mardi 13 janvier 2026
L'étranger
mercredi 19 novembre 2025
Avenir obscurci
Un professeur d'une université américaine affirme (sous le pseudonyme de Hilarius Bookbinder) que "la plupart de nos élèves aujourd'hui sont des analphabètes fonctionnels. J'entends par là qu'ils sont incapables de lire et de comprendre des romans pour adultes sérieux écrits par des auteurs grand public (...). Nos diplômés sont littéralement incapables de les lire d'un bout à l'autre en comprenant ce qu'ils ont sous les yeux. Ils n'ont ni le désir d'essayer, ni le vocabulaire nécessaire pour saisir le sens des phrases, et certainement pas la capacité d'attention nécessaire pour finir. (...) Mais le pire, c'est leur résistance à toute pensée originale. il y a une soumission réflexe au cliché le plus banal, et un refus de toute nouvelle idée". (1) Une étude de 2022, publiée dans The Chronicle of Higher Education, faisait le même constat et en attribuait les causes à l'usage excessif des portables et des réseaux dits sociaux, aux conséquences du confinement lors de l'épidémie de Covid-19 et à l'intelligence artificielle.
Hier matin, dans sa revue de presse sur France Inter (3), Nora Hamadi expliquait, citant un article du quotidien La Croix, que "le prestigieux MIT a mené une expérience auprès d’un groupe d’étudiants. Leur activité neuronale a été mesurée pendant qu’ils rédigeaient une dissertation en 20 minutes : les uns avec ChatGPT, les autres avec un moteur de recherche de type Google, et les derniers sans aucun soutien externe. Conclusion : c’est ce troisième groupe qui produisait le plus de connexions neuronales, comparativement aux deux autres. Les étudiants avec ChatGPT voient une baisse moyenne de 55 % de leur activité neuronale, ils se souvenaient beaucoup moins bien de leur écrit. L’étude a conclu à une diminution probable des compétences d’apprentissage. En gros, « ChatGPT rend bête ». « Déléguer le raisonnement humain a des algorithmes probabilistes, cela engendre une perte d’efforts cognitifs et une perte de pensées critique », explique Laure Tabouy, neuroscientifique : « Sur le long terme, il y a un risque d’atrophie de certaines zones cérébrales au détriment d’autres »".
Dans le même temps, le Père Ubu américain (dont on sait qu'il ne lit absolument rien sinon les propos élogieux à son égard - rien d'autre ne l'intéresse) fait la guerre aux universités. "De ce point de vue, écrit Marc Weitzmann (2), l'offensive catastrophique de l'administration Trump contre les campus et contre la science en général, dont nous paierons tous le prix à la première pandémie, ou lors du réchauffement climatique, paraît s'inscrire dans la continuation d'un processus de destruction initié par les universités elles-mêmes, leurs départements des sciences humaines et leurs administrations en particulier. Des médias aux universités, tous les lieux du savoir, comme l'écrit l'essayiste Ted Gloria, connaissent une crise, voire un effondrement sans précédent. Il est remarquable qu'on assiste en parallèle à la montée d'un catholicisme réactionnaire, voire moyenâgeux, qui trouve des alliés improbables chez certains magnats de la haute technologie."
En France, l'islam prend de plus en plus de place dans la vie des jeunes musulmans. Une étude de l'Ifop, rendue publique hier et commentée dans Charlie Hebdo de ce jour (4), indique que "65% des musulmans (de France) pensent que la religion a raison face à la science sur la question de la création du monde" (19% chez les adeptes d'autres religions) ; que "57% des musulmans âgés de 15 à 24 ans pensent que le respect des règles musulmanes est plus important que celui des lois françaises" ; que "32% des moins de 25 ans ont de la sympathie pour les Frères musulmans (13% chez les musulmans de plus de 50 ans) et que seuls 12% des 15 à 24 ans souhaitent que "l'islam se modernise" (ils étaient 41% en 1998). "Il est troublant de constater que ce sont les plus jeunes qui sont les plus traditionalistes, alors que les plus âgés le sont moins", commente Riss.
