Affichage des articles dont le libellé est Ubu Roi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ubu Roi. Afficher tous les articles

mercredi 3 juin 2020

Descendant de Néron et d'Attila

Il est pire qu'Ubu. Ubu est prétentieux, bouffi, cupide, pillard, grossier, grotesque. Lui est, en plus, abject.
Il n'a rien dit sur la mort de George Floyd, étranglé par un policier. Il n'a même pas appelé à ce que la justice fasse son travail, pas demandé qu'une enquête rigoureuse soit menée et que les responsables soient condamnés. Il se contente d'appeler à la violence contre ceux qui veulent mettre fin aux violences.
Trump ne sera jamais un homme d'Etat. Il semble qu'il ait décidé de terminer son mandat en une apothéose dans son style. Après avoir démantelé systématiquement tout ce que son prédecesseur avait mis en place, il s'est donné pour rôle de diviser un peu plus encore les Etats-Unis, de soutenir les blancs réactionnaires et de cracher sur tous les autres. De ne laisser derrière lui que des cendres.
C'est Néron et Attila en une seule personne. Attiser le feu, ne rien laisser de digne derrière lui.
Et faire des Etats-Unis, non pas un pays great again, mais un Etat worse than never. Sa lamentable gestion de la crise du coronavirus l'a encore montré. "Les Etats-Unis ont réagi comme le Pakistan ou la Biélorussie - comme un pays aux infrastructures insuffisantes, au gouvernement incompétent et corrompu", écrit le journaliste et romancier George Packer (1). "Le président nous a abreuvés de boucs émissaires, de vantardises, de mensonges, de théories de la conspiration et de traitements miracles." Il a envisagé cette crise "presque entièrement en termes personnels et politiques" et "abandonné son pays à une catastrophe de longue durée".
Dès le début de son mandat, les enjeux étaient clairs, les jeux étaient faits. "La classe politique conservatrice et le nouveau président, écrit encore Packer, sont rapidement parvenus à un accord. Ils partageaient un objectif fondamental: exploiter les ressources publiques au profit d'intérêts privés.  Les élus et donateurs républicains qui voulaient que le gouvernement en fasse le moins possible pour l'intérêt général pouvaient parfaitement s'accomoder d'un régime sachant à peine gouverner. Ils sont devenus les valets de Trump. Celui-ci s'est mis à détruire ce qu'il restait de la vie civique. Il n'a jamais prétendu être le président de tout le pays et nous a dressés les uns contre les autres en fonction de notre race, notre religion, notre sexe, notre éducation. Son principal instrument de gouvernement, c'était le mensonge."
L'essayiste américain fustige le président Trump qui détruit la fonction publique pour servir ses intérêts. "Sa grande loi, l'une des plus grandes réductions d'impôts de l'histoire, a fait gagner des centaines de millions de dollars aux entreprises et aux riches. Ils lui remplissent aujourd'hui les poches pour le faire réélire. Si le mensonge était le moyen de son pouvoir, la corruption en était la fin."
George Packer dénonce "un gouvernement vide dirigé par un escroc" et "une administration qui érige l'amateurisme, le népotisme et la corruption en principes de gouvernement". Ce qui aboutit à faire des Etats-Unis "un pays de second ordre". 

Trump ne craint pas le Covid-19, une invention des Chinois, des Démocrates, des gouverneurs et de tous ceux qu'il hait. Il est plus fort - pire peut-être - que tous les virus.
Attila, après avoir dévasté une partie de la plaine du Pô, a dû faire demi-tour, craignant que ses troupes soient ravagées par une épidémie.
Trump n'a jamais tort, ce sont tous les autres qui se trompent, qui font des erreurs, qui sont dans l'ignorance. Ce sont les autres qui mentent, jamais lui.
En se suicidant, après avoir été démis par le Sénat, Néron a déclaré: "Quel grand artiste périt avec moi!".

Père Ubu. - (...) J'ai changé le gouvernement et j'ai fait mettre dans le journal qu'on paierait deux fois tous les impôts et trois fois ceux qui pourront être désignés ultérieurement. Avec ce système, j'aurai vite fait fortune, alors je tuerai tout le monde et je m'en irai. (...) Payez! ou je vous mets dans ma poche avec supplice ou décollation du cou et de la tête! Cornegidouille, je suis le roi peut-être!
Alfred Jarry, Ubu roi.

