Affichage des articles dont le libellé est Iran. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Iran. Afficher tous les articles

lundi 4 mai 2026

Dégouts

On a tant de raisons d'être dégouté.
On l'est quand on voit l'état de santé de Narges Mohammadi, Prix Nobel de la Paix 2023 : elle a été transférée en urgence dans un hôpital du nord-ouest de l’Iran après une "détérioration catastrophique" de son état de santé, a annoncé sa fondation (1). Emprisonnée, une nouvelle fois, depuis décembre dernier pour avoir eu l'audace de défendre le respect des droits humains, elle aurait été victime d'une crise cardiaque fin mars et, depuis, aurait perdu connaissance par deux fois au moins. Voilà des semaines que sa famille réclame son transfert dans un hôpital approprié. On est plus dégouté encore quand on entend le silence assourdissant des défenseurs des droits humains dans nos pays par rapport à elle et à tous les détenus politiques de cette dictature théocratique qu'est l'Iran. Il est vrai que, comme le soulignait il y a quelques semaines l'hebdomadaire Marianne (2), certains considèrent comme islamophobes les critiques de ce régime. Ainsi, sur un réseau (anti)social s'est-il trouvé des gens en France pour considérer comme tel le film Persepolis de Marjane Satrapi, adaptation de sa bande dessinée éponyme qui raconte ce qu'elle a vécu en Iran, notamment ses démêlés avec les Gardiennes de la Révolution, cette police politique, qui font la chasse aux femmes et même aux jeunes filles qui portent mal le voile, qui les fouettent, les emprisonnent. Le respect de la religion, même dans ses excès les plus abjects, surpasse aujourd'hui, pour certains, celui des droits humains.

On est dégouté aussi d'apprendre (3) que le ministre de la sécurité intérieure du gouvernement Netanyahou a fêté publiquement ses cinquante ans avec un gâteau d'anniversaire sur lequel trônait un nœud coulant pour célébrer la loi sur la peine de mort que le suprémaciste Itamar Ben-Gvir a lui-même initiée. "Parfois les rêves deviennent réalité" était-il écrit sur ce même gâteau. Certains ont des rêves qui tiennent du cauchemar, mais ils s'en rengorgent.

On est tout autant écœuré de voir le serpent Poutine embrasser une petite danseuse de dix ans pour tenter de redresser une popularité en berne (4) tandis qu'il envoie à la mort sans aucun état d'âme des dizaines de milliers de ses jeunes compatriotes et qu'il fait bombarder des écoles ukrainiennes. 

Je cherche un homme, disait Diogène.

- L'enseignante : Depuis que la république islamique a été instaurée, nous n'avons plus de prisonniers politiques.
- Marjane Satrapi : Madame ! Mon oncle a été emprisonné sous le régime du chah, par contre, c'est le régime islamique qui a ordonné son exécution ! Vous prétendez qu'on n'a plus de prisonniers politiques. Or de trois mille détenus sous le chah on est en fait passé à trois cent mille avec votre régime. Comment osez-vous nous mentir comme ça ?
- Les autres élèves : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !
Marjane Satrapi, Persepolis, éd. L'Association, 2007.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/02/narges-mohammadi-prix-nobel-de-la-paix-iranienne-hospitalisee-apres-une-deterioration-catastrophique-de-sa-sante-en-prison_6684856_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
(2) https://www.marianne.net/culture/television/le-film-persepolis-juge-islamophobe-le-x-gauchiste-idiot-utile-des-mollahs
(Re)lire sur ce blog https://moeursethumeurs.blogspot.com/2011/11/renvoi-de-censeurs.html
(3) France Inter, Journal de 13h, 4.5.2026.
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/03/la-baisse-de-la-popularite-de-vladimir-poutine-en-russie-inquiete-le-kremlin-a-cinq-mois-des-elections-legislatives_6684998_3210.html

dimanche 1 mars 2026

L'humour du Kremlin

Voilà donc les Iraniens débarrassés de ce Guide suprême qui ne les avaient menés qu'à la dictature et à la répression suprêmes. Bien sûr, comme d'habitude, les Etats-Unis - malgré les grandes déclarations de Trump qui se voit en grand pacificateur, guide suprême de son Conseil de la paix - jouent les gendarmes du monde. Bien sûr, les règles du droit international sont bafouées. Comme elles le sont un peu partout ces derniers temps avec une ONU de plus en plus sans autorité et sans moyens. Le régime iranien, lui, n'a jamais eu que mépris pour les règles internationales. On ne pleurera pas la disparition du Boucher de Téhéran et de ses gros bras. Au contraire.

De nombreux pays appellent à la désescalade, mais deux seulement condamnent clairement les attaques américaines et israéliennes : le Pakistan et la Russie (1). Cette dernière avec cet humour à présent habituel qui nous désarçonne toujours  : "La Russie, signale Le Monde (2), a dénoncé, samedi, une « agression armée préméditée et non provoquée » des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, le ministère des affaires étrangères russe affirme que « l’ampleur et la nature des préparatifs politico-militaires et de propagande » ayant précédé ces frappes, notamment le déploiement d’un important contingent militaire américain dans la région, « ne laissent aucun doute » sur le caractère planifié de l’opération. Moscou estime qu’il s’agit d’une violation des « principes fondamentaux et normes du droit international » à l’encontre d’un État souverain membre de l’ONU."
Remplacez "Etats-Unis et Israël" par "Russie" et "Iran" par "Ukraine" et la Russie se condamnerait elle-même. "La diplomatie russe, écrit encore Le Monde, condamne également le fait que ces attaques aient été menées alors qu’un processus de négociation venait de reprendre, censé favoriser une normalisation durable autour de la République islamique. Elle affirme que ces frappes contredisent les assurances transmises à la partie russe quant à l’absence d’intérêt d’Israël pour une confrontation militaire avec l’Iran."

En attendant, les risques provoqués par cette opération militaire sont aussi nombreux que les questions qu'elle suscite : mènera-t-elle à une guerre civile en Iran, à un embrasement de toute la région ? Conduira-t-elle à la démocratie et au respect des droits humains en Iran ? Quels sont les objectifs des Etats-Unis (pas sûr qu'ils soient clairs dans la tête de celui qui est censé les présider) ? Qui sera le prochain pays sur la liste de Trump ?

(1) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/28/iran-carte-reactions-guerre/
(2) https://www.lemonde.fr/international/live/2026/02/28/en-direct-israel-annonce-avoir-lance-une-frappe-preventive-contre-l-iran-des-explosions-retentissent-a-teheran_6668663_3210.html



vendredi 23 janvier 2026

Les Iraniens abandonnés

Trump le fier-à-bras avait promis son soutien à la population iranienne. Dans la versatilité qui le caractérise, il l'a laissée tomber, préférant partir conquérir le Groenland. Les morts en Iran se comptent par milliers : quatre mille ? huit mille ? douze mille ? plus encore ? Les Iraniens ne souhaitent qu'une chose : la fin de ce régime théocratique qui n'existe que pour lui-même et qui écrase, avec une cruauté inouïe et sans état d'âme, celles et ceux qui le contestent. Les Gardiens de la révolution visent les yeux et les parties génitales. Les mollahs n'ont pas plus d'âme que le dieu assassin dont ils se réclament. 
Les Iraniens sont en proie à un sentiment de confusion et de trahison après que Trump ait promis plusieurs fois d'intervenir pour les soutenir sans jamais rien faire, rapporte The Sunday Times (1) qui estime le bilan à 16.500 morts. "Les Iraniens sortaient manifester avec la peur au ventre, bravant la répression sanglante dans l'espoir que Trump ordonne une frappe militaire, dit un jeune Iranien au Washington Post (1). On gardait les yeux rivés au ciel, comme si quelque chose allait se produire. Qu'il allait frapper maintenant." Mais les Iraniens, une fois encore, ont été abandonnés par le monde entier, bien que Rambo Trump ait promis qu'une aide "était en route". La colère et l'amertume domine chez les Iraniens. Sentiment d'avoir été "manipulés, dupés, trompés", "l'impression que Trump a sacrifié la jeunesse iranienne". Une femme dit à Politico (1) avoir perdu tout espoir. "Trump ne fera rien. Pourquoi le ferait-il ? Il se fout de nous."

