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lundi 14 novembre 2022

And the loser is...

Le monde retient son souffle. Suffisant Ier doit annoncer demain une grande nouvelle, très vraisemblablement sa candidature à l'élection présidentielle américaine de 2024. On sait depuis longtemps que le cas de cet homme relève de la psychiatrie. Mais il continue cependant à nous étonner. Le doute lui est totalement étranger. Sauf quand il perd. Ce qui ne peut arriver. De mauvais président à mauvais stratège en passant par mauvais perdant, voilà le parcours (récent) du Donald. Son ego est tellement boursouflé qu'il n'imagine pas une seconde qu'il puisse être responsable de l'étroitesse de la victoire de son parti, qui a des allures de quasi-défaite, aux élections de mi-mandat. Il l'avait d'ailleurs annoncé : si c'est une grande victoire, ce sera grâce à moi ; si c'est une défaite, ne venez pas me le reprocher. Selon toute vraisemblance, les Républicains auront une courte majorité à la Chambre, tandis que le Sénat reste Démocrate. Les observateurs notent que la majorité des candidats soutenus par le Phare de la Pensée américaine ont été recalés.
Le soir des élections, mardi dernier, il était, selon son entourage, très en colère. Aujourd'hui, il dément :  "Je ne suis pas du tout en colère", affirme-t-il. "Souvenez-vous, je suis un génie stable", a encore péroré celui que son reflet éblouit chaque matin dans son miroir. "ON A GAGNÉ", a-t-il écrit. Il est le seul à le croire. Voilà que dans son propre parti, il se fait traiter de loser. De plus en plus nombreux sont ceux qui estiment qu'il a fait son temps, mais surtout que sa vanité a fait fuir de nombreux électeurs.

Trump est par ailleurs convoqué devant la Commission de la Chambre des représentants qui enquête sur l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. Mais, affirmant bénéficier d’une «immunité absolue», il conteste l'assignation à témoigner qu'il en a reçue. Il constate que les présidents américains, anciens et en exercice, qui, dans le passé, ont accepté de témoigner ou de remettre des documents après avoir reçu une assignation à témoigner du Congrès, l'ont fait volontairement, mais, dit-il, aucun «n’a jamais été contraint de le faire». Effectivement, parce quand un responsable refuse de prendre ses responsabilités, il ne reste qu'à le contraindre.  L'intelligence et le courage ne sont pas les qualités premières de ce génie.

https://www.huffingtonpost.fr/international/article/apres-les-midterms-trump-s-en-prend-violemment-a-ron-desantis-et-a-fox-news_210142.html
https://www.lemonde.fr/international/article/2022/11/12/donald-trump-confronte-a-l-etiquette-redoutable-de-loser-apres-les-midterms-2022_6149581_3210.
https://www.liberation.fr/international/amerique/assaut-du-capitole-donald-trump-fait-languille-pour-ne-pas-temoigner-20221112_5HSEBXPX35CX3BNZWG4IMIR6D4/

jeudi 12 janvier 2017

Ubu roi des Amériques

Leur président n'est pas encore en fonction que déjà ils se savent cocufiés. Les braves gens qui ont voté pour Dingo Trump parce qu'il serait opposé au "système" doivent maintenant - à moins d'être sourds, aveugles et totalement idiots - avoir compris que c'est pour le remplacer par un autre: le sien. Un système de milliardaire qui s'appuie sur les richissimes, les militaires et sa famille. Les compétences, l'expérience et les valeurs autres que l'argent n'entrent visiblement pas dans ses critères de choix.
Ce homme va devenir président sans avoir la moindre expérience politique. On aurait dès lors pu penser qu'il s'entourerait de gens qui en ont. Et voilà que c'est son gendre, qui n'en a pas plus que lui, qu'il désigne comme haut conseiller. (1)
Les dix-sept membres du cabinet Trump disposent ensemble de 9,5 milliards de dollars, soit autant que les 43 millions de foyers américains les plus pauvres, représentant un total de 109 millions de personnes. (2) Mais ce qui compte, c'est sûrement que ce cabinet soit anti-système...
Encouragés par les propos abjects de leur chef, certains de ses collaborateurs se sentent autorisés à cracher violemment leur immonde grossièreté, notamment vis-à-vis du président Obama et de son épouse (3).
Quand les électeurs auront compris que Trump et sa clique monstrueuse les prennent pour des demeurés et se soucient d'eux comme de leur première limousine, peut-être la démocratie aura-t-elle quelque peu avancé.

