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mardi 15 septembre 2020

C'est la faute à la société

Le recteur de la Grande mosquée de Paris a appelé à respecter Charlie Hebdo (1). Mais d'autres responsables musulmans continuent leurs appels à la haine (2). Ainsi, l'Observatoire pour la lutte contre l'extrémisme d'Al-Azhar (considéré comme la plus haute instance de l'islam sunnite) affirme que la une de Charlie Hebdo du 2 septembre (qui republiait, dans le cadre du procès des présumés complices des assassins, les caricatures qui ont justifié un tel massacre) est un crime. Cet observatoire a donc d'étranges conceptions de ce qu'est l'extrémisme et des moyens de lutter pour le combattre: il ne condamne pas l'horrible crime des assassins qui prétendaient agir au nom du prophète, mais renverse les responsabilités et jette de l'huile sur le feu. Peut-être s'est-il donné pour rôle d'observer comment l'extrémisme progresse à partir de ses propres déclarations?                                                                                                                    Parlant de cette même une, le Ministre des Affaires étrangères du Pakistan (de la République islamique du Pakistan) estime que "cet acte de provocation délibérée qui offense des milliards de musulmans ne peut pas être justifié par l'exercice de la liberté de la presse ou de la liberté d'expression". On ne sait où il trouve "des milliards de musulmans". Sans doute compte-t-il tous ceux qui sont décédés depuis la naissance du prophète. Parce qu'actuellement il y en aurait 1,8 milliard dans le monde. Et visiblement nombreux sont, heureusement, ceux d'entre eux qui considèrent (sans oser le dire trop fort) que les assassins font plus de tort à l'islam que quelques dessins. Ce grand rigolo de ministre affirme encore que "ce genre de comportement (publier des caricatures) va à l'encontre des aspirations mondiales à une coexistence pacifique et à l'harmonie sociale et interreligieuse". Tous les démocrates pakistanais qui ont été exécutés pour blasphème ne sont plus là pour témoigner du rôle actif que joue quotidiennement le gouvernement pakistanais dans la coexistence pacifique et l'harmonie sociale et interreligieuse.                    La Turquie, autre modèle de démocratie, évoque, s'agissant de Charlie et pas de l'islamisme, une "mentalité malade". Le Ministre turc des Affaires étrangères accuse les démocraties acceptant de telles caricatures de favoriser la résurgence de "fascistes et de racistes en France et en Europe".                            Bref, l'auto-critique n'existe pas en terre d'islam et les victimes sont coupables.

Mais chez nous aussi, il ne reste pas bien vu de pointer du doigt les dérives fascistes islamistes. Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, relève un article du Monde publié deux jours avant l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015: "pourquoi il ne faut pas surévaluer les motivations religieuses des terroristes" (3). Il s'agit plutôt d'un "phénomène de bande" plutôt que de terrorisme islamiste, estime l'auteur de l'article. "La rhétorique est sans surprise, écrit Biard, et fait partie de la panoplie du parfait petit relativiste: affirmer qu'une idéologie criminelle n'est pas le produit d'un discours - ici, d'un discours fanatique religieux - mais d'éléments disparates, incontrôlables, qui auraient pu tout aussi bien produire autre chose." Et Gérard Biard de rappeler l'historique de toutes ces menaces et de tous ces attentats contre qui se montre un tant soit peu critique vis-à-vis de l'islam. Des Versets sataniques  de Salman Rushdie aux attentats et agressions à Madrid, Tunis, Berlin, Bruxelles, Paris ou New York, au Pakistan, en Algérie, au Mali, au Nigéria ou en Egypte. C'est au nom d'Allah qu'on tue et appelle à tuer. Les ignobles tueurs de Charlie Hebdo ont dit être venus venger leur prophète. Ils n'étaient pas des représentants de la firme Kalashnikov venus faire une démonstration commerciale. "L'article du Monde, conclut Gérard Biard, s'inscrit dans cette doxa, largement répandue, qui réfute en creux qu'un discours religieux puisse produire une doctrine mortifère et criminelle, et ne craint pas le ridicule en minimisant le rôle de l'islamisme dans le djihadisme."                                                                                                                                                      Et ne parlons pas de l'écœurant Jean-Luc MélenChe qui confond sciemment les magazines Valeurs actuelles et Marianne et Charlie Hebdo (4).                                                                                                   Aujourd'hui, Charlie Hebdo, journal fondamentalement antiraciste et laïc, est bien seul à mener ce combat essentiel pour la liberté de pensée.