En Espagne, de plus en plus de jeunes voient le franquisme comme "une période idyllique". En France, de plus en plus de jeunes sont séduits par le ballon de baudruche Bardella et son RN très FN.
On voit par là qu'une partie inquiétante de la jeunesse avance à reculons. Dans l'obscurité et vers le pire.
(1) cité par Marc Weitzmann, "La part sauvage", Grasset, 2025.
(2) op. cit.
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/dans-l-oeil-de/dans-l-oeil-de-du-mardi-18-novembre-2025-6529260
(4) Jean-Loup Adénor, "Les jeunes musulamns en pincent pour l'islamisme" - Riss, "Islamisme made in France", Charlie Hebdo, 19.11.2025.
jeudi 13 novembre 2025
La terreur perd et gagne
(1) "On oublie parfois quand on est journaliste, qu'on est aussi concerné", Le Courrier international, 6.11.2025.
(2) Leo Klimm, "La France a résisté à la tentation de haïr en retour", Der Spiegel, 29.10.2025, in Le Courrier international, 6.11.2025.
(3) Lire l'interview de Omar Youssef Souleimane : https://www.leddv.fr/actualite/omar-youssef-souleimane-les-islamistes-ont-trouve-chez-lfi-un-echo-pour-leur-propagande-20251111
(4) Riss, "Trente ans de franche rigolade", Charlie Hebdo, 12.11.2025.
jeudi 5 juin 2025
Un progrès réactionnaire
Décidément, l'islamisme ne semble pas inquiéter une part importante de la gauche belge. La Région de Bruxelles est sans gouvernement depuis quasiment un an et voilà qu'on nous annonce, sans rire, qu'une majorité présentée comme progressiste pourrait gouverner Bruxelles en intégrant en son sein la Team Fouad Ahidar. En quoi celui-ci serait-il progressiste, lui qui est l'incarnation de la réaction ? Lui qui a déclaré : « Pour certains, les cultes doivent rester à la maison, pour moi c’est le contraire ».
On s'interroge : où serait le progrès d'un gouvernement bruxellois qui s'allierait à ce personnage qui donne priorité à la religion par rapport à la politique ? "A l’inverse, écrivent encore Les Universalistes, le « progrès » consiste à affirmer la neutralité de l’État, à défendre inconditionnellement l’égalité entre les hommes et les femmes et à ne pas tolérer que la loi civile soit influencée par des considérations religieuses."
mercredi 4 juin 2025
Belgique aveugle
(1) Riss, "Contre-révolution 2.0", Charlie Hebdo, 28.5.2025.
(2) Laurence D'Hondt et Jean-Pierre Martin, "Allah n'a rien à faire dans ma classe - Enquête sur la solitude des profs face à la montée de l'islamisme", Racine, 2024.
(3) J.-Y. C. "Créolisation", Charlie Hebdo, 28.5.2025.
mardi 26 novembre 2024
Le service de la vie
L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été arrêté, il y a plusieurs jours, à son arrivée à l'aéroport d'Alger. Les motifs de son arrestation sont flous et clairs à la fois. Certaines de ses déclarations relatives au territoire algérien ont dérangé le pouvoir, de même que des positions du président Macron ou encore que le Prix Goncourt attribué à Kamel Daoud. Boualem Sansal a surtout le grand tort d'être un esprit libre. On sait ce que l'islamisme a fait vivre à l'Algérie dans les années '90. Sansal n'a jamais craint de dénoncer, dans ses romans et dans ses interviews, la terreur ultra-violente qu'ont fait régner les barbus et qui semble avoir figé à jamais l'Algérie. On peut craindre pour son sort quand on pense, comme Sophia Aram le faisait hier (1), "à l’écrivain Rachid Mimouni, mort en exil au milieu de la décennie noire, au chanteur Lounès Matoub, assassiné en 1998 sur la route de Tizi Ouzou, à l’écrivain Tahar Djaout et tous ceux qui sont morts d’avoir eu le courage de parler, d’écrire ou de chanter la détresse des Algériens pris entre un régime militaire, autoritaire et corrompu et des islamistes ayant massacré près de 200 000 personnes pendant la décennie noire". Sophia Aram salue "un homme qui a le courage de dire, dans un pays dont le pouvoir pactise avec l’islamisme, que "si la religion fait peut-être aimer Dieu, rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité ".