Trump reconnaît à présent que des Russes ont piraté la campagne du Parti Démocrate, mais réfute virulemment l'information selon laquelle les services secrets russes détiendraient des éléments compromettants à son égard. Un homme d'Etat honnête et digne de sa (future) fonction exigerait que toute la lumière soit faite pour pouvoir ensuite gouverner la tête haute. Lui pas, qui entend régner par coups de gueule twittés.
Le Congrès, pourtant majoritairement aux mains des Républicains, a néanmoins décidé de mener une enquête sur l'intervention de la Russie dans l'élection présidentielle (4).

Trump a décidé de construire un mur entre le Mexique et les Etats-Unis (c'était une de ses grandes promesses de campagne) et affirme que c'est le Mexique qui le paiera, d'une manière ou d'une autre. Le Mexique annonce, très logiquement, qu'il ne paiera pas. Y a-t-il d'autres exemples dans l'histoire politique mondiale où un président veut faire assumer par un autre Etat le coût de ses propres délires?  On attend habituellement d'un homme d'Etat qu'il assume les conséquences de ses décisions. On peut déjà conclure de cette (première) affaire que Trump n'est pas et ne sera pas un homme d'Etat.

Lui qui a passé toute sa campagne à insulter la moitié de ses concitoyens et une bonne partie de la planète n'accepte pas la moindre critique. Au point de faire taire les journalistes qui ont le toupet de lui poser des questions (5).
Est-il encore temps d'annuler cette élection que risque de payer la terre entière? Est-on obligé de nommer à la tête d'un des plus puissants Etats de la planète un homme qui devrait plutôt suivre une longue cure de psychiatrie ? N'existe-t-il pas dans un hôpital psychiatrique une représentation du bureau ovale de la Maison blanche où il pourrait éructer tout son saoûl?

Mère Ubu. - Eh! pauvre malheureux, si je passais par la casserole, qui te raccommoderait tes fonds de culotte?
Père Ubu. - Eh vraiment! et puis après? N'ai-je pas un cul comme les autres?
Mère Ubu. - A ta place, ce cul, je voudrais l'installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes richesses, manger fort souvent de l'andouille et rouler carrosse par les rues. 
Alfred Jarry, Ubu Roi.

(1) http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2017/01/10/trump-nomme-son-gendre-a-la-maison-blanche_5059998_829254.html
(2) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/12/22/le-cabinet-de-trump-est-aussi-riche-que-126-millions-d-americains_5052945_4355770.html
(3)http://www.lalibre.be/actu/usa-2016/carl-paladino-allie-de-trump-declenche-une-polemique-en-souhaitant-qu-obama-contracte-la-vache-folle-585e88d4cd70138bd424fea3
(4)  http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/12/le-congres-a-majorite-republicaine-defie-donald-trump-et-ouvre-enquete/?utm_hp_ref=fr-homepage
(5) http://www.lalibre.be/light/insolite/en-plein-discours-trump-se-lache-sur-un-journaliste-de-cnn-vous-taisez-vous-video-58768c94cd708a17d561934d

lundi 19 décembre 2016

Comment éviter Arrogant Ier

Je ne voudrais pas avoir l'air de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Mais bon... en tant qu'habitant de cette planète (pour un temps qui, c'est vrai, se rétrécit un peu plus chaque jour, mais que j'espère encore un peu long), je me permets de m'exprimer sur le futur président des Etats-Unis. Je l'ai déjà fait souvent, mais je me dis qu'il est peut-être encore temps d'empêcher cet homme de nuire (un peu plus) qu'il ne fait déjà.
Moi, grand électeur, je ne voterais pas pour un homme qui a autant le sens de la diplomatie que celui de l'humour, qui affirme que personne n'a jamais pu prouver le réchauffement climatique, qui entend nommer dans son gouvernement des gens d'extrême droite et des représentants de banques d'affaires dont on connaît le rôle néfaste dans la crise des subprimes de 2008 qui a mis à la rue tant d'Américains. Et qui va nommer à la tête de l'Agence pour la Protection de l'Environnement un climatosceptique radical qui a passé ces dernières années à essayer de détruire cette institution (1).
Moi, grand électeur, je m'inquièterais de voir se former le gouvernement des pires, dont aux Affares étrangères le patron d'ExxonMobil que  l'ancien candidat républicain John Mc Cain considère comme "un voyou et un assassin" (2).
Moi, grand électeur, je me dirais que quelqu'un qui a perdu avec plus deux millions de voix populaires de moins que son adversaire ne peut devenir président dans un régime démocratique.
Moi, grand électeur (ou membre du Congrès ou du Sénat), je demanderais l'organisation de nouvelles élections, puisque le président élu, "menteur invétéré, prédateur sexuel, fraudeur en série et provocateur dont le discours raciste séduit le Ku Klux Klan et consorts" (3), s'avére un réel danger pour la paix dans le monde, déjà si mal en point.
Moi, grand électeur, je prendrais à cœur la responsabilité qui m'incombe en refusant de n'être qu'un presse-bouton au service d'un sociopathe dont la victoire n'a réjoui que les affairistes et les racistes.
Je ne connais pas ces grands électeurs. On peut rêver qu'ils se montrent vraiment grands et refusent ce président gonflé à l'helium. Mais l'époque est-elle encore à rêver?