(1) voir le billet précédent de ce blog.                                                                                                              (2) Inna Shevchenko, "Caricatures de Mahomet - #JeSuisCharia contre #JeSuisCharlie", Charlie Hebdo, 9.9.2020.                                                                                                                                                        (3) "Religion, poil au menton", Charlie Hebdo, 9.9.2020.                                                                              (4) https://www.marianne.net/debattons/billets/l-universalisme-seule-boussole-de-l-antiracisme-le-philosophe-henri-pena-ruiz?utm_medium=Social&utm_source=Twitter&Echobox=1598871487#xtor=CS2-5

Note: désolé pour la mise en page. Je teste la nouvelle configuration de Blogger...

                                                                           

lundi 4 avril 2016

Education, culture et bêtise

Les talibans, Boko Haram et les islamistes en général ne veulent pas que les filles aillent à l'école. Les filles éduquées deviennent des femmes incontrôlables. Alors que leur place est à la maison, elles entendent travailler à l'extérieur. Mais il y a bien pire: elle se mettent à réfléchir, à réclamer des droits, à se mêler de politique. Il y a de quoi se fâcher.
En 2009, le mollah Maulana Fazlullah et ses hommes ont interdit l'accès à l'école aux cinquante mille filles de la vallée de Swat au Pakistan. L'une d'elles était Malala. On connaît son histoire: devenue porte-parole des filles condamnées à l'ignorance, elle est, en 2012, violemment agressée sur le chemin de l'école par des talibans, échappe miraculeusement à la mort et devient la porte-voix internationale de toutes celles et tous ceux qui ne peuvent aller à l'école. (1)
Les filles ne sont pas les seules à se mettre en danger en voulant se former. Il y a tout juste un an, quelque 147 étudiants et étudiantes de l'université de Garissa, la seule du nord du Kenya, étaient assassinés par des islamistes Chabab. Depuis janvier, les cours y ont repris pour une poignée d'étudiants. La peur s'est installée. (2)
Au-delà des menaces, dans de trop nombreux pays encore, les écoles souffrent d'un manque de moyens: enseignants, bâtiments, livres, matériel.

Pour protester contre la loi travail du gouvernement Valls, des individus ont saccagé la bibliothèque de l'université de Caen. (3) On s'interroge: quel est le message? Les auteurs de cet acte incompréhensible veulent-il nous dire qu'ils entendent rester stupides? Demeurer crétins, mais avec un bon contrat de travail? Savent-ils que quand la ville de Tombouctou tomba en 2012, sous le contrôle du mouvement salafiste Ansar Dine et d'Al Qaida au Maghreb islamique des citoyens sont venus de tout le Mali pour, au péril de leur vie, mettre en lieu sûr les Manuscrits médiévaux de Tombouctou?

Une bibliothèque, c'est là qu'aurait dû se rendre cet élu FN d'Arcueil qui refuse que la ville consacre de l'argent à célébrer le cent-cinquantième anniversaire de son plus célébre citoyen: Erik Satie. Il le considère comme un "hypocrite", un "lâche", un "médiocre", un "illuminé" et refuse que "l'argent public serve à honorer un membre du Parti communiste alcoolique". Il ferait bien de s'intéresser à la créativité de ce compositeur de réputation internationale, lui a rétorqué le maire. S'il s'était rendu, avant cette intervention, dans une bibliothèque, cet élu d'extrême droite aurait pu y lire, dans sa "Correspondance presque complète" (5) cette lettre qu'Erik Satie avait adressée au compositeur Roland Manuel et qui aurait pu l'être à lui, élu ignare.
"Arcueil-Cachan, le 15 Mars 1919
Mon Cher Ami. Je ne vous en ai jamais voulu, croyez-le. Vous avez le droit de ne pas aimer Socrate qui est, en somme, une œuvre conçue en dehors de ce que vous affectionnez.
... Il est même naturel que cet ouvrage vous fasse rire, ou simplement sourire. Encore une fois, c'est votre droit, & cela ne me fâche nullement contre vous...
... Comment pourriez-vous, Mon Cher Roland, penser différemment? Du reste, ce contraste n'a rien de déplaisant, & sa sincérité est absolue:... Nous n'aimons pas le même potage... (...)
... La lutte sera bien rude, Mon Pauvre Vieux; & hélas! nous ne sommes pas dans le même camp. Je vous l'ai déjà écrit: Nous ne pouvons pas y être...
Pendant ce temps, le fossé se creuse, ... s'élargit... Vos amis ne sont pas les miens; les miens ne sont pas les vôtres... Alors? (...)"

