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mercredi 14 janvier 2026

Dieu démoniaque

Dieu est un assassin. C'est un juge iranien qui l'affirme. Dans le journal de 8h ce matin sur France Inter (1), un journaliste franco-iranien expliquait que les autorités iraniennes procèdent toujours de la même manière :  une fois terminée la répression des manifestations et les protestataires embarqués, les tribunaux révolutionnaires lancent les vagues d'exécutions. Le bureau des procureurs de Téhéran l'a fait savoir : les manifestant devront répondre de l'un des chefs d'accusation les plus graves : ennemi de Dieu. C'est le motif qui leur permet d'exécuter. Cette condamnation entraîne automatiquement la peine de mort. En 2023, c'est ce motif qui a été retenu lors de procès et qui a mené à la condamnation à mort et l'exécution de douze personnes. Une video montre un juge disant à un condamné : "moi, je veux te gracier, mais le problème, c'est que Dieu me demande de t'exécuter".
De deux choses l'une : ou Dieu est un salaud qui réclame la mort de gens qui se battent juste pour être libres ou ce juge blasphème.

(1)  https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-journal-de-8h/le-journal-de-08h00-du-mercredi-14-janvier-2026-1486969

lundi 10 février 2020

Mais où est-Il?

Soyons triviaux. Une fois n'est pas coutume. L'actualité nous y invite. La question n'est pas  ici de décider de ce qui est de bon ou de mauvais goût, de ce qui est grossier ou non. Si quelque autorité que ce soit (politique, religieuse, culturelle, sociale) agissait par décret sur le goût, la télé verrait disparaître au moins la moitié de ses émissions et Internet des milliards de pages. La question est celle de la liberté d'expression.
Récemment, une jeune fille homosexuelle de seize ans, Mila, a éconduit un jeune homme qui la harcelait sur Internet. Celui-ci l'a aussitôt accusée de racisme antimusulman. Puis, d'autres aboyeurs qui traînent sur la toile, l'ont traitée de "sale Française", de "sale gouine", de "chiennasse".
Sa réaction fut virulente: "Votre religion, c'est de la merde. Votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul. Merci. Au revoir", a-t-elle répondu à ceux qui l'injuriaient.
Fureur noire de centaines de personnes qui, depuis, lui adressent quotidiennement des messages haineux et des menaces de mort. Au point qu'elle a dû quitter son école et disparaître vu la violence des attaques à son égard et à celui de sa famille.
Ceux qui s'offusquent des propos de Mila ne croient pas en Dieu. Ils ne croient pas ce que toutes les religions monothéistes enseignent: Dieu est un être immatériel et il est partout. Plutôt que de se scandaliser des propos de Mila, ils auraient dû en rire. Et lui faire admettre que sa menace était totalement irréalisable. Affirmer vouloir toucher à quelque partie que ce soit de l'anatomie de Dieu, c'est totalement méconnaitre ce dernier. Même si la représentation collective le voit comme un vieux barbu (un homme, évidemment) au regard sévère, il n'a pas plus de cul que de tête, vu son immatérialité. Comme l'écrit Yannick Haenel dans Charlie Hebdo (1), "la localisation de l'anus divin s'annonce compliquée". Dieu échappe au trivial par son absence de corps.

La meilleure preuve, s'il en fallait, que Dieu est immatériel, c'est qu'il n'a ni yeux ni oreilles: il ne voit pas, n'entend pas les violences commises depuis les débuts de l'humanité, la misère, les inégalités, la planète qui part à la dérive. S'il les voyait, voilà longtemps qu'il aurait foudroyé ceux qui, depuis des millénaires, sont responsables de millions de morts. Combien compte-t-on dans l'histoire de l'humanité d'hommes, de femmes, d'enfants tués au nom de Dieu? Combien de conversions forcées, d'enlèvements, de viols, de tortures, d'attentats, de brutalités commises au nom de celui qui est, nous dit-on, l'incarnation de la bonté et de l'amour? On n'a pas le droit de se moquer de Dieu. Mais lui a le droit de se moquer de nous. Et bien pire. A croire qu'à force d'être partout Dieu n'est nulle part.

Ce qui n'empêche que se moquer de cette idée qu'est Dieu ou l'insulter suscite aussitôt une sainte haine. La haine souvent repose sur l'ignorance et l'absence de réflexion. On n'en absoudra pas pour autant les haineux.
On n'absoudra pas non plus la gauche, ni les mouvements féministes (pas tous heureusement - 2) qui brillent, dans cette "affaire Mila", par leur silence religieux. Ou pire: qui condamnent la blasphématrice plutôt que ceux qui la menacent de mort. 
Le Parti communiste n'est plus ce qu'il était. Le voilà qui condamne les "insultes à la religion". Karl Marx doit se retourner dans sa tombe, lui qui affirmait que "la religion est l'opium du peuple". Et  voilà le secrétaire général du PCF qui se range du côté des bigots. O tempora, o mores!

