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lundi 4 mai 2026

Dégouts

On a tant de raisons d'être dégouté.
On l'est quand on voit l'état de santé de Narges Mohammadi, Prix Nobel de la Paix 2023 : elle a été transférée en urgence dans un hôpital du nord-ouest de l’Iran après une "détérioration catastrophique" de son état de santé, a annoncé sa fondation (1). Emprisonnée, une nouvelle fois, depuis décembre dernier pour avoir eu l'audace de défendre le respect des droits humains, elle aurait été victime d'une crise cardiaque fin mars et, depuis, aurait perdu connaissance par deux fois au moins. Voilà des semaines que sa famille réclame son transfert dans un hôpital approprié. On est plus dégouté encore quand on entend le silence assourdissant des défenseurs des droits humains dans nos pays par rapport à elle et à tous les détenus politiques de cette dictature théocratique qu'est l'Iran. Il est vrai que, comme le soulignait il y a quelques semaines l'hebdomadaire Marianne (2), certains considèrent comme islamophobes les critiques de ce régime. Ainsi, sur un réseau (anti)social s'est-il trouvé des gens en France pour considérer comme tel le film Persepolis de Marjane Satrapi, adaptation de sa bande dessinée éponyme qui raconte ce qu'elle a vécu en Iran, notamment ses démêlés avec les Gardiennes de la Révolution, cette police politique, qui font la chasse aux femmes et même aux jeunes filles qui portent mal le voile, qui les fouettent, les emprisonnent. Le respect de la religion, même dans ses excès les plus abjects, surpasse aujourd'hui, pour certains, celui des droits humains.

On est dégouté aussi d'apprendre (3) que le ministre de la sécurité intérieure du gouvernement Netanyahou a fêté publiquement ses cinquante ans avec un gâteau d'anniversaire sur lequel trônait un nœud coulant pour célébrer la loi sur la peine de mort que le suprémaciste Itamar Ben-Gvir a lui-même initiée. "Parfois les rêves deviennent réalité" était-il écrit sur ce même gâteau. Certains ont des rêves qui tiennent du cauchemar, mais ils s'en rengorgent.

On est tout autant écœuré de voir le serpent Poutine embrasser une petite danseuse de dix ans pour tenter de redresser une popularité en berne (4) tandis qu'il envoie à la mort sans aucun état d'âme des dizaines de milliers de ses jeunes compatriotes et qu'il fait bombarder des écoles ukrainiennes. 

Je cherche un homme, disait Diogène.

- L'enseignante : Depuis que la république islamique a été instaurée, nous n'avons plus de prisonniers politiques.
- Marjane Satrapi : Madame ! Mon oncle a été emprisonné sous le régime du chah, par contre, c'est le régime islamique qui a ordonné son exécution ! Vous prétendez qu'on n'a plus de prisonniers politiques. Or de trois mille détenus sous le chah on est en fait passé à trois cent mille avec votre régime. Comment osez-vous nous mentir comme ça ?
- Les autres élèves : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !
Marjane Satrapi, Persepolis, éd. L'Association, 2007.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/02/narges-mohammadi-prix-nobel-de-la-paix-iranienne-hospitalisee-apres-une-deterioration-catastrophique-de-sa-sante-en-prison_6684856_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
(2) https://www.marianne.net/culture/television/le-film-persepolis-juge-islamophobe-le-x-gauchiste-idiot-utile-des-mollahs
(Re)lire sur ce blog https://moeursethumeurs.blogspot.com/2011/11/renvoi-de-censeurs.html
(3) France Inter, Journal de 13h, 4.5.2026.
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/03/la-baisse-de-la-popularite-de-vladimir-poutine-en-russie-inquiete-le-kremlin-a-cinq-mois-des-elections-legislatives_6684998_3210.html

mercredi 2 novembre 2011

Renvoi de censeurs

L'avantage des censeurs, c'est qu'ils sont très bêtes. Non seulement, en censurant, ils donnent eux-mêmes raison à ceux qui les critiquent, mais en plus, voulant empêcher qu'un livre soit lu, qu'un film soit vu, il ne font que le mettre en lumière. L'incendie criminel de la rédaction de Charlie Hebdo la nuit dernière a déjà augmenté les ventes de son numéro d'aujourd'hui, intitulé, si on a bien compris, Charia Hebdo. On passe la frontière franco-belge ce matin pour acheter, un peu plus tôt qu'en Belgique, ce numéro. Il est déjà introuvable. Dans la petite maison de la presse de ce village du Nord, les cinq numéros étaient déjà vendus tôt ce matin.
Au Journal parlé de France Inter, les condamnations de cet acte criminel sont nombreuses. Tout le monde, à gauche comme à droite, défend la liberté d'expression. Le Conseil français du Culte musulman et le Recteur de la Grande moquée de Paris condamnent eux aussi l'attentat.
Il se trouvera sans doute quelques esprits faiblement éclairés à l'extrême gauche pour dénoncer l'islamophobie de Charlie Hebdo. Les vrais islamophobes sont les intégristes islamistes qui instrumentalisent l'islam à leurs fins politiques violentes.
Le philosophe Malek Chebel parlait d' "acte de guerre, une sorte de terrorisme". Avec ce genre d'action, disait-il, "on s'empêche de penser. Même de vivre" (1).

Récemment, ce sont les Salafistes tunisiens qui ont attiré notre attention sur le dessin animé Persepolis de Marjane Satrapi. On se dépêche de le visionner. Et on comprend vite, en le voyant, pourquoi il les a fâchés. Ce ne sont pas, contrairement à ce qu'ils affirment, les très brèves et plutôt sympathiques apparitions d'Allah qui les ont choqués. Mais le propos même de ce film autobiographique, témoignage du vécu d'une petite fille, puis d'une jeune fille dans l'Iran des ayatollahs. Dans ce régime théocratique, l'Etat est omniprésent et contrôle tout. Il adore les interdictions: la musique, l'alcool, les baskets, les cheveux, les formes féminines, tout est interdit. Les femmes ne peuvent pas courir. Et le non respect de ces interdictions entraîne aussitôt des risques d'arrestation, et même de mort. On voit par là que ce type de régime se fonde sur l'intolérance, l'imbécilité, la terreur, le machisme, la violence, le mensonge. On en oublie sûrement. Sous ce type de régime, on ne vit pas.
Persepolis est un film superbe, effrayant et plein d'humour, aux dessins et aux plans remarquables. Le personnage de la grand-mère est savoureux, vraie rebelle, qui défend l'intégrité, même face à l'intégrisme. Le film commence à la chute du régime du shah, remplacé par celui de Khomeyni. Un des personnages pense que "ça ne pourra jamais être pire que sous le shah". Et découvre ensuite que tout est toujours possible. On comprend pourquoi les Salafistes l'apprécient peu.

(1) JP France Inter, 2 novembre 2011, 13h