Reza Pahlavi, le fils du dernier chah, a lui aussi appelé, depuis les Etats-Unis où il vit, ses anciens compatriotes à se révolter. Non seulement il représente un régime extrêmement brutal (on se souvient de la Savak, la sinistre police politique de son père) et n'apparaît pas comme un modèle de démocrate, mais en outre, il est lui aussi de ces opposants qui lancent des appels à la révolte dont ils n'assumeront aucune conséquence.
Un Iranien anonyme pose cette question auprès de Iran International (2): "Comment l'opposition à l'étranger, les militants antirégime ont-ils pu ne pas réfléchir à ça ? Comment pouvez-vous appeler les gens à risquer leur vie sans avoir ne serait-ce qu'une ébauche de plan pour réagir une fois l'appareil de répression enclenché ? Je suis en colère. En colère contre tout. Contre ceux qui dirigent l'Iran - pour eux, je n'ai que des injures, à eux je ne souhaite que les pires souffrances. Mais je suis en colère aussi contre les combattants par procuration, bien à l'abri hors d'Iran et devant leur clavier."

Miné, affaibli et corrompu, le régime des mollahs finira par tomber et tant mieux. Mais à quel prix et avec quelles conséquences ? "La dislocation de la Yougoslavie dans les années 1990, l'invasion de l'Irak en 2003 et la guerre civile en Syrie, écrit The Economist (3), devraient nous enseigner qu'il est difficile de mettre fin à des décennies de répression sans déclencher un bain de sang. Les Kurdes, les Azéris, les Baloutches et d'autres séparatistes pourraient se soulever, et l'Iran plongerait dans le chaos. Ajoutons à cela la présence d'uranium enrichi, de scientifiques spécialistes du nucléaire et d'extrémistes religieux, et les risques deviennent considérables." 

En attendant la population iranienne a besoin de notre soutien. Les Palestiniens mobilisent des foules que les courageux Iraniens les laissent indifférentes. 

(1) "Les Iraniens se sentent trahis par Trump",  Le Courrier international, 22.1.2026.
(2) Iran International (Londres), 13.1.2026, in Le Courrier international, 22.1.2026.
(3) "Un régime d'autant plus impitoyable qu'il est faible", The Economist (Londres), in Le Courrier international, 22.1.2026.

mercredi 14 janvier 2026

Dieu démoniaque

Dieu est un assassin. C'est un juge iranien qui l'affirme. Dans le journal de 8h ce matin sur France Inter (1), un journaliste franco-iranien expliquait que les autorités iraniennes procèdent toujours de la même manière :  une fois terminée la répression des manifestations et les protestataires embarqués, les tribunaux révolutionnaires lancent les vagues d'exécutions. Le bureau des procureurs de Téhéran l'a fait savoir : les manifestant devront répondre de l'un des chefs d'accusation les plus graves : ennemi de Dieu. C'est le motif qui leur permet d'exécuter. Cette condamnation entraîne automatiquement la peine de mort. En 2023, c'est ce motif qui a été retenu lors de procès et qui a mené à la condamnation à mort et l'exécution de douze personnes. Une video montre un juge disant à un condamné : "moi, je veux te gracier, mais le problème, c'est que Dieu me demande de t'exécuter".
De deux choses l'une : ou Dieu est un salaud qui réclame la mort de gens qui se battent juste pour être libres ou ce juge blasphème.

(1)  https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-journal-de-8h/le-journal-de-08h00-du-mercredi-14-janvier-2026-1486969

mardi 13 janvier 2026

L'étranger

Seuls les Palestiniens ont droit à la solidarité mondiale. Un peu partout à travers la planète, des manifestations ont eu lieu, nombreuses, pour défendre - à raison - le droit des Palestiniens à vivre en paix.
Les massacres d'Iraniens par le Gouvernement d'Iran laissent le monde indifférent. On laisse Donald le Dingue faire semblant (?) de s'en occuper. Pour ensuite, si c'est le cas, le fustiger. De quoi se mêle-t-il ? Faut-il comprendre que ceci ne nous regarde pas ? Que nous sommes incapables de nous en prendre à un gouvernement qui tue son propre peuple qui veut simplement manger à sa faim et vivre libre ?
Pour le gouvernement iranien, les manifestations sont provoquées par l'étranger. C'est toujours le cas pour les régimes autocratiques : toute protestation populaire est forcément activée en sous-main par des agents venus d'ailleurs. Ce qui témoigne d'un immense mépris pour ce peuple qui serait incapable d'agir de manière autonome. En fait, ce sont ces gouvernements qui sont étrangers à leur propre peuple, incapables de comprendre, d'admettre ses aspirations. Seule compte leur idéologie brutale. 
Voilà quarante-sept ans que le régime théocratique iranien asservit son peuple au nom de Dieu, empêche les femmes de vivre normalement, l'ensemble des Iraniens de penser par eux-mêmes, d'être libres. Aujourd'hui, ce gouvernement islamiste, totalement corrompu et incompétent, massacre son peuple. Et, nom de Dieu !, nous regardons ailleurs. Les Iraniens nous sont-ils étrangers ?

mercredi 18 juin 2025

Religions suicidaires

Certaines personnes restent convaincues que les religions vont sauver le monde. Elles le mettent à feu et à sang. La guerre des religions bat son plein actuellement. Entre le Hamas et le gouvernement israélien et entre ce dernier et le gouvernement iranien.
"Les sionistes religieux sont persuadés qu'Israël est entré dans une période eschatologique (1), affirme le journaliste Charles Enderlin, ancien chef de bureau de France 2 à Jérusalem. Pour eux, tous les évènements auxquels on assiste ont été décidés par Dieu. Le Messie va arriver." (2) Charles Enderlin préfère parler de messianiques plutôt que de suprémacistes. "En miroir, les djihadistes sont tout autant dans l'eschatologie. Le cheikh Ahmed Yacine, le fondateur du Hamas, avait établi une théologie fondée sur la sourate 17 du Coran et conclu qu'Israël disparaîtrait d'ici à 2027. C'est sur la base de cette vision que les chefs du Hamas ont commis l'attaque terroriste du 7 octobre. Les fondamentalistes musulmans et juifs ont bel et bien lancé une guerre de religion."
Des deux côtés, le grand rêve, c'est l'anéantissement de l'autre et la création d'un Etat théocratique. "L'actuel gouvernement (israélien) transforme le pays en un Etat quasi théocratique, discriminant les non-Juifs", constate Charles Enderlin. "Benyamin Netanyahou suit l'idéologie de son père, l'historien Benzion Netanyahou, qui était opposé à tout accord avec les Arabes et à toute concession aux Palestiniens. Il était l'ennemi juré de Ben Gourion et des socialistes juifs. Ce sont les raisons pour lesquelles son fils a fait alliance avec les sionistes religieux messianiques, le mouvement raciste dirigé par Itamar Ben Gvir et les ultraorthodoxes opposés à la laïcité. Et oui, selon moi, ce gouvernement représente un danger existentiel pour Israël." Par sa violence excessive, ce gouvernement est en train de se faire mettre au ban de la société mondiale, ce que cherchait visiblement le Hamas avec les réactions attendues à son attaque barbare du 7 octobre et ce qu'il cherche toujours en refusant tout cessez-le-feu et la libération des otages.
Le Hamas et le gouvernement théocratique iranien ne sont animés que par leur haine des Juifs et d'Israël. Le sort des Palestiniens n'est pas leur souci, seul compte leur objectif de jeter à la mer tous les Israéliens.
Finalement, ces obsessions aveuglantes mènent les uns et les autres à une attitude suicidaire.

(1) Le Larousse définit l'eschatologie comme les "doctrines et croyances relatives aux fins dernières de l'homme et de l'Univers".
(2) "Les fondamentalismes musulmans et juifs ont bel et bien lancé une guerre de religion", Charlie Hebdo, 14.5.2025.

lundi 20 mai 2024

Perdu dans le brouillard céleste

Dieu existe, il faut bien le constater. Il s'est manifesté encore en ce dimanche de Pentecôte. Il est descendu sur la tête de certains de ses apôtres. Pas sous forme de feu directement cette fois, mais de brouillard. Et, perdu, l'hélicoptère qui transportait le président iranien Ebrahim Raïssi s'est écrasé sur la montagne, dans un feu d'enfer. Avec lui ont disparu le Ministre des Affaires étrangères et d'autres dignitaires du régime islamique.
Dieu manque de délicatesse dans ses manifestations, mais s'il a fait l'homme à son image on n'est guère surpris. "Ce descendant du Prophète, écrit Le Monde (1), a démontré sa loyauté sans faille envers le noyau dur de la République islamique d’Iran, dont le Guide suprême, les gardiens de la révolution (l’armée idéologique du pays) et les appareils sécuritaires du pays, en jouant un rôle important dans presque tous les dossiers de violation des droits humains depuis la révolution en 1979." Juge religieux, il a condamné à mort des milliers de prisonniers politiques. Il a été placé sur la liste noire des dirigeants iraniens sanctionnés par les Etats-Unis pour « complicité de graves violations des droits humains ». Le Monde rappelle aussi que, face aux manifestations qui ont suivi la mort, en septembre 2022, de Mahsa Amini, celui qu'on surnomme le Boucher de Téhéran avait appelé à une « confrontation ferme » face aux manifestants. "Pendant cette vague de contestation, au moins cinq cents civils ont été tués en lien avec les manifestations. Des dizaines de milliers d’Iraniens ont été arrêtés. Au moins huit ont été pendus." Il a réinstauré la police des mœurs qui fait la chasse, dans les rues iraniennes, aux femmes qui ont l'impudence de sortir sans voile.
Samedi dernier encore, sept personnes, dont deux femmes, ont été pendues. L'Iran est un des pays qui exécute le plus dans le monde, avec la Chine et l'Arabie saoudite. L'ONG Iran Human Rights a déjà comptabilisé 223 exécutions cette année, dont au moins 50 au cours du seul mois de mai (2).