On voit par là que si certains cultivent leur inculture, ils feraient bien non seulement de respecter les bibliothèques, mais aussi d'en user.

(1) "Malala, résistante à rude école", Télérama, 23 mars 2016.
(2) http://www.lemonde.fr/international/article/2016/04/02/a-l-universite-de-garissa-un-anniversaire-amer_4894366_3210.html
(3) http://www.liberation.fr/direct/element/luniversite-de-caen-porte-plainte-apres-des-degradations-en-marge-de-la-manif-contre-la-loi-travail_34268/
(4) http://www.erik-satie.com
(5) Fayard / Imec

mardi 18 janvier 2011

Suicide universel

Le Pakistan est plus islamiste que jamais. Un gouverneur a été assassiné parce qu'il entendait alléger la loi qui réprime le blasphème. Actuellement, tout blasphémateur au Pakistan est exécuté. Des dizaines d'avocats se sont proposés pour défendre gratuitement le meurtrier devenu héros quasi national. Des milliers de gens l'applaudissent, jettent des roses sur le passage de son fourgon cellulaire (1). Le gouvernement s'empresse de préciser qu'il n'entend pas modifier cette loi qui, dans les faits, permet à n'importe qui de se débarrasser aisément de toute personne avec laquelle il est en conflit. On voit par là que la bêtise et la haine se portent bien. Même les défenseurs du droit n'en ont aujourd'hui qu'une idée extrêmement violente. Les mots et les attitudes sont plus importants que la vie. S'il faut condamner de manière radicale le blasphème, il ne restera rapidement plus aucun être humain vivant sur cette planète. Car, enfin, le principe même du blasphème se retourne contre lui-même. Considérer qu'il y a un autre dieu qu'Allah, c'est - si on les comprend bien - blasphémer. Et donc mériter la mort. Les chrétiens d'Irak et d'Egypte le savent, victimes de meurtres et d'attentats ciblés sur leur religion. Mais, si on adopte l'autre point de vue, on considérera que croire en Allah plutôt qu'en Yaveh, en Jehova ou en Jésus serait aussi blasphémer. Et donc mériter la mort. Quant à ceux qui ne croient en aucun dieu, ils ne méritent tout simplement pas de vivre. On voit par là que ni le Pakistan ni cette traduction obscurantiste de l'islam n'aide à vivre et à devenir intelligent. "La décadence intellectuelle et spirituelle du monde musulman vers le dogmatisme et l'obscurantisme de masse semble tellement avancée qu'elle paraît interdire tout espoir sérieux de régénération", écrit Abdennour Bidar (2). Le philosophe estime que "voilà venu le temps de l'islam de cimetière... Les musulmans prennent pour un autel chacune de ces tombes qu'ils nomment fondements et fondations. Ils confondent la vérité et le sacré avec la cohorte immobilisée de leurs spectres: tous ces rites, moeurs et dogmes, tous ces piliers auxquels "il ne faut pas toucher", tout ce qui est repris mécaniquement, génération après génération, tous ces gestes, toutes ces habitudes, ces préjugés, ces idées toutes faites sur l'islam et sur la vie... et qui ne sont que les ruines où, autrefois, le mystère de l'existence s'est déposé".
Dans "L'islam face à la mort de Dieu", Abdennour Bidar essaie de pousser l'islam à sortir de son "autisme religieux" et de réhabiliter la pensée de Mohammed Iqbal, autre philosophe qui, il y a un siècle, tentait d'ouvrir la voie à un nouvel humanisme: "sans arrêt, Mohammed Iqbal tente (...) de faire valoir la dimension de l'individu, de sa liberté personnelle et de sa puissance créatrice, contre une religion qui l'écrase sous des formes multiples de soumission, aussi bien sociales que spirituelles. Comme le souligne bien Denis Matringe, Iqbal n'a de cesse de proclamer, et surtout de conceptualiser mieux qu'aucun autre penseur musulman moderne, le rôle créateur de l'être humain, aux antipodes tout à la fois du libre abandon à la providence de certaines spéculations soufies, et de l'engoncement dans les préceptes d'une jurisprudence fossilisée depuis des siècles".
Le Pakistan, nous dit A. Bidar, est fier de présenter Mohammed Iqbal comme son père spirituel. Que reste-t-il aujourd'hui au Pakistan de l'esprit du père?

sur ce sujet, lire sur ce blog: "Blasphème?", billet du 13.03.2007
(1) JT France2, 17.01.2011
(2) Abdennour Bidar: "L'islam face à la mort de Dieu", François Bourin éditeur, 2010