Allez, ouste, les dictateurs, les usurpateurs, les mafieux, les crapulards, l'avenir appartient aux gens de bien. Tiens, je crois que c'est ça la bonne définition de cet objet non identifié qu'est l'humanité, que je cherche depuis des années : l'humanité, ce sont ces gens de bien qui, vaille que vaille, assurent le service de la vie. (Boualem Sansal, "Vivre - Le compte à rebours", Gallimard, nrf, 2024)
(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-25-novembre-2024-7974755
(2) https://www.lepoint.fr/societe/des-prix-nobel-de-litterature-se-mobilisent-pour-boualem-sansal-23-11-2024-2576089_23.ph
(3) https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/richard-malka-le-oui-mais-au-sujet-de-l-arrestation-de-boualem-sansal-est-odieux?
https://www.marianne.net/societe/medias/sur-le-plateau-de-c-politique-boualem-sansal-et-kamel-daoud-executes-par-de-petits-procureurs-mediatiques?
lundi 4 novembre 2024
Houris, au nom de toutes les femmes
" A nos malheurs, l'imam joignit ensuite "les femmes qui visitent les tombes, celles qui hurlent dans le deuil, celles qui mettent en colère leur époux". Et aussi celles qui se parfument en sortant, celles qui ajoutent des tresses à leurs cheveux, celles qui se promènent les chevilles nues, et l'imam continua et continua encore jusqu'à ce qu'il ne reste rien, d'aucune femme, pas une trace, pas un cheveu, que du sang sur les mâchoires de loups. Que des ombres poilues, des silhouettes muettes et des mortes aux voix douces pour dire "oui" à l'homme. Et dans le salon, après le rire féroce, on resta plongées dans un silence de rescapées, je te le jure. Pas seulement inquiètes, mais stupéfaites : pourquoi ce Dieu nous hait tant ? Qu'avons-nous fait pour le mettre en colère depuis trois mille ans ? Lui avons-nous volé la maternité du monde, le pouvoir d'accoucher et d'allaiter ? Lui avons-nous ravi le cœur des hommes ? Mon salon de coiffure était devenu une tanière de louves apeurées, de ventres clandestins. "
Kamel Daoud, Houris.
(1) Kamel Daoud, "Houris", Gallimard, 2024. Ce livre est interdit en Algérie.
https://www.lemonde.fr/livres/article/2024/09/08/kamel-daoud-les-islamistes-ont-perdu-militairement-mais-gagne-politiquement_6307521_3260.html
https://www.lemonde.fr/livres/article/2024/11/04/kamel-daoud-que-ce-livre-fasse-decouvrir-le-prix-des-libertes_6376278_3260.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/04/iran-une-etudiante-se-deshabille-devant-son-universite-pour-protester-contre-la-police-des-m-urs-avant-d-etre-arretee_6375455_3210.html
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-04-novembre-2024-3868538
Sophia Aram souligne l'hypocrisie du président du RN-FN qui a salué “le courage inouï de cette jeune femme iranienne“, mais qui, il y a quelques mois seulement, répondant à une question sur l’accueil des femmes afghanes, avait lâché : « Pardonnez-moi, mais je ne vois pas la plus-value pour la société française d’accueillir des gens de Tchétchénie ou des gens d’Afghanistan“.
dimanche 7 janvier 2024
Réflexions d'un 7 janvier
Jean-François Ricard met à mal le cliché du terroriste islamiste masculin, peu éduqué, abandonné par le système : "j'insiste sur le fait que nous n'avons pas affaire à des pauvres types ou des paumés, pour reprendre les termes que l'on lit souvent. C'est complètement faux. On a eu des gens impliqués dans des projets d'action violente qui étaient d'un très haut niveau universitaire, scientifique, des ingénieurs, des médecins, etc. (...) L'idée selon laquelle ce sont des espèces de ratés qui vont choisir ce parcours presque par défaut, c'est complètement faux. Il y a de tous les niveaux." Et le djihadisme n'est pas qu'une affaire de mecs. Au contraire. Dans les études menées à partir des centaines de procédures qui ont suivi les départs en Syrie, le magistrat a constaté que "dans les deux tiers des affaires, c'était une mère qui était partie avec un ou plusieurs enfants jeunes, contre l'avis du père".