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/07/donald-trump-nomme-un-climato-sceptique-a-lenvironnement-et-un/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2)  http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/12/le-congres-a-majorite-republicaine-defie-donald-trump-et-ouvre-enquete/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) Masha Gessen, "Manuel de survie en autocratie", The New York Review of Books Daily, 10.11.2016, in Le Courrier international, 17.11.2016.
http://www.liberation.fr/planete/2016/12/03/en-caroline-du-nord-le-ku-klux-klan-croit-a-sa-renaissance_1532443

vendredi 25 novembre 2016

Bande de casseurs

Qui pourra enrayer cette contre-révolution conservatrice et nationaliste qui se répand tel un virus? Quels arguments peuvent être invoqués (et entendus) pour entraver cette progression de ce qui apparaît comme une marche arrière à vitesse grand V?
En Pologne, en Hongrie, en Grande-Bretagne, en Turquie, en Moldavie, en France, aux Etats-Unis, en Russie, le rouleau compresseur écrase les droits politiques et sociaux.
Pour gagner des élections, se présenter comme le candidat anti-système semble très à la mode. Sans réussir à tous. Nicolas Bling Bling Sarkozy a dû comprendre que, après avoir été président de la République, ministre, parlementaire et maire, après avoir affiché tous les signes matériels de la réussite, on ne peut plus faire semblant de ne pas avoir été un membre actif et choyé de ce fameux (et indéfini) système.
Dingo Trump, lui, a réussi. Même en étant milliardaire, même en possédant un véritable empire économique et  financier, même en organisant son propre système pour échapper au fisc, même en ayant poussé dans la misère des milliers (au moins) d'Américains. Il a largement perdu le vote populaire aux élections (de plus de deux millions de voix) mais a acquis une large majorité de grands électeurs, ceux-là même qui constituent un système.
Trump est l'incarnation même d'un système. Un système qui méprise, qui écrase, qui broie, au nom de l'argent. Trump le suffisant est l'incarnation même d'un capitalisme sans foi ni loi. D'une indécence sans nom. "Le lendemain des élections, écrit Laure Murat (1), les actions des deux plus grandes compagnies gérant des prisons privées (système que Hillary Clinton voulait abolir) ont bondi. Corrections Corporations of America a pris 49% et GEO Group Prison 21%. Bienvenue à Trumpland." La directrice du Centre d'Etudes européennes et russes à l'UCLA cite ces propos du philosophe et psychanalyste français Félix Guattari: "De même que les algues mutantes et monstrueuses envahissent la lagune de Venise, de même les écrans de télévison sont saturés d'une population d'images et d'énoncés dégénérés. Une autre espèce d'algues relevant, cette fois, de l'écologie sociale consiste en cette liberté de prolifération qui est laissée à des hommes comme Donald Trump qui s'empare de quartiers entiers de New York, d'Atlantic City, etc. pour les rénover, en augmentant les loyers et refouler, par la même occasion, des dizaines de milliers de familles pauvres, dont la plupart sont condamnées à devenir homeless, l'équivalent ici des poissons morts de l'écologie." Ces phrases sont extraites de son ouvrage "Les trois écologies" qui date de 1989. Il y a vingt-sept ans. Qui peut dire qu'il ne savait pas que Donald Trump est au service du système capitaliste dans toute son horreur et son inhumanité? Qui n'imagine pas qu'avec la liberté qui lui est donnée via son statut de président son système va proliférer dans l'ensemble des Etats-Unis et bien au-delà avec les pires conséquences qu'on puisse imaginer?