Ce régime haïssable qui hait les femmes et la liberté de pensée et d'expression vient de perdre un de ses fidèles serviteurs, mais pas sa tête. Le vrai pouvoir est entre les mains du vieil ayatollah Khamenei, de ses proches et des Gardiens de la révolution. "Aussi, écrit Le Monde, les équilibres internes de Téhéran ne devraient pas être bouleversés. La diplomatie de la République islamique d’Iran, notamment son soutien militaire et stratégique à ses alliés dans la région, dont le président syrien, Bachar Al-Assad, le Hezbollah libanais, les houthistes au Yémen et les milices chiites en Irak, ne devrait pas non plus évoluer." Dieu a encore du boulot.

Post-scriptum : On est étonné mais heureux d'apprendre que le président chinois, Xi Jinping, a fait savoir qu'il partage la douleur du peuple iranien. Il semble enfin comprendre ce que signifie vivre sous une dictature.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/05/20/ebrahim-raissi-le-president-iranien-qui-etait-pressenti-pour-succeder-au-guide-supreme-est-mort_6234317_3210.html
(2) https://www.lalibre.be/international/moyen-orient/2024/05/18/iran-deux-femmes-pendues-les-executions-sintensifient-dans-la-machine-a-tuer-de-la-republique-islamique-qui-vise-a-semer-la-peur-KTABLWNZ65ATTC5MSZLDSN7EKA/

dimanche 19 novembre 2023

Un gouvernement contre son peuple

La guerre entre Israël et le Hamas a tendance à nous faire oublier les autres conflits, ceux qui opposent un pays à un autre, une population à une autre ou un gouvernement à son peuple. 
La dictature iranienne - qui aide militairement, financièrement, politiquement le Hamas - fait partie de ces criminels qui se réjouissent que l'attention internationale se détourne d'eux. Les démocrates iraniens qui subissent la charia ont besoin d'être soutenus et se trouvent trop souvent ignorés par ceux qui craignent de se faire traiter d'islamophobes s'ils s'opposaient aux théocrates brutaux.
Un remarquable ouvrage illustré, initié et coordonné par Marjane Satrapi, participe à ce soutien : "Femme - Vie - Liberté" (1) retrace les évènements récents de la révolte qui secoue l'Iran, décrit les manifestations, l'enfer de la prison d'Evin, les exécutions de jeunes qui aspiraient uniquement à vivre libres, l'empoisonnement des écolières, la jeunesse dorée du régime qui vit à l'écart des  règles infernales du régime, l'exercice de la censure, les interdictions faites aux femmes, etc.
Les auteurs et autrices sont pour la plupart d'origine iranienne et les dessinateurs et dessinatrices sont iraniens, français ou espagnols.

L'ouvrage se termine par un échange entre Abbas Malekzadeh Milani, Jean-Pierre Perrin, Farid Vahid, Marjane Satrapi et Joann Sfar (et est illustré par ce dernier). Ensemble, ils imaginent l'avenir de l'Iran. Il sera forcément libre. A les entendre parler du régime des barbus, on pense à l'attitude du Hamas. Tant le régime chiite que les dirigeants du Hamas n'ont que mépris pour le peuple qu'ils sont censés représenter et protéger.

Le professeur Abbas Malekzadeh Milani est un historien irano-américain, il a enseigné à l'Université de Téhéran, puis a été prisonnier politique, interdit d'exercer après la révolution iranienne et a quitté l'Iran en 1989 : "Khomeini n'était pas révolutionnaire, au contraire ! Khomeini, c'était la contre-révolution. Pour une révolution, il faut une citoyenneté, des humains qui prennent en main leur futur et en sont capables. La révolution islamique, ce fut l'inverse."
"Ou bien ce fut une révolution qui visait à islamiser le monde et qui se fichait que cela désintègre l'Iran", ajoute Jean-Pierre Perrin, correspondant de guerre, spécialiste du monde arabe. 

A.M.M.  encore : "Les pays de l'ouest ont voulu trop longtemps croire les mensonges de ce régime. Ils ne sont ni anti-impérialistes, ni anti-sionistes. Ce sont des racistes et anti-juifs. Cette dissimulation marche encore aujourd'hui sur une frange des opinions publique occidentales. Cela explique le manque d'adhésion de certains au mouvement Femme-Vie-Liberté. On leur a fait croire que s'ils défendaient la liberté ils étaient islamophobes. Khomeini disait : je peux mentir sur tout si c'est au nom de Dieu."

Farid Vahid, politologue iranien, qui vit aujourd'hui à Paris : "Quatre décennies de fanatisme et de religion obligatoire ont paradoxalement sécularisé la société  iranienne, qui rejette aujourd'hui massivement le religieux. Les mollahs ont juste réussi à faire naître une passion pour la laïcité."

Marjane Satrapi, dessinatrice et réalisatrice : "Les intellectuels que tu entends tous les jours à la moindre connerie, au sujet de l'Iran, c'est le monde du silence. Le commandant Cousteau. C'est choquant. Ils aiment les Iraniens avec un âne sur une colline. Et leurs femmes avec un voile. C'est une folie ! Persepolis (2) est interdit dans plusieurs écoles américaines pour cause d'islamophobie ! Il a fallu que l'imam de Philadelphie vienne dire qu'il adorait mon livre et que je me battais contre le fanatisme et pas contre la spiritualité pour que les dames blondes et athées acceptent d'ouvrir l'album !"

En Iran, la population se bat pour sa liberté et surtout pour une amélioration de la situation socio-économique du pays.  Un Iranien a posté une vidéo de son frigo vide et on l'entend dire : “C’est mon réfrigérateur, et j’ai trois enfants. Le régime de la République islamique dépense notre argent pour Gaza et le Liban.”
Le 7 novembre, l’ancien chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, s’est exprimé lors d’une conférence à Téhéran sur le thème de la guerre qui oppose Israël au Hamas. “Le peuple en a assez de subir les conséquences de la politique iranienne” sur la question palestinienne, dont le régime se fait le parangon, a notamment déclaré l’ancien ministre appartenant au camp des modérés. Il a ajouté que la population avait “raison” de penser que l’Iran ne devait pas “faire la guerre” pour les Palestiniens.
"Ces propos illustrent une véritable tendance au sein de la société iranienne, dont une grande partie n’hésite plus à exprimer son mécontentement à l’égard de la politique de la République islamique vis-à-vis de la Palestine", écrit Le Courrier international (3). En soutenant coûte que coûte le Hamas et le Hezbollah libanais, les dirigeants chiites confirment que les priorités pour eux sont l'islamisation du monde et la destruction d'Israël. Et certains pas le bien de leur population. 

(1) "Femme - Vie - Liberté", divers auteurs, sous la direction de Marjane Satrapi, L'Iconoclaste, 2023.
(2) Bande dessinée autobiographique de Marjane Satrapi, publiée par L'Association, en quatre volumes de 2000 à 2003.
(3) https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-teheran-en-iran-la-population-desapprouve-le-soutien-du-regime-au-hamas


lundi 29 mai 2023

Le prix de la liberté

Libre enfin ! Le travailleur humanitaire belge Olivier Vandecasteele a été libéré vendredi dernier après 455 jours de détention en Iran. Officiellement accusé d’espionnage, il avait été condamné à 40 ans de prison et à une punition de 74 coups de fouet (1). En réalité, il était otage du régime iranien qui est arrivé à ses fins en l'échangeant contre l'un des ses diplomates, Assadolah Assadi, qui avait été condamné en 2018 en  Belgique à 20 ans de prison pour un projet d'attentat contre un rassemblement de l’opposition iranienne à Villejuif, près de Paris. 
La libération d'Olivier Vandecasteele est évidemment une excellente nouvelle, d'autant qu'on a pu craindre qu'il ne sorte jamais vivant de l'enfer dans lequel l'avaient plongé les fous de Dieu, mais elle se teinte d'amertume du fait précisément de cet échange entre un innocent et un terroriste. Et c'est tout le problème de ces échanges, pièges tendus aux démocraties par des régimes dictatoriaux contre lesquels ne peuvent rien ou si peu les défenseurs du droit et de justice. Ces Etats voyous s'en moquent, connaissent notre impuissance et ne cesseront de nous adresser des bras d'honneur. On ne peut les présenter comme sans foi ni loi. Leur foi aveugle (en un dieu, en leur nationalisme ou en tout cas en eux-mêmes) leur permet les lois les plus iniques. 