(1) "Jean-François Ricard : C'est un phénomène nouveau : en 2023, 11 mineurs ont été impliqués dans des affaires terroristes", Charlie Hebdo, 3.1.2024.
(2) https://www.lefigaro.fr/vox/religion/ferghane-azihari-l-islam-n-est-pas-la-religion-des-opprimes-20210413
lundi 27 novembre 2023
Les assassins d'Allah
Le même 3 novembre, l'appel au Djihad résonnait dans les rues de Copenhague. "Il y a des gens au Danemark qui n'adhèrent pas à nos valeurs", constatait inquiète la première Ministre Mette Frederiksen. Les manifestants étaient, eux aussi, réunis par Hizb Ut-Tahrir. En France, en Belgique, en Grande-Bretagne et ailleurs, des "Allah Akbar" ponctuent régulièrement les manifestations appelant à la fin de la guerre entre Israël et le Hamas.
(1) "L'oumma, ou uma, est la communauté des musulmans, indépendamment de leur nationalité, de leurs liens sanguins et des pouvoirs politiques qui les gouvernent. Le terme est synonyme de umma islamiyya, « la nation islamique »." (Wikipedia)
(2) Jean-Loup Adénor et Yovan Simovic, "Conflit israélo-palestinien - Allemagne, Danemark, France... la flambée islamiste", Charlie Hebdo, 15.11.2023.
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/22/le-coran-ne-donne-aucun-blanc-seing-pour-la-violence_6195978_3232.html
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/dans-l-indre-ce-demandeur-d-asile-de-buzancais-combat-l-endoctrinement-religieux?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=21&pageId=57da5ce5459a4552008b469a
samedi 21 octobre 2023
Avec foi et loi
En attendant, un peu partout, dans tous les camps, on en appelle à la vengeance, à plus de sang encore. Comme si verser le sang pouvait laver le sang. Assez !
Réécoutons Claude Nougaro, comme nous invite à le faire François Morel (3) :
Il serait temps que l'homme arrive
Sans l'ombre avec lui de la peur
Et dans sa bouche la salive
De son appétit de terreur
Assez ! Assez !
Crie le ruisseau dans la prairie,
Crie le granit, crie le cabri
Assez ! Assez !
Crie la petite fille en flammes
Dans son dimanche de napalm (4)
Note : je ne commente pas les propos des élus et des (ir)responsables de La France Insoumise (à la dignité). Je préfère ignorer leurs hurlements. Ces gens n'existent plus.
(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/13/le-philosophe-abdennour-bidar-sur-l-attaque-du-hamas-contre-israel-vite-une-parole-claire-et-forte-des-representants-de-la-communaute-musulmane-de-france_6194215_3232.html
(2) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2023/10/19/lettre-aux-imams-musulmans-il-est-temps-pour-vous-de-proceder-a-une-importante-autocritique-RQHVZFYDSRBU3MKG54THSHSTHU/
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-francois-morel/le-billet-de-francois-morel-du-vendredi-20-octobre-2023-2305680
(4) https://www.paroles.net/claude-nougaro/paroles-assez
https://www.youtube.com/watch?v=vPsOvdOBon8
vendredi 7 juillet 2023
Cette gauche devenue idiote
(1) "Pol Pot de l'assiette", Franc-Tireur, 28.6.2023.
(2) Franc-Tireur, 5.7.2023.
(3) Jean-Loup Adénor, "Rétroprogressisme - En arrière toute !", Charlie Hebdo, 28.6.2023.