En France, les deux ténors de la droite, qui s'affronteront dans les urnes dimanche, veulent changer le système. Pour éviter les questions qui le dérangent, François Fillon fustige le système des journalistes. Il en parle comme de l'Inquisition. L'homme qui s'est forgé une image caricaturale du candidat de droite considère que les analyses des journalistes à son égard sont de la caricature. Il en a assez d'assister "à un déchaînement ridicule du petit microcosme parisien qui croit tout savoir". Parce que lui, contrairement aux journalistes, connaît le peuple.
Je connais bien les Français, dit-il. j'ai entendu leur détresse. C'est pourquoi il propose de supprimer l'impôt sur la fortune et 500 000 emplois de fonctionnaires (2), d'augmenter la durée hebdomadaire du temps de travail et la TVA, de reculer l'âge de la retraite, de réserver les remboursements de sécurité sociale aux maladies graves. La France alors ira mieux. François Fillon a le talent d'un médecin dans une comédie de Molière qui recommande une longue purge pour améliorer l'état du malade. Dans quels secteurs entend-il supprimer 500 000 emplois? Dans l'enseignement, dans la police, chez les pompiers, dans les hôpitaux, à la Poste? Dans tous ces secteurs qui se plaignent déjà de manque de moyens et de personnel?
Dans quel système vit donc François Fillon? Quelle caricature se fait-il des attentes des Français? De quel système a-t-il entendu la détresse?
"Parce qu'il n'y a pas de système au singulier, personne ne peut s'arroger le qualificatif d'antisystème, écrit Guillaume Erner dans Charlie Hebdo (3). Le propre d'une société démocratique, c'est d'abriter en son sein différentes forces, sans que l'on parvienne jamais à situer le pouvoir en un lieu unique. Qui gouverne? Le peuple, les électeurs, la finance, etc. Ces différents groupe sont en concurrence pour le pouvoir, ils l'exercent en jetant leurs forces respectives dans la bataille. (...) Ce qui compte, c'est de démasquer la supercherie des antisystème. (...) Et la ruse de ces antisystème, au bout du compte, c'est de faire croire que le système existe, pour mieux le renforcer."
Finalement, l'objectif des anti-système semble bien être de casser. Casser les acquis sociaux, casser les avancées positives, casser les solidarités.

(1) http://www.marianne.net/caricature-inquisition-bouclier-anti-questions-qui-fachent-fillon-100248111.html
(2) Entendus dans un journal de France Inter ce jour, ces "Jeunes avec François Fillon" qui hurlent de joie en l'entendant dans le débat d'hier répéter qu'il veut supprimer 500 000 emplois de fonctionnaires... C'est donc réjouissant? De quel type de société rêvent ces jeunes? D'une société sans écoles publiques, sans hôpitaux publics, sans justice, sans police, sans cantonniers, sans administration? Une société privatisée où tout se paie? Quel âge ont ces jeunes? Quele idée se font-ils des rapports entre citoyens?
(3) "Contre le système, tout contre", Charlie Hebdo, 23 novembre 2016.

samedi 12 novembre 2016

L'année du paon

Comment un personnage aussi repoussant que Trump peut-il séduire? Quel crédit, quelle légitimité peut avoir un président qui a passé sa campagne électorale à injurier la moitié de ses concitoyens? Trois jours après, ces questions restent entières et les réponses multiples. On l'a dit, il est trop simple d'opposer élites et milieux populaires. Comme le disait encore Bernard Guetta hier matin (1), "il n'y a pas que des laissés-pour-compte qui aient voté pour lui, mais également beaucoup de gens riches ou très riches, immensément séduits par sa volonté de réduire leurs impôts". Le vote Trump est ici comparable au vote Le Pen (2): le sud-est de la France contaminé par le virus FN est aussi peuplé de braves bourgeois, voire de personnes aux très hauts revenus, qui plébiscitent l'extrême droite pour sa volonté d'ériger des murs et de rejeter l'étranger. C'est le vote de l'égoïsme sous toutes ses formes.
Et le sort des couches populaires est bien le cadet des soucis du milliardaire. "Ce n'est pas se soucier des plus démunis que de leur vendre de faux espoirs, de fausses solutions et de fausses explications de leur appauvrissement, par ailleurs bien réel. Quand Donald Trump met tous les malheurs du monde sur le libre-échangisme, il oublie bien trop vite qu'ils tiennent avant tout au recul de l'Etat et à la dérèglementation qu'il ne veut pas combattre mais encore accentuer et qu'un retour au protectionnisme n'arrangerait rien, mais aggraverait tout", dit Bernard Guetta.

