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mardi 13 janvier 2026

L'étranger

Seuls les Palestiniens ont droit à la solidarité mondiale. Un peu partout à travers la planète, des manifestations ont eu lieu, nombreuses, pour défendre - à raison - le droit des Palestiniens à vivre en paix.
Les massacres d'Iraniens par le Gouvernement d'Iran laissent le monde indifférent. On laisse Donald le Dingue faire semblant (?) de s'en occuper. Pour ensuite, si c'est le cas, le fustiger. De quoi se mêle-t-il ? Faut-il comprendre que ceci ne nous regarde pas ? Que nous sommes incapables de nous en prendre à un gouvernement qui tue son propre peuple qui veut simplement manger à sa faim et vivre libre ?
Pour le gouvernement iranien, les manifestations sont provoquées par l'étranger. C'est toujours le cas pour les régimes autocratiques : toute protestation populaire est forcément activée en sous-main par des agents venus d'ailleurs. Ce qui témoigne d'un immense mépris pour ce peuple qui serait incapable d'agir de manière autonome. En fait, ce sont ces gouvernements qui sont étrangers à leur propre peuple, incapables de comprendre, d'admettre ses aspirations. Seule compte leur idéologie brutale. 
Voilà quarante-sept ans que le régime théocratique iranien asservit son peuple au nom de Dieu, empêche les femmes de vivre normalement, l'ensemble des Iraniens de penser par eux-mêmes, d'être libres. Aujourd'hui, ce gouvernement islamiste, totalement corrompu et incompétent, massacre son peuple. Et, nom de Dieu !, nous regardons ailleurs. Les Iraniens nous sont-ils étrangers ?

mercredi 19 novembre 2025

Avenir obscurci

Un professeur d'une université américaine affirme (sous le pseudonyme de Hilarius Bookbinder) que "la plupart de nos élèves aujourd'hui sont des analphabètes fonctionnels. J'entends par là qu'ils sont incapables de lire et de comprendre des romans pour adultes sérieux écrits par des auteurs grand public (...). Nos diplômés sont littéralement incapables de les lire d'un bout à l'autre en comprenant ce qu'ils ont sous les yeux. Ils n'ont ni le désir d'essayer, ni le vocabulaire nécessaire pour saisir le sens des phrases, et certainement pas la capacité d'attention nécessaire pour finir. (...) Mais le pire, c'est leur résistance à toute pensée originale. il y a une soumission réflexe au cliché le plus banal, et un refus de toute nouvelle idée". (1) Une étude de 2022, publiée dans The Chronicle of Higher Education, faisait le même constat et en attribuait les causes à l'usage excessif des portables et des réseaux dits sociaux, aux conséquences du confinement lors de l'épidémie de Covid-19 et à l'intelligence artificielle. 

Hier matin, dans sa revue de presse sur France Inter (3), Nora Hamadi expliquait, citant un article du quotidien La Croix, que "le prestigieux MIT a mené une expérience auprès d’un groupe d’étudiants. Leur activité neuronale a été mesurée pendant qu’ils rédigeaient une dissertation en 20 minutes : les uns avec ChatGPT, les autres avec un moteur de recherche de type Google, et les derniers sans aucun soutien externe. Conclusion : c’est ce troisième groupe qui produisait le plus de connexions neuronales, comparativement aux deux autres. Les étudiants avec ChatGPT voient une baisse moyenne de 55 % de leur activité neuronale, ils se souvenaient beaucoup moins bien de leur écrit. L’étude a conclu à une diminution probable des compétences d’apprentissage. En gros, « ChatGPT rend bête ». « Déléguer le raisonnement humain a des algorithmes probabilistes, cela engendre une perte d’efforts cognitifs et une perte de pensées critique », explique Laure Tabouy, neuroscientifique : « Sur le long terme, il y a un risque d’atrophie de certaines zones cérébrales au détriment d’autres »".

Dans le même temps, le Père Ubu américain (dont on sait qu'il ne lit absolument rien sinon les propos élogieux à son égard - rien d'autre ne l'intéresse) fait la guerre aux universités. "De ce point de vue, écrit Marc Weitzmann (2), l'offensive catastrophique de l'administration Trump contre les campus et contre la science en général, dont nous paierons tous le prix à la première pandémie, ou lors du réchauffement climatique, paraît s'inscrire dans la continuation d'un processus de destruction initié par les universités elles-mêmes, leurs départements des sciences humaines et leurs administrations en particulier. Des médias aux universités, tous les lieux du savoir, comme l'écrit l'essayiste Ted Gloria, connaissent une crise, voire un effondrement sans précédent. Il est remarquable qu'on assiste en parallèle à la montée d'un catholicisme réactionnaire, voire moyenâgeux, qui trouve des alliés improbables chez certains magnats de la haute technologie."

En France, l'islam prend de plus en plus de place dans la vie des jeunes musulmans. Une étude de l'Ifop, rendue publique hier et commentée dans Charlie Hebdo de ce jour (4), indique que "65% des musulmans (de France) pensent que la religion a raison face à la science sur la question de la création du monde" (19% chez les adeptes d'autres religions) ; que "57% des musulmans âgés de 15 à 24 ans pensent que le respect des règles musulmanes est plus important que celui des lois françaises" ; que "32% des moins de 25 ans ont de la sympathie pour les Frères musulmans (13% chez les musulmans de plus de 50 ans) et que seuls 12% des 15 à 24 ans souhaitent que "l'islam se modernise" (ils étaient 41% en 1998). "Il est troublant de constater que ce sont les plus jeunes qui sont les plus traditionalistes, alors que les plus âgés le sont moins", commente Riss.

En Espagne, de plus en plus de jeunes voient le franquisme comme "une période idyllique". En France, de plus en plus de jeunes sont séduits par le ballon de baudruche Bardella et son RN très FN.

On voit par là qu'une partie inquiétante de la jeunesse avance à reculons. Dans l'obscurité et vers le pire.

(1) cité par Marc Weitzmann, "La part sauvage", Grasset, 2025.
(2) op. cit.
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/dans-l-oeil-de/dans-l-oeil-de-du-mardi-18-novembre-2025-6529260
(4) Jean-Loup Adénor, "Les jeunes musulamns en pincent pour l'islamisme" - Riss, "Islamisme made in France", Charlie Hebdo, 19.11.2025.

jeudi 13 novembre 2025

La terreur perd et gagne

    Voilà donc dix ans déjà que la terreur islamiste se répandait dans tout Paris. Cent vingt personnes ont été tuées froidement et sans raison, des centaines d'autres blessées, des milliers terrorisées, tout un pays et ses voisins pétrifiés par l'horreur. Mais les terroristes n'ont pas gagné par rapport à l'opinion publique. Ils ne nous ont pas fait changer nos modes de vie. On sort toujours boire un verre en terrasse, on va toujours aux stades ou aux concerts. Et contrairement à ce qu'espéraient les islamistes et ce que veulent absolument croire certains, ce qu'ils appellent islamophobie ne s'est pas développé. "Je garde une certaine admiration pour les Français aujourd'hui, affirme Stefano Montefiori, correspondant à Paris du Corriere della Sera (1). Vu le choc, on aurait pu s'attendre à beaucoup de haine, mais je retiens surtout la douleur et la dignité des réactions tout autour de moi."
Son confrère du Spiegel, Leo Klimm, lui fait écho (2) : "Je sais ce que l'on ressent quand on est la cible du terrorisme. Et à quel point une société fait la démonstration de sa force quand elle résiste à la tentation de haïr en retour. Aucun autre pays d'Europe n'a été autant mis à l'épreuve par le terrorisme islamiste que la France. Jamais elle n'a réagi en sombrant dans l'hystérie."

    Si l'opinion publique a plutôt bien résisté, on ne peut en dire autant d'une bonne part des partis de gauche, devenus des culs-bénits soucieux d'accepter que se répandent dans la société les modes de vie prétendument rendus obligatoires par l'islam. Une telle attitude qui se veut bienveillante - et est très souvent électoraliste (3) - cache en fait une forme de racisme qui parfois s'ignore. Les mêmes qui montent au créneau pour pourfendre les censures qu'imposent les évangéliques se montrent très tolérants par rapport aux pratiques islamiques qui s'étendent le plus souvent au mépris des femmes et des musulmans qui ont envie de pratiquer leur religion sans ostentation.
"Les enquêtes et les ouvrages qui alertent l'opinion publique sur la stratégie des islamistes pour imposer à notre société leurs dogmes religieux ne manquent pas, écrit Riss (4). Mais l'islamisme, c'est comme le réchauffement climatique : on a beau disposer de toutes les informations sur le phénomène, personne ne le combat efficacement. Au contraire, on nous incite à l'accepter en nous habituant." Le directeur de Charlie Hebdo estime que "la couardise généralisée est plus efficace que les kalachnikovs des attentats de janvier et de novembre 2015, de Toulouse et de Montauban en 2012, et de tous les précédents. Les islamistes n'ont plus à se casser la tête pour diffuser leur idéologie : d'autres s'en chargent très bien et sans violence".

(1) "On oublie parfois quand on est journaliste, qu'on est aussi concerné", Le Courrier international, 6.11.2025.
(2) Leo Klimm, "La France a résisté à la tentation de haïr en retour", Der Spiegel, 29.10.2025, in Le Courrier international, 6.11.2025.
(3) Lire l'interview de Omar Youssef Souleimane : https://www.leddv.fr/actualite/omar-youssef-souleimane-les-islamistes-ont-trouve-chez-lfi-un-echo-pour-leur-propagande-20251111
(4) Riss, "Trente ans de franche rigolade", Charlie Hebdo, 12.11.2025.

jeudi 5 juin 2025

Un progrès réactionnaire

Décidément, l'islamisme ne semble pas inquiéter une part importante de la gauche belge. La Région de Bruxelles est sans gouvernement depuis quasiment un an et voilà qu'on nous annonce, sans rire, qu'une majorité présentée comme progressiste pourrait gouverner Bruxelles en intégrant en son sein la Team Fouad Ahidar. En quoi celui-ci serait-il progressiste, lui qui est l'incarnation de la réaction ? Lui qui a déclaré : « Pour certains, les cultes doivent rester à la maison, pour moi c’est le contraire ».

Comme l'écrit le mouvement Les Universalistes, "la Team Fouad Ahidar, qui n’a rien d’humaniste, s’inscrit dans une démarche de fracture sociale et sociétale, entretenant de l'animosité entre les uns et les autres, et faisant appel à des réflexes archaïques pour appréhender les problématiques de société. Cette formation politique développe un projet fondé sur le repli religieux, identitaire et le communautarisme qui est l’exacte négation d’une vision humaniste de la société."