(4) Martin Lon, "Escrocs de l'islamophobie - Charb trop vivant pour eux", Charlie Hebdo, 28.6.2023.
samedi 7 janvier 2023
En rire encore
Huit ans déjà. Huit ans qu'ils sont morts pour avoir eu le culot de rire et faire rire des dieux, de leurs prophètes, des dévots, des religions. Sont-ils morts pour rien ? Aujourd'hui, les bonnes âmes de gôche sont de plus en plus nombreuses à se taire lâchement, à s'offusquer ou à hurler au racisme si on a le malheur de critiquer ou de se moquer de l'islamisme, cette forme de colonisation et de fascisme. Pour ces braves gens que leur bienveillance (à moins que ce ne soit du clientélisme) rend racistes sans qu'ils ne s'en rendent compte, les pauvres musulmans doivent être préservés de toute critique. Ils méprisent ainsi tous les démocrates qui subissent, souvent de manière extrêmement violente, les régimes théocratiques.
Charb, Cabu, Oncle Bernard, Wolinski, Tignous, Honoré, Elsa Cayat, Moustapha Ourrad, mais aussi Michel Renaud, Frédéric Boisseau, Ahmed Merabet et Franck Brinsolaro - tous sauvagement massacrés le 7 janvier par des fous de Dieu - riraient de ces caricatures. On rit pour eux de cette irrévérence pour les révérends.
(1) "Le dessin satirique, guide suprême de la liberté", Charlie Hebdo, 4.1.2022.
dimanche 14 août 2022
Rushdie et les sombres crapules
Il n'y a pas d'âge pour être un sombre salaud. C'est à quatre-vingt-sept ans que Khomeiny a proféré une fatwa contre Salman Rushdie appelant à le tuer. Et c'est, trente-trois ans plus tard, un autre sombre crétin de vingt-quatre ans qui l'a exécutée en poignardant l'écrivain (heureusement sans réussir à lui ôter la vie) . Le jeune agresseur n'a sans doute jamais lu Les Versets sataniques, à peine en a-t-il entendu parler. Sans doute lui a-t-il suffi de savoir que ce livre est prétendument islamophobe pour se transformer en assassin de la liberté d'expression et de création.
"Un nouveau mot avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : l'islamophobie", écrit Salman Rushdie dans sa remarquable autobiographie Joseph Anton (1). "Critiquer la violence militante de cette religion dans son incarnation contemporaine était considéré comme du fanatisme. Une personne phobique avait des positions extrêmes et irrationnelles, c'était donc elle qui était fautive et non pas le système religieux qui revendiquait plus d'un milliard d'adeptes à travers le monde. (...) Une religion n'était pas une race. C'était une idée, et les idées résistaient (ou s'effondraient) parce qu'elles étaient assez fortes (ou trop faibles) pour supporter la critique, non parce qu'elles en étaient protégées. Les idées fortes accueillaient volontiers les opinions contraires."
(1) Plon, 2012, p. 400.
(2) https://www.lalibre.be/international/amerique/2022/08/14/lattaque-contre-rushdie-est-un-complot-des-etats-unis-pour-propager-lislamophobie-dans-le-monde-selon-un-journal-iranien-GBUXADWPJJFK3K6EQRK5SSZALQ/
(3) Salman Rushdie, "Deux ans, huit mois et vingt-huit jours", traduction Gérard Meudal, Actes Sud, 2016.
(4) publié sur le site de l'English PEN, association d'écrivains qui défend la liberté d'expression, in Le Courrier international, 15 janvier 2015.
A lire :
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/14/ce-qu-incarne-salman-rushdie-c-est-la-liberte-d-expression-face-a-l-islamisme-et-aux-fondamentalismes-et-il-l-a-payee-a-plusieurs-titres_6138000_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/13/attaque-contre-salman-rushdie-faire-front-contre-l-obscurantisme_6137951_3232.html
https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/de-charlie-hebdo-a-salman-rushdie-de-la-kalachnikov-au-poignard
mardi 24 mai 2022
Papicha et les bonnes âmes
(1) Papicha ("jolie fille" en algérois), film de Mounia Meddour (France / Algérie / Belgique), 2019 - diffusé hier soir sur France 4.