(1) (Re)lire sur ce blog "Etat voyou", 14.12.2022
 https://www.blogger.com/blog/post/edit/7279672397566866750/7058406552239157049

mercredi 8 mars 2023

Cette sainte haine des femmes

Les islamistes exècrent les mécréants (qui ne pense pas exactement comme eux est mécréant), mais plus que tout ils détestent les femmes. Surtout quand elles ont le culot de se révolter ou de vouloir se former. 
Depuis octobre, c'est par centaines que des écolières et des lycéennes ont été gravement intoxiquées dans leurs écoles en Iran. Fin février, au moins une trentaine (certains parlent d'une centaine) d'établissements scolaires ont été touchées par de mystérieuses attaques. Des objets s'apparentant à de petites bombes sont jetés dans l'enceinte des écoles, dégageant de la fumée et des odeurs extrêmement désagréables. Les jeunes filles étouffent, n'arrivent plus à respirer, souffrent de nausées, de maux de tête, d'engourdissements, de palpitations. Fin février, on dénombrait au moins 830 victimes, dont un grand nombre a été hospitalisé. Seules les écoles de filles sont visées, pas celles qui accueillent les garçons.
Les autorités minimisent. C'est "la nature faible" de ces jeunes filles qui explique leurs malaises. En réalité, tout laisse croire que c'est l'affaiblissement du régime des mollahs, secoué par une virulente contestation, qui est en cause. Il veut prouver sa force en s'attaquant aux filles. Dans un reportage, on entendait une mère jurer que plus jamais elle ne mettrait ses filles à l'école. C'est vraisemblablement le but visé.
"Au sein de la société iranienne, écrit Le Monde (1), de plus en plus de voix commencent à accuser le régime d’être derrière ces événements dans le but de revenir sur certaines libertés obtenues ces derniers mois par les contestataires. De fait, les femmes sont de plus en plus nombreuses à décider de ne plus couvrir leurs cheveux, en dépit de la loi iranienne qui l’impose. « L’empoisonnement dans les écoles de filles, dont le caractère intentionnel a été confirmé, n’est ni arbitraire ni accidentel. Toucher à la liberté vestimentaire acquise grâce à la contestation nécessite de répandre la peur », avertit sur Twitter le célèbre instituteur Mohammad Habibi, de Téhéran. Pour ce syndicaliste tout juste sorti de prison, le seul moyen d’arrêter cette mystérieuse série d’empoisonnements passe par une importante mobilisation du monde de l’éducation."

Même situation dans l'Afghanistan des talibans, ces soi-disants étudiants. Dans les années '90, 40% des médecins étaient des femmes, 70% des professeurs des écoles, 60% des professeurs d'universités, près de 50% des étudiants. Aujourd'hui, seules 14% des femmes savent lire (2).
La plupart des emplois sont interdits aux femmes, elles doivent se couvrir non seulement la tête mais aussi le visage, ne peuvent sortir qu'accompagnées d'un homme, ne peuvent accéder à l'université, pas plus qu'aux parcs publics. Les talibans autant que les mollahs iraniens haïssent les femmes, elles n'ont selon eux pour fonction que de tenir un ménage et faire des enfants. 
Faizan Mustafa rappelle (2) que Mahomet a dit : "Tout musulman homme ou femme doit rechercher la connaissance" et aussi "A qui prend le chemin de la recherche de la connaissance, Allah fera prendre l'un des chemins du paradis". Ce spécialiste en droit constitutionnel relève que Aïcha, la femme du Prophète, était une érudite, que le Coran ou les hadiths n'évoquent aucune interdiction pour les femmes d'acquérir des connaissances et que c'est une femme, Fatima Bint Muhammad Al-Fihriya, qui a créé une des premières universités modernes du monde, celle de Fès : l'université Al-Quaraouiyine. "Ce que les talibans font aux femmes est anti-islamique", dit-il.
Ce n'est pas une question de culture ou de religion, affirme Rina Amiri, envoyée spéciale américaine pour les droits des femmes et des filles. "La communauté mondiale, disait-elle en début d'année (3), doit s'élever contre ces pratiques extrémistes, ou les talibans se sentiront plus forts et inspireront d'autres atteintes aux droits des femmes, des filles et des populations vulnérables ailleurs dans le monde". Visiblement, c'est le cas en Iran à présent. 
"Etre une fille est aujourd'hui un crime haïssable, et ce soir je maudis le Créateur de m'avoir faite pour mener une existence si misérable et humiliante", écrivait récemment une étudiante afghane.

En Iran, les femmes emprisonnées parce qu'elles s'opposent au régime islamique sont violées. "Est-ce que c'est dans le Coran ?", demande l'avocate Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix 2003 (4). "C'était un des slogans des manifestants : Est-ce que le viol, c'est écrit dans le Coran ? Avec ce simple slogan, le peuple leur a dit : vous n'êtes pas des religieux. Au fond, le peuple iranien a toujours été très laïque. Et a fortiori maintenant. Les Iraniens ont vu ce qu'était une religion qui gouverne. Ils sont devenus laïques."

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2023/03/01/en-iran-des-dizaines-d-ecolieres-victimes-d-intoxications-malveillantes_6163710_3210.html
A lire aussi : https://www.lalibre.be/international/moyen-orient/2023/03/05/en-iran-les-cas-dintoxication-continuent-lenquete-se-poursuit-des-echantillons-suspects-retrouves-43DW2BQJ4FCP7EIKXRHGF37UHE/
https://www.huffingtonpost.fr/international/article/collegiennes-empoisonnees-en-iran-l-enquete-n-avance-pas_214841.html
(2) Faizan Mustafa, "Interdire l'université aux femmes est anti-islamique", The Indian Express  (Bombay), 28.12.2022 in Le Courrier international, 12.1.2023.
(3) Zahar Joya, "Etre une fille est un crime", Rukhshana Media (Kaboul), 5.1.2023, in Le Courrier international, 12.1.2023. 
(4) Rencontre avec Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix 2003, Charlie Hebdo, 18.1.2023.
Sur le même sujet, (re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/01/dieu-orphelin-de-naissance.html

dimanche 26 février 2023

Les affreux et leur dieu

Plusieurs femmes iraniennes ont été libérées ces derniers temps par le régime chiite (1).
Yasaman Aryani a été libérée le 16 février dernier. Le 8 mars 2019, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, elle avait eu le culot de distribuer des fleurs blanches dans le métro de Téhéran à plusieurs Iraniennes. Et elle l'avait fait en ôtant son voile. Un acte insupportable pour les barbus iraniens et qui l'a conduite en prison. « Propagande contre le régime », selon eux, mais aussi « incitation à la corruption et la prostitution ». Elle aura donc passé près de quatre ans en prison pour un  acte qui serait considéré comme sympathique dans toute société normale mais qui est vu inadmissible par les fous furieux de Dieu qui font régner la terreur en Iran.
La chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah, détenue depuis juin 2019 dans la prison d’Evin à Téhéran, pour « atteinte à la sécurité nationale », a également été libérée. De même que Armita Abbasi, 21 ans, qui aura passé plus de 100 jours en Iran, accusée notamment d’avoir été « leadeure des manifestations ». Dans cette même prison, était détenu un groupe de prisonnières politiques iraniennes : Saba Kordafshari, militante contre les lois sur le port du voile obligatoire, et Fariba Asadi, Aliyeh Motallebzadeh, Parastoo Moini et sa mère Zahra Safaei, Gelareh Abbasi ainsi que Shohreh Hosseini. Les sept femmes ont été libérées en même temps, le 8 février.
"Ces bonnes nouvelles, écrit Amnesty International, surviennent dans un contexte où la répression se poursuit en Iran. De nombreuses personnes continuent d’être emprisonnées et risquent la peine de mort pour avoir participé au soulèvement qui secoue le pays depuis septembre 2022. Nous sommes aux côtés de la population iranienne et saluons à nouveau leur courage. Nous continuerons de porter haut et fort leur message : « Femme, vie, liberté ». "

Restent en prison des centaines d'opposants condamnés pour les motifs les plus délirants. Et quelques hommes ont été exécutés pour s'être opposés au pouvoir.
Restent aussi en prison des otages étrangers, tous accusés des pires actes. Parmi eux Oliver Vandecasteele, travailleur humanitaire belge, condamné à 40 ans de prison et 74 coups de fouet pour "espionnage". Il  survit comme il peut, de moins en moins, amaigri, affaibli, méconnaissable après une année passée dans les geôles iraniennes. Plusieurs rassemblements ont lieu aujourd'hui en Belgique et en France pour réclamer sa libération immédiate. (2)

Cette répression brutale et sanguinaire est menée par des affreux qui ne savent pas ce que signifie le mot humanitaire et qui se réclament de Dieu. Que fait-il ce dieu ? Comment laissent-ils faire ses soi-disants représentants ? Est-ce qu'il n'aime pas les femmes lui aussi ? Est-ce qu'il déteste l'humanité ? Est-ce qu'il exècre la liberté ? Qui peut encore croire en lui ? Il a toutes les apparences du diable.