En octobre dernier, Le Monde décrivait ainsi Fouad Ahidar (1) : "Musulman pratiquant, ancien conseiller d’un ministre nationaliste flamand, passé au Parti socialiste flamand avant d’être exclu, en 2022, pour son refus de condamner l’abattage rituel des animaux, l’élu parfaitement bilingue traîne, il est vrai, une réputation sulfureuse alimentée par son discours décrit comme communautariste par ses adversaires, ses contacts avec un prêcheur radical de Molenbeek, son plaidoyer pour le port du voile, y compris pour les détentrices d’une fonction d’autorité, ou les propos qu’il a tenus en octobre 2023 sur les attaques terroristes du Hamas. Une « petite réponse » à la politique « génocidaire » menée depuis soixante-quinze ans par Israël à l’égard des Palestiniens, a-t-il dit, avant de s’excuser quelques jours plus tard et d’indiquer que « toute mort est une mort de trop ». Pour des représentants de la communauté juive, il n’est, en tout cas qu’« un antisémite forcené et un islamiste profondément ancré » ".

On s'interroge : où serait le progrès d'un gouvernement bruxellois qui s'allierait à ce personnage qui donne priorité à la religion par rapport à la politique ? "A l’inverse, écrivent encore Les Universalistes, le « progrès » consiste à affirmer la neutralité de l’État, à défendre inconditionnellement l’égalité entre les hommes et les femmes et à ne pas tolérer que la loi civile soit influencée par des considérations religieuses."

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/10/05/en-belgique-fouad-ahidar-un-elu-marginal-devenu-un-acteur-cle-dans-la-region-de-bruxelles_6344329_3210.html


mercredi 4 juin 2025

Belgique aveugle

Les Belges sont gentils, c'est ce qu'on dit, et tolérants. Peut-être un peu niais ? En tout cas trop laxistes. La Belgique apparaît, aux yeux de nombreux analystes, comme une terre d'accueil de l'islamisme le plus radical. Avec l'aide d'une partie de la gauche et de l'extrême gauche de plus en plus cul-bénit. 
Un récent rapport du Ministère français de l'Intérieur confirme ce que savent et disent depuis longtemps celles et ceux qui s'en inquiètent : il existe, en France, en Europe, et en Belgique particulièrement, une mouvance islamiste qui avance de plus en plus clairement avec l'objectif d'imposer dans la société ses croyances et ses modes de vie, pour, comme l'écrit Riss (1), "modifier le système politique actuel, basé sur la démocratie, pour le tirer vers un autre, théocratique, fondé sur la religion musulmane". Une bonne partie de la presse française dénonçait le danger que représentent les Frères musulmans et soulignait combien la Belgique apparaît comme permissive à l'entrisme islamiste. Un livre récent, rédigé par deux journalistes, témoigne des dérives dont est victime l'enseignement en Belgique francophone et de la solitude des profs abandonnés face à la montée de l'islamisme (2).

Il y a peu, la Cour de cassation de Belgique a donné raison à un prédicateur marocain que l'Etat belge avait pourtant chassé de son territoire en octobre 2021. En 2009, cet inquiétant personnage avait appelé à ce que "un feu ardent brûle les sionistes". Il avait aussi rejeté la fixation de l'âge du mariage à 18 ans pour les Marocaines, estimant que 9 ans suffisent (3). Ce pédophile islamiste va donc pouvoir revenir à Molenbeek encourager ses ouailles à des pratiques qu'on croyait révolues depuis longtemps. Lors de son procès, il a dû être aidé d'un interprète. Comment comprendre que des étrangers maitrisant bien le français et parfaitement intégrés soient expulsés alors que de tels individus soient réintégrés et obtiennent la nationalité belge ?  
Toutes celles et tous ceux qui hurlent à l'islamophobie quand des rapports et des témoignages de terrain s'inquiètent de la progression de moins en moins rampante de l'islamisme, tous ceux-là s'avèrent en fin de compte racistes, abandonnant les enfants, les femmes, tous les citoyens dits de culture musulmane à des règles dont eux-mêmes n'accepteraient pas un centième pour eux et leurs proches. 

(1) Riss, "Contre-révolution 2.0", Charlie Hebdo, 28.5.2025.
(2) Laurence D'Hondt et Jean-Pierre Martin, "Allah n'a rien à faire dans ma classe - Enquête sur la solitude des profs face à la montée de l'islamisme", Racine, 2024.
(3) J.-Y. C. "Créolisation", Charlie Hebdo, 28.5.2025.

mardi 26 novembre 2024

Le service de la vie

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été arrêté, il y a plusieurs jours, à son arrivée à l'aéroport d'Alger. Les motifs de son arrestation sont flous et clairs à la fois. Certaines de ses déclarations relatives au territoire algérien ont dérangé le pouvoir, de même que des positions du président Macron ou encore que le Prix Goncourt attribué à Kamel Daoud. Boualem Sansal a surtout le grand tort d'être un esprit libre. On sait ce que l'islamisme a fait vivre à l'Algérie dans les années '90. Sansal n'a jamais craint de dénoncer, dans ses romans et dans ses interviews, la terreur ultra-violente qu'ont fait régner les barbus et qui semble avoir figé à jamais l'Algérie. On peut craindre pour son sort quand on pense, comme Sophia Aram le faisait hier (1), "à l’écrivain Rachid Mimouni, mort en exil au milieu de la décennie noire, au chanteur Lounès Matoub, assassiné en 1998 sur la route de Tizi Ouzou, à l’écrivain Tahar Djaout et tous ceux qui sont morts d’avoir eu le courage de parler, d’écrire ou de chanter la détresse des Algériens pris entre un régime militaire, autoritaire et corrompu et des islamistes ayant massacré près de 200 000 personnes pendant la décennie noire". Sophia Aram salue "un homme qui a le courage de dire, dans un pays dont le pouvoir pactise avec l’islamisme, que "si la religion fait peut-être aimer Dieu, rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité ".

De nombreux écrivains - Annie Ernaux, J.M.G. Le Clézio, Orhan Pamuk, Wole Soyinka, Salman Rushdie, Peter Sloterdijk, Andreï Kourkov, Roberto Saviano, Giuliano da Empoli, Alaa el Aswany, Erri De Luca, Johan Sfarr et bien d'autres - réclament la libération immédiate de Boualem Sansal (2).
"Désormais, (en Algérie) tout est possible, écrit son ami Kamel Daoud, à l'origine de l'appel : la perpétuité pour un texto, la prison pour un soupir d'agacement. Sansal ressemble à un vieux prophète biblique, souriant. Il provoque les passions et les amitiés autant que la détestation des soumis et des jaloux. Il est libre et amusé par la vie. Il écrit des livres sur les orages et les lumières abstraites de notre époque, et il s'amuse de la haine des autres. Sansal écrit, il ne tue pas et n'emprisonne personne. Son innocence face à la dictature lui fit oublier la réalité de la Terreur en Algérie depuis quelques années. Il a négligé de regarder la meute qui l'attendait, il est retourné visiter son pays ce samedi-là. Il l'a payé cher."

"Boualem Sansal est emprisonné pour ses opinions, rien d’autre, affirme l'avocat Richard Malka (3). Il n’a agressé, tué, ou blessé personne. Mais ses idées dérangent un pouvoir totalitaire. C’est le propre des régimes les plus abjects. Il ne devrait pas y avoir de débat : nous devrions être unanimes dans notre soutien à Boualem Sansal, en particulier dans le monde de la culture. On doit tous être Boualem Sansal."
Mais ce n'est pas le cas. "Certains pseudo-intellectuels, dans un mépris insupportable, disent qu’il faut le défendre… mais ajoutent un oui, mais. Ce mais est misérable et odieux. Boualem Sansal est victime d’un régime obscurantiste et corrompu jusqu’à la moelle, qui n’hésite pas à emprisonner un écrivain sans motif, sans procès, sans durée. La mobilisation n’est pas à la hauteur. C’est une atteinte grave, non seulement à la liberté d’expression, mais aussi au plus élémentaire droit de l’homme : ne pas être emprisonné par le fait d’un autocrate ou le bon vouloir d’un tyran."

Si ces "pseudo-intellectuels" éprouvent quelques difficultés à défendre Boualem Sansal, c'est qu'ils estiment qu'il penche vers l'extrême droite. Ils disent la même chose de Kamel Daoud. En fait, ce que ces tartuffes reprochent aux deux écrivains, c'est que leur dénonciation des dangers et des ravages de l'islamisme est applaudie par l'extrême droite. Alors que ce sont eux, ces braves gens confits de bons sentiments qui, en se taisant, en fermant les yeux sur ce qu'ils ne veulent pas voir, laissent toute la place à l'extrême droite. C'est leur silence qui laisse tant de place au bruit et qui permet aux dictateurs d'enfermer ses intellectuels à la voix libre. Incapables, par peur de passer pour islamophobes, de dénoncer le totalitarisme islamiste et celui d'un pouvoir algérien racrapoté sur lui-même, ces braves gens n'ont que mépris pour ce que vit la population algérienne. Selon Kamel Daoud, "le régime d'un côté et les islamistes de l'autre ont réussi à mettre en place un tribunal itinérant de l'identité pure et de l'hypernationalisme". C'est Daoud aussi qui affirme que tous les écrivains algériens francophones sont coincés entre les islamistes "qui estiment que le seul roman à lire est celui écrit par Allah" et le régime "qui s'oppose à toute concurrence avec le récit national ".
Ceux qui font la fine bouche face à l'arrestation de Boualem Sansal sont tranquillement assis chez eux quand lui a pris le risque de retourner chez lui. "Résister a du sens si je reste là-bas Si je viens ici (en France), ce n'est plus le mot qu’il faut utiliser, ce serait parler, papoter. La résistance se fait là où il y a la vraie guerre."

