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vendredi 19 mai 2023

Des électeurs hors-sol

Quel sens y a-t-il à voter pour des élections qui ont lieu dans un pays dans lequel on ne vit pas ? 
Selon toute vraisemblance, le sultan Erdogan sera réélu président pour un nouveau mandat dans une dizaine de jours. Et il le sera notamment grâce aux voix des Turcs vivant à l'étranger. Ils sont 2,7 millions en Allemagne, 700.000 en France. Dans leur immense majorité, ils votent pour lui. En 2018, 75% des Turcs de Belgique l'avaient choisi. Mais ils n'ont pas, eux, à supporter les conséquences de l'inflation et du séisme de février qu'est incapable de gérer Erdogan le tout-puissant. Vivant dans des pays démocratiques, ils ne connaissent pas la suppression de la liberté de la presse, ils ne sont pas en danger comme le sont les opposants par principe considérés comme des soutiens du terrorisme. Ils ne subissent pas le poids de l'islamisme sur lequel s'appuie le régime de l'autocrate qu'ils participent à imposer à leurs compatriotes restés au pays.
On ne devrait pouvoir voter que dans le pays où l'on réside. Sinon, on exprime un vote qui n'a aucune incidence sur notre vie. Et qui n'a donc pas de sens. 


mardi 15 septembre 2020

C'est la faute à la société

Le recteur de la Grande mosquée de Paris a appelé à respecter Charlie Hebdo (1). Mais d'autres responsables musulmans continuent leurs appels à la haine (2). Ainsi, l'Observatoire pour la lutte contre l'extrémisme d'Al-Azhar (considéré comme la plus haute instance de l'islam sunnite) affirme que la une de Charlie Hebdo du 2 septembre (qui republiait, dans le cadre du procès des présumés complices des assassins, les caricatures qui ont justifié un tel massacre) est un crime. Cet observatoire a donc d'étranges conceptions de ce qu'est l'extrémisme et des moyens de lutter pour le combattre: il ne condamne pas l'horrible crime des assassins qui prétendaient agir au nom du prophète, mais renverse les responsabilités et jette de l'huile sur le feu. Peut-être s'est-il donné pour rôle d'observer comment l'extrémisme progresse à partir de ses propres déclarations?                                                                                                                    Parlant de cette même une, le Ministre des Affaires étrangères du Pakistan (de la République islamique du Pakistan) estime que "cet acte de provocation délibérée qui offense des milliards de musulmans ne peut pas être justifié par l'exercice de la liberté de la presse ou de la liberté d'expression". On ne sait où il trouve "des milliards de musulmans". Sans doute compte-t-il tous ceux qui sont décédés depuis la naissance du prophète. Parce qu'actuellement il y en aurait 1,8 milliard dans le monde. Et visiblement nombreux sont, heureusement, ceux d'entre eux qui considèrent (sans oser le dire trop fort) que les assassins font plus de tort à l'islam que quelques dessins. Ce grand rigolo de ministre affirme encore que "ce genre de comportement (publier des caricatures) va à l'encontre des aspirations mondiales à une coexistence pacifique et à l'harmonie sociale et interreligieuse". Tous les démocrates pakistanais qui ont été exécutés pour blasphème ne sont plus là pour témoigner du rôle actif que joue quotidiennement le gouvernement pakistanais dans la coexistence pacifique et l'harmonie sociale et interreligieuse.                    La Turquie, autre modèle de démocratie, évoque, s'agissant de Charlie et pas de l'islamisme, une "mentalité malade". Le Ministre turc des Affaires étrangères accuse les démocraties acceptant de telles caricatures de favoriser la résurgence de "fascistes et de racistes en France et en Europe".                            Bref, l'auto-critique n'existe pas en terre d'islam et les victimes sont coupables.