Les électeurs trumpés affirment rejeter en un seul bloc toute la classe politique qui serait corrompue et coupée des réalités de monsieur et madame tout le monde. Ce qui est insultant et méprisant pour  les élus qui, parfois en ne comptant pas leur temps, s'efforcent de mener une politique cohérente en répondant aux problèmes de terrain. Et, de toute façon, pourquoi alors faire confiance à un personnage aussi répugnant, vulgaire, agressif, menteur, arrogant, sexiste, raciste, accusé à de multiples reprises d'agressions sexuelles, sans programme sérieux et crédible et sans aucune expérience politique? Pourquoi ne pas avoir choisi alors la candidate écologiste ou le candidat libertarien?
Trump peut être comparé à Berlusconi. La réussite financière de ces hommes fascine et beaucoup de naïfs aux analyses simplistes se disent convaincus que ce qu'ils ont réussi dans les affaires ils doivent pouvoir le réussir pour le bien de leur pays. Même si un Berlusconi a profité de son statut de président du Conseil pour faire plus d'affaires encore et a laissé l'Italie dans un état lamentable. Même si Trump sait comment éviter le fisc. "Ce milliardaire héritier d'une immense fortune et tellement habile à se soustraire au fisc n'est ni l'incarnation de la vertu ni celle des couches populaires", estime encore Bernard Guetta.

Son agressivité est en phase avec les propos violents, orduriers et mensongers qui s'expriment aujourd'hui par torrents sur Internet. Facebook s'est d'ailleurs vu reprocher d'être devenu une énorme caisse de résonance de mensonges et de fausses informations (3).
Trump a lui-même basé sa campagne, d'une agressivité inouïe, sur les mensonges, les menaces, les promesses les plus folles, les plus absurdes et - on l'espère - pour une bonne part intenables. Mais l'essentiel n'était-il pas de se faire élire, quitte à cocufier aussitôt après ses électeurs (4)? Il affirme qu'il ne lui faudra qu'un mois pour vaincre Daech. Son arrogance et sa suffisance sont sans limites. Il annonce un investissement de mille milliards de dollars dans les travaux publics, mais aussi une sensible baisse des impôts des entreprises et des citoyens. L'Etat va donc augmenter ses dépenses tout en diminuant ses recettes. Quel homme d'affaires sérieux gèrerait de la sorte son entreprise?
Difficile de savoir ce que sera la présidence de Trump tant l'homme a multiplié les déclarations idiotes et les promesses impossibles à tenir. Tant il change d'avis rapidement. Voilà qu'il annonce qu'il n'abrogera pas l'Obamacare, pourtant une des plus fermes promesses de sa campagne. Il allait le faire dès le premier jour de sa présidence. Il se contentera de l'améliorer, vient-il de déclarer. C'est que, lors de leur brève entrevue, Barak Obama lui en a expliqué tout l'intérêt. Dommage que le candidat Trump ne se soit pas un minimum informé avant de faire des promesses qui prennent ses électeurs pour des demeurés. Peter Wehner, ancien collaborateur de Ronald Reagan et des Bush, père et fils, dénonçait en janvier (5) "(l')ignorance (de Trump) sur des questions élémentaires d'intérêt national", son absence de "désir de s'informer sur la plupart de ces sujets, et encore moins de les maîtriser. Aucun autre candidat à la présidence n'a été aussi dédaigneux de la connaissance, indifférent aux faits, insensible à sa propre ignorance." L'homme, disait-il, est fantasque, incohérent et sans scrupule. Il a un côté vulgaire et cruel." Peter Wehner dénonçait son narcissisme, son "mélange détonant d'ignorance, d'instabilité émotionnelle, de démagogie, d'égocentrisme et d'esprit rancunier".