(1) dans le n° de Charlie Hebdo du 5.2.2020, numéro spécial blasphème.
(2) Le mouvement Femen, la Ligue du Droit international des femmes, Regards de femmes et Libres MarianneS ont soutenu Mila.
Note: Tous ceux qui, sans vraiment le dire, aimeraient voir réintroduit le délit de blasphème donnent implicitement raison à ceux qui menacent de mort Mila. Ce sont les mêmes que ceux qui depuis 1988 menacent de mort Salman Rushdie et tant d'autres impies. Ceux-là préférent défendre l'intégrité physique et la réputation d'un être immatériel (auquel la plupart d'entre eux ne croit pas), plutôt que celles d'une jeune fille ou d'un écrivain. Y a-t-il un psychiatre dans la salle?
A écouter, Sophia Aram ce matin sur France Inter:
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-10-fevrier-2020
A écouter, Brigitte Fontaine, "God Go To Hell", https://www.youtube.com/watch?v=Ny9hpp4HD0w

Enfer chrétien, du feu.
Enfer päien, du feu.
Enfer mahométan, du feu.
Enfer hindou, des flammes.
A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur.
Victor Hugo, "Choses vues" (1)

dimanche 4 novembre 2018

De l'avantage de l'herbivore

En Argentine, près de la Cordillère des Andes, des paléontologues viennent de découvrir une  nouvelle espèce de dinosaure qu'ils ont baptisée lavocatisaurus agrioensis. Ce grand gaillard tranquille de douze mètres de long était herbivore (1).
Au Pakistan, on redécouvre une vieille espèce d'homme: l'islamiste vociférant, avide de sang. L'espèce est carnivore et appelle à la mort pour un prétendu blasphème (2). Voici huit ans, Asia Bibi, chrétienne, avait été dénoncée par des voisines pour blasphème: elle aurait bu un verre d'eau tirée d'un puits réservé aux musulmans. On voit que la faute est grave, elle méritait la mort, avait alors décidé un tribunal. Il y a quelques jours, la Cour suprême du Pakistan avait décidé de l'acquitter. Huit ans de prison pour un verre d'eau, voilà qui semblait être une sentence suffisante. Mais les islamistes, aussi fous que furieux, ont manifesté durant trois jours en bloquant le pays, réclamant sa pendaison. Le gouvernement a cédé: il ne s'opposera pas à une demande de révision de la décision de la Cour suprême et a interdit à Asia Bibi de quitter le pays. Son avocat, lui, a fui, menacé de mort par les fous de Dieu (3).
Dans l'Indre, on vient de découvrir une autre espèce humaine. Tellement vorace qu'elle n'attend pas que l'animal soit mort pour le découper en morceaux. L'association L214 a rendu publiques des images de vidéosurveillance enregistrées dans l'abattoir communal du Boischaut. On y voit des animaux dépecés alors qu'ils sont encore conscients. Conscients que l'homme est un barbare (4). 
On ne regrettera pas la disparition de certaines espèces de carnivores si peu humaines. Se savent-ils sauvages, tous ces hommes qu'on a hâte de voir fossilisés?

(1) https://www.huffingtonpost.fr/2018/11/03/une-espece-de-dinosaure-herbivore-geant-decouverte-en-argentine_a_23579549/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) A une voisine qui estimait qu'Asia Bibi, parce qu'elle est chrétienne, avait souillé l'eau du puits en y en prélèvant de l'eau, cette dernière avait répondu: "ton prophète, c'est Mahomet. Le mien, c'est Jésus". Blasphème!, avaient hurlé les voisins. Ce qui démontre que toute religion est en elle-même blasphématoire par rapport aux autres. Affirmer qu'on croit en tel dieu, c'est blasphémer par rapport à une autre qui croit en un autre dieu. Le blasphème est la notion la plus absurde qui soit.
(3) https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/11/02/acquittement-d-asia-bibi-les-islamistes-trouvent-un-accord-avec-le-gouvernement_5378272_3216.html
(4) https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/11/03/maltraitance-animale-le-ministre-de-l-agriculture-fait-fermer-provisoirement-un-abattoir-de-l-indre_5378501_3244.html


 A écouter, à propos d'Asia Bibi et du blasphème, le billet de Sophia Aram sur France Inter ce lundi 5: https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-05-novembre-2018