Mais chez nous aussi, il ne reste pas bien vu de pointer du doigt les dérives fascistes islamistes. Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, relève un article du Monde publié deux jours avant l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015: "pourquoi il ne faut pas surévaluer les motivations religieuses des terroristes" (3). Il s'agit plutôt d'un "phénomène de bande" plutôt que de terrorisme islamiste, estime l'auteur de l'article. "La rhétorique est sans surprise, écrit Biard, et fait partie de la panoplie du parfait petit relativiste: affirmer qu'une idéologie criminelle n'est pas le produit d'un discours - ici, d'un discours fanatique religieux - mais d'éléments disparates, incontrôlables, qui auraient pu tout aussi bien produire autre chose." Et Gérard Biard de rappeler l'historique de toutes ces menaces et de tous ces attentats contre qui se montre un tant soit peu critique vis-à-vis de l'islam. Des Versets sataniques  de Salman Rushdie aux attentats et agressions à Madrid, Tunis, Berlin, Bruxelles, Paris ou New York, au Pakistan, en Algérie, au Mali, au Nigéria ou en Egypte. C'est au nom d'Allah qu'on tue et appelle à tuer. Les ignobles tueurs de Charlie Hebdo ont dit être venus venger leur prophète. Ils n'étaient pas des représentants de la firme Kalashnikov venus faire une démonstration commerciale. "L'article du Monde, conclut Gérard Biard, s'inscrit dans cette doxa, largement répandue, qui réfute en creux qu'un discours religieux puisse produire une doctrine mortifère et criminelle, et ne craint pas le ridicule en minimisant le rôle de l'islamisme dans le djihadisme."                                                                                                                                                      Et ne parlons pas de l'écœurant Jean-Luc MélenChe qui confond sciemment les magazines Valeurs actuelles et Marianne et Charlie Hebdo (4).                                                                                                   Aujourd'hui, Charlie Hebdo, journal fondamentalement antiraciste et laïc, est bien seul à mener ce combat essentiel pour la liberté de pensée.

(1) voir le billet précédent de ce blog.                                                                                                              (2) Inna Shevchenko, "Caricatures de Mahomet - #JeSuisCharia contre #JeSuisCharlie", Charlie Hebdo, 9.9.2020.                                                                                                                                                        (3) "Religion, poil au menton", Charlie Hebdo, 9.9.2020.                                                                              (4) https://www.marianne.net/debattons/billets/l-universalisme-seule-boussole-de-l-antiracisme-le-philosophe-henri-pena-ruiz?utm_medium=Social&utm_source=Twitter&Echobox=1598871487#xtor=CS2-5

Note: désolé pour la mise en page. Je teste la nouvelle configuration de Blogger...

                                                                           

samedi 26 octobre 2019

Comment s'appelle Calimero en Turquie?

A quoi reconnaît-on un dictateur? Notamment à son attitude vis-à-vis de la presse. Le critiquer, c'est lui manquer de respect. Dénoncer la guerre qu'il mène, c'est l'insulter. Les coupables savent mieux que quiconque jouer les victimes.
Pauvre Erdogan qui fait ce qu'il peut pour éviter que son pays soit soumis aux terroristes kurdes en les bombardant au cours de son opération joliment appelée "Source de paix" et qui se fait critiquer pour cela. Le voilà traité d' "éradicateur" par Le Point. C'est trop injuste. Il dépose plainte contre l'hebdomadaire français (1).  L'an dernier déjà, il avait exprimé sa fureur pour avoir été traité de dictateur par le même Point (2).
Il se sent, dit-il, atteint dans son honneur et sa dignité, lui qui se montre indigne de sa fonction de président de la République turque et a fait mettre en prison des milliers d'opposants et de journalistes qui ont pour seul tort de ne pas l'encenser.
En fait, traiter un homme comme lui de dictateur, c'est de lui donner, un peu plus, l'occasion de prouver qu'il l'est. Mais dans la novlangue qu'il aimerait que tout le monde pratique, éradicateur se dit pacificateur.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/25/qualifie-d-eradicateur-le-president-turc-erdogan-porte-plainte-contre-le-point_6016888_3210.html
(2) (Re)lire sur ce blog "La presse, tête de turc",  30.5.2018.

