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lundi 27 avril 2026

Banalité de la violence

La tentative d'agression par arme à feu de membres de l'administration Trump et sans doute du président lui-même à Washington samedi est-elle réellement un évènement ? Les attaques armées sont quotidiennes aux Etats-Unis où n'importe qui peut acheter n'importe quoi. L'agresseur s'était procuré tout-à-fait légalement un fusil à pompe, un pistolet et des couteaux et les avait tranquillement emportés dans une chambre de l'hôtel qui accueillait le lendemain le dîner des correspondants de la Maison blanche.

En 2024, un rapport (1) présenté par le Surgeon General des États-Unis constatait que la majorité des Américains ou des membres de leur famille ont été confrontés à des incidents de violence armée. Selon Vivek Murthy, la violence par arme à feu constitue "une crise de santé publique aux États-Unis".
En 2020, la violence armée était la principale cause de décès chez les enfants et les adolescents âgés de 1 à 19 ans. Pour 1 million de personnes de cette tranche d'âge, il y a 36,4 décès par an par arme à feu aux États-Unis, 0,5 au Royaume-Uni et 0,3 au Japon. Le taux de mortalité par arme à feu est 11,4 fois plus élevé aux États-Unis que dans 28 autres pays à revenu élevé. Bien que les États-Unis ne représentent que 31 % de la population totale des 29 pays étudiés, ils comptent pour 83,7 % de tous les décès liés aux armes à feu dans ces pays. La violence armée aux Etats-Unis, constate encore le rapport, a touché indirectement ou directement plus de la moitié de la population. La crise affecte alors non seulement les victimes, mais aussi la communauté environnante. L'une des principales conséquences est une dégradation de la santé mentale.

Si l'on ajoute à cela un président et son équipe dont la santé mentale semble également dégradée et qui multiplient les insultes et les déclarations agressives, refusent de règlementer les ventes d'armes et poussent sans cesse leur police à plus de violence, on ne peut que considérer que ce qui s'est passé à Washington samedi n'est aucun cas un évènement. Juste un fait quotidien. Banal.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/27/a-washington-l-homme-ayant-planifie-une-fusillade-au-gala-de-la-presse-visait-les-membres-de-l-administration-trump-selon-les-autorites_6683603_3210.html

dimanche 1 mars 2026

L'humour du Kremlin

Voilà donc les Iraniens débarrassés de ce Guide suprême qui ne les avaient menés qu'à la dictature et à la répression suprêmes. Bien sûr, comme d'habitude, les Etats-Unis - malgré les grandes déclarations de Trump qui se voit en grand pacificateur, guide suprême de son Conseil de la paix - jouent les gendarmes du monde. Bien sûr, les règles du droit international sont bafouées. Comme elles le sont un peu partout ces derniers temps avec une ONU de plus en plus sans autorité et sans moyens. Le régime iranien, lui, n'a jamais eu que mépris pour les règles internationales. On ne pleurera pas la disparition du Boucher de Téhéran et de ses gros bras. Au contraire.

De nombreux pays appellent à la désescalade, mais deux seulement condamnent clairement les attaques américaines et israéliennes : le Pakistan et la Russie (1). Cette dernière avec cet humour à présent habituel qui nous désarçonne toujours  : "La Russie, signale Le Monde (2), a dénoncé, samedi, une « agression armée préméditée et non provoquée » des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, le ministère des affaires étrangères russe affirme que « l’ampleur et la nature des préparatifs politico-militaires et de propagande » ayant précédé ces frappes, notamment le déploiement d’un important contingent militaire américain dans la région, « ne laissent aucun doute » sur le caractère planifié de l’opération. Moscou estime qu’il s’agit d’une violation des « principes fondamentaux et normes du droit international » à l’encontre d’un État souverain membre de l’ONU."
Remplacez "Etats-Unis et Israël" par "Russie" et "Iran" par "Ukraine" et la Russie se condamnerait elle-même. "La diplomatie russe, écrit encore Le Monde, condamne également le fait que ces attaques aient été menées alors qu’un processus de négociation venait de reprendre, censé favoriser une normalisation durable autour de la République islamique. Elle affirme que ces frappes contredisent les assurances transmises à la partie russe quant à l’absence d’intérêt d’Israël pour une confrontation militaire avec l’Iran."

En attendant, les risques provoqués par cette opération militaire sont aussi nombreux que les questions qu'elle suscite : mènera-t-elle à une guerre civile en Iran, à un embrasement de toute la région ? Conduira-t-elle à la démocratie et au respect des droits humains en Iran ? Quels sont les objectifs des Etats-Unis (pas sûr qu'ils soient clairs dans la tête de celui qui est censé les présider) ? Qui sera le prochain pays sur la liste de Trump ?

(1) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/28/iran-carte-reactions-guerre/
(2) https://www.lemonde.fr/international/live/2026/02/28/en-direct-israel-annonce-avoir-lance-une-frappe-preventive-contre-l-iran-des-explosions-retentissent-a-teheran_6668663_3210.html



vendredi 31 janvier 2025

En finir avec la nature

Quel intérêt peut bien avoir la nature ? On se le demande. Il y a beaucoup trop d'organismes pour la préserver alors qu'elle n'est d'aucune utilité.  C'est ce que pensent visiblement la droite et l'extrême droite en France. Et même le centre. "Depuis plusieurs mois, écrit Le Monde (1), l’exécutif, que ce soit l’Elysée ou Matignon, a alimenté ou laissé prospérer une ambiance hostile aux opérateurs de l’Etat chargés de la protection de l’environnement et/ou de la santé."

En novembre, des agriculteurs manifestaient devant le siège de l'Anses (l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Ils réclamaient la dissolution de l’agence et avait même reçu le soutien de la ministre de l’agriculture du gouvernement Barnier. Elle est toujours en poste dans le gouvernement Bayrou. Et voilà qu'un sénateur LR a déposé, il y a quelques jours, une proposition de loi pour « Lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ».  
L’Ademe (l'Agence de la transition écologique) tremble aussi pour sa survie : "à l’Assemblée nationale et au Sénat, plusieurs ténors de la droite réclament carrément sa dissolution".
Le Premier ministre François Bayrou a, lui, accusé les agents de l’OFB (l'Office français de la biodiversité, soit la police de l’environnement), de commettre « une faute » en allant contrôler des fermes avec leur arme. Et ce alors que le secrétaire général de la Coordination rurale (syndicat agricole proche de l'extrême droite) a appelé ses adhérents à brûler les voitures de l’OFB qui entreraient sur leurs exploitations. Les exploitants seraient victimes de contrôles excessifs. Pourtant, constate Le Monde, "un rapport de l’inspection générale du ministère de l’agriculture, rendu public le 30 janvier par le média en ligne Contexte, estime que seuls 0,045 % des contrôles effectués par l’office depuis sa création en 2020 ont été conflictuels". Mais les campagnes de dénigrement se succèdent, alimentées par de fausses informations que des élus de droite et d'extrême droite se font un malin plaisir de diffuser. Les attaques sont massives contre tous les outils de préservation de l'environnement. Ainsi le veut la culture de l'ultralibéralisme dans laquelle nous baignons actuellement qui voit l'homme - et l'agriculteur en particulier - comme tout-puissant et échappant à tout contrôle.
En Sud Berry, le projet de création d'un parc naturel régional est combattu par un "Groupement des acteurs de la ruralité Indre et Cher". Ils ne veulent pas d'un tel organisme, estimant qu'il faut faire confiance au "bon sens paysan" (2). Ce bon sens qui a mené tant d’agriculteurs à arracher des haies et des arbres, à supprimer des fossés, à arroser leurs terres de pesticides, d'herbicides, de fongicides et d'engrais chimiques ? 