(1) https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/iran-bonne-nouvelle-plusieurs-femmes-liberees-de-prison?utm_source=newshebdo&utm_medium=email
(2) A lire : https://www.pierreguilbert.be/was-wo/ - https://www.pierreguilbert.be/les-photos/

dimanche 22 janvier 2023

Dieu, orphelin de naissance

Quand j'étais enfant, en cours de religion, au catéchisme, on m'a assuré que "Dieu est amour". Très vite, les cours d'histoire se sont opposés à ce (trop) beau principe. Combien de guerres au nom d'un dieu quelconque ? Combien de centaines de millions d'êtres humains molestés, emprisonnés, torturés, violés au nom d'un dieu ou l'autre ?
Pourquoi tous ces représentants de Dieu ont-ils des pratiques diaboliques ? Pourquoi sont-ils si violents ? Pourquoi aujourd'hui tous ces ayatollahs et ces mollahs emprisonnent-ils, violent-ils, massacrent-ils leur propre peuple ? Leur dieu n'est que haine.
Pourquoi tous ces névrosés haïssent-ils les femmes ?
Le régime théocratique iranien n'est qu'une forme de fascisme qui empêche la liberté de pensée et d'expression, qui nie les droits humains et déteste les femmes et fait usage des pires formes de violences contre ses opposants. 

Au début de la prétendue révolution iranienne en 1979, une délégation féministe française, présidée par Simone de Beauvoir, a été se rendre compte de ce qu'était cette révolution qui portait l'espoir de certains intellectuels occidentaux qui se sont brillamment fourvoyés (Sartre et Foucault notamment). Tout à coup, pour eux, la religion n'était plus l'opium, mais l'espoir du peuple.
La journaliste Sylvie Caster faisait partie de cette délégation, elle y était pour Charlie Hebdo. Dans les articles qu'elle a écrits sur cette visite - qui leur a notamment permis de rencontrer durant cinq minutes, à condition de porter un voile sur la tête, un vieux barbu nommé Khomeiny - elle rappelle que la sourate IV, verset 38 du Coran indique que "les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter leurs femmes. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises. Elles conservent soigneusement pendant l'absence de leur mari ce que Dieu a ordonné de conserver intact. Vous réprimanderez celles dont vous aurez à craindre l'inobéissance ; vous les relèguerez dans des lits à part, vous les battrez. Mais aussitôt qu'elles vous obéissent, ne leur cherchez point querelle. Dieu est élevé et grand." Magnifique dieu capable de tant de mansuétude pour la femme obéissante !
Voilà pourquoi "L'Islam est beau", ont entendu un peu partout Sylvie Caster et ses consœurs. "Les femmes islamiques nous chantaient la complémentarité des sexes. Le mérite selon les actions et pas selon le sexe. Et c'était vraiment à croire qu'on n'avait pas lu le même livre. Elles nous agitaient l'Occident pourri. Synonyme des vices. Brandi comme l'épouvantail des fois vertueuses. La polygamie moins laide que les tapins de France. La femme voilée plus libre que l'Occidentale, unique objet sexuel."
"C'était le rigolard dialogue  carmélites - sourdedingues. Car si on employait les mêmes mots (liberté, droits des femmes, objet sexuel), ils n'avaient pas du tout le même sens. Comment dire que devoir se voiler le corps, les cheveux pour arriver à être un peu considérée comme un être humain, c'est n'être rien d'autre que de la bidoche néfaste, tentatrice diabolique. Rien de moins qu'un être humain qui doit se cacher tout entier. Alors que l'Occident, avec ses vulves béantes, sa porno sinistre, ses dragueurs, ses violeurs, sa triste chaire, lui aussi, est notre Occident. Et qu'il ne semble effectivement guère mieux avec sa viande à l'étal." (1)
Depuis lors, une écrivaine comme Chadortt Djavann a montré combien le tchador était lié à la pornographie, combien il ne fait qu'exacerber le désir masculin de voir ce qu'il cache. "La sécurité des femmes n'a jamais été aussi en péril que depuis que les dogmes islamiques font office de loi dans ce pays. Dès qu'une femme cherche une rue, a l'air perdue, paraît hésitante, flâneuse, rêveuse, pensive, gaie, souriante ou même triste, dès qu'elle a une démarche élégante, une paire de chaussures voyantes, un voile glissant, un jean moulant, un manteau un peu court, dès qu'elle est maquillée, jeune, belle ou laide..., elle est abordée par des mâles, à pied ou en voiture, à l'affût de proies." (2)
En Iran, on tue des femmes pour un voile glissant. Au nom de Dieu. Quel est donc ce dieu masculiniste qui méprise les femmes, crache sur elles, les enferme, les bat, les viole, les tue ? Dieu devrait consulter un psychanalyste. Son absence de mère explique sans doute son rejet maladif des femmes.

(1) Sylvie Caster, "Dieu est grand mais petite est sa liberté", Charlie Hebdo, 5.4.1979, in Charlie Hebdo, 4.1.2023.
(2) Chadortt Djavann, "Les putes voilées n'iront jamais au paradis !", 2016, Le Livre de poche 34637.

vendredi 13 janvier 2023

Il y a humour et humour

Le numéro spécial de Charlie Hebdo "7 janvier - Mollahs, retournez d'où vous venez"  a eu un effet qu'on n'imaginait pas : nous faire découvrir que ces mollahs et autres ayatollahs ont un sens de l'humour insoupçonné. Humour particulier, il est vrai. Ils exigent du gouvernement français qu'il censure les caricatures de Charlie au nom "du respect des droits de l'homme". Ces assassins de leur propre peuple sont les rois des comiques.
Les caricatures dont le guide soi disant suprême iranien est l'objet constituent "un acte haineux, insultant et injustifié ". "La négation même des droits de l'homme", ajoute le rigolo de service qui est aussi ambassadeur d'Iran en France. Il dénonce "des dessins particulièrement obscènes et dégradants envers les femmes".
A les entendre, on se dit que Charlie n'avait pas à perdre du temps et de l'encre à les caricaturer, ils font cela très bien eux-mêmes.

Les Iraniens qui se battent contre ce régime brutal réagissent différemment. La rédaction de Charlie Hebdo explique avoir reçu "des centaines de messages de remerciement en provenance d'Iraniennes et d'Iraniens à travers le monde". 
Exemples parmi d'autres :
" Je vous tire mon chapeau pour votre courage. Je vous suis très reconnaissant de soutenir ainsi le peuple iranien et d'être du bon côté de l'Histoire", leur dit Shahruz.
" Elles (vos caricatures) ont apporté le sourire à des millions d'Iraniens tout autour du monde. S'il vous plaît, continuez", applaudit Mahmoud.
" Merci d'être du côté de la justice et de l'humanité. Merci d'être une si pertinente et puissante voix pour le peuple iranien", écrit Saeideh.
"Merci beaucoup de mettre un sourire sur les visages d'un peuple au cœur brisé. (...) J'apprécie la lumière que vous braquez sur ce qui se passe en Iran", dit Khatereh.
"En tant que femme iranienne, j'apprécie vraiment que vous vous teniez du bon côté de l'Histoire et que vous souteniez ceux qui combattent pour la liberté. (...) La lumière bat toujours les ténèbres et la culture bat toujours les armes. Pour Femme, Vie , Liberté ! Pour Liberté , Egalité, Fraternité. Maryam

mercredi 14 décembre 2022

Etat voyou

C'est un régime totalitaire de la pire espèce. Même si tout régime totalitaire fait par définition partie des pires. Les sinistres barbus qui dirigent depuis quarante-trois ans l'Iran emprisonnent, torturent et tuent leur propre population parce qu'elle refuse aujourd'hui de marcher au pas, parce que les femmes veulent tomber le voile qui fait d'elles des êtres de second rang, parce que les Iraniens et les Iraniennes veulent pouvoir espérer de la lumière et simplement vivre libres.
Cet Etat théocratique vit de la haine, la haine des femmes, la haine de la liberté d'expression, de pensée, de réunion, de la liberté de danser, d'écouter de la musique, la haine de la vie. Un régime aussi mortifère, aussi fermé, aussi sinistre n'a pu tenir que par la terreur et la brutalité. Tout un programme. 
"Le régime islamique est mort, affirme la dessinatrice et réalisatrice Marjane Satrapi. C'est aujourd'hui un cadavre puant et encombrant." (1) Mais le moribond fait encore d'immenses dégâts et ne rendra vraisemblablement son dernier soupir qu'à l'issue d'un bain de sang.
Deux jeunes manifestants ont déjà été exécutés par pendaison. Au moins une douzaine de personnes ont été condamnées à mort.
Un humanitaire belge, Olivier Vandecasteele, qui a travaillé six ans en Iran vient d'être condamné à vingt-huit ans de prison sans que personne ne sache pourquoi. Simplement parce que ce régime ne règne que par la terreur. Détenu depuis février dans des conditions innommables, cet homme de 41 ans a entamé une grève de la faim qui met en jeu sa survie. Une pétition (2) appelle les autorités belges à tenter l'impossible pour le sauver.