vendredi 18 octobre 2019

Foot sectaire

Le sport n'a jamais rien eu à voir avec la politique. Laissons-le à l'écart de ce mælstrom malodorant.
Voilà ce qu'on entend dire si souvent. Il est vrai que le sport est si pur, si préservé de sordides questions d'argent ou de pouvoir.
Et si les footballeurs de l'équipe nationale turque ont fait par deux fois - lors de matchs face à la Bulgarie et face à la France - le salut militaire, ce n'est pas pour des raisons politiques, mais juste selon l'entraîneur turc, "pour soutenir nos soldats" (1). Et tout le monde sait que le soutien à des militaires faisant la guerre à un peuple voisin n'a rien de politique. C'est juste un petit clin d'œil sympa.
Même explication en Belgique où, cette fois, ce sont des enfants qui ont effectué - spontanément, on n'en doute pas une seconde - le salut militaire (2). Ils jouent dans un club de Beringen qui a pour nom Turkse FC, un club on ne peut plus turc en terre limbourgeoise. Un dirigeant du club a justifié ce salut en expliquant que les enfants avaient juste voulu "saluer les martyrs et leurs familles" et qu'il ne faut y voir aucun lien avec l'intervention militaire turque en Syrie. Et d'ailleurs, à entendre le président de l'organisation Union of International Démocrats (proche du parti d'Erdogan), c'est à peine si le club était au courant de ce conflit. Une photo des enfants footballeurs a été diffusée, avec cette légende: "nous voulons offrir notre âme pour l'existence d'une nation turque". Où on comprend que ces jeunes joueurs ont donc une âme et que le nation turque n'existe toujours pas.
On voit par là combien une équipe de foot peut s'apparenter à une secte et être un espace d'endoctrinement et de propagande nauséabond.

(1) https://www.liberation.fr/sports/2019/10/15/foot-les-turcs-saluent-bien-les-bleus_1757683
https://www.lalibre.be/sports/football/en-pleine-polemique-les-joueurs-turcs-refont-leur-salut-face-a-la-france-photos-5da4e6469978e218e3373c7a
(2)  https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/le-salut-militaire-des-jeunes-footballeurs-d-un-club-turc-de-beringen-enerve-le-ministre-weyts-5da5edb5f20d5a264d069d40

lundi 14 octobre 2019

La religion de paix aime la guerre

Que les religions soient vectrices de paix est la plus grande blague que l'humanité (une large partie d'entre elle en tout cas) se soit jamais racontée. Qui peut aujourd'hui affirmer sans rire - ou sans pleurer - que l'islam est une religion de paix?
Au Yemen, les deux grandes puissances islamiques, l'Arabie saoudite côté sunnite et l'Iran côté chiite, se font la guerre. Et c'est la population civile yéménite qui en paie le prix. Lourdement.
Les pays où l'Islam est religion d'Etat peuvent très rarement être considérés comme des démocraties. Au contraire. L'opposition y est inexistante ou en prison. Les femmes sont voilées et à la maison.
Et voilà qu'Erdogan, ce grand croyant qui s'est un jour présenté comme "l'imam d'Istanbul", vient de lancer une guerre contre les Kurdes syriens. Même si ceux-ci furent en première ligne dans le combat contre le monstre fascisto-islamiste en Syrie. Même si nous leur devons une reconnaissance éternelle pour le rôle qu'ils ont joué face à Daech. L'armée turque et les milices qu'elles a lâchées ont entamé les massacres, même contre des convois de civils (1).
Et nous, nous restons là, mutiques ou presque, abandonnant les Kurdes à la terreur (2). Par lâcheté et parce que nos irresponsables dirigeants européens ont passé un pacte avec ce terroriste d'Erdogan pour qu'il retienne trois millions de réfugiés à l'intérieur de ses frontières. Frontières qu'il menace maintenant d'ouvrir côté U.E. si celle-ci avait l'outrecuidance de prendre des sanctions contre lui pour son agression de la population kurde.
Les pays de l'Union européenne, à l'exception du Royaume-Uni (vivement le Brexit!), ont heureusement décidé de ne plus vendre d'armes à la Turquie (3). Mais c'est un peu tard.
C'est toute relation qu'il faut cesser, tout de suite, avec la Turquie. Absolument toute. Politique, économique, sociale, culturelle, touristique, sportive. Il faut exclure la Turquie de l'OTAN. Dire enfin clairement que la Turquie, cette Turquie-là, ne fera jamais partie de l'Union européenne. Annuler le match de foot, prévu ce soir, entre la France et la Turquie. Il faut mettre la Turquie au ban de la société civilisée. Elle s'y est mise elle-même.