Aux Etats-Unis, l’industrie des énergies fossiles applaudit la nomination de Lee Zeldin à la tête de l'EPA (l'Agence américaine de protection de l’environnement). Ce dernier affirme que sa mission sera à la fois de « protéger l’environnement » et de « protéger l’économie » (3). Pas question pour lui de restreindre l’exploitation des ressources pétrolières. "Comme d’autres personnes choisies par le républicain (Trump), M. Zeldin a « une longue expérience de priorisation des intérêts de l’industrie et des pollueurs au détriment de notre santé et de l’environnement », a estimé, quant à lui, Brett Hartl du Center for Biological Diversity", cité par Le Monde.
Hier, on apprenait que le gouverneur de Californie invitait les habitants qui ont perdu leur maison dans les incendies à reconstruire au plus vite sans trop se soucier des contraintes environnementales. Elles brûleront, à leur tour, d'autant plus vite.

On voit par là que l'être humain est un pauvre imbécile, qui se complait dans la répétition ad nauseam de ses erreurs. 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/01/31/ofb-anses-ademe-les-agences-environnementales-publiques-sous-le-feu-roulant-de-la-droite-et-du-gouvernement_6524553_3244.html
(2) courrier des lecteurs de L'Echo du Berry, 23.1.2025.
(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/01/30/etats-unis-le-senat-valide-le-choix-de-donald-trump-pour-l-agence-americaine-de-protection-de-l-environnement_6522790_3244.html

lundi 20 janvier 2025

Trump Ltd, destructions en tout genre

Un gang de milliardaires va diriger les Etats-Unis pendant quatre ans. Au moins. Ils n'ont que mépris pour la population américaine qui a voulu rejeter le système. Ils en sont la pire des incarnations. Leur projet : déréguler et devenir plus riches encore, se faire un maximum de pognon. Ils sont prêts à piétiner joyeusement l'Etat de droit, n'ont aucune limite et une seule doctrine : le cynisme. 
Qui donc va dans les faits être président des Etats-Unis ? Ubu Trump ou Elon Musk, l'homme le plus riche du monde, qui colle aux basques du dieu élu, trépigne à ses côtés, multiplie les déclarations fracassantes ? 

Certains analystes veulent nous rassurer : il ne faut pas craindre Donald Trump. Il est plus expérimenté aujourd'hui qu'il ne l'était au début de son premier mandat quand il débutait en politique. Et il ne faut pas prendre pour argent comptant toutes ses menaces et ses coups de gueule : ce n'était que des rodomontades de candidat. Le président sera plus mesuré. 
On est en effet rassuré quand on l'écoute : "Ces pauvres idiots parlaient du réchauffement climatique, mais ça n'a pas marché. Alors, ils appellent ça le changement climatique. (...) On dépense des fortunes pour des trucs stupides ! L'éolien ne marche pas. Il coûte cher, il tue les oiseaux. (1)" 
On est également rassuré en le voyant constituer son équipe.

Comme ministre de la Santé, il a choisi Robert F. Kennedy, réputé pour son hostilité aux vaccins et pour ses doutes quant à l'origine du Covid-19. "Il a relayé des rumeurs infondées sur le lien entre vaccins et autisme. Il a également proposé d'arrêter la fluoration de l'eau du robinet et a dénoncé l'effet nocif des colorants alimentaires." (2) Il affirme qu'il n'empêchera jamais personne de se faire vacciner, mais il répercute des rumeurs sur les vaccins qui causeraient l'autisme et n'a visiblement pas compris qu'une immunité collective ne sera atteinte que quand une majeure partie de la population est vaccinée contre une maladie. Bref, il fera un parfait ministre de la Santé. On peut espérer de lui que, puisqu'il se soucie tant des produits nocifs qu'ingèrent les enfants, il mette fin aux pesticides et aux énergies fossiles. 
"Pendant dix-neuf ans, a affirmé RFK, j'ai prié Dieu pour qu'il me mette en position de mettre fin à l'épidémie de maladies chroniques. Cette année, Dieu m'a envoyé Donald Trump." (3). Une autre maladie chronique en effet que ce Donald Trump et il n'y a visiblement pas de vaccin pour s'en débarrasser.  
Près de quatre-vingts Prix Nobel américains appellent les sénateurs à refuser la nomination de RFK (4).

Dans un gouvernement normal, on peut espérer trouver des experts, des gens d'expérience dans le domaine qu'ils auront à gérer. Trump, lui, a d'autres critères. Ainsi, être son partenaire de golf peut aider à obtenir un poste clé. C'est le cas de Steven Witkoff, nommé envoyé spécial au Moyen-Orient, un promoteur immobilier sans la moindre expérience diplomatique. "Nul doute que « l’art du deal », dont M. Trump se veut un expert, avec cette fois M. Witkoff à la manœuvre, conduira à imposer aux Palestiniens un diktat encore plus brutal qu’en 2020" , écrit Le Monde (5)

Star de télé est un autre critère. Mehmet Oz est un ancien chirurgien qui a animé sa propre émission durant plus de dix ans :  le « Dʳ Oz Show ». Sa célébrité lui vaut de piloter le programme public d’assurance-maladie américaine. "Ses recommandations santé, écrit Le Monde (6), parfois ponctuées de qualificatifs comme « magique » ou « miracle », lui ont cependant valu les critiques de confrères, et il a aussi été accusé d’avoir promu des traitements ou des compléments alimentaires inefficaces ou potentiellement dangereux, notamment sur le Covid-19.

La ministre de l’éducation, quant à elle, est l'ancienne patronne de la fédération de catch WWE. Elle a été administratrice de la Small Business Administration, soit la ministre des PME, de 2017 à 2019. Elle obtient un retour sur investissement  : elle fut une donatrice importante du Parti républicain, explique Le Monde (6), "apportant dès 2016 un soutien financier à la candidature de Donald Trump, d’abord pour sa primaire, puis dans la course à la Maison Blanche. Elle est mariée à Vince McMahon, l’héritier de la WWE, visé par une accusation d’agressions sexuelles".

Avec l'humour particulier qui est le sien, Ubu Trump a nommé à la tête du régulateur américain des télécoms un homme dont le seul objectif est de les déréguler (7). Brendan Carr est pour le free speech, la liberté d'expression la plus absolue. Il n'aura sans doute pas beaucoup de travail, le rouleau compresseur est en marche. Mark Zukerberg s'est déjà agenouillé devant l'empereur américain, en annonçant qu'il supprimait de ses réseaux toute modération des contenus et commentaires. Par ailleurs, l'agence fédérale de lutte contre la désinformation étrangère, critiquée par Elon Musk, a déjà dû fermer ses portes, faute de financements du Congrès.

Le ministre de l'énergie, lui, ne pouvait être qu'un climatosceptique notoire, patron d'un groupe de fraction hydraulique. On n'est jamais si bien servi que par soi-même. Les autres nominations sont du même tonneau.

Evidemment, il y a Elon Musk. Nommé à la tête d’un département de l’efficacité gouvernementale, il a pour mission de lutter contre la bureaucratie et surtout de dégraisser l'Etat en taillant drastiquement dans les dépenses publiques. Qui peut imaginer une seule seconde que les plus défavorisés y trouveront leur compte ? « Nous faisons les choses différemment, affirme Musk. Nous sommes des entrepreneurs, pas des politiciens. Nous taillerons dans les coûts. » Y a-t-il projet plus clairement exprimé ? Ce gouvernement travaillera pour le privé, pas pour l'Etat, pour l'intérêt individuel, pas pour l'intérêt collectif.  Musk envisage ainsi des « réductions massives d’effectifs dans la bureaucratie fédérale », assurant que les fonctionnaires limogés seront « soutenus dans leur transition vers le secteur privé » ou bénéficieront de conditions de départ « décentes ». (8) Les Etats-Unis se tournent vers l'illibéralisme, comme l'Argentine de Millei. Par ailleurs, Musk, ce chantre (comme Trump, son maître, son ami, son valet) du repli des Etats-Unis sur eux-mêmes intervient dans la politique de pays européens pour y soutenir les partis d'extrême droite.