jeudi 26 avril 2018

Nos peurs

Je l'ai écrit déjà: je me suis rendu compte que je n'osais plus lire Charlie Hebdo dans une gare ou un train, de peur d'être agressé. Je le reçois chaque semaine emballé dans un plastique opaque. Je suppose qu'il s'agit de le rendre inaperçu des employés de la Poste, du facteur, des voisins. Qui aujourd'hui oserait lire en public "Les Versets sataniques"?
Au lendemain des attentats de novembre 2015 à Paris et de mars 2016 à Bruxelles, nous affirmions notre absence de peur. Mais c'est faux: les islamistes ont réussi à l'installer, cette peur. Nous avons peur de leurs réactions insensées et en plus nous craignons de choquer non pas les islamistes mais les musulmans. Le terrorisme n'est pas que physique, il est aussi intellectuel. Nous craignons de blasphémer. De nombreux enseignants avouent ne plus oser aborder en classe, en cours d'histoire, de sciences, de philo, des sujets qui risquent de fâcher, liés à la religion, aux normes, aux règles, aux interdits qu'elle serait censée imposer . "Dénoncer l'emprise de la religion est devenu aussi angoissant que dénoncer Al Capone", écrit Gérard Biard (1).
"N'ayons plus peur! Enquête sur une épidémie contemporaine (et les moyens d'y remédier)", c'est le titre d'un ouvrage d'Ali Magoudi (2). Le psychanalyste explique qu'après les attentats certains de ses amis affirmaient qu' il faut respecter le sacré de l'autre. Ce qui ne veut rien dire. "Je m'aperçois qu'on n'a pas compris ce qu'était la laïcité ni ce qu'impliquait la liberté de religion: l'autre a le droit d'avoir la religion qu'il veut..., mais, du coup, ses pensées eu égard aux miennes, seront obligatoirement blasphématoires." (3) La liberté de religion implique que l'autre a le droit de blasphémer. C'est-à-dire, tout simplement, de contester. Finalement, dit-il, "la peur d'avoir des pensées blasphématoires nous empêche de penser". Et de toute façon toute religion constitue un blasphème par rapport à une autre, puisqu'elle la contredit. "Qu'est-ce que c'est que ce monde qui n'arrive pas à laisser se déployer des vérités contradictoires? On sait bien que la vérité avec un grand V n'existe pas."
"Je rêve, dit encore Ali Magoudi, d'un monde où l'indifférence au blasphème aurait droit de cité. (...) Que l'autre se foute de ce que je pense. Qu'il se foute de ce que je pense de l'avortement, de l'euthanasie, de ce que je pense des choses essentielles: que l'autre me foute la paix."
Mais nous voilà dans la peur que l'autre pense que ce que nous pensons, ce que nous lisons, ce que nous écrivons est une agression envers lui. "Le paradoxe dans le monde actuel, c'est que les vérités religieuses dans leur portée collective ont énormément régressé, et dans la mesure où il n'y a pas un discours collectif qui vient porter la pluralité comme norme, il n'y a plus de norme qui protège d'une pluralité de peurs. On avait une seule peur, celle de l'Autre, un Autre organisé, un Dieu, mais maintenant on est comme des enfants de 2-3 ans, les peurs sont multiples, elles s'accrochent à tout ce qui passe. Et tous les énoncés du discours collectif contemporain sont sur le mode Ayez peur!": les menaces sont diverses et les dangers sont imminents."
Il faudrait cesser d'avoir peur. Il faudrait.

(1) "Laïcité: les profs au tableau", Charlie Hebdo, 11 avril 2018.
(2) éditions La Découverte.
(3) Entretien avec Ali Magoudi, Charlie Hebdo, 4 avril 2018.
(Re)lire sur ce blog "Islamofolies", 19.4.2013, "Vade rétro", 22.4.2013, "Charlie est bien vivant", 14.1.2015, "Blablasphème", 17.1.2015, "Blasphème?", 13.3.2007.

jeudi 21 janvier 2016

Dire

Ce poète syrien, aujourd'hui réfugié en France, fils de parents très religieux, a été éduqué dans une école coranique. A vingt ans, Omar Youssef Souleimane s'est déclaré athée, au grand dam de ses proches qui ont coupé les ponts avec lui. "C'est très difficile de se présenter comme athée, explique-t-il (1). Un athée est vu comme un méchant, un drogué, un voleur. Mais dans le monde arabe, on vit encore comme au Moyen-Age, pas dans cette époque." S'il a tourné le dos à l'islam, en tout cas à sa version la plus dure, c'est que "dans le Coran, beaucoup de sourates invitent  de manière très claire à tuer, à détester les autres. Dans le texte du Coran, on lit que le musulman doit savoir qu'il est mieux que les autres, que c'est lui qui fabrique le monde. Les autres sont des élèves, lui le chef, le professeur. Parce qu'il sera le seul à aller au paradis; tous les autres, s'ils ne sont pas musulmans, iront en enfer." Il faudrait, dit-il encore, que "le monde arabe réfléchisse sans tabou, reconnaisse que la prophète Mahomet a semé la haine. Mais personne ne peut le dire, parce que l'islam est une religion politique."
Voilà des propos qui doivent être qualifiés d'islamophobes par les bonnes âmes et les tenants du politiquement corrects. Seuls ceux qui affirment, la main sur le cœur, que l'islam est une religion de paix ont le droit d'en parler. Les autres sont racistes. Même s'ils sont de la même "race" (2) que les pieux croyants et s'ils ont vécu de manière extrêmement dure, dans leur tête et dans leur corps, cette religion. Que reste-t-il du pouvoir de critique de tout citoyen? Quelle place laisse-t-on aux débats d'idées? A l'individu face au groupe?
Mais peut-être faudrait-il réécrire le Coran pour qu'on cesse de lui faire dire ce qu'il dit. Est-ce blasphématoire? Après tout, le Rijksmuseum d'Amsterdam est bien en train de modifier le titre de certaines œuvres d'art (3) pour éviter des mots qui choquent, tels que nègres ou maures
A refuser d'analyser de manière critique les textes et les œuvres, à empêcher les regards différents, on glisse vers l'obscurantisme. Et, partant parfois d'un bon sentiment, on use de pratiques très staliniennes.
Résumons-nous: l'intelligence peut progresser encore.