Cet opportuniste sans foi ni loi sera un danger pour son pays comme pour le monde, surtout avec une Cour suprême demain dominée par une majorité d'ultra conservateurs et un vice-président qui a tout d'un fanatique religieux (6). Trump ne croit pas plus aux méfaits du tabac qu'au réchauffement climatique. Entouré de climato-sceptiques et de créationnistes (dont certains pourraient occuper des postes importants dans son gouvernement), il se présente comme sceptique par rapport à la science. Surtout si des théories scientifiques s'avèrent gênantes pour faire des affaires. Il se pose en défenseur des producteurs de charbon et de toutes les énergies carbonées, s'oppose à l'avortement, défend la peine de mort. Il va jeter de l'huile sur le feu en Israël s'il déménage, comme il l'a promis, l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Et les Syriens, les Ukrainiens et bien d'autres peuples peuvent craindre le pire selon les positions les plus inattendues et incohérentes que pourra prendre ce président qui ne connaît pas la différence entre un cessez-le-feu et un traité de paix. 

Certains analystes font remarquer que quasiment toute la presse américaine a soutenu Hillary Clinton. Et que ce soutien de l'establishment a finalement profité à Trump. C'est oublier un peu vite le soutien de Fox News à Trump et qu'il y a six mois encore une bonne partie des médias américains, les télévisions surtout, se faisait plaisir et surtout de l'audience en invitant ce candidat outrancier aux déclarations provocatrices. Certains journalistes ont d'ailleurs reconnu n'avoir pas fait leur travail en le laissant se pavaner et en négligeant de le contredire ou de confronter ses déclarations à l'emporte-pièce aux chiffres et aux réalités.
Un journaliste a vu clair avant les autres: Michaël Moore annonçait dès la fin juillet la victoire de Trump: "des millions de personnes, écrivait-il alors, seront tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera." (7)
Ce qui arrivera? Peut-être le pire pour nombre d'électeurs de Trump. Et pour tous les autres, à l'exception sans doute des plus fortunés.

Résumons-nous: la démocratie ne mène pas toujours à la démocratie.

Les manifestations, les mots de haine, les agressions sous couvert de défense, les menaces de ceux qui se prétendent menacés, le couteau affirmant qu'on cherche à le poignarder, le poing accusant le menton de l'avoir attaqué, tout cela devint familier, la grande hypocrisie malveillante de l'époque. Même le précheur sorti de nulle part n'étonnait plus personne. De tels saints hommes bien peu saints surgissent tout le temps, issus d'une sorte de parthénogénèse pathologique, un bizarre tour de passe-passe qui transforme des nullités en sommités.
Salman Rushdie, "Deux ans, huit mois et vingt-huit jours",
trad.: Gérard Meudal, Actes Sud, 2016.

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-11-novembre-2016
(2) (re)lire sur ce blog "Frère et sœur", 6 juillet 2016.
(3) http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/11/11/accuse-d-avoir-influence-l-election-americaine-facebook-se-defend_5029769_4408996.html
(4) http://www.lalibre.be/debats/chronique-redaction/les-electeurs-de-trump-cocus-des-le-premier-soir-58244e2fcd70fb896a67cda1
(5) "Pourquoi je ne voterai jamais pour lui", New York Times, 14 janvier 2016.
(6) http://www.marianne.net/sexiste-homophobe-si-vice-president-mike-pence-etait-pire-que-trump-100247723.html
(7) http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/cinq-raisons-pour-lesquelles-trump-va-gagner/

mercredi 9 novembre 2016

Trumpettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées

"Etre Américain, c'est avoir été réprouvé et étranger, c'est avoir parcouru les chemins de l'exil et c'est savoir que celui qui rejette l'éprouvé, l'étranger, l'exilé, renie aussi l'Amérique." (Robert Kennedy)
Aujourd'hui, l'Amérique est moins américaine que jamais.
Demain, la France sera-t-elle encore le pays des droits de l'homme?
Un peu partout progressent des partis et des candidats dont le programme se résume au rejet, au recul et à la fermeture, et qui sans la moindre idée novatrice et positive parviennent à séduire une majorité d'électeurs.
L'éducation, notamment permanente, et la culture doivent (ré)investir d'urgence le champ de la démocratie. Les partis et les hommes et femmes politiques, tout autant que les médias, doivent se remettre en question. Et les citoyens en mouvement. 
Dans quatorze ans, les années trente. Ne laissons pas l'Histoire bégayer.