Enfin, bien sûr, il y a Trump lui-même. Celui qui défaille d'émotion chaque fois qu'il se regarde dans un miroir, celui qui a été condamné pour agressions sexuelles, celui qui a essayé de truquer le résultat des élections de 2020, celui qui a suscité l’assaut contre le Capitole en 2021, à Washington. Il a fait campagne, rappelle Stéphane Foucart dans Le Monde, avec des vidéos proclamant la venue d’un « Reich unifié », il a promis qu’il conduirait des « déportations de masse », comparé les immigrants à une « vermine » qui « empoisonne le sang des Etats-Unis », déclaré qu’il suffisait qu’il remporte le scrutin pour que les citoyens américains n’aient plus à voter dans l’avenir, etc." (9) Lui aussi va multiplier les conflits d’intérêts. Ce week-end, il vient de lancer la vente de cryptomonnaies à son effigie. "Par le biais de son propre empire, la Trump Organization, ou du fonds de capital-investissement de l’un de ses beaux-fils en affaires avec l’Arabie saoudite, le président élu s’expose, comme lors de son premier mandat, à des violations de ses obligations légales et éthiques." (10) Mais que lui importe les règles ? 

L'ambiance est glaciale à Washington pour la prestation de serment d'Ubu. Au point que la cérémonie ne peut avoir lieu à l'extérieur comme il est d'usage. Elle se fera dans l'entre-soi.

Est-il possible de rester optimiste ? On pense à Jean Rostand qui écrivit : "Je me sens très optimiste quant à l'avenir du pessimisme".

(1) sur X, 11.11.2024, cité par Charlie Hebdo, 20.11.2024.
(2) USA Today, 14.11.2024, in Le Courrier international, 28.11.2024.
(3) sur X, 14.11.2024, cité par Charlie Hebdo, 20.11.2024.
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/10/etats-unis-pres-de-80-prix-nobel-s-opposent-au-choix-de-robert-kennedy-jr-comme-ministre-de-la-sante-de-donald-trump_6439062_3210.html
https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/17/complotiste-antivax-neveu-de-jfk-qui-est-robert-kennedy-jr-le-ministre-de-la-sante-choisi-par-donald-trump_6398060_3210.html
(5) https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2024/11/24/l-administration-la-plus-antipalestinienne-de-l-histoire-des-etats-unis_6411224_6116995.html
(6) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/20/etats-unis-donald-trump-nomme-un-chirurgien-star-des-plateaux-tele-a-un-poste-cle-a-la-sante_6403962_3210.html
(7) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/18/nomme-par-donald-trump-a-la-tete-du-regulateur-americain-des-telecoms-brendan-carr-veut-demanteler-le-cartel-de-la-censure_6399686_3210.html
(8) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/20/etats-unis-elon-musk-bras-droit-de-donald-trump-detaille-son-plan-pour-reduire-le-role-de-l-etat-federal-de-maniere-radicale_6405928_3210.html
(9) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/11/17/tout-semble-en-place-pour-une-reinvention-du-fascisme-autour-de-la-question-environnementale_6397988_3232.html
(10) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/19/en-plein-conflit-d-interets-trump-debute-son-mandat-en-vendant-des-cryptomonnaies-a-son-effigie_6505740_3210.html







lundi 11 novembre 2024

Etats-Désunis

La victoire de L'Affreux pose question. Comment un personnage aussi repoussant peut-il être attractif ? Comment cet homme qui n'aime que lui peut-il recueillir d'autres voix que la sienne ? Comment ce milliardaire fils à papa peut-il symboliser le rejet de l'élite et du système, lui qui les incarne totalement ? Comment le vieux parti républicain s'est-il laissé dévorer par l'alt right ? Pourquoi le parti démocrate a-t-il été à ce point battu ? Les réponses sont nombreuses.

Pour beaucoup d'électeurs sans doute, et même d'électrices, un homme blanc - même si sa place devrait plutôt être en prison ou en hôpital psychiatrique - sera toujours préférable à une femme noire. 
"Se rendre compte qu’une partie importante – et croissante – de ce pays, non seulement rejette tout progrès en dehors de ce qui est blanc, masculin et hétéronormatif, mais est prête à participer activement à l’avancement et au renforcement d’un programme régressif, c’est vraiment difficile à accepter", déplore Kimberly Ellis, juriste, proche de Kamala Harris (1).

Il y a aujourd'hui la puissance de ces réseaux prétendument sociaux qui charrient des torrents de désinformation, de haine, d'insultes. Et qui n'admettent aucune limite à leur pouvoir. Elon Musk, présenté comme l'homme le plus riche du monde, a mis son immense réseau au service d'Ubu. Argent, pouvoir et cynisme font bon ménage. Les utilisateurs du réseau X savent maintenant clairement à quel jeu ils participent. Un jeu dangereux.
Le journaliste Stéphane Jourdain évoquait récemment sur France Inter (2) la Maffia PayPal, des milliardaires de la tech' qui ont fondé à la fin des années '90 ce système de paiement en ligne et constituent un des cercles d'influence les plus puissants des Etats-Unis. Elon Musk, Peter Thiel et David Sachs, fondateurs de PayPal, ont soutenu Trump, qu'ils n'apprécient pourtant pas, pour faire battre les Démocrates et leur volonté de réguler l'intelligence artificielle, les cryptomonnaies et la tech'. Ce sont des entrepreneurs de la Silicon Valley qui ont poussé Trump à choisir Vance, investisseur proche d'eux, comme vice-président.
Dans son premier discours après son élection, Trump s'est félicité d'avoir gagné grâce aux réseaux et a remercié, longuement et avec un enthousiasme débordant, ce "super genious" de Musk.
Pourtant, en 2016, Musk avait soutenu Hillary Clinton, puis Joe Biden en 2020. Il trouvait Trump trop vieux pour redevenir président. A l'époque, Trump était loin de le considérer comme un genious, mais plutôt comme un loser. En janvier de cette année, Musk avait annoncé qu'il ne choisirait aucun candidat.
De son côté, Thiel avait soutenu Trump en 2016, il était la seule figure de la Silicon Valley (SV) à l'avoir fait. Ce qu'il a regretté ensuite, déçu par la politique du président. Il trouvait le slogan MAGA (Make America Great Again) négatif et insultant pour les entrepreneurs de la SV.
Mais à partir du moment où Trump a choisi Vance, en juillet, le vent a tourné et il a obtenu aussitôt le soutien des entrepreneurs qui estiment que Vance connaît leur business et les laissera agir à leur guise, qu'il abrogera la régulation, qu'ils considèrent comme liberticide, de leur secteur et la taxation des grosses fortunes. Vance est fermement opposé à toute régulation de l'intelligence artificielle. Selon un expert, c'est surtout le rejet de l'administration Biden qui a motivé le vote d'entrepreneurs de la SV en faveur d'un Trump qu'ils n'estiment pas. Joe Biden, pour eux, a eu le grand tort de vouloir réguler les cryptomonnaies, encadrer le développement de l'intelligence artificielle et mener une enquête anti-trust contre les GAFAM. Trump incarne pour eux l'ultra-libéralisme, le laisser-faire total. Sa volonté de mener une guerre économique à l'UE et à la Chine et ses positions anti-wokistes ont achevé de les convaincre.