Allez, ouste, les dictateurs, les usurpateurs, les mafieux, les crapulards, l'avenir appartient aux gens de bien. Tiens, je crois que c'est ça la bonne définition de cet objet non identifié qu'est l'humanité, que je cherche depuis des années : l'humanité, ce sont ces gens de bien qui, vaille que vaille, assurent le service de la vie. (Boualem Sansal, "Vivre - Le compte à rebours", Gallimard, nrf, 2024)

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-25-novembre-2024-7974755
(2) https://www.lepoint.fr/societe/des-prix-nobel-de-litterature-se-mobilisent-pour-boualem-sansal-23-11-2024-2576089_23.ph
(3) https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/richard-malka-le-oui-mais-au-sujet-de-l-arrestation-de-boualem-sansal-est-odieux?
https://www.marianne.net/societe/medias/sur-le-plateau-de-c-politique-boualem-sansal-et-kamel-daoud-executes-par-de-petits-procureurs-mediatiques?



lundi 4 novembre 2024

Houris, au nom de toutes les femmes

On l'espérait : "Houris", dernier roman de Kamel Daoud (1), vient de recevoir le Prix Goncourt. L'écrivain algérien y donne une voix à celles et ceux qui ne peuvent en avoir : toutes les victimes de la guerre civile qui a mis l'Algérie à feu et à sang entre 1990 et 2000. Une loi interdit d'en parler. Les 200.000 morts que cette période sanguinaire a engendrés n'existent pas. 
Alors, Kamel Daoud leur donne la parole, paradoxalement via une jeune femme qui n'a plus de cordes vocales. Affichant au niveau de la gorge un "sourire" figé de 17 centimètres, celle qui, enfant, égorgée par un islamiste, a senti sa tête quitter son corps, est enceinte et parle à cette "houri" à qui elle hésite à donner  la vie dans ce monde qui appartient aux hommes.
"Ici, une femme ne sort pas seule, ne lève pas les yeux du sol quand elle marche dans la rue, ne parle pas même à ceux qui l'accompagnent, ne voyage pas sans tuteur masculin et ne porte pas de pantalon qui souligne sa silhouette comme une seconde peau."

Double coïncidence, ce prix est attribué le jour où débute le procès des complices de l'assassin de Samuel Paty, égorgé par un islamiste, mais aussi alors même qu'on apprend (2) qu'une étudiante iranienne a été embarquée, il y a quelques jours, dans une voiture par des individus vêtus de noir. Ahou Daryaei s'était dévêtue et était en sous-vêtements devant l'université islamique Azad de Téhéran. L’agence iranienne Fars affirme qu'elle portait des vêtements « inappropriés » en cours et avait été mise en garde par les agents de sécurité de l’université. Selon certains témoins, ses vêtements auraient été déchirés par ceux qui lui reprochaient son impudeur. Elle s'est donc dévêtue pour protester contre les diktats de la police des mœurs qui réglemente la tenue des femmes. A quel niveau de désespoir faut-il être pour en arriver à mettre ainsi sa vie en danger ? On craint évidemment le pire pour elle. Selon les autorités iraniennes, elle aurait été envoyée dans un hôpital psychiatrique parce qu'elle aurait des problèmes mentaux. En Iran, une femme qui veut vivre librement est folle.
"La même semaine, rappelle Sophia Aram (3), de l’autre côté de la frontière, les femmes afghanes se sont vues interdire de parler entre elles, y compris dans leurs propres foyers. Une interdiction qui vient après celles de chanter, d’étudier, de porter des vêtements clairs, de posséder un téléphone portable, de porter des talons, de se déplacer seules, d’aller dans des parcs, de faire du sport, de parler à un médecin homme ou de parler en public. Après les avoir emmurées, les Talibans que d’aucuns rêvaient plus inclusifs qu’avant, ont visiblement choisi de bâillonner toutes les Afghanes."

" A nos malheurs, l'imam joignit ensuite "les femmes qui visitent les tombes, celles qui hurlent dans le deuil, celles qui mettent en colère leur époux". Et aussi celles qui se parfument en sortant, celles qui ajoutent des tresses à leurs cheveux, celles qui se promènent les chevilles nues, et l'imam continua et continua encore jusqu'à ce qu'il ne reste rien, d'aucune femme, pas une trace, pas un cheveu, que du sang sur les mâchoires de loups. Que des ombres poilues, des silhouettes muettes et des mortes aux voix douces pour dire "oui" à l'homme. Et dans le salon, après le rire féroce, on resta plongées dans un silence de rescapées, je te le jure. Pas seulement inquiètes, mais stupéfaites : pourquoi ce Dieu nous hait tant ? Qu'avons-nous fait pour le mettre en colère depuis trois mille ans ? Lui avons-nous volé la maternité du monde, le pouvoir d'accoucher et d'allaiter ? Lui avons-nous ravi le cœur des hommes ? Mon salon de coiffure était devenu une tanière de louves apeurées, de ventres clandestins. "
Kamel Daoud, Houris.

(1) Kamel Daoud, "Houris", Gallimard, 2024. Ce livre est interdit en Algérie.
https://www.lemonde.fr/livres/article/2024/09/08/kamel-daoud-les-islamistes-ont-perdu-militairement-mais-gagne-politiquement_6307521_3260.html
https://www.lemonde.fr/livres/article/2024/11/04/kamel-daoud-que-ce-livre-fasse-decouvrir-le-prix-des-libertes_6376278_3260.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/04/iran-une-etudiante-se-deshabille-devant-son-universite-pour-protester-contre-la-police-des-m-urs-avant-d-etre-arretee_6375455_3210.html
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-04-novembre-2024-3868538
Sophia Aram souligne l'hypocrisie du président du RN-FN qui a salué “le courage inouï de cette jeune femme iranienne“, mais qui, il y a quelques mois seulement, répondant à une question sur l’accueil des femmes afghanes, avait lâché : « Pardonnez-moi, mais je ne vois pas la plus-value pour la société française d’accueillir des gens de Tchétchénie ou des gens d’Afghanistan“.

dimanche 7 janvier 2024

Réflexions d'un 7 janvier

Triste anniversaire. Il y a neuf ans, nous étions dans la sidération, avant d'en passer par la tristesse, le chagrin, la colère, le désarroi. Il y a neuf ans, deux sombres crétins (dont on s'est dépêché d'oublier le nom) massacraient à la kalachnikov des gens qui avaient le culot de s'exprimer avec des crayons et des stylos. 
Depuis le massacre de l'équipe de Charlie Hebdo, les attentats islamistes se sont multipliés un peu partout. Au nom de la défense des musulmans et de leur prophète, mais aussi pour exprimer une haine des valeurs dites occidentales. Des agresseurs de plus en plus jeunes, nés ou en tout cas élevés en Europe, souvent très éduqués, tuent des gens qui symbolisent précisément l'éducation, la réflexion, l'ouverture, la laïcité.
Jean-François Ricard, procureur de la république antiterroriste, traite les affaire d'attentats depuis les années 1990, il en commente l'évolution dans Charlie Hebdo (1). Parlant de l'assassinat de l'enseignant Dominique Bernard à Arras en octobre, il constate que le jeune tueur a agi d'abord pour punir la France, terre de mécréants. Dans le message audio qu'il a enregistré avant de passer à l'acte, le jeune "tient des propos mâtinés de références religieuses (et) déclare son soutien aux musulmans du monde entier. Bien sûr, il a quelques mots pour ses frères de Palestine, mais ce qu'il dit vraiment, ce qui a réellement déclenché son action, c'est sa haine de la France, de nos valeurs, de la République. (...) Ce qu'il dit, c'est que les valeurs que nous avons essayé de lui inculquer, de leur inculquer, notamment à l'école ont eu pour fonction de le détourner de la réalité, c'est-à-dire de la religion. Voilà le discours repris par ce jeune : on ne peut pas vivre notre religion ici. C'est un discours que j'ai entendu des dizaines et des dizaines de fois. Leur dialectique, c'est soit on combat la France, soit on la quitte parce qu'il faut se dissocier de ce pays". (...) C'est une vision du musulman qui ne peut être que victime."

Jean-François Ricard met à mal le cliché du terroriste islamiste masculin, peu éduqué, abandonné par le système : "j'insiste sur le fait que nous n'avons pas affaire à des pauvres types ou des paumés, pour reprendre les termes que l'on lit souvent. C'est complètement faux. On a eu des gens impliqués dans des projets d'action violente qui étaient d'un très haut niveau universitaire, scientifique, des ingénieurs, des médecins, etc. (...) L'idée selon laquelle ce sont des espèces de ratés qui vont choisir ce parcours presque par défaut, c'est complètement faux. Il y a de tous les niveaux." Et le djihadisme n'est pas qu'une affaire de mecs. Au contraire. Dans les études menées à partir des centaines de procédures qui ont suivi les départs en Syrie, le magistrat a constaté que "dans les deux tiers des affaires, c'était une mère qui était partie avec un ou plusieurs enfants jeunes, contre l'avis du père".

Reste qu'ils sont nombreux, à la France dite insoumise, chez les Verts et ailleurs, à ignorer ces analyses pour faire des terroristes de pauvres victimes de l'abandon par le système et des musulmans des victimes du système colonial. Le chercheur au CNRS François Burgat est de ceux-là. Pour lui, « la violence « islamique » ne vient pas de l’islam, mais est le produit de l’histoire récente des musulmans, soumis par le monde occidental. Dans un texte cinglant, l'essayiste français Ferghane Azihari dénonce cette analyse simpliste que Burgat a exposé dans son essai « Comprendre l'islam politique » (2016). 
"L'auteur, écrit Azihari, se familiarise avec la problématique islamiste dans le cadre de l'histoire tumultueuse de la colonisation européenne, de la création d'Israël (...) et des luttes dites anti-impérialistes. (...) Tout se passe comme si, pour l'auteur, l'histoire des rapports mouvementés de l'Islam avec l'Occident et avec la violence en général commence aux XIXe et XXe siècles avec l'expansion européenne et la naissance de l'État d'Israël." François Burgat ignore délibérément les siècles qui ont précédé : "les conquêtes arabes du VIIe siècle qui vont dérober à l'Empire romain d'Orient les provinces les plus riches de la Méditerranée antique", (...) les conquêtes arabes qui détruisent l'Empire perse et étendent l'Empire des premières dynasties califales des Pyrénées jusqu'aux frontières de l'Inde et de la Chine, (...) la constitution de ce vaste réseau de traite négrière et esclavagiste qui accompagnera l'expansion musulmane et qui ne sera aboli que sous la colonisation européenne, (...) l'élaboration des grandes écoles juridiques sur la base des légendes hagiographiques relatives à un prophète volontiers célébré comme un brigand sanguinaire, (...) la mise en place d'un statut discriminatoire pour les infidèles et la persécution des païens, (...) les luttes de pouvoir incessantes entre sunnites et chiites et des rivalités à l'intérieur desdites factions, (...) l'arrivée des Turcs, (...) la prise de Constantinople, le premier ou le second siège de Vienne, la destruction de la civilisation byzantine, l'occupation ottomane d'une partie de l'Europe qui va durer plusieurs siècles, (...) la guerre de course et les campagnes de razzias dont fut par exemple victime un Cervantès. Ce passif-là n'est évidemment jamais évoqué, tant le musulman n'est que l'éternelle victime de l'Histoire et rien d'autre que cela. Une variante du mythe du bon sauvage."