A lire, sur le site de la Libre, l'édito de Philippe Paquet, "Une victoire du populisme inimaginable et honteuse":
http://www.lalibre.be/debats/edito/edito-une-victoire-du-populisme-inimaginable-et-honteuse-5822d407cd70958a9d5eecd6

mardi 8 novembre 2016

La démocratie et les crétins

Quelques heures d'angoisse encore et nous saurons. Nous saurons si le monde entier doit craindre le pire. Ce qui sera le cas si Dingo Trump devient président des Etats-Unis.
Une (trop) longue campagne de haine et de folie furieuse se termine. Sur quoi débouchera-t-elle? Si le candidat républicain s'est montré un peu moins abject ces derniers jours, c'est qu'il est contrôlé de près par son équipe de campagne qui lui a interdit de gérer lui-même son compte Twitter de crainte de nouveaux dérapages. Come le dit Barak Obama, quel confiance peut-on avoir en un homme aussi incapable de se maîtriser qui pourrait avoir demain la responsabilité d'utiliser ou non l'arme atomique? (1)

La candidature de Dingo pose question par rapport à la démocratie. On entend les politologues, les économistes, les journalistes nous expliquer que les électeurs de Trump sont les oubliés du "système", que la classe moyenne américaine et plus encore le prolétariat souffrent, qu'il suffisait autrefois d'un emploi pour faire vivre une famille quand il faut aujourd'hui deux, si pas quatre. Même si ces explications peuvent justifier un ressentiment et une envie de changement, aucune ne nous permet de comprendre pourquoi ces électeurs font le choix d'un candidat qui aurait plus sa place dans un hôpital psychiatrique qu'à la Maison blanche.
Faudra-t-il à l'avenir faire passer un test pyschologique aux candidats aux élections? Peut-on les laisser mentir impunément? Les laisser insulter tous ceux qui ne sont pas et ne pensent pas comme eux? En Europe, et ailleurs, toutes ses outrances auraient disqualifié Dingo Trump qui aurait rapidement été condamné par des tribunaux, mais pas aux Etats-Unis où la liberté d'expression est sans limite.

Comment un personnage aussi repoussant peut-il attirer tant d'électeurs? "En Israël, il séduit aussi", indique un article de Ha'Aretz (Tev-Aviv) (2), où certains se disent que Trump vaut quand même mieux qu'une femme ou qu'un Noir. Sans doute la même raison vaut-elle aux Etats-Unis. Le succès de Trump, c'est - notamment - la revanche de cette Amérique blanche qui a toujours haï ce président noir qui a en outre l'outrecuidance d'être un intellectuel et un homme élégant. Plutôt une brute stupide pourvu qu'elle soit masculine et blanche. Mais Trump est aussi un "révélateur du déclin de l'école américaine", estime the Daily Beast (New York) (3) Le journal constate que plusieurs enquêtes font apparaître que les millenials (les jeunes nés avec Internet) "n'ont pas seulement été privés d'une alphabétisation culturelle cruciale à l'école, comme les générations précédentes, mais ils méprisent la curiosité intellectuelle et la culture livresque". Ce que dénonce un professeur d'anglais de l'université Emory dans un ouvrage de 2008 intitulé The Dumbest Génération (Génération de crétins): "pour les jeunes Américains, écrit Mark Bauerlein, la vie n'a jamais été aussi généreuse, les biens aussi abondants, les études aussi accessibles et les libertés aussi fécondes. Les gains matériels sont évidents. (...) Mais ce sont des avancées superficielles. Comme le montrent les résultats des enquêtes, les connaissances et les aptitudes n'ont pas progressé au même rythme et les habitudes intellectuelles qui vont avec ne sont plus ce qu'elles étaient."
Les Dingo Trump, on l'a assez (?) dit ici, se multiplient, y compris en Europe où les leaders politiques aux analyses simplistes et aux programmes dangereux s'installent au pouvoir ou grimpent dans les sondages. La grande question reste celle de l'intelligence, de la capacité à être critique, à prendre de la distance, à utiliser des outils d'analyse. A l'heure d'Internet, les théories du complot et les jugements expéditifs ont bien plus de succès que les analyses nuancées et le bilans complexes. La presse - une certaine presse -  n'est pas en reste, qui déclare péremptoirement que les Américains n'ont que le choix entre la peste et le choléra. On peut reprocher bien des choses à Hillary Clinton, notamment ses liens avec le grand capital, mais elle ne représente pas un danger pour les Etats-Unis et l'ensemble de la planète. Trump si. Et comme l'écrivait hier Paul Krugman dans le New York Times (4), elle est parvenue à tenir le cap malgré les interventions agressives de Wikileaks (qui apparaît de plus en plus comme un outil perverti, voire pervers), du FBI, de Fox News et d'autre médias. Si elle l'emporte, ce sera grâce aux électeurs qui ne se sont pas laissés gagner par la haine mais qui ont gardé le sens des valeurs. Et qui savent combien une démocratie, fût-elle la plus grande du monde, peut être fragile.

