qu'un nombre important d'homosexuels aussi ont fait le choix de l'Agent orange. Tout ceci pose question par rapport à la démocratie et à la capacité de personnes comme Trump qui sont autant des produits que des producteurs de ce que certains appellent Le Sytème à incarner l'opposition à celui-ci. Mais ces choix interrogent aussi les analyses simplistes des identitaires et des communautaristes - qui ont tué une bonne partie de la gauche, là-bas comme ici - qui aiment se persuader que tous les noirs forment une communauté et pensent tous de la même manière, que toutes les femmes font les mêmes choix politiques, que tous les homos ont les mêmes opinions. On ne le dira jamais assez: le sens des nuances rend moins bête.
En attendant, ne boudons pas nottre plaisir: he's fired.