lundi 31 janvier 2022
On s'y perd
Ne pas faire le jeu de l'extrême droite. Voilà qui semble être l'un des soucis majeurs d'une partie importante de la gauche et de l'extrême gauche. Pour ce faire, on les voit minimiser, voire nier l'impact de l'islamisme sur certains quartiers et surtout sur celles et ceux qui y habitent, qu'ils et elles soient musulmans ou non. Ces braves âmes n'ont rien à reprocher aux dérives autoritaires d'hommes tout puissants qui veulent imposer à tous et surtout à toutes les règles réelles ou inventées de leur religion. En refusant d'entendre ce que vivent douloureusement certains habitants et en mettant la poussière sous le tapis, cette gauche fait le jeu de l'extrême droite.
Récemment, la chaîne de télévision M6 diffusait, dans le cadre de son émission Zone interdite, un reportage dénonçant l'emprise islamiste sur des quartiers de certaines villes françaises. "Le reportage, explique l'hebdomadaire Marianne (1), documente l'installation d'un islam fondamentaliste à Marseille, Roubaix, Lyon. Sont exposés : écoles illégales dissimulées, fillettes de 7 ans voilées, mosquées radicales à l'enseignement salafiste… Des pratiques qui n'ont rien à voir avec l'islam pratiqué par l'immense majorité des citoyens français musulmans, mais qui relèvent d'une dérive bien connue : le fréro-salafisme." Mais cette réalité, insupportable à vivre dans un pays laïc et démocratique, doit être cachée. Avant même la diffusion de l'émission, des militants de la France insoumise appelait à son boycott pour cause d'islamophobie.
(1) https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/zone-interdite-montre-lislamisme-des-militants-de-la-france-insoumise-denoncent-lislamophobie?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20220124&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiMWRhMjc0MDM2MDEzNTMyNzJkNjYxMmIyOWM2M2NiMDAifQ%3D%3D
(2) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-31-janvier-2022
vendredi 7 janvier 2022
Le soft power de l'islamisme
Pendant ce temps, les islamistes avancent leurs pions dans les sociétés européennes. Avec le soutien complaisant de cette gauche hallal. "Il y a (...) une impérieuse urgence à combattre l'idéologie islamiste, écrit Riss dans son édito, pas uniquement sur le plan sécuritaire, mais aussi culturel, politique, sociétal. Car on sait que les idéologues de cette pensée intolérante n'ont pas baissé les bras après avoir compris que la violence n'a fait que braquer l'opinion publique contre eux. Ils ont donc changé de tactique et adopté ce qu'on pourrait appeler un soft power au service de leur cause. Mettant en œuvre une stratégie d'entrisme lente et silencieuse dans de nombreux secteurs de la société pour leur donner les impulsions qui serviront leur combat. Dans le monde du travail, de la mode, de l'université, du sport, de l'éducation pour ne citer que ceux-là, l'islamisme cherche à investir des champs nouveaux d'où il sera ensuite presque impossible de l'en déloger."
Ce numéro spécial de Charlie Hebdo se termine par deux pages optimistes, relatant les cours qu'une prof de français et d'histoire-géo consacre, auprès de CAP et de bacs pro, à la laïcité et à la liberté d'expression. Son pari sur le respect et l'intelligence des élèves est gagnant.
Charlie Hebdo n° 1537, 5.1.2022.
mardi 9 novembre 2021
L'Europe du sexisme
"La campagne ne serait donc que le fruit de membres lambda de la société civile désireux de s’engager pour les droits humains ?, se demande l'hebdomadaire Marianne (2). Pas vraiment. Comme l’annonce d’ailleurs très ouvertement le site du Conseil de l’Europe, l’atelier en question a été organisé en collaboration avec le Forum of European Muslim Youth and Student Organisations (Femyso) », une association bien connue pour son lobbying pro-voile. « Le Femyso est la branche jeune d’une organisation réputée proche des Frères musulmans, l’Union des Organisations Islamiques en Europe (UOIE), qui représente le courant fondamentaliste de l’islam en Europe et dont l’objectif est de former une élite musulmane européenne », explique à Marianne Florence Bergeaud Blackler, anthropologue au CNRS et spécialiste des mouvements islamistes. D'autres participantes à l'atelier sont membres de l’European Forum of Muslim Women (EFMW), une émanation féminine de l’UOIE. Bref, des organisations fondamentalistes islamiques se sont bel et bien glissées dans les petits papiers du Conseil de l'Europe en parvenant ici à mener, sous couvert de lutte anti-raciste, une campagne sexiste.