(1) France Musique, La Matinale culturelle, 18 janvier 2016: http://www.francemusique.fr/emission/la-matinale-culturelle/2015-2016/omar-youssef-souleimane-dossier-du-jour-et-si-les-refugies-avaient-aussi-besoin-de
(2) il est toujours amusant (ou effrayant) de lire certaines bonnes âmes qui vous ressortent, dès qu'on critique l'islam, la (stupide) notion de race...
(3) A Amsterdam, les Maures ne passeront pas, Télérama, 13 janvier 2015.

dimanche 8 novembre 2015

Humour toujours

Le Kremlin n'a pas apprécié deux dessins du dernier numéro de Charlie Hebdo qui font référence au crash d'un avion russe. Ils ont été qualifiés à Moscou de "blasphématoires". Ils n'ont, dit-on au Kremlin, "rien à voir ni avec la démocratie, ni avec la liberté d'expression" (1). Et on a affaire là à des spécialistes: s'il est bien un gouvernement qui sait ce que représentent ces deux notions, c'est bien celui de Russie. Les citoyens et les médias russes peuvent en témoigner, tout autant que les Tchétchènes, les Ukrainiens et les opposants à Bachar El Assad. Pour ne citer qu'eux.
Mais qu'est-ce qu'un blasphème? Je ne sais comment le définit le dictionnaire russe de référence, mais voici ce qu'en dit le Petit Larousse: " parole, discours qui insulte violemment la divinité, la religion et, par ext., qqn ou qqch de respectable". Que ne respectent pas les dessins de Charlie Hebdo? La mort? La mort est-elle respectable?  Nous respecte-t-elle, elle? Elle ne cesse de se moquer de nous. Ce serait lui laisser tous les droits que ne pas en rire. Les autorités russes sont-elles respectables? Ne peut-on s'en moquer? Elles ne cessent de le faire de la démocratie et des droits de l'homme.
Le rire est le propre de l'homme, dit-on. Mais pas de Vladimir Poutine pour qui le rire doit être un signe de faiblesse. Un homme fort ne rit jamais. Il en est la preuve.
Que voit-on par là? Que Charlie Hebdo est lu au Kremlin et qu'il y a humour et humour. Celui du Kremlin nous échappe.

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/crash-en-egypte-deux-dessins-de-charlie-hebdo-blasphematoires-selon-moscou-563cd7ec3570bccfaed87f3b

samedi 17 janvier 2015

Blablasphème

La couverture du dernier Charlie Hebdo fait des vagues. Elle n'est pas vengeresse, on pourrait la qualifier de gentille, tant elle est sobre et sereine par rapport à l'horrible et inacceptable massacre commis au nom du Prophète. De nombreux organes de presse à travers le monde l'ont reproduite. D'autres n'osent pas, ne veulent pas, pour ne pas choquer leur public musulman. Lui ont-ils caché, pour ne pas le heurter, tous les crimes commis chaque jour au nom de sa religion?
A Karachi, hier au sortir de la prière, des hommes ont manifesté en masse contre Charlie Hebdo, un journal qu'ils ne connaissent évidemment pas, et ont tabassé des journalistes. On voit par là que la prière, c'est vraiment chouette.

Le plus dérangeant dans toutes ces attaques, qu'elles soient verbales ou physiques, c'est qu'elle sont si peu justifiées. Ces dessins sont des insultes au prophète, entend-on. Encore une fois, en quoi représenter  Mahomet verser une larme sur les crimes commis en son nom serait-il insultant à son égard, alors que le dessin le présente compatissant? (voir post-scriptum)
Tous ces dieux seraient-ils des colosses aux pieds d'argile, menacés d'être réduits en poussière par un coup de crayon? Ce serait si facile?
On n'a pas le droit de représenter le Prophète, entend-on dire couramment. Qui a érigé ce droit? "Que dit la loi de l'islam, dont se revendiquent les assassins de Charlie Hebdo?", demande Juliette Bénavent dans Télérama (1)? Elle trouve des réponses auprès du théologien François Bœspflug: "En Perse, en Inde, dans l'Empire ottoman, on trouve de très nombreuses miniatures. Dans le monde chiite, des bustes, des tapisseries, des panneaux le représentaient avant la révolution khomeyniste. Il y a encore vingt ou trente ans, les souks d'Iran regorgeaient de posters montrant le Prophète sous les traits d'un beau jeune homme, brun et barbu." Ce sont le wahhabisme, puis les Frères musulmans et le salafisme, donc l'islam radical, qui ont imposé la prohibition des images. "Des jeunes qui tuent en croyant défendre l'honneur du Prophète: voilà le fruit d'un islam devenu inculte, tragiquement incapable de transmettre une culture savante et documentée, donc critique de sa propre histoire. Cette ignorance n'a pas de vainqueur, elle ne fait que des victimes", dit encore François Bœspflug.
Oui, mais le caricaturer, c'est blasphémer entend-on encore. "Le blasphème, je ne sais tout simplement pas ce que c'est, affirme le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne (1). Que m'importe, d'abord, ce que peuvent dire de ma religion ceux qui ne croient pas? Mais surtout, personne - personne ! - ne peut affirmer: Voici ce que dit le Coran à ceux qui insultent le Prophète. Le Coran ne dit rien sur le sujet! Un verset célèbre conseille même de dire aux incroyants: A vous votre religion, à moi la mienne... Le malheur est que ceux qui appellent au meurtre, après avoir bricolé leur pseudo-discours du Coran sur le blasphème, sont pris au sérieux."
Jusqu'à cette enseignante française, enregistrée à son insu par une de ses élèves, qui a affirmé qu'on a le droit de tuer si sa religion est attaquée. Elle sera entendue par la Justice (2).
Comme le disait je ne sais plus quel dessinateur (ce devait être dans Pilote dans les années '70), "nul névropathe en son pays".