Selon Ferghane Azihari, François Burgat n'aborde la problématique islamiste qu'à travers "ce prisme ultra-étroit, qui ne couvre que 15% de l'histoire de l'Islam, et qui n'étudie l'Islam qu'à travers sa confrontation avec l'Occident moderne (comme si l'Islam avait attendu le XIXe siècle pour être le terreau de forces intolérantes, impérialistes et intégristes)". 
Burgat n'a jamais caché sa sympathie pour ce qu'on appelle communément l'islamisme, écrit encore Azihari, une indulgence qui a pour lui diverses origines :
"1/ Le musulman n'est qu'une victime et rien d'autre au motif qu'il a été colonisé pendant 150 ans (...).
2/ La conviction que le musulman ne fait que réagir à des circonstances extérieures qui lui échappent toujours. (...)
3/ L'islamisme est une réaction identitaire logique à une domination culturelle et politique extérieure (occidentale). Ainsi, le lexique musulman/islamiste « se réfère à un univers symbolique et normatif perçu comme endogène, « fait maison », imposé ni du dehors, par la puissance coloniale, ni d’en haut par les élites ». Cette théorie renvoie à un lieu commun de la sociologie, le fameux retournement du stigmate, qui postule qu'une discrimination ou un comportement impérialiste tend à renforcer, chez le discriminé ou le dominé, les traits culturels stigmatisés. Le problème de ce poncif ultra-répandu (bien au-delà de la gauche) est qu'il est incapable de rendre compte de la diversité des réactions possibles face à un impérialisme réel ou supposé. (...) La théorie du retournement du stigmate qui postule que le repli identitaire est la conséquence nécessaire, attendue et logique d'un impérialisme et d'une discrimination étrangère est une théorie paresseuse incapable de rendre compte de la variété des réponses à l'impérialisme. Cette théorie est incapable de rendre compte de tous ces peuples qui ont su, pour le meilleur et pour le pire, faire la part des choses entre la lutte contre les crimes d'une puissance impérialiste et la lutte contre la culture exportée par la puissance impérialiste. Au fond, gageons que l'indulgence de François Burgat à l'égard d'un islamisme auquel lui-même n'adhère pas est fondée sur la conviction inavouée que le musulman serait l'un des rares sur cette planète à être incapable de faire cette part des choses. Une autre variante d'un racisme tranquille.
4/ Vient enfin la conviction que le vocabulaire islamiste n'aboutit pas nécessairement à une politique autoritaire et violente. Il peut, dans certaines conditions, être le socle de l'émancipation. (...) Ce que dit Burgat, c'est que ce n'est pas parce qu'un musulman convoque le Coran et Mahomet qu'il va nécessairement se transformer en une créature autoritaire, homophobe, misogyne, antisémite et j'en passe. Le Coran et Mahomet peuvent aussi être invoqués pour poursuivre des objectifs démocratiques, féministes, humanistes etc. Dès lors, nous dit François Burgat, il est contreproductif de combattre l'étendard islamiste en tant que tel dans la mesure où cet étendard peut être utilisé à des fins violentes et pacifiques." On ne devrait donc pas s'opposer à l'islamisme sous prétexte qu'il ne serait pas uniquement générateur de violence mais aussi d'effets positifs. Après tout, sous Mussolini, les trains arrivaient à l'heure...

Ceux qui confinent leurs analyses de l'islamisme dans une vision coloniale récente et dans un rapport frontal Occident versus Monde musulman restent souvent enfermés dans une vision occidentalo-centrée, oubliant l'histoire et le vécu des populations musulmanes qui sont les premières à souffrir de la violence islamiste. "Parmi les phares de l’obscurantisme et du despotisme islamique figure l’Arabie saoudite. Or le Royaume des Saoud fait partie des alliés historiques de l’OTAN et n’a jamais connu la colonisation européenne", écrit, dans un autre texte Ferghane Azihari (2). Où sont pour tous les excuseurs de la violence islamiste les victimes musulmanes ? Les jeunes filles enlevées par Boko Haram ? Les Iraniennes ? Les démocrates algériens ? Les laïques afghans ? Toutes celles et tous ceux, musulmans ou non, qui souffrent, là où ils vivent en pays régis par l'islam, du diktat de la religion ? Ils n'existent pas. Ils gênent les analyses colonialistes.
On voit par là que l'universalisme est la seule voie. On ne peut être que du côté de toutes les libertés et surtout de celle de vivre et de penser librement. 

(1) "Jean-François Ricard : C'est un phénomène nouveau : en 2023, 11 mineurs ont été impliqués dans des affaires terroristes", Charlie Hebdo, 3.1.2024.
(2) https://www.lefigaro.fr/vox/religion/ferghane-azihari-l-islam-n-est-pas-la-religion-des-opprimes-20210413


lundi 27 novembre 2023

Les assassins d'Allah

C'est devenu un cri de criminels. Ils tuent en criant Allahou Akbar. Allah est le plus grand, disent-ils, en tirant, en poignardant, en violant. C'est le cas de la plupart des auteurs d'attentats dans nos pays (et dans d'autres sûrement), comme ce fut le cas des terroristes du Hamas lors du pogrom du 7 octobre.
Il y a quelques jours, le député belge Georges Dallemagne a visionné, avec quelques confrères, le film de 43 minutes sur ce massacre. "Barbarie des actes, écrit-il, chasse aux hommes, aux femmes, aux enfants abattus et déchiquetés par les grenades dans leurs caches, jouissance des assaillants, jeu et décapitation de cadavres. Comme médecin humanitaire, j'ai été témoin dans ma vie de crimes épouvantables : Cambodge, Rwanda, Congo, Arménie, Srebrenica, Ukraine... Ce qui frappe ici, c'est l'excitation morbide, le plaisir de tuer, la profanation des cadavres et ce cri permanent des assaillants, même lors de la décapitation au couteau de cadavres : Allahou Akbar ! Document essentiel pour comprendre la gravité de ce crime contre l'humanité."

Leur dieu n'est pas le plus grand, il est petit, rendu minable par ces fous furieux qui disent tuer en son nom. Mieux vaut ne pas croire que croire en un dieu qui vous ordonne de massacrer ceux qui ne pensent pas comme vous. Leur dieu est mort. Ils l'ont tué.
Mais ils crient son nom dans les rues de nos villes, de leurs villes qu'ils rêvent de soumettre un jour à la charia. La guerre provoquée par le Hamas est pain bénit pour les islamistes. Ils défilent dans les rues d'Allemagne ou du Danemark, mais aussi de France, de Belgique ou de Grande-Bretagne, en poussant leur cri de guerre.
Ils étaient trois mille à Essen, en Allemagne, le 3 novembre, hommes et femmes soigneusement séparés affichant clairement leur slogan : "Eine Ummah, Eine Einheit, Ein Losung : Khilafah" (une Umma (1), une unité, une solution : le califat). Les femmes, portant tchador ou niqab, levaient l'index vers le ciel, le signe de ralliement des djihadistes de l'Etat islamique. Leurs drapeaux noirs ou blancs, portant des inscriptions en arabe, rappelaient ceux du même Etat. Derrière tous ces signes, un groupe : Hizb Ut-Tahrir, une organisation qui juge l'islam incompatible avec la démocratie - mais qui profite bien sûr du système démocratique pour se faire largement entendre - et qui entend appliquer la charia comme base et norme de l'action de l'Etat au sein d'un califat. 
"Outre-Rhin, écrit Charlie Hebdo (2), Seyran Ates, avocate et imame allemande, a vu la frange islamiste radicale grossir d'année en année, jusqu'à se sentir autorisée à descendre dans la rue. Cette frange était déjà présente, et s'est particulièrement développée depuis le 11 septembre. Les islamistes contrôlent déjà de nombreuses rues et quartiers dans le pays, explique-t-elle."

Le même 3 novembre, l'appel au Djihad résonnait dans les rues de Copenhague. "Il y a des gens au Danemark qui n'adhèrent pas à nos valeurs", constatait inquiète la première Ministre Mette Frederiksen. Les manifestants étaient, eux aussi, réunis par Hizb Ut-Tahrir. En France, en Belgique, en Grande-Bretagne et ailleurs, des "Allah Akbar" ponctuent régulièrement les manifestations appelant à la fin de la guerre entre Israël et le Hamas. 

Deux enseignants français, Samuel Paty il y a trois ans et Dominique Bernard en octobre dernier, ont été tués au nom d'Allah.
"Nous voulons dire (...) à tous les terroristes qui se réclament de l’islam, que le meurtre, quelles que soient les circonstances, est injustifiable, écrivaient récemment huit universitaires, chercheurs et intellectuels musulmans (3). La vie, toute vie, est sacrée. Rien ne donne le droit d’ôter la vie, de briser des familles. (...) 
Au meurtrier barbare qui prétend parler au nom de notre religion, nous rétorquons ce que dit le Coran sur la valeur de la vie : « N’attentez pas à la vie de votre semblable, que Dieu a rendue sacrée… » (Coran, 17.33). Et encore : « Quiconque tue un être humain non convaincu de meurtre… est considéré comme le meurtrier de l’humanité tout entière. Quiconque sauve la vie d’un seul être humain est considéré comme ayant sauvé la vie de l’humanité tout entière ! » (Coran, 5.32). (...) 
A tous les terroristes qui se réclament de l’islam, nous voulons aussi dire que même la guerre, le désespoir et l’injustice ne justifient pas le massacre de civils. Peu importe la nationalité, la religion, le sexe, l’âge du civil. Un civil est un civil, et cela s’applique aussi au conflit israélo-palestinien. Dans le Coran, la violence guerrière n’est permise que contre des attaquants en arme directement menaçants, donc uniquement en cas de « légitime défense » (Coran, 2.190 ; 4.75 ; 8.19 ; 9.12-13). Tuer des gens en dehors de ce cas précis relève du meurtre (Coran, 5.32). (...)
Nous voulons enfin dire aux terroristes que Dieu se suffit à lui-même (Coran, 14.8, 57.24). Ce n’est pas à l’être humain de prendre la place de Dieu et de s’autoproclamer justicier divin. Dieu est le seul capable de juger, car nul n’est son égal (Coran, 3.128 ; 22.69 ; 45.14)."