Autre raison à la victoire d'Ubu Trump : la persistance de Joe Biden à vouloir effectuer un second mandat. S'il avait respecté sa promesse de n'en faire qu'un seul et passé la main beaucoup plus tôt en laissant son parti organiser des primaires, le résultat aurait peut-être été différent.
Pour autant que les Démocrates aient changé de politique. C'est ce que pense le politiste américano-allemand Yascha Mounk, professeur à l’université Johns-Hopkins de Baltimore (Maryland). Dans une interview au Monde (3), il affirme que "les démocrates ont fondamentalement mal compris leur pays et la tendance politique du monde. Ils ont appliqué un schème de pensée identitaire qui les a coupés de la réalité. Ils ont pensé que le pays était divisé entre les Blancs et les personnes de couleur, qu’ils bénéficieraient toujours du vote des minorités ethniques et que la manière de les mobiliser était d’accepter les propos plutôt identitaires. Cela s’est révélé être une grande erreur."
Mounk constate que la victoire de Trump est due à des électeurs jeunes, notamment issus de minorités ethniques, qui ont perdu confiance dans les institutions. On pense à la France et à tous ces jeunes séduits par Bardella et le FN-RN. Mais si Bardella peut séduire physiquement, on ne peut en dire autant du vieux Trump. Tenir des propos populistes et agressifs en attaquant les élites suffit-il pour se faire élire ? "Les électeurs se méfient tellement des élites actuelles qu’ils sont prêts à tout pour les faire tomber. Cela montre que le problème n’est pas seulement l’existence des populistes, mais l’impopularité des alternatives au populisme", dit encore  Yascha Mounk. "La terrible réalité de cette élection, c’est que les républicains ont mieux su parler à cette majorité silencieuse que les démocrates. Et tant que les démocrates ne parviennent pas à se rapprocher de cette majorité, pourtant proche de leurs idéaux, ils perdront contre des populistes autoritaires et dangereux comme Trump."
Le parti pris identitaire est une arme dangereuse qui peut se retourner contre vous. Kamala Harris l'a vécu avec ces Arabes Américains qui lui ont tourné le dos estimant qu'elle se rangeait trop du côté des Israéliens laissant tomber les Palestiniens (4). Chacun voit aujourd'hui la politique de son seul point de vue. 

C'est la règle du Je. Chacun prône la liberté individuelle. "C'est particulièrement vrai aux Etats-Unis, écrit Gérard Biard (5),  où elle n'est vécue qu'à l'aune de l'individu et de ses seuls intérêts particuliers. La liberté y est moins une idée collective qui porterait l'esprit et le rêve américains qu'un empilement de droits à la découpe  et à la demande." (...) "Aux Etats-Unis, qu'importent les grands discours, dans la loi comme dans les esprits, le je prévaut sur le nous." Y compris dans le camp démocrate. "A preuve son obsession presque pathologique à fractionner son électorat en de multiples communautés et à y associer des droits spécifiques, qui deviennent autant de marqueurs idéologiques à opposer aux républicains. Ce communautarisme de principe, outre le fait qu'il est une impasse sociétale, n'est qu'une forme d'individualisme de groupe." Et Biard de voir l'Amérique "presque décomposée en une multitude de tribus qui au mieux s'ignorent, au pire s'affrontent".

Mais abandonnons toute inquiétude : Donald Trump affirme aujourd'hui vouloir rassembler les Etats-(Dés)Unis. Son humour est particulier.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/10/election-de-trump-realiser-qu-une-partie-croissante-de-ce-pays-rejette-tout-progres-en-dehors-de-ce-qui-est-blanc-masculin-et-heteronormatif-est-difficile-a-accepter_6386182_3210.html
(2)  https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-18-20-un-jour-dans-le-monde/le-18-20-un-jour-dans-le-monde-du-jeudi-07-novembre-2024-9298145
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/11/09/yascha-mounk-le-probleme-n-est-pas-seulement-l-existence-des-populistes-mais-l-impopularite-des-alternatives-au-populisme_6384642_3232.html
(4) Voir sur ce blog "Colère masochiste", 3.11.2024.
(5) Gérard Biard, "Liberté, j'écris mon nom", Charlie Hebdo, 6.11.2024.
A lire aussi : https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/11/11/naomi-klein-essayiste-kamala-harris-a-ete-emportee-par-la-vague-de-mecontentement-qui-traverse-les-democraties_6388121_3232.html

mercredi 24 juillet 2024

Savoir s'effacer

Difficile de se rendre compte soi-même qu'on a dépassé sa date de péremption. On voit et a vu tant de chanteurs et chanteuses à la voix chevrotante déclarer que le mot retraite n'appartient pas à leur vocabulaire et que quitter la scène serait mourir. Et leurs fans d'affirmer sans le moindre doute qu'ils ont gardé la voix leurs vingt ans. Il n'y a qu'eux pour ne pas trouver leur idole pathétique et ne pas entendre ses fausses notes.

Joe Biden a eu beaucoup de mal à admettre qu'il a passé la limite au-delà de laquelle son ticket n'est plus valable. Il mettait en avant son bilan, que beaucoup d'observateurs s'accordent à trouver bon en effet, sans (vouloir) voir que son état de santé ne pouvait lui laisser espérer semblable bilan après un deuxième mandat qui risquait d'effacer le premier.  
Sous pression et après un débat totalement raté avec son dingue d'adversaire, il a donc fini par jeter l'éponge. Les Démocrates (et les démocrates un peu partout à travers la planète) se remettent à espérer, maintenant qu'il apparaît que sa vice-présidente Kamala Harris sera, selon toute vraisemblance, la candidate démocrate.
Biden pensait que puisqu'il avait déjà battu Ubu Trump l'épisode allait se répéter, sans voir que les années avaient exercé sur lui-même un poids considérable et que le Biden de 2024 n'est plus celui de 2020. Le constat est difficile à avaler et la décision pénible à prendre, mais elle est d'autant plus méritoire. Biden restera dans l'Histoire comme un bon président, qui aura eu le courage (même si c'est sous la pression) de s'effacer pour le bien commun et permettre, espérons-le, aux Démocrates de conserver le pouvoir et d'empêcher Crazy Don de nuire aux Etats-Unis et à la planète entière.

En prenant un peu de recul, on se dit qu'un autre nuisible qui voit ses plans contrariés en ce moment, c'est le tueur en série Poutine. Il espérait la victoire du FN-RN en France et il l'a dans le baba, et voilà qu'aux Etats-Unis son ami Trump n'a plus le boulevard qu'il s'imaginait. 
On voit par là qu'il ne faut jamais désespérer.

Mourir, cela n'est rien
Mourir, la belle affaire 
Mais vieillir, vieillir...
Jacques Brel, "Vieillir"

mercredi 24 janvier 2024

Père Ubu is alive

Tous les qualificatifs négatifs semblent lui coller à cette peau qu'il a orange : agressif, menteur, suffisant, manipulateur, escroc, violeur, vantard, vulgaire, dédaigneux, inculte, égocentrique, colérique, méprisant, grossier, malhonnête, menaçant, profiteur, incompétent. On n'en fera pas le tour. Donald Ubu Trump sera le candidat du Parti républicain qui connaît parfaitement la noirceur de l'individu mais estime que la fin (la victoire) justifie les moyens (un personnage abject) et qu'il n'y a aucune honte si le pire candidat est considéré comme le meilleur.

Hier, les électeurs républicains du New Hampshire l'ont placé largement en tête. Mais l'Affreux ne décolère pas : il reste toujours une candidate qui brigue la même place que lui. Il a tempêté contre Nikki Haley qui refuse de laisser tomber. Elle pourrait se retrouver bientôt visée par une "enquête", a-t-il menacé. Il aussi promis de se venger de ceux qui le fâchent. Mais qui donc le fâche ? La question devrait être posée autrement : qui donc ne le fâche pas ? Sans doute uniquement celles et ceux qui se prosternent devant lui. Mais il y a sûrement beaucoup d'exceptions. Et tous les autres devront craindre sa colère sous forme de vengeance. Qui n'est pas totalement avec lui est contre lui. 
L'homme est poursuivi par la justice pour d'innombrables accusations : association de malfaiteurs, conspiration, fraude électorale, mise en danger de la défense nationale, moeurs, sans compter les procès civils. Ici encore, la liste est longue, mais elle ne rebute pas les électeurs républicains qui le vénèrent.

Résumons-nous : la démocratie ne laisse pas de nous étonner.

Ceux qui seront condamnés à mort, je les passerai dans la trappe, ils tomberont dans les sous-sols du Pince-Porc et de la Chambre-à-Sous, où on les décervèlera. 
"Ubu Roi", Alfred Jarry

vendredi 4 novembre 2022

Make America worst again

Le président américain est inquiet de la tournure que pourraient prendre les élections de mi-mandat mardi prochain. Plus de trois cents candidats ont déjà annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas le résultat de l'élection. Dans le cas où ils ne seraient pas élus, bien sûr. Donc, s'ils devaient perdre, on doit comprendre que les élections auront été truquées. Tandis que s'ils l'emportent, c'est qu'elles auront été correctement organisées. Ils se situent ainsi dans la lignée de leur gourou Donald. La vanité et le complotisme les emportent.
En fait, s'ils partent du postulat que ces élections sont truquées, ils doivent en refuser le résultat quel qu'il soit, même s'il est en leur faveur. Ils laissent entendre que s'ils perdent ce sera parce qu'il y a eu un tripotage des votes. Mais s'ils gagnent le même soupçon délégitimera leur élection. Ces candidats qui ne saisissent pas bien comment fonctionne la démocratie (ou au contraire l'ont très bien compris) font ici preuve de leur grande stupidité.