Naëm Bestandji, essayiste, auteur de Le linceul du féminisme, Caresser l'islamisme dans le sens du voile (Seramis) estime (3) que cette campagne cherche à "assigner toutes les musulmanes à la frange extrémiste de l'islam par la promotion de son étendard sexiste et patriarcal. L’objectif est l’avancée de cette idéologie totalitaire aux antipodes des valeurs défendues par les diverses instances européennes. Comment est-ce possible ? Depuis plusieurs décennies, les Frères musulmans considèrent l’Europe comme un territoire à conquérir. Cela passe d’abord par la réislamisation des musulmans et l’adaptation des pays européens aux demandes islamistes." L'essayiste considère qu'avec le voile, "outil politique de prédilection de l’islamisme," et la rhétorique d’inversion "les islamistes se présentent en défenseurs des droits humains, de la laïcité et de la liberté des femmes et en combattants de la lutte contre le racisme. Comme pour toutes les idéologies totalitaires, la jeunesse est une cible fondamentale." Et un de leurs outils est dès lors le Forum des organisations européennes de jeunes et d'étudiants musulmans (Femyso). "La jeunesse a toujours été une cible privilégiée de l’islamisme politique. Sa vision s’inscrit dans le temps long. Cette idéologie veut influer sur les futurs citoyens pour que, à moyen et long terme, l’islamisme soit mieux accepté. Obsédés sexuels et nostalgiques d’un patriarcat multimillénaire, le sexisme du voile est leur outil politique de prédilection."
Les islamistes sont doués pour les tours de passe-passe. Ils sont parvenus à tétaniser une bonne partie de cette gauche qui se veut bien pensante et ne craint qu'une chose: passer pour raciste en étant critique par rapport à une injonction de l'islamisme. Résultat: en pensant lutter contre ce qu'elle appelle islamophobie, elle nourrit le sexisme et le machisme. "La femme est considérée comme un objet sexuel tentateur qui doit être caché sous un voile pour ne pas exciter la libido masculine, écrit encore Naëm Bestandji. Il n’existe aucun discours équivalent pour les hommes. Cette campagne s’enfonce dans l’abject lorsqu’elle partage un dessin animé de dix secondes qui met en scène des petites filles voilées avec le slogan unis dans la diversité. Le sexisme, le patriarcat et, ici, la sexualisation des fillettes sont présentés comme des formes de diversités à promouvoir… Le hijab est prescrit par les islamistes afin de cacher la femme pour des raisons sexuelles. Voiler une fillette est la considérer comme désirable (tout en la préparant au sort d'objet sexuel adulte qui l'attend). Cette campagne véhicule les idées les plus rétrogrades de l'islamisme. Elle banalise la pédophilie par la sexualisation des fillettes tentatrices."
Conclusion de l'essayiste: "nos sociétés, certaines plus que d’autres, ont mis des siècles à s’émanciper du poids patriarcal de l’Église catholique. Mais il semble que le patriarcat est comme la nature : il aurait horreur du vide. Ce que nous espérions être une histoire révolue est sur le point d’être remplacé par le patriarcat de l’intégrisme musulman. Le patriarcat a encore de beaux jours devant lui, grâce au soutien d’institutions européennes comme le Conseil de l’Europe, avec les deniers du contribuable, et pour la plus grande joie des islamistes."
(1) qui n'a rien à voir avec l'Union européenne.
(2) https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/derriere-la-campagne-pro-voile-du-conseil-de-leurope-la-galaxie-des-freres-musulmans
(3) https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/pub-pro-voile-du-conseil-de-leurope-une-strategie-victimaire-centrale-pour-lislamisme