Moustapha Barry est demandeur d'asile, hébergé à Buzançais dans l'Indre. Il a fui la Guinée en 2022 "pour échapper à la chape de plomb religieuse que faisait peser sa communauté sur sa famille". Il dénonce l’idéologie religieuse, l’intégrisme et le terrorisme (4). « L’intégrisme religieux se manifeste par une interprétation étroite et dogmatique de la foi, dans laquelle la diversité d’opinions est souvent rejetée au profit d’une seule vérité absolue. Cette idéologie extrémiste peut mener à des actes de violence, à la suppression des droits individuels et à la répression des voix dissidentes, ce qui a des conséquences dévastatrices sur la liberté et le bien-être des citoyens.  (...) Ma religion, c’est l’humanité. L’objectif de toute religion, c’est le vivre ensemble et pas la pensée unique. La religion relève de la sphère privée et ne peut pas s’imposer à tous comme on ne peut pas venger quiconque au nom de Dieu. »

Ces voix-là semblent peu - voire pas du tout - écoutées par une part importante de la gauche, terrorisée, elle, à l'idée d'être traitée d'islamophobe parce qu'elle critiquerait des musulmans, même pour leur violence. Elle préfère en faire par principe des victimes et fermer les yeux sur leurs horreurs, au mépris de toutes celles et tous ceux qui en sont les véritables victimes, à commencer par les musulmans eux-mêmes et surtout les musulmanes. Mélenchon a défilé, il y a plusieurs années, dans une manifestation contre l'islamophobie où résonnaient les cris Allah Akbar. Il a marché ainsi sur le cadavre de celui qu'il présentait comme son ami : Charb, directeur de Charlie Hebdo, massacré au nom du Prophète. Il a marché sur celui de Marx qui affirmait que la religion est l'opium du peuple.
Le jour où la gauche acceptera d'ouvrir - enfin ! - les yeux, de défendre à nouveau le libre arbitre et la laïcité et de dénoncer toute violence, peut-être enfin nos sociétés pourront-elles se préserver de ce mal qui progresse de moins en moins sournoisement, de plus en plus ouvertement. Et se préserver de l'extrême droite que le silence et la lâcheté de cette gauche non laïque font prospérer.

Post-scriptum à écouter : le billet de Sophia Aram du 4 décembre :

(1) "L'oumma, ou uma, est la communauté des musulmans, indépendamment de leur nationalité, de leurs liens sanguins et des pouvoirs politiques qui les gouvernent. Le terme est synonyme de umma islamiyya, « la nation islamique »." (Wikipedia)
(2) Jean-Loup Adénor et Yovan Simovic, "Conflit israélo-palestinien - Allemagne, Danemark, France... la flambée islamiste", Charlie Hebdo, 15.11.2023.
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/22/le-coran-ne-donne-aucun-blanc-seing-pour-la-violence_6195978_3232.html
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/dans-l-indre-ce-demandeur-d-asile-de-buzancais-combat-l-endoctrinement-religieux?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=21&pageId=57da5ce5459a4552008b469a

samedi 21 octobre 2023

Avec foi et loi

Les barbares du Hamas qui, il y a deux semaines, ont massacré, torturé, violé, dépecé toute personne qui croisait leur chemin ou même qui se cachait chez elle ne peuvent être qualifiés de sans foi ni loi.
Le jeune fou furieux qui a tué récemment l'enseignant Dominique Bernard dans son lycée d'Arras n'est pas sans foi ni loi. Pas plus que celui qui a tué Samuel Paty il y a trois ans ou que celui qui a tué à Bruxelles des supporters suédois parce que des exemplaires du Coran ont un jour été brulés dans leur pays.
Tous ces islamistes qui tuent celles et ceux qui ne pensent pas ou ne sont pas comme eux ont foi en un dieu ou un prophète dont ils ont fait un être de terreur et de sang et c'est en son nom qu'ils agissent en tueurs.
Leur loi, c'est la charia qui les exonère de toute humanité et leur enjoint de faire disparaître les mécréants.
On ne peut qu'être horrifié par ces crimes et par leurs justifications. Le jeune Mohammed Mogouchkov qui a tué Dominique Bernard et a blessé grièvement deux autres membres du personnel de son ancien lycée s'est dit envoyé en enfer par la démocratie. Dans une courte vidéo enregistrée juste avant son passage à l'acte, il qualifie les Français de « peuple de mécréants ». « Vous m'avez appris ce que sont la démocratie et les droits de l'homme, et vous m'avez poussé vers l'enfer », poursuit-il, avant de prêter allégeance à l'État islamique. En attaquant sauvagement des enseignants, il s'est exclamé : « Qui te donne l'air que tu respires ? Qui est le seul Dieu ? Appelle Marianne, appelle ta République ».
Ces croyants qui rejettent les valeurs qui nous animent se donnent droit de vie et de mort sur les autres. Mais ils ne représentent pas l'islam, déclarent mollement les imams ou autres porte-parole des musulmans qui nous certifient que l'islam est une religion de paix. On n'arrive plus à les croire.

Six jours après le pogrom commis par le Hamas, Le Monde publiait une tribune d'Abdennour Bidar, philosophe spécialiste de l'islam (1). Il a très vite condamné "sans réserve, sans ambiguïté et sans aucune hésitation les massacres et prises d’otages perpétrés par le Hamas", et les dénonce "comme une pure barbarie et sauvagerie absolument injustifiables". Il a exprimé sa "compassion envers tous les Israéliens, toutes les victimes de toutes nationalités, qui sont (s)es sœurs et frères en humanité (...)". Mais, dit-il, "je suis également très alarmé de constater que, du côté musulman, se fasse attendre à ce point une prise de parole à la hauteur de la gravité des faits. Je ne voudrais pas que dure trop longtemps ce silence aussi assourdissant, ou bien que nous n’entendions que des prises de parole désespérément incapables d’échapper à l’ambiguïté ou à la demi-mesure. J’appelle donc les autorités musulmanes de France à réagir enfin". Et il les appelle à "le faire bien, c’est-à-dire de façon décente. Car il est à l’inverse indécent d’entendre, ces derniers jours, des déclarations qui voudraient expliquer ce qui s’est passé en arguant de la situation intolérable faite par Israël aux habitants de la bande de Gaza, ou de tout ce que l’on peut reprocher à l’extrême droite israélienne nationaliste ou ultraorthodoxe. Cela, parfaitement entendable en soi, n’est pas recevable aujourd’hui : il y a un temps pour chaque chose, une éthique du juste moment, et c’est cette temporalité qui doit être respectée. En de pareilles heures, il s’agit de condamner et de compatir, et non pas de relancer un débat ni de prétendre l’élargir, ce qui ne fait que noyer l’horreur dans le relativisme." Abdennour Bidar réclame "une parole claire, forte, responsable et courageuse des représentants de la communauté musulmane de France ! ".
Le philosophe s'insurge aussi "contre ceux qui, en France et de par le monde, voudraient faire de cette barbarie une cause religieuse, en l’occurrence la cause de l’islam. Non ! Non, l’islam ne saurait être légitimement invoqué ici, et personne n’a le droit de se réclamer de l’islam pour commettre ou prétendre fonder en raison l’irrationalité de tels actes. Aucune sacralité n’exonère leurs auteurs du sacrilège qui est le leur, à l’encontre de la personne humaine, de l’humanité, et d’une religion − l’islam − qu’ils prétendent servir alors qu’ils l’assassinent".

Une semaine après, on attend toujours des paroles aussi fortes. On ne les a pas entendues non plus après l'assassinat de Dominique Bernard et celui des supporteurs suédois.
Dans La Libre Belgique (2), Fouad Benyekhlef et Hamid Benichou, militants laïques, demandent aux imams de "procéder à une importante autocritique". Les belles déclarations de principe en faveur de la paix et du rejet de la violence ne coûtent rien. "Si les religieux se sentent obligés de condamner les attentats commis au nom de l’islam, ils sont pourtant moins enclins à ouvrir les yeux sur l’état des lieux actuels. Car s’il est normal de condamner le terrorisme, cette normalité ne semble pas si évidente lorsqu’il s’agit de dénoncer de manière explicite les intolérances et les formes de rejet présentes dans l’islam de Belgique, qui peuvent également conduire à des situations violentes." (...)
"Dans cette ambiance de repli caractérisée par la frustration, le ressentiment et la victimisation, dans ce contexte de guerre israélo-palestinienne marquée par une incapacité de beaucoup à prendre ses distances avec l’islamisme coupable d’atrocités, il existe une double posture prégnante qui ne peut que nous inquiéter, entre les déclarations solennelles de religieux qui semblent se replier eux-mêmes comme dans une forteresse, qui feignent de se positionner comme inclusifs, ouverts et constructifs, mais qui ne cessent de sombrer dans un ultraconservatisme qui les place à l’arrière-garde, et sporadiquement dans la réaction. Les exemples sont nombreux, nous avons pu le constater avec ces positions risibles concernant l'Evras (note : éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle), ou encore avec leur mutisme concernant les actes barbares du Hamas et avec leur communication plate et molle suite au dernier attentat de Bruxelles." Les deux auteurs de cette tribune attendent des imams belges, dont ils dénoncent l'incompétence, des actes forts et une remise en question de certaines pratiques, un engagement clair en faveur de l’État de droit, de la liberté de conscience, du droit au blasphème, de la liberté sexuelle, du respect des minorités. "Les laïques musulmans doivent reprendre en main la question musulmane en Belgique et peindre un tableau en adéquation avec le véritable esprit belge : celui de leur vision d’une société ouverte, sans complaisance vis-à-vis des interprétations violentes ou liberticides. Ils doivent neutraliser les radicaux et instaurer un cordon sanitaire au sein de la communauté musulmane, une mesure que les religieux semblent incapables de mettre en place."

Si une religion n'est pas clairement dans la défense absolue de l'humanité, c'est qu'elle est nuisible.
En attendant, alors qu'on ne voit pas de signes ou si peu d'une prétendue islamophobie, les actes antisémites se multiplient et les juifs se voient obligés de se cacher. 
En attendant, on ne voit pas les foules musulmanes se presser dans les rues, comme elles le font chaque fois qu'est brulée une page du Coran quelque part dans la monde, pour manifester contre les crimes commis au nom de leur dieu.
En attendant, un peu partout, dans tous les camps, on en appelle à la vengeance, à plus de sang encore. Comme si verser le sang pouvait laver le sang. Assez !