(1) http://www.lalibre.be/actu/usa-2016/donald-trump-interdit-de-compte-twitter-par-ses-collaborateurs-5820334acd70fb896a663d3f
(2) 9 octobre, in le Courrier international, 27 octobre 2016.
(3) 25 septembre, in le Courrier international, 27 octobre 2016.
(4) http://www.nytimes.com/2016/11/07/opinion/how-to-rig-an-election.html?emc=eta1&_r=0

lundi 29 février 2016

Tout le monde peut se trumper

Qui ne connaît le Ku Klux Klan, un des groupes les plus abjects et violents qu'aient connus les Etats-Unis? Sa sinistre réputation est connue partout en Afrique, en Europe, en Asie.
Mais il est un homme qui affirme à son propos qu'il s'agit d' "un groupe dont je ne connais rien" et qui reconnaît qu'il devrait se renseigner sur ce mouvement (1). Cet homme, c'est Donald Trump, actuellement probable candidat de la droite américaine aux présidentielles de novembre. Un ancien leader de ce mouvement raciste et suprémaciste, lui-même bien connu comme révisionniste s'en prenant régulièrement aux juifs, vient d'apporter son soutien à Donald l'ignorant. Pressé de prendre ses distances avec lui, le candidat républicain feint l'ignorance. Mais après tout, pour devenir président républicain des Etats-Unis à quoi sert-il de connaître l'existence du KKK? S'il fallait connaîre l'histoire et la géographie et en plus avoir le sens de la diplomatie et des valeurs autres que l'argent, où serait le plaisir? 

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/02/28/trump-kkk-refuse-prendre-distance-david-duke_n_9343398.html?utm_hp_ref=france
http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/02/28/ku-klux-klan-et-citation-de-mussolini-un-journee-mediatique-ordinaire-pour-donald-trump_4873294_829254.html

mardi 6 novembre 2012

Tous comptes faits

L'époque est au chiffre. Devient bourgmestre qui fait le meilleur score sur la liste principale de la majorité. La vox populi a toujours raison. Elle a raison de sacrer les faiseurs de voix. Allez savoir pourquoi, les faiseurs de voix de la vox populi sont souvent des populistes. Peu importe s'ils ne sont pas des leaders, s'ils n'ont pas de compétences ou en manquent furieusement (ou même tranquillement), s'ils ne sont pas de bons gestionnaires. Ils sont gentils, voire sympathiques, "ils ne sont pas contraires", comme on dit chez nous. 
Aujourd'hui, la même logique gagne les échevins. Les candidats qui ont réalisé les plus gros scores le deviennent quasi automatiquement. Et tant pis s'ils n'ont même pas été conseillers communaux auparavant, s'ils manquent tranquillement d'expérience, s'ils sont incapables de développer un point de vue ou de terminer une phrase. Le chiffre a raison. 
Si on appliquait la même logique au niveau des gouvernements, elle aurait voulu que soit ministre Marc Wilmots. Il fait, nous dit-on, un bon entraîneur des Diables rouges. En tous cas, ceux-ci font du chiffre ces derniers temps. C'est ce qu'on leur demande, nous dit-on. Il fit aussi, c'était en 1999, 90.000 voix en se présentant au Sénat. Ou il s'ennuya tranquillement et où on n'eut guère l'occasion de l'entendre.
Si on appliquait la même logique aux écrivains, Guillaume Musso et Marc Lévy, bons vendeurs, seraient membres de l'Académie française. Les concepteurs de tablettes électroniques seraient prix Nobel d'économie.

Pendant que votaient les Belges et que se formaient les collèges communaux, deux Américains auront dépensé, à eux seuls, six milliards de dollars pour leur campagne présidentielle. Un seul des deux aura eu raison de le faire (de son point de vue). On voit par là que le chiffre n'a pas toujours raison. 
Pendant ce temps-là, un prédécesseur de Marc Wilmots reçoit trois millions d'euros pour rupture de contrat. Son équipe ne faisait pas de chiffre, lui en fait. On voit par là que la logique du chiffre est difficile à comprendre.