Stupides mais retors. Comme l'écrit Le Monde, "le courant négationniste républicain ne s’est pas contenté d’entretenir la théorie du complot qui permet d’éviter de s’interroger sur les raisons de la défaite de Donald Trump. Il a pivoté depuis des semaines vers les élections de mi-mandat. Ces dernières ont été précédées par l’adoption d’un nombre record de lois restrictives pour l’exercice du vote, qu’il s’agisse du vote par correspondance ou des registres électoraux, soumis à de véritables purges dans les Etats républicains, qui visent selon les démocrates les zones qui leur sont favorables. Loin de restaurer la confiance des électeurs, cette débauche de textes, ajoutée à un conspirationnisme devenu endémique, visant aussi bien le vote par correspondance que les machines à voter, a au contraire renforcé la suspicion, comme une tragique prophétie autoréalisatrice. Au point de susciter désormais la création stupéfiante de véritables milices prétendant garantir l’intégrité des opérations de vote en dehors tout cadre légal."

Joe Biden a raison de s'inquiéter. La démocratie américaine est en danger, comme elle l'est dans de plus en plus d'Etats dans le monde. L'homme est un animal stupide et Trump reste chef de meute.

lundi 6 juin 2022

Larmes de crocodiles

Posséder une arme et même plusieurs est une liberté fondamentale pour quantité d'Américains. Les Etats-Unis comptent aujourd'hui 120 armes pour 100 personnes. Durant la pandémie, les ventes ont fortement augmenté : 20 millions d'armes vendues en 2020 et 18,5 millions en 2021. Pour tuer le virus ? 
La moyenne quotidienne aux Etats-Unis est de 321 victimes d'armes à feu, dont 42 cas de meurtres et 65 de suicide. 
Les massacres se succèdent sans que la raison ne puisse l'emporter. Le 24 mai dernier, à Uvalde, petite ville du Texas, un jeune homme a abattu froidement dix-neuf enfants et deux enseignants. Des morts révoltantes qui s'ajoutent à tant d'autres : 60 à Las Vegas, 49 à Orlando, 28 à Sandy Hook, 13 à Columbine, 10 à Buffalo et d'innombrable autres partout ailleurs. Hier encore, au moins trois morts à Philadelphie (0). Visiblement, les élus américains partisans d'un contrôle strict du droit à acheter et détenir une arme ne seront jamais assez nombreux. "Davantage d'armes partout, moins de contrôles, moins de règlementations : depuis Sandy Hook (2012), notre pays régresse plus que jamais vers la barbarie", s'indigne David Frum dans The Atlantic (1). "Et il n'y a rien de plus barbare que l'insensibilité du monde politique à la litanie des tueries de masse", ajoute Roxane Gay du NewYork Times (2).

Dans Charlie Hebdo (3), Jean-Yves Camus relève que "les Etats-Unis sont de culture protestante, et cela importe. Les défenseurs des armes sont souvent les mêmes que ceux qui ont une aversion envers tout empiétement de l'Etat sur leur droit naturel à vivre comme ils l'entendent. Et cette défiance vis-à-vis de toute régulation des droits individuels vient d'une interprétation dévoyée de la tradition protestante de résistance au pouvoir temporel absolutiste, tradition que l'Histoire explique, mais qui s'est transformée, outre-Atlantique, en individualisme libertarien". Le politologue souligne aussi l'injonction contradictoire que contient la théologie de Calvin sur la responsabilité humaine : l'homme a une responsabilité à faire le bien, mais tout ce qui arrive - les éléments naturels comme nos actions - est déterminé par la toute-puissance d'un Dieu qui détermine d'avance qui sera sauvé et qui ne le sera pas. "L'Américain moyen n'est pas théologien. Il retient donc qu'une tuerie entre dans le dessein de Dieu, dont la volonté nous est incompréhensible mais qu'il faut accepter." Et donc, pour lui, il ne sert à rien de légiférer, "il suffit de craindre le jugement de Dieu". 
Et de prier, comme le fait hypocritement la NRA, le tout-puissant lobby des armes : "en nous réunissant à Houston, nous réfléchirons à ces évènements, prierons pour les victimes, rendrons hommage à nos membres patriotes et promettrons de redoubler nos engagements pour rendre nos écoles sûr". Lors de cette convention de Houston précisément, le président de la NRA, Wayne LaPierre, a été pris à partie par le duo d'humoristes The Good Liars (4). "Les médias de gauche disent que Wayne LaPierre n'en fait pas assez pour arrêter les fusillades, a dit l'un d'eux, mais ce n'est pas vrai. Ses pensées vont aux victimes et il prie pour les familles." Avant d'ajouter : "Peut-être que ces fusillades de masse cesseraient de se produire si nous pensions tous un peu plus et prions un peu plus. Je demande à tout le monde dans cette salle de prier un peu plus". L'ironie amère de l'humoriste a échappé à certains congressistes assez stupides pour l'applaudir, pas au président LaPierre coincé dans son discours nauséeux.
"Le plus honteux, pour les Etats-Unis, écrit encore Roxane Gay, c'est de savoir que toute la rage, toutes les protestations, tous les chagrins du monde ne changeront absolument rien au rapport de ce pays avec les armes à feu et avec la vie humaine."


(0) https://www.huffingtonpost.fr/entry/etats-unis-une-fusillade-a-philadelphie-fait-3-morts-et-11-blesses_fr_629c7951e4b0b1100a65c6d0
(1) David Frum, "Les Américains ont les mains pleines de sang", The Atlantic, 24.5.2022, in Le Courrier international, 2.6.2022.
(2) Roxane Gay, "Armes, IVG : la révolte est légitime", The New York Times, 25.5.2022, in Le Courrier international, 2.6.2022.
(3) Jean-Yves Camus, "Tuerie d'Uvalde - Dieu reconnaîtra les siens", Charlie Hebdo, 1.6.2022.
(4) https://www.lalibre.be/international/amerique/2022/05/30/le-president-de-la-nra-ridiculise-il-fait-assez-pour-empecher-les-fusillades-il-prie-pour-les-victimes-X5HTHHWH2RHJTHGNKTLLS7MREA/

vendredi 19 juin 2020

Iconoclaste

On en parle et il faut en parler. Les Noirs américains restent victimes de discrimination et de racisme. Il reste du chemin à faire, un long chemin, pour arriver à l'égalité.
"Quatre cents ans après le début de l'esclavage, plus de cinquante ans après l'adoption de la loi sur les droits civiques, les Noirs américains ont toujours deux fois et demie plus de risques d'être tués par la police que les Blancs, rappelle Elaine Godfrey dans The Atlantic (1). Ils sont trois fois plus nombreux à mourir du Covid-19. Et ils sont plus nombreux que les Blancs à avoir perdu leur emploi pendant la pandémie." Et le fossé économique entre Noirs et Blancs est toujours aussi important aujourd'hui qu'il y a cinquante ans. 74% des Blancs sont propriétaires de leur logement, 44% des Noirs seulement. Le patrimoine d'un ménage noir de la classe moyenne est de 13.000 dollars, celui d'un ménage blanc de 150.000. Tous les indicateurs socio-économiques montrent un fossé de cet ordre.
Comment ne pas comprendre la colère qui s'exprime aujourd'hui aux Etats-Unis? Elle fait des vagues en France et en Belgique.