Dans le climat confus qui règne actuellement, les décisions les plus paniquées se prennent, au mépris de l'intelligence. Ainsi le maire UMP de Villiers-sur-Marne qui a interdit la diffusion, dans sa commune du remarquable film Timbuktu d'Abderrahmane Sissako, parce qu'il ferait "l'apologie du terrorisme". Alors qu'au contraire il le dénonce et que ce film devrait être diffusé partout. Surtout auprès de tous ceux qui seraient tentés par le djihadisme. On voit par là que des actes stupides en entraînent souvent d'autres.

Post-scriptum: une note positive, pleine d'espoir: ce texte interpellant d'un professeur de philosophie à Lille, Soufiane Zitouni, qui salue "le très beau dessin de Luz" dans lequel il trouve "tendresse et intelligence":
www.liberation.fr/societe/2015/01/14/aujourd-hui-le-prophete-est-aussi-charlie_1180802
A lire aussi: www.lalibre.be/light/societe/est-il-vraiment-interdit-de-representer-mahomet-dans-l-islam-54b8eae535703897f83c7705

(1) Télérama, 14 janvier 2015.
(2) France 3, Journal, 16 janvier 2015, 19h30.

mercredi 14 janvier 2015

Charlie est bien vivant


La une d'aujourd'hui est bien fidèle à l'esprit de Charlie: drôle, impertinente, intelligente.
Mais déjà des esprits chagrins se font entendre, nous dit-on, dans le monde arabo-musulman. Elle serait insultante pour le Prophète.
N'est-il pas beaucoup plus insulté quand en son nom des fous furieux assassinent des journalistes, des caricaturistes, des policiers, des juifs, des agents d'entretien?
N'est-il pas beaucoup plus insulté quand en son nom des crapules forcent une gamine de dix ans à se faire exploser en faisant vingt morts autour d'elle?
N'est-il pas beaucoup plus insulté quand en son nom on lapide des femmes, on coupe des mains ou des langues, on viole, on tue?
N'est-il pas beaucoup plus insulté quand en son nom on condamne à mort un militant anti-esclavagisme en Mauritanie (1)?
N'est-il pas beaucoup plus insulté quand en son nom on appelle à la mort de l'écrivain Kamel Daoud pour avoir critiqué l'islam (2)?
N'est-il pas beaucoup plus insulté quand en son nom on oblige les femmes à vivre cachées, on empêche les gens d'écouter de la musique, de danser, de boire, bref de profiter de la vie?
N'est-il pas beaucoup plus insulté quand en son nom des salafistes détruisent à Nice la devanture d'un épicier parce qu'il vend du jambon et de l'alcool (3)?
N'est-il pas beaucoup plus insulté quand en son nom on interdit aux enfants de fabriquer des bonshommes de neige sous prétexte qu'ils seraient sacrilèges (4)?
Et le représenter dans la compassion, versant une larme sur les victimes tuées en son nom serait insultant? On a du mal à suivre.
Le délit de blasphème n'existe pas. Celui de crime oui.
Ne pas se lever contre tous les crimes, toutes les exactions, toutes les bêtises commises au nom d'un dieu ou d'un prophète quel qu'il soit, c'est insulter l'humanité. Elle est vivante, elle.
Et comme le disait Sophia Aram, "on a décidé (les athées) que votre droit de prier est un droit inaliénable. (...) Votre liberté de prier est le pendant de notre liberté de penser" (5).
Amen.

(1) Mohamed Cheikh Ould El Mkhaitir a été condamné à mort pour avoir écrit un texte "contre l'esclavage et notamment contre sa justification par la religion islamique, tel qu'il est encore pratiqué au pays des Maures". La répression est de plus en plus dure contre les militants abolitionnistes en Mauritanie. "L'islam, s'il a adouci et réglementé l'esclavage, ne l'a jamais aboli. Bien au contraire, Mahomet lui-même possédait des esclaves, et ses enseignements ont même consacré la condition servile, notamment celle des concubines, qui doivent se soumettre à un droit de cuissage du maître sans aucun droit en retour, même pas celui de disposer de leurs enfants. Aujourd'hui encore, les esclaves mauritaniennes, toutes nées en captivité, subissent ces mêmes lois sans que médias, ONG ou institutions étatiques puissent leur apporter assistance." Zineb El Rhazoui, "Esclaves contre dieux et maîtres", Charlie Hebdo, 7 janvier 2015.
(3) Zineb El Rhazoui, "Inquisition halal à Nice", Charlie Hebdo, 31 décembre 2014.
(2) Zineb El Rhazoui, "Les salafistes regardent Ruquier", Charlie Hebdo, 24 décembre 2014.
(4) www.liberation.fr/monde/2015/01/13/la-fabrication-de-bonhommes-de-neige-sacrilege-en-arabie-saoudite_1179819
(5) excellent billet de Sophia Aram ce lundi 12 janvier (8h55): "Le blasphème, c'est sacré", à réécouter sur www.franceinter.fr