Réécoutons Claude Nougaro, comme nous invite à le faire François Morel (3) :

Il serait temps que l'homme arrive
Sans l'ombre avec lui de la peur
Et dans sa bouche la salive
De son appétit de terreur

Assez ! Assez !
Crie le ruisseau dans la prairie,
Crie le granit, crie le cabri
Assez ! Assez !
Crie la petite fille en flammes
Dans son dimanche de napalm (4)

Note : je ne commente pas les propos des élus et des (ir)responsables de La France Insoumise (à la dignité). Je préfère ignorer leurs hurlements. Ces gens n'existent plus.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/13/le-philosophe-abdennour-bidar-sur-l-attaque-du-hamas-contre-israel-vite-une-parole-claire-et-forte-des-representants-de-la-communaute-musulmane-de-france_6194215_3232.html
(2) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2023/10/19/lettre-aux-imams-musulmans-il-est-temps-pour-vous-de-proceder-a-une-importante-autocritique-RQHVZFYDSRBU3MKG54THSHSTHU/
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-francois-morel/le-billet-de-francois-morel-du-vendredi-20-octobre-2023-2305680
(4) https://www.paroles.net/claude-nougaro/paroles-assez
https://www.youtube.com/watch?v=vPsOvdOBon8

vendredi 7 juillet 2023

Cette gauche devenue idiote

Nous sommes tous islamophobes. C'est ce qu'on peut comprendre des déclarations de l'assistante parlementaire d'un député insoumis. Les restaurateurs qui proposent à leur carte de la viande de cochon sont islamophobes, estime-t-elle (1). Si on suit sa logique, on peut considérer que les viticulteurs et les brasseurs le sont aussi. Que toute femme qui se promène la tête nue est également islamophobe, de même que tout homme qui se rase le menton. Si on mange et boit durant le ramadan, on l'est également. De même si on ne va pas à la mosquée le vendredi. Bref, cette femme voudrait obliger l'ensemble de la société française à respecter les règles et les interdits de l'Islam.
Pendant ce temps, l'établissement LGBT Happy Café à Brest a fermé ses portes, son gérant craignant les appels au meurtre et à la destruction du café qui se multiplient sur les réseaux (anti)sociaux venant d'islamistes qui veulent que "on brule les PD". Exemple parmi trop d'autres : "Exploser l'Happy café faut respecter notre religion Allah Akbar" (2).
Cette assistante parlementaire et tant d'élus de cette gauche si gentille avec ces braves musulmans persécutés n'ont toujours pas compris qu'on ne peut soutenir tous les communautarismes. 
Le conseil municipal d'Hamtramck, localité du Michigan, vient d'interdire de hisser le drapeau arc-en-ciel, symbole LGBT, sur les bâtiments publics. Hamtramck est la première ville américaine dont le conseil municipal est composé intégralement de musulmans. (3)
"Voilà, écrit Jean-Loup Adénor dans Charlie Hebdo, la gauche libérale découvre que les religieux qu'elle protège bec et ongles contre la critique estampillée islamophobe n'ont aucune intention de lui renvoyer l'ascenseur. Et défend ses conceptions puritaines."
A accuser les critiques des dérives de l'islam d'islamophobie on fait le lit des homophobes, des phallocrates, de tous ceux qui ne veulent voir qu'une seule tête, de préférence barbue.
Cette gauche perdue est devenue rétroprogressiste. "Le rétroprogressisme, c'est ça : la défense d'un agglomérat de causes contradictoires qui finiront par se desservir les unes les autres, voire à favoriser les plus réactionnaires."
Pendant ce temps, les interdictions ou les refus d'accueillir le spectacle d'adaptation du livre de Charb Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu de racistes se suivent et se ressemblent. Toujours aussi lâches. "Pour éviter qu'on se fâche avec eux", explique un maire. Avec les islamistes ? A l'université Paris Cité, des syndicats étudiants, Solidaires en tête, ont réclamé l'annulation de la pièce. Solidaires avec qui ? Avec les islamistes?
Pendant ce temps, l'extrême droite sourit dans l'ombre.

(1) "Pol Pot de l'assiette", Franc-Tireur, 28.6.2023.
(2) Franc-Tireur, 5.7.2023.
(3) Jean-Loup Adénor, "Rétroprogressisme - En arrière toute !", Charlie Hebdo, 28.6.2023.
(4) Martin Lon, "Escrocs de l'islamophobie - Charb trop vivant pour eux", Charlie Hebdo, 28.6.2023.


samedi 7 janvier 2023

En rire encore

Huit ans déjà. Huit ans qu'ils sont morts pour avoir eu le culot de rire et faire rire des dieux, de leurs prophètes, des dévots, des religions. Sont-ils morts pour rien ? Aujourd'hui, les bonnes âmes de gôche sont  de plus en plus nombreuses à se taire lâchement, à s'offusquer ou à hurler au racisme si on a le malheur de critiquer ou de se moquer de l'islamisme, cette forme de colonisation et de fascisme. Pour ces braves gens que leur bienveillance (à moins que ce ne soit du clientélisme) rend racistes sans qu'ils ne s'en rendent compte, les pauvres musulmans doivent être préservés de toute critique. Ils méprisent ainsi tous les démocrates qui subissent, souvent de manière extrêmement violente, les régimes théocratiques.

En soutien aux Iraniennes et aux Iraniens qui se battent pour leur liberté, Charlie Hebdo publie cette semaine un numéro spécial 7 janvier "Mollah, retournez d'où vous venez" avec des caricatures du Guide dit suprême de la République islamique d'Iran.
Riss, directeur de l'hebdomadaire, rappelle qu'en 1993 Téhéran avait lancé un concours de caricatures de Salman Rushdie pour "dépeindre la véritable conspiration  qui se dissimule derrière le roman blasphématoire" Les Versets sataniques
Les dessins publiés par Charlie font suite à un appel de l'hebdo et proviennent des quatre coins du monde, "ce qui démontre, pour qui en doutait encore, écrit Riss, la dimension universelle de la caricature et de l'attachement à la liberté face à l'arbitraire religieux".

Charb, Cabu, Oncle Bernard, Wolinski, Tignous, Honoré, Elsa Cayat, Moustapha Ourrad, mais aussi  Michel Renaud, Frédéric Boisseau, Ahmed Merabet et Franck Brinsolaro - tous sauvagement massacrés le 7 janvier par des fous de Dieu - riraient de ces caricatures. On rit pour eux de cette irrévérence pour les révérends. 

(1) "Le dessin satirique, guide suprême de la liberté", Charlie Hebdo, 4.1.2022.


dimanche 14 août 2022

Rushdie et les sombres crapules

Il n'y a pas d'âge pour être un sombre salaud. C'est à quatre-vingt-sept ans que Khomeiny a proféré une fatwa contre Salman Rushdie appelant à le tuer. Et c'est, trente-trois ans plus tard, un autre sombre crétin de vingt-quatre ans qui l'a exécutée en poignardant l'écrivain (heureusement sans réussir à lui ôter la vie) . Le jeune agresseur n'a sans doute jamais lu Les Versets sataniques, à peine en a-t-il entendu parler. Sans doute lui a-t-il suffi de savoir que ce livre est prétendument islamophobe pour se transformer en assassin de la liberté d'expression et de création.

"Un nouveau mot avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : l'islamophobie", écrit Salman Rushdie dans sa remarquable autobiographie Joseph Anton (1). "Critiquer la violence militante de cette religion dans son incarnation contemporaine était considéré comme du fanatisme. Une personne phobique avait des positions extrêmes et irrationnelles, c'était donc elle qui était fautive et non pas le système religieux qui revendiquait plus d'un milliard d'adeptes à travers le monde. (...) Une religion n'était pas une race. C'était une idée, et les idées résistaient (ou s'effondraient) parce qu'elles étaient assez fortes (ou trop faibles) pour supporter la critique, non parce qu'elles en étaient protégées. Les idées fortes accueillaient volontiers les opinions contraires."

Pour expliquer l'agression de Salman Rushdie, le journal iranien Javan évoque aujourd'hui, (2) de manière totalement incompréhensible, comme si Khomeiny n'avait jamais appelé au meurtre, l'hypothèse d'un complot ourdi par les Américains : "Un autre scénario, c'est que les Etats-Unis veulent probablement propager l'islamophobie dans le monde". Alors que l'islamophobie si elle existe se nourrit des actes violents de tous ces fous furieux de Dieu. Une fois encore - air connu, on tente de faire passer l'agresseur pour la victime.
"Les manifestations, les mots de haine, les agressions sous couvert de défense, les menaces de ceux qui se prétendent menacés, le couteau affirmant qu'on cherche à le poignarder, le poing accusant le menton de l'avoir attaqué, tout cela devint familier, la grande hypocrisie malveillante de l'époque, a écrit Salman Rushdie (3). Même le prêcheur sorti de nulle part n'étonnait plus personne. De tels saints hommes bien peu saints surgissent tout le temps, issus d'une sorte de parthénogénèse pathologique, un bizarre tour de passe-passe qui transforme des nullités en sommités."

"Lorsqu'elle est combinée avec l'armement moderne, écrit encore Salman Rushdie, la religion, cette forme médiévale de déraison, devient une véritable menace pour nos libertés. Ce totalitarisme religieux a causé une mutation meurtrière dans le cœur de l'islam et nous en voyons les tragiques conséquences à Paris aujourd'hui. (note : après le massacre barbare de l'équipe de Charlie Hebdo) Les religions, comme toutes les autres idées, doivent faire l'objet de critique, de satire et, oui, méritent que nous leur manquions de respect sans avoir peur. (4)"

Pour tous les dangereux obscurantistes qui tuent celles et ceux qui ne pensent pas comme eux - et en particulier pour l'agresseur de Salman Rushdie assez lâche pour ne pas assumer son acte -, cet extrait des "Versets sataniques" de Salman Rushdie. Et qu'ils se grattent où ça les démange !
Parmi les palmiers de l'oasis, Gibreel apparut au Prophète et se retrouva en train de débiter des règles, des règles, des règles, jusqu'à ce que les fidèles puissent à peine supporter l'idée d'une autre révélation, dit Salman, des règles sur la moindre chose, si un homme pète, il doit se tourner vers le vent, une règle sur la main à utiliser pour se nettoyer le derrière. Comme si aucun aspect de l'existence humaine n'était laissé sans règlement, libre. La révélation - la "récitation" - indiquait aux fidèles la quantité de nourriture à manger, la profondeur du sommeil, et les positions sexuelles qui avaient reçu l'autorisation divine, et ils apprirent ainsi que la sodomie et la position du missionnaire étaient approuvées par l'Archange, tandis que la loi interdisait toutes les positions où la femme était au-dessus. Gibreel dressa en plus la liste des sujets de conversation permis et interdits, et indiqua les parties du corps qu'on ne pouvait pas gratter quelle que soit la démangeaison.