Trump le dingue l'y a bien aidée. Je retire mes troupes de Syrie. Puis, non, je les y laisse. Puis, je les retire quand même parce qu'elles risquent d'être prises entre les deux feux, turc et kurde, que j'ai moi-même allumés (4).
Voilà les Kurdes forcés d'appeler à l'aide Assad, l'odieux boucher de Damas, et ses troupes.
Grâce au chaos provoqué par ce duo monstrueux que jouent Erdogan et Trump, des proches de djihadistes se sont enfuis par centaines (5). La guerre en Syrie est relancée, tout autant que la lutte du bien (forcément du côté de la religion) contre le mal (forcément du côté des laïcs). Les religions aiment le sang. Et la terreur.

(1) https://www.lalibre.be/international/asie/neuf-civils-kurdes-dont-une-femme-politique-executes-par-une-milice-turque-5da23b66f20d5a2781766617 et France Inter, Journal de 9h, 14.10.2019.
(5) https://www.lalibre.be/international/asie/syrie-des-familles-de-membres-de-l-ei-se-sont-echappees-d-un-camp-5da2e296d8ad5841fc7a9261

mercredi 30 mai 2018

La presse, tête de turc

Certains des supporteurs d'Erdogan, en France, du côté d'Avignon, ne supportent pas qu'on écrive que leur président est un dictateur. Pour le faire savoir, ils ont utilisé des méthodes de dictateur pour obliger un kiosquier à retirer de sa vitrine la couverture de l'hebdomadaire Le Point qui présente le président turc comme un dictateur. Ils ont menacé le commerçant de brûler son échoppe s'il ne leur obéissait pas. Les journalistes turcs n'ont pas besoin d'aller si loin dans les critiques vis-à-vis du pouvoir pour se faire arrêter. Plus de cent d'entre eux sont en prison pour avoir exercé leur métier. Les menaces envers les libertés de la presse, devenues habituelles en Turquie, gagnent donc des pays démocratiques. La dictature a le bras long, grâce à ses fans. 
"Avec cet incident, écrit Riss (1), la peur élargit son champ d'action en partant à l'assaut d'un nouveau territoire: la politique. La peur avait déjà investi le spirituel, il lui reste à conquérir le temporel. Le blasphème n'est plus seulement religieux, il devient politique. Ce qu'a vécu Charlie Hebdo et cet incident sur une couverture du Point ont un dénominateur commun. La remise en cause de notre modèle libéral de pensée."
Le directeur de Charlie Hebdo constate combien l'injonction "faut respecter" envahit les réseaux sociaux, la religion et maintenant la politique. Critiquer serait irrespectueux. "Jamais le mot respect n'a été aussi peu respectueux des autres. Il sert désormais à intimider et à faire taire les contestataires."
Erdogan respecte-t-il les journalistes, la liberté de la presse, la justice, l'opposition, les droits de l'homme et ses défenseurs? 

Extraits du rapport 2017/2018 d'Amnesty International sur la Turquie:
"De nouvelles violations des droits humains ont été commises dans le contexte du maintien de l’état d’urgence. Les dissidents ont fait l’objet d’une répression sans merci visant en particulier les journalistes, les militants politiques et les défenseurs des droits humains. Des cas de torture ont cette année encore été signalés, mais dans une moindre mesure qu’au cours des semaines ayant suivi la tentative de coup d’État de juillet 2016. (...)
L’état d’urgence, instauré à la suite de la tentative de coup d’État de juillet 2016, a été maintenu tout au long de l’année. C’est dans ce contexte qu’ont été mises en place des restrictions illégales à l’exercice de droits fondamentaux, et que le gouvernement a été en mesure d’adopter des lois sans qu’un contrôle efficace puisse être exercé par le Parlement et les tribunaux.                                                                 Neuf députés du parti pro-kurde de gauche, le Parti démocratique des peuples (HDP), (...) sont restés emprisonnés pendant toute l’année. Soixante maires élus du Parti démocratique des régions,(...)  ont été eux aussi maintenus en détention. (...)                                                                                                       Le pouvoir judiciaire, qui a lui-même été décimé quand près d’un tiers des juges et procureurs du pays ont été révoqués ou placés en détention, demeurait soumis à une intense pression politique. Des cas de détention provisoire arbitraire, excessivement longue et infligée à titre punitif, ainsi que des violations des normes d’équité des procès ont cette année encore été régulièrement signalés. (...)                                Plus de 100 journalistes et autres professionnels des médias (...) se trouvaient en détention provisoire à la fin de l’année. (...)                                                                                                                                      En juillet, la police a effectué une descente (...) et a arrêté les 10 défenseurs présents, dont deux étrangers. Huit de ces personnes, notamment la directrice d’Amnesty International Turquie, İdil Eser, ont été placées en détention provisoire jusqu’à l’ouverture, en octobre, de leur procès pour « appartenance à une organisation terroriste », accusation forgée de toutes pièces et motivée par leurs activités de défense des droits humains."                                                                                                                                      
Si Erdogan n'est pas, à tout le moins, un apprenti dictateur, qu'est-il donc? Et ses supporteurs zélés qui participent aux menaces contre la liberté de la presse, que sont-ils donc, sinon de petits apprentis miliciens? Les braves citoyens qui veulent faire eux-mêmes la loi dans la rue et menacent de pratiquer des autodafés nous renvoient à l'Inquisition, à l'Italie fasciste, à l'Allemagne nazie.                                                                                
Demain sera une première pour moi: je vais acheter Le Point. Par solidarité.
(1) "Je suis Le Point", Charlie Hebdo, 30.5.2018.                                                                                      (2) https://www.amnesty.org/fr/countries/europe-and-central-asia/turkey/report-turkey/