(1) George Packer, "L'insoutenable vulnérabilité de l'Amérique de Trump", The Atlantic, juin 2020, in  Le Courrier international, 20.5.2020.
A lire sur le même sujet, un billet de Philippe Dutilleul:
http://blogandcrocs.blogspot.com/2020/06/le-vrai-visage-de-lamerique.html

jeudi 12 janvier 2017

Ubu roi des Amériques

Leur président n'est pas encore en fonction que déjà ils se savent cocufiés. Les braves gens qui ont voté pour Dingo Trump parce qu'il serait opposé au "système" doivent maintenant - à moins d'être sourds, aveugles et totalement idiots - avoir compris que c'est pour le remplacer par un autre: le sien. Un système de milliardaire qui s'appuie sur les richissimes, les militaires et sa famille. Les compétences, l'expérience et les valeurs autres que l'argent n'entrent visiblement pas dans ses critères de choix.
Ce homme va devenir président sans avoir la moindre expérience politique. On aurait dès lors pu penser qu'il s'entourerait de gens qui en ont. Et voilà que c'est son gendre, qui n'en a pas plus que lui, qu'il désigne comme haut conseiller. (1)
Les dix-sept membres du cabinet Trump disposent ensemble de 9,5 milliards de dollars, soit autant que les 43 millions de foyers américains les plus pauvres, représentant un total de 109 millions de personnes. (2) Mais ce qui compte, c'est sûrement que ce cabinet soit anti-système...
Encouragés par les propos abjects de leur chef, certains de ses collaborateurs se sentent autorisés à cracher violemment leur immonde grossièreté, notamment vis-à-vis du président Obama et de son épouse (3).
Quand les électeurs auront compris que Trump et sa clique monstrueuse les prennent pour des demeurés et se soucient d'eux comme de leur première limousine, peut-être la démocratie aura-t-elle quelque peu avancé.

Trump reconnaît à présent que des Russes ont piraté la campagne du Parti Démocrate, mais réfute virulemment l'information selon laquelle les services secrets russes détiendraient des éléments compromettants à son égard. Un homme d'Etat honnête et digne de sa (future) fonction exigerait que toute la lumière soit faite pour pouvoir ensuite gouverner la tête haute. Lui pas, qui entend régner par coups de gueule twittés.
Le Congrès, pourtant majoritairement aux mains des Républicains, a néanmoins décidé de mener une enquête sur l'intervention de la Russie dans l'élection présidentielle (4).

Trump a décidé de construire un mur entre le Mexique et les Etats-Unis (c'était une de ses grandes promesses de campagne) et affirme que c'est le Mexique qui le paiera, d'une manière ou d'une autre. Le Mexique annonce, très logiquement, qu'il ne paiera pas. Y a-t-il d'autres exemples dans l'histoire politique mondiale où un président veut faire assumer par un autre Etat le coût de ses propres délires?  On attend habituellement d'un homme d'Etat qu'il assume les conséquences de ses décisions. On peut déjà conclure de cette (première) affaire que Trump n'est pas et ne sera pas un homme d'Etat.

Lui qui a passé toute sa campagne à insulter la moitié de ses concitoyens et une bonne partie de la planète n'accepte pas la moindre critique. Au point de faire taire les journalistes qui ont le toupet de lui poser des questions (5).
Est-il encore temps d'annuler cette élection que risque de payer la terre entière? Est-on obligé de nommer à la tête d'un des plus puissants Etats de la planète un homme qui devrait plutôt suivre une longue cure de psychiatrie ? N'existe-t-il pas dans un hôpital psychiatrique une représentation du bureau ovale de la Maison blanche où il pourrait éructer tout son saoûl?

Mère Ubu. - Eh! pauvre malheureux, si je passais par la casserole, qui te raccommoderait tes fonds de culotte?
Père Ubu. - Eh vraiment! et puis après? N'ai-je pas un cul comme les autres?
Mère Ubu. - A ta place, ce cul, je voudrais l'installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes richesses, manger fort souvent de l'andouille et rouler carrosse par les rues. 
Alfred Jarry, Ubu Roi.

(1) http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2017/01/10/trump-nomme-son-gendre-a-la-maison-blanche_5059998_829254.html
(2) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/12/22/le-cabinet-de-trump-est-aussi-riche-que-126-millions-d-americains_5052945_4355770.html
(3)http://www.lalibre.be/actu/usa-2016/carl-paladino-allie-de-trump-declenche-une-polemique-en-souhaitant-qu-obama-contracte-la-vache-folle-585e88d4cd70138bd424fea3
(4)  http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/12/le-congres-a-majorite-republicaine-defie-donald-trump-et-ouvre-enquete/?utm_hp_ref=fr-homepage
(5) http://www.lalibre.be/light/insolite/en-plein-discours-trump-se-lache-sur-un-journaliste-de-cnn-vous-taisez-vous-video-58768c94cd708a17d561934d