(1) Plon, 2012, p. 400.
(2) https://www.lalibre.be/international/amerique/2022/08/14/lattaque-contre-rushdie-est-un-complot-des-etats-unis-pour-propager-lislamophobie-dans-le-monde-selon-un-journal-iranien-GBUXADWPJJFK3K6EQRK5SSZALQ/
(3) Salman Rushdie, "Deux ans, huit mois et vingt-huit jours", traduction Gérard Meudal, Actes Sud, 2016.
(4) publié sur le site de l'English PEN, association d'écrivains qui défend la liberté d'expression, in Le Courrier international, 15 janvier 2015.
A lire :
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/14/ce-qu-incarne-salman-rushdie-c-est-la-liberte-d-expression-face-a-l-islamisme-et-aux-fondamentalismes-et-il-l-a-payee-a-plusieurs-titres_6138000_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/13/attaque-contre-salman-rushdie-faire-front-contre-l-obscurantisme_6137951_3232.html
https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/de-charlie-hebdo-a-salman-rushdie-de-la-kalachnikov-au-poignard

mardi 24 mai 2022

Papicha et les bonnes âmes

C'est un film que devraient voir les bonnes âmes qui veulent (nous faire) croire que le port du voile, du hijab, du burkini, voire de la burqa n'est qu'un choix personnel des femmes qui le portent et qu'il est raciste d'y mettre des limites.
Papicha (1) suit un groupe de filles algéroises dans les années '90, quand l'intégrisme islamiste a commencé ses ravages violents. Largement autobiographique, le film de Mounia Meddour montre comment cette joyeuse bande de jeunes filles qui ont juste envie de vivre librement est peu à peu miné par les interdits et les injonctions de leurs frères et de leurs amoureux. Interdiction de fumer, d'écouter de la musique, de sortir, injonction à porter le voile, à s'habiller sobrement, à faire profil bas. 
Le défilé de mode, organisé par Nedjma, le personnage principal, a beau être confidentiel, il ne peut être toléré par les islamistes qui interviennent violemment. Parce que les femmes, pour eux, ne peuvent vivre librement, ne peuvent créer, ne peuvent rire. Parce que même entre elles elles doivent se faire discrètes et soumises.
Résumons-nous : les bonnes âmes paternalistes qui se veulent antiracistes sont très sexistes. 

(1) Papicha ("jolie fille" en algérois), film de Mounia Meddour (France / Algérie / Belgique), 2019 - diffusé hier soir sur France 4.

lundi 31 janvier 2022

On s'y perd

Ne pas faire le jeu de l'extrême droite. Voilà qui semble être l'un des soucis majeurs d'une partie importante de la gauche et de l'extrême gauche. Pour ce faire, on les voit minimiser, voire nier l'impact de l'islamisme sur certains quartiers et surtout sur celles et ceux qui y habitent, qu'ils et elles soient musulmans ou non. Ces braves âmes n'ont rien à reprocher aux dérives autoritaires d'hommes tout puissants qui veulent imposer à tous et surtout à toutes les règles réelles ou inventées de leur religion. En refusant d'entendre ce que vivent douloureusement certains habitants et en mettant la poussière sous le tapis, cette gauche fait le jeu de l'extrême droite.

Récemment, la chaîne de télévision M6 diffusait, dans le cadre de son émission Zone interdite, un reportage dénonçant l'emprise islamiste sur des quartiers de certaines villes françaises. "Le reportage, explique l'hebdomadaire Marianne (1), documente l'installation d'un islam fondamentaliste à Marseille, Roubaix, Lyon. Sont exposés : écoles illégales dissimulées, fillettes de 7 ans voilées, mosquées radicales à l'enseignement salafiste… Des pratiques qui n'ont rien à voir avec l'islam pratiqué par l'immense majorité des citoyens français musulmans, mais qui relèvent d'une dérive bien connue : le fréro-salafisme." Mais cette réalité, insupportable à vivre dans un pays laïc et démocratique, doit être cachée. Avant même la diffusion de l'émission, des militants de la France insoumise appelait à son boycott pour cause d'islamophobie.

Certains arguments sont proprement ahurissants : David Guiraud, porte-parole jeunesse de la France insoumise, a écrit le message suivant : "Je ne vois pas pourquoi les musulmans n’auraient pas le droit de faire comme les écoles Saint Pie X et séparer les garçons et filles". En arrière toute et vive les traditionalistes ! On a connu partis plus progressistes et plus soucieux de l'égalité des sexes et de la liberté de pensée. Marianne rappelle que la Fraternité Saint-Pie X est sous haute surveillance des services de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) en raison de son caractère sectaire.
Autre argument confondant d'un militant de LFI : voiler une fillette de 7 ans n'a rien de bien différent que de l'inscrire à des cours d'équitation, il s'agit simplement de "la préparer à l'avenir". Quel est donc cet avenir ? Celui de femme soumise, ce qu'indique le voile ? Et se soumettre à la religion et cacher du regard concupiscent des hommes son corps honteux s'apparenterait donc à la pratique de l'équitation ? Ne serait-ce pas du racisme de trouver normal de voiler des petites filles ? Il faut donc, selon ce militant, préparer une enfant de 7 ans à son destin inéluctable : celui de femme soumise. La France insoumise a une très curieuse conception de l'insoumission. LFI pourrait se rebaptiser LFISI (La France Insoumise Sauf à l'Islamisme).
Pour ne pas faire le jeu de l'extrême droite, certains en arrivent à prendre des positions qui ressemblent fort à celle de la pire extrême droite qui entend formater les enfants. 

La journaliste de M6 qui présente l'émission est aujourd'hui menacée de mort et placée sous protection policière. Mais, constate Sophia Aram, "il n’y a plus personne pour dire que ces menaces font sans doute un peu le jeu de l’extrême droite (2). 
"Devant la complaisance du principal parti de gauche à la présidentielle, écrit Marianne, l'extrême droite a tout un boulevard devant elle pour occuper le terrain. Et tant pis pour les personnalités engagées dans ce combat qui n'appellent ni à la haine, ni à l'anathème, comme Amine Elbahi (un militant politique roubaisien engagé dans la lutte contre l'islamisme après la radicalisation de sa grande sœur, qui s'est rendue en Syrie). Ou comme l'imam franco-tunisien Hassen Chalgoumi, interrogé dans le reportage de Zone Interdite. « L'islamisme est la maladie de l'islam », a répété celui qui est encore imam à Drancy. Le prédicateur, qui s'est toujours exprimé contre les tueries djihadistes et l'enracinement de l'islam fréro-salafiste, vit aujourd'hui sous protection policière quotidienne. Sa femme et ses cinq enfants ont été contraints de quitter le pays. À vouloir défendre ces courants islamistes coûte que coûte, les militants bien intentionnés comme David Guiraud semblent oublier que les victimes de ces fondamentalismes sont aussi musulmans."

Post-scriptum: l'éditorial du Monde ce 1er février:

(1) https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/zone-interdite-montre-lislamisme-des-militants-de-la-france-insoumise-denoncent-lislamophobie?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20220124&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiMWRhMjc0MDM2MDEzNTMyNzJkNjYxMmIyOWM2M2NiMDAifQ%3D%3D
(2) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-31-janvier-2022

vendredi 7 janvier 2022

Le soft power de l'islamisme

Charb, Cabu, Bernard Maris, Wolinski, Tignous, Honoré, Elsa Cayat, Michel Renaud, Frédéric Boisseau,  Ahmed Merabet, Franck Brinsolaro, Moustapha Ourrad. Voilà sept ans aujourd'hui qu'ils ont été massacrés dans les locaux de Charlie Hebdo par deux sombres salauds dont on préfère oublier le nom. En tuant des dessinateurs, ils affirmaient avoir vengé leur prophète. 
Charlie Hebdo commémore les siens en publiant cette semaine un numéro spécial consacré aux "nouveaux clusters de l'islamisme": école, mode, travaux, sport, politique...


En introduction de ce numéro, une interview d'Omar Youssef Souleiman, écrivain et poète d'origine syrienne qui s'est réfugié en France en 2012. Athée "grâce au Coran", il dénonce la stratégie des islamistes pour mener à bien leur projet politique et sociétal. 

Il s'est étonné dans les années '80 de découvrir, via des photos de famille, que sa grand-mère n'était pas voilée dans les années '60-'70. Ce sont les Frères musulmans qui insidieusement ont imposé aux femmes le port du voile. "Je me souviens d'une phrase qui disait: la femme voilée est beaucoup plus libre, elle est indépendante, car elle garde son corps pour elle. C'est exactement ce qu'on entend actuellement en Europe. Alors, petit à petit, les jeunes Syriennes se sont mises à se voiler, même si beaucoup d'entre elles ne le souhaitaient pas, car les non-voilées, désormais, on les regardait bizarrement, comme des femmes impudiques. Je constate qu'il se passe la même chose aujourd'hui en France, dans certaines cités de banlieue où je suis allé."
Omar Youssef Souleiman dit ne pas comprendre cette gauche française qu'il qualifie d'hallal, celle qui affiche sa sympathie, sa complicité avec les islamistes. Celle qui en 1978 soutenait Khomeyni parce qu'il s'opposait à l'impérialisme américain. "Je trouve qu'ils ont un côté masochiste, parce qu'en Iran, une fois Khomeyni au pouvoir, les premiers à avoir été massacrés ont été les militants de gauche et les communistes. Pour moi qui viens du Moyen-Orient, c'est toujours un grand étonnement de voir tout ça, parce que chez nous, la gauche et les islamistes sont des ennemis jurés. Je trouve tellement bizarre ce mariage entre les deux en France..." Il en appelle à une vrai gauche laïque.
"Quand j'entends le mot islamophobie, je suis effondré. Ça n'existe pas ! Le seul ennemi de l'islam, c'est l'islam lui-même. Il suffit de lire le Coran pour comprendre qu'une bonne partie de cette religion, malheureusement, invite à la haine. Ce n'est pas une simple religion, c'est aussi un système politique, et depuis le début." Il pense qu'Eric Zemmour ferait "un super musulman fanatique : il est misogyne, polygame, il défend la société du patriarcat, il a la nostalgie du passé." 
Omar Youssef Souleiman voit cependant les jeunes évoluer dans les pays musulmans : "il y a une vague d'athéisme impressionnante dans les pays arabes, des centaines de milliers de jeunes qui détestent les islamistes. Bien sûr, ils sont menacés, alors ils se cachent, s'activent sur Internet, sous pseudonyme, mais ils sont là. Et ils cherchent autre chose. Et cette autre chose, c'est la démocratie."