On peut ainsi comprendre le déboulonnage de statues de personnalités qui ont concouru au colonialisme. Mais on a du mal à suivre certaines actions et déclarations qui font une soupe peu ragoutante, mélangeant allègrement passé et présent, confondant racisme, esclavagisme, colonialisme et violence policière, faisant un amalgame entre les colons et ceux qui ont accepté l'indépendance des colonies, voire qui l'ont favorisée. Certains antiracistes mettent dans le même sac Léopold II et Baudouin, Colbert et de Gaulle, Churchill et Botha. Et veulent croire qu'il y a en Europe une ségrégation comme elle existe encore aux Etats-Unis.  L'attitude violente et inacceptable de certains membres de la police serait liée à la qualité intrinsèquement raciste de nos Etats. Oubliée, une fois encore, tout sens de la mesure et de la nuance, toute analyse rationnelle. Oubliée, l'Histoire au profit du ressenti et de la colère de chacun. "J'ai l'impression que beaucoup de nos contemporains oublient que l'Histoire n'a pas commencé avec eux!", écrit Etienne Hubin, prof d'histoire à Bruxelles, qui invite à regarder l'Histoire en face (2).

S'attaquer aux statues?  D'accord pour le symbole, mais lesquelles? S'attaque-t-on à tous les symboles? En ce cas, détruisons les châteaux des seigneurs qui ont asservi leurs populations, qui ont participé aux croisades, qui ont soutenu l'Inquisition. Saccageons les églises qui ont participé activement à la colonisation. Et les mosquées aussi pour le rôle qu'ont joué tant de musulmans dans la politique esclavagiste en capturant des Noirs qu'ils ont vendus aux colons blancs.
Et, tant qu'à faire, attaquons-nous aux religions, outils de soumission, qui pratiquent aujourd'hui le pire colonialisme qui soit: celui des esprits. Et faisons tomber de leur piédestal tous ces héros de la décolonisation et de l'indépendance de leur pays qui se sont ensuite transformés en dictateurs. Et faisons tomber de son socle Che Guevara, statufié par l'extrême-gauche, même s'il fut extrêmement violent.
Et une fois qu'on aura fait tomber tous les symboles, quand on aura gommé une partie de l'Histoire,  quand on aura bien battu notre coulpe, que fera-t-on? On se fera fait plaisir, mais n'y aura-t-il plus de racisme pour autant? Plus de violence? Plus d'esclavagisme ? Plus d'enfants qui travaillent? De domestiques non payés, prisonniers de leurs patrons (notamment dans les pays du Golfe, qui étrangement échappent toujours à toute critique malgré leurs pratiques esclavagistes actuelles)?

"Il faut se méfier des symboles, écrit Gérard Biard, Ils sont toujours à manier avec prudence, car ils peuvent se retourner comme une chaussette. (...) Mettre un genou à terre peut signifier beaucoup de choses. C'est reproduire la scène du crime, c'est aussi symboliquement endosser la culpabilité du policier de Minneapolis, mais c'est également adopter la position dans laquelle sont censés se trouver les citoyens victimes de racisme. S'agenouiller à leur côté ou face à eux, ce n'est pas seulement s'associer à leur combat ou leur demander pardon, c'est considérer qu'ils ne vivront jamais autrement. Qu'ils seront toujours une minorité, les victimes éternelles des fléaux de l'esclavage et de la colonisation. Et rien que cela. Soit le contraire de la lutte contre le racisme et pour l'égalité, dont la finalité n'est pas que tout le monde soit à genoux, ni que l'on soit à genou à tour de rôle, mais que tout le monde vive debout."

A écouter: Sophia Aram, "Table rase",
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-15-juin-2020

(1) "Entre Noirs et Blancs, une mobilistion capitale", The Atlantic, 7.6.2020, in Le Courrier international, 11.6.2020.
(2) https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-petit-point-bleu-pale-5ee9cf337b50a66a59841530
(3) "Les Blancs ne savent pas mourir", Charlie Hebdo, 17.6.2020.

mercredi 3 juin 2020

Descendant de Néron et d'Attila

Il est pire qu'Ubu. Ubu est prétentieux, bouffi, cupide, pillard, grossier, grotesque. Lui est, en plus, abject.
Il n'a rien dit sur la mort de George Floyd, étranglé par un policier. Il n'a même pas appelé à ce que la justice fasse son travail, pas demandé qu'une enquête rigoureuse soit menée et que les responsables soient condamnés. Il se contente d'appeler à la violence contre ceux qui veulent mettre fin aux violences.
Trump ne sera jamais un homme d'Etat. Il semble qu'il ait décidé de terminer son mandat en une apothéose dans son style. Après avoir démantelé systématiquement tout ce que son prédecesseur avait mis en place, il s'est donné pour rôle de diviser un peu plus encore les Etats-Unis, de soutenir les blancs réactionnaires et de cracher sur tous les autres. De ne laisser derrière lui que des cendres.
C'est Néron et Attila en une seule personne. Attiser le feu, ne rien laisser de digne derrière lui.
Et faire des Etats-Unis, non pas un pays great again, mais un Etat worse than never. Sa lamentable gestion de la crise du coronavirus l'a encore montré. "Les Etats-Unis ont réagi comme le Pakistan ou la Biélorussie - comme un pays aux infrastructures insuffisantes, au gouvernement incompétent et corrompu", écrit le journaliste et romancier George Packer (1). "Le président nous a abreuvés de boucs émissaires, de vantardises, de mensonges, de théories de la conspiration et de traitements miracles." Il a envisagé cette crise "presque entièrement en termes personnels et politiques" et "abandonné son pays à une catastrophe de longue durée".
Dès le début de son mandat, les enjeux étaient clairs, les jeux étaient faits. "La classe politique conservatrice et le nouveau président, écrit encore Packer, sont rapidement parvenus à un accord. Ils partageaient un objectif fondamental: exploiter les ressources publiques au profit d'intérêts privés.  Les élus et donateurs républicains qui voulaient que le gouvernement en fasse le moins possible pour l'intérêt général pouvaient parfaitement s'accomoder d'un régime sachant à peine gouverner. Ils sont devenus les valets de Trump. Celui-ci s'est mis à détruire ce qu'il restait de la vie civique. Il n'a jamais prétendu être le président de tout le pays et nous a dressés les uns contre les autres en fonction de notre race, notre religion, notre sexe, notre éducation. Son principal instrument de gouvernement, c'était le mensonge."
L'essayiste américain fustige le président Trump qui détruit la fonction publique pour servir ses intérêts. "Sa grande loi, l'une des plus grandes réductions d'impôts de l'histoire, a fait gagner des centaines de millions de dollars aux entreprises et aux riches. Ils lui remplissent aujourd'hui les poches pour le faire réélire. Si le mensonge était le moyen de son pouvoir, la corruption en était la fin."
George Packer dénonce "un gouvernement vide dirigé par un escroc" et "une administration qui érige l'amateurisme, le népotisme et la corruption en principes de gouvernement". Ce qui aboutit à faire des Etats-Unis "un pays de second ordre". 

Trump ne craint pas le Covid-19, une invention des Chinois, des Démocrates, des gouverneurs et de tous ceux qu'il hait. Il est plus fort - pire peut-être - que tous les virus.
Attila, après avoir dévasté une partie de la plaine du Pô, a dû faire demi-tour, craignant que ses troupes soient ravagées par une épidémie.
Trump n'a jamais tort, ce sont tous les autres qui se trompent, qui font des erreurs, qui sont dans l'ignorance. Ce sont les autres qui mentent, jamais lui.
En se suicidant, après avoir été démis par le Sénat, Néron a déclaré: "Quel grand artiste périt avec moi!".

Père Ubu. - (...) J'ai changé le gouvernement et j'ai fait mettre dans le journal qu'on paierait deux fois tous les impôts et trois fois ceux qui pourront être désignés ultérieurement. Avec ce système, j'aurai vite fait fortune, alors je tuerai tout le monde et je m'en irai. (...) Payez! ou je vous mets dans ma poche avec supplice ou décollation du cou et de la tête! Cornegidouille, je suis le roi peut-être!
Alfred Jarry, Ubu roi.