vendredi 9 janvier 2015

La question des limites

Il y a des limites à l'humour, pensent certains esprits peu éclairés qui n'en mettent pas à la violence, verbale comme physique. On ne pourrait, selon eux, se moquer du "sacré". La difficulté, je l'ai souvent écrit ici, c'est de déterminer ce qui serait sacré et ce qui ne le serait pas, sachant que ce qui est sacré pour les uns, selon leurs croyances, est sacrilège pour d'autres. Affirmer qu'il n'y a qu'un seul dieu et que c'est Allah doit être considéré comme blasphématoire par les adeptes des autres religions que l'Islam. Et inversement. On ne s'en sort jamais. Pourquoi, à ce compte-là, Charlie Hebdo ne serait-il pas "sacré" pour les libertaires, bouffeurs de curés ? Voilà pourquoi le blasphème n'est heureusement pas un délit dans nos pays où la liberté d'expression fait loi (1).
Reste à régler les limites de celle-ci. Il y a à peine plus d'un an, Charlie Hebdo avait été l'objet d'un appel à pratiques inquisitoires de la part d'un rappeur : un certain Nekfeu invitait à un "autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo" (2). Un autre rappeur, à l'élégant nom de Disiz la Peste, lui emboîtait le pas en annonçant aux membres de l'équipe de Charlie qu'il les ferait taire : "je vous couperai les mains" (3). Ces appels violents ont été peu condamnés par l'opinion publique et par la presse. Mais visiblement entendus... Quelle part de responsabilité ont-ils dans le massacre de ce mercredi?
Aujourd'hui, on se réjouit de l'immense mobilisation à laquelle on assiste en France et bien au-delà autour de l'équipe de Charlie. Mais on lit aussi les "hyhaines" qui se déchaînent sur Internet, en soutien aux sinistres assassins (4). Et on se dit qu'il est urgent de règlementer cet espace qui peut être un outil de dialogue et d'information magnifique, mais aussi un vomissoir immonde où s'exprime une violence abjecte. Il est temps de responsabiliser les utilisateurs d'Internet et les gestionnaires de réseaux. Oui, on peut discuter de tout, comme on peut rire de tout. Mais non, on ne peut pas tout dire. Et oui, il y a des règles à la communication. De l'intelligence. De l'intelligence. Si ce n'est pas trop demander.

(1) A relire sur ce blog: "Blasphème?", 13 mars 2007, ou encore "Vade retro", 22 avril 2013.
(2) "Dé-rap-age", 27 novembre 2013.
(3) "Le monde comme il essaie d'aller", 4 décembre 2013.
(4) Ainsi, nous dit-on, certains, évoquant le massacre de l'équipe de Charlie, le qualifient d' "attaque héroïque". Flinguer sans sommation avec des kalachnikovs des gens sans défense serait donc "héroïque"? C'est confondre héroïsme et lâcheté. Et susciter, un peu plus, le dégoût des assassins et des hyènes qui les suivent pour se repaître.

lundi 22 avril 2013

Vade retro

Ici et là et même un peu partout, le blasphème se voit érigé en faute par la loi humaine. Ou voudrait l'être. On ne peut se moquer des religions, nous disent de bonnes âmes. Même infidèles.
L'accusation de blasphème est aujourd'hui devenue commode pour empêcher toute critique (1).
Le blasphème, nous dit le Robert, est " une parole qui outrage la divinité, la religion ".
Le problème, si on fait sortir le blasphème de l'enceinte même de la religion, si on considère qu'un non croyant ou un "autre" croyant ne peut blasphémer, le problème, c'est la définition. Qu'est-ce qui est outrage, qu'est-ce qui est divinité, qu'est-ce qui est religion? Le problème, c'est que l'on est toujours l'infidèle de l'une ou l'autre religion. Si pas de toutes.
Supposons que je sois catholique (c'est juste une supposition), j'estimerais qu'il n'y a pas d'autre dieu que Dieu. Je pourrais donc considérer comme blasphèmatoire l'affirmation selon laquelle Allah ou Yahvé ou tout autre de leurs confrères est le seul dieu. Serait au moins aussi blasphématoire la position des athées qui par définition croient que dieu n'existe pas. Comment pourrait-il ne pas exister puisque j'y crois?  Si je pense qu'il faut jeûner en période de carême, je pourrais considérer comme blasphématoire que l'on fasse publiquement bombance en cette période. Permettre à deux personnes de même sexe de se marier, n'est-ce pas blasphémer?
Si je n'ai pour seule religion que le vin (ce qui est moins une supposition), ne pourrais-je considérer comme blasphématoire les appels à l'abstinence?
On voit par là que les religions peuvent nous saouler.