Aujourd'hui, les barbus iraniens livrent des drones à l'armée russe pour massacrer la population ukrainienne et demande en retour à la Russie des équipements anti-émeutes et des conseillers pour les aider à réprimer leur population qui veut vivre libre (1). Les chacals savent s'allier quand il s'agit de semer la terreur.

Lorsqu'on parle de la souveraineté d'un pays, s'agit-il de la souveraineté du peuple ou de celle d'une oligarchie qui réprime le peuple ? A l'heure de la mondialisation, il est temps de réviser certains concepts. La souveraineté des Etats n'a de sens que si elle ne s'oppose pas de façon flagrante au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Le peuple iranien veut se débarrasser de ce régime et cela ne sera possible que si vous, dirigeants occidentaux, cessez pendant quelque temps de lui fournir les ballons d'oxygène que sont les relations économiques, politiques et diplomatiques. L'immense majorité des Iraniens pense que vous devez déclarer une guerre sans armes au régime ; une guerre avant tout médiatique. Tôt ou tard, aujourd'hui, dans les mois ou les années à venir, vous serez obligés de boycotter le régime politiquement, diplomatiquement et économiquement. 
Chahdortt Djavann en 2009 ("Ne négociez pas avec le régime iranien - Lettre ouverte aux dirigeants occidentaux", Flammarion).

(1) Le Courrier international, 8.12.2022.
(2) https://www.change.org/p/freeoliviervandecasteele?signed=true

(Re)lire sur ce blog :
- "Femmes - Vie - Liberté", 23.10.2022 ;
- "Mahsa Amini", 21.9.2022 ;
- "Comment dit-on hypocrisie en persan ?", 16.8.2022 ;
- "Rushdie et les sombres crapules", 14.8.2022 ;
- "Contre la barbarie", 18.8.2010.

dimanche 23 octobre 2022

Femme - Vie - Liberté !

"Passez-nous à tabac, réduisez-nous au silence, humiliez-nous si vous voulez. C'est terminé, nous ne nous tairons plus. Nous ne bougerons pas ; c'est à vous de partir. Les garçons devant lesquels on devait se cacher les cheveux sont devenus des hommes, et ils sont dans la rue pour défendre notre liberté à cor et à cri. Les filles que vous avez voulu faire taire sont devenues des femmes qui tiennent tête aux gardiens en armes que vous autorisez à tirer sur des enfants. Nous qui avons 13, 14, 15 ans, vous avez fait de nous des adultes. Bientôt nous chanterons et nous danserons librement dans nos rues." Voilà ce que dit au pouvoir théocratique une Iranienne de 16 ans (1). 
Pour la première fois depuis quarante-trois ans, depuis le début de cette sinistre farce qu'est la prétendue révolution iranienne, des lycéens sont dans les rues  à travers tout le pays. Prêts à payer de leur vie s'il le faut la liberté qu'ils revendiquent. Liberté pour les filles et les femmes de sortir sans voile, liberté de danser, d'écouter, d'écrire, de penser... Des femmes osent marcher tête nue, des adolescentes font des doigts d'honneur à la photo de l'ayatollah Khameini ou la piétinent. Les jeunes n'ont plus peur, malgré les deux cents morts, les milliers de blessés, les milliers de détenus.

L'Occident soutient les opposantes et opposants iraniens, mais du bout des lèvres. "La plupart des dirigeants européens ferment les yeux sur ce qui se passe en Iran, écrit The National (2), afin d'éviter de contrarier le régime et de préserver un éventuel accord sur le nucléaire (même si l'Union européenne a voté des sanctions contre la police des mœurs et que le président français a soutenu le mouvement). Sans accord, il faut s'attendre à ce que l'Europe souffre cet hiver et à voir reprendre les activités terroristes pilotées par l'Iran sur le continent ainsi que l'accélération du programme nucléaire militaire iranien."
Bref, le mouvement d'opposition iranien ne reçoit qu'un bien faible soutien aussi bien (ou mal) des gouvernements occidentaux et du reste de la planète que de la gauche qui avait cru voir en 1979 un révolutionnaire en un vieux barbu réactionnaire.

Où sont celles et ceux qui prônent la décolonisation, la déconstruction, qui luttent contre le patriarcat ? Pourquoi sont-ils, sont-elles si silencieuses ? Qu'attendent-elles pour dénoncer ce régime viriliste d'un autre âge ? Pour dénoncer ces vieux colonisateurs des esprits, des tenues vestimentaires, des cuisines ? Leur silence est une honte. 

A lire : le dossier du Courrier international du 20.10.2022 : "Iran, le régime au pied du mur".
A écouter ou à lire : le billet de Sophia Aram : 
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-10-octobre-2022-3397743

(1) The Sunday Times, 9.10.2022, in Le Courrier international, 20.10.2022.
(2) The National (Abou Dhabi), 2.10.2022, in Le Courrier international, 20.10.2022.



mercredi 21 septembre 2022

Mahsa Amini

Dans "Islamophobie, mon œil !" (1), la politologue Djemila Benhabib (qui a dû fuir l'Algérie en 1994, pour aller vivre au Québec, puis en Belgique) dénonce l'attitude d'Unia, l'organisme interfédéral belge de promotion de l'égalité et de lutte contre les discriminations : "Concrètement, l'activisme juridique de Unia a servi à endosser les revendications du CCIB (2) qui tourne, essentiellement, autour du voile islamique et à asseoir dans l'espace public la figure de la femme voilée comme celle de LA musulmane à protéger, à visibiliser, à promouvoir." Elle pointe du doigt une école professionnelle à discrimination positive : "Dans cette institution bruxelloise de l'enseignement libre (catholique) qui a accueilli les premières enseignantes voilées, aujourd'hui, l'écrasante majorité des enseignantes musulmanes portent le voile et ce, quels que soient leurs champs de compétences disciplinaires. Par ailleurs, les non-voilées cheminent difficilement dans un climat tendu qui leur est farouchement hostile. Dans certaines classes, la majorité des élèves sont aussi voilées. Lorsque l'une d'entre elles, par exemple, a la malchance de laisser transparaître une mèche de cheveux, le rappel à l'ordre est immédiat. Systématique. Ce sont des enseignantes qui se chargent de faire appliquer ce qu'elles prétendent être la loi d'Allah : 'Arrange ton voile, c'est haram de montrer ses cheveux !'. Et gare à celles qui auraient la fâcheuse idée de se dévoiler lors d'une sortie scolaire." Ces enseignantes belges jouent le même rôle que la police des mœurs en Iran. 

En Iran, une jeune femme vient de mourir à cause de ce voile de plus en plus sacralisé chez nous. Elle s'appelait Mahsa Amini. Le 16 septembre, elle a été arrêtée par la police des mœurs dans une rue de Téhéran pour un foulard jugé « mal porté ». Visiblement tabassée par la police, elle en est morte et est devenue un symbole de la brutalité du régime iranien en particulier envers les femmes. Sa mort suscite la colère de très nombreux Iraniens et Iraniennes, Nombre d'entre elles ont arraché et même brûlé leur voile, certaines se coupent les cheveux. Un slogan se répand à travers le pays : "Femme - Vie - Liberté !". Les manifestantes et manifestants s'en prennent au régime et à ses fondements. "A commencer par le port obligatoire du voile, un dogme de la République islamique d’Iran", écrit Le Monde.