(1) George Packer, "L'insoutenable vulnérabilité de l'Amérique de Trump", The Atlantic, juin 2020, in  Le Courrier international, 20.5.2020.
A lire sur le même sujet, un billet de Philippe Dutilleul:
http://blogandcrocs.blogspot.com/2020/06/le-vrai-visage-de-lamerique.html

lundi 23 décembre 2019

Ubu éructe

Le Donald vocifère. Il élargit son répertoire d'insultes. On essaie de se débarrasser de lui alors qu'il a été élu et qu'il est le meilleur président qu'aient connu les Etats-Unis. Il n'en doute pas: c'est parce qu'il dérange et fait peur, alors les méchants se liguent contre lui.
Qu'il fasse peur et dérange, qui peut le nier? Les Républicains eux-mêmes étaient catastrophés au lendemain de son élection. Ils savaient qu'ils avaient là affaire à un président aussi néophyte en politique qu'incontrôlable, aussi capricieux que suffisant, aussi inculte qu'affairiste.
Aujourd'hui, malgré les lourdes charges qui pèsent contre lui - avoir négocié un soutien militaire à l'Ukraine contre une enquête sur le fils d'un de ses adversaires politiques - malgré les bourdes et quantité d'erreurs stratégiques qu'il a accumulées, malgré son incapacité à écouter et surtout à comprendre les experts, son parti a décidé de le soutenir. Malgré tout. Malgré tout ce fatras. Malgré toute cette bêtise. Malgré cet irrespect de règles fondamentales. Les Républicains ne peuvent imaginer lâcher un homme qui leur fait pourtant honte.
Le Donald est le troisième président dans l'histoire des Etats-Unis à être envoyé devant le Sénat par la Chambre des représentants dans le cadre d'une procédure d'empeachment. Il a été reconnu coupable par la Chambre des représentants d'abus de pouvoir et d'entrave au bon fonctionnement du Congrès. Pour ses partisans, peu importe ce qu'il a pu faire: ils refusent tout débat et toute réflexion. "Ils ont décidé d'absoudre le Président avant même de le juger, au seul motif qu'il est accusé par les Démocrates", écrit Philippe Paquet (1). Et tant pis s'ils s'asseyent ainsi lourdement sur leur mission constitutionnelle. "Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a donné toute la mesure de cette démission en déclarant qu'il n'entendait absolument pas être impartial dans la conduite du procès de Donald Trump." 

Les Démocrates savent que leur procédure d'impeachment n'a quasiment aucune chance d'aboutir, elle sera repoussée par le Sénat dominé par les Républicains. Mais avaient-ils le choix? Soit ils fermaient les yeux, soit ils entamaient une action qu'ils sav(ai)ent perdue. "La première option était sans doute la plus confortable, écrit Le Monde (2). Elle permettait de faire l'économie d'une bataille perdue d'avance et de s'épargner l'animosité d'un président qui ne tolère aucun contre-pouvoir. Ce choix du cynisme qui règne en maître à la Maison Blanche revenait à valider le théorème de la Ve Avenue, celui avancé par Donald Trump lui-même, selon lequel il pourrait tirer sur des passants arpentant la célèbre artère new-yorkaise sans perdre un seul électeur".
Restait la seconde option, celle qu'ils ont choisie: "sanctionner à la Chambre des représentants un comportement proscrit par la Constitution et (...) rester ainsi fidèle au serment prêté par tout élu de respecter et de protéger la pierre angulaire de la démocratie américaine".

Les Républicains le laissent entendre clairement: tant pis si l'homme de toutes les outrances est  considéré comme incontrôlable et imprévisible,  tant pis s'il a lâché ses alliés kurdes sans crier gare, abandonné le Moyen-Orient à la Russie de Poutine, quitté l'Accord de Paris. Ce qui compte, c'est de garder le pouvoir. Et tant pis s'il faut pour cela se mettre la tête dans le sable. Tant pis s'il est alors difficile de garder la tête haute.

(1) "La démission des élus républicains", La Libre Belgique, 20.12.2019.
(2)
https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/12/19/juger-trump-ou-le-refus-du-cynisme_6023473_3232.html

mardi 7 novembre 2017

Rien à voir

Nouvelle tuerie aux Etats-Unis: dans une église texane cette fois. Elle a fait au moins 26 morts. Le tueur s'est servi d'un fusil d'assaut AR-15, l'arme préférée des Américains, nous dit-on, souvent utilisée dans des massacres (1). Trente-six mille personnes ont été tuées par des armes à feu aux Etats-Unis en 2016. C'est deux mille de plus que l'année précédente. La mort par arme à feu est la deuxième cause de décès des enfants américains (2).
Mais pour le golfeur américain Donald Trump, l'homme qui essaie d'être le président des Etats-Unis, la tuerie du Texas  n'est "pas une question liée aux armes". C'est selon lui la santé mentale du tireur qui est seule en cause (3).
On peut, selon la même logique, penser que les accidents de la route n'ont rien à voir avec les voitures, que les cancers du poumon n'ont rien à voir avec le tabac, que les cirrhoses du foie n'ont rien à voir avec l'alcool, que le réchauffement climatique n'a rien à voir avec l'activité humaine, que le racisme n'a rien à voir avec les racistes.
Si un jour Ubu Trump balance des missiles sur la Corée du nord (ou l'Iran, ou le Venezuela, ou tout autre pays qui ne lui plaît pas), il ne faudra pas mettre en cause l'armement nucléaire, mais la santé mentale du président des Etats-Unis. 

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2017/11/06/fusillade-au-texas-le-tireur-a-utilise-un-fusil-ar-15-larme-de-nombreuses-tueries-aux-etats-unis_a_23267769/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) Arte, Journal, 6.11.2017.
(3) http://www.lesoir.be/122846/article/2017-11-06/fusillade-au-texas-ce-nest-pas-un-probleme-lie-aux-armes-selon-donald-trump


mercredi 5 avril 2017

Big Brother is watching you

L'Administration américaine aurait l'intention d'obliger les touristes qui veulent se rendre aux Etats-Unis à communiquer leurs contacts téléphoniques, les mots de passe de leurs comptes sur les réseaux sociaux et leurs données financières. Les touristes devraient également répondre à un questionnaire portant sur leur idéologie (1).
Je me permets d'ajouter quelques modestes suggestions pour améliorer la sécurité des Etats-Unis.
En demandant leur visa, les touristes devraient faire parvenir à l'ambassade américaine copie de leurs bulletins scolaires depuis la première année primaire et des contrats d'assurance qui les couvrent, eux et leur famille, ascendants et descendants. Les touristes devraient également signer un document s'engageant à ne pas être malades, à ne pas se blesser et à ne pas avoir d'accident durant la durée de leur séjour. Ils pourraient également s'engager à ne pas penser durant cette même période.
Les touristes devraient prendre l'avion nus et sans le moindre bagage, ce qui éviterait tout risque qu'ils cachent des armes ou des explosifs et serait à la fois bénéfique pour le commerce américain, puisqu'ils devraient s'acheter vêtements, chaussures, ordinateur, téléphone, etc., une fois autorisés à entrer sur le sol américain.
On notera que cette volonté de transparence est assez étonnante de la part d'un président qui a toujours refusé de publier ses déclarations d'impôts. On a toujours pensé qu'Ubu Trump n'avait aucun sens de l'humour. Voilà qu'il nous prouve le contraire.