Note: désolé pour la mise en page. L'introduction dans mon texte d'un texte extérieur la bouleverse...

mardi 8 novembre 2011

Encore un modèle qui s'effondre

On nous dit que le modèle d'Ennahda, le parti islamiste tunisien, serait l'AKP, le parti du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Qu'il s'agirait là d'un islamisme modéré.
Pas plus que d'autres (voir "Modérons-nous", en date du 3 novembre), Martine Gozlan, reporter à Marianne, ne croit en cette modération: "je ne crois absolument pas à l'islamisme modéré, explique-t-elle dans une interview publiée dans "L'Avenir" (1), parce que l'islamisme en soi est déjà un excès puisqu'il se rend coupable d'un hold-up sur une religion. Ici, c'est le hold-up de la religion par le politique."
Martine Gozlan a analysé le pseudo modèle turc dans un livre: "L'imposture turque" (2). Elle explique avoir voulu dénoncer une triple imposture: démocratique, laïque et géopolitique. "Le premier ministre Erdogan a réussi à mettre les médias sous coupe réglée. Plus de soixante journalistes sont emprisonnés, sans compter les arrestations d'intellectuels", affirme-t-elle, précisant que "ses fils, son gendre, ont acquis la plupart des grands groupes de presse turcs". Elle estime que l'obscurantisme gagne la Turquie, où de plus en plus de femmes sont voilées ou incitées à se voiler, où des galeries d'art sont attaquées, où les théories antidarwinistes ont de plus en plus de succès. Selon elle, "il est clair que, d'amendement en amendement (de la constitution), la Turquie se dirige vers une réappropriation de l'espace constitutionnel par les lois divines".
En Tunisie, les islamistes se veulent rassurants: ils sont - eux aussi - modérés. N'empêche que "les guerriers de l'inquisition" (comme les appelle Zineb El Rhazoui dans Charlie Hebdo) (3) ont attaqué directement le directeur de la chaîne de télé qui avait eu l'audace de programmer "Persepolis" de Marjane Satrapi. Jusqu'à menacer de violer sa femme de ménage. Ce qui indique l'attention que les islamistes portent aux femmes, en particulier celles qui sont au bas de l'échelle sociale. Le mouvement Aatakni (Lâche-moi, en arabe tunisien) leur a répondu en manifestant en masse, pour réclamer le droit d'expression, de pensée, de croyance. Dans certaines villes, ces manifestants ont été agressés violemment par des contre-manifestants islamistes (3).
"A Tunis, les culturels restent au front", titre LLB (4). "Impossible de rencontrer un culturel qui se dise pro-Ennahda", écrit Guy Duplat. "Nous avons survécu à Ben Ali, déclare Zeyneb Farhat qui co-dirige El Teatro à Tunis, nous allons nous défendre si cela devenait nécessaire. Sans écouter les pays étrangers qui disaient du bien de Ben Ali et qui, maintenant, nous disent que nos islamistes sont raisonnables. Nous serons là."
On voit par là que la démocratie est un combat qui n'est jamais gagné et que celui de l'intelligence doit être primordial.

(1) 5 novembre 2011
(2) Grasset, 2011
(3) Charlie Hebdo, 26 octobre 2011
(4) LLB, 2 novembre 2011