Il y a quelques jours, un article dans un journal belge laissait entendre qu'il fallait s'attendre à un assouplissement de la loi interdisant le port de la burqa en public. Chez nous, il pourrait donc être admis que des femmes soient, volontairement ou non, cachées à la vue des autres. En France aujourd'hui, tout homme soupçonné d'attitude machiste est aussitôt dénoncé sur la place publique, mais l'attitude brutale vis-à-vis des femmes des régimes théocratiques musulmans semble ignorée de la majorité des féministes borgnes. Leur silence par rapport aux Iraniennes (et aux Afghanes, aux Pakistanaises, aux Saoudiennes et à tant d'autres) est assourdissant. Ces dernières sont victimes du patriarcat le plus obscur et le plus violent. Où sont les femmes musulmanes de chez nous qui réclament de porter le voile en tous temps et en tous lieux ? Que pensent-elles de ce que vivent celles qui sont sous le joug des barbus obscurantistes ?

Djemila Benhabib : "Je continue d'être aujourd'hui le prolongement de ce que j'ai toujours été : une femme libre. Je refuse de mentir sur ce que j'ai vécu. Je sais que l'avancée des voiles islamiques, c'est le recul de la démocratie et la négation des femmes. Je sais que l'islam politique n'est pas un simple mouvement fondamentaliste, mais un mouvement politique totalitaire qui a pour visée d'engloutir le monde après avoir avalé la démocratie."

Ceux qui se mettent une muselière et qui choisissent de se taire renforcent le terrorisme.
Naguib Mahfouz (cité par D. Benhabib)

(1) éditions Kennes, 2022.
(2) Collectif contre l'islamophobie en Belgique, connu pour ses liens avec les Frères musulmans.
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2022/09/17/en-iran-la-mort-d-une-jeune-femme-arretee-par-la-police-des-m-urs-suscite-des-protestations_6142073_3210.html

Post-scriptum : 
Ci-dessous la position de Viv(r)e la République, mouvement citoyen, laïque et républicain.

Les iraniennes qui meurent parce qu’elles refusent de porter le voile rappellent ce que la gauche et les féministes dites intersectionnelles ont oublié : le voile est, a été et sera toujours un instrument de rabaissement et d’infériorisation de la femme. En parlant de la « liberté de porter le voile » une partie de nos leaders politiques et de nos grandes consciences intellectuelles ont servi les manipulations des islamistes tout en crachant au visage des femmes qui, comme les iraniennes, risquent leur vie pour que leur dignité humaine soit reconnue et que l’égalité en droit avec les hommes deviennent réalité.

En effet, voile n’est pas et n’a jamais été un simple vêtement. C’est un discours sur le statut de la femme, un signe qui envoie un message univoque à l’extérieur, quelles que soient les intentions de celle qui le porte. C’est un outil de contrôle social et une humiliation faite aux femmes. Le voile dit que la femme est inférieure à l’homme et que son corps, ses cheveux sont impurs et provocants.

A Viv(r)e la République nous avons toujours considéré le voile comme un instrument de soumission de la femme et nous avons toujours combattu ceux qui, par complaisance, lâcheté ou cynisme, tentent de faire passer le port du voile pour une liberté. Faire passer le port d’un symbole d’infériorité et d’impureté qui rabaisse la femme pour un combat féministe est choquant. Imaginerait-on proposer à un homme de porter volontairement des chaînes, en expliquant qu’elles ne sont pas le signe de l’esclavage mais le symbole de sa liberté de choisir la servitude ? La proposition ainsi formulée est grotesque, pourtant c’est bien ce qui est en jeu dans le cas du voile.

La femme voilée reste et restera toujours victime, consentante ou non, de ceux qui entendent dicter aux femmes ce qui est respectable et ce qui ne l’est pas.

Alors que des femmes luttent au péril de leur vie pour avoir le droit de se dévoiler en Iran, les revendications ici en Occident de porter librement le voile nous paraissent non seulement un non sens mais aussi une trahison vis à vis de celles qui sont en lutte. Le voile n’a nulle part sa place dans les pays démocratiques qui fondent leur contrat social sur l’égalité des êtres humains en droit, et assurément pas en France, pays qui a fait de l’émancipation des citoyens une des bases de la citoyenneté.

Les responsables politiques ont la charge de représenter et de défendre notre civilité. Ce qui se passe en Iran où des femmes meurent parce qu’elles osent retirer leur voile devrait rappeler à nos représentants l’immensité de leur rôle pour que vivent nos libertés. Mais pour être garant de l’égalité des femmes, encore faut-il avoir le courage d’être clair sur le refus du voile. On peut en douter et rien n’est plus instructif sur ce point que la réaction du ministre de l’éducation nationale. Celui-ci, placé face à la multiplication des incidents et aux incitations à porter le voile et des tenues islamiques à l’école, refuse de traiter le sujet et explique manquer d’informations.

Il est largement temps que nos dirigeants fassent la preuve de leur courage au service de la démocratie et de notre république laïque. Cela commence par porter un discours clair sur le voile et sur son incompatibilité avec une société politique fondée sur l’égalité en droit des êtres humains qui la constituent. Une réalité que le combat des iraniennes illustre tous les jours. Elles risquent leur vie pour cela. Il n’en est que plus insupportable de voir tous les hypocrites qui soutiennent la « liberté de porter le voile », soutenir aussi les femmes iraniennes « victimes du patriarcat » en occultant la dimension religieuse du voile et toute référence à l’islam et à l’islamisme.

mardi 16 août 2022

Comment dit-on hypocrisie en persan ?

L'Etat iranien a la mémoire qui flanche. Il n'a rien à voir, affirme-t-il, avec l'agression au couteau dont a été victime Salman Rushdie. « Dans cette attaque, seuls Salman Rushdie et ses partisans mériteraient d’être blâmés et même condamnés », a affirmé le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères (1). On est peu de choses en Iran. Voilà ce brave ayatollah Khomeini tombé dans les oubliettes de l'histoire. Le si sympathique « chef spirituel suprême » de l'Iran de 1979 à 1989 avait, peu avant sa mort, appelé, via une fatwa, à tuer l'écrivain Salman Rushdie accusé de blasphème contre le prophète Mahomet dans son roman "Les Versets sataniques".

"Aussi paradoxal que cela paraisse, écrit l’écrivain franco-turc Nedim Gürsel (2), (lui-même poursuivi pour blasphème), ce roman, qui a fait couler beaucoup d’encre et pas mal de sang, dont celui de son auteur (...), n’est pas à proprement parler un roman sur Mahomet, ni sur l’islam. Le Prophète est certes l’un de ses personnages sous le nom de Mahound, mais le récit a plusieurs axes, une trame complexe et une forme narrative que l’on peut qualifier de postmoderne. Voire de comédie burlesque." Mais, on le sait, les religieux raides n'ont aucun sens de l'humour pas plus que de la création. "Il n'y a pas de création sans liberté, affirme Nedim Gürsel. Au nom de celle-ci et en tant que romancier, et notamment en tant qu’auteur des Filles d’Allah, qui a été poursuivi en justice pour blasphème et soutenu par Rushdie, je défendrai le recours à la fiction pour parler notamment du Prophète de l’islam sans me soucier du fait que le considérer comme un personnage de roman le désacraliserait." (...) "Il faut admettre qu’un romancier, en puisant dans les récits historiques ou religieux, a le droit de créer des personnages, y compris des prophètes pour en faire des protagonistes d’une parodie, voire d’une farce burlesque. C’est ce qu’a fait Salman Rushdie et rien d’autre." 

Le crime dont a été victime Salman Rushdie trente-trois ans après le lancement de la fatwa appelant à son assassinat a ravivé l'intérêt pour son roman auprès de personnes qui n'en avaient jamais entendu parler. Les ventes sont en hausse (3). Son agresseur et l'Etat iranien auront aidé à faire découvrir cette œuvre qu'ils veulent interdire.