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/l-administration-trump-veut-consulter-les-telephones-et-comptes-sociaux-des-touristes-58e3c2a3cd70812a6539026d
http://www.liberation.fr/planete/2017/04/04/faudra-t-il-bientot-donner-son-mot-de-passe-facebook-pour-entrer-aux-etats-unis_1560507

samedi 10 décembre 2016

Risque d'incendie

Il en est, cyniques, désabusés, défaitistes, ou simplement fatigués, qui disent que si l'extrême droite ou les populistes arrivaient au pouvoir, ce ne serait pas bien grave, que de toute façon ils ne pourraient pas faire grand chose, que la constitution, les lois nous protègent du pire, que l'économie de marché régulera les bêtises, que leur pouvoir restera très limité.
C'est oublier trop vite l'impact de ces partis sur une partie de la population qui n'attend que leur accession au pouvoir pour se sentir libre d'exprimer son rejet des autres.
Récemment sur France Inter, un journaliste hongrois expliquait à quelle vitesse la situation s'est dégradée dans son pays avec l'arrivée au pouvoir de Viktor Orban et de son parti et qu'une foi aveugle dans ses institutions ne suffit pas à protéger une démocratie trop vite démantelable.
En Grande-Bretagne, les débordements racistes se succèdent depuis la victoire du Brexit au référendum.
Aux Etats-Unis, la parole raciste, homophobe, sexiste, antisémite s'est libérée depuis la victoire de Dingo Trump. Et pas seulement la parole: les agressions se succèdent.
En France, dans des communes gérées par le F.N., ce sont des associations humanitaires qui sont menacées (1). Il semble qu'aider les autres soit considéré comme un acte de gauche. Donc inadmissible. Ce qui nous amène à nous interroger sur le sens du terme populiste. Visiblement, les populistes n'aiment pas le peuple. Sauf quand c'est pour le berner.
Comme l'indiquait hier Benoît Forgeat, dans sa séquence "La dérive des continents" (2), nous avons intérêt à préparer nos extincteurs. Si on élit des pyromanes, il ne faudra pas s'étonner de voir brûler la maison de nos voisins. Et la nôtre à sa suite.

(1) http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1630482-le-maire-fn-d-hayange-veut-chasser-le-secours-populaire-il-ne-nous-decouragera-pas.html?utm_source=actus_lilo
(2) à la fin de l'émission "28 minutes" (à +/- 40 minutes): http://www.arte.tv/guide/fr/068401-070-A/28-minutes

mercredi 3 février 2016

Un éléphant, ça trumpe énormément

Il pourrait s'appeler Marin Le Paon. C'est le cousin américain de la fille à papa. "Il déclenche en général les applaudissements les plus nourris lorsqu'il tape sur les démocrates, l'establishment républicain, les médias, les grandes entreprises avides de profit ou toute autre institution qui se moque des gens ordinaires, écrit Jenna Johnson dans le Washington Post (1). Il provoque des standing ovations lorsqu'il promet de rapatrier les emplois industriels et d'édifier un mur à la frontière avec le Mexique afin d'empêcher drogues, terroristes et immigrants illégaux d'entrer sur le territoire américain." Contrairement à l'héritière du père Le Pen, il n'hésite pas à exprimer ouvertement son racisme, mais, pour le reste, c'est le même discours simpliste et brutal.
Peter Wehner, ancien collaborateur de Ronald Reagan et des Bush, père et fils, annonce (2) qu'il ne votera jamais pour Donald Trump. Il dénonce "son ignorance sur des questions élémentaires d'intérêt national", son absence de "désir de s'informer sur la plupart de ces sujets, et encore moins de les maîtriser. Aucun autre candidat à la présidence n'a été aussi dédaigneux de la connaissance, indifférent aux faits, insensible à sa propre ignorance." L'homme, dit-il, est fantasque, incohérent et sans scrupule. Il a un côté vulgaire et cruel." Il dénonce son narcissisme, son "mélange détonant d'ignorance, d'instabilité émotionnelle, de démagogie, d'égocentrisme et d'esprit rancunier".
Le portrait déjà bien chargé n'est pas complet: Trump est aussi mauvais joueur. Il n'admet pas avoir perdu le premier round des caucus dans l'Iowa. Il accuse de tricherie Ted Cruz (3), qui l'a emporté.
Le fou de lui-même a en effet été dépassé par le fou de Dieu. L'ultraconservateur Cruz appelle ses supporters à prier chaque jour jusqu'aux élections pour qu'il l'emporte. Ne ferait-il pas assez confiance à Dieu pour qu'il faille le prier ? Cet homme doute de Dieu visiblement. Qu'on se le dise. Depuis les Etats-Unis, des amis me disent que Cruz est le genre de personnage qui n'hésite pas à marcher sur sa grand-mère pour arriver au pouvoir. Bref, un homme avec foi sans loi que l'ancien candidat républicain John Mc Cain a qualifié de "dingue" (4). Il s'est fait détester de tous ses collègues sénateurs par un obstructionnisme systématique. D'ailleurs, c'est ce qui le caractérise: il est contre tout. Contre Obamacare (le système de santé), contre l'avortement, contre le mariage homo, contre l'Etat fédéral, contre les impôts, contre l'immigration, contre l'écologie (il se range évidemment parmi les derniers climato-secptiques). La seule chose qu'il défende, c'est la possession d'armes. Pour ce faire, il s'est d'ailleurs fait filmer en train de faire cuire des tranches de bacon sur le canon de son fusil. Une vraie tête de lard.
Les primaires américaines du côté du parti de l'éléphant, celui des Républicains, reste(ro)nt une énigme. On se pince, on a du mal à y croire, on ne parvient pas à comprendre comment elles peuvent à ce point se transformer en combat de coqs stupides et teigneux.  
Je dis ça, je ne dis rien, mais si j'étais Nicolas Sarkozy, je m'empresserais de débaptiser mon parti. 

(1) "Le candidat des laissés-pour-compte", 8 janvier 2016,
in Le Courrier international, 28 janvier 2016.
(2)"Pourquoi je ne voterai jamais pour lui", The New York Times, 14 janvier 2016,
in Le Courrier international, 28 janvier 2016.
(3) http://www.lalibre.be/actu/international/trump-accuse-cruz-de-fraude-et-veut-un-nouveau-vote-dans-l-iowa-56b225533570fdebf5b1903f
(4) http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/02/02/primaires-republicaines-ted-cruz-la-voix-conservatrice_4857637_829254.html

lundi 17 décembre 2012

De braves gens d'armes

On dit - et on a raison de le dire - que c'est un pays qui s'est conquis et forgé les armes à la main. Les Indiens et les bisons ne sont plus là pour en témoigner. Des Américains affirment que leur retirer leur arme serait leur couper le bras. Leur laisser leur arme, c'est aussi leur retirer leurs enfants.
Une ixième agression dans une école primaire a fait vingt-sept morts il y a trois jours. L'émotion est énorme et compréhensible. Mais, nous dit un observateur (1), ces morts ne sont que le quotidien de ce pays qui en dénombre chaque année 30.000 par armes à feu. Soit 82 par jour en moyenne. 
Des Américains amateurs d'armes (ils sont 47% des habitants de ce pays) estiment que ces tueries ne sont l'affaire que "de gens qui pètent un câble". Les braves gens savent que eux ne pèteront jamais un câble et qu'il est indispensable de disposer d'une arme pour se défendre contre les gens qui en ont une et l'utilisent contre eux. C'est à cela qu'on reconnaît les braves gens: à leur clairvoyance. S'ils pètent un câble, c'est qu'ils n'étaient pas de braves gens, mais des péteurs de câble déguisés.  
La NRA, lobby des possesseurs d'armes, se mobilise déjà. Elle regroupe quatre millions de braves gens. Pas question de toucher au sacro-saint droit, garanti par la constitution, de posséder une arme. Même de guerre. C'est que les Américains sont constamment en guerre. Si ce n'est pas à l'autre bout de la terre, c'est chez eux, contre leurs semblables. Certains estiment que les instituteurs devraient posséder une arme pour défendre leurs enfants. "Où est l'humanité quand on empêche les faibles de se défendre?", demande un amateur d'armes (2). Peut-être faudrait-il armer les enfants eux-mêmes. Comme la mère du tueur de Newtown qui collectionnait les armes et emmenait ses enfants au stand de tir. 
Après trop de tueries, l'Australie a décidé en 1996 de réglementer la possession d'armes. L'Etat en a racheté 600.000 d'entre elles et a sévèrement restreint le droit de possession d'une arme. Résultat: le nombre de meurtres par arme à feu a diminué de 60% (2). 
Obama va-t-il oser affronter la NRA? He can? 

(1) JP de France Inter, 16 décembre 2012, 13h.
(2) JT de France2, 17 décembre 2012, 20h.