(1) La lecture de la rubrique "L'hérétique de la semaine" dans Charlie Hebdo est, à cet égard, hélas édifiante.






vendredi 19 avril 2013

Islamofolies

Les religions ne sont pas critiquables. Il faut respecter les vérités qu'elles représentent. Les critiquer, c'est s'exposer à de graves ennuis. On évitera donc de le faire.

En Russie, la Douma vient d'adopter un projet de loi anti-blasphème (1). On ne pourra outrager ou insulter les sentiments ou les convictions religieuses du citoyen. Comme on ne sait quels sentiments sont ceux du citoyen, on est prié de se taire et de ravaler toute critique à l'égard de toute religion. Sinon, on risque l'équivalent de sept mille euros d'amende ou deux cents heures de travail d'utilité publique ou encore trois ans de prison. En revanche, en Russie, on a parfaitement le droit de répandre de force  "la parole de Dieu". Les activistes orthodoxes ne s'en privent pas, usant de la terreur et de la violence pour imposer leurs vues. C'est normal, la vérité a tous les droits.

Au Maroc, le Conseil supérieur des oulémas a décrété une fatwa qui menace de mort tout musulman qui aurait abjuré sa religion. Le musulman serait donc prisonnier à jamais de celle-ci. Le code pénal marocain interdit "d'ébranler la foi d'un musulman ou de le convertir à une autre religion". L'ébranleur risque de six mois à trois ans de prison (2).

En Arabie saoudite, l'écrivain Turki Al-Hamad est en prison. Il a eu le grand tort de s'en être pris à ceux qui donnent une lecture extrémiste du "message d'amour" du prophète Mahomet. Il s'est insurgé contre "un nouveau nazisme qui se profile dans le monde arabe et qui est l'islamisme extrême" (3). Des propos jugés offensants envers l'islam. On comprend donc qu'appeler à respecter la religion, c'est l'insulter.

En Belgique, des sénateurs, socialistes et écologistes, francophones et flamands, veulent faire condamner l'islamophobie. Ils ont rédigé un projet de résolution qui définit celle-ci. Elle liste huit critères qui, s'ils sont rencontrés en nombre, témoigneraient d'une attitude liberticide. Ainsi, on ne peut "considérer l'islam comme violent, menaçant, partisan, du terrorisme, impliqué de manière active et combative dans un choc des civilisations". On ne peut non plus "considérer l'islam comme une idéologie politique, utilisée à des fins politiques et militaires visant à instaurer son hégémonie" (4). On devrait donc considérer à partir de ces deux seuls critères que les islamistes - ces obscurantistes dont le grand projet est de créer, par tous les moyens, y compris les plus violents, des Etats islamiques et d'y instaurer la charia - sont des islamophobes. Le ridicule n'a jamais tué personne, dit-on.
Autre critère: on ne peut "rejeter radicalement les critiques que l'islam formule à l'égard de l'Occident". C'est Jésus-Christ qu'il faut écouter, nous disent les élus socialistes et écologistes : il faut tendre la joue gauche. Les critiques ne seraient donc admises qu'à sens unique.

En Turquie (5), le pianiste Fazil Say vient d'être condamné à dix mois de prison avec sursis. Il est coupable "d'insultes aux valeurs religieuses d'une partie de la population". Son crime : avoir déclaré "je ne sais pas si vous vous en êtes aperçus, mais s'il y a un pou, un médiocre, un magasinier, un voleur, un bouffon, c'est toujours un islamiste". Une affirmation insultante pour les magasiniers, on en convient, mais pas pour les musulmans qui ne peuvent être confondus avec des islamistes, ces "gangsters de la foi" (6), qui ont transformé leur religion en "idéologie politique, utilisée à des fins politiques et militaires visant à instaurer son hégémonie".

Le terme "christianophobie" n'existe pas plus que celui de "judéophobie", de "bouddhistophobie", de "mandaromophobie" ou de "religiophobie". Seul existerait celui d'islamophobie. On voit par là que l'islam serait une religion d'exception, trop faible sans doute pour supporter la critique et qu'il convient dès lors de protéger de toute raillerie.
Les religions sont des idées. Toute idée est critiquable. Une société qui interdit la critique des idées est-elle démocratique?

Moralité: ébranlons, ébranlons!