Pendant ce temps, les islamistes avancent leurs pions dans les sociétés européennes. Avec le soutien complaisant de cette gauche hallal. "Il y a (...) une impérieuse urgence à combattre l'idéologie islamiste, écrit Riss dans son édito, pas uniquement sur le plan sécuritaire, mais aussi culturel, politique, sociétal. Car on sait que les idéologues de cette pensée intolérante n'ont pas baissé les bras après avoir compris que la violence n'a fait que braquer l'opinion publique contre eux. Ils ont donc changé de tactique et adopté ce qu'on pourrait appeler un soft power au service de leur cause. Mettant en œuvre une stratégie d'entrisme lente et silencieuse dans de nombreux secteurs de la société pour leur donner les impulsions qui serviront leur combat. Dans le monde du travail, de la mode, de l'université, du sport, de l'éducation pour ne citer que ceux-là, l'islamisme cherche à investir des champs nouveaux  d'où il sera ensuite presque impossible de l'en déloger."

Dans un article intitulé "L'islamisme à bas bruit", Laure Daussy explique la stratégie aujourd'hui moins violente mais plus cachée des djihadistes. Sans renoncer à leur projet de califat dont Daech fut le fer de lance, ils visent aujourd'hui d'abord les esprits en cherchant à islamiser nos sociétés dans toutes ses composantes. De nombreux djihadistes emprisonnés en France en ont témoigné clairement dans "Le Jihadisme français. Quartiers, Syrie, prisons" d'Hugo Micheron (Gallimard, 2020). 
Lorraine Redaud  a eu le courage de se balader sur les réseaux sociaux où pullulent les vidéos de propagande islamiste. Natacha Devanda, de son côté, constate qu'alors que la religion chrétienne a été depuis longtemps sortie des murs des ateliers et des bureaux, c'est à présent l'islam qui parvient de plus en plus à y imposer ses règles. Inna Shevchenko se désole de voir des mouvements qui se veulent féministes  défendre le port du hijab. "Leur promotion du code vestimentaire religieux pour les femmes musulmanes n'est peut-être qu'une autre manifestation vulgaire du complexe du sauveur occidental."
Philippe Lançon dénonce l'expression "les musulmans" utilisée par ceux qui comprennent l'islamisme: "Passer de l'humanisme anti-raciste à la défense d'une religion aussi conservatrice, c'est une petite révolution politique et mentale. Pour la mener, les petits messagers du soft power  ont sociologisé l'islam en imposant cette expression: les musulmans. L'expression a été efficace, mais elle est risquée: si, pour les uns, elle signifie victimes, pour les autres, elle signifie menace. C'était prévisible: les deux camps, se surveillant et se lustrant dans le miroir, se nourrissent l'un de l'autre."

Ce numéro spécial de Charlie Hebdo se termine par deux pages optimistes, relatant les cours qu'une prof de français et d'histoire-géo consacre, auprès de CAP et de bacs pro, à la laïcité et à la liberté d'expression. Son pari sur le respect et l'intelligence des élèves est gagnant. 

Charlie Hebdo n° 1537, 5.1.2022.

mardi 9 novembre 2021

L'Europe du sexisme

"La liberté, c'est l'esclavage" proclame un des slogans du régime totalitaire de 1984, le terrifiant roman de George Orwell. Aujourd'hui, c'est le Conseil de l'Europe (1) qui affirme que la liberté, c'est la soumission. Des affiches présentent des jeunes femmes souriantes dont la moitié de la tête est voilée et l'autre pas. "Beauty is in diversity as freeedom is in hijab", nous dit-on, ajoutant que le monde serait sacrément ennuyeux si tout le monde se ressemblait et nous invitant à célébrer la diversité et à respecter le hijab. Oui, à respecter le hijab. Avec tout le mépris qu'on peut imaginer derrière ce slogan pour toutes les femmes qui, dans des pays islamiques, sont sommées de porter ce voile sous peine de prison, de violence ou même de mort. Pour elles, le hijab est l'exact contraire de la liberté. Vêtement politique (le dira-t-on jamais assez ?), il marque la soumission de la femme aux lois du Coran et à l'homme. Il indique une société patriarcale dans laquelle la femme doit tenir son rang qui ne sera jamais le premier. Il y a une bonne quinzaine d'années, j'avais reçu de l'imam de Ronse/Renaix un fascicule (que j'aurais dû conserver) de promotion du voile. Ce dernier était présenté comme un moyen de protéger, même contre son gré, cette perle qu'est la femme.
Le Conseil de l'Europe explique que ces visuels diffusés par tweets ont été réalisés par les participants d’un atelier "contre les discours de haine anti-musulmans" qui s’est tenu en ligne fin septembre, qu'ils ont fait "usage de leur liberté d’exprimer leur identité et leurs points de vue ", mais que leurs affiches ne représentent pas la position du Conseil de l’Europe ou de sa Secrétaire Générale". C'est pourquoi elles ont été retirées suite aux réactions indignées qu'elles ont suscitées principalement en France. 

"La campagne ne serait donc que le fruit de membres lambda de la société civile désireux de s’engager pour les droits humains ?, se demande l'hebdomadaire Marianne (2). Pas vraiment. Comme l’annonce d’ailleurs très ouvertement le site du Conseil de l’Europe, l’atelier en question a été organisé en collaboration avec le Forum of European Muslim Youth and Student Organisations (Femyso) », une association bien connue pour son lobbying pro-voile. « Le Femyso est la branche jeune d’une organisation réputée proche des Frères musulmans, l’Union des Organisations Islamiques en Europe (UOIE), qui représente le courant fondamentaliste de l’islam en Europe et dont l’objectif est de former une élite musulmane européenne », explique à Marianne Florence Bergeaud Blackler, anthropologue au CNRS et spécialiste des mouvements islamistes. D'autres participantes à l'atelier sont membres de l’European Forum of Muslim Women (EFMW), une émanation féminine de l’UOIE. Bref, des organisations fondamentalistes islamiques se sont bel et bien glissées dans les petits papiers du Conseil de l'Europe en parvenant ici à mener, sous couvert de lutte anti-raciste, une campagne sexiste.  

Naëm Bestandji, essayiste, auteur de Le linceul du féminisme, Caresser l'islamisme dans le sens du voile (Seramis) estime (3) que cette campagne cherche à "assigner toutes les musulmanes à la frange extrémiste de l'islam par la promotion de son étendard sexiste et patriarcal. L’objectif est l’avancée de cette idéologie totalitaire aux antipodes des valeurs défendues par les diverses instances européennes. Comment est-ce possible ? Depuis plusieurs décennies, les Frères musulmans considèrent l’Europe comme un territoire à conquérir. Cela passe d’abord par la réislamisation des musulmans et l’adaptation des pays européens aux demandes islamistes." L'essayiste considère qu'avec le voile, "outil politique de prédilection de l’islamisme," et la rhétorique d’inversion "les islamistes se présentent en défenseurs des droits humains, de la laïcité et de la liberté des femmes et en combattants de la lutte contre le racisme. Comme pour toutes les idéologies totalitaires, la jeunesse est une cible fondamentale." Et un de leurs outils est dès lors le Forum des organisations européennes de jeunes et d'étudiants musulmans (Femyso). "La jeunesse a toujours été une cible privilégiée de l’islamisme politique. Sa vision s’inscrit dans le temps long. Cette idéologie veut influer sur les futurs citoyens pour que, à moyen et long terme, l’islamisme soit mieux accepté. Obsédés sexuels et nostalgiques d’un patriarcat multimillénaire, le sexisme du voile est leur outil politique de prédilection." 

Les islamistes sont doués pour les tours de passe-passe. Ils sont parvenus à tétaniser une bonne partie de cette gauche qui se veut bien pensante et ne craint qu'une chose: passer pour raciste en étant critique par rapport à une injonction de l'islamisme. Résultat: en pensant lutter contre ce qu'elle appelle islamophobie, elle nourrit le sexisme et le machisme. "La femme est considérée comme un objet sexuel tentateur qui doit être caché sous un voile pour ne pas exciter la libido masculine, écrit encore Naëm Bestandji. Il n’existe aucun discours équivalent pour les hommes. Cette campagne s’enfonce dans l’abject lorsqu’elle partage un dessin animé de dix secondes qui met en scène des petites filles voilées avec le slogan unis dans la diversité. Le sexisme, le patriarcat et, ici, la sexualisation des fillettes sont présentés comme des formes de diversités à promouvoir… Le hijab est prescrit par les islamistes afin de cacher la femme pour des raisons sexuelles. Voiler une fillette est la considérer comme désirable (tout en la préparant au sort d'objet sexuel adulte qui l'attend). Cette campagne véhicule les idées les plus rétrogrades de l'islamisme. Elle banalise la pédophilie par la sexualisation des fillettes tentatrices."

Conclusion de l'essayiste: "nos sociétés, certaines plus que d’autres, ont mis des siècles à s’émanciper du poids patriarcal de l’Église catholique. Mais il semble que le patriarcat est comme la nature : il aurait horreur du vide. Ce que nous espérions être une histoire révolue est sur le point d’être remplacé par le patriarcat de l’intégrisme musulman. Le patriarcat a encore de beaux jours devant lui, grâce au soutien d’institutions européennes comme le Conseil de l’Europe, avec les deniers du contribuable, et pour la plus grande joie des islamistes."

(1) qui n'a rien à voir avec l'Union européenne.
(2) https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/derriere-la-campagne-pro-voile-du-conseil-de-leurope-la-galaxie-des-freres-musulmans
(3) https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/pub-pro-voile-du-conseil-de-leurope-une-strategie-victimaire-centrale-pour-lislamisme