"Et maintenant, Mahound arrive en triomphateur ; et, en fin de compte, je vais perdre la vie. Maintenant son pouvoir est devenu trop grand pour que je puisse le défaire."
Baal lui demanda : "Pourquoi es-tu si sûr qu'il va te tuer ?"
Salman le Persan répondit : "C'est sa Parole contre la mienne."
(Salman Rushdie, "Les Versets sataniques", Pocket Plon 1999, p. 479)


(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/14/les-versets-sataniques-qui-ont-fait-couler-beaucoup-d-encre-et-pas-mal-de-sang-ne-sont-pas-a-proprement-parler-un-roman-sur-mahomet-ni-sur-l-islam_6138036_3232.html
(3) https://www.lalibre.be/culture/livres-bd/2022/08/13/les-ventes-des-versets-sataniques-en-hausse-apres-lattaque-contre-salman-rushdie-FRNHEXHRXBA6LHFCWCH4QCTJAU/

jeudi 12 décembre 2019

Ces mollahs malades

Les barbus iraniens détestent les femmes. En ont-ils si peur?
En août dernier, Saba Kordafshari, 20 ans, a été condamnée à une peine de vingt-quatre ans de prison et à la privation de ses droits civiques. Son crime: avoir participé à une manifestation contre le voile à Téhéran. Elle est ainsi condamnée pour "incitation à la corruption et à la prostitution" (quinze ans), pour "rassemblement en vue de commettre des crimes contre la sécurité nationale" (sept ans et demi) et pour "propagande antirégime" (un an et demi). Avant d'être arrêtée, elle avait diffusé, comme beaucoup d'autres femmes, des photos d'elle dans cette manifestation. 
D'autres femmes ont été condamnées pour avoir distribué, dans une rame de métro exclusivement réservée aux femmes, des roses blanches aux passagères à l'occasion de la Journée internationale des femmes. L'une d'elles, l'actrice Yasaman Aryani, a été condamnée pour cet acte à seize ans de prison (1). 
La sévérité des sentences pour des faits qui, dans tout pays démocratique et un peu sensé, ne sont que normaux, voire sympathiques, a surpris les femmes. "Sauf celles, écrit le site d'information Raseef22 (2), qui savaient que l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi, surnommé l'Homme des exécutions, avait été nommé à la tête de l'institution (le Tribunal révolutionnaire islamique). Vingt-quatre ans de prison, cela paraît une vie entière, mais cela ne représente pas grand-chose pour celui qui, en 1988, a fait exécuter des milliers de personnes sans le moindre procès". 

On craint le pire, à nouveau, en Iran. Alors que la colère gronde dans les rues face au coût de la vie et à la corruption du régime, divers témoignages indiquent que la répression vise en priorité les femmes accusées par des religieux de "faire leur intéressante". Aujourd'hui, on atteint le sommet de l'ignominie avec cet appel d'un mollah à tuer les protestataires "de la manière la plus douloureuse possible en les pendant en public" ou encore "de leur couper les mains et les pieds pour les relâcher infirmes afin qu'ils servent d'exemples à d'autres, ou alors en les expulsant du pays" (3).
Au nom de quel dieu fou s'exprime ce personnage monstrueux?

On rêve de voir toutes les femmes musulmanes de la planète ôter leur voile, ne serait-ce qu'une journée, pour afficher leur solidarité avec leurs sœurs iraniennes. Là-bas, en Iran, ne pas porter le voile, ne peut être "un choix personnel". Le voile est une arme politique de répression des femmes.

(1) Une pétition d'Amnesty International pour la défendre:
https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/petitions/liberation-immediate-pour-yasaman-aryani
(2)  "Pour un moment de liberté", Raseef22 (Beyrouth), 29.8.2019, in Le Courrier international, 4.12.2019.
(3) https://www.lalibre.be/international/asie/leur-couper-les-mains-et-les-pieds-l-appel-de-l-iran-au-sujet-des-manifestants-5df0c603d8ad58130dd0d602

mercredi 20 mars 2019

Nasrin Sotoudeh

Trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet, voilà la peine infligée à l'avocate iranienne Nasrin Sotoudeh. Son crime: avoir défendu des femmes qui ne portaient pas le voile et en revendiquaient le droit. Bien sûr, le tribunal islamique a invoqué d'autres raisons, toutes plus invraisemblables les unes que les autres: "incitation à la corruption et à la prostitution", "insulte au Guide suprême", "incitation à la débauche", "propagande contre l'Etat" et on en passe tant ces accusations sont ridicules. Ce qu'on lui reproche, c'est de s'être opposée au port du hijab, d'avoir retiré celui-ci lors de visites de ses clientes en prison, d'avoir accordé des interviews aux médias à propos de l'arrestation violente et de la détention de femmes qui contestent l'obligation du port du voile islamique. Ce qu'on leur reproche, à elle et à ses clientes, c'est de vouloir être des femmes simplement libres. Et se montrer la tête libre lui coûte donc trente-huit ans de prison et cent quarante-huit coups de fouet. Ainsi va la vie pour les femmes dans ce pays de vieux barbus obsédés qui les haïssent.
On peut - on doit - exiger la libération de Nasrin Sotoudeh, en envoyant un courrier à Khamenei,  Guide suprême d'Iran:   https://www.amnesty.fr/actions-mobilisation/agir-pour-nasrin-sotoudeh?utm_source=emailing-action%20&utm_medium=email&utm_campaign=soutien%20nasrin%20sotoudeh

On peut aussi cesser de dire et laisser dire que le président Hassan Rohani est un modéré. Ce régime théocratique reste un régime de terreur, en particulier pour les femmes.
On peut - on doit - aussi cesser de soutenir coûte que coûte le port du voile islamique: c'est un instrument de soumission des femmes. Qui paient très cher, en Iran, en Arabie saoudite, au Pakistan, en Afghanistan, en Malaisie et tant d'autres pays obscurantistes le refus de ce signe politique. On peut toujours faire semblant de l'ignorer, mais chaque jour dans le monde des millions de femmes sont forcées de se couvrir, de cacher leurs cheveux honteux, voire l'ensemble de leur corps sous peine de prison ou même de mort.
Mais qui s'indigne aujourd'hui de leur sort? Comme l'écrit Gérard Biard, on n'entend pas dans nos pays tous ces zélés défenseurs du port du voile : "pour ces ardents défenseurs de la culture musulmane, le monde musulman n'existe pas. Ce qui s'y déroule ne les intéresse pas - à ce point, on frôle même le mépris" (1).
Nasrin Sotoudeh et toutes les Iraniennes scandaleusement condamnées doivent être libérées.

(1) Gérard Biard, "Et Nasrin Sotoudeh, elle sent le gaz ?", Charlie Hebdo, 20.3.2019.


samedi 23 janvier 2016

"Je préfère le vin d'ici à l'au-delà" (Michel Simon)

Certains veulent changer les mots ou en tout cas les édulcorer  (voir le billet d'hier: "De quoi parlent les mots?"), d'autres veulent les interdire. C'est plus simple. Ainsi en Iran le Ministère de la Culture entend-il interdire d'écrire dans tout livre qui sera publié dans le pays les noms d'animaux étrangers, ceux de certains présidents et le mot vin (1).
Peut-on se permettre un conseil au gouvernement iranien?
"Oublie prière et science et loi, cela vaut mieux.
Va trouver quelques frais minois, cela vaut mieux.
Avant que le destin ne verse ton sang, viens, 
Verse le sang frais de la vigne et bois, cela vaut mieux."
Ce conseil est signé Omar Khayyâm, poète persan du XIe siècle. Il a donc vécu il y a mille ans dans ce pays devenu, depuis, l'Iran. Khayyâm "appartient, rappelle Gilbert Lazard qui l'a traduit, à la lignée des grands savants qui, du IXe au XIe siècle, firent de l'Orient musulman la terre de prédilection des sciences et de la pensée.(2)" Parfois, on rêve que l'horloge de l'Histoire tourne à l'envers et que la pensée se remette en mouvement.
Pourquoi ces religieux austères doivent-ils toujours imposer aux autres leurs tristes règles? Déjà, lors d'une visite en France il y a plusieurs années, le président iranien de l'époque avait refusé qu'il y ait de l'alcool (des bouteilles de vin) à la table de Jacques Chirac qui le recevait. Le protocole avait transigé: le dîner s'était transformé en goûter.
Un mot encore d'Omar Khaayâm:
"Toi qui ne bois pas de vin, épargne-nous ta censure;
Tu te fais un peu trop vain: trève de cette imposture!
Tu t'abreuves à des sources, ô vertueux contempteur,
Telles que notre liqueur auprès d'elles n'est qu'eau pure!" (2)
Et cette citation de Jim Harrison:
" L'acte physique élémentaire consistant à ouvrir une bouteille de vin a apporté davantage de bonheur à l'humanité que tous les gouvernements dans l'histoire de la planète. Même les religions organisées sont de simples pièges à souris spirituels comparées au pop libérateur du bouchon." (3)
Et enfin, en guise de conclusion, ces mots de Nicolas Boileau:
"Allez, vieux fous, allez apprendre à boire.
On est savant quand on boit bien.
Qui ne sait boire ne sait rien. " (4)

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/01/21/iran-vin-interdiction-international_n_9040116.html?utm_hp_ref=france
(2) Cent et un quatrains, Omar Khayyâm, traduit du persan par Gilbert Lazard, éd. Hermès, collection bilingue.
(3) Aventures d'un gourmand vagabond, Jim Harrison, trad. de Brice Matthieussent, éd. Christian Bourgois, 2002.
(4) Extrait de Chanson à boire que je fis au sortir de mon Cours de Philosophie à l'âge de dix-sept ans.