La tournure d'esprit du musulman overdosé est de se croire indispensable et, de plus, comptable agréé par le Créateur de ce qui vit et périt ici-bas. C'est une vie énigmatique, et dangereuse pour le passant qui ne fait que passer dans la vie. A ces gens, il manque un boulon et c'est dans les ossements qu'ils le cherchent. Ils regardent la vie comme un dû à la mort et en Dieu ils voient un liquidateur de comptes. "Ina lillah oua ina illih radjihoun", répètent-ils en peaufinant la musicalité de la sentence. C'est tout ce qu'ils ont retenu du Livre. Le pacte est calcul comme la vie est une ruse biologique; Allah donne et reprend; l'homme prend et redonne; ça n'enrichit pas mais ça tient éveillé. Mentalement, ils dressent la liste des partants et aimeraient les voir emprunter la voie express. Pour ces commerciaux de l'épouvante, il n'y a  pas assez de cendres dans le cimetière pour se couvrir la tête et atteindre au nirvana des califes. Une planète morte ferait leur affaire.
                                                                                                Boualem Sansal, Le Serment des barbares

(1) "La laïcité en danger", LLB, 19 avril 2013.
(2) "L'apostasie mérite la mort...", LLB, 19 avril 2013.
(3) "Le "nazisme" du monde arabe, LLB, 3 janvier 2013.
(4) "Miller recadré par Charles Michel", LLB, 17 avril 2013.
(5)
http://www.huffingtonpost.fr/dionysios-dervisbournias/condamnation-fazil-say_b_3084558.html
(6) B. Sansal.

(re)lire sur ce blog
- Les corbeaux croassent, 16 avril 2013.
- Modérons-nous, 3 novembre 2011.
- Vive le blasphème, 10 octobre 2010.
- Blasphème?, 13 mars 2007.


mardi 18 janvier 2011

Suicide universel

Le Pakistan est plus islamiste que jamais. Un gouverneur a été assassiné parce qu'il entendait alléger la loi qui réprime le blasphème. Actuellement, tout blasphémateur au Pakistan est exécuté. Des dizaines d'avocats se sont proposés pour défendre gratuitement le meurtrier devenu héros quasi national. Des milliers de gens l'applaudissent, jettent des roses sur le passage de son fourgon cellulaire (1). Le gouvernement s'empresse de préciser qu'il n'entend pas modifier cette loi qui, dans les faits, permet à n'importe qui de se débarrasser aisément de toute personne avec laquelle il est en conflit. On voit par là que la bêtise et la haine se portent bien. Même les défenseurs du droit n'en ont aujourd'hui qu'une idée extrêmement violente. Les mots et les attitudes sont plus importants que la vie. S'il faut condamner de manière radicale le blasphème, il ne restera rapidement plus aucun être humain vivant sur cette planète. Car, enfin, le principe même du blasphème se retourne contre lui-même. Considérer qu'il y a un autre dieu qu'Allah, c'est - si on les comprend bien - blasphémer. Et donc mériter la mort. Les chrétiens d'Irak et d'Egypte le savent, victimes de meurtres et d'attentats ciblés sur leur religion. Mais, si on adopte l'autre point de vue, on considérera que croire en Allah plutôt qu'en Yaveh, en Jehova ou en Jésus serait aussi blasphémer. Et donc mériter la mort. Quant à ceux qui ne croient en aucun dieu, ils ne méritent tout simplement pas de vivre. On voit par là que ni le Pakistan ni cette traduction obscurantiste de l'islam n'aide à vivre et à devenir intelligent. "La décadence intellectuelle et spirituelle du monde musulman vers le dogmatisme et l'obscurantisme de masse semble tellement avancée qu'elle paraît interdire tout espoir sérieux de régénération", écrit Abdennour Bidar (2). Le philosophe estime que "voilà venu le temps de l'islam de cimetière... Les musulmans prennent pour un autel chacune de ces tombes qu'ils nomment fondements et fondations. Ils confondent la vérité et le sacré avec la cohorte immobilisée de leurs spectres: tous ces rites, moeurs et dogmes, tous ces piliers auxquels "il ne faut pas toucher", tout ce qui est repris mécaniquement, génération après génération, tous ces gestes, toutes ces habitudes, ces préjugés, ces idées toutes faites sur l'islam et sur la vie... et qui ne sont que les ruines où, autrefois, le mystère de l'existence s'est déposé".
Dans "L'islam face à la mort de Dieu", Abdennour Bidar essaie de pousser l'islam à sortir de son "autisme religieux" et de réhabiliter la pensée de Mohammed Iqbal, autre philosophe qui, il y a un siècle, tentait d'ouvrir la voie à un nouvel humanisme: "sans arrêt, Mohammed Iqbal tente (...) de faire valoir la dimension de l'individu, de sa liberté personnelle et de sa puissance créatrice, contre une religion qui l'écrase sous des formes multiples de soumission, aussi bien sociales que spirituelles. Comme le souligne bien Denis Matringe, Iqbal n'a de cesse de proclamer, et surtout de conceptualiser mieux qu'aucun autre penseur musulman moderne, le rôle créateur de l'être humain, aux antipodes tout à la fois du libre abandon à la providence de certaines spéculations soufies, et de l'engoncement dans les préceptes d'une jurisprudence fossilisée depuis des siècles".
Le Pakistan, nous dit A. Bidar, est fier de présenter Mohammed Iqbal comme son père spirituel. Que reste-t-il aujourd'hui au Pakistan de l'esprit du père?

sur ce sujet, lire sur ce blog: "Blasphème?", billet du 13.03.2007
(1) JT France2, 17.01.2011
(2) Abdennour Bidar: "L'islam face à la mort de Dieu", François Bourin éditeur, 2010